• Au nom de la lutte contre le covid-19, la police française a déjà tué 5 personnes et fait plus de 10 blessés graves

    Publié le 20 avril 2020 |

    Dès les premiers jours du confinement d’une grande partie de la population, de nombreuses vidéos montrant des violences policières ont été relayées. Les militant·es des quartiers populaires avaient alors avertis du danger que représentaient des rues vides, donnant de fait carte blanche aux flics en l’absence de témoins. Il n’a pas fallut attendre longtemps pour voir ces dires confirmés, avec un premier tir de LBD sur une fillette de 5 ans. Devant le peu de réactions, les flics s’en sont donné à cœur joie : en à peine 8 jours c’est déjà 5 personnes qui ont été tuées...

    Depuis le 8 avril, 5 personnes ont été tuées par la police, 3 autres ont été blessées gravement et 7 ont porté plainte pour violences policières.

    Toutes ces histoires ont un point commun : il n’y a aucun témoin, en dehors des flics impliqués dans la mort de ces personnes. En temps "normal" même avec des témoins et des vidéos, la grande majorité des affaires de morts en lien avec la police se termine par un non lieu. Sans preuve ni témoin extérieur, il y a donc encore moins de chance que quiquonque soit un jour condamné pour ces morts ni ne s’excuse.

    N’ayant aucune autre version que celle des flics, les médias eux aussi se contentent - encore plus qu’à l’accoutumée - de faire un copier/coller de leurs déclarations. Comme si le procès était déja bouclé, les journalistes ne prennent même pas la peine d’interroger les nombreuses incohérences des récits policiers. Aucun média n’a d’ailleurs pris la peine de mettre en lien ces affaires.
    Afin d’y voir plus clair, voici ce que dit la presse de ces morts et les incohérences que nous avons décelées

    Liste des personnes tuées depuis le 8 avril et analyse des faits relatés dans les médias

    Le 8 avril à Béziers :
    Mohammed, 33 ans, est mort au commissariat de Béziers vers 23h30 le mercredi 8 avril, après son interpellation par la police municipale pour “non respect du couvre-feu”. Ce n’est pas une des armes à feu dont est équipée la police municipale de Béziers qui a tué un homme, mais surement une nouvelle fois, une “technique d’immobilisation”. Au moins un des agents s’est assis sur l’homme allongé à plat ventre et menotté dans la voiture. La presse insiste dès le lendemain sur le caractère instable de l’homme, qu’il serait un SDF... Bien qu’elle semble difficilement prouvable faute de témoin, la vérité semble simple : les flics l’on tué par étouffement en s’asseyant sur lui. [1]

    Le 10 avril à Cambrai :
    Les flics veulent arrêter deux hommes qui, pris de panique - car dehors sans d’autorisation de sortie - prennent la fuite. Les flics les prennent en chasse, puis en pleine ligne droite la voiture part en tonneau au milieu de la route... pas de caméra, pas de témoin, on ne saura jamais ce qu’il s’est passé. Pourtant faire un tonneau au milieu d’une ligne droite avec aucun obstacle ne semble pas très cohérent. [2]

    Le 10 avril à Angoulème :
    Même scénario : Boris, 28 ans, est intercepté par les flics, surement lui aussi sans autorisation de sortie. Il prend la fuite et, pris de panique, stoppe sa voiture au milieu d’un pont et saute dans l’eau. Il n’en ressortira pas vivant. On ne saura là encore sûrement jamais ce qu’il s’est passé, faute de témoin. Entre se soumettre à un contrôle censé être "routinier" et sauter d’un pont, certains font donc le choix de sauter... Ce constat en dit long sur l’état de confiance de la population envers la police [3].

    Le 15 avril à Rouen :
    Un homme, âgé de 60 ans, est décédé en garde à vue dans la nuit du mardi au mercredi 15 avril, au commissariat de police de Rouen. Le sexagénaire a été placé en garde à vue la veille en fin de journée, pour une conduite sous l’emprise de l’alcool. Vers 5h, alors qu’il était extrait de sa cellule pour être entendu, il fait un "malaise". Malgré les tentatives de réanimation, il décède. Selon la police, les causes de sa mort ne sont pas encore connues. Comme bien souvent, avec des policiers comme seuls témoins, il sera bien difficile d’imputer une quelconque responsabilité à ses geôliers ou aux conditions de détention. [4]

    Le 15 avril à la Courneuve (93) :
    Un jeune de 25 ans est aperçu par des flics à cheval dans le parc de La Courneuve (qui est fermé pour cause de confinement). Ils s’approchent de lui et, selon eux, le voient tenir un couteau. Le jeune aurait alors attaqué un cheval, suite à quoi les flics prennent la fuite et préviennent leurs potes à vélo, qui l’encerclent un peu plus loin. Selon eux, l’individu se serait jeté sur eux et les flics n’auraient eu d’autres choix que de lui tirer 5 balles dont 3 en pleine tête... Comme d’habitude avec les flics, on ne comprend pas comment 3 personnes entrainées et armées avec des lacrymos et taser en viennent toujours à tuer quelqu’un de plusieurs balles... Tirer dans le genou ou dans le bras ne semble pas être dans leur formation... Bien sur les journaux ont titré sur le fait que le jeune était Afghan, tout en précisant en tous petits caractères que sa situation était parfaitement en règle... Certains retiendront que les flics ont fait leur boulot... Nous retiendrons que les flics ont encore tué quelqu’un avec 5 balles parfaitement ajustées, non pour désarmer mais pour tuer. [5]

    En plus de ces morts, de nombreux cas de violences policières sont recensées

    Nous avons relevé 3 autres affaires dans la presse :

    Le 7 avril à Chanteloup-les-Vignes dans les Yvelines,
    Six policiers interviennent, selon eux « pour mettre fin à un rodéo en motocross ». Au final une intervention policière a blessé grièvement une enfant de 5 ans au lanceur de balles de défense. Au cours de cette intervention policière, les autorités reconnaissent que les policiers ont procédé à 14 tirs de LBD et 9 lancers de grenades (une lacrymogène et 8 de désencerclement). C’est lors de ces échanges de tirs qu’une fillette de 5 ans, qui accompagnait son père pour descendre les poubelles, a été atteinte en pleine tête. Le tir a provoqué un grave traumatisme crânien qui a nécessité une prise en charge chirurgicale de la fillette, qui a été transférée à l’hôpital Necker à Paris en réanimation. [6]

    15 avril à Noisy le Grand (93)
    Un flic qui n’est pas en service, incommodé par la musique trop forte d’un voisin, sort de chez lui pour le menacer. Le voisin rigole et monte le son. Le flic part chercher son flingue et et retourne menacer son voisin. Selon lui, c’est au moment où il allait reprendre l’ascenseur que le voisin aurait foncé sur lui avec un couteau. Le flic aurait alors fait usage de son arme et tiré sur le flanc droit de l’assaillant. Cette fois-ci, il y aura des témoins : un autre voisin qui était venus avec le flic demander à ce que le son soit baissé, puis indirectement,les autres habitants de l’immeuble, sortis sur leurs paliers suite à la détonation... Le lendemain, des photos du flic se vantant auprès de ses proches d’avoir tiré sur son voisin circulent sur SnapChat [7]... Pourtant, après une courte audition de quelques heures, le flic est relaché en liberté surveillée avec interdiction de reprendre son flingue... Si à l’inverse, un voisin avait sorti un fusil pour lui tirer dessus, il fait peu de doute qu’il dormirait déjà en prison... [8]

    18 avril à Villeneuve-la-Garenne (92)
    Vers 23 heures, un jeune hommes de 28 ans roule sans casque en direction de l’île Saint Denis. Devant lui, une voiture banalisée des flics roule sans girofard ni rien ne laissant penser qu’il s’agit de flics. Au moment où le motard arrive à hauteur de la voiture, la portière avant droite de la voiture s’ouvre. Ce geste serait réalisé de façon délibéré assurent les témoins la scène. Le pilote est alors fauché : il est éjecté de la moto et percute un (ou deux, selon les versions) potelet(s). L’une de ses jambes est fracturée (elle n’a pas été arrachée comme initialement indiqué), subissant une lourde intervention chirurgicale au cours de la nuit. Son pronostic vital n’est cependant pas engagé indiquent les pompiers. Cette fois-ci, il y a de nombreux témoins, des vidéos et du monde qui sort dans la rue assez enervé contre les flics. Quelques heures après, l’info est dans toute la presse, et même Sos Racisme - que l’on pensait disparus - sort un communiqué demandant des explications à la Pref... Pourtant, même avec cette acummulation de preuves, le syndicat des Flics Synergie se glorifie sur Twitter d’avoir débarassé avec héroïsme le quartier d’un dangeureux individu... [9]

    L’Association de lutte Contre les violences policières a quant à elle déjà enregistré 7 plaintes contre les flics [10] :

    Le 19 mars À Torcy
    C’est Chems, 19 ans, qui a été agressé par des policiers. Il attendait un ami en bas de sa tour lorsque des policiers l’ont contrôlé. Chems reconnaît qu’il n’avait pas d’attestation et qu’il a commencé par donner un nom fictif avant de décliner son identité. En réponse, un agent de police lui saute dessus et l’étrangle au point qu’il n’arrive plus à respirer, pendant que son collègue scande des insultes racistes aux témoins inquiets qui criaient par leurs fenêtres face à cette scène de violence. Une plainte a été déposée et le Défenseur des Droits a été saisi. Une enquête a été ouverte par le parquet de Torcy.

    Le 19 mars 2020 À Aubervilliers
    C’est Ramatoulaye, 19 ans, qui a été frappée, insultée et tasée par des agents alors qu’elle était sortie faire des achats de première nécessité pour son bébé âgé de 6 mois. Arrivée à proximité de son domicile, et en présence de son petit frère âgé de 7 ans, Ramatoulaye a été contrôlée par huit policiers qui décidèrent que son attestation manuscrite ne suffisait pas. Le ton est monté et un policier a soudainement envoyé un coup de taser à la poitrine de la jeune femme. Résultat ? 5 jours d’ITT, et là encore, des blessures psychologiques invisibles. Une plainte a été déposée et le Défenseur des Droits a été saisi.

    Le 23 mars 2020 aux Ulis
    Yassin, 30 ans, a été tabassé par des policiers alors qu’il sortait de son immeuble pour aller acheter du pain. Il n’a même pas eu à présenter son attestation ou à justifier sa sortie, puisque les agents, qui étaient « déchaînés » selon son témoignage, l’ont directement pris à partie. Plaquage contre le mur, coups de pied, coups de matraque lui ont valu 5 jours d’ITT. Une plainte a été déposée.

    Le 24 mars 2020 aux Ulis toujours
    Sofiane, qui avait oublié son attestation, a été pris de panique à la vue des policiers et a tenté de les fuir. Au lieu d’être arrêté et verbalisé, il a subi des violences physiques aggravées de la part d’agents de la BAC. Ce passage à tabac lui a valu 4 jours d’ITT, 15 jours d’arrêt maladie prescrit par un psychiatre, et un important traumatisme. Une plainte a été déposée.

    Le 1er avril 2020 à Montceau-les-Mines
    C’est Walid, 30 ans, qui a été tabassé par des policiers. Un déchaînement de violence qui lui a valu 16 jours d’ITT et, là encore, un important traumatisme psychologique. Ce soir-là, Walid était simplement sorti s’acheter à manger. Il était en voiture lorsque la police l’a arrêté. Régulièrement contrôlé, il l’a fait remarquer aux policiers et a sorti son téléphone pour filmer l’interpellation. C’est là que les choses ont dégénéré. Gazé, frappé, bloqué, Walid a subi de nombreuses violences, auxquelles se sont ajoutées 48h de garde à vue pour...outrage, rébellion et violences contre les policiers. Résultat ? Lui qui n’avait jamais eu maille à partir avec la justice s’est retrouvé jugé en comparution immédiate. Une plainte a été déposée.

    Le 4 avril 2020 aux Lilas puis à l’entrée de l’autoroute près de Montreuil
    C’est Mohamed, 22 ans, qui a été passé à tabac par des policiers. Ce jour-là, Mohamed a subi deux contrôles de la part des mêmes agents, à quelques minutes d’intervalle. La première fois, il était en train de faire des courses pour sa grand-mère. Pris à parti par des policiers, il a finalement été relâché car tout était en règle… mais quelques temps après, alors qu’il avait pris sa moto pour rentrer chez lui, il a été arrêté et menacé par les mêmes policiers. Pris de panique, il a tenté de fuir à pied mais les policiers l’ont rattrapé. S’en est suivie une salve de coups qui a valu 7 jours d’ITT au jeune homme. Il a été frappé et tasé alors même qu’il avait encore son casque sur lui. Une plainte a été déposée.

    Le 10 avril 2020 à Saint-Pierre-des-corps
    C’est Mohamed, 26 ans, qui a été tabassé par des policiers. Pompier volontaire, il était sorti faire un footing tardif pour s’aérer l’esprit. Sur la route, il croise des habitants du quartier et les salue. C’est à ce moment qu’une voiture de police arrive. N’ayant pas leur attestation, plusieurs des personnes présentes se mettent à courir. Mohamed reste : il a son attestation et se dit qu’il n’y aura aucun problème. Mais le ton monte rapidement. Alors que Mohamed sort son téléphone pour filmer le comportement des policiers, il est gazé au visage à bout portant. S’en suivra une violente salve de coups. Un agent lui a même tiré sa capuche pour l’étrangler. Ce passage à tabac lui aura valu 10 jours d’ITT et un lourd traumatisme. Au-delà des marques de strangulation et des ecchymoses, Mohamed est sous le choc. Une plainte a été déposée.

