#dégâts_agricoles

  • Tuer les animaux « #nuisibles » ne réduit pas les #dégâts_agricoles

    Autrefois appelées “nuisibles”, les #espèces_susceptibles_d’occasionner_des_dégâts (#ESOD) peuvent être tuées pour protéger cultures et élevages. Mais une nouvelle étude basée sur 7 ans de données montre que cette mesure est inefficace.

    Les "nuisibles", c’est comme cela qu’on appelait autrefois ces animaux, maintenant elles portent le nom d’ESOD pour Espèces Susceptibles d’Occasionner des Dégâts. Ce changement de vocabulaire n’est pas anodin, on parle bien de possibilité de destruction.

    Ainsi, la réglementation prévoit donc qu’on puisse réguler - comprenez tuer certaines espèces - selon 3 catégories avec 3 réglementations bien distinctes. Première catégorie : les espèces introduites et envahissantes, c’est le #ragondin, le #raton_laveur, le #chien_viverrin ou la #bernache_du_Canada. Catégorie à part, la troisième, avec le #sanglier et le #pigeon_ramier. Et puis, au milieu, la deuxième catégorie, celle qui nous intéresse aujourd’hui, avec en moyenne 1,7 million d’animaux à être tués chaque année. Neuf espèces sont concernées : quatre mammifères, le #renard, la #fouine, la #martre et la #belette et cinq oiseaux, principalement des #corvidés comme les #corneilles, les #corbeaux ou les #pies, auxquels s’ajoute l’#étourneau_sansonnet.

    Selon le biologiste de la conservation Frédéric Jiguet, la notion de #dégâts n’est pas définie de manière très précise, ce qui peut poser problème mais de façon générale ce sont des dégâts agricoles. "Par exemple, pour les renards et les fouines, la majorité des dégâts qui sont déclarés vont être des attaques sur des #élevages de #volailles en plein air ou sur des #poulaillers. Et pour les cultures, on va se retrouver plus avec des corvidés, des corbeaux et des corneilles qui vont dévaster un #semis au moment de la mise en terre des semences ou quand les jeunes pousses sortent et qui vont nécessiter pour l’agriculteur de re-semer son champ. Donc tout ça, ça a un coût en temps, en semences, qui peut être chiffré et qui peut être déclaré dans le cadre de cette réglementation"

    Cette mesure est-elle vraiment efficace ? C’est-à-dire est-ce que tuer ces espèces lorsqu’il y a des dégâts permet de prémunir les agriculteurs ou les éleveurs contre des dégâts ultérieurs ? Ça n’avait jamais été réellement exploré, et c’est ce qu’a fait cette nouvelle étude parue dans Biological Conservation.

    Pour cela, il fallu croiser deux jeux de données. Chaque département doit faire remonter tous les 3 ans au ministère de l’écologie d’un côté, les sommes de dégâts déclarés, et puis de l’autre, le nombre d’animaux tués pour limiter donc les pertes économiques. Ce sont les chasseurs et les piégeurs qui se chargent de supprimer ces ESOD. Notez d’ailleurs qu’aucun pays autour de nous ne fonctionne comme cela. Ils privilégient souvent des systèmes d’assurances, ou alors ils se réservent la possibilité de tuer ces animaux mais plutôt en dernier recours. Résultat de cette étude menée 7 ans de données entre 2015 à 2022 : la mesure est inefficace. Frédéric Jiguet explique que la relation entre dégâts et animaux tués est plate, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de lien entre les deux. “Aucun lien, ça veut dire, si on régule beaucoup plus, il n’y a pas moins de dégâts l’année suivante, mais aussi, si on régule beaucoup moins ou qu’on arrête les destructions, il n’y a pas plus de dégâts l’année suivante."

    Selon le chercheur, qui est premier auteur de cette étude, cela va à l’encontre de ce qui était pensé jusqu’à présent, et cela s’explique par plusieurs raccourcis, notamment sur le fait que si on tue plus d’animaux il y en aura forcément moins. "Alors évidemment, si on en tue un, il y en a un de moins à l’instant T, mais ce sont des populations qui se régénèrent très vite. Les corvidés, par exemple, au moment où il y a des dégâts sur les cultures, sont très mobiles. C’est surtout les jeunes de l’année précédente qui sont en mouvement, qui sont en recherche de territoire et qui peuvent parcourir jusqu’à 100 km par jour et en moyenne deux ou trois kilomètres. Donc un corbeau qui est sur un champ un jour ne sera pas forcément sur le même champ le lendemain. Et si on l’a tué, il y en a un autre qui viendra."
    "Réguler" ne régule pas... et coûte cher

    Et puis, est-ce qu’on cible vraiment les animaux responsables ? Bien sûr que non, et c’est aussi ce qui rend le dispositif inefficace. Réguler ces animaux ne régule rien du tout et cela vaut pour les 9 espèces de cette seconde catégorie des ESOD.

