• Israël reconnaît le Somaliland et inquiète les États de la péninsule Arabique
    https://www.mediapart.fr/journal/international/311225/israel-reconnait-le-somaliland-et-inquiete-les-etats-de-la-peninsule-arabi

    Le premier ministre israélien a toujours Téhéran dans sa ligne de mire, il l’a d’ailleurs répété à Donald Trump lors de leur rencontre en Floride le 29 décembre. Mais il se heurte à un problème : en cas de raid aérien contre l’Iran, ses avions ne pourront pas prendre la route la plus courte, car nombre de pays fermeront leur espace aérien. Il faudra donc aux jets israéliens plus de carburant. Et une base où pourront se poser et décoller les avions ravitailleurs. Dans cette option, le Somaliland est d’autant plus intéressant que la piste de l’aéroport de Berbera est une des plus longues du continent.

    Là n’est pas le seul atout stratégique du pays.

    Avec ses 850 kilomètres de littoral sur le golfe d’Aden, le Somaliland se situe à l’orée du détroit de Bab-el-Mandeb, entre la mer Rouge et l’océan Indien. Autrement dit, qui a un pied au Somaliland peut contrôler ce passage crucial pour les exportations pétrolières et, plus généralement, le commerce mondial.

    […]

    Si le Somaliland, après la reconnaissance mutuelle, autorise Israël à installer une base militaire, seuls 350 petits kilomètres sépareraient l’armée israélienne et ses ennemis yéménites. Le geste diplomatique d’Israël est donc pour les houthis une provocation et, à court ou moyen terme, une grave menace.

    […]

    Car derrière cette action diplomatique se profile le seul véritable allié de l’État hébreu au Moyen-Orient : les Émirats arabes unis. Ce sont eux, dit-on, qui ont joué les intermédiaires entre Tel-Aviv et Hargeisa, la capitale du Somaliland. Ils ont déjà beaucoup investi dans le territoire séparatiste, mais il leur manque une base militaire et un port sur la mer Rouge, objectif qu’Abou Dhabi poursuit depuis longtemps et qu’il pensait atteindre au Soudan – sans succès.

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    Ainsi Israël cherche à contrer la Turquie. Cette dernière a établi des liens étroits, politiques, financiers et stratégiques avec Mogadiscio depuis le milieu des années 2000. […]

    Et la voilà [la Turquie] qui pourrait être contrecarrée, ou du moins gênée, par une présence israélienne aux portes de la Somalie. Les relations entre Tel-Aviv et Ankara se sont beaucoup détériorées depuis le début de la guerre génocidaire contre la bande de Gaza, la première accusant la seconde de soutenir le Hamas. Les deux pays se font une guerre larvée en Syrie et le rôle de médiateur de la Turquie pour arriver au cessez-le-feu d’octobre 2025 à Gaza insupporte Tel-Aviv… qui refuse catégoriquement de voir des troupes turques et même des équipes de terrassement et de recherche de corps à Gaza.