#financiarisation

  • La nécessaire autocritique du monde du football
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/02/la-necessaire-autocritique-du-monde-du-football_6038437_3232.html

    Voilà un secteur qui brasse des millions depuis vingt ans et qui n’a pas pris la peine d’assurer ses arrières en prévision des jours mauvais. Voilà des clubs où, selon un calcul effectué par L’Equipe, le salaire moyen est de 94 000 euros brut par mois. Voilà un sport, certes extrêmement populaire, que la hausse constante des droits télévisés, l’envol des prix des transferts des joueurs et les commissions versées aux agents ont transformé en empire financier. Et voilà des clubs, y compris de Ligue 1, comme le PSG, l’OM, Monaco, Reims, Nice ou Brest, qui ont demandé à bénéficier du dispositif du chômage partiel, c’est-à-dire de l’aide de l’Etat, pendant la pandémie.

    A la diète les gars...
    #football #financiarisation

  • L’agriculture libanaise s’effondre
    https://www.lecommercedulevant.com/article/29653-lagriculture-libanaise-seffondre

    La baisse du PIB agricole, combinée à la chute des importations, soulève la question de possibles pénuries. Les experts écartent toutefois le risque de crise alimentaire aiguë à court terme.

    #Liban #agriculture #crédit #banques #financiarisation

    • Dans son dernier rapport, le Centre de recherche et d’études agricoles libanais (Creal) n’y va pas par quatre chemins : la production agricole libanaise va s’effondrer en 2020, si rien n’est fait pour aider les agriculteurs à passer cette “annus horibilis”. Selon les projections de l’organisme privé, qui collecte des données sur le monde agricole, la baisse devrait avoisiner les 40 % du PIB agricole global, qui ne dépassera pas 1,2 milliard de dollars cette année.

      Sur certaines cultures, les chutes pourraient aller jusqu’à 70 % (en valeur) et plus de 50 % (en volume) par rapport aux récoltes de 2018. C’est le cas notamment de certains des aliments courants de la cuisine libanaise, comme la pomme de terre ou l’oignon, qui figurent parmi les cultures les plus affectées.

      La raison de cet arrêt aussi brutal que violent est connue. C’est la crise bancaire et financière qui met en danger les saisons agricoles de l’année en cours et, plus sûrement encore, celles à venir en 2021.

      Pour comprendre pourquoi l’agriculture est peut-être davantage affectée que d’autres secteurs, il faut savoir que depuis la fin de la guerre de 1975, ses principaux acteurs – grossistes et revendeurs régionaux, agriculteurs… – vivent à crédit. Même leur trésorerie courante est financée par les crédits que leur consentent les sociétés d’importations d’intrants, qui y voient un moyen de garantir la vente de leurs semences, engrais et autres produits phytosanitaires.

      « Rien n’a été fait pour le développement du secteur agroalimentaire. On a presque toujours favorisé le commerce à travers notamment la signature d’accords de libre-échange. Cela s’est fait au détriment de l’agriculture locale, dont les coûts la rendent peu compétitive face aux productions étrangères, qui sont toutes, de surcroît, subventionnées », explique Moussa Freiji, fondateur du groupe Tanmia et président du syndicat des éleveurs de volailles.

      La culture de la Pomme de terre pourrait baisser de 70 % en valeur

      Pour un secteur déjà moribond, le coup de grâce a été porté lorsque les banques ont imposé le gel des lignes de crédit. « Ceux qui n’avaient pas une gestion saine de leurs finances auront du mal à survivre, pronostique Riad Saadé, directeur du Creal. Il y aura des fermetures d’entreprises dont certaines pourraient toucher les plus grands noms du secteur. »

      Les dettes ne sont pourtant pas énormes à l’échelle de l’économie libanaise : selon le Creal, il s’agit de 140 millions de dollars d’impayés. Mais faute d’avoir été acquittées, elles prohibent l’importation de nouvelles semences, des engrais ainsi que des autres produits phytosanitaires de qualité.

      « Il faut en urgence décider d’un moratoire sur la dette agricole afin de permettre au secteur de redémarrer. Autrement, la catastrophe interviendra en 2021, prévient Riad Saadé. Là, nous n’aurons vraiment plus de moyens pour redémarrer. »

      Une crise alimentaire en vue ?

