#pfos

  • 1700 rivières sous pression : la carte inédite de la pollution chimique des cours d’eau en France

    Alors que la France va à nouveau rater en 2027 l’objectif européen de bon état de ses cours d’eau, une enquête de Mediacités et Reporterre permet de visualiser pour la première fois l’ampleur de la pression exercée par les #micropolluants sur le territoire.

    Elles courent tantôt à travers champs, tantôt à travers bois. Sur 16 kilomètres, les eaux tranquilles de la Launette longent un château du XVIIIe siècle, une abbaye royale et même le tombeau de Jean‐Jacques Rousseau. Mais la carte postale ne montre pas tout. Elle masque les nombreuses substances invisibles que charrie la petite rivière de l’Oise. #PFOS, #diflufénicanil et autres #pesticides, et même un médicament : entre 2022 et 2024, la station de surveillance installée sur ce cours d’eau a relevé 16 molécules au‐dessus des seuils de risque européens et français en vigueur. La Launette est un cas d’école, elle arrive en tête de notre classement des rivières subissant la plus forte pression des micropolluants.

    Ce triste palmarès est le fruit de plusieurs mois d’enquête et d’une plongée dans les millions de données des agences de l’eau. Mediacités et le média de l’écologie Reporterre se sont associés aux collectifs We Report et Mémoire Vive pour produire une carte inédite de la pollution chimique des cours d’eau en France. Établie à partir des données publiques des stations de surveillance [consulter notre méthodologie], notre carte montre les dépassements annuels des seuils de risque par famille de substance et par micropolluant entre 2022 et 2024.

    Le constat est inquiétant. Pesticides, métaux et autres #produits_chimiques toxiques voyagent allègrement dans nos rivières : 1 691 cours d’eau en France ont enregistré au moins un dépassement pour un polluant sur la période étudiée. Soit les trois quarts des rivières pour lesquelles une mesure est disponible.

    Cette pollution est nationale : près de huit stations sur dix mesurant ces substances sur les cours d’eau en France présentent au moins un dépassement. Elle est aussi multiple : sur les 189 substances retenues dans notre enquête, 79 dépassent la valeur seuil au moins une fois. Notre analyse, qui porte sur les moyennes annuelles, permet de mettre en évidences les pollutions chroniques et le cumul des pressions toxiques exercés sur les cours d’eau. Avec le risque d’un« effet cocktail  » [lire plus bas], qui pèse de plus en plus sur l’avenir de nos rivières.

    Rendez‐vous manqué

    Un bilan «  très mauvais  », lâche la députée écologiste Julie Ozenne, co‐rapporteure d’une mission d’information de l’Assemblée nationale sur l’état des cours d’eau en France. «  On n’atteindra jamais les objectifs qu’on s’était fixés avec l’Europe  », constate‐t‐elle. Depuis la mise en place de la #directive_cadre_sur_l’eau (#DCE) en 2000, le cadre de référence pour tous les pays de l’Union européenne, Bruxelles a fixé un calendrier à ses États membres pour restaurer le «  bon état  » de leurs cours d’eau. L’objectif, ambitieux, était initialement fixé pour 2015 avant d’être maintes fois repoussé. En 2027, date de la prochaine échéance, le rendez‐vous sera encore raté pour la plupart des pays européens. Contacté, le ministère de la Transition écologique n’a pas répondu à nos questions.

    En France, l’état des cours d’eau a même régressé dans plusieurs bassins depuis 2019. Pour le seul bassin Loire‐Bretagne, 21 % des cours d’eau présentent un bon état écologique, trois fois moins que l’objectif initialement fixé pour 2027. Un tiers de ses rivières ne sont pas en bon état chimique. Certes, l’urbanisation, qui altère fortement la morphologie des cours d’eau, est l’une des principales causes du mauvais état écologique des cours d’eau. Les nitrates, issus principalement des engrais agricoles, contribuent aussi fortement à cette dégradation.

    Mais l’impact de la #pollution_chimique reste très important sur l’état de nos rivières. Surtout pour les petits cours d’eau, dont le faible débit ne permet pas de diluer les polluants. À l’image de la Launette. «  Le problème, c’est que dès sa source, là où ce n’est encore qu’un tout petit petit cours d’eau, il y a déjà le gros de la pollution qui arrive  », explique Clara Morvan, directrice technique du syndicat de rivières local. «  Tout le pluvial va dans la rivière  », et avec ce ruissellement, «  beaucoup de choses arrivent, comme les #hydrocarbures_aromatiques_polycycliques (#HAP) ou les pesticides  ».

