• assimile (un peu) ça au syndrome du membre fantôme — vous savez, ce phénomène qui fait que nos cerveaux débiles continuent à ressentir des douleurs à des parties du corps que l’on a pourtant perdues.

    Eh bien là sur le principe c’est quasiment pareil : tandis qu’elle enchaînait tout à l’heure les écoutes de musiques dites psychédéliques de groupes genre « Sweet Smoke » ou « Ultimate Spinach », elle pouvait presque ressentir les effets du diéthyllysergamide alors que cela fait maintenant des décennies et des décennies qu’elle n’en a plus consommé. Incroyab’, non ? Le ciboulot avait gardé ça en mémoire, il a suffi d’un léger stimulus sonore pour tout réactiver.

    De toute façon, même si ce propos peut sembler incongru de la part d’une vieillarde dont Alzheimer guette désormais la moindre pensée, elle reste persuadée que le disque dur qu’on a dans la tête n’oublie jamais rien — tout juste égare-t-on parfois le chemin d’accès au souvenir, mais le souvenir proprement dit est bien présent quoi que l’on fasse et tout demeure enregistré jusque dans les moindres détails.

    C’est uniquement quand on a atteint la capacité maximale du disque que la Mort survient.

    À vue de nez votre vieille facebookeuse préférée n’a plus qu’un ou deux octets de libres — largement assez pour les dix à douze minutes qui lui restent à vivre.

  • sourit en prenant sa leçon d’Histoire : la (brève) période de la fin du XIXᵉ durant laquelle la Perfide Albion décida — stratégiquement — de fourrer un peu moins son nez partout et de se tenir davantage à l’écart des affaires du monde est connue sous le doux chrononyme de « Splendide isolement ». C’est bath, non ?

    La vieille anachorète reconnaît tellement sa propre non-vie dans ce concept et (surtout) cette appellation qu’elle se demande rétrospectivement si elle a bien évolué du bon côté de la Manche.

  • sent que ça va la tarabuster durant la totalité des dix à douze minutes « d’espérance » de vie qui lui restent, ça : elle vient d’apprendre qu’il n’y a pas de serpents en Nouvelle-Zélande, rien, walou, nada, pas un seul, même pas un tout petit tetracheilostoma caché sous une pierre ou dans les hautes herbes — si vous êtes ophiophile vous savez maintenant où ne pas aller assouvir votre passion, merci madame Garreau, mais de rien cher Lectorat.

    A priori l’explication en est simple : la Nouvelle-Zélande s’est détachée du reste des terres émergées AVANT l’apparition de ces petites bêtes. Comme on y réfléchit généralement à deux fois avant de se taper des centaines de kilomètres en crawl ou à la brasse quand on n’a pas de papattes, les reptiles sont restés frétiller de l’autre côté. Fastoche, même un·e enfant de six mois peut comprendre ça.

    Oui mais. Oui mais à moins que votre seenthiseuse préférée ne s’abuse, les serpents ça ne vient pas de nulle part, il n’y a pas de magie, ce n’est pas de la génération spontanée, ce n’est pas un jour il n’y en a pas et puis pouf ! le lendemain on se retrouve avec des milliards de ces machins à se tortiller partout. Le serpent, ça suit un processus évolutif comme n’importe quelle autre bestiole, donc comme tout le monde un serpent c’est censé avoir des ancêtres qui ne sont pas serpents, non ? Or ces ancêtres existaient AVANT que la Nouvelle-Zélande se barre du Gondwana en claquant la porte ! Alors quoi ? Comme par hasard aucun de ces lézards — car les serpents sont des lézards qui ont perdu leurs petits petons — ne squattait la région à l’époque où celle-ci était encore contiguë, et qui pourtant partage encore (partiellement) la plaque tectonique de l’Australie, qui elle est peuplée de millions de sifflards de toutes tailles et toutes espèces ? Ou alors en se baladant sur l’île nouvelle les ancêtres des serpents sont devenus autre chose que des serpents ? Ou ils n’ont pas eu le temps de s’adapter et sont tous morts à cause de la différence de climat entre Wellington et Canberra ? Mouais. La Garreau veut bien parce qu’elle est giga-conciliante, mais elle trouve ça bizarre quand même.

    Encore une énigme pour Fantômette.

    #MamieNicoleNeSEnnuieJamais.