  • De nombreux collectifs galèrent aujourd’hui pour maintenir des temps d’échanges sans en passer par discord, zoom ou encore skype. Mumble propose des salons vocaux, ça fonctionne très bien. Le seul petit bémol c’est que la familiarisation nécessite un accompagnement pas à pas. Des camarades ont eu la patience de s’y coller. En suivant ce lien vous trouverez un premier tuto pour Android
    Utiliser Mumble sous Android
    https://hotline.asdrad.com/phone:utiliser-mumble

  • À Marseille, des quartiers populaires et solidaires !
    11 avr. 2020
    Par Gaël Marsaud et Joachim Gatti

    Au nord de Marseille, dans le 3e arrondissement, on s’organise pour faire face au virus et au confinement. Une plateforme téléphonique met en relation les habitant.es pour créer un réseau de solidarité et d’entraide. Face à l’incurie des services de la mairie et de l’État, le Collectif des habitant.es organisé.es du 3e coordonne à grande échelle l’aide aux plus vulnérables.
    Entretien.
    Vous arrivez à combien de foyers ?
    Le 9 avril, on arrive à 250 foyers, soit 498 enfants et 437 adultes.

    Et combien de bénévoles ?
    180 personnes. On se nomme d’ailleurs compagnon.nes, camarades, voisin.es ou habitant.es, car nous n’aimons pas trop le mot bénévole.

    Comment vous présenteriez-vous ?
    La meilleure définition serait une initiative citoyenne, ou un réseau d’entraide. Au départ, nous étions spécialement sur le 3e arrondissement.

    Quelle est la situation dans le 3e arrondissement ?
    Beaucoup de personnes vivent dans une situation de grande précarité. Pour de nombreuses familles notamment celles en situation irrégulière, vivre confinées c’est être coincés, adultes et enfants, à trois, quatre, cinq ou plus dans un T1, T2 parfois insalubre, sans possibilité de travailler, donc sans revenu pour acheter à manger ou payer son loyer.

    Est-ce que vous pouvez faire une petite histoire de cette initiative ? Comment est-elle née et comment s’est-elle développée ?
    Ce collectif est né avant la crise du Coronavirus, du travail de l’association L’AN 02 avec des habitant.es membres des Compagnons Bâtisseurs. Depuis mars 2019, nous travaillions à créer un syndicat d’habitants qui se bat contre toutes les injustices dans le quartier. Ce processus est en relation avec tout un écosystème associatif. Il y a le Lokal 36 avec différentes associations comme En chantier, et Mot à mot, qui proposent des cours de langues. Il y a aussi La Fraternité avec son réseau de bénévoles de la communauté protestante.
    Nous avons très vite compris que le confinement allait avoir des conséquences désastreuses sur des habitant.es déjà très précarisé.es. Avec la fermeture pour des raisons sanitaires des points de distribution comme ceux de la Croix Rouge ou des Restos du cœur, on savait que beaucoup de familles allaient rester sur le carreau. Alors, on a mis en place un système de plateforme téléphonique avec un numéro gratuit ouvert de 16 h à 18 h. Trois ou quatre personnes se relaient en permanence pour répondre aux appels.
    Quand on a lancé la plateforme, il y a eu une très belle solidarité. Les gens qui appelaient pour aider étaient plus nombreux que les gens qui appelaient pour être aidés. Cela nous a beaucoup rassurés.
    On a mis en place un système de « parrainage/marrainage ». Maintenant, on parle plutôt de compagnonnage. Chaque compagnon.ne accompagne une personne ou une famille. Il prend des nouvelles d’elle, il va éventuellement faire ses courses, démêle des problèmes administratifs.
    Autant que possible, on cherche à ce que la personne aidante et la personne aidée habitent proches. C’est notre leitmotiv, encourager une forme de solidarité de quartier. On sait qu’elle existe, il faut parfois juste le bon outil. Ici, l’outil c’est la plateforme. Et ce lien, cette solidarité, on espère qu’elle restera.
    Pour les femmes qui demandent de l’aide, on essaye de leur trouver une compagnonne. On sait que cela aide à avoir confiance, et que dans ces moments, les femmes sont particulièrement vulnérables.
    Il faut que les gens s’entraident, mais sans se rencontrer, en tout cas pas physiquement. C’est tout l’enjeu : organiser la solidarité sans propager le virus. Il reste le lien par téléphone et c’est très important. L’objectif c’est aussi de ne pas laisser les gens s’isoler et le téléphone reste un moyen simple de communiquer pour des personnes qui n’ont pas toujours accès à internet.
    À la base c’était juste pour le troisième arrondissement, mais aujourd’hui, des gens nous appellent du 2e, 13e, 14e et 15e arrondissements de Marseille. Heureusement, d’autres collectifs ont émergé dans de nombreux quartiers.

    Comment entrez-vous en relation avec les personnes qui ont besoin d’aide ?
    C’est aux personnes de décider si elles veulent entrer en contact avec la plateforme en nous appelant. Au début les gens du collectif ont envoyé des textos et des mails pour dire que la plateforme existait. Parfois des personnes, des infirmiers, des enseignants par exemple, nous signalent des personnes isolées. Les associations, les hôpitaux et même la Maison Départementale des Solidarités orientent des personnes vers nous.

    Quels sont vos partenaires ?
    On a monté un petit système qui comporte trente-cinq structures de toutes sortes. Des plateformes téléphoniques comme nous, des maraudes, des aides alimentaires, du soutien administratif, de l’accès au soin.

    Comment les avez-vous choisis ?
    Nos partenaires doivent pratiquer un accueil inconditionnel. C’était notre base. Il ne faut pas oublier la réalité du quartier. Il y a beaucoup de familles en situation irrégulière et on ne doit pas leur indiquer des dispositifs qui peuvent les mettre en danger. Après, les personnes en situation régulière, on peut en plus les renvoyer vers les CCAS (Centre Communal d’Action Sociale).
    On a aussi vérifié la liste des associations et des numéros de téléphone. On s’est rendu compte qu’il y avait beaucoup d’associations qui avaient fermé pour des raisons sanitaires. On a dû faire le tour des forces encore actives. Nous effectuons une veille la plus rigoureuse possible pour avoir des infos à jour, ce qui n’est pas facile.

    Comment travaillez-vous avec les associations caritatives ?
    Il fallait évaluer un peu leur force et leur soutien et ne pas les épuiser. On a fait un petit travail de fourmis et nous sommes allés voir ce qu’elles pouvaient proposer. À l’heure actuelle, on compte une dizaine de paniers par structure. On bosse avec le Secours Populaire, les Restos du cœur, l’épicerie solidaire Yasmine.

    Et avec les services de santé ?
    On a beaucoup de chance d’avoir Médecins du Monde à Saint-Mauront. Ils ont tout de suite répondu oui. Il y a les pharmacies qui acceptent de filer des attestations de déplacement dérogatoire. On a aussi le Planning Familial qui se trouve boulevard National. Trois psychologues proposent des moments d’écoute par téléphone.

    Et avec les services de la mairie, et de l’État ?
    Le système informatique de la ville de Marseille a été piraté juste avant les élections. Pendant deux semaines et demie, ils étaient injoignables. Et comme par magie, un numéro est arrivé lundi après-midi. C’est le 3013. Mais ils sont à côté de la plaque. La première initiative du maire actuel, à savoir créer un comité d’action pour faire face à l’urgence, est intervenu le 9 avril, soit 23 jours après le début du confinement. Pour le Département, on a la Maison Départementale de la Solidarité qui donne des tickets-services après rendez-vous avec un travailleur social, mais les critères d’attribution sont tout à fait opaques.

    Quels sont les enjeux à moyen terme, et quelles sont vos revendications ?
    Parmi les premières revendications, on demande la mise en place au moins pour commencer d’un point de distribution alimentaire par arrondissement. À regarder la situation des quartiers nord de Marseille, on voit bien qu’il faut de manière urgente un point de distribution par arrondissement. Nous, on le demande sur le 3e depuis deux semaines et demie et on espère qu’il va arriver. La deuxième chose : on s’est aperçu que sur Marseille, on ne distribuait pas de couches, pas de lait infantile, pas de tests de grossesse ni de protections périodiques. Et du coup, c’est notre deuxième revendication, la distribution de kits d’hygiène à destination des femmes.
    Au-delà des revendications urgentes, nous avons tous été surpris.es par l’ampleur des besoins que nous avons dû prendre en charge. Au départ, on voulait encourager la solidarité, et les dépannages entre voisin.es, et on s’est retrouvé à jouer le rôle des pouvoirs publics et de l’assistance sociale. Qu’une équipe improvisée de bénévoles non formé.es se retrouve en quelques jours à gérer tout cela est complètement surréaliste et illustre bien l’échec complet des pouvoirs publics dans la gestion de cette crise sanitaire et de ses implications sociales.
    Si aujourd’hui, on doit distribuer des colis alimentaires aux habitant.es de Marseille, c’est qu’hier, on les a laissés sans-papiers, donc sans droit, donc sans assurance aucune, ni chômage, ni RSA, ni assurance maladie, rien. Si le confinement est aussi dur, voire impossible, à la Belle de Mai et dans les quartiers populaires, c’est que les habitants s’entassent dans des appartements trop petits et insalubres. C’est cela qui doit changer.

    Marseille, 11 avril 2020.

    Contacter le Collectif des habitant.es organisé.es du 3e.

    Mail : entraide3@an02.org
    Facebook : Coronavirus solidarité entre habitant.e.s du 13003

  • Qu’est-ce qu’il nous arrive ? Beaucoup de questions et quelques perspectives par temps de coronavirus
    Jérôme Baschet
    https://lundi.am/Qu-est-ce-qu-il-nous-arrive-par-Jerome-Baschet
    Lundimatin#238 (13-avril), le 13 avril 2020

    Il n’est sans doute pas faux de dire que le Covid-19 est une maladie du
    Capitalocène et qu’il nous fait entrer de plain-pied dans le XXI siècle. Pour la première fois sans doute, il nous fait éprouver de façon tangible la véritable ampleur des catastrophes globales des temps à venir.
    Mais encore faut-il tenter de comprendre plus précisément ce
    qu’il nous arrive, en ce qui concerne tant l’épidémie provoquée par le
    SARS-CoV-2 que les politiques sanitaires adoptées pour l’endiguer,
    au prix d’une stupéfiante paralysie de l’économie ; car on ne peut, sans
    ces préalables, espérer identifier les opportunités qui pourraient s’ouvrir dans ces circonstances largement inédites.
    La démarche n’a cependant rien d’assurée. Pris dans le tourbillon d’informations chaque jour plus surprenantes ou déconcertantes que suscite l’événement, on titube. On n’en croit parfois ni ses yeux ni ses oreilles, ni nul autre de ses sens. Mieux vaut admettre que bien des certitudes vacillent. Bien des hypothèses aussi. Mais il faut bien commencer à tenter quelque chose, provisoirement et partiellement, en attendant que des élaborations collectives mieux assurées ne prennent le relais.

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  • Nos petites fabriques de masque

    Georges André, "Mémé Chantal fabrique des masques", blog Vivre debout ! Medipart, le 11 avril 2020

    Sur tout le territoire, des réseaux multiples de solidarités se sont créés et s’emploient pour faire face aux besoins locaux de la vie sous cette épidémie. Mémé Chantal est une de ces femmes de caractère, Gilet Jaune des ronds-points devenue petites mains habiles au service d’autrui. Elle fabrique des masques et nous offre ce billet :

    Le 15 mars sur la messagerie Telegram du groupe « A cause de Macron », avec le déclenchement du plan blanc, Stella, infirmière, nous informe de l’appel des hôpitaux lançant la réquisition des étudiants et des retraités de moins de 50 ans. C’est ce jour-là qu’apparaît la première proposition de masques en tissu avec le tutoriel du CHU de Grenoble.

    Stella et Carine commencent à en parler sur les réseaux. Étant informée que la réquisition porte sur les jeunes soignants retraités de un à cinq ans, mais retraitée depuis plus de cinq ans, je décide de remanipuler les aiguilles mais pas les mêmes pour me lancer dans la fabrication de masques. J’imprime le tutoriel du CHU de Grenoble et le découpe dans du carton pour me faire le prototype.

    Élastique tissu. Où vais-je trouver cela ? Un rideau en coton fera l’affaire. Pas d’élastique. Je contacte ma voisine Cristal qui me fait passer par-dessus la clôture ce qu’elle possède. Je fais mes premiers masques que les personnes viennent chercher sur le bord de ma fenêtre, ce qui nous donne l’occasion de communiquer en respectant les distances. Cristal poste sur le fil Telegram qu’elle a un contact avec un responsable du magasin Cora voisin qui souhaite tester ces masques.

    Dans sa cuisine devenue atelier, au milieu des tissus, la machine à coudre ne chôme pas. Mémé Chantal masquée s’active sans se ménager. Dans sa cuisine devenue atelier, au milieu des tissus, la machine à coudre ne chôme pas. Mémé Chantal masquée s’active sans se ménager.

    Je lui en fabrique quatre qu’elle se charge de leur porter. Je fais deux propositions avec des liens et deux avec un élastique autour des oreilles. Je les termine à 4h du matin et les porte directement chez Cristal en les posant sur le pare-brise de sa voiture ce qui me permet de marcher, prendre l’air, puis dodo.

    C’est le 20 mars que je décide de ne pas fabriquer pour les hôpitaux car je trouve la responsabilité trop importante ayant peur d’introduire une autre porte au virus. Par contre je veux bien fabriquer pour les citoyens lambda. Je joins dans leur sac avec les masques, un papier avec toutes les indications nécessaires pour l’usage du masque et surtout en précisant que ce n’est pas une barrière à 100 % contre ce fameux virus. Jeannot, gilet jaune, qui fait partie de notre groupe Telegram nous annonce une commande de 50 masques qu’il a promis de livrer le lendemain en début d’après-midi à l’Intermarché de la ville du Cendre. J’avoue que là, ma réaction a été un peu vive, car en même temps, il nous a annoncé avoir fait le tour de trois ou quatre grandes surfaces pour proposer nos masques. J’explique qu’avant de promettre des livraisons, il faut savoir si derrière on peut assurer les quantités. Me connaissant, je sais que je travaillerai jusqu’à épuisement pour honorer les commandes, ce que j’ai d’ailleurs fait pour les 50 masques que Cristal a demandé et remis aux bénévoles de la « Coop des Dômes » qui se déplacent.
    Se sentir solidaire et s’y mettre pour fabriquer de multiples masques indispensables. Se sentir solidaire et s’y mettre pour fabriquer de multiples masques indispensables.