    HAP, métaux, #métalloïdes et #minéraux, pesticides, substances industrielles et #médicaments : notre carte de France offre un aperçu des molécules dépassant le plus souvent les seuils applicables, que nous avons classées par grandes familles.

    #Métaux_lourds : des #mines aux #engrais

    #Arsenic, #cuivre, #zinc… Les métaux et métalloïdes arrivent largement en tête de notre classement par substance. Tout sauf une surprise : en 2021, une vaste étude menée par Santé publique France montrait que la quasi‐totalité de la population française est exposée à ces métaux, essentiellement via l’#alimentation. Naturellement présentes dans la nature – on parle alors de fond géochimique – ces substances proviennent aussi largement des activités humaines : activité minière [lire par ailleurs notre enquête sur le retour des mines de cuivre dans le Beaujolais] ou encore utilisation agricole. Elles peuvent avoir des effets néfastes sur la #santé, notamment sur les reins, les os, le système cardiovasculaire ou favoriser certains types de cancer. A l’image de l’arsenic, de loin celle qui affiche le plus de dépassements dans notre jeu de données (3082 dépassements, plus de 60 % des mesures pour ce polluant).

    Très médiatisé ces derniers mois, après la parution en mars 2026 d’une étude de l’Anses mettant en évidence une «  imprégnation forte et croissante  » de la population française, le #cadmium apparaît également dans nos données, avec un taux de dépassement proche de 1 %. Ce métal lourd est cancérogène et augmente les risques d’#ostéoporose. Il est notamment présent dans les #engrais_phosphatés utilisés par les agriculteurs. Début juin, l’Assemblée nationale a voté une proposition de loi abaissant les teneurs en cadmium dans ces engrais.

    #Hydrocarbures : des cheminées aux rivières

    Notre carte met aussi en évidence l’omniprésence des substances de la famille des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). Ces composés organiques sont des polluants persistants, toxiques pour les humains et s’accumulant dans les tissus vivants. Ils sont issus principalement des opérations de combustion, d’usines ou de particuliers, comme le chauffage au bois.

    Selon Marina Coquery, directrice de recherche en chimie environnementale à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), les HAP ont comme particularité d’être émis parfois à une grande distance des cours d’eau. «  Ce sont des apports atmosphériques diffus, souvent urbains, qui vont être redéposés par temps de pluie sur des surfaces imperméabilisées et ruisseler jusqu’aux cours d’eau  », explique la scientifique.

    Parmi la centaine de molécules de cette famille, le benzo(a)pyrène apparaît le plus fréquemment sur notre carte, avec 1181 dépassements (30 % des mesures pour ce polluant). Le #benzo(a)pyrène a été classé comme cancérogène certain pour l’homme par le Centre international de recherche sur le #cancer.

    Pesticides : champ libre pour le #diflufénicanil

    Avec son «  sentier ludique  » parcourant la forêt dans le site naturel sensible des Deux Vallons, à quelques kilomètres au nord de Lyon, le ruisseau des Échets a de quoi séduire les familles en quête de fraîcheur. Ce petit cours d’eau, qui se jette dans la Saône, est pourtant l’un des plus pollués de la région. Métazachlore, nicosulfuron, cyprodinil… Son contenu offre un petit catalogue des #fongicides et #herbicides utilisés par les agriculteurs locaux. Au total, neuf substances ont dépassé les seuils sur au moins une année dans la station de Fleurieu‐sur‐Saône.

    Ces dépassements ne sont que la face visible d’une pollution plus large : entre 2022 et 2024, l’agence de l’eau Rhône Méditerranée a identifié plus d’une centaine de pesticides dans le ruisseau. «  C’est un petit cours d’eau situé dans une zone agricole où les cultures dominantes sont les céréales et le maraîchage. Pour le #maraîchage en particulier, de nombreux traitements phytosanitaires sont appliqués  », explique Cécile Dubois‐Coli, cheffe du service données techniques de l’agence. Sollicitée, la métropole de Lyon précise que ce ruisseau peut être asséché les deux tiers du temps certaines années, entraînant une faible dilution et une concentration des polluants.

