« L’extravagante salle de bal que veut créer Trump à la Maison Blanche cristallise son exercice clinquant et brutal du pouvoir »

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  • See the White House’s East Wing demolition from satellite images | CNN
    https://www.cnn.com/2025/10/23/us/east-wing-white-house-satellite-photos-invs
    https://media.cnn.com/api/v1/images/stellar/prod/october-28-2024.jpg
    https://media.cnn.com/api/v1/images/stellar/prod/october-23-2025.jpg
    The White House on October 28, 2024 and on Thursday.
    Planet Labs PBC

    As excavators dug into the side of the White House this week, photos and videos made clear just how dramatically President Donald Trump’s plans to build a new ballroom will affect the historic structure.

    Now, satellite images offer a new perspective on the scope of the work.

    A satellite image taken Thursday morning shows the entire East Wing of the White House has been demolished. Piles of debris outline where the building, which traditionally served as the office of the First Lady, once stood.

    In a spot that previously housed a portico, an excavator can be seen consolidating the rubble to be hauled away. The colonnade that led from the Executive Residence to the East Wing has also been nearly removed, with only the last section, which touches the Residence, remaining.

    Nearby, construction for the ballroom that will replace the East Wing is already underway. A small area that could be part of the new building’s foundation has been excavated, and a cement mixer can be seen waiting in front of the Treasury Department.

    https://media.cnn.com/api/v1/images/stellar/prod/ap25296603874064.jpg
    Construction workers, bottom right, stand atop the US Treasury building and watch as demolition work continues on the East Wing of the White House, on Thursday, October 23. The demolition is part of President Donald Trump’s plan to build a ballroom on the eastern side of the White House.
    Jacquelyn Martin/AP

    (la galerie contient 13 photos)

    • ... c’est sous Theodore Roosevelt, en 1902, que l’aile Est a pris la forme qu’on lui a connue ces dernières décennies. Puis Franklin D. Roosevelt ajouta en 1942 de nouveaux bureaux pour accompagner l’explosion du personnel présidentiel — décision elle aussi controversée car prise en pleine Seconde Guerre mondiale. FDR profita aussi de cette extension pour creuser un refuge souterrain : le Presidential Emergency Operations Center. (...)

      [...]

      Les historiens regrettent quant à eux, au-delà de l’absence de décision collective et d’implication du Congrès, le changement de nature de l’édifice. « C’est contraire à la vision des Pères Fondateurs de l’Amérique », a ainsi averti dans nos colonnes Edward Lengel, historien, ancien responsable (2016 à 2018) de la White House Historical Association, la fondation privée qui veille à la préservation de l’histoire de la #Maison_Blanche.

      « Avant d’être un lieu de pouvoir, la Maison Blanche a d’abord été une résidence pour les Présidents, mais aussi symboliquement la maison du peuple, poursuit l’historien. Jusqu’à la guerre civile (1861-1865), elle était accessible aux Américains, qui pouvaient y entrer sans aucun contrôle de sécurité. Elle avait été pensée comme un contraste au palais de Versailles. Elle ne devait pas être au-dessus des gens. En faire un lieu pour distraire les dignitaires et les élites est à l’opposé de ce que la Maison Blanche symbolise pour les Américains. »

      https://www.leparisien.fr/international/etats-unis/bureaux-de-la-premiere-dame-cinema-bunker-cetait-quoi-laile-est-de-la-mai

      Trump, hors-la-loi, en son bunker
      https://www.leshumanites-media.com/post/trump-hors-la-loi-en-son-bunker

      Donald Trump aussi connaît l’endroit. Le 29 mai 2020, en plein mouvement Black Lives Matter, alors que des milliers de manifestants se rassemblaient devant les grilles de la Maison-Blanche et que plusieurs affrontements avaient éclaté à Lafayette Square, le Secret Service avait décidé d’évacuer le président, ainsi que Melania et Barron Trump, vers le PEOC par mesure de sécurité.​ Selon plusieurs sources de presse (AP, New York Times, CNN, Washington Post), Trump serait resté dans le #bunker environ une heure, avant de regagner ses appartements.

