Le capitalisme contemporain mis à nu
Dans la recomposition actuelle des rapports de force internationaux, Trump II n’est pourtant ni une anomalie, ni une parenthèse : il incarne plutôt une phase avancée du capitalisme contemporain – ce « capitalisme de la finitude » décrit par Arnaud Orain (2025, 2026) – où la conscience des limites planétaires ne freine plus l’accumulation, mais en radicalise les formes les plus dévastatrices. La crise écologique cesse d’être une contrainte : elle devient un accélérateur de la course aux ressources.
Dans un monde perçu comme fini – où énergie, minerais, terres et eau ne suffiraient pas à tous – la répartition des ressources ne peut plus être laissée au marché. Elle devient un enjeu de contrôle politique et stratégique, impliquant contrainte, pression diplomatique ou prédation directe. Comme le souligne Orain, ce capitalisme fonctionne désormais en « silos impériaux », chaque bloc verrouillant ses flux vitaux au détriment de la coopération, du droit international et du multilatéralisme.
La politique extractiviste de Trump II – où s’opère une fusion quasi totale entre impérialisme et intérêts du capital – s’inscrit pleinement dans cette logique. La contrainte environnementale n’a plus à être contournée ni masquée : elle justifie l’accélération de l’extraction, l’intensification des rivalités territoriales et la militarisation des approvisionnements. Là où le Pacte vert tentait encore d’euphémiser cette dynamique, le Pacte brun en en embrasse pleinement la brutalité.
Trump ne promet pas de transformer : il promet de prendre. Face à l’épuisement des ressources, au ralentissement de la croissance et aux tensions géopolitiques et technologiques, le capital n’a plus besoin de se parer de vertus écologiques. Il abandonne le langage de la durabilité et fait de la prédation le principe organisateur du pouvoir, structurant les stratégies économiques, géopolitiques et militaires de l’ère Trump II.
Résister à la logique du pillage généralisé
Cette normalisation de la prédation extractiviste marque, à l’évidence, un basculement majeur. En élevant l’accaparement des ressources – y compris les hydrocarbures – au rang d’impératif de sécurité nationale, la politique de Trump ne se limite pas à rompre avec les engagements climatiques : elle délégitime toute régulation socio-environnementale. Seuls les intérêts géopolitiques prévalent désormais, justifiant l’intensification des pressions sur les pays périphériques et l’ouverture de nouveaux fronts extractifs dans des espaces particulièrement vulnérables, comme les océans, au risque d’aggraver la crise écologique.
Et cette dynamique – qui dépasse de très loin le cadre états-unien – mine en profondeur les normes internationales, intensifie la concurrence entre territoires et renforce les pressions sociales et environnementales à l’échelle mondiale. L’accès aux ressources cesse d’être un enjeu de régulation collective : il devient un rapport de force à sécuriser. L’Europe n’y échappe pas. Les récentes attaques de la droite et de l’extrême droite contre le devoir de vigilance ne visent-elle pas à affaiblir les standards sociaux et environnementaux susceptibles de contraindre les activités extractives des opérateurs européens ?
Dans ce contexte, l’illusion d’un « capitalisme vert » soutenable se dissipe. La transition dominante ne rompt pas avec l’extractivisme : elle en étend les frontières et en externalise les coûts vers les territoires les plus exposés. Le « pacte brun » en constitue l’aboutissement : lorsque les contradictions du système se durcissent, le langage de la durabilité s’efface au profit d’une prédation sans limite.
Le défi est aujourd’hui de taille. Et il est fondamentalement politique. Il s’agit de reprendre le contrôle collectif des ressources, d’imposer des régulations contraignantes et de construire des alternatives fondées sur la justice sociale, la souveraineté des peuples et la préservation des écosystèmes. Face à un capitalisme à la fois prédateur et écocide, seule la convergence des luttes – locales et internationales – peut faire obstacle à cette trajectoire de destruction généralisée.