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  • #Paywall 😱 #Sanofi : des traces de #DĂ©pakine retrouvĂ©es dans le sang d’ouvriers

    Des traces de DĂ©pakine, ce mĂ©dicament pris par des personnes souffrant d’#Ă©pilepsie et de troubles #bipolaires, ont Ă©tĂ© mesurĂ©es dans le sang d’ouvriers qui en fabriquent la molĂ©cule, Ă  l’usine Sanofi de Mourenx (PyrĂ©nĂ©es-Atlantiques). De faibles doses d’acide valproĂŻque, le composant actif du valproate de sodium, ont Ă©tĂ© dĂ©tectĂ©es sur onze personnes ayant acceptĂ© de subir un test sanguin. Cette substance est considĂ©rĂ©e comme cancĂ©rogĂšne, mutagĂšne ou toxique pour la reproduction (CMR), et classĂ©e reprotoxique de catĂ©gorie 1, c’est-Ă -dire qu’elle est capable d’interfĂ©rer avec la reproduction humaine.

    ▻https://www.mediapart.fr/journal/france/110419/sanofi-des-traces-de-depakine-retrouvees-dans-le-sang-d-ouvriers

    • SantĂ© EnquĂȘte

      Sanofi : des traces de DĂ©pakine retrouvĂ©es dans le sang d’ouvriers
      11 avril 2019 Par Jade Lindgaard

      Onze salariĂ©s de l’usine de Sanofi qui fabrique la molĂ©cule de la DĂ©pakine prĂ©sentent des traces de valproate de sodium dans leur sang, une substance cancĂ©rogĂšne, mutagĂšne ou toxique pour la reproduction, alors qu’ils ne prennent pas ce mĂ©dicament.

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      Des traces de DĂ©pakine, ce mĂ©dicament pris par des personnes souffrant d’épilepsie et de troubles bipolaires, ont Ă©tĂ© mesurĂ©es dans le sang d’ouvriers qui en fabriquent la molĂ©cule, Ă  l’usine Sanofi de Mourenx (PyrĂ©nĂ©es-Atlantiques). De faibles doses d’acide valproĂŻque, le composant actif du valproate de sodium, ont Ă©tĂ© dĂ©tectĂ©es sur onze personnes ayant acceptĂ© de subir un test sanguin. Cette substance est considĂ©rĂ©e comme cancĂ©rogĂšne, mutagĂšne ou toxique pour la reproduction (CMR), et classĂ©e reprotoxique de catĂ©gorie 1, c’est-Ă -dire qu’elle est capable d’interfĂ©rer avec la reproduction humaine.

      Deux vagues d’examens sanguins, selon une mĂ©thode de biomĂ©trologie, autrement dit la surveillance biologique des expositions professionnelles, ont Ă©tĂ© conduites auprĂšs des salarié·e·s du site. Selon les premiers tests, rĂ©alisĂ©s les 27 et 28 novembre 2018, prĂ©sentĂ©s en CHSCT en janvier et rĂ©vĂ©lĂ©s par Sud Ouest, trois personnes prĂ©sentaient des traces d’acide valproĂŻque dans leur sang.

      À l’issue d’une deuxiĂšme campagne, menĂ©e Ă  partir du 29 janvier, huit autres personnes ont Ă©tĂ© dĂ©tectĂ©es avec du valproate de sodium dans leur organisme alors qu’elles ne prennent pas de DĂ©pakine pour se soigner, selon le groupe Sanofi, en rĂ©ponse Ă  des questions de Mediapart. Cela reprĂ©sente une part non nĂ©gligeable des 64 personnes, dont dix intĂ©rimaires, qui ont acceptĂ© de se faire examiner. Le site emploie 54 salariĂ©s en avril 2019. « Les prĂ©lĂšvements n’ont pas rĂ©vĂ©lĂ© de trace de valproate pour la trĂšs grande majoritĂ© du personnel testĂ©, Ă  l’exception de quelques opĂ©rateurs de production », rĂ©pond Sanofi.