      Faute d’outils statistiques fiables, difficile de mesurer précisément l’impact qu’aura la chute de la production locale sur l’approvisionnement alimentaire du pays. « D’une manière générale, le Liban importe 80 % de ses besoins, qu’il s’agisse de produits agricoles ou agro-industriels », assure Maurice Saadé, représentant de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) au Liban. Problème : les importations agricoles sont, elles aussi, en chute libre. Elles se sont effondrées de près de 32 % au mois de décembre 2019 – dernier chiffre disponible – par rapport à la même période en 2018, selon les douanes.

      Corrélées à la chute du PIB agricole, cette tendance soulève la question de possibles pénuries. Certains produits vont sans doute disparaître du marché, mais le scénario d’une crise aiguë est toutefois écarté dans l’immédiat. « Personne ne va mourir de faim au Liban », promet Maurice Saadé.

      D’abord, parce que si l’agriculture est en très mauvaise posture, l’agro-industrie, elle, se porte mieux. Une majorité de ces entreprises ont malgré tout accès à des devises pour payer leurs fournisseurs étrangers. C’est le cas notamment de la filière avicole, qui parvient encore à importer les aliments nécessaires aux élevages en se fournissant en devises auprès des changeurs. Mais « cela signifie un surenchérissement de nos coûts de l’ordre de 20 %, que nous avons répercuté sur nos prix de vente », précise Moussa Freiji.

      Cette situation va affecter les plus vulnérables, sachant que sur la période 2016-2018, 11 % des Libanais étaient déjà sous-alimentés, selon l’Université américaine de Beyrouth.L’impact inflationniste pourrait toutefois être atténué par les importations agricoles en provenance de Syrie, qui pénètrent, la plupart du temps, de manière illégale sur le territoire national. La dévaluation de la livre syrienne les rendant encore plus compétitifs dans le contexte de la crise économique libanaise.

      « À part le fait que les prix agricoles suivent très rarement l’inflation dans les mêmes proportions, ils sont continuellement soumis à la concurrence des produits syriens introduits dans leur grande majorité en contrebande et bradés sur le marché libanais de gros », précise Riad Saadé. Ce qui devrait in fine limiter l’inflation des prix à la consommation, voire même offrir une porte de sortie possible à certaines entreprises agro-industrielles, qui pourraient chercher certaines de leurs matières premières en Syrie.

      Davantage que le risque de pénuries alimentaires dans l’immédiat, le danger pourrait être social et se situer du côté des quelque 250 000 à 300 000 foyers qui vivent en tout ou en partie de l’agriculture. « L’agriculture et l’agro-industrie représentent 25 % des emplois du privé », rappelle Maurice Saadé.

      Or, ces fermiers pourraient préférer laisser leurs terres en jachère et se débarrasser de leur bétail plutôt que de vendre à prix coûtant ou à perte. « C’est déjà le cas chez de petits agriculteurs », s’inquiète Saïd Gédéon, directeur du département de l’agriculture au sein de la Chambre du commerce et de l’industrie de Zahlé et de la Békaa (CCIZ). « Si rien n’est fait, le phénomène va s’accélérer. Ces familles risquent d’aller gonfler les rangs des personnes en extrême précarité », ajoute-t-il.Malgré cette situation inquiétante, les autorités n’ont pour l’heure rien fait. « Le ministère n’a pas de solution, assène Moussa Freiji. Le ministre est totalement ignorant des problèmes de l’industrie agricole. »

      Le gouvernement a bien créé un Comité de sécurité alimentaire, sous la direction du nouveau ministère de l’Agriculture et de la Culture, mais celui-ci ne s’est encore jamais réuni. Le ministère a même vu son budget amputé de 11,4 % cette année pour atteindre une cinquantaine de millions de dollars. La baisse des financements portant principalement sur les trop rares subventions qu’il attribuait jusqu’ici aux petits agriculteurs.

      « Pourtant la crise pourrait être une opportunité », veut croire Moussa Freiji. « D’ici à trois ou quatre ans, cela pourrait créer une dynamique différente », espère également Maurice Saadé.

      La dévaluation de la livre libanaise va rendre, il est vrai, la production “Made in Lebanon” plus compétitive et les cessations d’activités de petits agriculteurs participer à une consolidation du secteur. « Le nombre d’exploitations pourrait diminuer, celles qui survivront devraient gagner en efficacité », contine Maurice Saadé. Un vœu pieux, dont l’expert se sert comme “message d’espoir” pour inciter les acteurs du secteur à tenir le coup, malgré tout.