  • en récupère bien davantage qu’elle n’a matériellement le temps d’en lire, alors c’est pour ça, maintenant elle en a trop — la plupart des piles de « lectures en attente » ont même fini par s’effondrer, ce ne sont plus que des tas qui jonchent un peu partout le sol et le moindre promontoire de la thébaïde, il y en a plus qu’à la bibliothèque municipale mais rien n’est classé, rien n’est rangé.

    Elle qui passe son temps à conchier la propriété, comment peut-elle amonceler tout ça ? Ha ha, mais attention, ces bouquins ne sont pas à elle, ils sont uniquement en stage, ils proviennent quasiment tous de boîtes à livres et ont pour vocation d’y retourner dès que possible — enfin non, pas tous, pour être franche elle conserve ceux qui l’ont le plus enthousiasmée pour les donner à une autre vieille dame qui jadis lui avait avoué aimer lire. En les lui apportant elle joue la Bernadette Pivote, pontifie, y va de son petit commentaire : « Si vous devez n’en choisir qu’un lisez celui-ci, mâme Michu (1), vous verrez, c’est beau, ça parle de notre époque à nous, vous allez pleurer ».

    Bien sûr elle ignore si mâme Michu les lit vraiment : peut-être qu’elle fait du feu avec, ou s’en sert pour caler des meubles ou les utilise à d’autres choses que l’extrême sensibilité des abonné·e·s à ce flux SeenThis nous interdit de nommer ici. C’est toujours le même problème, quand exceptionnellement on essaie d’être gentille : on fait des cadeaux parce qu’on se persuade que ça fait plaisir aux gens qu’on les leur fasse, et eux ils les acceptent uniquement parce qu’ils sont persuadés que ça nous a fait plaisir de les leur faire, et ça peut durer comme ça des vies entières durant lesquelles tout le monde se fait ch**r à faire de bon cœur des choses qui n’ont en fait jamais procuré la moindre satisfaction à quiconque — toute sociabilité repose sur des malentendus.

    Voilà ! Toujours est-il qu’elle a aujourd’hui pioché dans le tas le plus proche du canapé « La Favorite » de Catherine Rihoit. Ça commence pas trop mal : une histoire d’enfance dans les quartiers populaires de la fin des Années Soixante-Dix et du début des Années Quatre-Vingts. Dans le style souvenirs recuits Rihoit est certes assez loin des divines Ernaux ou Rochefort (il faut dire aussi que par rapport à celles-ci Rihoit arrive quelques décennies plus tard) mais « ça le fait quand même », comme disent les jeunes de maintenant. On s’identifie sans peine à la narratrice, tous les personnages ont des gueules d’atmosphère, il y a un ton et même une « petite musique » — et puis on sent poindre le drame et les désillusions, on les attend d’une page à l’autre, on ne voudrait pas être à la place de l’héroïne mais on y est quand même.

    Seulement ce bouquin là, mâme Michu n’en verra jamais la couleur : il est en trop mauvais état, il est à moitié déchiqueté, il a pris l’eau, il est taché de partout et même s’il est intéressant on ne peut pas décemment « offrir » un bouquin qui semble sortir d’une poubelle.

    Il serait temps de trouver une chute à ce déjà trop long dazibao, non ? Bah oui mais ça ne vient pas, alors tant pis : il va se terminer comme ça.

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    (1) Il s’agit d’un nom d’emprunt, évidemment.

  • ne pense à rien d’utile : alors que sa fin de vie est un marasme absolu, que tout part en capilotade et que son vieux corps fuit de partout elle elle est seulement en train de se demander si le ruban de Möbius ne pourrait pas être considéré comme une sorte de triangle de Penrose simplifié (1).

    Pardon ? Non, effectivement, seule elle ne s’ennuie JAMAIS... mais c’est ça aussi qui l’empêche de faire quoi que ce soit de concret, elle n’en a tout simplement pas le temps. Et puis bon, nous serons certainement d’accord pour répéter une nouvelle fois que « AGIR, C’EST MAL » — l’action, c’est juste bon pour les rustres et les malotru·e·s.

    #RuminationsMatutinales.

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    (1) Peut-être que tout le monde (sauf elle) a déjà une réponse toute faite à cette interrogation, hein. Mais elle elle a arrêté ses études en moyenne section de maternelle alors sur le tard elle est obligée de réfléchir et d’apprendre toute seule — parfois par des moyens très personnels et peu orthodoxes — des trucs qui sont sans doute évidents pour n’importe quel·le élève de primaire ayant assidûment usé ses fonds de culottes sur les bancs de la Communale.