      Les tours bleues de l’usine Sanofi à Mourenx (DR). Les tours bleues de l’usine Sanofi à Mourenx (DR).

      « Il n’y a pas de sujet », « les doses sont infinitĂ©simales », « vous faites du mal aux salarié·e·s », « vous n’avez pas l’air de savoir ce qu’est une usine » : le premier Ă©change tĂ©lĂ©phonique avec le groupe pharmaceutique est un peu tendu. Puis au fil des questions, la communication se dĂ©lie et apporte de premiers Ă©lĂ©ments d’information : « Une analyse dĂ©taillĂ©e des causes de la prĂ©sence de telles traces a permis d’identifier que le mode de retrait des Ă©quipements de protection individuelle Ă©tait susceptible de remettre en suspension des particules prĂ©sentes sur ces Ă©quipements de protection. »

      Les postes de travail intervenant sur la phase finale de fabrication du valproate de sodium sont particuliĂšrement concernĂ©s par l’exposition Ă  la substance toxique. Les travailleurs y sont Ă©quipĂ©s de cagoules hermĂ©tiques, d’un systĂšme de traitement de l’air et de gants. Mais ces protections individuelles sont critiquĂ©es par le coordinateur adjoint CGT Sanofi, Jean-Louis Peyren : « Si le filtre du boĂźtier aspirant l’air ne fonctionne pas bien, vous ĂȘtes contaminĂ©. »

      Le syndicat demande la mise en place de protections collectives, plutĂŽt que de dĂ©pendre chacun de son propre appareil. Pour l’organisation, les conditions de dĂ©shabillage des travailleurs n’offrent pas assez de protection : « C’est juste une cabine de dĂ©shabillage, avec une rubalise [ruban de signalisation – ndlr] collĂ©e au sol. D’un cĂŽtĂ© on peut se dĂ©shabiller, de l’autre on ne peut pas. Ça ne protĂšge de rien du tout. » De son cĂŽtĂ©, Sanofi rĂ©pond qu’« afin d’empĂȘcher toute mise en suspension, un sas permettant l’élimination des particules encore prĂ©sentes sur les Ă©quipements avant leur retrait sera mis en place prochainement ». Et que des mesures transitoires ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© dĂ©ployĂ©es.

      Les rĂ©sultats issus de la premiĂšre campagne d’examens sont infĂ©rieurs au dixiĂšme de la valeur de rĂ©fĂ©rence, explique la direction du site. Selon le PowerPoint prĂ©sentĂ© aux salarié·e·s et lu par Mediapart, les taux mesurĂ©s dans le sang des travailleurs atteignent respectivement 0,11 milligramme par litre (mg/l), 0,20 mg/l et 0,22 mg/l. Le seuil d’effet sanitaire est Ă©tabli bien au-dessus, Ă  5 mg/l.

      Le site de Sanofi chimie est une installation classĂ©e pour l’environnement (ICPE). Jusqu’à l’étĂ© dernier, il rejetait de grandes quantitĂ©s de valproate de sodium dans l’atmosphĂšre, sans arrĂȘtĂ© prĂ©fectoral pour les limiter. « Sur Mourenx, bien que les rĂ©sultats de mesures d’exposition sur les postes de travail soient satisfaisants, et qu’aucune alerte mĂ©dicale n’ait Ă©tĂ© rapportĂ©e dans le cadre de la surveillance mĂ©dicale, nous avons dĂ©cidĂ© de mettre en place la biomĂ©trologie en novembre 2018 en concertation avec l’inspection du travail, explique le groupe. Ce n’était pas une obligation. »

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      Les femmes en Ăąge de procrĂ©er sont particuliĂšrement vulnĂ©rables au valproate car, en cas de grossesse, il est associĂ© Ă  un risque de malformation congĂ©nitale et Ă  des troubles du dĂ©veloppement, explique l’Agence nationale de sĂ©curitĂ© du mĂ©dicament et des produits de santĂ© (ANSM). Aucune femme ne se trouve parmi les personnes dĂ©tectĂ©es, selon Sanofi, qui prĂ©cise que des travailleuses ont bien subi l’examen. Fin 2017, l’usine de Mourenx ne comptait que 5 femmes, sur 57 salarié·e·s au total.