    Sur les dix molécules les plus souvent au‐dessus des seuils sur notre carte, 4 sont des pesticides. Parmi les produits phytosanitaires à surnager, le #diflufénicanil, aussi connu sous le nom de #Diflufenican, se démarque avec plus de 765 dépassements, soit 16 % des mesures au‐dessus des seuils. Cet herbicide, considéré comme «  très toxique pour les organismes aquatiques  », est utilisé pour le désherbage dans les grandes cultures céréalières, notamment de #colza.

    Le diflufénicanil a la particularité de faire partie également de la famille des #PFAS [lire plus bas], comme une trentaine d’autres produits autorisés en France. Déjà interdit depuis 2018 en République tchèque, le diflufénicanil a été intégré à une liste de substances actives présentes dans 23 pesticides interdits en juillet 2025 par l’Agence de protection de l’environnement du Danemark. La même année, lors de l’examen de la loi Duplomb, des députés écologistes avaient défendu un amendement pour interdire le diflufénicanil à la vente. Sans succès.

    «  Dans notre bassin, le diflufénicanil est la principale cause de déclassement de masses d’eau par des pesticides  », indique Luc Pereira‐Ramos, à l’agence de l’eau Seine‐Normandie. «  On observe une hausse des ventes de diflufénicanil à partir de 2022. Au fur et à mesure des interdictions ou limitations de certains pesticides, les agriculteurs se reportent sur des molécules encore autorisées  », analyse‐t‐il.

    Même en cas de durcissement de la réglementation, l’herbicide se maintiendrait dans les cours d’eau pendant de nombreuses années, rappelle le scientifique. «  Ce n’est pas parce qu’on interdit une molécule qu’elle disparaît rapidement des milieux. L’#atrazine est interdit depuis près de vingt‐cinq ans et on commence seulement à observer une décrue  », souligne‐t‐il.

    Et d’autres molécules prennent la place des anciennes. Après l’interdiction de l’atrazine, les agriculteurs se sont notamment tournés vers le #S‑Métolachlore. Utilisé pour le #désherbage du #maïs, il est devenu en quinze ans l’un des plus prisés en France. Cette substance figure également en bonne place dans notre classement, avec 115 dépassements des seuils (6 % des mesures). Cet herbicide est interdit à la vente depuis 2023, mais son utilisation a été autorisée jusqu’en 2024, le temps d’écouler les stocks.

    Un autre pesticide tient une place importante dans nos données : le #chlordécone. Nous comptons 36 dépassements de cet #insecticide particulièrement utilisé dans les bananeraies jusqu’au début des années 1990, tous situés dans le département de La Martinique. Face à une absence de mesures exploitables, nous n’avons pas pu visualiser les données de la Guadeloupe, de la Guyane et de Mayotte.

    Substances chimiques industrielles : l’invasion du #PFOS

    C’est tout le paradoxe des PFAS : alors que cette famille de milliers de polluants dits «  éternels  » est devenue l’un des sujets d’inquiétude majeur de ces dernières années, seulement 6 de ces composés font l’objet d’une surveillance dans les eaux de surfaces. Un chiffre qui passera à 25 à partir de fin 2027, en application de la révision de la directive cadre sur l’eau décidée par l’Union européenne.

    Parmi les substances chimiques industrielles suivies sur le terrain, le PFOS arrive largement en tête. Dans notre base de données, il dépasse le plafond retenu presque une fois toutes les trois mesures (1 128 dépassements de seuil sur 3 580 mesures, soit 31,5 %). Pour le seul bassin Rhône‐Méditerranée‐Corse, le PFOS est responsable du déclassement de 143 stations, soit 62 % des stations en mauvais état chimique.

    «  Cela ne m’étonne vraiment pas. Le PFOS est un composé emblématique de la famille des PFAS, parce qu’il a été très largement utilisé, plus que d’autres et pendant longtemps. C’est aussi le produit de transformation de plein d’autres PFAS  », détaille Pierre Labadie, chercheur en chimie de l’environnement au CNRS.