    Votre dictateuse préférée est une sorte de « Monsieur Jourdain » en jupons.

  • a trouvé le coupable ! Pris en flag’ ! C’est un piaf ! Une saleté de piaf !

    Parce que cela faisait un moment que cette énigme turlupinait la vieille Garreau : comment pouvait-elle trouver quasi-quotidiennement d’invraisemblables quantités de mûres écrasées au milieu de la courette, à plusieurs mètres du roncier le plus proche ? Eh bien c’est un oiseau qui fait ça ! Ce bougre d’animal va les choper sur Daphné (1), et comme il a les yeux plus gros que le ventre et que son bec doit être tout ramollo à force de sniffer du glyphosate, paf, son menu vient invariablement s’écrabouiller par terre et n’arrive jamais jusqu’à son nid.

    Et là, vous croyez que cette sale bête le ramasserait ? Que nenni ! Elle regarde ça d’un air blasé et retourne chercher une autre baie qui va évidemment finir en compote dix centimètres à côté.

    Les oiseaux, c’est tous des c**s.

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    (1) Daphné du Mûrier, bien sûr. N’oubliez pas que votre dictateuse est irrésistible.

  • sait que c’est idiot mais elle a toujours eu un faible pour les romans dont l’intrigue se noue autour des milieux de la peinture — outre le fait que l’on s’y instruit souvent elle trouve que rien n’est plus romanesque que ces histoires de tableaux qui apparaissent, qui disparaissent, qui sont des vrais, des faux, des repeints, qui sont volés, recelés, exposés, et surtout qui dissimulent entre leurs couches des tragédies pas possibles. Ça déborde, un tableau, ça déborde de partout, et la Littérature a ça de magique qu’elle peut mettre une toute petite toile dans un cadre beaucoup plus grand — or il faut bien ça pour contenir tous les secrets d’alcôves et les non-dits que trahissent le moindre coup de pinceau.

    La vieille Garreau se dit rétrospectivement que si elle n’avait pas réussi à devenir punkàchienne, pompiste échelon Trois, dictateuse et surtout rien du tout, elle se serait volontiers résignée à embrasser la carrière « d’historienne de l’Art » ; reconnaissons toutefois que cela eût été une grande perte pour le nihilisme.

  • a croisé deux pélos égarés qui cherchaient le chemin de Saint-Gel-de-Compost-Sale et... et pour la première fois de sa vie elle a indiqué LA BONNE direction à des ceusses qui la lui demandaient ! Incroyab’ ! D’habitude soit elle fait celle qui n’entend pas la question, soit elle envoie délibérément les importun·e·s à Pétaouchnok après leur avoir fait escalader des falaises propices aux avalanches et traverser des marécages pleins de chikungunyas mais là non, elle a eu pitié : deux gamins de toutes les couleurs, trempés de la tête aux pieds, des dégaines à sortir de Woodstock et s’adressant à elle avec déférence... bref, elle les a correctement renseignés — sans le leur avouer ouvertement elle leur a juste imposé un petit détour afin qu’ils ne passent pas trop près de la thébaïde qui a la mauvaise idée d’être située presque exactement sur le trajet.

    Mine de rien c’est aussi un truc qu’elle-même aurait toujours aimé faire, ça, le chemin de Saint-Gel-de-Compost-Sale... et puis le temps a passé, et maintenant qu’elle est quasiment grabataire elle sait qu’elle ne s’y risquera plus — de toute façon, compte tenu de la vitesse à laquelle elle avance arc-boutée sur son déambulateur il lui faudrait trois cents ans pour aller à pied en Galice. Et puis en cours de route elle aussi serait sûrement obligée de parler à des gens, et ça c’est rédhibitoire : elle peut comprendre que l’on marche pour observer, pour méditer, pour être seule avec la Terre et le Ciel, pour la satisfaction de fatiguer son corps et même à la limite pour trouver un quelconque Bon Dieu, mais si c’est pour rencontrer des Sapiens Sapiens ça dépasse son entendement. Elle voit déjà la crise de nerfs qu’elle pique dès qu’il y a un quidam sur le sentier derrière chez elle, elle n’ose imaginer ce qui se passerait si à l’approche de la Corogne elle se trouvait au milieu d’une file de centaines de pèlerin·e·s plus ou moins fanatisé·e·s : c’est presque sûr qu’elle alimenterait la rubrique des faits divers et finirait « fichée S ».