  • Est-il vrai qu’une pub d’AXA évoque la « baisse programmée des pensions » à cause de la réforme des retraites ?

    Sur Twitter circule un visuel de l’assureur vantant les produits d’épargne retraite, avec pour argument la dégradation attendue du niveau des pensions à cause de la réforme gouvernementale.

    Bonjour,

    On ne pourrait pas imaginer pire publicité pour la réforme des retraites. Sur Twitter, circule une capture d’une publicité de l’assureur Axa, expliquant que la modification du mode de calcul des pensions (passage des 25 meilleures années à la carrière complète) va générer une « baisse programmée des retraites ». Cette publicité, qui date de 2019 et évoque encore la « réforme Delevoye », vante les mérites de la capitalisation, en se félicitant que la loi Pacte (adoptée au printemps dernier) « vise à donner plus d’attractivité à l’épargne retraite ».

    Un des comptes Twitter ayant posté la publicité s’amuse : « Bon ben Axa vient de tuer la réforme des retraites ». L’argumentaire de l’assureur, de fait, vient nourrir celui des opposants à la réforme. Pour mémoire, le projet de réforme des retraites est notamment accusé par certains détracteurs de favoriser le développement de la capitalisation, en supprimant les cotisations pour les plus hautes rémunérations (obligeant les très hauts revenus à se tourner vers les plans d’épargne) et plus généralement en baissant, en raison du changement de mode de calcul, les retraites des personnes ayant eu des carrières ascendantes. Le tout, donc, alors que la loi Pacte de mai 2019 favorise, elle, les dispositifs par capitalisation.

    La pub est bien authentique. Même si Raphaël Pradeau, porte-parole d’Attac, qui a déniché puis diffusé le visuel, assure qu’après son tweet, la page a été désactivée.

    Mais on trouve encore le visuel en suivant cet autre lien (https://www.axa.fr/content/dam/axa-fr-convergence/epargne-retraite/actus/desktop/reformes-retraite-2019.jpg). Par ailleurs, il est aisé de trouver des contenus très proches sur le site de l’assureur. Ainsi, cette présentation des enjeux de l’année 2019 sur la question des retraites (https://www.axa.fr/epargne-retraite/loi-pacte.html) joue la même carte du pessimisme pour les futurs retraités, expliquant que les réformes envisagées augurent d’une « potentielle dégradation » des retraites, et nécessitent donc de prendre les devants avec la capitalisation : « En outre, les premières pistes de réflexion de la réforme globale des retraites ne sont pas encourageantes : mise en place d’un système unique à points, plafonnement possible des cotisations, incitations à reculer l’âge de liquidation de la retraite. L’ensemble de ces indicateurs augure d’une potentielle dégradation des retraites à l’avenir. Il est donc essentiel de prendre les devants et de la préparer le plus tôt possible par le biais de l’épargne individuelle. »

    https://www.liberation.fr/checknews/2020/01/16/est-il-vrai-qu-une-pub-d-axa-evoque-la-baisse-programmee-des-pensions-a-c
    #AXA #assurances_privées #pensions #retraite #retraites #financiarisation #privatisation #capitalisation #publicité #France

  • Main basse sur l’#eau | ARTE
    https://www.arte.tv/fr/videos/082810-000-A/main-basse-sur-l-eau

    Le prometteur marché de l’eau s’annonce comme le prochain casino mondial. Les géants de la finance se battent déjà pour s’emparer de ce nouvel « or bleu ». Enquête glaçante sur la prochaine bulle spéculative.

    Réchauffement climatique, pollution, pression démographique, extension des surfaces agricoles : partout dans le monde, la demande en eau explose et l’offre se raréfie. En 2050, une personne sur quatre vivra dans un pays affecté par des pénuries. Après l’or et le pétrole, l’"or bleu", ressource la plus convoitée de la planète, attise les appétits des géants de la #finance, qui parient sur sa valeur en hausse, source de #profits mirobolants. Aujourd’hui, des #banques et fonds de placements – Goldman Sachs, HSBC, UBS, Allianz, la Deutsche Bank ou la BNP – s’emploient à créer des #marchés porteurs dans ce secteur et à spéculer, avec, étrangement, l’appui d’ONG écologistes. Lesquelles achètent de l’eau « pour la restituer à la nature », voyant dans ce nouvel ordre libéral un moyen de protéger l’environnement.