    Selon le spécialiste, la présence de cette molécule, «  l’un des PFAS avec le potentiel de bioaccumulation le plus élevé  », est plus marqué à proximité de sources de pollutions industrielles, mais aussi domestiques, par exemple des stations d’assainissement. «  Cela veut dire que dans les produits du quotidien qu’on a utilisés pendant des décennies, il y avait du PFOS  », explique‐t‐il. Depuis 2023, le PFOS est classé comme cancérogène probable pour l’humain.

    Médicaments : une épidémie encore mal mesurée

    Dernière famille de polluants recensée sur notre carte, les résidus de médicaments proviennent très majoritairement des rejets des stations de traitement des eaux usées urbaines qui ne sont pas conçues pour les traiter. Antidiabétiques, anti‐inflammatoires, analgésiques, anxiolytiques… les médicaments consommés par les Français font partie des substances «  d’intérêt émergent  » mesurés depuis quelques années seulement par les organismes de surveillance.

    Mais bon nombre de ces molécules ne disposent pas de seuil de quantification exploitables. Parmi celles qui en possède un, le Diclofénac, un anti‐inflammatoire, affiche un taux de dépassement de 2,7 % sur notre carte. La toxicité du Diclofénac a été démontrée, notamment sur les reins des truites, mais les effets des résidus médicamenteux sur l’environnement restent mal mesurés.

    «  Les médicaments, on arrive tout doucement dessus, explique Luc Pereira‐Ramos, pour l’agence Seine‐Normandie. On en cherche depuis une dizaine d’années seulement. Il est clair que nous allons augmenter le nombre de substances recherchées au fur et à mesure.  »
    Effet cocktail

    D’autant que les seuils de risque ne concernent aujourd’hui que quelques centaines de molécules, alors que plus de 110 000 substances sont enregistrées au titre de la réglementation chimique européenne. «  C’est la face immergée de l’iceberg  », explique Pierre‐François Staub, chargé de mission Pollution des écosystèmes et métrologie à l’Office français de la biodiversité (OFB).

    L’autre écueil du cadre de surveillance actuel, c’est de ne pas considérer l’impact toxique du cumul de molécules. «  On minimise l’évaluation du risque à travers l’approche substance par substance  », précise Pierre‐François Staub. On parle d’effet de mélange lorsque l’effet de deux molécules s’additionne, et «  d’#effet_cocktail  » lorsqu’elles interagissent entre elles et que leur #toxicité est amplifiée. «  Il y a de gros débats actuellement pour faire entrer cette notion dans la définition des #seuils, explique Arnaud Chaumot, directeur de recherche au laboratoire d’écotoxicologie de l’Inrae. Mais c’est très difficile à modéliser. On a parfois des mélanges très diversifiés et on ne peut pas regarder toutes les interactions entre toutes les molécules, la possibilité de combinaison est folle.  »

    Cette pression toxique cumulée pèse sur tous les écosystèmes, mais aussi sur l’#eau_potable. En France, environ un tiers des volumes d’eau prélevée pour la potabilisation vient des eaux de surface. Et même lorsque le captage se trouve en nappe souterraine, la qualité de l’eau peut être impactée par la pollution des rivières. «  Cela implique des traitements de plus en plus coûteux pour l’eau potable, pointe Marina Coquery. Et cela crée des inégalités, car les grandes villes ont la chance de pouvoir se les payer, mais pour les petites agglomérations, c’est plus difficile.  » En France, des captages d’eau potable ferment chaque année à cause d’une pollution diffuse. «  L’#eau est un bien commun, il faut la gérer comme tel  », estime la chercheuse.

    Sur la Launette, c’est bien la philosophie qui motive tous les travaux lancés par le syndicat mixte qui gère la rivière. «  Il y a encore une trentaine d’années, elle était dans un état encore pire qu’aujourd’hui parce que toutes les stations d’épuration des eaux usées n’étaient pas aux normes et rejetaient directement dans la rivière, mais de gros efforts ont été faits  », positive Clara Morvan.

    Pourtant, une autre épée de Damoclès menace tous les efforts pour la protection des rivières : le réchauffement climatique. La succession des années sèches affaiblit les débits des cours d’eau, et donc leur capacité de dilution, comme l’explique Marina Coquery. «  A l’autre extrême, on va avoir des crues beaucoup plus intenses, irrégulières et fréquentes  » et donc une hausse des polluants amenés par la pluie.