    Voilà, c’est tout. En tout cas les deux gamins pourront se vanter d’avoir eu le postérieur bordé de pâtes, ils sont tombés sur les seules trois minutes de toute son existence durant lesquelles la vieille Garreau s’est montrée raisonnablement serviable envers ses contemporain·e·s.

  • a bien sûr lu depuis Gai-Luron et Belle Lurette « Les Années » d’Annie Ernaux — ça étonne qui ? Elle a le profil parfait des lectrices d’Annie Ernaux —, mais ignorait que depuis peu il existe également un film, « Les Années Super 8 », fait de petits bouts d’archives personnelles reprenant une partie du narratif du bouquin (ou vice versa, ça dépend comment on voit les choses) et qui, si elle en croit les extraits qu’elle en a vu, fleure bon le ton, le grain et la colorimétrie de ces temps-là. Pincements au cœur et mélancolie garanti·e·s.

    Fait rarissime pour la vieille Garreau qui n’est qu’assez peu cinéphile, elle se dit que c’est un film qu’elle aurait peut-être aimé voir avant de mourir. Cependant comme il ne lui reste plus que dix à douze minutes « d’espérance » de vie ça l’obligerait à le regarder « vitesse x 5 » ou « vitesse x 6 » et elle se demande si ça n’y perdrait pas un peu.

    Car si l’Art — même mineur comme l’est l’Art cinématographique — nécessite à la fois du temps long et le sentiment d’urgence lors du processus de création, force est de constater qu’il s’accommode mal de la seconde au moment de sa méditative contemplation.

    #RuminationsMatutinales.

  • chope ça dans un programme éthologique de France Cul’ :

    « Le mensonge est presque un accès à la moralité parce qu’en fait les compétences cognitives et affectives qui sous-tendent le mensonge sont des compétences qui vous permettent aussi de savoir ce que les autres ressentent, c’est-à-dire de pouvoir vous mettre à leur place. Et donc ce qui fait de vous un menteur fait aussi de vous un être extrêmement attentif à autrui. » (© Vinciane Despret)

    Zyva, ainsi ce serait le singulier manque d’empathie de la cruelle et sanguinaire Garreau qui fait que sur son flux SeenThis tout est toujours si incroyablement vrai ? Cela semble confirmer la très darwinienne hypothèse qui veut qu’il n’y ait pas trente-six façons de devenir dictateuse : la fonction crée l’organe qui crée la fonction qui crée l’organe.

  • sait bien que techniquement il existe le verbe « estiver », mais malgré tout ça n’a pas la même connotation : quand on dit « estiver », selon qu’on l’oppose à « hiverner » ou à « hiberner » on a soit l’image d’un troupeau grimpant vers les alpages soit celle d’un autre troupeau pas beaucoup moins bovin rejoignant la Côte d’Azur en Quatre Chevaux® par la Nationale Sept. Néanmoins dans les deux cas « estiver » laisse l’impression de quelque chose de pas forcément désagréable à celleux qui le vivent.

    Non, il faudrait vraiment trouver un autre terme pour désigner l’action de gésir les vergetures à l’air, dégoulinante de sueur et de désespoir à ne plus rien pouvoir faire d’autre qu’attendre la fin du monde ou le retour de la Révolution.

    « Mamienicoler », peut-être ?

  • repense étrangement assez souvent à cette madame Gayot — ou Gayeau, ou Gaillot, ou Gaillaud ou n’importe comment, elle n’a jamais su comment son nom s’orthographiait mais peut-être ne s’orthographiait-il pas du tout, c’est que ça date tout ça, madame Gayot appartenait au temps de l’oralité, elle aussi était certainement née avant l’invention de l’écriture. C’est exagéré ? Oui, un tout petit peu, comme souvent sur ce flux SeenThis : un détail figurant dans la suite de ce dazibao le montrera. Cependant « exagéré » ne signifie pas que c’est faux.