    En Australie, continent le plus chaud de la planète, cette #marchandisation de l’eau a pourtant déjà acculé des fermiers à la faillite, au profit de l’#agriculture_industrielle, et la Californie imite ce modèle. Face à cette redoutable offensive, amorcée en Grande-Bretagne dès #Thatcher, la résistance citoyenne s’organise pour défendre le droit à l’eau pour tous et sanctuariser cette ressource vitale limitée, dont dépendront 10 milliards d’habitants sur Terre à l’horizon 2050.

    De l’Australie à l’Europe en passant par les États-Unis, cette investigation décrypte pour la première fois les menaces de la glaçante révolution en cours pour les populations et la planète. Nourri de témoignages de terrain, le film montre aussi le combat, à la fois politique, économique et environnemental, que se livrent les apôtres de la #financiarisation de l’eau douce et ceux, simples citoyens ou villes européennes, qui résistent à cette dérive, considérant son accès comme un droit universel, d’ailleurs reconnu par l’#ONU en 2010. Alors que la bataille de la #gratuité est déjà perdue, le cynisme des joueurs de ce nouveau #casino mondial, au sourire carnassier, fait frémir, l’un d’eux lâchant : « Ce n’est pas parce que l’eau est la vie qu’elle ne doit pas avoir un prix. »

  • Retraite : la porte ouverte aux fonds de pension - Page 1 | Mediapart

    https://www.mediapart.fr/journal/economie/090418/retraite-la-porte-ouverte-aux-fonds-de-pension?onglet=full

    Jusqu’à présent, aucun gouvernement n’avait osé en France pousser le système des retraites vers la capitalisation. Selon des documents confidentiels obtenus par Mediapart, ce tabou va être brisé. Pour la retraite supplémentaire, le projet de loi « Pacte » veut favoriser l’introduction des sociétés de gestion d’actifs et des fonds de pension anglo-saxons.

    #conflits_d'intérêts #macronismes #crapules #crapuleries_macroniennes

  • Tourisme. Les vilaines arrière-cuisines de Thomas Cook Stéphane Guérard - 26 Septembre 2019 -L’humanité - Solidaire

    Placé en faillite ce lundi matin, le voyagiste britannique a débuté le retour en catastrophe de ses 600 000 clients, des touristes. Une autre course a dans le même temps commencé : celle du démantèlement de la multinationale financiarisée.

    Il est loin, le temps où Thomas Cook était considéré par le Royaume-Uni comme un joyau de la Couronne et placé sous le giron de l’État lorsqu’il faisait face à la première banqueroute de son histoire. Soixante-dix ans après cette nationalisation et la revente en 1972, le passage sous contrôle public de ce mastodonte du tourisme de masse n’a pas effleuré l’esprit du premier ministre Boris Johnson.

    Tôt ce lundi matin, à l’heure où la compagnie annonçait sa faillite, les services du 10 Downing Street ont prestement annoncé que l’affaire relevait de relations commerciales entre personnes privées et que les contrats de rapatriement couvrant les voyageurs allaient prendre le relais. Les 600 000 personnes immobilisées un peu partout dans le monde ont dû apprécier.

    Le laisser-faire des autorités publiques n’est pas le moindre des ingrédients de ce magistral crash commercial. Cent-soixante-dix-huit ans après sa fondation, la fin de l’auguste compagnie résonne comme celle d’une époque. « Thomas Cook a échoué parce qu’il n’a pas su évoluer avec son temps », explique Neil Wilson, analyste chez Markets.com, en référence au tournant de l’Internet qu’il n’aurait pas su prendre et aux plateformes en ligne qui lui auraient taillé des croupières.

    « Une course au gigantisme »
    Mais l’analyse est à courte vue, puisque l’opérateur, présent notamment sur le pourtour méditerranéen, est un des grands fournisseurs de séjours vendus sur ces mêmes plateformes. « Cette fois, c’est cette multinationale qui tombe. Mais l’un de ses concurrents, TUI, en est à son quatrième plan social, après avoir englouti Nouvelles Frontières et Marmara, rappelle Christian Faffache, de la CGT commerce et services. Tous ces groupes se sont lancés dans une course au gigantisme à coups de rachat, pour tenter de tuer l’autre. Quitte à devenir trop grands. Ce modèle stratégique est aujourd’hui clairement déficient. »