    À ce jour j’ai fabriqué cent-huit masques. J’ai une commande de seize en attente. Je vois fleurir sur les réseaux sociaux des demandes et surtout des réponses de personnes qui se font payer pour fabriquer des masques.

    Je laisse ce point aux couturières de métier. Pour ma part, je fais les masques gratuitement. Je les fais dans le cadre de la solidarité. C’est ma participation et mon combat dans cette guerre contre le virus.

    * Stella, Carine, Cristal et Jeannot sont des pseudonymes.

  • La conjuration des imbéciles : chronologie du dézingage des stocks de masque

    Extrait
    Arnaud Mercier, "Pénurie de masques : à qui la faute ?", article paru dans l’horrible Le Point, le 24/03/2020 et modifié le 25/03/2020

    Les trois opérateurs de la prévention (l’Eprus, l’Institut de veille sanitaire et l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé) ont tous vu baisser leurs recettes entre 2010 et 2014, la restriction totale avoisinant les 54 millions d’euros, soit une baisse de 24 %. On a commencé alors à poser la question des stocks de masques (entre autres) pour finalement se convaincre que les masques FFP2 n’étaient pas si indispensables que cela pour le public. Donc on en vient à considérer que la mission de protection régalienne à l’égard des populations repose prioritairement sur le stockage de masques chirurgicaux.

    Et, puisque les masques FFP2 sont à destination du personnel de santé, alors pourquoi ne pas transférer la responsabilité de leur acquisition à chaque pôle de santé ? C’est ce mécanisme que décrit Francis Delattre, sénateur Les Républicains, dans son rapport parlementaire fait au nom de la commission des Finances en date du 15 juillet 2015 sous le titre « L’Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus) : comment investir dans la sécurité sanitaire de nos concitoyens ? ».

    Il aborde explicitement la question des masques de protection. « Concernant les populations cibles à atteindre pour les masques, la doctrine gouvernementale est en cours de redéfinition. Toutefois, une nouvelle doctrine du SGDSN a d’ores et déjà établi que le stock national géré par l’Eprus concernerait désormais uniquement les masques de protection chirurgicaux à l’attention des personnes malades et de leurs contacts, tandis que la constitution de stocks de masques de protection du personnel de santé (notamment les masques FFP2 pour certains actes à risque) était désormais à la charge des employeurs. »

    Et le rapporteur poursuit son exposé du changement de doctrine et y apporte des justifications : « Cette évolution s’explique par une inflexion de la politique de constitution et de renouvellement des stocks mise en œuvre par le ministre chargé de la Santé, sur le fondement de la doctrine développée par le SGDSN et les avis du HCSP. »

    Certains produits ne seront plus stockés « en raison de la plus grande disponibilité de certains produits et de leur commercialisation en officine de ville » ou en raison « du transfert de la responsabilité de constituer certains stocks vers d’autres acteurs (par exemple, les établissements de santé et les établissements médico-sociaux pour les masques de protection FFP2 de leur personnel) », précise encore le rapport du sénateur. Les choses sont dites : si d’autres acteurs peuvent les vendre ou peuvent les acheter, à quoi bon obliger l’État à faire des stocks préventifs ? ! La chaîne de déresponsabilisation s’achève alors.
    Le principe comptable supplante le principe de précaution

    La préoccupation managériale et uniquement comptable finit donc ici de prendre le dessus et conduit à l’oubli des raisons mêmes pour lesquelles on prévoyait de faire ces stocks, selon une logique du « au cas où », en ne prenant jamais le risque d’être à la merci d’une rupture d’approvisionnement chez les industriels français ou étrangers, par exemple.

    Car le court-termisme de la vision ainsi défendue oublie totalement qu’une pandémie, par définition, est une épidémie mondialisée, qui peut provoquer des ruptures des chaînes d’approvisionnement. Du coup, même l’appareil industriel national peut être gravement perturbé, notamment si les ouvriers chargés de la fabrication des futurs masques refusent de se rendre dans les usines pour une légitime crainte pour leur santé.

    Et, afin d’éviter de commander des doses de produits de santé en trop grande quantité et pour éviter d’avoir à annuler avec pénalités au moment d’une épidémie qui aurait été moins sévère que prévu ou jugulée par l’usage de ces protections (cas du H1N1), Francis Delattre souligne que « le ministre chargé de la Santé a décidé de développer une nouvelle modalité d’acquisition » : la réservation de capacités de production et d’acquisition auprès de laboratoires.

    Cet outil, aussi appelé « sleeping contract », sera ainsi utilisé pour des vaccins contre une grippe de type pandémique. Un avis de marché public est publié par l’Eprus le 8 août 2014 concernant « une tranche ferme constituée de la réservation de capacités de production de 5 millions d’euros de doses de vaccins pandémiques [et] une tranche conditionnelle permettant, en cas de déclaration d’une pandémie avérée, la production et la livraison de doses vaccinales ».

    Ce dispositif contractuel, tout droit venu du libéralisme pragmatique britannique, est donc importé en France par Marisol Touraine, alors ministre socialiste de la Santé. Il s’agit en somme d’une « précommande » qui ne demande qu’à être activée. Cette parfaite rationalité comptable devient l’objet d’une des recommandations du rapporteur Les Républicains :

    « Recommandation n° 5 : afin de réduire les coûts d’acquisition et de stockage, poursuivre le développement de la réservation de capacités de production de produits de santé, tout en maintenant des stocks physiques pour les produits stables. » Au principe de précaution « stocker pour être sûr d’avoir en cas de crise, car c’est vital » se substitue la logique : être sûr de ne pas trop stocker car c’est essentiel de ne pas dépenser plus qu’il ne faut.

  • Une description de la situation en Inde :

    *Arundhati Roy : « En Inde, le confinement le plus gigantesque et le plus punitif de la planète » le Monde, 6 avril 2020

    Qui peut utiliser aujourd’hui l’expression « devenu viral » sans l’ombre d’un frisson ? Qui peut encore regarder un objet — poignée de porte, carton d’emballage, cabas rempli de légumes — sans l’imaginer grouillant de ces blobs invisibles, ni morts ni vivants, pourvus de ventouses prêtes à s’agripper à nos poumons ? Qui peut penser embrasser un étranger, sauter dans un bus, envoyer son enfant à l’école sans éprouver de la peur ? Ou envisager un plaisir ordinaire sans peser le risque dont il s’accompagne ? Qui de nous ne s’intitule du jour au lendemain épidémiologiste, virologiste, statisticien et prophète ? Quel scientifique, quel médecin ne prie sans se l’avouer qu’un miracle se produise ? Quel prêtre ne s’en remet à la science, serait-ce secrètement ? Et au même moment, alors que le virus se répand, qui ne serait transporté par le crescendo des chants d’oiseaux dans les villes, la danse des paons aux carrefours de bitume, le silence des cieux ?

    A l’heure où j’écris, le nombre de cas détectés dans le monde frôle dangereusement le million. Près de 50 000 personnes sont décédées de la maladie. Des projections suggèrent qu’elles seront des centaines de milliers, peut-être plus. Le virus s’est déplacé librement le long des voies du commerce et du capital mondialisés, et la terrible maladie qu’il a propagée dans son sillage a confiné les humains à l’intérieur de leurs frontières, de leurs villes et de leurs foyers.

    Contrairement au flux du capital, ce virus ne cherche pas le profit, mais la prolifération. Ce faisant, il a renversé par inadvertance, dans une certaine mesure, le sens du courant. Il se joue des contrôles d’immigration, de la biométrie, de la surveillance numérique et de toute sorte d’analyse de données. Il a frappé le plus durement — jusqu’ici, du moins — les nations les plus riches et les plus puissantes, forçant le moteur du capitalisme à un arrêt brutal. Temporaire, peut-être, mais assez long pour que nous puissions soumettre les composants du système à l’examen et en dresser une évaluation avant de décider si nous voulons contribuer à sa réparation ou en chercher un meilleur.

    Les mandarins qui gèrent l’épidémie aiment à parler de guerre. Ils font même du terme un usage littéral et non métaphorique. Pourtant, s’il s’agissait réellement de guerre, qui mieux que les États-Unis y eût été préparé ? Si, au lieu de masques et de gants, leurs soldats avaient eu besoin de bombes surpuissantes, de sous-marins, d’avions de chasse et de têtes nucléaires, aurait-on assisté à une pénurie ?

    Nuit après nuit, aux antipodes de l’Amérique, nous sommes plusieurs à regarder la diffusion des annonces à la presse du gouverneur de New York, Andrew Cuomo, avec une fascination difficile à expliquer. Nous suivons les statistiques, nous entendons parler d’hôpitaux états-uniens submergés, d’infirmières sous-payées et surmenées qui en sont réduites à se fabriquer des équipements de protection dans des sacs-poubelles et de vieux imperméables, prenant tous les risques pour secourir les malades. D’États forcés de se disputer des respirateurs aux enchères, de médecins acculés au dilemme de choisir entre les patients qui en seront équipés et ceux qu’ils devront laisser mourir. Et nous nous écrions en nous-mêmes : « Mon dieu, l’Amérique, c’est ça ! »

    La tragédie est là, au présent, épique. Elle se déroule sous nos yeux dans sa réalité. Mais elle n’est pas nouvelle. C’est le déraillement d’un train qui roule en vacillant sur les rails depuis des années. Qui n’a gardé en tête les vidéos où l’on voit des malades, encore vêtus de leur seule chemise d’hôpital, postérieur à l’air, jetés discrètement à la rue ? Aux États-Unis, les portes des hôpitaux sont trop souvent fermées aux citoyens les plus démunis, quels que soient le stade de leur maladie et l’étendue de leur souffrance. Du moins en était-il ainsi, car aujourd’hui, à l’ère du virus, la pathologie d’un individu pauvre est susceptible d’affecter la santé de toute une société prospère. Et pourtant, encore aujourd’hui, on considère comme déplacée, jusque dans son propre parti, la candidature à la Maison-Blanche du sénateur Bernie Sanders, qui défendait infatigablement dans sa campagne l’accès à la santé pour tous.

    L’Inde, entre caste et capitalisme

    Et que dire de l’Inde, mon pays, mon pays pauvre et riche, suspendu quelque part entre féodalisme et fondamentalisme religieux, castes et capitalisme, gouverné par des nationalistes hindous d’extrême droite ? En décembre [2019], tandis qu’en Chine le virus faisait irruption, le gouvernement de l’Inde était aux prises avec le soulèvement de centaines de milliers de ses concitoyens protestant contre la loi sur la citoyenneté, éhontément discriminatoire, qu’il venait de promulguer après son adoption par le Parlement.

    Le premier cas de Covid-19 détecté en Inde a été annoncé le 30 janvier, quelques jours après que l’invité d’honneur de la parade du Jour de la République, Jair Bolsonaro [le président brésilien], dévorateur de la forêt amazonienne, négateur du Covid-19, a quitté Delhi. Mais le parti au pouvoir avait un agenda bien trop chargé en février pour y réserver une place au virus. Il y avait la visite officielle de Donald Trump, prévue la dernière semaine du mois. On avait appâté le président des Etats-Unis avec la promesse d’un public de 1 million de spectateurs dans un stade de l’Etat du Gujarat. Tout cela nécessitait de l’argent et beaucoup de temps. Ensuite venaient les élections législatives de Delhi, perdues d’avance pour le Bharatiya Janata Party [BJP, au pouvoir], à moins qu’il ne passe à la vitesse supérieure, ce qu’il a fait en déchaînant une campagne nationaliste haineuse, dominée par la menace de recourir à la violence physique et d’abattre les « traîtres ».

    Il n’en a pas moins perdu. Il a donc fallu infliger un châtiment aux musulmans de Delhi, à qui l’on imputait l’humiliation de la défaite. Des bandes armées de miliciens hindous soutenues par la police ont attaqué les musulmans des quartiers ouvriers du nord-est de Delhi. Maisons, boutiques, mosquées et écoles ont été incendiées. Les musulmans, qui s’étaient attendus à cet assaut, ont répliqué. Plus de cinquante individus, musulmans et hindous, ont été tués. Des milliers de personnes ont trouvé refuge dans les cimetières avoisinants. On extirpait encore des cadavres mutilés du réseau d’égouts putrides à ciel ouvert le jour où les autorités gouvernementales ont tenu leur première réunion sur le coronavirus, le jour où la plupart des Indiens ont découvert l’existence d’un nouveau produit : le désinfectant pour les mains.

    Le mois de mars a été bien rempli, lui aussi. Les deux premières semaines ont été consacrées à renverser le Parti du Congrès au pouvoir dans l’Etat de l’Inde centrale du Madhya Pradesh, afin de le remplacer par un gouvernement BJP. Le 11 mars, l’OMS a haussé le développement du Covid-19 du niveau d’épidémie à celui de pandémie. Le 13, le ministère indien de la santé déclarait que le coronavirus ne représentait pas une « urgence sanitaire ». Enfin, le 19 mars, le premier ministre, Narendra Modi, s’est adressé à la nation. Il n’avait pas beaucoup planché sur ses dossiers, calquant ses stratégies sur celles de la France et de l’Italie. Il a parlé de la nécessaire « distanciation sociale » (concept aisément assimilable par une société rompue aux pratiques de la caste) et appelé la population à respecter un « couvre-feu populaire » le 22 mars.

    Au lieu d’informer les gens des mesures qu’allait prendre son gouvernement pour faire face à la crise, il leur a demandé de sortir sur leurs balcons, de sonner des clochettes et de taper sur des ustensiles de cuisine pour rendre hommage aux soignants. Il n’a pas mentionné le fait que l’Inde avait continué jusqu’alors à exporter du matériel de protection et des équipements respiratoires au lieu de les conserver pour le personnel de santé des hôpitaux et d’autres structures. Sans surprise, la requête de Narendra Modi a soulevé l’enthousiasme. On a assisté à des marches de percussions domestiques, à des danses traditionnelles, à des processions. Peu de distanciation sociale. Les jours suivants, on a vu des hommes sauter à pieds joints dans des barils de bouse sacrée et des partisans du BJP organiser des fêtes arrosées à l’urine de vache. Afin de ne pas se trouver en reste, maintes associations musulmanes ont déclaré que le Tout-Puissant était la réponse au virus et appelé les croyants à s’assembler en grand nombre dans les mosquées.

