• ne dit pas ça pour rebondir sur son précédent dazibao, hein, mais elle rappelle qu’elle n’a pas touché à la diacétylmorphine ni à l’ester méthylique de benzoylecgonine depuis près de quarante ans, elle n’a pas touché au diéthyllysergamide depuis trente-sept ans, elle n’a pas touché à la psilocybine depuis trente-quatre ans, elle n’a pas touché à la tétrahydropapavéroline depuis vingt-neuf ans, elle n’a pas touché au tétrahydrocannabinol ni à la nicotine depuis dix-neuf ans… et surtout elle n’a pas joué à Candy Crush Saga® depuis dix minutes.

    Alors voyez, si avec ça elle n’est pas la prochaine sur la liste des béatifications, c’est à n’y rien comprendre.

    #ConfessionsExtimes.

  • espère que les personnes contre qui elle joue à « Quiz Planet® » ne reçoivent pas les questions dans le même ordre qu’elle, parce que parfois elle se plante sur des items a priori tellement simples que c’est la honte complète : en effet, si elle répond généralement juste quand on lui demande la masse atomique du plutonium ou le nombre d’aïmags en Mongolie, elle y va au petit bonheur la chance si on l’interroge sur le temps de cuisson exact d’un œuf dur (bah quoi ? C’est quand toute l’eau s’est évaporée, non ?) ou l’âge moyen auquel un·e mioche fait sa première dent (elle est nullipare et déteste les enfants).

    Globalement, tout ce qui a trait à la « vraie » vie... elle n’en a pas la moindre idée. Comment diantre a-t-elle pu atteindre un âge si vénérable en sachant tout ce qui ne sert strictement à rien et en ignorant la quasi-intégralité de ce qui constitue le quotidien de ses contemporain·e·s ? C’est un mystère que même ses hagiographes auront probablement du mal à percer — elle estime néanmoins que la lecture attentive des 36947780008565 dazibaos qui composent ce flux SeenThis pourrait les aiguiller comme il se doit.

    Dans le nez. « Comme il se doit... dans le nez ». Car elle voudrait que lorsqu’iels raconteront sa non-existence les ceusses n’oublient pas son côté « blagues Carambar® » ou « almanach Vermot » — cela a hélas été un pan important de sa vie et vraisemblablement une partie de l’explication du désastre que fut celle-ci.

    #ConfessionsExtimes.

  • pensait que cela lui passerait et que c’était seulement l’affaire de quelques jours avant qu’elle soit consciente du ridicule et du pathétique de la situation mais force est d’admettre qu’elle s’est plantée et alors que cela fait désormais près de sept décades que sa vieille chienne est morte elle continue à agir comme si celle-ci était encore là ou du moins comme si la lapine en peluche qu’elle a posée exactement à « sa » place sur le canapé en était la métempsychose — elle lui parle sur le même ton, lui fait des gratte-gratte sous la même papatte, lui propose les mêmes promenades (qu’elle semble refuser, on se demande pourquoi) et est allée jusqu’à l’affubler du même nom. Grâce à ou à cause de cette curieuse réincarnation en lagomorphe synthétique Beu-Beu est devenue une sorte de chienne de Schrödinger, elle est à la fois présente et absente, morte et pas morte ; cette « béquille » est bien évidemment à double tranchant puisqu’elle empêche la Garreau de complètement faire son deuil en lui maintenant le nez au ras des eaux saumâtres de la folie — comme toujours on joue à être quelqu’une ou quelque chose jusqu’à ce que ce soit tellement crédible qu’on le devient pour de bon.

    Bref, il y a encore peu de temps de cela elle aurait été incapable de comprendre le processus intellectuel qui incite certaines personnes à faire empailler un animal après sa mort. Or si elle en avait eu les moyens elle n’est aujourd’hui plus très sûre qu’elle ne l’aurait pas fait.

    #ConfessionsExtimes.

