• On #The_Conversation...

    Un mot sur les pratiques de la revue @FR_Conversation, une des multiples plateformes privées qui fonctionnent sur la base de l’#exploitation du travail gratuit des scientifiques : vous nous donnez des articles, on vous paye en #visibilité.

    Sauf que je viens d’apprendre que cette plateforme refusait de publier les articles d’universitaires dont l’institution de rattachement n’était pas abonnée à The Conversation. Ou en tout cas mettait une grosse pression en ce sens, n’acceptant que des exceptions. Et ça, ça craint.

    C’est-à-dire que non seulement ces institutions se comportent en #parasites du travail universitaire, en s’appropriant indirectement de l’argent public et en contribuant à détruire le métier de journaliste scientifique, mais en plus elles veulent faire de nous leurs VRP.

    Mais ce qui m’effraie le plus, c’est que le collègue (titulaire) qui m’a appris ça et transmis le mail inique qu’il avait reçu de The Conversation ne veut pas que ça se sache ! Il meurt de peur de perdre la visibilité que lui promet avec mansuétude la plateforme...

    Il devient franchement urgent de repenser les modes de publicisation ses travaux scientifiques, en particulier en direction du grand public. Que des entreprises privées puissent se trouver en telle position de force par rapport aux chercheur.e.s est délirant.

    Esperons qu’ils changent de politique. En attendant, j’encourage vivement les collègues à ne pas fournir gratuitement leur travail à ce type d’entreprises. Il y a beaucoup d’autres moyens de rendre sa recherche accessible à tou.te.s, même s’il faut surement en développer d’autres.

    https://twitter.com/SamuelHayat/status/1061623864009068546
    #privatisation #savoir #université #édition_scientifique (ou une sorte de) #travail_gratuit #gratuité


  • Enquête : faux livreurs et vrais migrants
    https://radioparleur.net/2018/10/30/livreurs-sous-location-compte

    Des livreurs des plateformes Deliveroo, Uber Eats ou encore Stuart sous-louent leur compte à des personnes migrantes et des mineurs, moyennant finance. Les « dealers de comptes » prélèvent parfois plus de la moitié de ces gains récoltés illégalement. Un trafic qui prend de l’ampleur, où les exploités deviennent à leur tour des exploiteurs. Durée : 10 min. Source : Radio Parleur

    https://soundcloud.com/user-898678423/reportage-migrants1


  • Deliveroo, Uber Eats, Stuart... Les sans-papiers, nouveaux sous-traitants des coursiers - L’Express
    https://www.lexpress.fr/actualite/societe/deliveroo-uber-eats-stuart-les-sans-papiers-nouveaux-sous-traitants-des-cou

    Des livreurs Uber Eats ou Deliveroo sous-louent leur compte à des sans-papiers. Une pratique illégale mais répandue.

    Même les auto-entrepreneurs deviennent des patrons véreux ! On n’arrête pas le progrès !
    #deliveroo #sans-papiers #exploitation


  • Offshore drilling to begin in federal Arctic waters off Alaska

    The Trump administration has approved the first series of oil drilling in the Arctic Ocean. Critics say the move could pose serious environmental risks, while the oil company Hilcorp promises jobs and investment.


    https://www.csmonitor.com/USA/2018/1025/Offshore-drilling-to-begin-in-federal-Arctic-waters-off-Alaska?cmpid=TW
    #Arctique #Alaska #énergie #pétrole #extractivisme #exploitation_pétrolière #forages
    ping @reka


  • Esclave en #Tunisie : le calvaire d’une migrante ivoirienne séquestrée par une riche famille de #Tunis (1/4)

    Depuis l’été 2018, de plus en plus d’embarcations partent de Tunisie pour traverser la mer #Méditerranée. En face, l’Union européenne grince des dents. Pourtant, Tunis ne réagit pas, ou si peu. Déjà confronté à une crise économique et sociale majeure, le pays n’a pas - encore - fait de la #crise_migratoire une priorité. La Tunisie n’a toujours pas mis en place une politique nationale d’asile et il n’existe presqu’aucune structure d’aide pour les migrants. InfoMigrants s’est rendu sur place pour enquêter et a rencontré Jeanne-d’Arc, une migrante ivoirienne, séquestrée et réduite en #esclavage pendant plusieurs mois par une famille tunisienne aisée. Elle se dit aujourd’hui abandonnée à son sort.

    Son visage exprime une détermination sans faille, la voix est claire, forte. « Non, je ne veux pas témoigner de manière anonyme, filmez-moi, montrez-moi. Je veux parler à visage découvert. Pour dénoncer, il ne faut pas se cacher ». Jeanne-d’Arc, est dotée d’un courage rare. Cette Ivoirienne, à la tête d’un salon de coiffure afro à Tunis, #sans_papiers, refuse l’anonymat tout autant que le mutisme. « Il faut que je raconte ce que j’ai subi il y quelques années pour éviter à d’autres filles de se faire piéger ».

    C’était il y a 5 ans, en décembre 2013, et les souvenirs sont toujours aussi douloureux. Pendant 5 mois, Jeanne-d’Arc a été l’#esclave_domestique d’une famille aisée de Tunis. « L’histoire est si banale…, commence-t-elle. Vous avez un #trafiquant qui promet à votre famille de vous faire passer en Europe et puis qui trahit sa promesse et vous vend à quelqu’un d’autre », résume-t-elle, assise sur le canapé de son salon dont les néons éclairent la pièce d’une lumière blafarde. « Quand nous sommes arrivées à Tunis, j’ai vite compris que quelque chose ne tournait pas rond, il y avait plusieurs jeunes filles comme nous, on nous a emmenées dans un appartement puis réparties dans des familles... Je n’ai rien pu faire. Une fois que vous êtes sortie de votre pays, c’est déjà trop tard, vous avez été vendue ».

    #Passeport_confisqué

    Comme de nombreuses autres Ivoiriennes, Jeanne-d’Arc a été victime de réseaux criminels « bien rôdés » dont l’intention est d’attirer des migrantes d’#Afrique_subsaharienne pour ensuite les « louer » à de riches familles tunisiennes. Pendant 5 mois, Jeanne-d’Arc ne dormira « que quand sa patronne s’endormira », elle nettoiera chaque jour ou presque « les 6 chambres, 4 salons et deux cuisines » du triplex de ses « patrons » qui vivent dans une banlieue chic de la capitale, la « #cité_el_Ghazala ». « La patronne m’a confisqué mon passeport. Évidemment je n’étais pas payée. Jamais. On me donnait l’autorisation de sortir de temps en temps, je pouvais dormir aussi, j’avais plus de chance que certaines. »

    Jeanne d’Arc a raconté son histoire au Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES), une association qui vient en aide, entre autres, aux migrants. L’association tente depuis longtemps d’alerter les autorités sur ces réseaux - ivoiriens notamment - de #traite_d’êtres_humains. Des mafias également bien connues de l’organisation internationale des migrations (#OIM). « Comme beaucoup de pays dans le monde, la Tunisie n’est pas épargnée par ce phénomène [de traite] dont les causes sont multiples et profondes », a écrit l’OIM dans un de ces communiqués. Depuis 2012, l’OIM Tunisie a détecté 440 victimes de traite, 86 % viennent de #Côte_d'Ivoire.

    Pour lutter contre ce fléau, la Tunisie a adopté en août 2016 une #loi relative à la prévention et à la lutte contre la traite des personnes - loi qui poursuit et condamne les auteurs de trafics humains (#servitude_domestique, #exploitation_sexuelle…). Ce cadre juridique devrait en théorie permettre aujourd’hui de protéger les victimes – qui osent parler - comme Jeanne-d’Arc. Et pourtant, « l’État ne fait rien », assure-t-elle. « L’OIM non plus… Une loi, c’est une chose, la réalité, c’est autre chose ».

    L’enfer des « #pénalités » imposées aux migrants sans-papiers en Tunisie

    Car Jeanne-d’Arc a essayé de s’en sortir après sa « libération », un jour de janvier 2014, quand sa patronne lui a rendu son passeport et lui a ordonné de partir sur le champ, elle a cru son calvaire terminé. Elle a cru que l’État tunisien allait la protéger.

    « C’est tout le contraire... À peine libérée, un ami m’a parlé de l’existence de ’pénalités’ financières en Tunisie… Il m’a dit que j’allais certainement devoir payer une amende. Je ne connaissais pas ce système. Je ne pensais pas être concernée. J’étais prise au #piège, j’ai été anéantie ».

    La demande d’asile de Jeanne-d’Arc a été rejetée en 2015. Crédit : InfoMigrants

    En Tunisie, selon la loi en vigueur, les étrangers en #situation_irrégulière doivent s’acquitter de « pénalités de dépassement de séjour », sorte de sanctions financières contre les sans papiers. Plus un migrant reste en Tunisie, plus les pénalités s’accumulent. Depuis 2017, cette amende est plafonnée à 1 040 dinars tunisiens (environ 320 euros) par an, précise le FTDES. « C’est une triple peine, en plus d’être en situation irrégulière et victime de la traite, une migrante doit payer une taxe », résume Valentin Bonnefoy, coordinateur du département « Initiative pour une justice migratoire » au FTDES.

    Malgré l’enfer qu’elle vient de vivre, Jeanne d’Arc est confrontée à une nouvelle épreuve. « Mon ami m’a dit : ‘Tu pourras vivre ici, mais tu ne pourras pas partir’... » En effet, les « fraudeurs » ne sont pas autorisés à quitter le sol tunisien sans s’être acquitté de leur dette. « Si j’essaie de sortir du pays, on me réclamera l’argent des pénalités que j’ai commencé à accumuler quand j’étais esclave !… Et ça fait 5 ans que je suis en Tunisie, maintenant, le calcul est vite fait, je n’ai pas assez d’argent. Je suis #bloquée ».

    Asile rejeté

    Ces frais effraient les étrangers de manière générale – qui craignent une accumulation rapide de pénalités hebdomadaires ou mensuelles. « Même les étudiants étrangers qui viennent se scolariser en Tunisie ont peur. Ceux qui veulent rester plus longtemps après leurs études, demander une carte de séjour, doivent parfois payer ces pénalités en attendant une régularisation. C’est environ 20 dinars [6 euros] par semaine, pour des gens sans beaucoup de ressources, c’est compliqué », ajoute Valentin Bonnefoy de FTDES.

    Pour trouver une issue à son impasse administrative et financière, Jeanne-d’Arc a donc déposé en 2015 un dossier de demande d’asile auprès du Haut-commissariat à l’ONU – l’instance chargée d’encadrer les procédures d’asile en Tunisie. Elle pensait que son statut de victime jouerait en sa faveur. « Mais ma demande a été rejetée.La Côte d’Ivoire n’est pas un pays en guerre m’a-t-on expliqué. Pourtant, je ne peux pas y retourner, j’ai des problèmes à cause de mes origines ethniques », dit-elle sans entrer dans les détails. Jeanne d’arc a aujourd’hui épuisé ses recours. « J’ai aussi pensé à dénoncer la famille qui m’a exploitée à la justice, mais à quoi bon... Je suis fatiguée… »

    « J’ai le seul salon afro du quartier »

    Après une longue période d’abattement et de petits boulots, Jeanne-d’Arc a récemment repris du poil de la bête. « Je me suis dit : ‘Ce que tu veux faire en Europe, pourquoi ne pas le faire ici ?’ ». Avec l’aide et le soutien financier d’un ami camerounais, la trentenaire sans papiers a donc ouvert un salon de coiffure afro, dans un quartier populaire de Tunis. « Je paye un loyer, le bailleur se fiche de ma situation administrative, du moment que je lui donne son argent ».

    Les revenus sont modestes mais Jeanne d’Arc défend sa petite entreprise. « Je me suis installée ici, dans un quartier sans migrants, parce que je ne voulais pas de concurrence. Je suis le seul salon afro du secteur, et plus de 90 % de ma clientèle est tunisienne », dit-elle fièrement, en finissant de tresser les nattes rouges et noires d’une jeune fille. Mais les marchandises manquent et ses étals sont ostensiblement vides. « J’ai besoin de produits, de mèches, d’extensions… Mais pour m’approvisionner, il faudrait que je sorte de Tunisie... Je ne sais pas comment je vais faire ».

    Pour les migrants comme Jeanne-d’Arc acculés par les pénalités, la seule solution est souvent la fuite par la mer. « Payer un #passeur pour traverser la Méditerranée peut s’avérer moins cher que de payer cette amende », résume Valentin Bonnefoy de FTDES. Une ironie que souligne Jeanne d’Arc en souriant. « En fait, ce gouvernement nous pousse à frauder, à prendre des dangers… Mais moi, que vais-je faire ? », conclut-elle. « Je ne veux pas aller en #Europe, et je ne peux pas retourner vivre en Côte d’Ivoire. Je suis définitivement prisonnière en Tunisie ».

    http://www.infomigrants.net/fr/post/12875/esclave-en-tunisie-le-calvaire-d-une-migrante-ivoirienne-sequestree-pa

    #UNHCR #demande_d'asile


  • Gestation pour autrui : « En Inde, les mères porteuses sont réduites à l’état d’esclaves »
    http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/06/22/31003-20180622ARTFIG00335-gestation-pour-autrui-en-inde-les-meres-porteuses

    Sheela Saravanan est une chercheuse indienne, titulaire d’un doctorat en santé publique, et a travaillé dans plusieurs universités allemandes. Elle appartient notamment à l’Institut d’Éthique et d’Histoire de la médecine, à l’Université de Göttingen. Féministe, elle s’intéresse aux violences faites aux femmes en Inde et dans les pays du Sud, ainsi qu’aux technologies de reproduction, en particulier la PMA.
    Elle a mené une longue enquête auprès des mères porteuses en Inde, et a publié à la suite de ses recherches A Transnational Feminist View of Surrogacy Biomarkets in India (Springer, 2018), un document réalisé à partir de nombreux entretiens. Elle y révèle les conditions terribles dans lesquelles les mères porteuses sont étroitement surveillées tout au long de leur grossesse. Entretien exclusif.

    FIGAROVOX.- Pour quelles raisons avez-vous choisi de vous intéresser aux mères porteuses en Inde ?
    Sheela SARAVANAN.- En 2007, L’Inde était la deuxième destination au monde en matière de tourisme médical, grâce à la qualité de son système de santé, de ses équipements et de l’accessibilité des soins. Je pensais donc que les parents d’intention (les personnes qui ont recours à une mère porteuse pour obtenir un enfant) étaient attirés par la modernité des équipements médicaux et le haut degré de qualification des médecins, ainsi que par la permissivité de la législation indienne, la faiblesse des coûts et la disponibilité des mères porteuses.
    Mais lorsque je suis venue en Inde et que j’ai discuté avec des parents d’intention, j’ai compris en réalité qu’ils viennent surtout parce qu’en Inde, les mères porteuses n’ont absolument aucun droit sur l’enfant qu’elles portent, ni même sur leur propre corps tout au long de leur grossesse. Elles ne bénéficient d’aucun soutien légal ni psychologique. On leur demande d’allaiter l’enfant qu’elles ont porté, puis on le leur arrache sans leur apporter la moindre assistance psychologique.