    Le 24 mars à 20 heures, Modi est passé à la télévision pour annoncer qu’à partir de minuit, l’Inde tout entière entrait en confinement. Les marchés seraient fermés. Tous les moyens de transport publics et privés étaient interdits. Cette décision, a-t-il ajouté, il ne la prenait pas seulement en tant que premier ministre, mais en tant qu’aîné de la famille que nous formons.

    Qui d’autre, sans consulter le gouvernement de chacun des États qui allaient devoir en affronter les conséquences, aurait pu décider qu’une nation d’un milliard trois cent quatre-vingts millions d’habitants allait être confinée sous quatre heures sans la moindre préparation ? Ses méthodes donnent vraiment l’impression que le premier ministre de l’Inde voit les citoyens de son pays comme une force hostile qu’il est nécessaire de prendre en embuscade, par surprise, et à laquelle il ne saurait être question de faire confiance.

    Ainsi nous sommes-nous retrouvés confinés. De nombreux professionnels de la santé et épidémiologistes ont applaudi cette mesure. Ils ont peut-être raison en théorie. Mais nul doute qu’aucun d’entre eux n’aurait pu donner son aval au manque calamiteux d’anticipation et à l’impréparation qui ont changé le confinement le plus gigantesque et le plus punitif du globe en l’opposé exact de ce qu’il est censé accomplir.

    Le grand amateur de spectacles a créé le plus formidable de tous les spectacles.

    Insensibilité à toute souffrance

    Sous les yeux effarés du monde, l’Inde a révélé son aspect le plus honteux, son système social inégalitaire, brutal, structurel. Son indifférence et son insensibilité à toute souffrance. Le confinement a agi à la façon d’une réaction chimique mettant d’un seul coup en lumière des éléments cachés. Tandis que boutiques, restaurants, usines et chantiers fermaient leurs portes et que les classes aisées se claquemuraient dans leurs colonies résidentielles encloses, nos villes et nos mégapoles se sont mises à rejeter leurs ouvriers et travailleurs migrants comme autant d’excédents indésirables.

    Des millions de personnes appauvries, affamées, assoiffées, congédiées, pour un grand nombre d’entre elles, par leurs employeurs et propriétaires, jeunes et vieux, hommes, femmes, enfants, malades, aveugles, handicapés n’ayant plus nulle part où aller, sans moyen de transport public en vue, entamèrent une longue marche de retour vers leurs villages. Ils ont marché des jours durant à destination de Badaun, Agra, Azamgarh, Aligarh, Lucknow, Gorakhpur — à des centaines de kilomètres de leur point de départ. Certains d’entre eux sont morts en cours de route.

    En rentrant chez eux, ils savaient pouvoir s’attendre à y mourir lentement de faim. Peut-être même se savaient-ils porteurs potentiels du virus, susceptibles de contaminer leur famille, leurs parents et leurs grands-parents une fois arrivés, mais ils avaient désespérément besoin d’un semblant de toit, de relations familières et de dignité aussi bien que de nourriture, sinon d’amour.

    En chemin, certains ont été brutalement frappés et humiliés par la police chargée de faire respecter scrupuleusement le couvre-feu. Des jeunes hommes ont été forcés à s’accroupir et à avancer en sautillant comme des grenouilles sur la route. Un groupe, arrêté aux environs de Bareilly, a été rassemblé et aspergé collectivement de désinfectant chimique au tuyau d’arrosage. Quelques jours plus tard, inquiet à l’idée que cette population puisse répandre le virus dans les campagnes, le gouvernement a donné l’ordre de fermer les frontières interétatiques, y compris aux piétons, et ceux qui marchaient depuis si longtemps ont été obligés de rebrousser chemin vers des camps dans les villes qu’ils avaient été forcés de quitter.

    Pour certains des plus âgés, la situation rappelait la Partition, ce transfert de populations qui a eu lieu en 1947 quand la division de l’Inde britannique a donné naissance au Pakistan. A la différence près que l’exode de 2020 n’était pas une affaire de religions, mais de divisions de classes. Il ne s’agissait pas pour autant des citoyens les plus pauvres. Ils avaient (du moins jusqu’alors) un travail à la ville et un foyer où retourner.

    Quant aux sans-emploi, aux sans-abri et aux désespérés, ils étaient restés là où ils étaient, dans les villes comme dans les villages où une profonde détresse allait se creusant depuis longtemps, bien avant que survienne cette tragédie. Tout au long de cette période horrible, Amit Shah, le ministre de l’intérieur, est resté totalement absent de la scène publique. Quand la marche a commencé au départ de Delhi, je suis partie en voiture, munie d’un laissez-passer délivré par un magazine dans lequel j’écris souvent, pour Ghazipur, à la frontière entre le territoire de Delhi et l’Uttar Pradesh.

    C’était une vision biblique. Ou peut-être pas. La Bible n’aurait su connaître de telles multitudes. Le confinement destiné à assurer la distanciation sociale a eu le résultat inverse : la contiguïté physique à une échelle inconcevable.

    Le même phénomène se produit dans les villes grandes et petites de l’Inde. Les voies principales peuvent bien être vides, les pauvres sont enfermés dans des espaces exigus à l’intérieur de bidonvilles et de baraquements. Le virus inquiétait chacun des marcheurs à qui j’ai parlé. Mais il était moins préoccupant, moins présent dans leurs vies que le manque de travail, la faim et la violence policière qui les guettaient. J’ai parlé à un grand nombre de personnes ce jour-là, y compris à un groupe de musulmans qui avaient réchappé à peine quelques semaines plus tôt au pogrom anti-musulman. Les paroles de l’un d’entre eux m’ont particulièrement troublée. C’était un charpentier du nom de Ramjeet, qui avait prévu de marcher jusqu’à Gorakhpur, près de la frontière népalaise.

    « Peut-être que quand Modiji a décidé ça, personne ne lui avait parlé de nous. Peut-être qu’il ne sait pas ce que nous vivons », m’a-t-il dit. Par « nous », il faut entendre environ 460 millions de personnes.

    Un narcissisme dérangeant

    En Inde (tout comme aux États-Unis), les gouvernements des États ont fait preuve de plus de cœur et de compréhension dans cette crise. Syndicats, citoyens, collectifs distribuent nourriture et rations d’urgence. Le gouvernement central a été lent à réagir à leurs demandes désespérées d’aide financière. Il s’avère que le Fonds de secours national manque d’argent disponible. A sa place, les dons des bonnes volontés se déversent dans les caisses passablement opaques du PM-CARES, le nouveau fonds attaché à la personne du premier ministre. Des repas préemballés à l’effigie de Modi ont fait leur apparition, tandis que le premier ministre partage ses vidéos de yoga nidra [yoga du sommeil, NDT] dans lesquelles un avatar à tête de Modi et au corps de rêve exécute des postures pour aider ceux qui le regardent à combattre le stress de l’isolement.

    Ce narcissisme est profondément dérangeant. Peut-être Modi devrait-il inclure à ses asanas une posture « requête » par laquelle il en appellerait au premier ministre français pour qu’il annule le très embarrassant contrat signé pour l’achat de chasseurs Rafale, dégageant ainsi 7,8 milliards d’euros pour venir en aide d’urgence à quelques millions d’affamés. Nul doute que les Français se montreraient compréhensifs.

    Tandis que l’on entre dans la deuxième semaine de confinement, les chaînes d’approvisionnement sont rompues, les médicaments et les fournitures essentielles se raréfient. Des milliers de camionneurs sont immobilisés le long des autoroutes, avec un accès limité à la nourriture et à l’eau potable. Les récoltes prêtes à être moissonnées pourrissent sur pied. La crise économique est là, la crise politique se poursuit.

    Les médias grand public ont attelé le Covid-19 à la campagne anti-musulmane venimeuse qu’ils mènent vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Le Tablighi Jamaat, une association qui a tenu une réunion à Delhi avant le confinement, est montré du doigt et étiqueté « super-contaminateur », qualificatif par lequel on entend stigmatiser et diaboliser les musulmans. La tonalité générale suggère que ce sont les musulmans qui ont inventé le virus pour le propager délibérément dans une forme de djihad.

    Les hôpitaux incapables de faire face

    La crise du Covid-19 reste à venir. Ou pas. Nous n’en savons rien. Si et quand elle éclatera, nous pouvons être sûrs qu’elle sera traitée avec tous les préjugés de religion, de caste et de classe intacts et bien en place. Aujourd’hui (2 avril), en Inde, il y a près de 2 000 cas confirmés et 58 morts. Ces chiffres sont probablement inexacts, étant donné le nombre dramatiquement bas de tests effectués. L’opinion des experts connaît des variations vertigineuses. Certains prédisent des millions de morts, d’autres beaucoup moins. Nous ne connaîtrons peut-être jamais les courbes de la crise, même lorsqu’elle nous frappera de plein fouet. La seule chose que nous savons, c’est que la ruée vers les hôpitaux n’a pas encore commencé.

    Les hôpitaux et les dispensaires sont incapables de faire face au million, ou presque, d’enfants qui meurent chaque année de diarrhée et de dénutrition, aux centaines de milliers de tuberculeux (un quart des cas mondiaux), à la vaste population de mal-nourris et d’anémiques, vulnérables à toutes sortes d’affections mineures qui, dans leurs cas, se révèlent mortelles. Il leur sera impossible d’affronter une crise du même ordre de gravité que celle à laquelle sont confrontés aujourd’hui l’Europe et les États-Unis.

    Tous les soins sont plus ou moins suspendus, moyens et personnel des hôpitaux ayant été mis au service de la lutte contre le virus. Le centre de traumatologie du légendaire All India Institute of Medical Sciences (AIIMS) de Delhi a fermé, les centaines de patients cancéreux connus sous le nom de « réfugiés du cancer » qui vivent sur les trottoirs devant l’énorme hôpital en sont chassés comme du bétail.

    Des gens tomberont malades et mourront chez eux. Nous ne connaîtrons peut-être jamais l’histoire de chacun d’eux. Sans doute n’entreront-ils même pas dans les statistiques. Notre seul espoir est que l’hypothèse de scientifiques (qui fait débat) selon laquelle le virus aime le froid se confirme. Jamais peuple n’a souhaité aussi ardemment et avec autant d’irrationalité un été torride et impitoyable.

    Quelle est cette chose qui nous arrive ? Un virus, certes. En tant que tel, il ne constitue ni ne véhicule aucun message moral. Mais c’est aussi, indubitablement, plus qu’un virus. Certains croient qu’il s’agit de l’instrument de Dieu par lequel Il nous rappelle à la raison. Pour d’autres, c’est le fruit d’une conspiration de la Chine pour prendre le contrôle du monde.

    Quoi qu’il en soit, le coronavirus a mis les puissants à genoux et le monde à l’arrêt comme rien d’autre n’aurait su le faire. Nos pensées se précipitent encore dans un va-et-vient, rêvant d’un retour à la normale, tentant de raccorder le futur au passé, de les recoudre ensemble, refusant d’admettre la rupture. Or la rupture existe bel et bien. Et au milieu de ce terrible désespoir, elle nous offre une chance de repenser la machine à achever le monde que nous avons construite pour nous-mêmes. Rien ne serait pire qu’un retour à la normalité. Au cours de l’histoire, les pandémies ont forcé les humains à rompre avec le passé et à réinventer leur univers. En cela, la pandémie actuelle n’est pas différente des précédentes. C’est un portail entre le monde d’hier et le prochain.

    Nous pouvons choisir d’en franchir le seuil en traînant derrière nous les dépouilles de nos préjugés et de notre haine, notre cupidité, nos banques de données et nos idées défuntes, nos rivières mortes et nos ciels enfumés. Ou nous pouvons l’enjamber d’un pas léger, avec un bagage minimal, prêts à imaginer un autre monde. Et prêts à nous battre pour lui.

    Traduit de l’anglais par Irène Margit.

    © Arundhati Roy 2020. Ce texte a été publié pour la première fois dans le « Financial Times ».
    Il est publié, en France, par « Le Monde », et fera l’objet d’une parution numérique dans la collection « Tracts de crise » des éditions Gallimard.

    Arundhati Roy, écrivaine et militante indienne, est l’auteure, entre autres, des romans « Le Dieu des Petits Riens » (Gallimard, 1997) et « Le Ministère du Bonheur Suprême » (Gallimard, 2018), ainsi que de plusieurs essais politiquement engagés, dont « Au-devant des périls. La Marche en avant de la nation ­hindoue », texte sur Narendra Modi paru le 19 mars ­(Gallimard, « Tract », 64 p., 3,90 € ; numérique 3,50 €)

  • Mediapart a publié un rapport « Avis d’experts relatif à la stratégie de constitution d’un stock de contre-mesures médicales face à une pandémie grippale » rédigé par Santé publique France en mai 2019
    https://static.mediapart.fr/files/2020/04/02/192273-spf00001103-1.pdf

    Extrait :
    Recommandations des experts - Les masques
    Les recommandations d’utilisation des masques en cas de pandémie n’ont pas à être modifiées :
    – dans la communauté : masques de soins portés par les patients symptomatiques
    – en milieu hospitalier : masques de soins portés dès l’entrée en chambre d’un malade et masques FFP2 pour les soins invasifs ou à risque respiratoire.
    – En cas de pandémie, le besoin en masques est d’une boîte de 50 masques par foyer, à raison de 20 millions de boîtes en cas d’atteinte de 30% de la population.
    – L’importance du stock est à considérer en fonction des capacités d’approvisionnement garanties par les fabricants.
    – Le stock doit être positionné au plus près des utilisateurs, avec un processus de distribution simple et lisible dans la communauté.
    – Le stock devrait être renouvelé pour éviter d’atteindre la date de péremption des masques. Il convient plutôt de constituer un stock minimal à renouveler, l’objectif étant que ce stock puisse tourner pour être utilisé dans les établissements de santé et médico-sociaux un an avant leur péremption.
    – Certaines associations en charge de patients particulièrement défavorisés devraient être dotées d’un stock de masques à distribuer

  • Avec une petite coupe du dernier paragraphe

    Frédéric Keck, "En France, l’obligation de porter le masque serait une révolution", Le Monde, mercredi 8 avril 2020

    Une équipe de chercheurs de l’université de Hongkong vient de montrer dans un article publié dans la revue mensuelle Nature Medicine, le 3 avril, que le port du masque chirurgical réduisait de façon significative le risque de transmission du coronavirus par la toux ou par la simple respiration. Le même jour, l’Académie nationale de médecine en France recommande que le port du masque « grand public » ou « alternatif » soit rendu obligatoire pour les sorties nécessaires en période de confinement.

