« J’ai vu mes cheveux tomber, ma peau peler » : le cauchemar de Bertrand après avoir mangé une courge - Le Parisien
▻https://www.leparisien.fr/societe/sante/jai-vu-mes-cheveux-tomber-ma-peau-peler-le-cauchemar-de-bertrand-apres-av
Quinquagénaire francilien, Bertrand a vécu un « choc brutal » en voyant sa peau peler et sa chevelure diminuer, plusieurs jours après avoir avalé une courge verte vraisemblablement toxique. Un cas rare, mais pas inédit.
Bertrand Carbonneaux a bien senti un goût amer, en avalant un morceau de la courge verte qu’il venait d’acheter dans un magasin bio. « Je mettais ça sur le compte de l’avoir un peu brûlée à la cuisson », se rappelle le prof de musique et de mathématiques, à la barbe grisonnante. Il ne se doutait pas que cette cucurbitacée allait - selon toute vraisemblance - le faire souffrir pendant trois jours, puis lui faire perdre une partie de ses poils et de ses cheveux. « J’en venais à me demander combien de temps il me restait à vivre », témoigne-t-il.
Tout débute le vendredi 21 mars. Le Francilien végan âgé de 52 ans s’achète un panier de légumes - dont une courge verte - dans un commerce bio où il a ses habitudes. Le soir même, il se cuisine une bonne poêlée. Mais il passe ensuite « une nuit entière à vomir ». « Je me vomissais dans la main, je n’avais même plus le temps de me lever pour aller aux toilettes ! », raconte-t-il. « KO pendant plusieurs jours », il se croit ensuite tiré d’affaire. À tort !
La faute aux cucurbitacines
Sa peau se met à peler et sa large tignasse avec queue-de-cheval s’amincit progressivement. « J’ai demandé à une amie, qui m’a demandé si j’avais mangé de la courge », raconte Bertrand, adepte occasionnel du jeûne intermittent. En se renseignant sur Internet, il découvre que son cas n’est pas isolé et devient convaincu d’avoir trouvé le coupable derrière ce gros légume. « Quand j’ai découvert ça, je suis tombé de ma chaise et j’ai pris un choc brutal », souffle-t-il.
Ce type de symptômes est imputable aux #cucurbitacines, des substances toxiques présentes dans certaines #courges. « Persistantes à la cuisson, elles sont naturellement fabriquées par celles sauvages pour repousser les insectes prédateurs comme les chenilles… », explique l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). On peut notamment les trouver dans les cucurbitacées ornementales, qui ne sont pas censées être avalées mais sont parfois vendues au rayon fruits et légumes, et dans celles cultivées en potager familial.
Tous les types de courges peuvent être concernés : #butternut, #potiron, etc. Celles dangereuses ont la même apparence que les autres. Bertrand n’a d’ailleurs rien remarqué, il n’en veut même pas à son commerçant. Les cucurbitacines donnent simplement un goût amer, seule façon de distinguer un légume dangereux. Encore faut-il le savoir…
« Au bout de cinq jours, j’ai vu mes poils tomber »
Dans un premier temps, ce poison provoque surtout des nausées, des vomissements et des douleurs au ventre. Dans les jours qui suivent, les consommateurs peuvent donc perdre progressivement tout ou partie de leurs poils et cheveux.
« Au bout de cinq jours, j’ai progressivement vu mes poils tomber sur les mains. J’ai enlevé mon pyjama un matin, et j’ai vu tout mon corps peler. J’ai passé la brosse dans mes cheveux, et tous sont restés dans la brosse », énumère Bertrand. Lors de notre rencontre dans son appartement en banlieue parisienne, il lui suffit de saisir entre ses doigts un poil ou un cheveu pour l’arracher sans la moindre difficulté. « C’est de l’épilation sans douleur ! », s’amuse-t-il avec le recul.
Mais sur le moment, une panique l’assaille. Maladie grave ? Cancer ? « Je ne serais pas le premier à être chauve, bon. Mais il se passe quoi ensuite ? Les poils qui tombent, puis un os qui s’abîme, un organe qui disparaît ? ! », se tourmente-t-il alors.
Pour se rassurer, l’enseignant à domicile finit par prendre rendez-vous chez une médecin généraliste. « Elle m’a demandé si j’avais eu un stress, un choc, ou quoi que ce soit. Évidemment que non », raconte-t-il. Jusqu’au coup de fil salvateur de son amie, mère d’une de ses élèves à qui il en avait parlé. Il a quand même pris rendez-vous avec un dermatologue pour être définitivement fixé, sur la base d’un certificat de sa médecin - que nous avons pu consulter.
Les cheveux finissent par repousser
Ce cas s’ajoute à d’autres, déjà bien documentés. En mai 2018, le dermatologue Philippe Assouly a publié dans la revue JAMA Dermatology une étude décrivant la situation de deux femmes ayant perdu leurs cheveux après avoir mangé de la courge en Île-de-France. « J’ai eu une intuition avec une patiente, qui s’est confirmée avec une autre », expliquait alors au Parisien le praticien à l’hôpital parisien Saint-Louis (AP-HP). Une troisième victime française s’est manifestée par la suite, après avoir lu des articles sur ces deux premiers cas.
Avec son témoignage, qu’il a aussi relayé sur Facebook, Bertrand espère « sensibiliser le grand public » pour éviter d’autres intoxications. Chaque automne ou presque, à l’approche d’Halloween, l’Anses se fend même d’une piqûre de rappel officielle. « Cette année encore, attention aux courges amères ! », martelait-elle en octobre 2024.
Heureusement, la perte de cheveux est temporaire et les poils finissent par repousser dans les mois qui suivent. En attendant que la pilosité de Bertrand revienne à son état normal, ce « grand amateur de légumes » a fait son deuil de l’un d’entre eux.