  • est-elle juste une vieille carne hautaine et prétentiarde ? C’est fort possible. Toujours est-il que désormais elle ne sait pas comment les ceusses peuvent avoir envie les un·e·s des autres, ça la dépasse, iels doivent avoir des fonctions biologiques qu’elle n’a pas ou inversement elle doit avoir des fonctions organiques qu’iels n’ont pas : parfois elle observe les quidams allant et venant dans la grand-rue du village, elle essaie d’imaginer quelles discussions elle pourrait entamer avec eux et ne trouve rien, walou, nada, pas le moindre petit point d’accroche envisageable, elle les regarde comme les regarderait une zoologue, ne perçoit que leurs comportements reptiliens et leurs instincts primaires de petits-bourgeois. Elle préférerait mourir plutôt que quiconque lui adresse la parole ou tente le moindre rapprochement physique — rien que quand la caissière de la supérette essaie de lui causer de la pluie et du beau temps ou lui frôle accidentellement la main en lui rendant la monnaie ça la fait zire et elle n’a de cesse qu’elle n’ait retrouvé sa solitude, ses névroses et ses pensées.

    Pourtant elle se souvient qu’elle a voulu, autrefois, qu’elle a voulu à s’en rendre malade et imploser de désir, qu’elle rêvait de faire partie du monde et d’être entourée sans toutefois savoir comment s’y prendre, qu’elle est tombée démesurément amoureuse et a même longtemps été prisonnière d’une libido envahissante, incohérente et biscornue, allant quelquefois jusqu’à prendre des risques insensés juste pour le « plaisir » triste et éphémère de se faire tripoter ou sauter le plus salement possible — et avoir enfin l’impression de posséder son propre corps et d’exister.

    C’est tellement éloigné de ce qu’elle est aujourd’hui (par comparaison, elle ferait passer Sœur Catherine pour une mondaine et Mère Teresa pour une chaudasse) que cela lui semble maintenant complètement surréel qu’elle ait pu jadis être comme ça. Mais après tout c’est peut-être la définition-même de la vieillesse : devenir complètement étrangère à son propre passé.

    #ConfessionsExtimes.
    #RuminationsMatutinales.

  • n’a pas su évoluer, en fait, c’est ça son problème. Oh physiquement si, bien sûr, elle est maintenant flétrie comme une vieille pomme ratatinée, mais psychologiquement rien n’a changé, elle a les mêmes impossibilités, les mêmes processus de pensée, les mêmes schémas obsessionnels et névrotiques et les mêmes terribles angoisses que lorsqu’elle avait cinq ans, elle s’en souvient et les reconnaît. Ce n’est même pas un retour en arrière, hein : elle a passé toute son interminable vie en étant mentalement restée bloquée au point de départ, toutes ses tentatives de modification de son rapport au monde ont échoué.

    Elle se sent comme un caillou dans la chaussure de l’Univers.

    #ConfessionsExtimes.

  • avait aussi un problème avec le néo-expressionnisme, à l’époque — elle ne le comprenait pas, elle trouvait ça un peu « facile » et maladroit, ça lui passait au-dessus de la tête. Ça paraît bête à dire mais elle a longtemps pensé que c’était certainement une des raisons pour lesquelles ça n’avait pas collé entre vous : toi, peintre montant commençant à être reconnu par l’intelligentsia artistique et elle qui était alors lumpenprolétaire et déjà sur le déclin. Par curiosité et/ou par dégoût d’elle-même la Garreau avait déjà couché avec des types mais de toute sa vie tu fus le seul mâââââle dont elle ait été un peu amoureuse — seulement tu ne cherchais pas seulement une muse ou une amante mais aussi et surtout une admiratrice, une meuf qui t’aurait laissé prendre toute la place, serait tombée en pâmoison devant tes toiles et n’aurait plus juré que par ton talent. Or ça, groupie, la Garreau n’a jamais su faire (sauf peut-être envers Kim Jong-un mais c’est une autre histoire).

    C’est ballot parce qu’elle s’est artistiquement auto-éduquée, depuis, et est parvenue à intégrer le néo-expressionnisme dans son propre univers mental : lorsqu’elle la croise çà ou là sur Internet elle voit maintenant ton œuvre d’un autre œil, et à son sujet n’est plus du tout aussi sceptique qu’autrefois. C’est bien, chaton, ça s’affine, c’est cohérent, tu n’es pas tombé dans le piège du « beau » et la prolificité a créé un fil conducteur rendant ton travail intelligible.