    Si ces deux avis scientifiques étaient suivis, cela impliquerait une véritable révolution dans l’espace public en France. Le gouvernement français a en effet affirmé, au début de la crise du Covid-19, que les masques chirurgicaux devaient être réservés au personnel hospitalier et qu’ils ne protégeaient pas le reste de la population, celle-ci devant plutôt utiliser les « gestes barrières » comme se laver les mains ou tousser dans son coude.

    Les responsables asiatiques, comme le directeur du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies, George Gao, ou le doyende la faculté de médecine de Hong kong, Gabriel Leung, affirmaient depuis plusieurs semaines que cette position, partagée par la plupart des Etats en Europe et en Amérique, était une erreur. La position française sur les masques ne tient pas seulement à une pénurie d’équipements due aux coupes budgétaires dans la préparation aux pandémies.

    Elle s’explique également par une définition de l’espace public comme un lieu dans lequel le citoyen moderne se présente à visage découvert. Cet idéal des Lumières réalisé par la Révolution française s’est construit contre les masques dont l’aristocratie s’ornait dans les salons. Il s’est ensuite renforcé lorsque les autorités coloniales de la IIIe République ont imposé le retrait du foulard sur les photographies d’identité en Afrique du Nord.

    Il est devenu plus contraignant encore, voire oppressif, au cours des vingt dernières années lorsque le foulard islamique a été interdit par l’Assemblée nationale dans les écoles et les lieux publics, provoquant la réprobation de l’ensemble du monde arabe. En France, porter un morceau de tissu sur son visage est perçu comme un signe d’archaïsme et de domination ; se présenter le visage découvert est un signe de modernité et de libération.

    A l’inverse, en Asie, le masque est un signe de modernité et c’est le fait de ne pas en porter qui est perçu comme un archaïsme. L’anthropologue Christos Lynteris a montré (notamment dans une tribune publiée par le New York Times, le 13 février) que le masque chirurgical inventé en Europe fut introduit en Chine en 1910 par un médecin chinois né en Malaisie et éduqué à Cambridge, Wu Lien-teh (1879-1960). Celui-ci montra que la peste pneumonique qui sévissait en Mandchourie se transmettait par voie aérienne, et il recommanda aux infirmiers et aux malades de porter un masque. Ses collègues européens et japonais étaient sceptiques sur son hypothèse, jusqu’à la mort d’un médecin français qui traitait ses patients sans porter de masque.

    Perte d’innocence

    Les photographies des médecins chinois portant des masques circulèrent à travers le monde et conduisirent à l’adoption du masque par les médecins américains durant la pandémie de grippe de 1918. Le port du masque fut ensuite abandonné en Occident, alors qu’il fut prescrit par le premier président de la République de Chine (en 1911-1912), Sun Yat-sen, formé en médecine à l’université de Hongkong, et par le président de la République populaire de Chine, Mao Zedong, lors de la guerre contre les Etats-Unis en Corée (1950-1953).

    La crise du SRAS, en 2003, imposa le port du masque à Hongkong, puis dans le reste de la Chine. On estime que 90 % de la population de Hongkong en portait au pic de l’épidémie. Le masque ne visait pas à se protéger de cette nouvelle maladie respiratoire, mais à protéger les autres pour ceux qui en détectaient sur eux-mêmes les symptômes. Il devint un signe de solidarité collective et de conscience écologique dans une société très consciente des risques d’un développement économique accéléré : les maladies émergentes ou la pollution de l’air.

    Par contraste, les Chinois qui ne portaient pas de masques et qui crachaient par terre étaient perçus par les Hong kongais comme les symptômes de ce que les Européens appelaient au XIXe siècle « l’homme malade de l’Asie .

    Si les Français se mettent à porter des masques pour limiter la transmission du Covid-19 et pour favoriser un déconfinement plus efficace, cela signifiera-t-il qu’ils auront dû suivre ce modèle de la modernité chinoise plutôt que celui des Lumières européennes ? Il faut se méfier d’une approche du masque en termes de culture ou de civilisation, et parler plutôt, en reprenant l’idée du philosophe Etienne Balibar,d’une révolution dans la civilité.

    Le port du masque signifiera que la crise du Covid-19 aura marqué nos corps et nos esprits, comme la crise du SRAS a marqué ceux des populations asiatiques. Elle oblige à une perte de l’innocence, analogue à celle que le sida a imposée dans les rapports amoureux.

  • Le monde d’avant le monde d’après
    Par Michaël Foessel Professeur de philosophie à l’Ecole polytechnique

    « Nous ne reviendrons pas à la normale parce que la normalité était le problème. »
    Affiché il y a quelques semaines sur un immeuble de Santiago par des opposants au gouvernement néolibéral chilien, ce slogan a tout pour convaincre. Même les éco-nomistes les plus orthodoxes ne proposent pas, du moins officiellement, d’organiser la sortie en vue d’un retour à la situation normale. Chacun fait désormais pour soi-même l’expérience de ce que le coronavirus ne vient pas de nulle part. Que gagnerait-on à reproduire les causes qui, de la réduction du nombre de lits d’hôpitaux à la délocalisation de la production des moyens de survie, ont mené la moitié de l’humanité au confinement ? En cela, on ne peut pas dire du coronavirus qu’il nous surprend « comme un voleur dans la nuit », ainsi que l’annonçait Paul à propos de l’Apocalypse. Selon l’apôtre, « quand les gens diront : "Quelle paix, quelle sécurité !" c’est alors que soudain la ruine fondra sur eux comme les douleurs sur la femme enceinte » (première épître aux Thessaloniciens). Pour ce qui nous concerne, il y a bien longtemps que les plus lucides (et les manifestants de Santiago en font partie) ne disent plus « Quelle paix, quelle sécurité ! » Ils n’ont pas été étonnés d’entendre une nouvelle guerre déclarée en temps de paix. Quant à l’insécurité sociale dans laquelle le suspens de l’économie mondiale jette une grande partie de la population, elle n’est pas non plus une nouveauté pour eux.

    Ce sentiment qu’il n’y a pas de hasard dans ce qui nous arrive détermine le regard que l’on porte sur le monde d’avant. Il faut toutefois reconnaître que ce monde n’avait rien de « normal » si l’on entend par ce terme une organisation sociale et politique capable de faire face à un événement grave sans revenir sur ses principes juridiques. D’état d’urgence en état d’urgence, le monde d’avant a donné plus d’une fois la preuve qu’il fonctionnait à l’exception érigée au rang de norme. Bien loin de faire rupture, la catastrophe (terroriste, financière, écologique) était peu à peu devenue le garant de sa continuité.

    Les manifestants de Santiago ont eu raison de mettre en garde contre un retour à la normale qui, en réalité, cacherait la perpétuation du gouvernement par la crise. Surtout qu’entre-temps les autorités chiliennes ont promulgué l’« état de catastrophe » : la présence de l’armée dans les rues fait qu’aucun slogan politique n’est plus autorisé à Santiago. Ce gouvernement ne veut pas non plus d’un retour à la normale, mais il ne l’entend pas au même sens que ses opposants. C’est ici qu’il vaut peut-être la peine de se demander ce qui, du monde d’avant, doit être abandonné et ce qui, malgré tout, mérite d’être préservé. Si « le monde d’avant » signifie la marchandisation de la santé, la prédation sans limite de la nature ou la psychologie de guerre érigée au rang de morale collective, alors il n’y a pas de risque à tourner la page. Tout simplement parce que ces tendances déjà à l’oeuvre avant l’apparition du coronavirus ont aggravé ses effets dans des proportions considérables. Mais, à l’heure du confinement, nous sommes encore en mesure de nous souvenir que le monde d’avant n’était pas fait que de cela. Sans souci d’ordre ni d’exhaustivité, souvenons-nous de la liberté de se mouvoir, du droit de déambuler sans masque, du baccalauréat national, du tapage nocturne provoqué par les clients du bar d’en bas, de l’absence (relative) de traçage numérique et de nos oublis inconscients des gestes barrières. Ces expressions les plus élémentaires d’une vie « normale » étaient déjà menacées dans le monde d’avant, c’est vrai. Raison de plus pour se souvenir qu’elles faisaient que l’avant, aussi détestable fût-il, ressemblait parfois encore à un monde.

    Les utopies du monde d’après vont se multiplier, les programmes autoritaires de gestion de l’avenir aussi. Dans le conflit des interprétations qui nous attend, la critique du monde d’avant sera déterminante, et avec elle le refus de retourner à une pseudo-normalité qui a amplifié les effets de la crise. Mais ni la critique ni l’utopie ne sont condamnées à une table rase qui ne serait que le symétrique inversé de l’univers promis par les partisans de la surveillance numérique et de l’immunité permanente. Même un révolutionnaire peut s’autoriser un moment de conservatisme. Pour le dire en paraphrasant Adorno, il n’est pas vain d’être solidaire du monde d’avant à l’instant de sa chute ?

  • Extrait Cordel info

    Fabrication de masques en tissu artisanaux

    https://www.afnor.org/actualites (éditeur de normes NF, donc très détaillé, presque plus destiné à l’industrie)
    https://coutureetpaillettes.com/mes-coutures/masques-tissus-prevention-coronavirus site d’une ingénieure textile, régulièrement mis à jour. patrons disponibles
    http://stop-postillons.fr pour ne pas faire de confusion avec les masques chirurgicaux (FFP1), ce groupe de médecins les a renommés les « écrans anti-postillons »

    Réutilisation / lavage des masques :

    Réutilisation des masques chirurgicaux et FFP2 :

    Les masques chirurgicaux conservent leur performance après un lavage à 60° et à 95°
    Pour les masques FFP2, traitement à l’oxyde d’éthylène ou de la chaleur sèche à 70°
    https://lejournal.cnrs.fr/articles/masques-de-protection-la-piste-prometteuse-du-recyclage

    Réutilisation des masques en tissu :

    Soit je désinfecte tout de suite :
    je peux le passer au four à 70° pendant 30 minutes
    ou le laver à 60° pendant 30 minutes en machine à laver
    ne pas utiliser d’alcool ni d’eau de javel

    Soit je ne peux pas le désinfecter tout de suite :
    Je le garde dans une boite hermétique
    par ex : une boîte en plastique qui devra être désinfectée avec de l’eau de javel
    Le virus ne survit pas plus de 4 jours
    source stop-postillons.fr via https://www.covid19ether.com/blog/c/0/i/43928911/n95-mask-can-be-decontaminated-without-decreasing-filtration-efficienc
    et https://www.sages.org/n-95-re-use-instructions

  • 7 avril Journée mondiale de la santé
    Tous-tes à nos fenêtres à 20h !

    https://paris.demosphere.net/rv/79912

    Banderoles, draps blancs, pancartes, slogans, casseroles..

    - Des moyens immédiats et massifs pour l’hôpital, les EHPAD, la protection de l’enfance, les personnes handicapées dans le secteur médico-social, la psychiatrie.
    - Réorientation d’urgence de l’appareil productif pour fournir massivement les moyens en masques, tests, appareils respirateurs, lits, gel hydro-alcoolique.
    – Arrêt immédiat et sans attente de toutes les entreprises non essentielles au fonctionnement solidaire de notre société.
    – Généralisation des tests.
    – Ouverture immédiate et massive de lieux d’hébergements adaptés, pour un confinement avec suivi médical pour les SDF, les sans-papiers, les mineur.es isolé.es à la rue
    – Ouverture de moyens d’accueil pour les femmes victimes de violences conjugales
    – Droit à une santé pour toutes et tous, à une protection sociale sans barrière financière et sans frontières en mettant fin à la dictature de la finance et du profit, aux politiques d’austérité.