    Après avoir absorbé les agences Havas au tournant du siècle, puis le réseau Jet tours, Thomas Cook avait tenté son va-tout en 2007 avec le rachat de My Travel, un spécialiste britannique du voyage organisé traditionnel. « Ces dernières années, la bataille entre les mastodontes européens, et même avec des groupes de taille moyenne, a donné lieu à une bagarre des prix invraisemblable, explique Yves Serdenif, président de Touristra Vacances, opérateur historique du tourisme social. Certains ont fracassé les prix sur certaines destinations pour abattre la concurrence. Seuls les plus grands peuvent tenir. Mais avec des pertes là aussi colossales. » La compagnie britannique y a creusé une dette abyssale : plus de 1,3 milliard d’euros. Depuis hier, les évolutions géopolitiques (printemps arabes, attentats et, dernièrement, le Brexit) et même climatiques (l’été 2019, trop chaud, n’aurait pas incité les Britanniques à voyager) sont appelées à la barre comme les principaux coupables de ces pertes. Mais ces déficits ont aussi été des bénédictions pour les créanciers du groupe, qui l’ont certes maintenu sous perfusion, mais contre 1,35 milliard d’euros en intérêts. Pas bégueules, ces derniers ont gratifié les dirigeants successifs de l’entreprise de 22,6 millions d’euros sur les cinq dernières années.

    Mais la financiarisation a ses raisons que les 22 000 salariés du groupe, les dizaines de milliers de touristes dans la panade (150 000 Britanniques, 140 000 Allemands, 10 000 Français) et les milliers de professionnels du tourisme touchés par ce naufrage à travers le monde ne peuvent comprendre. La fin de vie de Thomas Cook a été sifflée par une partie de ces créanciers qui n’ont pas voulu voir leur pépite passer sous pavillon du chinois Fosun International, nouveau géant mondial du tourisme (Club Med) et du divertissement (Cirque du Soleil). Ce dernier, déjà détenteur de 18 % du capital, proposait de devenir actionnaire majoritaire contre un peu plus d’1 milliard d’euros (500 millions d’euros de cash + 25 % apportés en actions de sa compagnie d’aviation d’affaires). Mais l’opération, diminuant la valorisation du groupe, allait éjecter du tour de table d’autres actionnaires. Ces derniers ont donc pratiqué la politique de la terre brûlée, imposant au groupe de Shanghai d’augmenter de 227 millions d’euros son offre. Espérant sûrement rendre profitable cette fin de partie en monnayant au prix fort le démantèlement mondial de Thomas Cook.

    Source : https://www.humanite.fr/tourisme-les-vilaines-arriere-cuisines-de-thomas-cook-677601
    https://www.solidaire.org/articles/tourisme-les-vilaines-arriere-cuisines-de-thomas-cook

    #Thomas_Cook #banqueroute #faillite #crash #gigantisme #Vacances #avions #pollution #financiarisation #Fosum #Cirque_du_Soleil

  • Pourquoi il faut signer l’arrêt de mort du néolibéralisme - Joseph E. STIGLITZ The Guardian - 30 Mai 2019
    • Joseph E. Stiglitz est lauréat du prix Nobel d’économie, professeur à l’Université Columbia et économiste en chef à l’Institut Roosevelt.

    Depuis des décennies, les États-Unis et d’autres états mènent une politique de libre échange qui a échoué de façon spectaculaire.
    Quel type de système économique apporte le plus de bien-être au genre humain ? Cette question est devenue centrale aujourd’hui, car après 40 ans de néolibéralisme aux États-Unis et dans d’autres économies avancées, nous savons ce qui ne fonctionne pas.
    L’expérience néolibérale – réduction de l’impôt des riches, déréglementation des marchés du travail et des produits, financiarisation et mondialisation – a été un échec spectaculaire. La croissance est plus faible que pendant le quart de siècle qui a suivi la seconde guerre mondiale et elle n’a favorisé le plus souvent que ceux qui sont tout en haut de l’échelle. Après des décennies de revenus stagnants, ou même en baisse pour ceux qui se trouvent en dessous d’eux, il faut signer le certificat de décès du néolibéralisme et l’enterrer.


    Au moins trois grandes propositions politiques alternatives existent actuellement : le nationalisme d’extrême droite, le réformisme de centre gauche et la gauche progressiste (le centre-droit représentant l’échec néolibéral). Mais, à l’exception de la gauche progressiste, ces alternatives continuent d’adhérer à une forme d’idéologie qui a (ou aurait dû avoir) fait long feu.