    Madame Gayot, donc, puisque c’est la graphie arbitrairement choisie, c’était la voisine qui habitait la petite maison de l’autre côté de la route. Une dame sans âge bien qu’assurément... très âgée, affublée en toutes saisons de son fichu autour de la tête, de sa robe noire en toile épaisse et de son tablier douteux ; particulièrement discrète elle ne recevait quasiment jamais personne d’autre qu’un vague neveu de la ville qui venait inspecter son viager, elle grommelait tout juste quelques mots dans un mélange de français et de patois limousin quand quiconque, généralement le facteur ou un commerçant ambulant, la surprenait au moment où arc-boutée sur sa canne elle s’occupait de ses plants de tomates — si ça se trouve c’était du cannabis ! — ou clopinait à pas menus vers sa cabane au fond du jardin. La configuration de l’endroit faisait que l’on pouvait d’ailleurs accéder à ladite cabane sans avoir besoin de réellement pénétrer sur le modeste lopin ; ce peu ragoûtant lieu d’aisance était ainsi devenu un incroyable site d’aventures et d’explorations pour les enfants parfois en vacances dans le hameau et qui bien qu’au nombre de seulement deux ou trois pouvaient y jouer à être le Club des Cinq, détalant dès que leurs yeux ou leurs oreilles aux aguets leur signalaient l’approche de la taulière tenant à la main des feuilles soigneusement découpées dans quelque vieux numéro du « Populaire du Centre »« Le Popu » pour les intimes, or là on ne pouvait pas en avoir un usage plus intime que ça.

    Madame Gayot, donc, madame Gayot et sa solitude, mi-personnage mythique mi-repoussoir, mi-attendrissante mi-inquiétante, mi-mystérieuse mi-évidente. Aujourd’hui la vieille Garreau se dit que ce doit être elle, la madame Gayot aux yeux des enfants de ses voisin·e·s, celleux de l’autre côté du chemin. De Gayot à Garreau il n’y a qu’un pas. La seule différence c’est qu’elleux, si jamais dans très longtemps iels conservent quelque vague souvenir de cette cacochyme créature un peu étrange et disparue depuis Gai-Luron et Belle Lurette, iels sauront peut-être orthographier son nom puisque celui-ci est inscrit sur la boîte aux lettres.

    « The times they are a-changin’ », chanterait Dylan ; pourtant pas tant que ça, chaque patelin a toujours son espèce de vieille sorcière.

  • s’énerve quand on parle de « l’invention du feu » alors qu’il s’agit tout au plus d’une domestication ; elle s’énerve quand on parle de « l’invention de la roue » alors que ce que l’on a inventé c’est l’essieu ; elle s’énerve quand on parle de « l’invention de la démocratie en Grèce » alors que la démocratie grecque était tout sauf démocratique... Bref, avec ces histoires d’inventions elle s’énerve tout le temps à tout propos.

    Comment disait-il, déjà, Camus ? Ah, voilà : « Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde » — or avec ces saletés de Sapiens Sapiens qui racontent perpétuellement n’importe quoi il est presque impossible de ne pas virer dépressive.

    Allez zou, elle retourne à sa partie de Candy Crush Saga® ; elle ne sait pas qui a inventé ce jeu mais ça au moins ça ne déçoit jamais.

  • reconnaît que c’est plus fort qu’elle : chaque année c’est pareil, quand aux premiers jours de chaleur elle troque ses tabliers de toile cirée et ses vieux sarouals élimés contre sa si légère robe à fleurs qui met si bien en valeur sa flaccidité et ses varices en voltigeant au moindre courant d’air, elle ne peut s’empêcher de traverser le village en se déhanchant et chaloupant à la manière de Rita Hayworth montant les marches du Grand Palais.

    Or si elle en croit les regards émerveillés des gérontophiles du coin, ce festival du déambulateur vaut largement le festival de Cannes.

  • ne renoncerait à sa revue de presse quotidienne pour rien au monde :

    « L’INFLUENCEUSE BEAUTÉ GUAVA BEAUTY, CONNUE POUR MANGER DES PRODUITS COSMÉTIQUES, DÉCÈDE D’UNE MALADIE SOUDAINE À VINGT-QUATRE ANS »

    La vieille Garreau n’a vraiment pas de chance : elle elle est influenceuse kimilsungisme-kimjongilisme-kimjongunisme et force est de constater que ça tue beaucoup moins vite — mais il faut dire aussi qu’étant herbivore elle n’a pas encore essayé de bouffer son petit Jong-un adoré.

    #DarwinAwards.
    #CarambaEncoreRaté.

  • ne serait-elle pas si neutre qu’il n’y paraît, ou bien serait-elle même carrément discriminante ? Parmi tous les bouquins qui flottent dans la boîte à livres à la première averse, elle n’a aujourd’hui sauvé de la noyade que le Camus (1) en dépit du fait qu’elle l’a déjà lu une quantité incalculable de fois au cours de sa trop longue vie — n’a-t-on d’ailleurs pas déjà dit d’elle qu’elle était une sorte de Meursault en jupons ?