    - C’est tout le contraire de ce que l’on nous montre à la télévision : dans les talk-shows comme celui d’Oprah Winfrey aux États-Unis, on nous vend une image romantique de la gestation pour autrui en Inde, comme si c’était un service rendu, entre sœurs, en quelque sorte. J’ai donc pris conscience qu’en Inde, la gestation pour autrui est une violation flagrante des droits de l’homme, et qu’elle fait encourir d’importants risques pour la santé des femmes.

    – Vous rapportez les difficultés que vous avez eues pour approcher les mères porteuses. Pourquoi les cliniques étaient-elles si réticentes à vous mettre en contact, si leur activité est légale ?

    – Malgré tout, deux cliniques ont accepté de m’aider dans mes recherches, dont une qui dispose d’un foyer pour mères porteuses, c’est-à-dire des dortoirs dans lesquels les femmes enceintes sont détenues pendant toute leur grossesse. J’ai toutefois appris plus tard que les femmes avaient reçu des consignes très strictes sur ce qu’elles avaient le droit de dire ou non.
    On leur demande d’allaiter l’enfant qu’elles ont porté, puis on le leur arrache sans leur apporter la moindre assistance psychologique.
    J’ai rapidement compris les raisons de tous ces mystères. Ces cliniques étaient impliquées dans diverses activités illégales : elles ne fournissaient aucune copie de leur contrat aux mères porteuses, elles fabriquaient de faux certificats de naissance, et se servaient même de leur influence pour émettre de faux passeports aux personnes qui souhaitaient ramener un enfant dans un pays où la GPA est illégale. Par ailleurs, de nombreuses pratiques médicales y sont contraires à toute forme d’éthique : bien qu’on n’ait pas le droit d’implanter plus de trois embryons à la fois dans l’utérus de la mère, les cliniques en implantent systématiquement cinq, et s’il y en a plus de deux qui sont viables, on procède in-utero à des avortements sélectifs. De plus, les accouchements ne se font que par césarienne. Une des mères m’a confié que même si le travail se fait douloureusement, on les conduit brutalement en salle d’opération pour les accoucher en urgence. Ces pratiques sont toutes, évidemment, illégales. Les cliniques se doutaient certainement que si je restais trop longtemps ou que j’approchais les femmes de trop près, je finirais par avoir vent de leurs pratiques, d’où leur réticence à me mettre en relation avec elles.

    - Quelles sont les conditions socio-économiques dans lesquelles vivent les femmes qui deviennent mères porteuses ? L’argent est leur seule motivation ?

    – Je n’ai rencontré aucune femme qui ait fait des études supérieures. Leurs revenus familiaux sont tous situés entre 3 000 et 6 000 roupies par mois, c’est-à-dire entre 50 et 100 euros. Pour une gestation pour autrui, elles touchent environ 3 500 euros (250 000 roupies), soit l’équivalent de trois ans de salaire. Toutes les femmes que j’ai rencontrées connaissent d’importantes difficultés économiques : de bas revenus, mais aussi des soucis de santé dans leur famille qui nécessitent des soins parfois coûteux. Même si aucune d’entre elles ne vit dans des conditions extrêmes de pauvreté, et bien que ce qu’elles gagnent grâce à la GPA ne représente pas non plus une immense fortune, ce salaire est très important pour elles car il permet à leur famille de ne pas sombrer dans la misère. Toutes sont au bord de la pauvreté : le moindre imprévu (une maladie, mais aussi un mariage ou le décès d’un proche) peut les y plonger durablement, d’autant qu’en Inde, il n’y a pas réellement de sécurité sociale.
    L’argent est donc la motivation première. Elles font souvent le calcul, pour savoir combien de grossesses elles devront réaliser avant d’être complètement à l’abri des difficultés économiques. Les cliniques les encouragent d’ailleurs, après la première GPA, à continuer : souvent, elles savent les persuader en ciblant expressément des femmes qui ont vraiment besoin d’argent. Je n’ai rencontré qu’une seule femme qui a refusé de réaliser une seconde grossesse : sa GPA lui a permis d’acheter la pauvre maison qu’elle louait auparavant avec son mari, et elle s’est remise à vendre des légumes.

    - Les parents d’intention choisissent-ils les mères porteuses ? Vous écrivez dans votre étude que « la GPA est un bazar où même la capacité d’une femme à porter des enfants a un prix ». Que voulez-vous dire ?

    – Oui, ce sont principalement les parents qui choisissent la mère porteuse, d’abord sur la base de photos et de quelques informations basiques, puis ensuite en leur faisant passer un entretien. Ils évaluent les candidates en fonction de leur apparence physique, préférant par exemple celles qui sont légèrement en surpoids car c’est un gage de bonne santé selon eux ; mais aussi en fonction de leur disposition à abandonner le bébé sitôt après la naissance. Ils privilégient nettement les plus pauvres, et s’intéressent au taux de mortalité dans leurs familles. Les mères, en revanche, n’ont pas le choix.
    Un supplément est versé aux femmes qui allaitent le bébé, et leur salaire est en partie indexé sur le poids de l’enfant à la naissance. En cas de handicap, ou si le sexe n’est pas celui désiré, elles sont en revanche moins payées. D’après un médecin, un tiers environ des parents préfèrent une mère qui a la même religion qu’eux. Une mère m’a confié qu’elle avait touché une prime, car elle appartenait à une caste de propriétaires, les Patel, qui jouissent d’un statut social prestigieux dans le Gujarat. Dans d’autres cliniques, on ne recrute que des femmes à la peau claire, et des critères de beauté ont été introduits.
    Les parents doivent débourser environ 1,1 million de roupies (18 000 euros environ), et les prix sont multipliés par le nombre de bébés en cas de jumeaux ou de triplés. Les bébés aussi sont donc une marchandise à vendre. Et en effet, comme je l’ai écrit, ces cliniques ressemblent à de gigantesques bazars, où tout a un prix : le corps des femmes, leur lait maternel, le travail de nounous que certaines font pendant quelque temps après la naissance, le nombre d’enfants, leurs poids, leur sexe, leur santé, et même jusqu’à la caste sociale ou la religion de la mère.

    - Vous avez également visité ces « surrogacy homes », ces foyers pour mères porteuses où sont retenues les femmes pendant leur grossesse. Y restent-elles par choix, ou par obligation ? Vous comparez ces lieux à des prisons…

    – En réalité, les conditions de vie dans ces foyers sont une violation flagrante des droits de l’homme : toute activité autre que liée au bon déroulement de la grossesse est bannie.
    Il s’agit d’une obligation imposée par la clinique, parfois même après la naissance si les parents d’intention souhaitent que la mère allaite l’enfant. De toute manière, après l’accouchement, elles n’ont pas le droit de retourner tout de suite chez elles. Pendant la grossesse, tous leurs mouvements sont strictement contrôlés, elles n’ont pas le droit de sortir ni d’accomplir aucune tâche du quotidien. On limite le nombre de proches qu’elles sont autorisées à voir. Elles doivent également abandonner leurs autres enfants : l’une d’entre elles, célibataire, a dû les confier à son frère tout le temps de la grossesse. Et dans la clinique, il n’y a aucun divertissement prévu pour elles : pas de télé, de radio, de livres ou d’ordinateurs, elles sont sur leur téléphone portable pratiquement toute la journée. Même dans les prisons, il y a des cours ou des espaces de récréation. On leur fait écouter de la musique sacrée à longueur de temps, car cela est supposé avoir un effet bénéfique sur les bébés. Elles sont gavées à longueur de journée, sont tenues de finir leur assiette à chaque repas. En réalité, les conditions de vie dans ces foyers sont une violation flagrante des droits de l’homme : toute activité autre que liée au bon déroulement de la grossesse est bannie.

    - Les liens avec leur famille sont donc coupés tout le temps de la grossesse ? Que disent-elles à leurs proches ?

    – Le consentement du mari est obligatoire pour devenir mère porteuse, donc la famille est toujours au courant. La plupart d’entre elles l’annoncent à leurs proches soit pendant la grossesse, soit rapidement après. Certaines d’entre elles viennent à la clinique accompagnée par une amie ou une soeur, pour se rassurer, au début. La GPA est très stigmatisée en Inde, mais la plupart du temps les femmes ne s’en soucient que très peu car elles ont le soutien de leur famille, voire même suscitent l’admiration car elles se sacrifient pour subvenir aux besoins de leurs proches. Certaines d’entre elles, malgré tout, préfèrent mentir et font croire qu’elles travaillent à l’étranger pour justifier de longs mois d’absence.

    - Quelle relation ont les mères à l’égard de l’enfant qu’elles portent ? Le considèrent-elles comme leur propre enfant ? Réussissent-elles facilement à l’abandonner, après l’accouchement ?

    – On ne cesse de leur répéter que l’enfant n’est pas à elles mais qu’il appartient aux parents d’intention. Mais en réalité, la séparation est toujours un déchirement, et la plupart des mères éprouvent une profonde tristesse. La grossesse est une pratique teintée de très fortes significations culturelles, sociales et religieuses. Toutes les mères porteuses se considèrent comme la mère de l’enfant, et elles réclament souvent d’avoir de ses nouvelles de la part des parents d’intention après l’adoption.
    Émotionnellement, la séparation avec l’enfant est presque toujours dévastatrice, d’autant plus qu’il leur est interdit de faire part de leurs sentiments : les manifestations de tendresse à l’égard du bébé sont prohibées, et elles ne peuvent en parler ni avec les médecins, ni avec les parents d’intention, ni même, bien souvent, avec leur mari. Il n’y a qu’entre elles qu’elles peuvent en discuter. Le temps qu’elles passent avec l’enfant après la naissance est très précieux pour elles, elles en gardent un souvenir grâce aux photos qu’elles prennent à ce moment. Lors de nos entretiens, ces photos sont une des premières choses qu’elles ont voulu me montrer !
    Les parents adoptifs, au contraire, ne considèrent pas la mère porteuse comme la vraie mère, et dissocient la grossesse du fait d’être « propriétaire » de l’enfant. Ils s’appuient sur le fait que la plupart du temps, les embryons sont conçus à partir de leur matériel génétique à eux. Les médecins s’appuient sur ce sentiment de propriété des parents d’intention pour faire entendre raison aux mères porteuses, et n’évoquent jamais le sentiment maternel de ces femmes devant les parents adoptifs : ils leur disent qu’elles ne s’intéressent qu’à l’argent.

    - Est-ce qu’il arrive parfois que les parents qui ont commandé l’enfant le refusent, par exemple en cas de handicap ou lorsque le sexe n’est pas celui exigé ?

    – Oui, hélas. Au cours de mon enquête, j’ai entendu dire qu’une petite fille était née avec une main en moins : la semaine suivante, la presse rapportait que cette enfant avait été retrouvée sous un pont de la ville. La mère porteuse a reconnu que c’était bien le bébé dont elle avait accouché, mais n’a pas osé se signaler à la police, de peur qu’on croit que c’était elle qui avait abandonné l’enfant, alors que les coupables étaient les parents adoptifs. D’autres enfants, selon certains articles de presse, auraient été abandonnés à l’orphelinat en raison de leur handicap ; ou pire, certains auraient été vendus à des réseaux clandestins d’adoption. Mais comme il n’y a pas de statistiques précises sur le nombre d’enfants nés dans les cliniques de GPA, on ne sait pas combien d’entre eux ont été ainsi abandonnés.

    - Vous vous dites féministe. Pourtant, d’autres féministes soutiennent au contraire la possibilité pour les femmes d’être mères porteuses, au nom du respect de l’autonomie des individus !

    – Le féminisme, dans son approche libérale, se concentre en effet sur l’autonomie de l’individu dans ses choix reproductifs. Cette approche vise à libéraliser l’accès à toutes les formes de technologies reproductives, sans que l’État n’instaure de barrières quelconques. Les techniques d’assistance médicale à la procréation (PMA) par exemple sont considérées comme un excellent moyen de résoudre les problèmes d’infertilité ; et la GPA est vue comme un marché gagnant-gagnant, avec un bébé contre de l’argent. Mais ce point de vue occulte complètement la réalité sociale : dans les faits, les femmes qui deviennent mères porteuses le font rarement par choix, mais y sont poussées à cause de leur situation économique, en raison de très fortes inégalités comme celles qui existent en Inde.
    Les féministes se sont battues pour la libération des femmes, notamment à l’égard du rôle maternel stéréotypé auquel on les assignait. Certaines féministes vont jusqu’à voir dans la GPA une étape de ce processus de libération, puisque l’activité reproductive est séparée strictement de la maternité. C’est, selon elles, une expérience libératrice, puisque cela participe de l’émancipation face à la nature, à l’instinct maternel. Mais en réalité, la GPA est une soumission complète, à la fois à la technologie et au patriarcat : en témoigne le contrôle absolu auquel les femmes sont astreintes pendant leur grossesse, au nom du fait que les femmes doivent entièrement se consacrer à l’enfant qu’elles portent. Pendant toute leur grossesse, les femmes sont exclues de toute forme de vie sociale extérieure à la clinique.
    En réalité, l’autonomie des individus n’est jamais décorrélée du contexte social dans lequel ils évoluent : chaque décision est prise dans un contexte politique, économique et culturel, car les individus appartiennent toujours à une communauté et à une histoire. Les femmes indiennes qui deviennent mères porteuses le font par devoir à l’égard de leur famille ou de leurs proches dans le besoin, en partie pour gagner leur affection ou leur respect. Elles subissent bien souvent une subtile pression de la part de leur famille, maquillée sous des liens affectifs étroits. Elles font ce choix pour permettre, aussi, à leurs enfants d’échapper à l’impasse dans laquelle elles se trouvent elles-mêmes. Certaines ont même besoin de cet argent pour payer la dot de leurs sœurs ou belles-sœurs, ce qui participe précisément au maintien d’un système de domination !
    Du reste, l’approche individualiste empêche de considérer un autre aspect de la question : 60 à 80 % des parents qui commandent un enfant sont des étrangers : ils viennent le plus souvent des pays du Nord, et descendent dans ceux du Sud où les personnes, plus pauvres, sont davantage disposées à devenir un matériau biologique.
    J’appelle donc à une interdiction mondiale de la gestation pour autrui, car c’est une pratique inhumaine tant à l’égard de la mère porteuse que pour les enfants, privés de vérité biologique sur l’identité de leur maman. Les droits des parents d’intention ne doivent pas l’emporter sur ceux de la mère, qui subit une mise à l’index de la société ainsi que des atteintes à sa santé, à son équilibre psychique, à sa liberté. Je demande aussi que s’instaure une solidarité féministe transnationale, afin de renforcer la justice reproductive : on ne peut pas bafouer ainsi les droits des personnes, sous prétexte de leur vulnérabilité.

