marielle đŸš©đŸŒžđŸŒż

« vivere vuol dire essere partigiani » Antonio Gramsci

  • Solitude de Cuba
    ▻https://www.contretemps.eu/solitude-de-cuba

    AprĂšs avoir enlevĂ© Nicolas Maduro et sa compagne Cilia Flores pour imposer au Venezuela une domination nĂ©ocoloniale sans partage, et en pleine offensive militaire contre l’Iran, Trump vient d’annoncer sa volontĂ© de « prendre Cuba » .

    Inscrite dans le vieux projet Ă©tats-unien de briser la rĂ©volution cubaine, sa politique semble ne rencontrer aucun obstacle au plan international. Pourquoi ?
    L’asphyxie Ă  laquelle les Etats-Unis soumettent Cuba depuis plus de 6 dĂ©cennies connaĂźt une escalade dramatique depuis le kidnapping du prĂ©sident vĂ©nĂ©zuĂ©lien Nicola Maduro et de son Ă©pouse, le 3 janvier dernier. Outre l’ « ouverture » de son secteur pĂ©trolier, en rĂ©alitĂ© sa prise de contrĂŽle par les Etats-Unis, le basculement du VĂ©nĂ©zuĂ©la dans un rĂ©gime de vassalisation a signifiĂ© l’arrĂȘt immĂ©diat des livraisons de pĂ©trole Ă  Cuba.

    Dans la foulĂ©e, Donald Trump a annoncĂ© la mise en place d’un vĂ©ritable blocus de tout approvisionnement Ă©nergĂ©tique de l’üle, entraĂźnant l’arrĂȘt des livraisons de pĂ©trole du Mexique et la saisie d’un tanker en provenance de Russie. Pourtant, ce durcissement sans prĂ©cĂ©dent d’un blocus illĂ©gal selon le droit international, condamnĂ© Ă  des dizaines de reprises par l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de l’ONU, n’entraĂźne aucune rĂ©action significative au niveau international, que ce soit de la part de puissances censĂ©es faire contrepoids Ă  la domination Ă©tatsunienne (Russie, Chine, BRICS) ou mĂȘme du cĂŽtĂ© des gouvernements de gauche de la rĂ©gion.

    Dans cet article, IramĂ­s Rosique, chercheur Ă  l’Institut cubain de philosophie, enseignant Ă  l’universitĂ© de La Havane et membre de la rĂ©daction de la revue indĂ©pendante en ligne La Tizza, analyse la signification de cette passivitĂ© et avertit sur ses consĂ©quences dĂ©vastatrices Ă  l’échelle mondiale pour l’ensemble des forces qui contestent l’ordre existant .~~~

    • Le seul pays qui a manifestĂ©, Ă  un certain moment, une volontĂ© claire d’aider Cuba est le Mexique. La prĂ©sidente Claudia Sheinbaum a fermement dĂ©fendu la relation souveraine du Mexique avec l’üle. Elle a mĂȘme proposĂ© une mĂ©diation entre La Havane et Washington. Cela dit, le Mexique rĂ©sistera-t-il aux menaces de Trump concernant les livraisons de carburant mexicain Ă  Cuba ? La vĂ©ritĂ© est qu’aussi sincĂšre et Ă©troite l’amitiĂ© entre les deux pays puisse ĂȘtre, il est impossible pour le gouvernement de Sheinbaum d’exposer le Mexique aux dommages Ă©conomiques considĂ©rables que les États-Unis pourraient lui infliger s’il tente de « sauver » Cuba. Il convient toutefois de noter que le Mexique dispose d’une grande marge de nĂ©gociation avec les Etats-Unis, marge qui est refusĂ©e Ă  beaucoup d’autres pays.[5]

      En attendant, il est dĂ©sormais avĂ©rĂ© que les Cubains sont, une fois de plus, livrĂ©s Ă  eux-mĂȘmes. La solitude de Cuba n’est pas le rĂ©sultat d’un isolement volontaire ou d’un romantisme politique anachronique, mais plutĂŽt le corollaire logique d’un monde qui prĂ©tend Ă©voluer vers la multipolaritĂ© mais n’ose toujours pas en assumer les coĂ»ts. Pour les Etats-Unis, cette solitude est le signe de l’épuisement de Cuba. Ses adversaires stratĂ©giques la tolĂšrent comme un problĂšme Ă©tranger ou secondaire. Une grande partie de la gauche latino-amĂ©ricaine – en fait, toute celle qui possĂšde un certain poids politique – considĂšre Cuba avec embarras, comme si le problĂšme Ă©tait Cuba elle-mĂȘme et non l’agression qui a rendu Cuba si diffĂ©rente de ce qu’elle aurait pu ĂȘtre dans des circonstances gĂ©opolitiques moins hostiles.

      Pourtant, l’enjeu dĂ©passe largement le cadre de Cuba. Si un pays dotĂ© du capital symbolique, diplomatique et politique de Cuba peut ĂȘtre amenĂ© au bord de l’effondrement sans que personne ne soit prĂȘt Ă  prendre le risque de l’aider de maniĂšre dĂ©cisive, alors la promesse d’un ordre international alternatif est sĂ©rieusement compromise et ne fait que confirmer ce qui est de plus en plus Ă©vident, Ă  savoir que dans un monde dominĂ© par des empires dĂ©cadents, structurellement condamnĂ©s par leur propre corruption politique et morale – que ce soit les États-Unis et la Russie post-soviĂ©tique ou des empires Ă©mergents qui ne sont pas plus nobles ou sages (la Chine) – un tel ordre international « alternatif » n’est rien d’autre qu’une plaisanterie cruelle.

      L’isolement et la solitude de Cuba ne sont pas seulement une tragĂ©die nationale : c’est un instantanĂ© inconfortable – un de plus, aprĂšs ce dont nous avons dĂ©jĂ  Ă©tĂ© tĂ©moins Ă  Gaza – du monde Ă  venir, un monde qui est dĂ©jĂ  lĂ , et qui n’offre aucune voie de sortie.