    En revanche et par hasard hier soir elle a aussi eu l’occasion de te voir et de t’écouter en interview sur un média coté. Misère. Oh, tu commences certes à être un peu ratatiné, toi aussi, mais le charisme est toujours là — et l’insupportabilité ne s’est bien sûr pas amoindrie depuis que tu jouis d’un relatif succès. « Je je je, moi moi moi, mon message mon message mon message, ma souffrance, ma douleur, ma peinture comme seul rempart à l’atrocité du monde ». Ouaip. Bon. Au secours !

    Non, vraiment, ça n’aurait pas pu marcher : vous n’étiez pas complémentaires, d’un point de vue psychiatrique la Garreau et toi vous ressembliez trop.

    #ConfessionsExtimes.

  • avait rapidement eu le pressentiment qu’elle était quelqu’une de détestable et que c’était pour ça que personne ne l’aimait, ou du moins ne l’aimait pas de la manière dont elle se représentait qu’il fallait aimer — mais sa très kimilsungiste-kimjongiliste-kimjonguniste objectivité l’amène à envisager que ce pût ne pas être le cas et qu’elle était tout simplement incapable de décoder dans l’attitude d’autrui à son égard ce qui eût pu relever de « l’amour » et ce qui n’en découlait pas. Intrinsèquement les relations sociales lui étaient inaccessibles, elle ne les comprenait pas, Sapiens Sapiens lui ayant toujours paru soit trop lisible soit pas assez.

    Est-ce qu’avec le temps ça a changé ? Non, bien sûr, rien ne change jamais nulle part. Oh, au cours de sa trop longue vie elle a bien réussi à entretenir quelques relations un peu durables et a même vécu plusieurs années « en couple », mais elle eut toujours la sensation que cela se faisait au forceps et à l’aide de beaucoup de psychotropes, d’ailleurs tout s’est toujours fini dans des claquements de portes, un grand désespoir et un grand fracas. Elle ne le fait pas exprès, elle ne sait pas comment procéder, il y a un mur de verre, l’altérité la dépasse.

    Non, la seule petite différence c’est qu’elle s’est maintenant résignée, cela fait Gai-Luron et Belle Lurette elle n’essaie même plus d’aller vers autrui ou de laisser autrui s’approcher : à brève ou très brève échéance elle connaît déjà le résultat, chaque tentative de contact est vouée à l’échec et cela la laisserait évidemment encore plus malheureuse et désemparée qu’avant de l’entamer. Quelque part cette impossibilité relationnelle présente tout de même un avantage : sachant que quoi qu’il advienne elle va crever toute seule le nez dans ses larmes et son marasme elle n’a plus à fournir le moindre effort pour tenter de faire croire qu’elle est aimable (stricto sensu).

    Comparé à la vieille anachorète même Robinson Crusoé vécut en mondain.

    #ConfessionsExtimes.

  • l’a déjà avoué, ça ? Un des plus grands regrets de toute sa vie restera de n’être point devenue sériale killeuse — c’est d’autant plus ballot qu’en toute immodestie elle se plaît à penser que c’est un métier dans lequel elle n’aurait pas été mauvaise, en tout cas à chaque fois qu’elle a théorisé la chose elle s’en sortait plutôt bien et produisait des résultats assez artistiques. Las ! le hic est qu’elle a toujours foncièrement été une névropathe et non une psychopathe, et comme pour la plupart des autres pans de son existence sa carrière criminelle n’a donc jamais dépassé le stade de l’expérience de pensée.

    Quand on réfléchit qu’à quelques lettres près (« psycho- » ou « névro- ») elle aurait peut-être pu devenir l’égale d’une Giulia Tofana, d’une Élisabeth Báthory, d’une La Voisin ou d’une Margaret Thatcher, on ne peut s’empêcher de conclure que sa vie ressembla quand même à un immense ratage.

    Enfin bon, la bonne nouvelle c’est que normalement elle n’en a plus que pour dix à douze minutes à se supporter.

    #ConfessionsExtimes.