    - Peut-on s’opposer à la gestation pour autrui tout en soutenant les techniques d’assistance médicale à la procréation ?

    – Non, je ne crois pas, dans la mesure où les techniques de PMA supposent de trier et de manipuler un matériel biologique, et par conséquent de réifier la race ou l’appartenance ethnique des embryons. Ces techniques, comme la GPA, renforcent les discriminations sociales. En cette ère d’importants progrès médicaux et scientifiques, nous devons prendre du recul et considérer les implications et conséquences de tous ces bouleversements dans la reproduction humaine : nous avons, à cet égard, une lourde responsabilité. Avec le don de gamètes, bien que dans une moindre mesure par rapport à la GPA, il y a déjà une forme de marchandisation du corps. Ces pratiques se ressemblent toutes par leur impact sur la psychologie humaine, la façon dont elles brouillent les identités.

    À mon sens, les technologies reproductives ne sont acceptables moralement que si elles n’impliquent qu’une intervention sur le corps de la personne qui en fait le choix pour elle. Mais il ne peut y avoir de droits reproductifs, qui impliquent une opération invasive ou nuisible sur une tierce personne. La sélection des gamètes, le choix du sexe de l’enfant, le diagnostic préimplantatoire sont autant de techniques qui renforcent toujours certaines formes de discriminations.

    - En revanche, est-ce que l’interdiction de la GPA ne risque pas de laisser ces pratiques se perpétuer souterrainement, dans des conditions pires encore ?

    – Non, car en réalité, même légale, la gestation pour autrui s’accompagne de pratiques terribles. En 2013, de très jeunes femmes venues des régions les plus pauvres d’Inde ont été enlevées, échangées, violées et forcées à devenir mères porteuses. Une jeune fille a notamment été forcée d’accoucher à six reprises après son enlèvement, à l’âge de 13 ans ! Il y a de très nombreux trafics similaires en Inde, avec des femmes venues souvent du Népal ou de Thaïlande. D’autant que la GPA intéresse de moins en moins de femmes à cause de la diminution des salaires. Comme pour la prostitution, une interdiction formelle n’empêchera certainement pas certains trafics souterrains, mais permettra de créer des plateformes légales pour aider les femmes qui en sont victimes à se pourvoir en justice, tandis qu’un système permissif favorise l’essor des réseaux clandestins.

    #GPA #femmes #exploitation #domination


  • La privatisation du vivant - pratiques
    https://pratiques.fr/La-privatisation-du-vivant

    Pratiques : Le corps des femmes est particulièrement exploité.

    À l’échelle internationale, le commerce d’ovules est très organisé. Certaines femmes indiennes peuvent accéder à la FIV parce qu’en contrepartie, elles donnent leurs ovules. Ce commerce se développe beaucoup au Mexique. En Europe, ce sont l’Espagne et Chypre qui en sont la plaque tournante.

    Ce commerce sert à la recherche, mais il est aussi très bien connu des citoyens français, anglais… On sait qu’en général les gens vont acheter des ovules en Espagne parce qu’ils proviennent de femmes d’Europe de l’Est qui ont des caractéristiques génétiques recherchées : blondes aux yeux bleus, grandes… Et dans le cadre de la grossesse pour autrui (GPA), ils vont aller faire porter les grossesses par des femmes indiennes. Ce sont des enjeux raciaux et d’exploitation graves. Il y a là plusieurs femmes en jeu, ce qui complexifie encore plus ce commerce des corps. Les impacts sur les mères porteuses sont au premier plan, mais pour les pourvoyeuses d’ovules, les conséquences sur leur santé semblent occultées. Ce sont souvent de très jeunes femmes, les stimulations ovariennes à répétition, les prélèvements d’ovules affectent leur propre santé reproductive, d’autant que lorsqu’elles repartent chez elles, elles n’ont pas toujours le suivi nécessaire. Des documentaires, tels que Eggsploitation aux États-Unis, montrent les effets de l’hyperstimulation ovarienne sur ces jeunes filles, dont certaines ont développé des cancers en lien avec l’utilisation massive d’hormones. Ce sont les femmes invisibles de tous ces discours, les gens ont très peu de connaissances sur les procédures médicales utilisées pour amener une femme à produire dix à quinze ovules dans un mois. C’est dans une logique de marché : transformer le corps des femmes pour qu’il soit plus productif.

    #GPA #don_d'organes


  • Le #capitalisme raconté par le nugget ! (Et par Christophe Colomb) - Entretien avec Raj Patel - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=Ge0YJug5XXU


    Une vision claire et globale, qui intègre le même type de constat que ceux amenés par Federici, par exemple.

    « Le nugget de poulet est le produit capitaliste parfait : originaire d’une volaille qui vivait à l’état sauvage dans la jungle asiatique, on l’a transformé cet animal en objet, avec un poitrail tellement important qu’il ne peut plus marcher ! Ce poulet moderne est un résumé de ce que nous pouvons faire à la nature : prendre tout ce que bon nous semble, le transformer, et le jeter à la poubelle. » Rencontre et entretien avec l’économiste Raj Patel autour de son dernier livre : « Comment le monde est devenu cheap ? »

    #exploitation #racisme #sexisme #hiérarchisation #malbouffe #énergie #transports #économie #société

    • http://rajpatel.org/2018/05/21/chicken-for-christs-sake/#more-4196

      The most telling symbol of the modern era isn’t the automobile or the smartphone. It’s the chicken nugget. Chicken is already the most popular meat in the US, and is projected to be the planet’s favourite flesh by 2020. Future civilisations will find traces of humankind’s 50 billion bird-a-year habit in the fossil record, a marker for what we now call the Anthropocene. And yet responsibility for the dramatic change in our consumption lies not so much in general human activity, but capitalism. Although we’re taught to understand it as an economic system, capitalism doesn’t just organise hierarchies of human work. Capitalism is what happens when power and money combine to turn the natural world into a profit-making machine. Indeed, the way we understand nature owes a great deal to capitalism.


  • Batterie auto elettriche: il prezzo pagato dai bambini del cobalto

    Nelle miniere del Congo migliaia di bambini pagano un prezzo altissimo per estrarre il cobalto, uno dei materiali indispensabili alle batterie delle auto elettriche: condizioni di lavoro terribili e rischi per la salute per pochi centesimi al giorno


    https://www.osservatoriodiritti.it/2018/10/22/batterie-auto-elettriche-bambini-cobalto
    #voiture_électrique #exploitation #mines #cobalt #enfants #Congo #esclavage_moderne #extractivisme #matières_premières #cartographie #visualisation
    ping @reka


  • Child trafficking: who are the victims and the criminal networks trafficking them in and into the EU

    One of the most serious aspects of this phenomenon is the role of the family, with #Europol receiving regular notifications of children being sold to criminal networks by their families. In some cases they engage directly in the trafficking and #exploitation of their own children.
    Female suspects play a key role in the trafficking and exploitation of minors, much more than in criminal networks which are trafficking adult victims.
    Most of the cases reported to Europol involve networks escorting non-EU minor victims across the entire route from their country of origin to the place of exploitation, frequently with the involvement of #smuggling networks. Smuggling of minor victims through the external borders and across member states usually entails the use of forged travel documents.
    Criminal profits are mainly redirected to the country of origin of the key suspect, in small amounts via money transfer services and in larger sums using criminal money couriers and mules.
    Children are trafficked from around the world into the EU. The majority of non-EU networks reported to Europol involved Nigerian organised crime groups which are trafficking young girls to be sexually exploited.
    Children in migration and unaccompanied minors are at higher risk of trafficking and exploitation. Although the scale of trafficking of unaccompanied minors remains unknown, a future increase is expected.

    https://www.europol.europa.eu/newsroom/news/child-trafficking-who-are-victims-and-criminal-networks-trafficking-t
    #trafic_d'êtres_humains #enfants #enfance #UE #EU #Europe #smugglers #Nigeria #prostitution #exploitation_sexuelle #MNA #mineurs_non_accompagnés

    Lien pour télécharger le #rapport:
    https://www.europol.europa.eu/publications-documents/criminal-networks-involved-in-trafficking-and-exploitation-of-underag


  • « Les raisins de la misère » : comment les grands crus du Bordelais prospèrent sur une pauvreté extrême
    https://www.bastamag.net/Les-raisins-de-la-misere-comment-les-grands-crus-du-Bordelais-prosperent-s

    A l’ombre des luxueux châteaux du Bordelais se cache une pauvreté et une injustice saisissantes. C’est ce que révèle une enquête de la journaliste Ixchel Delaporte. Les saisonniers qui s’échinent dans la vigne, indispensables à la bonne tenue d’un grand cru, sont sans cesse plus précarisés. Les habitants les plus pauvres – chômeurs, mères célibataires, malades des pesticides... – ne voient pas les retombées économiques du négoce et du tourisme. Pire : ils doivent se rendre invisibles. Les raisins de la (...)

    #Décrypter

    / Quelle agriculture pour demain ?, #Inégalités, #Classes_populaires, #Conditions_de_travail, #Fractures_sociales, A la une, (...)

    #Quelle_agriculture_pour_demain_ ? #Entretiens


    • Le #mirage anglais : la #désillusion des migrants

      Après la périlleuse traversée de la Manche, 
des migrants déchantent au Royaume-Uni.

      Depuis plus de vingt ans et l’ouverture du tunnel sous la Manche, les camps d’infortune baptisés «  jungles  » se succèdent à Calais et aux alentours. Y survivent des Irakiens, des Afghans, des Érythréens, des Soudanais et des ressortissants de bien d’autres nationalités, en fonction des aléas géopolitiques, tous aimantés par cet Eldorado britannique qu’ils fantasment et aperçoivent depuis la plage, à une trentaine de kilomètres.

      D’infimes falaises obsédantes derrière les vagues grises agitées  : ce paysage tempétueux est l’une des frontières européennes les plus difficiles à franchir, rendue prétendument étanche grâce aux millions d’euros versés chaque année par la Grande-Bretagne.

      Les infrastructures du port et de l’Eurotunnel, ultimes étapes avant leur escale finale – l’Angleterre – sont gardées comme des forteresses à grand renfort de barbelés, scanners, policiers...

      Les exilés tentent de passer cette lisière seuls, ou avec l’aide des cellules de passeurs souvent kurdes, implantées sur le littoral. En Grande-Bretagne, pensent-ils séduits, leur asile sera accepté, ils trouveront du travail, ou encore ils ne seront pas expulsés vers le premier pays d’Europe, responsable de leur demande d’asile, selon le règlement Dublin III.

      Une fois la Manche franchie, les migrants s’évanouissent dans la nature, s’expriment peu, par crainte d’être ennuyés par les autorités. Ils tentent de se construire une vie, dans l’anonymat. Le soi-disant Eldorado ne comble pas toujours leurs attentes.

      La majorité des demandeurs à l’asile – 30 603 en 2016, selon le Home Office (ndlr : équivalent du ministère de l’Intérieur) – sont Iraniens, puis Pakistanais, Irakiens, Afghans, Bangladais…

      Et au final, «  34 % des demandes sont acceptées, soit un taux moins élevé qu’en France – 40 %  », souligne Magali Lambert, de La Cimade. Quant au règlement Dublin III, «  il est appliqué comme en France. Tout migrant peut être renvoyé vers le premier pays responsable de sa demande d’asile  ».

      Wira et Barzan (Kurdes irakiens)

      Le soleil transperce les nuages gris, illumine les docks.

      Le cri des mouettes couvre la respiration de la marée grise. Il est midi à Liverpool, les pintes de bières règnent sur les tables d’un pub cerné d’entrepôts de briques. Les Britanniques à l’accent scouse, typique de ce grand port du nord-ouest du Royaume-Uni, trinquent sur les quais.

      Devant leurs verres d’eau gazeuse, les Kurdes irakiens Barzan et Wira (prénoms modifiés à leur demande), eux, n’ont pas le goût à la détente. «  La décision du Home Office est tombée il y a deux mois. On m’a rejeté, on ne veut pas de moi  ».

      Barzan, 26 ans, détaille les justifications des autorités britanniques avec mépris.

      lls m’ont dit que maintenant je pouvais retourner en Irak, que ce n’était plus dangereux, que je pouvais être avec ma famille là-bas.

      Barzan, un Kurde irakien de 26 ans

      Son ami Wira, 36 ans, tente de le consoler, mais a peu d’arguments. «  Je suis venu en Grande-Bretagne il y a quatorze ans, ma demande d’asile et mon appel ont été rejetés. Depuis, j’ai fait plus de douze demandes de réexamen [il n’y a pas de limites pour ces requêtes, il faut apporter de nouveaux éléments au dossier, ndlr]. C’est toujours non  ».

      Wira est dans une zone grise  : sommé de quitter le pays, il ne compte plus les années à errer, anonyme, entre les villes de Leicester, Wrexham et Liverpool.

      Wira et Barzan viennent d’Erbil et de Souleimaniye, dans la région autonome du Kurdistan irakien. L’Angleterre, ils l’ont fantasmée à plus d’une décennie d’écart. Le premier y a posé le pied en 2002, le second en 2016. «  Ici, on pouvait gagner notre vie, la construire, du moins c’est ce que je pensais  », résume Barzan.

      Son regard vert glacial se fait encore plus froid quand il repense au chemin parcouru. «  Je suis venu par la Turquie, la Grèce, la route des Balkans en 2015  ». Il tente d’abord une première demande d’asile en Allemagne en 2015. Puis «  neuf mois sans nouvelles  », alors il se «  reporte  » sur la Grande-Bretagne.

      «  Je suis resté des mois bloqué à Grande-Synthe (à 30 km de Calais) avant de réussir à passer, après une dizaine de tentatives, avec 24 autres personnes dans un camion de lots de shampoing  ». Barzan se souvient : «  Ce n’était pas la vie normale. Le temps était long. Tu ne savais pas combien de temps tu allais rester, ce que tu allais devenir  ».

      En 2002, «  tout était plus simple  : ni contrôles ni policiers ni barbelés  », lui répond Wira, qui a franchi la frontière à cette date. «  Je suis resté trois jours à Calais et j’ai réussi dès le premier coup à passer dans un camion  ». Les souvenirs de Wira sont légers et flous, ceux de Barzan tenaces et amers.