    En tout cas elle a abandonné les Paulo Coelho, les « Collection ’’Ah le Requin’’ » et autres « SAS » à leur triste sort, en espérant tout de même secrètement qu’ils sachent nager. Parce que n’allez pas croire, elle n’est pas si cruelle et si elle avait eu un plus grand cabas et davantage de force physique elle les aurait également embarqués dans son arche pour les préserver du déluge.

    De toute façon si l’on enlève trois lettres à « Nicole » on obtient « Noé » — et ça c’est un peu gros pour être une simple coïncidence.

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    (1) Elle le ramènera à la prochaine saison sèche, si jamais elle n’est pas morte avant.

  • n’étant pas écrivaine — Dieu soit en location elle est euh... normale — elle ne se permettrait pas de prodiguer le moindre conseil d’écriture à quiconque, cependant en cas d’utilisation de synonymes au sein d’un même texte (ce qui est tout de même fort utile pour éviter les répétitions) elle suggère de commencer par les formes les plus rares, et donc de finir par les plus courantes. Ainsi et alors que cela signifie peu ou prou la même chose on veillera par exemple à caser « métempsychose » avant « réincarnation », « rénégat·e » avant « socialiste », ou « croulante » avant « Mamie Nicole » : en procédant de la sorte le Lectorat d’abord désemparé et ébloui par tant de vocabulaire verra l’explication lui apparaître progressivement, tandis qu’en faisant l’inverse il comprendrait tout de suite que bloqué·e dans sa rédaction l’auteurice a ellui-même été contraint·e de chercher des équivalences dans le dictionnaire, ce qui pourrait nuire à son aura.

    Voilà, chères et chers abonné·e·s. La vérité est que vous croyez lire d’innocents dazibaos alors qu’en fait votre dictateuse préférée vous manipule. C’est mal, hein ? Oui, peut-être, mais c’est la fonction qui veut ça.

  • n’a quasiment aucune pigmentation ! Elle est tellement blafarde qu’après être restée plusieurs heures en plein soleil elle saute péniblement du Pantone 11-0601 TPG® au Pantone 11-0602 TPG® — ce qui n’empêche pas que pour ce qui est du ressenti elle a l’impression d’être subitement passée du teint cachet d’aspirine au Vantablack®.

    Franchement il n’y a que le fait d’avoir un corps qui l’empêche de ressembler à quelque chose de présentable. Dans sa tête ça va, elle est toujours persuadée être la 30017475039786117ᵉ merveille du monde.

  • se livre parfois à une rapide revue de presse, les matins où elle n’a vraiment plus rien du tout à raconter. C’est pratique, ça ne demande pas « d’inspiration », ça meuble. Prêt·e·s ? Alors c’est parti pour un bref survol de l’actualité de ce 9 floréal CCXXXIII :

    -- Selon les-z-autorités compétentes le nazillon deux point zéro qui a assassiné un Musulman dans une mosquée tout en insultant son bon dieu aurait PEUT-ÊTRE commis un acte islamophobe. Peut-être. Ce n’est pas sûr. En revanche si quelque quidam était passé devant une synagogue en haussant les épaules là ce serait avec certitude un acte profondément antisémite qui nécessiterait une réponse forte de la part de l’État.
    -- À Nantes, « Un jeune homme violent avec sa compagne et le mobilier a été condamné à un an de prison avec sursis ». Le fait d’avoir également agressé sa promise lui a plutôt valu l’indulgence de la part du tribunal, en prouvant à celui-ci que ce n’était pas une simple attaque guéridonophobe ciblée sur des goûts douteux en matière d’ameublement, ce qui pour le coup eût été impardonnable.
    -- En Mer de Chine méridionale la Chine vient d’annexer un îlot désert de deux cents mètres carrés. Visiblement c’est tout ce qu’on peut se payer quand on dispose d’un PIB de seulement dix-huit mille millions de dollars, alors les smicard·e·s ayez la décence de ne pas râler sur le prix de votre chambre de bonne à Paris.

    Voilà. Elle ne vous dit pas « à demain pour de nouvelles informations rigolotes » parce qu’il est de plus en plus évident que la fin du monde aura eu lieu avant.