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    La France va enquêter sur l’ancien patron de Frontex pour complicité de crimes contre l’humanité
    Par RFI Publié le : 24/03/2026
    La Ligue des droits de l’Homme (LDH) a obtenu qu’un juge d’instruction français soit bientôt saisi pour enquêter sur l’eurodéputé d’extrême droite Fabrice Leggeri, ancien directeur de Frontex, l’agence européenne de surveillance des frontières. Il est soupçonné de complicité de crimes contre l’humanité et de torture pour avoir mené une « chasse aux migrants » dans ses anciennes fonctions. Frontex, agence de l’Union européenne chargée du contrôle des frontières, était dirigée par le Français Fabrice Leggeri entre janvier 2015 et avril 2022. En 2024, il avait rejoint le Rassemblement national (RN, extrême droite) comme numéro 3 de sa liste pour les élections européennes.
    À la tête de Frontex, il a régulièrement été accusé par les ONG de tolérer des refoulements illégaux de migrants, s’imposant comme un défenseur de l’imperméabilité des frontières européennes. La Ligue des droits de l’Homme (LDH) l’accuse notamment d’avoir « encouragé » ses agents à faciliter les interceptions d’embarcations de migrants par les autorités libyennes et grecques, d’après sa plainte déposée en 2024 dont l’AFP avait eu connaissance. Elle lui reproche d’avoir « fait le choix d’une politique visant à faire obstacle, quel qu’en soit le prix - en vies humaines notamment - à l’entrée des personnes migrantes au sein de l’UE ».
    Après un parcours procédural de deux ans, la plainte a abouti à l’ouverture d’investigations sur décision le 18 mars de la cour d’appel de Paris, a indiqué mardi 24 mars une source judiciaire à l’AFP. La chambre de l’instruction a dit « y avoir lieu à informer sur les faits tels qu’ils résultent de la plainte avec constitution de partie civile de la LDH », a poursuivi cette source.
    Le Parquet national antiterroriste (Pnat) s’était initialement estimé incompétent pour cette plainte, avait-il indiqué à l’AFP en août 2024. Les « mesures de refoulement reprochées aux autorités grecques ne constituent pas selon notre analyse des crimes contre l’humanité ou des actes de torture au sens de la convention de New York », avait-il expliqué. Par ailleurs, les « actes de torture qui ont pu être commis en Libye n’apparaissent pas pouvoir être imputés à Monsieur Leggeri ou à un autre ressortissant français », avait considéré le Pnat. Un juge d’instruction avait également décrété irrecevable la plainte, « pour des motifs juridiques », d’après le Pnat. Toutefois, mercredi, la chambre de l’instruction, saisie par la LDH, a eu une autre lecture.
    « Pour la première fois, un ou des juges d’instruction français vont examiner les conditions de la responsabilité pénale éventuelle de Fabrice Leggeri dans l’hécatombe qui a abouti à des milliers de morts en Méditerranée, enfants et femmes notamment », s’est félicité mardi l’avocat de la LDH, Emmanuel Daoud. Me Daoud a dénoncé une « chasse aux migrants et aux exilés organisée et coordonnée par Frontex sous l’impulsion de Monsieur Leggeri », avec « des ressources financières et techniques très importantes ». Il « a soutenu les gardes-côtes libyens alliés parfois à des organisations criminelles, ou en dissimulant des actions répréhensibles des garde-côtes ou des forces de police grecs », a-t-il affirmé."Monsieur Leggeri n’était pas informé de ces développements et n’a donc pas de commentaire à faire à ce stade", a de son côté réagi auprès de l’AFP son entourage.
    Quelque 82 000 migrants sont morts ou portés disparus depuis 2014, principalement en Méditerranée (34 000), route migratoire la plus meurtrière au monde, selon l’Organisation internationale des migrations (OIM). Un nombre sous-estimé, d’après la Mission d’appui de l’ONU en Libye (Manul) et du Haut-commissariat aux droits de l’Homme (HCDH), qui dans un récent rapport a pointé du doigt les « violations graves » subies par les personnes migrantes « détenues arbitrairement dans des centres de détention officiels et non officiels » en Libye. Les moyens maritimes de surveillance de Frontex ont progressivement été remplacés par des moyens aériens, pour détecter plus tôt les embarcations et faire intervenir les gardes-côtes libyens plutôt que les gardes-côtes italiens ou maltais, dénoncent les ONG

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