      Les deux hommes montrent leurs mains rouges et desséchées. S’ils n’ont toujours pas de statut de réfugié, ils ont un travail, l’une de leurs motivations pour venir en Grande-Bretagne.

      «  On lave des voitures  », explique Barzan. «  Si tu es réfugié, en Angleterre, tu dois passer par le “car-wash” même si ça abime les mains, plaisante Wira, c’est dans une société de lavage de voitures que nous nous sommes rencontrés, beaucoup de Kurdes y travaillent, on trouve toujours. Au début on gagne 39 euros puis avec l’expérience 56 euros par semaine. Je travaille dans ce secteur depuis quatorze ans  ».

      Et toujours non déclaré. «  Trouver un job au noir, c’est facile en Grande-Bretagne, je ne me suis jamais fait prendre par les autorités. Il paraît que quelques patrons se prennent des amendes. Mais personnellement, je n’ai jamais vu aucun directeur avoir des problèmes  ».

      Dans ce pays à l’économie libérale, le travail au noir représente près de 9,4 % du PIB en 2017, selon le magazine américain Forbes.

      On ne compte pas nos heures, on travaille six jours sur sept.

      Barzan, un Kurde irakien de 26 ans

      «  Mais je crois qu’en fait c’est la norme, comme un cercle vicieux sans fin, analyse Wira. La Grande-Bretagne a besoin de nous, de main d’œuvre, pour les petits boulots. Mais en même temps, nous sommes rejetés, nous n’avons pas de droits  ».

      Les compères remontent l’artère commerçante de Liverpool où se succèdent les magasins des grandes chaînes de prêt-à-porter. «  C’est une très belle ville, mais je suis effrayé par le racisme, avoue Barzan. Tu le sens, le raciste, c’est celui qui te regarde comme quelqu’un d’inférieur  ». Ils rejoignent un restaurant kurde aux murs blancs.

      Barzan déprime devant sa soupe de lentilles rouges. «  Je suis perdu, je veux gagner ma vie mais dans une usine ou en tant que chauffeur de taxi, pas dans un “car-wash”, au noir  ». Il songe au retour et évoque cet ami kurde qui lui «  n’en pouvait plus d’attendre  ». «  Il est parti en Allemagne pour tenter de demander l’asile là-bas  ».

      Comme lui, en 2017, quelque 966 personnes ont franchi irrégulièrement la frontière entre l’Angleterre et la France, selon l’Ocriest (Office central pour la répression de l’immigration irrégulière et de l’emploi d’étrangers sans titre). Souvent dissimulés dans les camions, ils ont finalement re-traversé la Manche en sens inverse, lassés de la dureté de ce pays dont ils avaient trop rêvé.

      Lire aussi : L’abandon des enfants migrants en France
      Ridire (Bédouin apatride)

      Ridire exhibe tout sourires ses cartes. «  Ma première carte d’identité, ma première carte de crédit  ». Des sésames dont il est fier et grâce auxquels il bénéficie d’une reconnaissance après un long passage à vide. «  Dans tous les pays que j’ai traversés, j’étais considéré comme quelqu’un d’illégal, un terroriste, parce que j’étais un migrant  ».

      Cet homme brun au teint hâlé traîne ses longues jambes sur un marché bouillonnant de Birmingham, sa commune d’adoption. «  C’est une bonne localité pour recommencer une nouvelle vie, trouver un bon travail  ». Entre les étals, les langues anglaise mais aussi pakistanaise, arabe ou chinoise se mêlent dans cette deuxième ville d’Angleterre qui abrite de nombreux réfugiés.

      Bédouin, Ridire est né sans papiers au Koweït.

      «  Nous sommes bidoune [sans papiers, ndlr] et persécutés, le pays ne veut pas de nous  ». Formant une famille d’apatrides avec sa mère et ses petits frère et sœur, ils prennent en 2010 le chemin de Damas, en Syrie, où Ridire travaille dans un hôtel.

      La guerre arrive, la fuite au Liban s’impose, dans un camp de réfugiés où l’attente devient interminable. Ils décident alors de rejoindre leur oncle, installé depuis des années en Grande-Bretagne.

      Son frère et sa sœur, mineurs, bénéficient d’un regroupement familial. Ridire emprunte la voie illégale  : traversée de la Turquie, la Grèce, la route des Balkans, à l’été 2015.

      «  J’ai rarement ressenti d’humanité, insiste Ridire. La seule fois c’était à Lesbos, avec des bénévoles qui m’ont parlé comme à quelqu’un de normal  ». Une inhumanité qui s’accentue, d’après lui, lorsqu’il débarque à Grande-Synthe.

      «  Je suis arrivé de nuit, avec ma mère. D’autres migrants nous ont dit de nous installer dans une tente. Le lendemain, à la lumière du jour, j’ai découvert le cauchemar : les rats, la boue...  » Ridire est alors au camp du #Barosch de #Grande-Synthe, aux côtés de 2 000 migrants. Il y découvre le système des passeurs.

      «  Des trafiquants sont venus me voir, m’ont dit “comme tu es Koweïtien, tu es riche, un passage te coûtera 2 500 euros”  ». Dans le nord de la France, les trafiquants appliquent les tarifs de leurs «  prestations  » souterraines au faciès.

      Pour passer la Manche caché dans un camion, un ressortissant érythréen, réputé pauvre, paiera moitié moins cher qu’un Syrien, réputé riche, indique Ridire écœuré. Lui n’a pas d’argent. Les saisons passent à Grande-Synthe. Sa mère tombe malade, il parvient à la faire passer légalement en Grande-Bretagne, mi-2016.

      Seul, Ridire déchante. «  Je pensais que j’allais mourir à Grande-Synthe. Un passeur qui me voyait dépérir m’a aidé. Un soir il m’a dit, “ok tu montes gratuit” dans un camion qui contenait des télévisions, de la farine, des pots en céramique…  ».

      Sur le trajet, il pleure de joie. «  Je me disais, je vais enfin avoir des droits. Le poids lourd s’est arrêté dans un village du centre, je suis sorti sous les yeux médusés du chauffeur – un Roumain je crois – en courant, trop heureux. Il n’a rien dit. J’ai appelé ma famille à Birmingham qui m’a envoyé un taxi  ».

      Au bout d’un an, Ridire obtient son statut, le Koweït est jugé dangereux pour lui «  il y a un risque d’extinction de la communauté (des Bédouins) à cause du mauvais traitement que nous subissons : pas de services, pas d’accès à l’éducation ni à la santé  », justifie Ridire.

      Il peut aujourd’hui avoir accès au système de santé, étudie les mathématiques à la faculté, vit dans une maison avec sa mère. Les 42 euros hebdomadaires que lui verse le gouvernement l’aident à se nourrir.

      «  D’ici quelques années, je travaillerai dans l’industrie du pétrole, je n’ai pas honte de dire que j’ai envie de bien gagner ma vie. L’Angleterre pour moi, c’est le business, c’est très différent de la France, où j’ai le sentiment que les gens sont plus amicaux  ». Le pays réputé individualiste «  casse quelques traditions et valeurs familiales, avoue-t-il. En ce mois de juin, c’est le ramadan, or mes frère et sœur n’ont pas le temps de venir dîner, ils disent qu’ils travaillent trop. Alors on s’appelle, mais on ne reste plus ensemble, comme au Koweït. S’il nous arrive une broutille, personne ne se déplace pour l’autre. Trop de travail, c’est souvent l’excuse  ».

      Maintenant, Ridire espère obtenir d’autres droits. «  J’aimerais pouvoir voter. Si j’avais eu ce droit, je n’aurais surtout pas voté pour le Brexit, qui ­m’inquiète et va nous isoler  ».
      Henok (Érythréen)

      Henok chante des airs de rap en marchant sur les trottoirs bondés de Londres. Il slalome ce jour de juin entre les passants, près de la gare internationale de Saint-Pancras. Parmi la foule d’anonymes, personne ne s’attarde sur la bouille ronde du jeune Érythréen, cheveux en bataille, survêtement noir et petite sacoche.

      Sur le chemin de l’exil, Henok devait fuir les regards, «  On me dévisageait alors que je voulais être discret, dit l’adolescent de 18 ans. Il était l’étranger. Aujourd’hui, je me sens libre  ». Il avance serein entonnant des paroles sur Calais, qu’il a composées lui-même. La ville, jamais loin, le hante toujours. Car avec Tripoli, en Libye, Calais est l’escale de son ­parcours qui l’a le plus «  choqué  ».

      Parti seul d’un village près d’Asmara à 14 ans, il fuit le service militaire à vie de ce pays d’Afrique de l’Est sous la coupe du dictateur Isaias Afwerki.

      Pendant deux ans, Henok ne songe qu’à traverser les frontières. «  Je voulais venir en Grande-Bretagne dès le départ. J’avais entendu par des amis déjà sur place qu’on trouvait du travail plus facilement en Angleterre qu’en Italie ou en France  ».

      Son itinéraire se dessine : Soudan, Libye, Italie, France. Des milliers d’autres migrants l’ont fait avant lui, cela lui donne espoir, les photos de proches en Grande-Bretagne le soutiennent pendant son périple. Sans argent, il ne passe pas toujours avec des passeurs de frontières, «  je me cachais seul dans les camions  ».

      Lire aussi : Plus de cent soudanais renvoyés dans l’enfer libyen

      Henok insiste sur deux étapes qui l’ont traumatisé.

      À Tripoli en Libye et à Calais, j’ai lutté pour ma survie. Je pensais souvent à la mort.

      Henok, Érythréen de 18 ans

      Malgré sa jeunesse, elle est omniprésente dans la vie de l’adolescent. «  En Libye, je suis resté bloqué à Tripoli, pendant trois mois, dans une maison de torture [les migrants nomment généralement ces bâtisses des connexions houses, surveillées par les passeurs, ndlr]  ».

      Enfoncé dans le fauteuil d’un café cosy londonien, Henok exhibe une blessure sur sa main. «  Ceux qui me gardaient me brûlaient, ils voulaient appeler mes parents pour avoir de l’argent contre ma liberté, mais mes parents n’ont pas de téléphone dans leur village !  ».

      Il perd la notion du temps, finit par embarquer pour l’Italie «  Un jour de printemps 2015, dit-il évasif. J’avais trop peur, mais il fallait rejoindre l’Italie. C’était la mort en Libye, la mort dans l’eau ou l’Italie, pas d’autres options  ». Il navigue sur la Méditerranée centrale dans un bateau en bois où s’entassent 383 personnes, avant d’être tiré des flots par un navire italien. «  Le plus beau jour de ma vie, mais je n’arrive pas à le décrire, c’était trop fort  ». Il marque un silence et sourit.

      Après cette frontière traumatisante, il reste à Henok une autre mer à traverser  : la Manche. Et un second traumatisme, Calais. «  Je suis passé facilement de l’Italie à la France par les Alpes, caché dans un camion, contre 30 euros. Calais, finalement, ça paraissait simple à franchir  : la Manche est petite comparée à la Méditerranée  ».

      Mais, bloqué dans la ville de la dentelle pendant un mois et deux semaines, il partage l’errance d’un sans-domicile avec d’autres Érythréens près du port de la ville, nourris par les ONG.

      Puis Henok découvre la traque, dit-il, de ceux dont tous les migrants connaissent l’acronyme à Calais  : les CRS. «  Presque chaque nuit, je tentais de me cacher dans des camions, avec des amis, sans passeur, les policiers n’étaient jamais loin. Au bout de quelques semaines, je me suis fabriqué un faux garrot pour faire croire que j’étais blessé et qu’ils me laissent tranquille  ».

      Son ton s’accélère, il raconte nerveusement. «  J’essayais de me glisser sous les châssis des camions, ou de rentrer dans les cargaisons dès que je voyais des poids lourds à l’arrêt. Je ne comptais pas les tentatives. Je me faisais prendre par les policiers, je recommençais le lendemain  ».

      Cela devient un défi pour l’adolescent. «  Je n’avais pas peur, je pensais à l’Angleterre toute la journée. La nuit, lors de mes passages, mes vêtements étaient déchirés à force de courir et tomber sur les routes  ». Sa crainte principale  : «  Les chiens (renifleurs) du port qui finissaient toujours par me trouver planqué dans les camions alors que j’étais près du but  ».

      Henok parvient à sauter dans un train de poids lourds qui file vers l’Eurotunnel.

      Quand j’ai compris que j’étais sous le tunnel, l’émotion était intense pas autant qu’en mer en Libye, mais presque.

      Henok, Érythréen de 18 ans

      Henok dépose sa demande d’asile dans les minutes qui suivent son arrivée à Douvres à l’automne 2015, dans un commissariat de la ville-frontière du sud de l’Angleterre.

      Le mineur est transféré vers Londres, où il est logé avec des travailleurs sociaux par le Home Office. Il obtient son statut de réfugié au bout d’un an, aidé par sa minorité car un retour en Érythrée est bien trop dangereux. «  J’ai ce que je voulais, la sécurité et les études. Je veux devenir électricien et continuer le rap  ».

      Mais après cette longue quête, une autre commence pour lui. «  Je cherche mes parents et mon frère, dont je n’ai jamais eu de nouvelles depuis mon départ. Ils n’ont ni adresse ni Internet. Je pense à eux, ça me rend triste, je voudrais les faire venir, je ne sais pas ce qu’ils sont devenus et eux non plus ne savent rien de ma vie  ».


      https://www.amnesty.fr/refugies-et-migrants/actualites/les-mirages-de-leldorado-britannique

      #dessins de #Elisa_Perrigueur

    • Arrivés en Angleterre illégalement, de nombreux mineurs isolés sont victimes des trafiquants

      Refoulés par le Home Office après des mois passés à Calais, de nombreux mineurs ont tout de même décidé d’atteindre l’Angleterre de manière illégale. Beaucoup ont disparu dans la nature et sont tombés aux mains des réseaux de trafiquants.

      Selon le quotidien britannique The Independent, de nombreux migrants mineurs dont le dossier a été refusé par le Home Office - le ministère anglais de l’intérieur - au moment du démantèlement de la « jungle » de Calais ont traversé la Manche par leurs propres moyens et sont tombés entre les mains de trafiquants au Royaume-Uni.

      Lors de la signature de l’amendement Dubs en mars 2016, le Royaume-Uni s’était engagé auprès de la France à accueillir 480 mineurs isolés présents à Calais et désireux de rejoindre l’Angleterre. Mais en octobre 2016, date du démantèlement de la « jungle », des centaines de mineurs non accompagnés ont vu leur demande déboutée par le Home Office.

      L’association Social workers without borders - qui avait mené une série d’évaluations sur plusieurs enfants de la « jungle » avant son démantèlement - rappelle que sur les 42 enfants signalés « dans le besoin », aucun d’entre eux n’a eu l’autorisation de rejoindre l’Angleterre.