  • Nous défendre – face au discours politique sur le Covid-19
    Par Sandra Laugier, Pascale Molinier et Patricia Paperman
    Dans la crise du Covid-19, toute critique de l’action gouvernementale, dont l’ incompétence et l’ irresponsabilité est patente, tend à être écartée comme polémique, ignare et même dangereuse. Cette tonalité, à la fois sûre de son autorité politique et scientifique, et récusant toute contestation, est parfaitement reconnaissable pour les féministes : c’est celle du patriarcat.
    Lorsqu’on ré-entend au hasard de reportages la série des interventions des gouvernants depuis le début de la crise sanitaire, on est pris d’un vertige. Des « officiels » messieurs en costume-cravate la plupart, derrière le pupitre symbolisant la compétence et le pouvoir, débitant essentiellement des mensonges : non, cela ne sert à rien de porter des masques c’est même dangereux ; non, pas la peine de tester ; non, pas de danger à aller voter, c’est même un devoir civique... À chaque fois, ce qui se révèle est de l’incompétence, ce qui pourrait être excusable si 1) ces dirigeants présentaient des excuses, justement, pour leur gestion de la crise depuis le début ; 2) si ces discours n’avaient pas été produits pour dissimuler la réalité : on n’a pas de masques, pas de tests, donc on explique qu’il n’y en a pas besoin.
    Ce qui est indigne, et encore plus de la part d’un directeur de la Santé ou des ministres issus du corps médical, c’est d’avoir répandu des fake news pour éviter de perdre la face et simplement reconnaître qu’il y a eu des erreurs. Cette incapacité à reconnaître des torts, à assumer rappelle le leitmotiv de la clique LREM depuis ses débuts : « j’assume » signifiant, paradoxalement, « je refuse de prendre mes responsabilités ». Cette tonalité autoritaire, à la fois sûre de son autorité politique et scientifique, et récusant toute contestation, est parfaitement reconnaissable pour les féministes : c’est celle du patriarcat.
    Toute critique de l’ action gouvernementale, dont l’ incompétence et l’irresponsabilité est visible aux yeux de tous, est écartée comme « polémique », ignare et même dangereuse (les « experts auto-proclamés » moqués par Macron, les « sociologues » et intellectuels cloués au pilori par ses alliés). Les seules dont on veut bien dire du mal au sein de la majorité présidentielle sont Sibeth Ndiaye, « porte-parole », donc chargée de transmettre les positions gouvernementales, et Agnès Buzyn, remplacée, Dieu merci, à son poste de ministre par un homme plus jeune, qui ment mieux qu’elle.
    La perception du monde est scindée en deux. D’un côté un discours martial, appuyé sur une soi-disant rationalité des chiffres, de l’économie, de la science. C’est le discours du gouvernement et de la plupart des experts convoqués par les médias – des hommes en majorité. De l’autre côté, une vie ordinaire qu’il faut au jour le jour réagencer au temps du Covid-19 et des actions : des femmes en majorité, au corps à corps avec des malades, au contact avec les clients dans les supermarchés, jonglant avec les tâches domestiques (trois repas par jour, sans cantine ni pour les grands ni les petits), les tâches éducatives prescrites par l’Éducation nationale sur le mode forcené de l’activisme, et réalisant par téléphone le travail de lien qu’elles font généralement entre les générations... en sus de leur télétravail, ou de leur travail sur le terrain. Des femmes enfin, confinées avec des conjoints violents au péril de leur vie, qui n’ont jamais eu aussi peu de marges de manœuvre pour se défendre[1]. Des conjoints qui continuent aussi leur guerre, une guerre qu’ils mènent contre les femmes, leur femme, leur propriété.
    Toutes ces femmes qui s’activent à faire tenir le monde ne sont créditées d’aucune expertise, d’aucun savoir susceptible de réorganiser le monde.
    Le premier discours est hégémonique, il est la voix patriarcale de la vérité, de la raison, de la force exhibée sur un mode viril (même si c’est parfois raté comme l’image pathétique de Macron en grand chef des armées devant une tente militaire vide lors de son discours alsacien). Ce discours est déplacé, étrangement désuet, faisant l’économie des affects. Il n’en est pas moins énoncé avec assurance, alors qu’il est depuis le début confus et contradictoire, parsemé de contre-vérités : on peut tenir le premier tour des municipales, pas tellement besoin de masques, les tests sont inutiles, les gestes barrière nous protègent suffisamment.
    Les pratiques qui tissent la vie humaine sont, elles, ravalées au second plan, ou au troisième (« troisième ligne ») au registre des anecdotes, des sujets de société, des témoignages. Toutes ces femmes qui s’activent à faire tenir le monde, à recréer de l’ordinaire, ne sont créditées d’aucune expertise, d’aucun savoir susceptible de réorganiser le monde. Le temps du Covid, qui superficiellement a conduit tant de gens à réaliser ce qu’ils leur doivent (d’où les remerciements qui apparaissent soudain, merci d’être là, etc.) met en scène une exacerbation des rapports sociaux de sexe. Les hommes visibles, dominant la situation et le sujet, les femmes invisibles, petites mains indispensables et corps exposés à la violence, à la contamination, à la surcharge de travail. Mais pour combien de temps ?
    On a vu, à la télévision à plusieurs reprises, des infirmières espagnoles en larmes, à bout de forces physique et morale, appelant à l’aide, comme si parce qu’étrangères, on pouvait leur donner la parole pour faire entendre dans toute sa justesse la voix qui énonce l’étendu du désastre. Elles sont les véritables expertes de ce qui est en train de se passer. Comme beaucoup d’autres, sur le terrain, qui depuis des années réclamaient plus de moyens et annonçaient le désastre à venir.
    L’épidémie actuelle a la puissance de décaper toutes les illusions, les fausses promesses et les mensonges du capitalisme avancé ou du néolibéralisme, de rendre visible à tous sur qui repose réellement notre société. Il est presque amusant (tragiquement) de voir tant de suppôts du capitalisme découvrir la réalité et des idées qu’ils attribuaient jusqu’alors aux gauchistes dangereux ou aux « bisounours » idéalistes : oui, mettre le profit d’abord, au détriment des institutions de protection de la société (hôpital public, enseignements, transports) c’est mal. Faible début de prise de conscience morale de l’inversion des valeurs qu’opèrent nos sociétés capitalistes : ce qui est le plus réellement utile, ce qui rend possible notre vie ordinaire, est le plus méprisé, et le moins valorisé.
    Dans la mise à nu des formes de vie qu’opère une situation de désastre, la vérité de nos dépendances émerge. Est-ce pour cela que les dominants – et leurs médias officiels – se cramponnent à un imaginaire guerrier ? Encore un mensonge pour occulter le réel, leurs responsabilités, leur manque d’humilité ? Pour que rien ne change ? Pour conjurer les voix de plus en plus nombreuses qui racontent les réalités de la pénurie et de l’abandon ? Car elles pourraient bien former la vague qui emporte dans la poubelle de l’histoire ceux et celles qui nous managent. Des gens qui ont joué avec la vie de leurs « chers compatriotes », dans l’évidence de l’épidémie.
    Et continuent de le faire : 60 heures de travail par semaine, même si ce n’était que sur deux semaines, pour des femmes avec la double tâche, pour des travailleurs et des travailleuses déjà âgés, usés, c’est un risque majeur pour leur santé. On commence à connaître les effets du virus sur un organisme exténué. Sans parler de l’indifférence des politiques vis-à-vis des aînés qui meurent par centaines dans les EHPAD (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), dont le fait qu’on n’en ait pas encore terminé le décompte montre combien ils comptent. Elles, plutôt. Car la vieillesse dépendante en institution concerne avant tout les femmes.
    Et que dire des personnes atteintes de maladies psychiques, autres grandes oubliées, repliées dans leur solitude angoissée ou envahissant de leur délire l’espace familial, reliées à leurs soignants par le fil ténu du téléphone ou des émissions de radio journalières que réalisent certaines équipes soignantes ? Quand ces personnes, à l’instar des SDF ou migrants, n’errent pas dans les rues désertées, de moins en moins nourries, de plus en plus sales. Quel discours public à leur égard ?
    Et comment ne pas désespérer des institutions lorsque la justice malgré les protestations des avocats persiste à envoyer des gens en prison, et assortit de conditions épouvantables la possibilité de sortie anticipée de celles et ceux qui pourraient y prétendre ? Quel geste de compassion envers les plus vulnérables des vulnérables ? Au contraire, on a même vu, au sommet de l’échelle du mépris, un préfet blâmer les victimes, selon le schéma bien connu qui veut que ceux qui tombent malades l’ont bien cherché. Lui s’est excusé, comme beaucoup auraient dû le faire avant lui. Mais ses propos n’en demeurent pas moins un symptôme, un lapsus du pouvoir.
    Nous devons nous défendre : refuser de croire ceux qui nous gouvernent, refuser le discours de la guerre qu’ils ont créé et alimenté, refuser la hiérarchie des humains qu’ils confirment.
    Ce qui apparaît aujourd’hui est très concrètement ce que les féministes et autres pensées critiques ont analysé en termes d’injustice épistémique. Les critères qui disent ce qui est bien, mal, valorisable, méprisable, les critères collectifs de ce qui compte se présentent comme universels mais sont de fait ceux d’une société patriarcale. Dans le désastre actuel émerge la nécessité vitale d’y inclure d’autres points de vue, d’autres voix que celles des dominants. Intégrer les voix de tous ceux et en majorité celles qui font vivre la société, dans les définitions de ce qui compte est bien affaire de démocratie : d’élargissement du public et d’intégration de l’ordinaire et du contingent dans la préoccupation politique, de reconnaissance de la compétence de personnes subalternes dont profitent les dominants qui les mobilisent plus que jamais aujourd’hui à leur service, leurs ambitions politiques ou leur expansion économique que rien selon eux ne doit arrêter.
    Mais ils n’ont pas encore gagné. Nous devons nous préparer pour ce qui va venir après. Nous devons conserver notre rage, notre colère, notre stupéfaction devant tant d’actions criminelles. Nous devons nous défendre : refuser de croire ceux qui nous gouvernent, refuser le discours de la guerre qu’ils ont créé et alimenté, refuser la hiérarchie des humains qu’ils confirment. Nous devons dire notre dégoût devant cette mise en avant obscène de l’inégalité, au moment où chacun revendique l’accès aux soins. Nous devons enfin récuser la sémantique de la guerre, et lui opposer celle de la responsabilité.
    Le discours martial du gouvernement fait de tout affaire de décision souveraine, de choix, occultant à la fois sa propre incapacité, sa propre contribution fatale à la situation sanitaire, et la réalité de ceux qui n’ont PAS le choix. Les femmes, et plus largement toutes les personnes qui réalisent un travail de première nécessité, sont acculées à prendre leurs responsabilités, elles ne peuvent pas ne pas s’occuper de leurs patients, de leurs proches, nous nourrir ou nous livrer, nettoyer nos rues ou nos poignées de porte. C’est cela que nous applaudissons tous les jours à 20 heures : la capacité à assumer ses responsabilités vis-à-vis d’autrui. C’est cela qui manque au gouvernement depuis le début de la crise du Covid-19. Ces applaudissements, étendus ces jours-ci des soignants aux éboueurs, autres pourvoyeurs de care, expriment aussi, en négatif, à qui ils ne s’adressent PAS.
    Un autre discours politique était possible dans ce désastre du Covid-19. La démocratie, comme prise en compte des compétences de chacun, comme exigence absolue d’égalité, comme protection des plus fragiles et des plus exposés. La responsabilité des gouvernants, qui est au minimum de faire son possible pour protéger les citoyens. Et de prendre au sérieux ce mot de protection, en sorte qu’il s’applique à tous et toutes, et ne soit pas une fois de plus un bien inégalement partagé. En parlant de solidarité, de réciprocité, de désintérêt, en s’appuyant sur les forces d’organisation et les multiples capacités des citoyens ordinaires sur le terrain, la parole démocratique radicale a plus de force qu’un discours martial et narcissique. Il est temps de reconnaître que la compétence a changé de camp.
    [1] Nous reprenons l’injonction du titre de l’ouvrage important d’Elsa Dorlin, Se défendre. Une philosophie de la violence, La Découverte, 2018.
    Sandra Laugier
    Philosophe, Professeure à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Directrice du Centre de philosophie contemporaine de la Sorbonne
    Pascale Molinier
    Psychologue sociale, Professeure à l’université Sorbonne Paris Nord
    Patricia Paperman
    Sociologue, Professeure émérite à l’Université Paris 8 Vincennes Saint Denis.

  • Covid-19 : syndicalistes et solidaires au 0 805 37 21 34

    À compter du lundi 30 mars, l’Union syndicale Solidaires met en place un numéro vert, accessible à toutes et tous, syndiqué·es ou pas, et gratuit depuis un téléphone fixe ou un portable. Ce numéro est dédié à répondre aux questions des salarié·es sur leurs droits face à l’épidémie : 0 805 37 21 34

    7 jours sur 7, de 9h à 19h, des syndicalistes de différents secteurs vont se relayer pour assurer cette permanence téléphonique. C’est une solidarité nécessaire.

    L’état d’urgence sanitaire décrété le 23 mars s’est traduit par des dérogations au code du travail qui inquiètent à juste titre des salarié·es qui font déjà face à la maladie et à l’épidémie.

    Le premier objectif est d’informer et de donner des réponses, le plus vite et le plus sérieusement possible, aux salarié·es se jugeant mis en danger au travail ou souhaitant connaître leurs droits.

    Le second objectif est de trouver comment agir, en fonction des réalités et des possibilités collectives existantes sur le lieu de travail.

    Protection et mesures de sécurité face au virus, devoirs des employeurs, chômage partiel, temps de travail et congés payés, droit de retrait / débrayage / grève... pour toute question ne restez pas isolé·es, n’hésitez surtout pas à appeler. Et faites connaître ce numéro d’appui syndical autour de vous.

    Alors qu’en Italie et en Espagne les gouvernements ont décidé d’interrompre les activités jugées non-essentielles (et bien qu’il y ait des limites à ces politiques au regard des premiers retours de nos camarades dans ces pays), en France on continue la production de biens et services qui n’ont aucun sens ni utilité face à la maladie.

    Pire, on a vu la ministre du travail imposer aux chantiers du BTP de reprendre leurs activités, au mépris de la mise en danger de celles et ceux qui y travaillent… mais aussi de la population plus globalement, car c’est faire circuler le virus davantage alors qu’il serait possible de l’éviter.

    C’est à celles et ceux qui travaillent de mesurer le caractère essentiel de leur activité.

    L’Union syndicale Solidaires revendique et soutient les travailleurs et travailleuses qui luttent pour :

    - la fermeture immédiate de tous les lieux de travail non essentiels à la vie du pays, sans perte de salaire, ni restriction de droits ;
    - la protection maximale des personnes devant continuer à travailler, droit de retrait effectif pour toutes et tous ;
    - la réorganisation du travail par les salarié·es qui sont sur place ;
    - le maintien et extension des droits des chômeuses et chômeurs ;
    - l’interdiction des licenciements.

  • 🚨 GRAND APPEL🚨 A CHACUN.E POUR APPORTER DE L’EAU POTABLE A CEUX QUI SONT #ConfinésDehors !!!!!
    https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=1403361799864588&id=598228360377940&__tn__=K-R

    👉 Il reste plein d’exilés #ConfinésDehors, notamment le long du #CanalSaintDenis
    👉 Nos dernières maraudes nous ont fait découvrir que LES ROBINETS D’EAU POTABLE AUX ALENTOURS SONT MAINTENANT INACCESSIBLES OU ONT ÉTÉ FERMÉS : FAUTE D’ALTERNATIVE, ⚠️ LES EXILES BOIVENT DÉSORMAIS L’EAU VERDÂTRE DU CANAL (cf. post https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=1402114506655984&id=598228360377940&__tn__=K-R, qui a suscité beaucoup de réactions).
    👉Nous allons interpeller les pouvoirs publics mais LA SITUATION EST URGENTE ⚠️.
    👉Nous ne voulons pas céder au désespoir, nous nous réjouissons de voir déjà que la mobilisation citoyenne est possible, même en temps de crise sanitaire, et nous proposons un pas de plus.

