• Macron et la #santé. De 2017 à la pandémie, trois ans de contre-réformes et de résistances – CONTRETEMPS
    http://www.contretemps.eu/macron-sante-covid-reformes-neoliberales-resistances

    Ces transformations permettent de mieux comprendre le « virage ambulatoire » que veut accélérer l’exécutif : de l’hôpital vers les soins dits « de ville ». « L’ambulatoire » commence à échapper au contrôle des professionnels libéraux. La tendance est à une prise de pouvoir dans ce secteur par des entreprises qui encadrent de manière de plus en plus stricte leur pratique et la soumettent à des impératifs de rentabilité.

    Le plan « Ma santé 2022 » accompagne cette réorganisation du système de santé. Pour y parvenir, l’exécutif, poursuivant l’œuvre de ses prédécesseurs, entend d’abord verrouiller les dépenses hospitalières et limiter la place de l’hôpital public ouvrant ainsi la voie au développement du marché de la santé privée. Complétant les réformes Bachelot et Touraine, un des volets de ce plan annonçait une nouvelle loi santé, accélérant les restructurations hospitalières. Ce sera la « loi Buzyn » votée en 2019 (voir plus loin).

    La réduction de la place de l’hôpital public est censée être compensée non par le développement d’un service public hors hôpital mais par la coordination d’une « offre » d’acteurs publics et privés. La prise de rendez-vous sur des plateformes, les « téléconsultations », une meilleure coordination des acteurs au sein de « communautés professionnelles territoriales de santé », le regroupement des professionnels dans des maisons médicales de professionnels libéraux, la « complémentarité » des cliniques privées et de l’hôpital prétendent se substituer à la régression ou à l’absence du service public.

    Sous l’impulsion de l’État, les soins de ville sont appelés eux aussi à se rentabiliser et à « s’industrialiser ». Ainsi le plan « Ma santé 2022 » prévoit-il la création de 4 000 postes « d’assistants médicaux » auprès de médecins libéraux. Les praticiens bénéficiaires de cette mesure devront en contrepartie recevoir en moyenne six patient∙e∙s par heure au lieu de quatre (dix minutes par patient∙e, contre quinze actuellement), et leurs assistants médicaux douze patient∙e∙s par heure. Cette médecine à la chaîne, par vidéoconférence, sans examiner directement le malade, ou lors d’une consultation expresse instaure une « médecine du tri ».

    Exemple de ces pratiques : dans les régions où l’accès à un rendez-vous d’ophtalmologue prend plusieurs mois voire une année, les centres privés « Plus belle ma vue » proposent des rendez-vous rapides avec des orthoptistes qui examinent le patient. Ils sont connectés avec un ophtalmologiste en Espagne qui prescrit, le tout avec dépassement d’honoraires et refus de la couverture maladie universelle (CMU).

    • Derrière l’écran de fumée de la « santé publique », la vérité de la politique de Macron est inscrite dans les lois de financement de la Sécurité sociale, qui fixent chaque année les recettes et dépenses de la protection sociale. Le projet annoncé de l’exécutif était de faire, au cours du quinquennat (2017/2022), 25 milliards « d’économies » dans la sphère sociale dont 15 sur l’assurance maladie. Sur les 3 milliards par an de restrictions imposées à cette branche de la Sécurité sociale, la moitié revenait au système hospitalier. Les frais de personnel représentant plus de 70 % de ces dépenses, ils en sont la principale « variable d’ajustement ».

      Contre l’évidence, à l’automne 2017, Agnès Buzyn continuait de prétendre qu’il « n’était pas question de baisser les effectifs soignants »[5]. Pourtant peu critique vis-à-vis du pouvoir, le président de la Fédération hospitalière de France[6] était contraint de lui répondre que c’était mission impossible. Il affirmait : « On demande aux établissements de ne pas toucher à l’emploi et à l’offre de lits, tout en réalisant toujours plus d’économies ». Après 1,1 milliard d’économies en 2017, l’effort exigé pour 2018 était encore accru : 1,6 milliard. Inéluctablement le déficit des établissements se creusait.

      Quant à la remise en cause de la « tarification à l’activité », pivot de la transformation de l’hôpital en entreprise, elle n’a cessé d’être reportée jusqu’à aujourd’hui.