      Quel bilan le groupe pharmaceutique tire-t-il de ces mesures ? « Chez les opĂ©rateurs de production ayant prĂ©sentĂ© des traces de valproate, les concentrations dĂ©celĂ©es dans le sang sont largement infĂ©rieures Ă  la valeur guide de rĂ©fĂ©rence dans le cadre d’une exposition professionnelle, dĂ©finie par des experts externes », rĂ©pond le service de communication du groupe. Il est exact que les valeurs sanguines dĂ©tectĂ©es se situent trĂšs en dessous de la valeur guide, qui correspond Ă  la concentration minimale qui pourrait entraĂźner des effets thĂ©rapeutiques sur les personnes concernĂ©es. Mais il n’existe pas aujourd’hui de valeur toxique de rĂ©fĂ©rence pour Ă©valuer si les doses mesurĂ©es chez les salarié·e·s reprĂ©sentent un risque chez ces personnes, quand bien mĂȘme elles se trouvent bien en deçà de la valeur guide thĂ©rapeutique. C’est bien sĂ»r essentiel, puisque ces individus n’ont aucune raison de prendre du valproate de sodium comme mĂ©dicament. Et donc aucune raison d’en subir les Ă©ventuels impacts nĂ©fastes sur leur santĂ©.
      « L’évaluation du risque chimique d’exposition aux produits CMR est insuffisante »

      L’Agence nationale de sĂ©curitĂ© sanitaire (Anses) a Ă©tĂ© saisie le 29 juin 2018 par la Direction gĂ©nĂ©rale de la santĂ© ainsi que par la Direction gĂ©nĂ©rale de la prĂ©vention des risques pour Ă©tablir cette valeur de rĂ©fĂ©rence. « Des effets neurodĂ©veloppementaux et nĂ©fastes sur la reproduction pourraient apparaĂźtre Ă  des doses plus faibles que celles induisant des malformations congĂ©nitales », expliquait le groupe d’expertise d’urgence de l’Anses en juillet 2018. Les rĂ©sultats de ce travail sont annoncĂ©s pour le deuxiĂšme trimestre 2019. Par ailleurs, l’agence doit aussi rendre un avis avant l’étĂ© sur les dispositions mises en Ɠuvre par Sanofi concernant la surveillance biologique des travailleurs, et les mesures de prĂ©vention mises en Ɠuvre au titre de l’exposition professionnelle. ContactĂ©, le centre de biologie et de recherche en santĂ© du CHU de Limoges, qui a analysĂ© les prĂ©lĂšvements sanguins Ă  la demande du groupe pharmaceutique, n’a pas rĂ©pondu Ă  nos questions.

      Sanofi exploite depuis 1975 cette usine, situĂ©e sur la plateforme Chem’PĂŽle64 dans le bassin de Lacq, un des plus gros sites d’industries pĂ©trochimiques en France (voir ici et lĂ  nos articles sur ce lieu historique d’extraction de gaz, et les problĂšmes sanitaires qu’il gĂ©nĂšre). Pourquoi ces mesures de biomĂ©trologie n’ont-elles pas Ă©tĂ© prises plus tĂŽt ? C’est d’autant plus Ă©tonnant qu’une autre usine du groupe, situĂ©e Ă  Amilly (Loiret), oĂč est fabriquĂ©e la forme mĂ©dicamenteuse de la DĂ©pakine, connaĂźt deux campagnes d’examens par an. Le groupe rĂ©pond que « la biomĂ©trologie n’est pas une mesure obligatoire ni systĂ©matique. Elle a Ă©tĂ© mise en place par la mĂ©decine du travail du site d’Amilly en rĂ©ponse Ă  des symptĂŽmes non spĂ©cifiques, rapportĂ©s chez certaines personnes ». Selon le fabricant, « les rĂ©sultats sont satisfaisants ».