    🚨 Nous en appelons donc A TOUTES LES BONNES VOLONTÉS pour aller, TOUS LES JOURS, distribuer de l’eau (bouteilles, bonbonnes, bidons) aux exilés le long du canal. 🚨

    Nous avons en mémoire l’énorme campagne que nous avions dû faire pendant la canicule en 2018 quand la ville de Paris avait coupé tous les points d’eau autour des campements (des centaines de personnes, des familles, des femmes enceintes, des bébés) : c’était magnifique ! Le grand appel citoyen avait bien marché !
    Dans le campement récent d’#Aubervilliers, les élus avaient refusé de faire installer l’eau. On en est au même point !
    Les quelques bouteilles que nos maraudes apporteraient un jour ne suffiraient pas. IL FAUT UNE GRANDE MOBILISATION.

    📣🙋‍ Faites tourner ce message par téléphone, par mail, par vos fenêtres...
    📣 NOUS SOMMES TOUS DES VOISINS, proches ou lointains, de ces exilés #ConfinésDehors au bord du canal Saint-Denis.
    📣 Reliez ceux qui peuvent acheter de l’eau et ceux qui peuvent la transporter. On peut y aider, faire passer des messages, mettre en relation.

    On ne laissera pas aux #ConfinésDehors s’empoisonner à l’eau du canal sous le prétexte de nous protéger du #Covid19 : on peut aller les aider !!! Mais n’oublions pas de respecter les consignes sanitaires et légales :
    ⚠️ Autorisation de déplacement dérogatoire (personnes vulnérables).
    ⚠️ Masques, gants et gestes-barrières.
    ⚠️ Éviter de le faire en groupe (limiter les contacts).
    ⚠️ Si vous êtes une personne vulnérable, âgée ou que vous présentez des pathologies, si vous avez le moindre signe (même bénin) de rhume, grippe, etc. : ⛔️ N’Y ALLEZ PAS !

    Ci-dessous, un plan de la section du canal concernée. Visez les ponts (sous l’avenue Victor-Hugo et la rue du Landy à #Aubervilliers, sous l’avenue Anatole-France à #SaintDenis).

    ❤️ Merci à tous et à chacun.e pour votre solidarité.🙏 On lâche rien ! Envoyez nous des MP pour nous partager ce que vous avez pu faire ! On donnera de la visibilité à votre action, à notre action, à la belle solidarité dont nous sommes capables, tous ensemble.

  • Épandage agricole et propagation des virus
    23 mars 2020 Blog Strasbourg Respire

    La pollution de l’air, en plus de fragiliser notre système immunitaire et de nous rendre plus sensibles aux infections notamment virale, permet également une meilleure diffusion et donc une meilleure transmission des agents pathogènes tels que le coronavirus. Cela est connu depuis longtemps pour le SARS(1) et les virus de la bronchiolite mais a également été récemment démontré pour le coronavirus en Italie avec davantage de transmission et de propagation du virus en fonction des taux de particules fines.

    Les particules fines servent donc de vecteurs, de transporteurs au virus qui se déplace d’autant plus facilement lorsque l’air est chargé de particules fines. Fort heureusement les mesures de confinement font coup double à la fois en limitant le risque de transmission entre les individus mais également en diminuant la pollution notamment aux particules fines du trafic routier et les effets sanitaires associés.

    Néanmoins, comme on le voit actuellement à Paris, le printemps est la période d’épandage agricole, grand pourvoyeur de particules fines. En effet, lors des épandages, le gaz ammoniac (NH3) va, en passant dans l’atmosphère, réagir avec les oxyde d’azote (NOx) pour former des particules de nitrate d’ammonium et de sulfate d’ammonium.

    Tous les ans, à la même période, les épandages agricoles sont responsables de pics de pollution printaniers durant les mois de mars à mai. Ces particules printanières sont, de par leur composition, moins toxiques que des particules de combustion issues par exemple du trafic routier néanmoins elles vont également servir de vecteur de transmission au virus.

    Ces particules peuvent voyager sur plusieurs kilomètres et donc transporter également le virus sur de longues distances !

    Nous appelons donc les préfets à prendre des mesures urgentes visant à limiter drastiquement – les émissions liées aux épandages agricoles (restriction, technique d’enfouissement de l’engrais) afin de tout mettre en œuvre pour limiter la propagation du virus.

    Professeur Isabella Annesi-Maesano, Directrice de recherche INSERM / Directrice d’équipe labellisée INSERM et Sorbonne Université EPAR ;
    Docteur Mallory Guyon, Collectif Environnement Santé 74 ;
    Docteur Thomas Bourdrel, Collectif Strasbourg Respire ;
    Docteur Gilles Dixsaut, Fondation du souffle contre les maladies respiratoires ;
    Docteur Pierre Souvet, Association Santé Environnement France (ASEF) ;
    Docteur Jean-Baptiste Renard, Directeur de recherche LPC2E-CNRS ;
    Guillaume Muller, association Val-de-Marne en Transition

  • Mise au point sur la relation virus & particules
    4 avril 2020 Blog Strasbourg Respire

    A partir du moment où l’on considère :
    – que de plus en plus de données scientifiques confirment que le virus Covid-19 peut se propager sous forme d’aérosol
    – qu’aérosols et particules ultrafines sont synonymes et désignent la même chose à savoir de la matière solide (ou liquide) en suspension dans l’air.
    – qu’aérosols (ou particules) peuvent interagir entre eux en s’agrégeant, pour former d’autres particules.
    – que les conditions météorologiques et atmosphériques permettant à un pic de pollution de persister (condition anticyclones..) sont communes à tous les aérosols engendrés par chauffage, épandages, trafic routier…

    Nous maintenons qu’il est donc probable qu’une pollution aux particules fines – quelque soit son origine (combustion, épandages etc..) – peut jouer un rôle sur la propagation virale.

    Reste l’interrogation de la viabilité du virus à l’air libre et de la quantité de virus (charge virale) nécessaire pour être infecté, néanmoins compte tenu également du fait que la pollution aux particules fines majore le risque d’infections en rendant notre organisme davantage vulnérable à celles-ci, nous en appelons une nouvelle fois au principe de précaution et demandons que toute forme de pollution soit limitée, et, conformément aux recommandations de l’académie de médecine et aux dernières études parues dans Nature, nous insistons sur l’importance du port du masque pour tous.

  • La pollution liée aux épandages grandit, aggravant l’épidémie de Covid-19
    1er avril 2020 / Emilie Massemin (Reporterre)

    Des épisode de pollution printanière s’enchaînent, en grande partie liés aux épandages agricoles et qui sont susceptibles d’aggraver l’épidémie de Covid-19. Des associations appellent donc à « encadrer les épandages pour limiter la propagation du coronavirus ».
    Dimanche 29 mars, Atmo Grand Est, l’organisme chargé de la surveillance de la pollution de l’air dans la région, alertait sur un épisode de pollution aux particules fines de diamètre inférieur à dix microns (PM10), samedi 28 et dimanche 29 mars. « Cet épisode de pollution de type mixte, en plus d’être lié aux particules d’origine carbonée, se caractérise également par une part importante de particules secondaires formées à partir d’ammoniac et d’oxydes
    d’azote, a précisé le communiqué. L’ammoniac étant issu majoritairement des épandages de fertilisants, ces épisodes interviennent essentiellement entre février et mai. Les niveaux de
    particules ont monté progressivement à la faveur du temps sec et doux des derniers jours. Le seuil d’information-recommandations a été dépassé ce samedi sur les départements des Ardennes, de la Marne, de l’Aube, de la Meurthe-et-Moselle, de la Moselle, du Bas-Rhin et
    du Haut-Rhin. »
    Vendredi 27 mars, ce même type de pollution avait été détecté sur le nord de la Bretagne et en particulier les départements des Côtes d’Armor, du Finistère et de l’Ille-et-Vilaine, d’après l’observatoire de la qualité de l’air Air Breizh. « Cet épisode de pollution particulaire printanier résulte d’une conjonction de différents facteurs et notamment des conditions météorologiques propices à l’accumulation des polluants (temps ensoleillé, conditions atmosphériques stables,
    vents faibles), des émissions locales de particules fines PM10, dont principalement les activités agricoles (épandage et émissions d’ammoniac générant des particules secondaires) et le chauffage (dont chauffage au bois) et de transferts de masses d’air chargées en particules en provenance du Nord-Est », a annoncé l’observatoire, prévenant que cet épisode de pollution allait perdurer le samedi 28 mars. « Nous demandons donc des mesures exceptionnelles de restriction d’épandage »
    Jeudi 19 mars, c’est l’association de surveillance de la qualité de l’air en Île-de-France Airparif qui alertait sur un épisode de pollution aux particules, causé par le chauffage au bois et les activités agricoles : « Une météo printanière favorise actuellement les réactions chimiques avec la formation de particules, dites secondaires, à partir de gaz : les oxydes d’azote (liés principalement au chauffage, le trafic étant extrêmement restreint), et l’ammoniac (en provenance des activités agricoles), a indiqué le communiqué. À ces particules s’ajoutent celles
    produites par une part de chauffage au bois, le soir, et des phénomènes de transfert de pollution puisqu’une partie de la France est soumise aux mêmes conditions. Les niveaux de particules liés au trafic sont toutefois très faibles. L’augmentation constatée aurait été
    beaucoup plus importante avec des conditions normales de circulation, comme par exemple lors de l’épisode printanier du 17 mars 2014 qui avait donné lieu à la remise en place de la circulation alternée. »
    Mardi 31 mars, l’association Eau & rivières de Bretagne a appelé à « encadrer les épandages pour limiter la propagation du coronavirus » :
    « Les épandages agricoles sont en partie responsables de la mauvaise qualité de l’air actuellement. Cet épisode de pollution amplifie la détresse respiratoire des malades atteints du coronavirus. Nous demandons donc des mesures exceptionnelles de restriction
    d’épandage. En plus de fragiliser notre système immunitaire et de nous rendre plus sensibles aux infections notamment virales, la pollution de l’air amplifie la diffusion et la transmission des agents pathogènes tels que le coronavirus. Ces épisodes de pollution amplifient la détresse respiratoire des malades atteints du coronavirus et compliquent les
    soins qui leur sont apportés. »
    Le même jour, la directrice de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et responsable de l’équipe épidémiologie des maladies allergiques et respiratoires (Épar) Isabella Annesi-Maesano indiquait à Reporterre que les premiers foyers de
    l’épidémie de Covid-19 correspondaient à des zones particulièrement polluées de Chine, d’Iran et d’Italie. « La pollution atmosphérique est irritante et abîme les muqueuses des voies aériennes. En réaction, ces dernières décompensent, deviennent plus perméables et les agents
    pathogènes les pénètrent plus facilement. C’est valable pour le SARS-CoV-2, mais pas seulement : quand l’environnement est très pollué, les gens attrapent plus facilement un rhume ou commencent une pollinose, a-t-elle expliqué au quotidien de l’écologie. Par ailleurs,
    les particules fines franchissent la barrière des alvéoles pulmonaires, rejoignent la circulation sanguine et s’attaquent à tous les organes, provoquant une inflammation systémique [et] de de nombreux problèmes respiratoires mais aussi cardiovasculaires, neurologiques, et
    métaboliques : [AVC|Accident vasculaire cérébral], diabète, obésité... (…) Une fois que les gens sont malades, la pollution aggrave encore leur pathologie et les rend vulnérables aux infections comme le SARS-CoV-2. Enfin, nombre de ces pathologies environnementales
    sont traitées avec des médicaments de type anti-inflammatoires et cortisone, qui peuvent aggraver l’infection Covid-19. »
    Lundi 23 mars, elle avait cosigné la tribune de chercheurs et d’associations appelant elle aussi « les préfets à prendre des mesures urgentes visant à limiter drastiquement – les émissions
    liées aux épandages agricoles (restriction, technique d’enfouissement de l’engrais) afin de tout mettre en œuvre pour limiter la propagation du virus », publiée sur le site de l’association Strasbourg Respire.

  • CONSEILS SANITAIRES

    Sommaire
    Confinez-vous
    Lavez-vous les mains
    Évitez de vous toucher les yeux, le nez et la bouche
    Toussez et éternuez dans votre coude ou dans un mouchoir et jetez-le de suite
    Désinfectez
    Privilégiez les aliments cuits
    Lavez vos vêtements idéalement à 60 degrés
    Faites attention aux médicaments que vous prenez
    Conseils : si vous devez quand même sortir (fabrication de masques, de gel hydro-alcoolique etc.)
    Conseils : si vous pensez être atteint.e par le covid19
    Conseils : si vous partagez un logement
    Conseils : si vous êtes une personne plus à risque

    Confinez-vous
    "Les mesures de confinement actuelles sont insuffisantes, face à l’impossibilité pour nombre de personnes de recevoir des soins vitaux en raison de la ruine des hôpitaux et du manque criant de personnel, les collectifs de soignants appellent - en date du 21 mars - au confinement total. S’il ne permettra pas d’endiguer le virus, il peut permettre au moins que l’afflux de patients graves vers les établissements de santé ne dépasse pas leurs capacités de prise en charge comme c’est actuellement le cas dans le Grand-Est et en Corse". https://static.mediapart.fr/files/2020/03/22/20200321-cdp-confinement-total-1-3.pdf
    #restecheztoi1.