      >> À lire sur InfoMigrants : Au Royaume-Uni, un migrant peut croupir des années en centre de rétention

      Bon nombre de migrants refoulés par les autorités britanniques ont donc tenté leur chance par la voie illégale. Beaucoup d’entre eux se sont ainsi retrouvés piégés dans des réseaux de trafiquants.

      Selon les dernières données du Centre d’information sur la traite des enfants (CTAC), sur les 293 jeunes arrivés en Angleterre clandestinement depuis mi 2016, seulement 103 personnes ont été localisées. Les autres - les 190 autres restants - ont tout simplement disparu dans la nature. À titre d’exemple, sur les 42 mineurs identifiés par Social workers without borders, neuf ont atteint le Royaume-Uni par leurs propres moyens et 14 sont toujours « introuvables ».

      « Quand ils n’ont pas d’argent, leur corps ou le trafic de drogue deviennent des monnaies d’échange »

      Selon le quotidien britannique, un adolescent soudanais placé dans une famille d’accueil a disparu quelques mois après son arrivée en Angleterre, en décembre 2016. « Je lui ai envoyé un message mais je n’ai pas eu de réponse », déclare à The Independent Sue Clayton, une universitaire qui lui avait rendu visite. « Il était clair que les choses ne se passaient pas bien pour lui en Angleterre. Il est probable qu’il travaillait pour le compte d’un trafiquant (…). Il m’a dit que sa mère était très malade et que sa famille avait besoin d’argent ».

      The Independent met également en avant le cas d’un garçon de 16 ans qui a été « pris en otage » par des trafiquants une fois arrivé au Royaume-Uni. Les malfaiteurs le retenaient car son père, installé en Angleterre, n’avait pas les moyens de payer les passeurs de son fils. Le jeune homme a pu être libéré grâce à l’intervention de la police.

      Swati Pande, membre du CTAC, estime qu’il est fréquent que les enfants ayant traversé la Manche disparaissent ou ne soient jamais retrouvés au Royaume-Uni. « Rien n’est gratuit. Ces jeunes ont fait un si long voyage, ils doivent toujours de l’argent à quelqu’un », explique-t-elle au journal anglais. « Au cours de leurs voyages, nous savons qu’il peut y avoir des abus. Quelle est la monnaie d’échange de ces enfants ? Quand ils n’ont pas d’argent, leur corps ou le trafic de drogues deviennent des monnaies d’échange », continue-t-elle.

      Pour la députée anglaise Sarah Jones cité par The Independent, le gouvernement britannique a « tourné le dos aux enfants réfugiés de la ‘jungle’ et continue de le faire ». « Cette année marque le 80ème anniversaire du Kindertransport, quand notre pays a sauvé 10 000 enfants du régime nazi. C’est une honte que le sentiment anti-migrant de notre gouvernement s’étende même aux enfants les plus jeunes et les plus vulnérables », a-t-elle ajouté.
      Une critique injustifiée selon un porte-parole du Home Office qui rappelle que « l’an dernier, le Royaume-Uni a assuré la protection de 6 000 enfants et a également délivré 5 218 visas de regroupement familial, dont plus de la moitié était destiné à des enfants ». Reste que seuls 220 enfants ont été transférés en Angleterre depuis fin 2016, sur les 480 prévus par l’amendement Dubs.


      http://www.infomigrants.net/fr/post/13286/arrives-en-angleterre-illegalement-de-nombreux-mineurs-isoles-sont-vic


  • Dos de femme, dos de mulet, les oubliées du #Maroc profond

    « Si je me suis concentré sur le milieu rural, en particulier sur les régions montagneuses de l’#Atlas et sur les petites villes (#Berkane, #Midelt, #Kalaat_Sraghna), c’est parce que la #fragilité des femmes m’y a paru plus marquée, plus terrible qu’ailleurs. En 2015, dans différentes régions de ce pays, une fille qui n’est pas mariée à dix-huit ans est encore considérée comme une femme ratée, sans avenir… Dans les villages du Moyen et du Haut Atlas, comme dans de petites villes du Maroc profond, pères, mères, autorités locales et juges continuent à marier des filles, âgées de treize, quatorze ans, selon la coutume ou par contrat. Des enfants sont ainsi livrées aux familles de leurs époux. Elles y sont exploitées, martyrisées, violées… Dans les #mines de #Mibladen, mais aussi dans les #vergers de #clémentines de l’Oriental, les #ouvrières_saisonnières ont des conditions de vie dramatiques car elles subissent une double exploitation, économique et sexuelle. Ce travail démontre l’importance de réformer les lois. »


    http://www.etlettres.com/livre/dos-de-femme-dos-de-mulet-les-oubliees-du-maroc-profond
    #livre #femmes #montagne #mariage #enfants #enfance #mariage_forcé #coutume #exploitation #viol #violence #agriculture #travail #exploitation_économique #exploitation_sexuelle

    ping @daphne et @albertocampiphoto —> car on parle aussi des mines de Mibladen


  • La #révolte gronde chez #Easyjet #Suisse

    « La fin de l’année risque d’être chaude », prévient le syndicat SSP, qui dénonce la détérioration des conditions de travail et la « surdité de la direction ».

    Les tensions sont montées d’un cran ces derniers jours entre la direction de la #compagnie_aérienne à bas coûts Easyjet et son personnel de cabine en Suisse.

    Partenaire social du transporteur en vertu d’une convention collective de travail (CCT), le syndicat SSP dénonce la détérioration des #conditions_de_travail et la « surdité de la direction ».

    « L’été 2018 a été le pire que le personnel navigant d’Easyjet a vécu », s’insurge le syndicat vendredi par voie de communiqué, pointant du doigt l’augmentation du nombre de rotations, les pressions sur le personnel et « des salaires insuffisants pour vivre en Suisse ».

    La dernière séance de négociations entre les deux parties a échoué le 18 octobre. « Après avoir tenté d’alerter, sans succès, son management direct, le personnel de cabine d’Easyjet Suisse se mobilise pour ses revendications », indique le communiqué.
    Pétition et manifestation

    Une pétition et une manifestation organisées en septembre n’ont vraisemblablement pas fait fléchir la direction, qui fait « la sourde oreille face aux revendications du personnel et se cache derrière ses dirigeants londoniens ». Le syndicat prévient que « la fin de l’année risque d’être chaude ».

    Dans une prise de position diffusée vendredi, Easyjet a indiqué être « au fait des préoccupations du syndicat du personnel de cabine SSP ». Tenant à rassurer les passagers, la compagnie à bas coûts ajoute « qu’aucune action de grève n’est actuellement prévue en Suisse ».

    Easyjet affirme discuter régulièrement avec ses équipages et leurs représentants syndicaux pour trouver une solution. Elle souligne que les conditions d’emploi et horaires d’Easyjet Switzerland sont « comparables à celles pratiquées par d’autres compagnies aériennes en Suisse ».

    Selon le communiqué du SSP, Easyjet emploie en Suisse plus de 600 personnes en cabine réparties entre ses deux hubs de Genève et de Bâle, où sont basés respectivement 14 et 11 des appareils de sa flotte.

    https://lecourrier.ch/2018/10/19/la-revolte-gronde-chez-easyjet-suisse
    #travail #exploitation


  • Loin de la terre promise

    Venus d’#Amérique_latine, des milliers de travailleurs et travailleuses récoltent les #fruits et #légumes de #Provence. Parfois confrontés à des employeurs malhonnêtes, certains ouvriers s’organisent.

    « En France, plus personne veut bosser dans l’#agriculture ! » Appuyé contre son tracteur sous le soleil écrasant de la fin d’été, L., maraîcher bio entre #Arles et #Avignon, se désole de la #pénurie de #main-d’œuvre française. Dans cette plaine fertile des #Bouches_du_Rhône, c’est le constat amer que font la plupart des agriculteurs. « Les Français, ils ne tiennent pas le coup ! » renchérit un de ses collègues. La solution : des #ouvriers_étrangers, bosseurs et pas exigeants.

    Après les Espagnols, les Portugais et les Marocains, ce sont des milliers de #travailleurs_sud-américains qui viennent dans le Sud de la France via des entreprises d’#intérim espagnoles comme #Terra_Fecundis, #Laboral_Terra ou #Eurofirm. Créées par des notables de la région de Murcia, Alicante ou Valence, dans le sillage de la crise du BTP de 2008 en Espagne qui a mis des milliers d’ouvriers sur le carreau, elles envoient dans toute l’Europe des travailleurs « en provenance de pays à faible coût », comme elles le mettent en avant auprès des agriculteurs.

    Des nouveaux travailleurs pas chers

    Côté agriculteurs, tout est facilité : même si le salaire horaire doit être désormais le même que celui des Français (lire ci-dessous), les boîtes d’intérim payent les cotisations sociales espagnoles, moins chères d’environ 10%. Entre l’exploitant et les travailleurs, aucun contrat individuel, mais une « commande » collective est passée auprès des entreprises espagnoles qui leur « livrent » les travailleurs en bus. L’agriculteur n’a plus qu’à régler la facture. Leur période d’embauche est calquée sur les besoins et les aléas de la production : ils sont donc révocables à tout moment.

    « Ce système arrange tout le monde ! constate Béatrice Mesini, sociologue. A la fois les agriculteurs qui ont tout à y gagner mais aussi les travailleurs eux-mêmes, qui sont très contents de pouvoir toucher 7,50 euros de l’heure pour vivre et rembourser leurs dettes au lieu de 3,50 à 5,50 euros en Espagne et encore moins chez eux en Amérique du Sud. »

    Des #abus et de la #surexploitation

    « Ils ne nous déclaraient que huit jours par mois alors qu’on travaillait tous les jours. » Sifrid

    Mais à quel prix ? Sous-déclaration des heures de travail, conditions de #logement déplorables, retenues démesurées sur le #salaire (la nourriture, les frais de santé, etc.)… Les accusations sont nombreuses. Rencontré à Beaucaire, Sifrid, Equatorien, raconte son arrivée en France en 2006, via Terra Fecundis (TF) : « Ils ne nous déclaraient que huit jours par mois alors qu’on travaillait tous les jours et parfois on n’était payés que plusieurs mois plus tard, dénonce le quadragénaire, le visage tanné par le soleil. En plus, ils prélèvent une somme pour les transports, pour le logement, pour tout ! Ils ne payent pas ­légalement ! »

    André Fadda, du syndicat CGT intérim 13, le confirme : « Dans le #travail_détaché, la première infraction qu’on note, tous secteurs confondus, c’est les amplitudes #horaires qui ne sont jamais respectées, dénonce-t-il. Ils peuvent parfois travailler jusqu’à 200, voire 250 heures par mois. »

    Des pratiques épinglées par la #justice

    La justice française s’est penchée sur le cas de ces entreprises espagnoles. En 2011, une information judiciaire pour #homicide involontaire est ouverte au Tribunal de Tarascon, à la suite de la #mort par #déshydratation d’#Iban_Elio_Granda_Maldonado, un travailleur TF. Aucune mesure n’a été prise à ce jour et la procédure s’éternise.

    A l’été 2017, la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Marseille ouvre une #enquête pour « #dissimulation_d’activité » et « #fraude_au_détachement ». Rien n’en est encore ressorti. D’ailleurs, sur les 3000 contrôles effectués en 2016 dans des #exploitations_agricoles, seules 329 entreprises ont été déclarées en #infraction. TF brouille les pistes : elle reste injoignable à son siège espagnol de Murcia et son adresse française à Châteaurenard nous mène vers l’appartement d’un de ses salariés, qui confirme qu’il n’y a plus de bureaux ici depuis trois ans.

    Les pratiques douteuses de ces entreprises ont attiré l’œil de la Mutuelle sociale agricole (MSA) et de l’Inspection du travail dont les contrôles sont de plus en plus fréquents. Sont ciblés ceux faisant appel aux prestations de TF, Laboral Terra, etc. Ennuyés par ces contrôles, les agriculteurs commencent à se montrer réticents aux services de ces sociétés. Un exploitant ayant souhaité rester anonyme témoigne : « Parfois, j’embauche quelques Equatoriens. Avant, je le faisais via Terra Fecundis mais maintenant, je passe par un groupement d’employeurs de droit français : au moins, on ne risque plus une descente de gendarmes. »

    Lassés d’être considérés comme des « négriers » et des « esclavagistes », des exploitants visités en viennent à mettre dehors les journalistes de manière musclée : « Vous voyez la porte là ? Eh ben, vous la prenez. Basta, on en a marre de lire des conneries sur notre dos. » D’autres, un peu plus enclins à la discussion, finissent par confier leur désarroi : « On sait qu’il y a des pratiques anormales, mais nous on est réglo et ça se passe très bien. Et puis ils sont là pour bosser ! » Ceux-ci ont cessé de « se faire livrer » par Terra Fecundis et recrutent désormais leurs #saisonniers en direct.

    S’organiser pour se faire respecter

    Petit à petit, les Sud-Américains qui ont acquis la nationalité espagnole contournent le détachement et passent par #Réagir, un groupement d’employeurs agricoles départemental. Sous la serre, Manuel, Johana, Maula, Rolando et Gloria, en pleine plantation du fenouil, ne regrettent pas d’avoir quitté TF : « Ici au moins, nos heures supplémentaires sont payées et les jours fériés et les dimanches majorés. » Un cadre qui plaît aussi à leur employeur qui souligne que « le paiement des charges en France ouvre le droit à une couverture sociale et à une #mutuelle ».

    Pourtant, même là, la situation est loin d’être idéale et ne garantit pas toujours de meilleurs traitements au quotidien… Blanca (le prénom a été changé à la demande de la personne ndlr ) travaille dans une entreprise française de conditionnement de fruits et légumes dans la région d’Avignon : « Je travaille trois jours et demi par semaine mais entre 5h du matin et 19h, avec des pauses. Dans l’entreprise, on nous a dit qu’on ne pouvait pas travailler plus de 48h par semaine ! lance cette mère de famille en riant un peu jaune. Mais bon, moi ça m’arrange pour les enfants. »

    Même si très peu d’entre eux parlent le français, ces travailleurs commencent à connaître leurs droits et des formes d’organisation collective émergent. La #solidarité est forte : des #cagnottes sont montées pour aider certains à payer des frais médicaux, des tournois de volley sont organisés pour souffler, se retrouver… Et en profiter pour s’échanger des contacts de boulot. Lassé de se « faire voler par les entreprises espagnoles », Peters, ancien saisonnier de TF, a monté sa propre entreprise pour mettre directement les travailleurs et les agriculteurs en lien : « Comme je parle bien français, à force je connaissais les employeurs et ils faisaient directement appel à moi. Je me suis lancé. »

    De leur côté, Santiago et Nelly sont cofondateurs d’une toute récente association, #Latinos_Sin_Fronteras, à Beaucaire : « On ne veut pas être vus que comme des machines à travailler. On est aussi des musiciens, des peintres, et on veut promouvoir notre culture, explique Santiago. « On voudrait aussi proposer des cours de français », rajoute Nelly. Julien Sanchez, le maire (FN) de #Beaucaire, n’a pas l’air très disposé à les aider dans leurs démarches. Mais la dynamique est lancée et entre deux matches de volley, certains soufflent que malgré les pressions, ils aimeraient monter un syndicat…

    Le #détachement : une politique européenne

    Pensé à l’origine pour favoriser la circulation des travailleurs au sein de l’Union européenne, le détachement est mis en place en 1996 à travers une directive qui précise qu’un travailleur détaché est « tout travailleur qui, pendant une période limitée, exécute son travail sur le territoire d’un Etat membre autre que l’Etat sur le territoire duquel il travaille habituellement ». Accusé de favoriser le « #dumping_social », le texte est amendé en 2017 en proposant d’établir l’égalité de rémunération et de règles salariales entre travailleurs détachés et locaux, tout en maintenant le règlement des #cotisations_sociales dans le pays d’origine. Il limite aussi la durée du détachement à douze mois et compte « protéger les travailleurs de la fraude et de l’exploitation ».