    «  Chaque progrès obtenu sert d’abord à compenser les effets climatiques, démographiques et économiques à l’œuvre  », analyse Cécile Dubois‐Coli, cheffe du service des données techniques pour l’agence de l’eau Rhône‐Méditerranée‐Corse : «  Nous avançons sur un tapis roulant qui recule  ».

    https://www.mediacites.fr/enquete/national/2026/06/29/1700-rivieres-sous-pression-la-carte-inedite-de-la-pollution-chimique-des
    #rivières #France #pollution #pollution_chimique #cours_d'eau #visualisation #cartographie #changement_climatique

  • « La contamination du monde par les PFAS forme une catastrophe parfaite, dystopique dans toutes ses dimensions »

    Ces jours-ci, l’outrance dystopique de l’actualité laisse parfois le sentiment que les instruments classiques de la presse écrite – un certain niveau de langue, le sens de la nuance et de la mesure, la pondération – ne sont plus tout à fait adaptés au monde tel qu’il va. Une fois les faits rapportés, il reste souvent le sentiment que leur compte rendu n’a pas fait justice à toute leur étrangeté.

    La séquence des événements qui ont scandé la journée du 20 janvier et l’investiture du 47e président des Etats-Unis en est le dernier exemple en date – même s’il est difficile de déterminer ce qui en a constitué le fait le plus dément.

    Les effets de la crise environnementale participent toujours plus, eux aussi, à ce sentiment d’irréalité – qu’il s’agisse des inondations monstres qui ont ravagé, en Espagne, Valence et sa région, ou de la tempête de feu qui vient d’anéantir certains quartiers de Los Angeles.

    Publiée mi-janvier, l’enquête conduite par Le Monde et une trentaine de médias européens sur les conséquences de la contamination de l’environnement par les #PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées, ou « #polluants_éternels ») ouvre de nouveaux horizons dystopiques à l’actualité.

    Cette fois, il ne s’agit pas de destructions hors norme liées au dérèglement du climat, mais de l’énormité des opérations nécessaires à la gestion de cette pollution, qui s’accumule inexorablement dans les sols, l’eau, la faune, la chaîne alimentaire et les humains, à mesure que des PFAS sont produits et dispersés dans l’environnement.

    Un gouffre financier

    A Zwijndrecht, près d’Anvers, en Belgique, le désastre est tel qu’un code couleur est affecté aux quartiers résidentiels, en fonction de leur niveau de contamination. Deux employés municipaux aident les habitants à respecter toute une diversité de consignes destinées à réduire leur exposition à ces substances, répandues depuis des décennies par l’usine 3M, installée dans le voisinage.

    Il ne faut pas boire l’eau, bien sûr, ni l’utiliser pour la cuisine ou pour laver sa voiture. Il ne faut pas remuer ou souffler sur la terre, en particulier lorsqu’elle est sèche. Il ne faut pas laisser les enfants jouer dehors, sauf sur un couvert végétal. Les fruits et légumes du potager ? Il faut s’en débarrasser. Une immense usine recueille et décontamine les sols excavés des chantiers et des jardins. La part non décontaminable part en décharge. La terre, la végétation, l’eau, mais aussi les poissons et les coquillages pêchés dans l’estuaire de l’Escaut sont devenus des déchets toxiques. Le moindre projet d’aménagement devient un casse-tête et un gouffre financier, du fait des millions de mètres cubes de terre contaminée à gérer.

    Les mots d’Annick De Ridder, la ministre des travaux publics flamande, semblent tout droit sortis d’un roman d’anticipation : « Il est difficile de se débarrasser de cette terre en Flandre par manque de place disponible. » Extrêmement persistants, les PFAS ne peuvent être détruits dans les fours d’incinération d’ordures ménagères. Il faut les brûler à plus de 1 100 °C pour en venir à bout.

    La Flandre n’est pas la seule région contaminée, tant s’en faut. En 2023, le premier volet de l’enquête au long cours du Monde et de ses partenaires avait identifié plusieurs milliers de zones touchées en Europe, à des degrés divers. Il faudrait des milliers de milliards d’euros et des dépenses énergétiques colossales pour tenter de défaire ce qui a été fait. En réalité, écrit la chercheuse Ali Ling (university of St. Thomas, Minnesota) dans une étude de février 2024 sur le sujet, « il n’y a pas assez d’argent sur la Terre pour dépolluer l’environnement des PFAS au rythme où nous les produisons actuellement ».