    L’autre résultat de l’étude, c’est l’analyse économique. Les dégâts déclarés chaque année oscille entre 8 et 23 millions d’euros. Les auteurs estiment que le coût de l’élimination de ces animaux se situe entre 103 et 123 millions d’euros par an. La mesure coûte 8 fois plus cher que les dommages qu’elle est censée éviter, et ce sont les chasseurs et piégeurs qui majoritairement supportent ce coût ! On ne parle même pas ici du prix en vie animale. Et dernière limite de cette mesure : tuer trop d’animaux a aussi un impact écologique, car les renards chassent les petits rongeurs… qui eux aussi peuvent détruire des récoltes.

    Il faut donc d’autres solutions pour les agriculteurs et les éleveurs, Il existe déjà des pistes : par exemple pour les oiseaux, enrober les semences d’oléorésine de poivre noir ou encore plus classique, l’effarouchement, donc, leur faire peur, mais parce que les corvidés sont des animaux très intelligents, ce n’est pas si simple, et c’est pourquoi les techniques pour repousser ces animaux loin de cultures est un sujet de recherche à part entière.

    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/avec-sciences/tuer-les-animaux-nuisibles-ne-reduit-pas-les-degats-agricoles-2892481
    #animaux #nature #animaux_nuisibles #agriculture #régulation #efficacité #écologie #éthologie

    • Ecological and economic assessments of native vertebrate pest control in France

      1.7 million foxes, mustelids and corvids are culled in France annually to reduce sanitary risks and economic losses to human activities and properties. The efficiency of the implemented lethal control strategy has never been assessed. We analyzed seven years of data reporting damage costs and lethal control effort across the country, and failed to find a link between control effort and change in reported damage costs, and reducing even cancelling control effort does not boost damage. We further report that the control effort does not drive breeding numbers in corvids. We also provide the first economic assessment of native vertebrate pest control in France. The monetary valuation of lethal control effort was estimated at 103–123 million euros annually, while official annual damage costs sum to 8–23 million euros. There is no evidence of any benefit from control effort. Lethal control does not drive population numbers, and possibly reduces ecosystem services associated with these species, including rodent predation and seed dispersal.

      https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0006320726000273?via%3Dihub

    • Y’a un gros beauf au village, ancien flic reconvertit dans les ovins et les poules. On entend parfois sur son terrain résonner ses coups de fusil en pleine journée, il aime à tuer les renards et autres prédateurs, et s’en vante ensuite.
      Chaque fois je pleure pour le renard ou la fouine, et me dis que ce courtermiste se tire une balle dans le pied, vu que sans prédateurs les rongeurs vont pulluler et bouffer le grain de ses poules.

  • Renard, corneille, martre… Une vaste étude prouve l’inefficacité de la chasse aux « nuisibles » en France
    https://vert.eco/articles/renard-corneille-martre-une-vaste-etude-prouve-linefficacite-de-la-chasse-aux-

    (...)

    Si l’étude montre que chasser moins de « nuisibles » n’augmenterait pas les dégâts, elle met aussi en évidence que cela engendre beaucoup plus de pertes d’argent. En additionnant les différentes dépenses induites (transport, équipement, cartouches…), les chercheur·ses ont estimé que cette chasse représente un coût annuel de 103 à 120 millions d’euros pour celles et ceux qui la pratiquent. Soit huit fois plus que le total des dégâts annuels déclarés de ces « nuisibles » (entre 8 et 23 millions d’euros selon les années).

    (...)

    • Ecological and economic assessments of native vertebrate pest control in France
      Abstract
      1.7 million foxes, mustelids and corvids are culled in France annually to reduce sanitary risks and economic losses to human activities and properties. The efficiency of the implemented lethal control strategy has never been assessed. We analyzed seven years of data reporting damage costs and lethal control effort across the country, and failed to find a link between control effort and change in reported damage costs, and reducing even cancelling control effort does not boost damage. We further report that the control effort does not drive breeding numbers in corvids. We also provide the first economic assessment of native vertebrate pest control in France. The monetary valuation of lethal control effort was estimated at 103–123 million euros annually, while official annual damage costs sum to 8–23 million euros. There is no evidence of any benefit from control effort. Lethal control does not drive population numbers, and possibly reduces ecosystem services associated with these species, including rodent predation and seed dispersal.

      https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0006320726000273?via%3Dihub