      Un laps de temps suffisant pour lui donner des idées ? D’après plusieurs sources de CBS News citées depuis le 22  octobre  dernier, le bunker situé sous l’aile Est de la Maison-Blanche sera modernisé dans le cadre du vaste chantier de reconstruction lancé par Trump. Les journalistes de CBS (notamment Jennifer  Jacobs, correspondante à la Maison-Blanche) ont confirmé que la White House Military  Office supervise directement cette "rénovation", parallèlement à la démolition complète de l’aile  Est et à la construction de la nouvelle salle de bal présidentielle. On n’en saura pas plus : c’est « secret défense ». Après les journalistes, même les membres du Congrès seront tenus à l’écart. Après avoir entrepris de purger l’armée de tout élément déloyal, le secrétaire d’État à la Guerre, Peter Hegseth e exigé le 15 octobre que toute interaction avec les membres du Congrès, leurs collaborateurs ou les médias soit validée par l’Office of Legislative Affairs du département de la Défense. Le texte stipule que «  toute communication non autorisée pourrait compromettre les priorités du Département essentielles à l’atteinte de nos objectifs législatifs  »

      On n’en saura pas davantage sur les plus 70 millions de dollars d’« armes légères, munitions et accessoires de munitions » affectés à l’ICE (police de l’immigration) depuis le 20 janvier. Gaz lacrymogènes, balles en poivre ? Que recouvrent exactement les « armes chimiques » qui figurent parmi les ordres de commande ? S’agit-il d’aller débusquer le narcotrafiquant dans la jungle amazonienne ou colombienne ? De traquer le migrant clandestin dans la jungle urbaine de Chicago, Los Angeles ou New York ? Ou, plus vraisemblablement, de mater l’« ennemi intérieur » qui s’époumone en « No Kings » ? Car, selon toute vraisemblance, ce redoutable « ennemi intérieur » s’apprête à remporter dans les grandes largeurs les prochaines élections de mi-mandat (midterms) dans un an, le 23 novembre 2026. Donald Trump ne peut pas perdre ces élections ; il perdrait alors sa majorité au Congrès. Mais il ne peut non plus les gagner. Seule solution : les annuler, en invoquant un cas de force majeure (une insurrection ?) qu’il aura lui-même provoqué. Réfugié dans son bunker archi-sécurisé et modernisé de la Maison-Blanche, il tiendra jusqu’au bout du bout.

      #É-U

    • « L’extravagante salle de bal que veut créer Trump à la Maison Blanche cristallise son exercice clinquant et brutal du pouvoir », Michel Guerrin, rédactrice-rédac chef
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/12/12/l-extravagante-salle-de-bal-que-veut-creer-trump-a-la-maison-blanche-cristal

      On peut s’attendre à tout avec Donald Trump, mais de là à faire subir un tel sort à la #Maison_Blanche… Le président américain vient de détruire une aile entière au bulldozer dans le but de la remplacer, d’ici à 2029, par une salle de bal grande comme un terrain de football. L’opacité du projet, sa rapidité, sa brutalité, et l’on en passe, tout cela dit beaucoup des méthodes du président américain, de sa personnalité, de ses goûts. Et de la façon dont ce pays considère son patrimoine architectural.
      Car dans un pays neuf, où le droit d’auteur est relatif et le patrimoine tout autant, on gomme aisément pour construire autre chose. Cette fois, pourtant, l’émoi aux Etats-Unis est grand. Plusieurs sondages montrent que les deux tiers, voire plus, de la population s’indignent d’une Maison Blanche amputée de son aile est, celle de droite quand on admire la façade. C’est lié au choc des photos, publiées le 20 octobre. Deux étages réduits à des gravats.

      La Maison Blanche est le bâtiment le plus célèbre du pays, un des plus aimés aussi. Des associations d’architectes et d’historiens ont pris la plume pour dire leur indignation. Et pour rappeler l’histoire de la Maison Blanche en général, et celle de son aile est en particulier, construite en 1902, rénovée en 1942, qui abritait de multiples bureaux dont celui de la première dame, avec un bunker en sous-sol, sans avoir le prestige de son pendant, à l’ouest, abritant le bureau Ovale – que Donald Trump a redécoré de manière clinquante.

      La destruction vaut constat stupéfiant, expliqué par le Wall Street Journal du 27 octobre. Il existe une loi américaine de 1966 sur la préservation du #patrimoine_historique et des commissions diverses veillant sur les flambeaux du pays, mais la Maison Blanche (et d’autres bâtiments fédéraux) y échappe. Autrement dit, les bâtiments moyens du pays sont mieux protégés que les exceptionnels. La raison est merveilleuse : le président américain, en lien direct avec les électeurs, est plus légitime à décider du sort de la Maison Blanche qu’une obscure commission.