    Pour parfaire le tableau, ajoutons que les PFAS sont aussi retrouvés loin des lieux où ils sont produits et utilisés. En 2021, des chercheurs chinois en ont mesuré dans l’eau de pluie qui arrose le plateau tibétain, à raison de quelques dizaines de nanogrammes par mètre carré et par mois. Le cycle de l’eau, aussi, est empoisonné. Si les autorités françaises appliquaient strictement les seuils réglementaires de qualité au TFA (le plus petit des PFAS), il est probable que la quasi-totalité de l’eau potable distribuée en métropole ne serait plus conforme.

    Des milliers de morts

    A ceux qui ricanent en lisant le mot « nanogramme », il faut rappeler que certaines de ces substances ont des effets délétères probables ou démontrés (cancers, maladies cardio-vasculaires, obésité, infertilité, etc.), à de telles doses. L’exposition des Américains à un unique membre de cette famille chimique (le #PFOS) est associée à plusieurs dizaines, voire à plusieurs centaines de milliers de morts annuelles par cancers et maladies cardio-vasculaires.

    La #contamination du monde par les PFAS forme une catastrophe parfaite, dystopique dans toutes ses dimensions, y compris dans la réponse que lui apportent une bonne part des responsables politiques.

    Devant un désastre de cette magnitude, voir des députés et l’actuel vice-président (Renaissance) de l’Assemblée nationale, Roland Lescure, lutter contre l’interdiction de ces substances en mobilisant les éléments de langage trompeurs de l’industrie a, là encore, quelque chose d’irréel. L’une des premières mesures d’urgence, réclamée par les associations, est très simple : interdire l’usage des trente-sept pesticides de synthèse appartenant à la famille des PFAS, épandus par centaines de tonnes chaque année dans les campagnes.

    Que s’est-il passé ? Avec le soutien du gouvernement, la droite sénatoriale vient de voter la suppression de l’Agence Bio, précisément chargée de promouvoir l’agriculture qui n’utilise pas ces produits et dont le budget représente environ 0,0005 % de celui de l’Etat. Les petits esprits sont à l’affût des petits profits, ils produisent de grandes catastrophes.
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/01/26/la-contamination-du-monde-par-les-pfas-forme-une-catastrophe-parfaite-dystop

  • Two Forever Chemicals More Toxic Than Previously Thought - EcoWatch
    https://www.ecowatch.com/forever-chemicals-more-toxic-2655752505.html

    #EPA has transmitted to the Science Advisory Board four draft documents with recent scientific data and new analyses that indicate that negative health effects may occur at much lower levels of exposure to #PFOA and #PFOS than previously understood and that PFOA is a likely carcinogen,” the agency wrote in a press release.

    #eau #cancer #états-unis

  • #Anvers : Pollution au PFOS à Zwijndrecht : le gouvernement flamand débourse 63 millions d’euros, 3M paye 75.000 euros Anne François, Belga

    Le quotidien De Standaard écrivait ce mardi - et l’information a été confirmée à VRT NWS - que la multinationale 3M, qui est liée à une ancienne pollution au PFOS (acide perfluorooctanesulfonique) à Zwijndrecht en région anversoise, a conclu en 2018 un accord juridique avec la société de gestion Lantis, en charge de la construction de la liaison routière Oosterweel. C’est cet énorme projet d’achèvement du périphérique autour d’Anvers qui a permis de mettre au jour cette pollution de longue date. L’accord devait permettre à Lantis - qui accepte de ne pas porter le dossier de pollution devant la justice - de poursuivre le projet Oosterweel, tandis que le gouvernement flamand débourse 63 millions d’euros d’argent public pour s’attaquer à la décontamination du terrain, alors que 3M doit dépenser 75.000 euros.

    A la suite d’un conseil des ministres extraordinaire, le gouvernement flamand a annoncé lundi soir qu’il prenait des mesures de précaution face à la pollution au #PFOS à Zwijndrecht (Anvers), dans les environs directs du site de l’entreprise 3M. Ces mesures s’adressent aux personnes résidant dans un rayon de moins de 10 km du site pollué : il leur est déconseillé de consommer des légumes de leur jardin, de la volaille, voire même les œufs de volaille. Les jeunes enfants, femmes enceintes ou allaitantes sont particulièrement visés par ces mesures.