    Le centre-gauche, par exemple, représente le néolibéralisme à visage humain. Son objectif est d’adapter au XXIe siècle les politiques de l’ancien président américain Bill Clinton et de l’ancien premier ministre britannique Tony Blair, en n’apportant que de légères modifications au système de financiarisation et de mondialisation actuel. La droite nationaliste, quant à elle, rejette la mondialisation, et accuse les migrants et les étrangers de tous les problèmes. Mais, comme l’a montré la présidence de Donald Trump, elle continue – du moins dans sa version étatsunienne – à réduire, avec zèle, les impôts des riches, à déréglementer et à réduire ou supprimer les programmes sociaux.

    En revanche, le troisième camp défend ce que j’appelle le capitalisme progressiste, qui propose un programme économique radicalement différent, fondé sur quatre priorités. La première consiste à rétablir l’équilibre entre les marchés, l’État et la société civile. La lenteur de la croissance économique, les inégalités croissantes, l’instabilité financière et la dégradation de l’environnement sont des problèmes nés du marché et ne peuvent donc pas être réglés par le marché. Les gouvernements ont le devoir de limiter et d’organiser le marché par le biais de réglementations en matière d’environnement, de santé, de sécurité au travail et autres. Le gouvernement a également pour tâche de faire ce que le marché ne peut ou ne veut pas faire, par exemple investir activement dans la recherche fondamentale, la technologie, l’éducation et la santé de ses électeurs.

    La deuxième priorité est de reconnaître que la « richesse des nations » est le résultat d’une enquête scientifique – l’étude du monde qui nous entoure – et d’une organisation sociale qui permet à de vastes groupes de personnes de travailler ensemble pour le bien commun. Les marchés gardent le rôle crucial de faciliter la coopération sociale, mais ils ne peuvent le faire que si des contrôles démocratiques les contraignent à respecter les lois. Autrement, les individus s’enrichissent en exploitant les autres et en faisant fructifier leurs rentes plutôt qu’en créant de la richesse par leur ingéniosité. Beaucoup de riches d’aujourd’hui ont emprunté la voie de l’exploitation pour arriver là où ils en sont. Les politiques de Trump ont favorisé les rentiers et détruit les sources de la création de richesse. Le capitalisme progressiste veut faire exactement le contraire.

    Cela nous amène à la troisième priorité : résoudre le problème croissant de la concentration du pouvoir du marché. En utilisant les techniques d’information, en achetant des concurrents potentiels et en créant des droits de douane à l’entrée, les entreprises dominantes peuvent maximiser leurs rentes au détriment des populations. L’augmentation du pouvoir des entreprises sur le marché, conjuguée au déclin du pouvoir de négociation des travailleurs, explique en grande partie la hausse des inégalités et la baisse de la croissance. À moins que le gouvernement ne joue un rôle plus actif que ne le préconise le néolibéralisme, ces problèmes vont probablement s’aggraver à cause des progrès de la robotisation et de l’intelligence artificielle.

    Le quatrième point clé du programme progressiste consiste à rompre le lien entre les pouvoirs économique et politique. Les pouvoirs économique et politique se renforcent mutuellement et se cooptent réciproquement, en particulier là où, comme aux États-Unis, des individus et des sociétés fortunés peuvent financer sans limites les élections. Dans le système étatsunien de plus en plus antidémocratique de « un dollar, une voix », il n’y a plus assez de ces freins et contre-pouvoirs si nécessaires à la démocratie : rien ne peut limiter le pouvoir des riches. Le problème n’est pas seulement moral et politique : les économies plus égalitaires sont en réalité plus performantes. Les capitalistes progressistes doivent donc commencer par réduire l’influence de l’argent en politique et par réduire les inégalités.

    On ne peut pas réparer les dégâts causés par des décennies de néolibéralisme d’un coup de baguette magique. Mais on peut y arriver en suivant le programme que je viens d’ébaucher. Il faudra que les réformateurs soient au moins aussi déterminés à lutter contre le pouvoir excessif du marché et les inégalités, que le secteur privé l’a été pour les générer.

    L’éducation, la recherche et les autres véritables sources de richesse doivent être au cœur des réformes. Il faudra protéger de l’environnement et lutter contre le changement climatique avec la même vigilance que les Green New Dealers aux États-Unis et Extinction Rebellion au Royaume-Uni. Et il faudra mettre en place des mesures sociales permettant à tous de mener une vie décente. Cela veut dire bénéficier de la sécurité économique, d’un travail et d’un salaire décent, de soins de santé et d’un logement convenable, d’une retraite garantie et d’une éducation de qualité pour ses enfants.