      Pourtant, Mediapart a pu voir le rĂ©sultat du test d’un salariĂ© de cette usine, qui montre la prĂ©sence de 0,11 mg/l d’acide valproĂŻque dans son sang, en 2017. « La personne Ă  laquelle il est fait rĂ©fĂ©rence en 2017 a rĂ©alisĂ© un prĂ©lĂšvement en laboratoire de ville (type dĂ©pakinĂ©mie), rĂ©pond Sanofi. La mĂ©thodologie d’analyse n’était pas adaptĂ©e au contrĂŽle des expositions professionnelles et le rĂ©sultat se situait dans la zone d’incertitude ne permettant pas de valider la mesure. Un nouveau prĂ©lĂšvement sanguin, selon le protocole adaptĂ© pour les expositions professionnelles, a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© et aucune trace de valproate de sodium n’a alors Ă©tĂ© dĂ©tectĂ©e. »

      En rĂ©alitĂ©, la direction de l’usine Sanofi de Mourenx a mis beaucoup de temps Ă  accepter les tests sanguins sur ses salarié·e·s. Dans une lettre adressĂ©e Ă  l’inspection du travail le 10 juillet 2018, Franck Gallice, le directeur du site, Ă©crit qu’« il n’existe pas de mĂ©thode de prĂ©lĂšvement ni de mĂ©thode d’analyse de l’acide valproĂŻque pour dĂ©terminer l’exposition professionnelle ». Et aussi que « le mĂ©decin du travail de la plateforme Chem’PĂŽle64 nous indique qu’il ne dispose pas de rĂ©sultats de biomĂ©trologie pour les substances valproate de sodium et acide valproĂŻque car ces substances ne disposent pas d’indicateur biologique d’exposition ». Pourtant, la prĂ©sence de DĂ©pakine se mesure facilement dans le sang, assure Marine Martin, responsable de l’Apesac, une association regroupant des personnes impactĂ©es par les effets nocifs de la DĂ©pakine.

      Les mesures de biomĂ©trologie ne peuvent servir que d’alerte : les impacts de l’acide valproĂŻque dĂ©pendent en partie du mĂ©tabolisme de chacun·e. Elles ne peuvent se substituer Ă  des mesures de prĂ©vention. L’inspection du travail suit de trĂšs prĂšs les mesures prises, ou non, par Sanofi pour protĂ©ger ses travailleur·se·s. En mai 2018, elle prĂ©vient par courrier la direction de l’usine que plusieurs manquements aux rĂšgles de protection de ses salarié·e·s ont Ă©tĂ© observĂ©es : « L’évaluation du risque chimique d’exposition aux produits CMR est insuffisante et doit ĂȘtre revue. » Le valproate de sodium et l’acide valproĂŻque sont citĂ©s Ă  plusieurs reprises dans le courrier.

      Le site de Sanofi Ă  Mourenx a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© pris en dĂ©faut : l’annĂ©e derniĂšre, Mediapart et France Info rĂ©vĂ©laient qu’il avait Ă©mis dans l’atmosphĂšre jusqu’à 190 000 fois plus que le maximum autorisĂ© d’une autre substance cancĂ©rogĂšne et susceptible d’altĂ©rer la fĂ©conditĂ©, le bromopropane. Depuis, des travaux ont Ă©tĂ© entrepris et les rejets sont revenus sous le seuil lĂ©gal. Concernant les mesures prises pour protĂ©ger les travailleur·se·s du valproate de sodium, la question reste posĂ©e.

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