    Le PFOS - produit jusqu’en 2002 par 3M à Zwijndrecht - est notamment utilisé pour l’imperméabilisation des tissus, du mobilier et des tapis. Il a également été utilisé pour traiter les papiers à contact alimentaire contre les taches d’eau et de graisse, ainsi que pour diverses autres applications grand public. Mais il est cancérigène.

    La multinationale 3M nie avec véhémence être responsable de la pollution du sol autour de son site. La société de gestion Lantis n’était pas de cet avis, mais pour éviter une longue procédure judiciaire qui aurait retardé (éventuellement de 20 à 30 ans) l’avancement du projet de mobilité Oosterweel à Anvers, un accord a été conclu en 2018 stipulant que la pollution ne serait pas dénoncée en justice.

    Les 63 millions d’euros qui sont versés par les autorités flamandes doivent avant tout servir à « emballer » le sol pollué et à construire une installation d’épuration d’eau. Avec les 75.000 euros de l’entreprise 3M, une berme de sécurité doit être aménagée pour enterrer les sols les plus pollués. La multinationale met aussi un de ses terrains à disposition pour cette berme et la station d’épuration d’eau. Mais la différence entre les deux montants fait sourciller, et pas seulement les actuels partis de l’opposition.

    Dans une courte réaction sur Radio 1 (VRT) ce mardi, la ministre régionale de la Mobilité Lydia Peeters (Open VLD) a expliqué que l’assainissement des sols contaminés était de toute façon une responsabilité de 3M, selon les termes du Décret d’assainissement des sols pollués. Et cet assainissement devrait lui coûter très cher, jugent certains experts.
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    La suite : https://www.vrt.be/vrtnws/fr/2021/06/15/pollution-au-pfos-a-zwijndrecht-le-gouvernement-flamand-debour

    #pollution #santé #environnement #pollution #multinationales #agriculture #catastrophe #découverte #chimie #3M #PFOS #argent_public

    • Les personnes vivant dans un rayon de 1,5 km autour du site 3M sont invitées à prendre les mesures suivantes :

      Il est déconseillé aux enfants de moins de 12 ans, aux femmes enceintes, aux femmes qui allaitent ou qui souhaitent être enceintes de consommer des légumes cultivés sur place.

      Il est déconseillé de consommer de la volaille de production locale.

      Il est conseillé aux personnes vivant dans une zone de 5 kilomètres autour de l’usine de ne pas consommer les œufs des volailles de leur jardin. Les personnes qui vivent dans un rayon de 5 à 10 km du site 3M ne doivent pas consommer plus d’un œuf de leur poules par semaine.

  • Dark Waters Is a Terrifying Exploration of the Real-Life Horrors Committed by DuPont Chemicals
    https://earther.gizmodo.com/dark-waters-is-a-terrifying-exploration-of-the-real-lif-1839980321

    https://www.ehn.org/dupont-c8-parkersburg-2644262065.html

    j’aime ces acteurs, mais le #film est pesant, très « didactique » ; sur le fond, en revanche, wow… le PFOA (le composé que DuPont a exploité pour le teflon et d’autres produits), qui provoque #cancer et autres maladies, est désormais présent dans 99% des organismes vivants de la planète…

    #industrie #chimie #pollution #santé

  • Denmark bans PFAS from microwave popcorn bags, food containers — Quartz via @mona
    https://qz.com/1700807/denmark-bans-pfas-from-microwave-popcorn-bags-food-containers
    https://cms.qz.com/wp-content/uploads/2019/09/pfas-in-food-packaging-e1567516292349.jpg?quality=75&strip=all&w=1400
    Donc les #empoisonneurs habituels nous ont une fois de plus exposés en parfaite connaissance de cause… et continuent à n’être pas inquiétés. #impunité

    The myriad health effects of the many types of PFAS are just beginning to be understood, but already exposure to PFAS is estimated to cost Europe 50 billion euros in health costs each year. The compounds were first manufactured in the US by the companies Dupont and 3M, who knew that their product was a problem, as reporting by Sharon Lerner at the Intercept has shown. 3M, for example, knew that PFAS accumulated in people’s blood and were harmful to their health as early as the 1970s. Likewise, 3M has known since 2001 that PFAS were showing up in the US food supply.