    Lavez-vous les mains
    « Pour se laver les mains de façons efficace, il faut enlever ses bagues et autres bijoux, utiliser de l’eau et se mouiller complètement les mains. Prendre du savon (de 1 à 3 ml) et bien le faire mousser. Savonner les mains pendant au moins 15 secondes en prenant le soin de frotter entre les doigts, le dos de la main, les poignets et les avant-bras. »2

    Évitez de vous toucher les yeux, le nez et la bouche ou lavez-vous bien les mains avant de le faire.
    Le covid19 survit sur les mains et pénètre dans l’organisme par les muqueuses : "muqueuse conjonctivale3 (les yeux), muqueuse nasale (narines), lèvres ou muqueuse buccale et oro-pharyngéeces"4.
    Il est, à ce sujet, conseillé d’éviter le port de lentilles de contact et de mettre des lunettes.5

    Toussez et éternuez dans votre coude ou dans un mouchoir et jetez-le de suite

    Désinfectez
    Il n’y a pas encore d’étude sur le covid-19 à ce sujet, mais on sait que les autres coronavirus (ceux du Sras, du Mers et ceux qui provoquent de simples rhumes) survivent sur les surfaces inanimées : sur les objets (la vaisselle etc.), les tissus (serviettes de toilette, vêtements etc.), le papier (livres etc.), les surfaces (le bois, le plastique, le fer etc.). Il n’y a pas de raisons que le covid-19 diffère à ce sujet. Il "devrait, comme ses semblables, persister - sur ces surfaces - en moyenne entre 4 et 5 jours.6

    A savoir que :
    Cette persistance peut « être efficacement inactivés par des procédures de désinfection des surfaces". Notamment avec des solutions à base d’alcool (entre 62 et 72 %), d’eau oxygénée ou d’hypochlorite de sodium (de l’eau de javel)7. Il est donc plus que conseillé de désinfectez régulièrement : les poignets (de porte, de frigo), les robinets, la chasse d’eau, les interrupteurs, la télécommande, le clavier de votre ordinateur etc.
    Cette persistance diminue de manière importante à des températures dépassant les 30 °C. Et au contraire, les températures plus basses favorisent sa persistance qui peut aller jusqu’à neuf jours.

    Privilégiez les aliments cuits
    Par prudence, vous pouvez privilégier le cuit au cru (la cuisson faisant perdre son potentiel infectieux au virus)
    Certains (comme le Pr Gayet CHRU de Strasbourg) conseillent d’éviter notamment les fruits et les légumes crus qui ne s’épluchent pas ou qu’on mange avec la peau8
    Des avertissements circulent, de même, au sujet des aliments d’origine animal peu ou pas cuits.9

    Lavez-vos vêtements : idéalement à 60 degrés
    Plusieurs médecins (la virologue Anne Goffard, Gilles Pialoux médecin du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Tenon) attestent de la perte du potentiel infectieux du Covid 19 à partir d’une exposition à 56 °C pendant vingt à trente minutes ou à 65°C pendant cinq à dix minutes. En bref, si vous avez la possibilité d’accéder à une machine à laver, lavez vos vêtements à 60 degrés.

    Faites attention aux médicaments que vous prenez
    Surtout ne prenez AUCUN anti-inflammatoire non stéroïdiens (AINS) , c’est valable pour les comprimés comme pour les pommades (aspirine, indometacine, diclofenac, ketoprofene, flubiprofene, celecoxib... tout ce qui finit par metacine, profene , coxib ...),
    Les AINS sont prescrits dans le traitement au long cours des douleurs de l’arthrose et des rhumatismes chroniques, ou en cure courte pour passer un cap douloureux et aigu en cas de douleurs articulaires (causées par l’arthrose, l’arthrite, le mal de dos, etc.) ; mais aussi pour les douleurs de règles, de dents, les maux de tête, les coliques néphrétiques, les traumatismes, les suites d’opération.
    En voici une liste non-exhaustive :
    acéclofénac (Cartrex), acide méfénamique (Ponstyl), acide niflumique (Nifluril), acide tiaprofénique (Flanid, Surgam), alminoprofène (Minalfène), célécoxib (Celebrex), dexkétoprofène (Enantyum), diclofénac (Flector, Voltarène), étodolac (Lodine), étoricoxib (Arcoxia), fénoprofène (Nalgésic), flurbiprofène (Antadys, Cebutid), ibuprofène (Advil, Antarène, Brufen, Hémagène, Ibupradoll, Intralgis, Nurofen, Nureflex, Spedifen, Spifen, Upfen), indométacine (Indocid), kétoprofène (Profénid, Ketum, Toprec), méloxicam (Mobic), nabumétone (Nabucox), naproxène (Alevetabs, Antalnox, Apranax, Naprosyne), piroxicam (Brexin, Cycladol, Feldène, Zofora), sulindac (Arthrocine)- ténoxicam (Tilcotil)10
    ni aucun corticoïde :
    Altim, Betamethasone, Betnesol, Celestene, Cortancyl, Decadron, Dectancyl, Depo-Medrol, Dexamethasone, Diprostene, Hexatrione, Hydrocortancyl, Kenacort Retard, Medrol, Methylprednisolone, Neodex, Neofordex, Prednisolone, Solumedriol, Solupred
    Prendre uniquement du Paracétamol ( Dafalgan, Doliprane).
    Limiter cependant la prise de ces derniers, car ils ont tendance à diminuer la réponse immunitaire.
    Pour les asthmatiques cependant, le consensus médical semble aussi s’établir pour le maintien des prises de corticoïdes inhalées (donc en très petites quantités), éventuellement complétées par des inhalations à l’eau chaude seule et/ou par une augmentation maîtrisée de traitements bronchodilatateur (ventoline).
    Pour les malades chroniques, prenant des corticoïdes, ne pas interrompre le traitement. Demandez conseil rapidement si symptômes grippaux, difficultés. Le professeur Francis Berenbaum, chef du service de rhumatologie à l’hôpital Saint-Antoine avance toutefois dans un Tweet : « Vous pouvez poursuivre [votre traitement], mais vous devez l’arrêter en cas de fièvre ou de syndrome grippal. » 11
    Si vous ne pouvez pas vous passer de ces médicaments, il est nécessaire de consulter son médecin traitant afin qu’il vous indique la marche à suivre.

    Conseils : si vous devez quand même sortir
    Conservez une distance physique
    Maintenez une distance avec les personnes que vous croisez d’au moins un mètre et demi.
    Saluez les personnes que vous rencontrez sans contact physique (bannir les poignées de main, la bise, le check etc.)

    Portez un masque
    Le port d’un masque anti-projection (de type masque chirurgical qui protège les personnes que vous croisez) est recommandé par l’académie nationale de médecine : http://www.academie-medecine.fr/communique-de-lacademie-pandemie-de-covid-19-mesures-barrieres-ren
    Il existe des tutos pour fabriquer ses propres masques.
    Des masques en tissus lavables : 12 : https://www.infirmiers.com/pdf/masque-tissu.pdf
    ou des masques en papier jetables ici : https://www.youtube.com/watch?v=7Lg0jnJ3hEo

    Ne pas confondre ces masques avec les masques jetables FFP2 susceptibles de protéger d’une contamination. Les FFP2 sont désormais réservés aux soignant.e.s. Si vous en avez en stock, voir ici des conseils pour bien vous en servir et notamment vérifier leur étanchéité par un fit-check : https://www.youtube.com/watch?v=YJ3hqLPXsNg).13

    Préparer son gel hydralcoolique : https://www.who.int/gpsc/5may/tools/system_change/guide_production_locale_produit_hydro_alcoolique.pdf?ua=1

    De retour chez vous
    Il est conseillé de retirer à l’entrée de votre logement et de les y laisser : vos chaussures, votre manteaux, votre sac. Bref, tout ce qui a pu être contaminé dehors.
    Soyez attentifs de même aux objets que vous ramenez de l’extérieur. Il est, par exemple, plus prudent de vous débarrasser des emballages des produits alimentaires avant de les ranger dans votre cuisine.
    Pensez à désinfecter les objets que vous avez touchés dehors : clé, téléphone etc.
    Et puis, bien sûr, dès votre retour : lavez-vous les mains

    Conseils : si vous pensez être atteint.e par le covid19
    Il est conseillé d’appeler votre médecin traitant.
    Et uniquement en cas de symptômes très graves le SAMU au 15 (ou au 114 pour les personnes sourdes ou malentendantes)
    Par ailleurs, un numéro vert d’informations sur le coronavirus fonctionne 24h/24 et 7j/7 pour obtenir des renseignements : 0800 130 000

    Conseils : si vous partagez un logement
    Si vous partagez votre logement, il est important de se donner des règles communes concernant les règles d’hygiène (nettoyage des parties communes, règles de vie, etc) et surtout des règles à adopter quand vous rentrez chez vous après une sortie à l’extérieur.
    Si vous pensez être atteint.e par le Covid-19, le mieux (mais c’est rarement possible !) c’est « de rester dans une pièce spécifique, en évitant les contacts avec les autres occupants du domicile, d’aérer régulièrement14. Et si possible, une salle de bain et des toilettes spécifiques sont à privilégier. »
    Si ça n’est pas possible, « il est recommandé de se laver les mains fréquemment, de ne pas toucher d’objets communs et de laver quotidiennement les surfaces fréquemment touchées (poignées, téléphones mobiles, etc.) »15

    Conseils : si vous êtes une personne plus à risque
    Dans de nombreux quartiers des groupes de soutien et d’auto-support se mettent en place, n’hésitez pas à vous faire connaître pour que d’autres puissent faire vos courses et se rendre pour vous à la pharmacie.
    Notons qu’il est conseillé dans ce cas que vos courses, médicaments etc. soient déposés sur votre pallier. Il n’est pas judicieux dans une perspective de réduction des risques que les aidant.e.s rentrent chez vous.
    Liste des personnes considérées comme particulièrement à risque
    Selon le Haut conseil de la santé publique HCSP16, vous êtes considérées à risque si :
    – vous êtes âgé.e.s de 70 ans et plus ;
    – vous êtes enceintes à partir du 3ème trimestre ;
    – vous présentez une obésité morbide (indice de masse corporelle > 40kg/m2 : par analogie avec la grippe A(H1N1) ;
    – vous souffrez d’une insuffisance rénale chronique dialysée, d’une insuffisance cardiaque stade NYHA III ou IV ;
    – vous êtes atteint.e.s de cirrhose au stade B au moins ;
    – vous avez des antécédents (ATCD) cardiovasculaires : hypertension artérielle, ATCD d’accident vasculaire cérébral ou de coronaropathie, chirurgie cardiaque ;
    – vous êtes diabétique insulinodépendant.e ou si vous présentez des complications secondaires à une pathologie (micro ou macro angiopathie) ;
    – vous souffrez d’insuffisances respiratoires chroniques, si vous êtes sous oxygénothérapie, asthmatique, si vous souffrez de mucoviscidose ou de toute autre pathologie chronique respiratoire susceptible de décompenser lors d’une infection virale ;
    – vous souffrez d’une immunodépression

    Notes de fin
    1https://twitter.com/CollectInterHop?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E123856
    2 https://www.cchst.ca/oshanswers/diseases/washing_hands.html
    3 Cheng-weiLu, Xiu-fenLiu, Zhi-fangJia "2019-nCoV transmission through the ocular surface must not be ignored" The Lancet, Volume 395, Issue 10224, 22–28 February 2020, Page 39
    4 https://www.medisite.fr/pneumonie-bronchite-coronavirus-peut-on-etre-contamine-par-les-aliments.555
    5 http://www.ordre.pharmacien.fr/content/download/495594/2238442/version/1/file/Conseils-pharmaciens_stade3-VDEF.pdf
    6 Voir à ce sujet ici : une étude allemande qui fait référence : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0195670120300463,
    Le résumé en français :https://sciencepost.fr/combien-de-temps-le-coronavirus-covid-19-peut-il-survivre-sur-differente
    Un article de vulgarisation ici : https://fr.wikihow.com/pr%C3%A9venir-le-coronavirus
    7 Des conseils nettoyages ici : https://www.topsante.com/medecine/maladies-infectieuses/zoonoses/coronavirus-comment-laver-et-produits-nettoyants-635710
    8 https://www.medisite.fr/pneumonie-bronchite-coronavirus-peut-on-etre-contamine-par-les-aliments.555
    9 https://lemedecin.fr/teleconsultation/coronavirus.php
    10 Source : https://www.lefigaro.fr/sciences/coronavirus-la-liste-des-medicaments-contenant-des-anti-inflammatoires-non-
    11 Sources : Cf Ministre de la santé sur la prise d’anti-inflammatoires : https://twitter.com/olivierveran/status/1238776545398923264
    Cf Odile Le Nais, infectiologue Cochin (4min10s), https://www.franceculture.fr/emissions/journal-de-18h/journal-de-18h-emission-du-samedi-14-mars-2020
    Cf https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/03/16/coronavirus-mise-en-garde-contre-l-ibuprofene_6033233_3244.html
    Informations relues par des médecins et praticiens hospitaliers sur le fil telegram Infos médicales et scientifiques - Covid19 ENTRAIDE/INFOS https://t.me/joinchat/C9clbVWaiJ6A8Qy45lvLZA
    Un article du Lancet du 11 mars évoquait le fait que l’ibuprofène augmentait le nombre de récepteurs ACE2 sur lesquels se fixe le coronavirus. Sans en dire plus sur la dose prise par les patients concernés.
    12 Ou ici : https://www.youtube.com/watch?time_continue=1090&v=1748ttJEP-I&feature=emb_logo


    13 A ce sujet notons que la barbe compromettrait l’étanchéité des masques. Voir ici : https://www.youtube.com/watch?v=TEjk4SfMkF8
    - Société de Réanimation de Langue française, "Comprendre et appliquer les mesures d’isolement" , 12 mars).
    14 La ventilation de la pièce aidera à évacuer l’air, ce qui peut minimiser les risques de contamination de ceux/celles susceptibles d’y entrer https://fr.wikihow.com/pr%C3%A9venir-le-coronavirus
    15 Ministère des solidarités et de la santé : https://solidarites-sante.gouv.fr/soins-et-maladies/maladies/maladies-infectieuses/coronavirus/coronavirus-PS
    16 https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus#xtor=SEC-3-GOO-[{adgroup}]-[425080454107]-search-[corona%20virus]