      Les anciens présidents prenaient néanmoins l’habitude de consulter les experts avant d’ériger un balcon, un portique, un jardin, une piscine, un bowling ou un court de tennis. Harry Truman (1884-1972) a même demandé l’accord du Congrès avant de lancer de gros travaux dans les années 1940. Trump, lui, s’assoit sur des décennies de bonnes pratiques en toute légalité, ne demandant l’avis de personne. Il pourrait détruire la Maison Blanche tout entière s’il le voulait. Il ne se comporte plus en locataire mais en propriétaire d’une « Maison du peuple » qui ne l’est plus vraiment.

      Coût en constante augmentation

      Trump avait promis que son projet n’affecterait pas la structure globale. Mais le mensonge est un ressort de son ancien métier de #promoteur_immobilier – détruire pour reconstruire, sans larmes pour le passé. A New York, en 1980, afin d’ériger sa Trump Tower sur la Ve Avenue, il démolit un superbe immeuble Art déco et les bas-reliefs qu’il avait pourtant promis de donner au Metropolitan Museum of Art.


      Le président américain, Donald Pig Trump, montre une représentation de sa proposition de salle de bal à la Maison Blanche, lors de sa rencontre avec le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, à Washington, le 22 octobre 2025. ALEX WONG / GETTY IMAGES VIA AFP

      Venons-en au projet de salle de bal. Il est légitime sur le principe. La Maison Blanche ne pouvant accueillir que 140 convives, des tentes temporaires sont plantées sur la pelouse sud pour les gros dîners d’Etat, avec cuisine extérieure, chauffage d’appoint et toilettes portables – indigne d’une superpuissance, dit-on, y compris chez les démocrates.

      Pas grand-chose à dire, non plus, sur l’esthétique de la future salle de réception, dans la logique néoclassique du bâtiment : en forme de temple grec, avec colonnes, caissons au plafond, fenêtres cintrées, boiseries, lustres, dorures du sol au plafond – non sans lien avec le « nouvel âge d’or », surnom que Trump donne à son règne. L’architecte du projet, James McCrery, est à l’unisson : un trumpiste convaincu, qui place son travail au service de Dieu, et qui a surtout construit des églises.

      Mais voilà, la salle de bal ne cesse de grossir depuis la divulgation du projet, au milieu de l’été, sans en connaître tous les ressorts ni les plans. On est passé d’une capacité de 650 sièges à 1 000 le 15 octobre, 1 350 aujourd’hui. Le coût est à l’unisson : 200 millions de dollars, puis 300 millions, maintenant 350 millions de dollars (environ 298 millions d’euros), apportés un peu par Trump, beaucoup par des donateurs privés, bénéficiant par ailleurs de contrats avec l’Etat fédéral.

      Tout cela peut encore évoluer, d’autant que Trump, véritable maître d’ouvrage de la salle de bal, vient de changer d’architecte, en nommant Shalom Baranes, le premier ne partageant pas sa folie des grandeurs (Washington Post du 5 décembre). Le président des Etats-Unis ne devrait pas plus être contrarié par la Commission nationale de planification de la capitale, qui devrait examiner les plans définitifs, puisqu’il en a récemment changé la plupart des membres [...].

      Mais déjà le projet de Trump est si disproportionné qu’il menace l’intégrité d’une Maison Blanche conçue en 1792 par l’architecte James Hoban : un corps central dominant deux ailes plus basses. Son aile festive sera en effet de 8 360 mètres carrés, soit bien plus que la structure centrale (5 110 mètres carrés). Or, l’âme des lieux repose sur la symétrie classique. Et sur la modestie. La Maison Blanche a été voulue familiale, avec des pièces modestes, exemplaire d’une démocratie, loin des folies de palais présidentiels, royaux ou dictatoriaux. Trump veut au contraire son « moment Louis XIV », écrit Debbie Millman, professeure à la School of Visual Arts, dans le New York Times du 3 octobre, avec un projet extravagant qui cristallise son exercice #clinquant et brutal du pouvoir.

      L’ancien magnat de l’immobilier s’assoit sur l’histoire pour dessiner son image de grand architecte du pays. Sur la forme, il contourne la bureaucratie, faisant de la vitesse une nouvelle norme. Sur le fond, la salle de bal fait écho à son décret pour la « promotion d’une belle architecture civique fédérale », visant à mettre fin à tout geste actuel dans les bâtiments gouvernementaux et au-delà. Et en amputant la Maison Blanche, il fragilise les emblèmes du passé partout dans les villes américaines, qu’ils soient classiques, modernes ou contemporains.

      #architecture