    Ces règles ont été entérinées en juillet 2018 par une nouvelle directive. « Pour l’Europe, c’est un système de win win win ! explique la sociologue Béatrice Mesini. A la fois pour le pays d’origine, pour le pays récepteur et pour le pays de mise à disposition. Tout le monde est gagnant et c’est pour ça que ça marche. »

    En Europe, le nombre de #travailleurs_détachés a augmenté de 45% entre 2010 et 2014, passant de 1,3 à 1,9 million, contre 600 000 en 2007. Le Ministère du travail français en recensait 516 101 en 2017, soit deux fois plus qu’en 2016, alors qu’en PACA, dans le secteur agricole, ils étaient 67 357 à venir ramasser des fruits et légumes, soit 7,4% de l’emploi salarié régional


    https://lecourrier.ch/2018/10/07/loindelaterrepromise-france
    #travailleurs_étrangers #travail #exploitation #maraîchage
    cc @isskein


  • Une finca, un monde, une guerre, peu de probabilités

    SCI Galeano, SCI Moisés

    https://lavoiedujaguar.net/Une-finca-un-monde-une-guerre-peu-de-probabilites

    Participation de la Commission Sexta de l’EZLN à la rencontre des réseaux de soutien au Conseil indigène de gouvernement et à sa porte-parole.

    Commençons par expliquer notre façon de faire notre analyse et notre évaluation.

    Nous commençons par analyser ce qui se passe dans le monde, puis nous descendons à ce qui se passe sur le continent, puis nous descendons à ce qui se passe dans le pays, puis dans la région et ensuite localement. Et de là, nous trouvons une initiative et nous commençons à passer du local au régional, au national, au continent et au monde entier.

    Selon notre pensée, le système dominant dans le monde est le capitalisme. Pour nous l’expliquer, à nous et aux autres, nous utilisons l’image d’une ferme. (...)

    #Mexique #EZLN #capitalisme #peuples_originaires #exploitation #État #nation #marché #crise #migration


  • Mise en œuvre de la #Convention_d’Istanbul en #Suisse

    La Convention d’Istanbul est en vigueur en Suisse depuis le 1er avril 2018. Ce traité international vise à prévenir et à lutter contre la violence à l’égard des #femmes et la #violence_domestique, et ce quels que soient la nationalité ou le #statut de séjour de la victime. Ainsi, la mise en œuvre de cette convention soulève actuellement des questions dans le domaine de la migration.

    La Suisse doit s’assurer que la mise en œuvre de la Convention d’Istanbul soit faite sans discrimination aucune, fondée notamment sur l’origine nationale, le statut de migrant ou de réfugié (art. 4, al. 3). Ainsi, des questions d’ordre juridique et pratique surviennent, que l’ont peut formuler en ces termes :

    les femmes réfugiées victimes de #violence ou d’#exploitation_sexuelle, notamment pendant leur fuite ou dans leur pays d’origine, bénéficient-elles d’un soutien suffisant en Suisse, considérant que les organes d’aide aux victimes n’offrent leur soutien que si l’infraction a été commise en Suisse ?
    existe-t-il suffisamment de mesures sensibles au genre concernant l’hébergement des femmes et des filles requérantes d’asile aux fins de leur protection contre la violence ?

    Ces questions ont fait l’objet de débats au Parlement suisse, notamment dans le cadre du postulat Feri («  Analyse de la situation des réfugiées  » (16.3407)). Ci-après, les dispositions pertinentes de la Convention d’Istanbul par rapport à ces questions sont énoncées et mises en rapport avec le contexte en Suisse.
    Accès à des services de soutien en cas de violence

    Selon la Convention d’Istanbul, toutes les femmes et les filles victimes de violence fondée sur le genre, y compris la violence domestique, doivent, sans distinction fondée sur la nationalité, le statut de réfugié ou de migrant, avoir accès à des services de soutien permettant leur protection et facilitant leur rétablissement.

    L’accès aux services de soutien spécialisés dans l’assistance aux victimes doit être garanti de manière immédiate (art. 22), s’agissant notamment, selon le Rapport explicatif de la Convention, à court et à long terme, d’une aide médicale, de conseils psychologiques, juridiques et d’un logement sûr (refuge, art. 23).
    L’accès aux services de soutien généraux, c’est-à-dire ouverts au public et pas seulement aux victimes de violences, doit également être garanti, s’agissant par exemple du conseil juridique et psychologique, de l’assistance financière, du logement, de la formation et de l’assistance en matière de recherche d’emploi (art. 20, al. 1). L’accès aux soins et aux services sociaux doit également être garanti en ce sens que ces services doivent être dotés de ressources suffisantes et d’un personnel formé aux différentes thématiques des violences fondées sur le genre afin d’apporter une assistance aux personnes et de les orienter vers des services adéquats (art. 20, al. 2). En matière d’accès aux soins, la Convention d’Istanbul ne fait qu’insister sur une obligation qui découle déjà du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (Pacte I), s’agissant notamment de l’accessibilité par les migrants et personnes du domaine de l’asile et des exigences spécifiques au genre (cf. la Déclaration sur les devoirs des Etats envers les réfugiés et les migrants au titre du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et l’Observation générale n° 14, « Le droit au meilleur état de santé susceptible d’être atteint » du Comité des droits économiques, sociaux et culturels).
    Les requérants d’asile doivent, en outre, bénéficier de « services de soutien » selon l’article 60, al. 3, de la Convention. Il s’agit, selon le Rapport explicatif de la Convention, d’apporter aux requérants d’asile une « assistance sensible au genre » qui réponde à leurs besoins particuliers. De fait, beaucoup de requérants d’asile ont vécu des événements traumatisants et des violences, durant leur fuite ou dans leur pays d’origine. Le Rapport explicatif de la Convention suggère ainsi que les Etats mettent en place un soutien psychosocial ou des services de conseil supplémentaires, ainsi que des soins médicaux pour les rescapés de traumatismes. Ces services de soutien visent à permettre aux femmes victimes de violences, notamment sexuelles, de s’autonomiser et se reconstruire activement.

    En Suisse, l’assistance aux victimes de violences repose principalement sur la loi fédérale sur l’aide aux victimes d’infractions (LAVI) du 23 mars 2007. Or, cette loi conditionne notamment les mesures d’assistances ou leur financement au lieu de commission de l’infraction ou de résidence de la victime au moment des faits, à savoir la Suisse (art. 3 LAVI). Autrement dit, les violences subies pendant leur fuite ou dans leur pays d’origine par les migrantes, réfugiées, requérantes d’asile, admises provisoirement ou déboutées, ne donnent pas droit à une prise en charge au titre de la LAVI. La prise en charge de ces services de soutien, lorsque les prestations (y compris l’interprétariat qui est souvent nécessaire) ne sont pas couvertes par la LAVI ou l’assurance maladie obligatoire, devrait en principe être assurée par la Confédération s’agissant des requérants d’asile logés dans les centres fédéraux ou par les cantons, qui sont responsables pour l’aide sociale des autres personnes. Il reste cependant à savoir de quelle manière cette prise en charge est organisée concrètement par la Confédération ou dans les cantons, et si des obstacles existent en droit et/ou en pratique quant à l’accessibilité aux services de soutien en cas de violence.
    Concept de protection contre la violence dans les centres d’hébergement de requérants d’asile

    La Convention d’Istanbul dispose, à l’article 60, al. 3, que les Etats parties doivent mettre en place des « procédures d’accueil sensibles au genre » des personnes requérant l’asile. Selon le Rapport explicatif de la Convention, il s’agit de prendre en compte les « besoins particuliers de protection » selon le sexe (sous-entendu, des femmes) lorsque sont élaborés les standards en matière d’accueil des requérants d’asile. En d’autres termes, le concept d’encadrement et d’hébergement dans les centres de premier accueil doit garantir le droit à la sécurité des résidentes.

    Le Rapport explicatif de la Convention fournit une liste de bonnes pratiques de procédures d’accueil sensibles au genre, qui ont fait leur preuve dans d’autres pays, à savoir :

    l’identification des victimes de violence à l’égard des femmes dans les procédures d’asile aussitôt que possible  ;
    le logement séparé des hommes et des femmes célibataires  ;
    des toilettes séparées, ou au minimum, des horaires différents établis et suivis pour permettre leur utilisation par les hommes et les femmes  ;
    des chambres pouvant être verrouillées par leurs occupants ;
    un éclairage adéquat dans tout le centre d’accueil  ;
    une protection effectuée par des gardes, incluant des gardes de sexe féminin, formés concernant les besoins spécifiques au genre des résidents  ;
    la formation des employés du centre d’accueil  ;
    un code de conduite applicable également aux prestataires de services privés ;
    des dispositions formelles pour l’intervention et la protection relatives à la violence fondée sur le genre  ;
    la fourniture d’informations aux femmes et aux filles sur la violence fondée sur le genre et sur les services d’assistance disponibles.

    S’agissant d’exemples de bonnes pratiques, ils ne constituent pas des obligations juridiquement contraignantes devant être impérativement suivies par les Etats parties. Cependant, la mise en place d’une procédure d’accueil sensible au genre constitue, elle, une obligation.

    En Suisse, l’obligation de mettre en place une procédure d’accueil sensible au genre existe à deux niveaux. Le premier concerne l’accueil des requérants d’asile dans un centre géré par la Confédération, pendant une durée maximale de 90 jours (140 jours à partir du 1er mars 2019). Le second niveau concerne l’accueil des requérants d’asile dans le canton dans lequel ils ont été attribués. Les conditions d’accueil diffèrent selon les cantons ou les situations (centres d’hébergement collectifs de petite, moyenne ou grande taille, gérés par des organismes de droit public ou des prestataires privés, ou hébergement en appartements privés). En d’autres termes, il ne peut pas exister en Suisse une procédure d’accueil sensible au genre, mais il en existe, ou devrait en exister, plusieurs.

    Une procédure d’accueil sensible au genre, aux niveaux des centres fédéraux ou cantonaux, peut revêtir plusieurs formes. Il peut s’agir de règles juridiquement contraignantes qui découlent d’une loi, d’une ordonnance ou de directives. S’agissant par exemple des centres gérés par la Confédération, l’ordonnance actuellement en vigueur du Département fédéral de justice et police (DFJP) relative à l’exploitation des logements de la Confédération dans le domaine de l’asile du 24 novembre 2007 dispose à son article 4, al. 1, relatif à l’hébergement que « les requérants d’asile et les personnes à protéger sont logés dans des dortoirs non mixtes. Les besoins particuliers des enfants, des familles et des personnes nécessitant un encadrement sont pris en compte dans la mesure du possible lors de l’attribution des lits ». Par ailleurs, l’article 3, al. 2, relatif à la saisie d’objets, prévoit que les requérants ne peuvent être fouillés que par des personnes du même sexe.

    Un concept de protection contre la violence ou des dispositions relatives à l’hébergement et l’encadrement sensibles au genre peut ou peuvent également être intégré(es) dans le contrat de prestations conclu entre l’autorité et le prestataire privé ou l’organisme de droit public.

    Il peut s’agir, enfin, de principes d’action ou principes directeurs qui ne sont pas nécessairement juridiquement contraignants mais qui sont respectés dans les faits, notamment parce qu’ils font partie de la formation dispensée au personnel d’encadrement dans les centres d’hébergement. En principe cependant, seules des dispositions contraignantes permettraient de respecter l’obligation, imposée par la Convention d’Istanbul, de mettre en place une procédure d’accueil des requérants d’asile sensible au genre.

    Reste donc la question de savoir si un tel concept de protection contre la violence existe, tant au niveau de la Confédération que des cantons, en matière d’hébergement des requérants d’asile et des autres personnes relevant du domaine de l’asile. Le rapport du Conseil fédéral en réponse au postulat Feri devrait également apporter des éléments de réponses sur ce point.
    Conclusion

    La Convention d’Istanbul s’applique à toutes les femmes et les filles victimes de violence fondée sur le genre, y compris la violence domestique, quel que soit le statut de séjour de la personne sur le territoire suisse. Le postulat Feri (16.3407) soulève des questions pertinentes en matière d’accès aux services de soutien et s’agissant de concept(s) de protection contre la violence dans les centres d’hébergement de requérants d’asile, auxquelles le rapport du Conseil fédéral attendu en 2019 devrait apporter des réponses concrètes.

    http://www.skmr.ch/frz/domaines/migration/nouvelles/mise-en-oeuvre-de-la-convention-d-istanbul.html
    #traite #migrations #réfugiés #asile



  • Le problème de la collapsologie (par Nicolas Casaux) – Le Partage
    http://partage-le.com/2018/01/8648

    « Qualifier la société de thermo-industrielle permet aussi de négliger tout ce qui d’ores et déjà s’y produit en matière de coercitions et d’embrigadement, sans contribuer, ou si peu, à l’épuisement des ressources énergétiques. On passe d’autant plus volontiers là-dessus qu’on y trempe soi-même, à l’Éducation nationale ou ailleurs. Attribuer tous nos maux au caractère « thermo-industriel » de cette société est donc assez confortable, en même temps qu’assez simpliste pour combler les appétits critiques des niais et des crétins arrivistes, déchets ultimes de l’écologisme […]. »

    #collapsologie #exploitation @fil @seenthis


  • Inside Italy’s Shadow Economy

    #Home_work — working from home or a small workshop as opposed to in a factory — is a cornerstone of the #fast-fashion supply chain. It is particularly prevalent in countries such as India, Bangladesh, Vietnam and China, where millions of low-paid and predominantly female home workers are some of the most unprotected in the industry, because of their irregular employment status, isolation and lack of legal recourse.