  • ’The Devil We Know:’ How #DuPont Poisoned the World with #Teflon
    https://www.organicconsumers.org/blog/devil-we-know-how-dupont-poisoned-world-teflon
    https://www.organicconsumers.org/sites/default/files/styles/facebook_share/public/dupont_teflon_1200x630.jpg?itok=Earb-uLj

    One of the key ingredients in DuPont’s Teflon was #C8, a toxic, man-made chemical created by Minnesota Mining and Manufacturing Company, better known as 3M, to make Scotchgard. The chemical, also known as #PFOS or #PFOA, is what gave Teflon its non-stick properties.

    Both #3M and DuPont were well aware of the health hazards associated with C8. But that didn’t stop DuPont from dumping the toxic chemical into local waterways, where it made its way into public drinking water and subsequently sickened thousands of people, and ultimately killing many of them.

    #Substances_alkylées_per_et_polyfluorées #eau #forever_chemicals

  • #EPA blasted for failing to set drinking water limits for ‘forever chemicals’ | Science | AAAS
    https://www.sciencemag.org/news/2019/02/epa-blasted-failing-set-drinking-water-limits-forever-chemicals
    https://www.sciencemag.org/sites/default/files/styles/article_main_large/public/foam_16x9.jpg?itok=OJ-dNvFb

    After intense pressure from politicians and environmental and public health groups, the U.S. Environmental Protection Agency (EPA) today published a plan to tackle industrial chemicals known as per- and polyfluoroalkyl substances (PFAS) that are showing up in drinking water supplies across the nation. But critics say the plan is vague and lacks regulatory teeth, and it will do little to reduce health risks.

    #corruption #eau #pollution #chimie #etats-unis

  • Nationwide Class Action Lawsuit Targets #DuPont, #Chemours, #3M, and Other Makers of #PFAS Chemicals
    https://theintercept.com/2018/10/06/dupont-pfas-chemicals-lawsuit
    https://theintercept.imgix.net/wp-uploads/sites/1/2018/10/pfas-nation-1538765294.png?auto=compress%2Cformat&q=90&fit=crop&

    A CLASS ACTION lawsuit against 3M, DuPont, and Chemours was filed this week on behalf of everyone in the United States who has been exposed to PFAS chemicals. The suit was brought by Kevin Hardwick, an Ohio firefighter, but “seeks relief on behalf of a nationwide class of everyone in the United States who has a detectable level of PFAS chemicals in their blood.” Hardwick is represented by attorney Robert Bilott, who successfully sued DuPont on behalf of people in West Virginia and Ohio who had been exposed to PFOA from a plant in Parkersburg, West Virginia.

    #toxiques

  • Upstate residents use social media to spread water crisis - NY Daily News
    http://www.nydailynews.com/new-york/upstate-residents-social-media-spread-water-crisis-article-1.2670129

    The fear spread across an upstate town struck by a terrifying water crisis can be seen on the faces of residents in a new social media campaign.

    Stark black and white photos of the residents of Hoosick Falls, in Rensselaer County, fill the Twitter and Facebook feeds of the PFOA Project NY.

    Each resident holds a sign announcing the results of blood tests showing how much perfluorooctanoic acid (PFOA), a chemical linked to cancer, is in their bodies.

    “I’m only six ... can you ignore that???,” reads a sign held up by Corey Aldrich.

    His PFOA level is 142 parts per billion.

    Nationwide readings average 2.08 ppb, compared with a 23.5 average in Hoosick Falls. The average level of the toxic chemical in the blood of 2,000 Hoosick Falls residents was about 10 times that of the general population, the state Health Department said.

    Corey’s 4-year-old sister, Alyssa, holds a sign revealing a PFOA level of 117 ppb.

    Studies have shown PFOA has been linked to kidney and testicular cancer, ulcerative colitis, thyroid disease and other ailments.

    Some Hoosick Falls residents have filed a class action lawsuit filed against Honeywell International and Saint-Gobain Performance Plastics, the companies that currently own the manufacturing plants identified by state investigators as the most likely sources of the contamination.