    Ce programme d’action n’a rien d’irréaliste ; ce qui serait irréaliste serait de ne pas le mettre en œuvre. Les alternatives proposées par les nationalistes et les néolibéraux engendreraient davantage de stagnation, d’inégalités, de dégradation de l’environnement et de colère, et pourraient avoir des conséquences que nous ne pouvons même pas imaginer.

    Le capitalisme progressiste n’est pas un oxymore. C’est au contraire l’alternative la plus viable et la plus dynamique à une idéologie qui a clairement échoué. Il constitue notre meilleure chance de sortir du marasme économique et politique actuel.

    Joseph E. STIGLITZ

    #néolibéralisme #capitalisme #financiarisation #mondialisation #nationalisme #réformisme #progressisme #pouvoirs #marchés #inégalités #Joseph_Stiglitz

    Sources : https://www.legrandsoir.info/pourquoi-il-faut-signer-l-arret-de-mort-du-neoliberalisme-the-guardian
    https://www.theguardian.com/business/2019/may/30/neoliberalism-must-be-pronouced-dead-and-buried-where-next

  • #Santé. #Médicaments : une #pénurie en bande organisée | L’Humanité
    https://www.humanite.fr/sante-medicaments-une-penurie-en-bande-organisee-666799

    « Près de 40 % des médicaments finis commercialisés dans l’UE proviennent de pays tiers », pointe ainsi l’Agence européenne du médicament. De même, 35 % des matières premières utilisées dans la fabrication des médicaments en France dépendent de seulement trois pays : l’Inde, la Chine et les États-Unis. Une situation de « perte d’indépendance sanitaire préoccupante » pour la France et l’Europe, a convenu, en octobre dernier, un rapport du Sénat consacré au sujet.« La cause numéro 1, c’est la financiarisation de la production de médicaments, appuie Alain-Michel Ceretti. Pour la Bourse, le médicament est une industrie comme les autres, qui doit dégager du profit, et donc rationaliser au maximum. Ce qui veut dire deux choses : délocaliser la production dans des pays à bas coûts et travailler avec le minimum de stocks. » Rien d’étonnant, dès lors, à ce qu’à la moindre difficulté, la pénurie s’installe. Parfois, pour longtemps. En 2017, la durée moyenne des ruptures constatées pour les médicaments considérés comme essentiels était de quatorze semaines, vingt-cinq pour les vaccins. Pour le Sinemet, du laboratoire MSD (Merck), les malades de Parkinson devaient se préparer à… sept mois (!) sans leurs cachets, à compter de septembre dernier, pour cause de mise en conformité de l’usine de production, aux États-Unis.

  • Nicole ESTEROLLE - À propos de l’art conptemporain

    Interview téléphonique réalisée le 13 août 2018 A propos de la sur visibilité de la crétinerie.

    https://vimeo.com/288071532

    Retrouvez les œuvres présentées sur le site : http://nicolemuseum.fr

    Réalisation Marc ROHNER
    Musique Patrice MOULLET

    Bonus : Le Magazine du Schtroumpf Emergent http://www.schtroumpf-emergent.com/blog

    #Audio #art #art_contemporain #escroquerie #Nicole_ESTEROLLE
    #gavage #sidération #vide #beauté #laideur #politique #globalisation #capitalisme #guerre #violence #laideur #enlaidissement #argent #financiarisation #totalitarisme #double_langage

  • David Graeber : « De plus en plus de personnes estiment que leur boulot ne devrait pas exister » - Libération
    http://www.liberation.fr/debats/2018/09/15/david-graeber-de-plus-en-plus-de-personnes-estiment-que-leur-boulot-ne-de

    L’anthropologue et économiste américain constate la prolifération de « bullshit jobs », des emplois très bien payés mais parfaitement inutiles. Pour changer le système, il invite à revoir le sens que nous donnons collectivement au travail.

    Être payé à ne rien faire, est-ce bien sérieux dans un monde capitaliste en quête infinie de profits  ? Oui, répond contre toute attente l’économiste et anthropologue américain David Græber. Anarchiste, prof à la London School of Economics, il fut une grande figure d’Occupy Wall Street après la crise économique de 2008, autour du slogan « Nous sommes les 99 % ».