    That similar conditions exist in Italy, however, and facilitate the production of some of the most expensive wardrobe items money can buy, may shock those who see the “Made in Italy” label as a byword for sophisticated craftsmanship.

    Increased pressure from #globalization and growing competition at all levels of the market mean that the assumption implicit in the luxury promise — that part of the value of such a good is that it is made in the best conditions, by highly skilled workers, who are paid fairly — is at times put under threat.

    Though they are not exposed to what most people would consider sweatshop conditions, the homeworkers are allotted what might seem close to sweatshop wages. Italy does not have a national minimum wage, but roughly €5-7 per hour is considered an appropriate standard by many unions and consulting firms. In extremely rare cases, a highly skilled worker can earn as much as €8-10 an hour. But the homeworkers earn significantly less, regardless of whether they are involved in leatherwork, embroidery or another artisanal task.

    In #Ginosa, another town in Puglia, Maria Colamita, 53, said that a decade ago, when her two children were younger, she had worked from home on wedding dresses produced by local factories, embroidering gowns with pearl paillettes and appliqués for €1.50 to €2 per hour.

    Each gown took 10 to 50 hours to complete, and Ms. Colamita said she worked 16 to 18 hours a day; she was paid only when a garment was complete.

    “I would only take breaks to take care of my children and my family members — that was it,” she said, adding that she currently works as a cleaner and earns €7 per hour. “Now my children have grown up, I can take on a job where I can earn a real wage.”

    Both women said they knew at least 15 other seamstresses in their area who produced luxury fashion garments on a piece-rate basis for local factories from their homes. All live in Puglia, the rural heel of Italy’s boot that combines whitewashed fishing villages and crystal clear waters beloved by tourists with one of the country’s biggest manufacturing hubs.

    Few were willing to risk their livelihoods to tell their tales, because for them the flexibility and opportunity to care for their families while working was worth the meager pay and lack of protections.

    “I know I am not paid what I deserve, but salaries are very low here in Puglia and ultimately I love what I do,” said another seamstress, from the attic workshop in her apartment. “I have done it all my life and couldn’t do anything else.”

    Although she had a factory job that paid her €5 per hour, she worked an additional three hours per day off the books from home, largely on high-quality sample garments for Italian designers at roughly €50 apiece.

    “We all accept that this is how it is,” the woman said from her sewing machine, surrounded by cloth rolls and tape measures.
    ‘Made in Italy,’ but at What Cost?

    Built upon the myriad small- and medium-size export-oriented manufacturing businesses that make up the backbone of Europe’s fourth largest economy, the centuries-old foundations of the “Made in Italy” legend have shaken in recent years under the weight of bureaucracy, rising costs and soaring unemployment.

    Businesses in the north, where there are generally more job opportunities and higher wages, have suffered less than those in the south, which were hit hard by the boom in cheap foreign labor that lured many companies into moving production operations abroad.

    Few sectors are as reliant on the country’s manufacturing cachet as the luxury trade, long a linchpin of Italy’s economic growth. It is responsible for 5 percent of Italian gross domestic product, and an estimated 500,000 people were employed directly and indirectly by the luxury goods sector in Italy in 2017, according to data from a report from the University of Bocconi and Altagamma, an Italian luxury trade organization.

    Those numbers have been bolstered by the rosy fortunes of the global luxury market, expected by Bain & Company to grow by 6 to 8 percent, to €276 to €281 billion in 2018, driven in part by the appetite for “Made in Italy” goods from established and emerging markets.

    But the alleged efforts by some luxury brands and lead suppliers to lower costs without undermining quality have taken a toll on those on those operating at the very bottom of the industry. Just how many are affected is difficult to quantify.

    According to data from Istat (the Italian National Institute of Statistics), 3.7 million workers across all sectors worked without contracts in Italy in 2015. More recently, in 2017, Istat counted 7,216 home workers, 3,647 in the manufacturing sector, operating with regular contracts.

    However, there is no official data on those operating with irregular contracts, and no one has attempted to quantify the group for decades. In 1973, the economist Sebastiano Brusco estimated that Italy had one million contracted home workers in apparel production, with a roughly equal figure working without contracts. Few comprehensive efforts have been made to examine the numbers since.

    This New York Times investigation collected evidence of about 60 women in the Puglia region alone working from home without a regular contract in the apparel sector. Tania Toffanin, the author of “Fabbriche Invisibili,” a book on the history of home working in Italy, estimated that currently there are 2,000 to 4,000 irregular home workers in apparel production.

    “The deeper down we go in the supply chain, the greater the abuse,” said Deborah Lucchetti, of #Abiti_Puliti, the Italian arm of #Clean_Clothes_Campaign, an anti-sweatshop advocacy group. According to Ms. Lucchetti, the fragmented structure of the global manufacturing sector, made up of thousands of medium to small, often family-owned, businesses, is a key reason that practices like unregulated home working can remain prevalent even in a first world nation like Italy.

    Plenty of Puglian factory managers stressed they adhered to union regulations, treated workers fairly and paid them a living wage. Many factory owners added that almost all luxury names — like Gucci, owned by Kering, for example, or Louis Vuitton, owned by #LVMH Moët Hennessy Louis Vuitton — regularly sent staff to check on working conditions and quality standards.

    When contacted, LVMH declined to comment for this story. A spokesman for MaxMara emailed the following statement: “MaxMara considers an ethical supply chain a key component of the company’s core values reflected in our business practice.”

    He added that the company was unaware of specific allegations of its suppliers using home workers, but had started an investigation this week.

    According to Ms. Lucchetti, the fact that many Italian luxury brands outsource the bulk of manufacturing, rather than use their own factories, has created a status quo where exploitation can easily fester — especially for those out of union or brand sightlines. A large portion of brands hire a local supplier in a region, who will then negotiate contracts with factories in the area on their behalf.

    “Brands commission first lead contractors at the head of the supply chain, which then commission to sub-suppliers, which in turn shift part of the production to smaller factories under the pressure of reduced lead time and squeezed prices,” Ms. Lucchetti said. “That makes it very hard for there to be sufficient transparency or accountability. We know home working exists. But it is so hidden that there will be brands that have no idea orders are being made by irregular workers outside the contracted factories.”

    However, she also called these problems common knowledge, and said, “some brands must know they might be complicit.”

    The ‘Salento Method’

    Certainly that is the view of Eugenio Romano, a former union lawyer who has spent the last five years representing Carla Ventura, a bankrupt factory owner of Keope Srl (formerly CRI), suing the Italian shoe luxury behemoth Tod’s and Euroshoes, a company that Tod’s used as a lead supplier for its Puglian footwear production.

    Initially, in 2011, Ms. Ventura began legal proceedings against only Euroshoes, saying that consistently late payments, shrinking fee rates for orders and outstanding bills owed to her by that company were making it impossible to maintain a profitable factory and pay her workers a fair wage. A local court ruled in her favor, and ordered Euroshoes to pay the debts, which, after appealing unsuccessfully, the company did.

    Orders dried up in the wake of those legal proceedings. Eventually, in 2014, Keope went bankrupt. Now, in a second trial, which has stretched on for years without a significant ruling, Ms. Ventura has brought another action against Euroshoes, and Tod’s, which she says had direct knowledge of Euroshoes’ unlawful business practices. (Tod’s has said it played no role in nor had any knowledge of Euroshoes’ contract issues with Keope. A lawyer for Euroshoes declined to comment for this article.)

    “Part of the problem down here is that employees agree to forgo their rights in order to work,” Mr. Romano said from his office in the town of Casarano, ahead of the next court hearing, scheduled for Sept. 26.

    He spoke of the “Salento method,” a well-known local phrase that means, essentially: “Be flexible, use your methods, you know how to do it down here.”

    The region of Salento has a high unemployment rate, which makes its work force vulnerable. And although brands would never officially suggest taking advantage of employees, some factory owners have told Mr. Romano that there is an underlying message to use a range of means, including underpaying employees and paying them to work at home.

    The area has long been a hub of third-party shoemakers for luxury brands including Gucci, Prada, Salvatore Ferragamo and Tod’s. In 2008, Ms. Ventura entered into an exclusive agreement with Euroshoes to become a sub-supplier of shoe uppers destined for Tod’s.

    According to Ms. Ventura’s lawsuit, she then became subject to consistently late payments, as well as an unexplained reduction in prices per unit from €13.48 to €10.73 per shoe upper from 2009 to 2012.

    While many local factories cut corners, including having employees work from home, Ms. Ventura said she still paid full salaries and provided national insurance. Because the contract required exclusivity, other potential manufacturing deals with rival brands including Armani and Gucci, which could have balanced the books, could not be made.

    Production costs were no longer covered, and promises of an increased number of orders from Tod’s via Euroshoes never came, according to the legal papers filed in Ms. Ventura’s case.

    In 2012, orders from Tod’s via Euroshoes stopped completely, one year after Ms. Ventura first took Euroshoes to court for her unpaid bills. Ms. Ventura said that eventually put Keope on the road to bankruptcy, according to legal documents. Ms. Ventura was declared insolvent in 2014.

    When asked for comment, a Tod’s spokeswoman said in a statement:

    “Keope filed a lawsuit against one of our suppliers, Euroshoes, and Tod’s, to recover damages related to the alleged actions or omissions of Euroshoes. Tod’s has nothing to do with the facts alleged in the case and never had a direct commercial relationship with Keope. Keope is a subcontractor of Euroshoes, and Tod’s is completely extraneous to their relationship.”

    The statement also said that Tod’s had paid Euroshoes for all the amounts billed in a timely and regular manner, and was not responsible if Euroshoes failed to pay a subcontractor. Tod’s said it insisted all suppliers perform their services in line with the law, and that the same standard be applied to subcontractors.

    “Tod’s reserves the right to defend its reputation against the libelous attempt of Keope to involve it in issues that do not concern Tod’s,” the spokeswoman said.

    Indeed, a report by Abiti Puliti that included an investigation by Il Tacco D’Italia, a local newspaper, into Ms. Ventura’s case found that other companies in the region sewing uppers by hand had women do the work irregularly from their homes. That pay would be 70 to 90 euro cents a pair, meaning that in 12 hours a worker would earn 7 to 9 euros.

    ‘Invisible’ Labor

    Home working textile jobs that are labor intensive or require skilled handiwork are not new to Italy. But many industry observers believe that the lack of a government-set national minimum wage has made it easier for many home workers to still be paid a pittance.

    Wages are generally negotiated for workers by union representatives, which vary by sector and by union. According to the Studio Rota Porta, an Italian labor consultancy, the minimum wage in the textile industry should be roughly €7.08 per hour, lower than those for other sectors including food (€8.70), construction (€8) and finance (€11.51).

    But workers who aren’t members of unions operate outside the system and are vulnerable to exploitation, a source of frustration for many union representatives.

    “We do know about seamstresses working without contracts from home in Puglia, especially those that specialize in sewing appliqué, but none of them want to approach us to talk about their conditions, and the subcontracting keeps them largely invisible,” said Pietro Fiorella, a representative of the CGIL, or Italian General Confederation of Labour, the country’s largest national union.

    Many of them are retired, Mr. Fiorella said, or want the flexibility of part-time work to care for family members or want to supplement their income, and are fearful of losing the additional money. While unemployment rates in Puglia recently dropped to 19.5 percent in the first quarter of 2018 from nearly 21.5 percent in the same period a year ago, jobs remain difficult to come by.

    A fellow union representative, Giordano Fumarola, pointed to another reason that garment and textile wages in this stretch of southern Italy have stayed so low for so long: the offshoring of production to Asia and Eastern Europe over the last two decades, which intensified local competition for fewer orders and forced factory owners to drive down prices.

    In recent years, some luxury companies have started to bring production back to Puglia, Mr. Fumarola said. But he believed that power is still firmly in the hands of the brands, not suppliers already operating on wafer-thin margins. The temptation for factory owners to then use sub-suppliers or home workers, or save money by defrauding their workers or the government, was hard to resist.

    Add to that a longstanding antipathy for regulation, high instances of irregular unemployment and fragmented systems of employment protection, and the fact that nonstandard employment has been significantly liberalized by successive labor market reforms since the mid-1990s, and the result is further isolation for those working on the margins.

    A national election in March swept a new populist government to power in Italy, placing power in the hands of two parties — the Five Star Movement and the League — and a proposed “dignity decree” aims to limit the prevalence of short-term job contracts and of firms shifting jobs abroad while simplifying some fiscal rules. For now, however, legislation around a minimum wage does not appear to be on the agenda.

    Indeed, for women like the unnamed seamstress in Santeramo in Colle, working away on yet another coat at her kitchen table, reform of any sort feels a long way off.

    Not that she really minded. She would be devastated to lose this additional income, she said, and the work allowed her to spend time with her children.

    “What do you want me to say?” she said with a sigh, closing her eyes and raising the palms of her hands. “It is what it is. This is Italy.”


    https://www.nytimes.com/2018/09/20/fashion/italy-luxury-shadow-economy.html
    #fashion #mode #industrie_textile #travail #exploitation #Italie #esclavage_moderne #Pouilles #made_in_Italy #invisibilité #travail_à_la_maison #mondialisation #luxe #MaxMara #Gucci #Kering #Louis_Vuitton #LVMH #Salento #Carla_Ventura #Keope_Srl #CRI #Euroshoes #Tod's #Salento_method #Prada #Salvatore_Ferragamo

    via @isskein


  • « Un chômeur ne peut pas devenir chauffeur routier du jour au lendemain » - Libération
    https://www.liberation.fr/france/2018/09/19/un-chomeur-ne-peut-pas-devenir-chauffeur-routier-du-jour-au-lendemain_167

    Il suffirait donc de traverser la rue pour trouver un boulot ? Voilà donc un discours, du chef de l’Etat, proche de celui du patronat, qui depuis des mois, ressasse ses « difficultés à embaucher ». Tour d’horizon des métiers dits en tension, où l’offre ne rencontre pas toujours la demande.

    Depuis plusieurs années, le métier de chauffeur routier est considéré comme « en tension ». Comprenez : les entreprises peinent à recruter des conducteurs aptes à l’emploi. Selon Jean-Louis Delaunay, secrétaire fédéral Transports à la CGT, il en manquerait plus de 30 000 en France. Pour Florence Berthelot, déléguée générale de la Fédération nationale des transports routiers (FNTR), quelque 22 000 personnes manquent dans tout le secteur. « Mais il ne suffit pas pour autant de traverser la rue pour trouver des conducteurs », plaisante le responsable syndical CGT, faisant référence à l’échange du président de la République avec un chômeur ce week-end.

