/Histoire_:_Livre_premier_-_Clio

  • Sans vouloir dauber tous ces excellents papiers qui répondent à Claude Guéant, je signale tout de même que le simple fait d’accepter de discuter, même généralement, de cette histoire de « civilisation », c’est accepter d’être piégé par le discours de la droite.

    C’est le même piège que le précédent débat sur l’« identité nationale » de Sarkozy, c’est le même piège qui a été tendu aux tunisiens par les islamistes qui ont réussi à imposer un débat sur l’« identité » qui a permis de laminer tous les autres partis. Même répondre pour dénoncer les simplifications nauséabondes, même pour proposer une vision progressiste de l’identité… c’est encore accepter de discuter d’une question dont on se (pardon) contrefout royalement. L’Europe se prend des coups de boutoirs du système capitaliste d’une violence inouïe (après avoir imposé ces « ajustements structurels » aux autres peuples de la planète), et il faudrait vraiment qu’on discute de problème de « civilisation » ?

    • tout à fait d’accord @arno ; et c’est insupportable tous ces beaux esprits et leur bonne conscience à peu de frais. On s’indigne, on s’insurge, on accuse Guéant de lepénisme comme si c’était la découverte du jour ; puis quoi on va voter Valls et consorts parce que, décidément, il y a péril en la demeure ? (le week-end les journalistes ont besoin d’une petite phrase scandaleuse sinon ils sont moroses)

    • Ça reste un vieux principe : celui qui gagne dans une discussion, ça n’est pas celui qui a les meilleurs arguments, c’est tout simplement celui qui parvient à imposer le sujet même de la discussion.

    • Je voulais écrire un truc pour dénoncer le tempo des élections, puisqu’il est clair qu’à défaut de programme présentable, l’UMP (et aussi le PS) a décidé de jouer la carte des polémiques stériles en feu roulant. Quant aux médias, détenus pratiquement à 100% par des indistriels qui savent très bien où est leur intérêt, ils font là où on leur dit de faire.

    • @thibnton Je n’ai pas de réponse facile au « pourquoi ça marche ? », ni d’ailleurs à quel point ça marcherait (je suis généralement plus optimiste sur la nature humaine que certains de mes copains ici).

      Mais je ne crois pas, en tout cas, que ça marche facilement, ni naturellement. Ça n’est pas que du « refoulé » qu’il suffit de ressortir pour provoquer un scandale : ce sont des thèmes qui sont testés, répétés, adaptés, modulés, sondés, re-sondés, depuis des décennies. La mise en place d’une idéologie de la haine (et/ou de la peur), si l’on suit le rapport sorti il y a quelques mois par un think-tank démocrate américain, ça n’est pas du « refoulé » : ce sont des millions de dollars déversés sur des politiciens pour développer des saloperies. Si l’on en croit Halimi, les sujets à la con, c’est une stratégie de la droite américaine parfaitement rodée et théorisée, mise en application depuis au moins Reagan.

      C’est-à-dire qu’on n’est pas dans la prise spontanée d’un débat à la con. On est dans le truc très bien planifié et préparé. Ça n’échappe pas à Guéant, et si c’est relayé, c’est parce que le terrain est préparé depuis des décennies.

      C’est un autre aspect du piège : parvenir à faire croire que ces questions intéressent réellement et spontanément les gens. La preuve : on ne cause que de ça quand c’est lancé. Mais je crois au contraire qu’il a fallu des décennies de travail pour réussir à imposer les « sujets à la con ».

      Par exemple Guéant ne se lance pas sur le problème des grossesses adolescentes, sur l’abstinence sexuelle pour les jeunes, il ne pleure pas sur la prière à l’école ou le salut au drapeau par les enfants que ces socialo-communisss ont fait interdire… Sujets qui fonctionnent pourtant très bien ailleurs. Pourquoi ? Ben justement : parce que ça n’a pas fait l’objet d’une préparation du terrain depuis 30 ans en France.

    • @arno :

      si l’on suit le rapport sorti il y a quelques mois par un think-tank démocrate américain

      elle est dispo quelque part cette étude ?

      les sujets à la con, c’est une stratégie de la droite américaine parfaitement rodée et théorisée, mise en application depuis au moins Reagan.

      Que ce soit une stratégie n’invalide pas le fait qu’il s’agisse de « refoulé ». Mais sans doute oui, que celui-là a été sélectionné parmi d’autres, puis qu’ont été mobilisé tout plein de leviers idéologiques à son service, jusqu’à « coloniser » la conscience collective, de sorte qu’il puisse être ressorti (et fonctionner à plein) dès que nécessaire. Donc en fait si je te suis : il ne faut pas négliger la manipulation dans le temps long, et éviter de « naturaliser » en parlant de refoulé.

    • Les nations voisines sont celles qu’ils estiment le plus, toutefois après eux-mêmes. Celles qui les suivent occupent le second rang dans leur esprit ; et, réglant ainsi leur estime proportionnellement au degré d’éloignement, ils font le moins de cas des plus éloignées. Cela vient de ce que, se croyant en tout d’un mérite supérieur, ils pensent que le reste des hommes ne s’attache à la vertu que dans la proportion dont on vient de parler, et que ceux qui sont les plus éloignés d’eux sont les plus méchants.

      Hérodote , Enquêtes , I, CXXXIV, à propos des Perses
      http://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_:_Livre_premier_-_Clio

      D’accord avec @ARNO*. Ne pas rentrer dans le débat : la prémisse de la comparaison est se croyant en tout d’un mérite supérieur. C’est d’ailleurs ce qui fait réagir et est un appel au point Godwin…