Madar : les politiques israéliennes intégrées accélèrent l’annexion dans la zone C
28 juillet 2026 | - IMEMC News
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Un nouveau rapport du Centre palestinien d’études israéliennes « Madar » met en garde contre le fait qu’Israël accélère l’annexion de facto de vastes parties de la Cisjordanie occupée par le biais d’un système intégré de restrictions en matière d’urbanisme, d’opérations de démolition, d’expansion coloniale et de restructuration de la soi-disant « Administration civile ».
Cette étude, réalisée par le chercheur Abdel Qader Badawi, conclut que les mesures israéliennes dans la zone C — qui représente environ 60 % de la Cisjordanie — ne constituent plus des actions isolées, mais s’inscrivent dans une stratégie unifiée visant à imposer des faits accomplis sur le terrain et à affaiblir la présence palestinienne.
La démolition, un outil politique central
Selon Madar, la démolition est passée du statut de mesure punitive à celui de pilier central de la politique israélienne. Les Palestiniens se voient systématiquement refuser des permis de construire adaptés à la croissance démographique naturelle, ce qui rend la quasi-totalité des nouvelles constructions « non autorisées » et passibles de démolition.
Dans le même temps, les colonies et les avant-postes coloniaux illégaux bénéficient d’une procédure d’autorisation accélérée, de financements et d’une couverture juridique pour leur expansion.
Entre 2009 et 2020, les autorités israéliennes n’ont accordé aux Palestiniens de la zone C des permis que pour 66 logements, contre plus de 22 000 logements approuvés pour les colonies au cours de la même période. Le nombre de permis accordés aux Palestiniens est tombé à zéro en 2020.
Taux de démolition records sous le gouvernement actuel
Le rapport fait état d’une forte augmentation des démolitions sous le gouvernement israélien actuel. Le nombre moyen annuel de démolitions est passé de 537 structures palestiniennes (2010–2022) à 966 structures (2023–2025). Israël a démoli 2 461 structures palestiniennes rien qu’en 2024 et 2025.
Madar constate une expansion significative de l’appareil chargé des démolitions, notamment une augmentation des budgets alloués à l’unité d’inspection de l’Administration civile, le financement de « patrouilles foncières » coloniales et la création de nouvelles unités utilisant l’intelligence artificielle pour surveiller l’utilisation des terres palestiniennes.
Smotrich restructure la gouvernance de l’occupation
Le rapport replace ces développements dans le contexte des changements institutionnels menés par le ministre israélien des Finances et ministre adjoint de la Défense, Bezalel Smotrich, qui a transféré de larges pouvoirs en matière de foncier, d’aménagement du territoire et de colonisation des instances militaires vers des instances civiles au sein du ministère de la Défense.
Smotrich a décrit cette mesure comme un changement de l’« ADN » du système d’occupation, renforçant de fait le contrôle civil israélien direct sur le territoire occupé tout en maintenant la protection militaire.
Exploitations agricoles coloniales : un contrôle maximal des terres, un nombre minimal de colons
Madar met en évidence l’expansion rapide des exploitations agricoles coloniales, qu’il présente comme un outil clé de l’accaparement des terres. Entre 2023 et 2025, Israël a établi 185 nouveaux avant-postes coloniaux, dont 130 exploitations d’élevage qui contrôlent collectivement plus d’un million de dunams — soit environ 18 % de la Cisjordanie.
Ces fermes s’étendent par le biais du pâturage, de la construction de routes, du blocage de l’accès des Palestiniens aux pâturages et aux sources, ainsi que par des agressions directes menées par des colons paramilitaires illégaux.
Depuis la formation du gouvernement actuel, Israël a construit au moins 223 kilomètres de nouvelles routes coloniales pour relier les avant-postes et étendre son contrôle territorial, souvent avant même d’avoir achevé les procédures de « légalisation ».
La violence des colons, moteur des déplacements forcés
Le rapport souligne que la violence des colons est devenue un mécanisme majeur de déplacement forcé des communautés palestiniennes. Entre 2023 et 2025, 118 communautés palestiniennes d’éleveurs ont été évacuées.
Les données de l’ONU montrent que 122 communautés ont été totalement ou partiellement déplacées entre début 2023 et mi-juillet 2026, avec plus de 6 200 Palestiniens déracinés — dont plus de 2 300 au cours de l’année en cours.
Ces attaques ne se limitent pas aux habitations : 71 % des structures démolies dans la zone C depuis début 2026 étaient agricoles, économiques ou liées à l’eau et à l’assainissement.
Par ailleurs, 84 écoles de la zone C et de Jérusalem-Est font l’objet d’ordonnances de démolition ou de fermeture, ce qui touche environ 13 000 élèves.
Al-Walaja : une étude de cas
Le village d’Al-Walaja, au sud-ouest de Jérusalem, illustre parfaitement ces politiques. Environ 3 800 Palestiniens y vivent sans plan d’urbanisme approuvé, malgré des années d’efforts.
Les colonies environnantes continuent de s’étendre avec des milliers de nouveaux logements, tandis que les habitants sont confrontés à des ordres de démolition incessants, sous l’impulsion d’organisations colonialistes telles que Regavim, qui font pression sur les autorités israéliennes pour qu’elles intensifient les démolitions.
Madar conclut que les actions israéliennes dans la zone C constituent une stratégie d’annexion globale combinant restrictions d’urbanisme, démolitions, expansion coloniale, fermes coloniales, violence des colons et restructuration institutionnelle.
Ensemble, ces mesures visent à imposer des réalités irréversibles sur le terrain et à accélérer le processus menant à l’annexion de facto de vastes zones de la Cisjordanie occupée.
Toutes les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, y compris celles situées à Jérusalem-Est occupée et dans ses environs, sont illégales au regard du droit international, de la quatrième Convention de Genève ainsi que de diverses résolutions des Nations unies et du Conseil de sécurité. Elles constituent également des crimes de guerre au regard du droit international.
L’article 33 de la quatrième Convention de Genève interdit les punitions collectives et les actes de terreur contre les populations civiles.
L’article 49 de la quatrième Convention de Genève stipule : « La Puissance occupante ne peut déporter ni transférer une partie de sa propre population civile dans le territoire qu’elle occupe. » Il interdit également « les transferts forcés, individuels ou en masse, ainsi que les déportations de personnes protégées hors du territoire occupé ».
Les articles 53 et 147 interdisent la destruction de biens civils et qualifient le pillage de crime de guerre.




