    « La profession a beaucoup évolué ces dernières années. Auparavant, on demandait en gros à un chauffeur d’avoir des gros bras et rien dans la tête. Aujourd’hui, pour conduire un camion il faut remplir des papiers, faire de la logistique… Puisque les expéditeurs souhaitent être de plus en plus informés de l’endroit où se trouvent leurs marchandises, il faut gérer l’informatique aussi, explique Jean-Louis Delaunay. Il y a donc des besoins de formation complémentaire dans le secteur. »

    Guillaume H., à la tête d’une petite entreprise florissante de transport dans le Morbihan, dresse le même constat : « Un chômeur ne peut pas devenir chauffeur routier du jour au lendemain. » Son arrière-grand-père a fondé la PME de travaux agricoles au siècle précédent, et lorsqu’il l’a reprise, le jeune entrepreneur a décidé en 2011 de développer des activités de transport routier, pour « palier aux difficultés du monde agricole ». Problème : il ne parvient pas à recruter de conducteurs. « Nous avions régulièrement deux ou trois camions arrêtés, faute de gars pour les conduire, alors que nous cherchions des CDI payés environ 2 500 ou 2 600 euros net », explique-t-il. Florence Berthelot, de la FNTR, abonde : « Durant l’été, on a été alerté par plusieurs entreprises qui ne pouvaient pas occuper certains marchés, faute de conducteurs. » Même lorsque Guillaume H. trouve des candidats, ceux-ci ne parviennent pas à obtenir les formations nécessaires, « faute de financement », explique-t-il.

    « Aucun camion sur le parking »

    Pour la première fois depuis des années néanmoins, il est au complet à cette rentrée. « Aucun camion ne reste sur le parking », se réjouit-il. Cela s’est fait au prix d’intenses recherches sur les réseaux sociaux et dans les agences d’intérim pendant deux mois. « Et pas par Pôle emploi, qui n’a pas de réelles solutions, notamment sur les budgets de formation », regrette-t-il.

    Si tous s’accordent à dire qu’il manque des conducteurs routiers en France, ils ne parviennent pas pour autant à s’entendre sur les raisons de ce désamour pour le métier. Pour Jean-Louis Delaunay de la CGT, c’est d’abord une question de rémunération. « Depuis le 1er avril, dans la convention collective, le coefficient le plus haut est à 10,21 euros brut de l’heure. Il est de 11,0268 euros après quinze ans d’ancienneté dans la même entreprise. Ce n’est pas assez pour attirer de nouveaux conducteurs, car les conducteurs peuvent aussi être amenés à travailler la nuit ou à ne pas rentrer chez eux. Nous, ce que l’on demande, ce sont des grilles complémentaires. A l’instant T, il manquerait 5% de rémunération », explique le délégué syndical. S’ajoute à cela le prix d’accès aux examens de conducteur routier qui ne facilite pas l’accès à l’emploi : « De 10 000 euros environ aujourd’hui avec les formations, contre 6 500 francs en 1985. »

    « Noircir le secteur avec le développement durable »

    Florence Berthelot, elle, estime l’argument salarial « inexact ». Selon la déléguée générale de la fédération patronale, les conducteurs souffriraient surtout d’une mauvaise image. « Quand on pense aux conducteurs, les gens ont en tête le Salaire de la peur. Les pouvoirs publics ont aussi tendance à noircir le secteur avec les questions du développement durable. C’est un métier qui est souvent vu plus pénible qu’il n’est en réalité », juge-t-elle. Si le métier est parvenu à se maintenir au cours de la crise de 2008, le ralentissement des embauches couplé au vieillissement de la population du secteur a également contribué à cette pénurie de chauffeurs.

    Reste que pour toutes ces raisons, Guillaume H. hésite encore aujourd’hui à développer son activité. « On ne sait plus trop s’il faut le faire. On n’a pas vraiment envie d’augmenter le nombre de camions si c’est pour qu’ils restent à l’arrêt dans le parc », conclut l’entrepreneur.
    Gurvan Kristanadjaja

    #travail #chômage #transport #routier #logistique #exploitation


  • Dans la restauration, le « tu marches ou tu te casses » ne séduit plus - Libération
    https://www.liberation.fr/france/2018/09/18/dans-la-restauration-le-tu-marches-ou-tu-te-casses-ne-seduit-plus_1679334

    Il suffirait donc de traverser la rue pour trouver un boulot ? Voilà donc un discours du chef de l’Etat, proche de celui du patronat, qui depuis des mois, ressasse ses « difficultés à embaucher ». Tour d’horizon des métiers dits en tension, où l’offre ne rencontre pas toujours la demande.

    Trouver un emploi dans la restauration ? Aussi simple que de traverser la rue, selon le président de la République, à en croire son petit échange avec un jeune chômeur, dimanche. Parmi les premiers à rebondir, Didier Chenet, le président du Groupement national des indépendants de l’hôtellerie-restauration (GNI-Synhorcat), a salué la sortie d’Emmanuel Macron : « Nous avons la diversité des métiers dans l’hôtellerie et la restauration qui fait que nous sommes capables d’accueillir les professionnels de tous les horizons. » Y compris, donc, les demandeurs d’emploi formés à l’horticulture, comme l’interlocuteur du chef de l’Etat.

    Avec un déficit de salariés estimé à 125 000, selon Didier Chenet, le secteur leur ouvre les bras. Tout comme, en juillet, il demandait à pouvoir embaucher plus aisément des migrants. Roland Heguy, de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih), lui, chiffre le nombre de postes non pourvus entre 50 000 et 100 000, évoquant « une pénurie historique de main-d’œuvre ». Pour Pôle emploi, d’ici 2022, 308 000 postes seront à pourvoir dans les deux secteurs. Bonne nouvelle pour endiguer le chômage, aujourd’hui à 9% ? Las, « l’offre et la demande ne se rencontrent pas », pointe le responsable de l’Umih. Ce que confirme Pôle emploi, notant que les employeurs des métiers de l’hôtellerie et de la restauration « rencontrent des difficultés de recrutement supérieures à la moyenne des métiers ».

    « Des insultes, un traitement inhumain »

    « Rien de nouveau », réagit Laurent Bigot, secrétaire national de la CFDT Services. Selon lui, ce « problème d’attractivité » est lié aux conditions de travail : « Il faut travailler le soir, les dimanche, certains salariés ont de longues coupures dans leur journée de travail, cela ne peut pas aller à tout le monde. » « On a des contraintes, mais pas plus qu’ailleurs, souligne Didier Chenot, côté patronal. La différence, c’est que nous sommes à contre-courant : plus c’est la fête, plus on bosse. » Et de pointer « la nouvelle génération » qui, selon lui, serait plus regardante sur les conditions de travail, avant d’accepter une offre. Un discours que l’on retrouve dans le message posté sur Facebook, fin août, par les gérants d’un restaurant audois. Expliquant devoir mettre la clé sous la porte pour cause de difficultés de recrutement, ils y dénoncent le turnover et le comportement d’employés : « Le déséquilibre entre l’offre et la demande fait qu’aujourd’hui les salariés se sentent libres de faire ce que bon leur semble. »

    « Serveur, c’est un métier très dur. A 45 ans, certains ne peuvent plus exercer. Ils ont mal au dos, à l’épaule, à force de marcher, de porter. C’est pareil pour les femmes de chambre dans l’hôtellerie, souligne de son côté Laurent Bigot. « On n’a aucun avantage, aucune considération, et beaucoup de pression », résume, en colère, une serveuse brestoise, la trentaine, qui vient de quitter un poste et d’en débuter un nouveau. Elle raconte son quotidien : « Des supérieurs odieux, des insultes, un traitement inhumain. » La faute, en partie, estime-t-elle, au stress de la profession, et au manque d’effectif qui fait que la tâche est encore plus dure pour ceux qui sont en poste. « Un chef cuisinier, il fait du 8 heures-minuit minimum. Certains prennent de la drogue pour tenir », raconte-t-elle. Si elle « aime son métier », elle « comprend donc que les gens n’aient pas envie d’y travailler ».

    « Coup de pied dans le cul »

    « Les choses changent un peu, nuance Laurent Bigot, de la CFDT. Mais dans certaines TPE, on est encore sur une gestion paternaliste, avec des exigences fortes. C’est la culture du coup de pied dans le cul, du "Tu marches ou tu te casses". Mais eux aussi voient la nécessité de changer cette image. » Reste une chose qui évolue, en revanche, peu : les salaires. « Dans la majorité des cas, les gens sont au smic », explique le cédétiste. C’est environ ce que gagne la serveuse brestoise, au bout de quinze ans d’expérience. Parmi les revendications de la CFDT, à défaut d’augmentation salariale : des contreparties au travail du dimanche, pour l’heure inexistantes, du fait de règles dérogatoires.

    « On est dans la moyenne basse, mais on n’est pas plus mauvais que d’autres », se défend Didier Chenet, du GNI-Synhorcat, arguant que le secteur offre les « derniers métiers où l’ascenseur social fonctionne, avec 80% des cadres passés par le premier échelon ». Sans convaincre le responsable de la CFDT : « Les employeurs ne se sont jamais penchés sur les parcours professionnels. Certains salariés se retrouvent sans perspectives d’évolution, alors ils vont voir ailleurs. » Autre argument du patronat pour séduire : la prépondérance des CDI. Avec un taux de CDI des salariés de l’hébergement et de la restauration (hors intérim) de 82,1%, le secteur est en effet à peu près dans les clous, par rapport à la moyenne nationale (88,2%). Mais aujourd’hui, 86% des embauches s’y font en CDD. Et 60% des projets de recrutement sont saisonniers. Ce qui fait du secteur un des plus coûteux pour le régime de l’assurance chômage. Et aussi un terreau potentiel à précarité.
    Amandine Cailhol

    Alors cette citation là elle va faire partie de mon best of je crois :

    ils y dénoncent le turnover et le comportement d’employés : « Le déséquilibre entre l’offre et la demande fait qu’aujourd’hui les salariés se sentent libres de faire ce que bon leur semble. »

    Quant à la drogue, pour avoir bossé un moment dans ce milieu, je confirme que ça consomme à fond dans les cuisines.

    #restauration #exploitation #chômage #pôle_emploi #travail #macron

    • Quant à la drogue, pour avoir bossé un moment dans ce milieu, je confirme que ça consomme à fond dans les cuisines.

      Dans le bâtiment aussi je suis tombé, une fois, sur une équipe qui tournait à la coke. Elle posait des ouvertures en PVC. 2 appart par jour, va suivre..


  • Kids Don’t Damage Women’s Careers — Men Do – Jessica Valenti – Medium
    https://medium.com/s/jessica-valenti/kids-dont-damage-women-s-careers-men-do-eb07cba689b8

    It’s not actually motherhood or kids that derail women’s careers and personal ambitions — it’s men who refuse to do their fair share.

    If fathers did the same kind of work at home that mothers have always done, women’s careers could flourish in ways we haven’t yet imagined. But to get there, we need to stop framing mothers’ workplace woes as an issue of “balance,” and start talking about how men’s domestic negligence makes it so hard for us to succeed.

    Yes, we know American men are doing more than they have in past years: Fathers report spending about eight hours a week on child care, or three times as much as fathers in 1965. (Though keep in mind that the data is self-reported, and men tend to overestimate how much domestic work and child care they do.)

    Men doing more, however, is not the same thing as men doing enough. (...)

    This kind of invisible work almost always falls on women, and we rarely talk about the impact it has on our professional lives.

    Mothers are much less likely to be hired than non-mothers, and when they have children, their wages fall off a cliff. Studies from 2017 led some analysts to come to the conclusion that the wage gap was almost entirely attributable to motherhood. Men, on the other hand, tend to see more money once they have children.

    Americans need to stop believing that women do the majority of care work because we want to. It’s because we’re expected to, because we’re judged if we don’t, and most of all, because it’s incredibly difficult to find male partners willing to do an equal share of the work.

    Un article de plus sur l’#exploitation_domestique des #femmes, la #charge_mentale, la #discrimination au #travail des #mères et le rôle des #pères mais c’est par Jessica Valenti.


  • Les entreprises suisses violent régulièrement les droits humains

    Presque une fois par mois, une multinationale suisse est impliquée à l’étranger dans des violations des droits humains ou des normes environnementales. L’analyse de Pain pour le prochain et Action de Carême a recensé au moins 64 incidents de ce type au cours des six dernières années, qui sont imputables à 32 entreprises suisses. Ces chiffres illustrent la faiblesse des mesures volontaires et l’urgence de l’initiative pour des multinationales responsables, qui exige des entreprises une meilleure évaluation des risques liés aux droits humains et à l’environnement.
    De l’or extrait illégalement finit dans les raffineries suisses, des enfants travaillent dans des carrières exploitées par des fournisseurs de l’industrie du ciment, les entreprises de matières premières polluent le sol, l’eau et l’air. Les activités à l’étranger d’entreprises suisses font régulièrement la une des journaux. Les organisations de développement Action de Carême et Pain pour le prochain ont compilé et analysé des cas connus ces dernières années. Le résultat est choquant : entre 2012 et 2017, des entreprises suisses ont été impliquées au moins 64 fois dans des violations à l’étranger des droits humains ou des normes environnementales.

    https://painpourleprochain.ch/les-entreprises-suisses-violent-regulierement-les-droits-humains
    #droits_humains #Suisse #multinationales #matières_premières #extractivisme #agro-industrie #banques #santé #droit_à_la_santé #industrie_agro-alimentaire #géographie_de_la_mondialisation #droit_du_travail #environnement #travail_des_enfants

    v. une analyse plus détaillée ici :


    https://voir-et-agir.ch/content/uploads/2018/03/Factsheet_KoVI_F.pdf

    Concernant le droit des enfants :

    Le travail des enfants est en cause dans 6 % des cas, par
    exemple dans les plantations de cacao ou de #palmiers_à_huile
    des sous-traitants de Nestlé en Côte d’Ivoire et en Indonésie,
    dans des entreprises de pêche en Thaïlande ayant fourni #Nestlé (chez qui du travail forcé a également été observé) ou chez
    les fournisseurs de matières premières de #LafargeHolcim en
    Ouganda. Valcambi a acheté de l’or d’un gisement informel togolais où le travail des enfants était monnaie courante. Il est
    également reproché à #Japan_Tobacco International d’utiliser du
    #tabac issu de #plantations employant des enfants.

    #exploitation

    #Glencore

    ping @albertocampiphoto @marty @mathieup

    4 % des cas concernent le #travail_forcé. Citons par exemple l’importation d’#or extrait illégalement au Pérou et ayant
    fini sa course dans les #raffineries de #Pamp et de #Metalor ou
    encore les conditions abusives sur les chantiers de construction
    des stades destinés aux coupes du monde de football en Russie et au Qatar.

    ping @reka