    Dix ans plus tard, il poursuit le combat intellectuel contre le capitalisme. On le savait inégalitaire, aliénant, anti-écologie. Græber ajoute qu’il est aussi inefficace. La preuve, ce sont les « bullshit jobs », des emplois parfaitement inutiles et très coûteux qui prolifèrent dans tous les secteurs de notre économie. « Un job à la con est une forme d’emploi rémunéré qui est tellement inutile, superflue ou néfaste que même le salarié ne parvient pas à justifier son existence, bien qu’il se sente obligé, pour honorer les termes de son contrat de faire croire qu’il n’en est rien », explique David Græber dans l’essai Bullshit Jobs, dont la traduction française vient de sortir (Les liens qui libèrent, 25 euros).

    Plus que la rigueur de l’argumentation, fondée sur des témoignages de personnes déjà sensibles à ses thèses, c’est la puissance de l’intuition qui frappe, jusqu’à cette conclusion : le capitalisme n’a plus grand-chose qui permette de le justifier, il est temps d’inventer un autre modèle et une autre conception du travail.

    Vous avez été un leader d’Occupy Wall Street, qui fut pour vous une révolte de la « caring class », c’est-à-dire des travailleurs du « care » (1), après la crise financière de 2008. Quel lien faites-vous entre les bullshit jobs  et cette lutte ? A-t-elle porté ses fruits ?

    Il y a en ce moment une #grève des infirmières en Nouvelle-Zélande, l’an dernier c’était au Royaume-Uni ; les profs aussi ont fait grève aux Etats-Unis et dans les facs anglaises ; les auxiliaires de vie pour personnes âgées en France… Ces métiers très divers ont en commun d’être de plus en plus pollués par tout un tas de tâches administratives imposées par leurs hiérarchies et qui les détournent de leur fonction première de soigner, d’éduquer… Ma conviction est que ces mouvements vont bien au-delà de revendications sur les salaires.

    Est-ce tellement nouveau ?

    La #financiarisation du monde, devenue le principal moteur du capitalisme, s’étend désormais à tout. Avec ses objectifs chiffrés, ses tableaux de bord, cette vision comptable a déteint partout. La société numérique a encore accéléré le mouvement avec son obsession de la notation permanente et instantanée. Là où les naïfs croyaient qu’elle simplifierait les choses, réduirait les circuits de décision et les hiérarchies, c’est l’inverse qui se passe. Je le constate dans mon métier d’enseignant  : il faut en permanence remplir des formulaires pour débloquer la moindre décision, cocher des cases. C’est pour gérer toute cette masse d’informations que le personnel administratif a énormément augmenté. Le modèle du privé, avec son obsession du management, s’est imposé jusque dans le secteur public  : un président d’université veut ses conseillers, ses assistants, comme un patron du CAC 40. On embauche donc des gens inutiles payés pour organiser et contrôler des tâches qui ne servent à rien et emmerdent tout le monde.

    Pourquoi faites-vous un parallèle entre la prolétarisation de ces travailleurs du care et la sphère financière. En quoi sont-ils connectés ?

    Tout ou presque désormais est traduit en chiffres et aboutit à cette « bullshitisation » de pans entiers d’activités et de métiers dont les gens se sentent dépossédés. Là où l’on devrait se recentrer sur l’humain, on « procédurise », on comptabilise, on formate en permanence afin de nous faire rentrer dans des cases.

    Peut-on en dire autant des métiers industriels  ?

    Plus vous êtes dans la production, la matière, plus le recours aux technologies d’automatisation comme la robotique boostent la productivité et moins vous avez besoin de main-d’œuvre, surtout pour les tâches les moins qualifiées. A l’inverse, dans la santé, l’éducation, cette productivité décroît en dépit de cette profusion de bureautique et de logiciels. La technologie était censée réduire la bureaucratie et l’on voit au contraire qu’elle se nourrit de ce passage au numérique pour toujours s’étendre. Si tout doit être documenté, monitoré, tracé, vous avez besoin de toujours plus de petites mains pour traduire des expériences qualitatives en tableaux quantitatifs. L’intelligence artificielle est la nouvelle avant-garde de cette bureaucratie digitale. Comme la productivité ne progresse plus, les salaires stagnent ou baissent, les métiers sont de moins en moins valorisés. C’est un cercle vicieux, d’où ces grèves qui disent l’effondrement de l’estime de soi, comme une cicatrice balafrant notre âme collective.

    Puisque des métiers utiles ­connaissent une « bullshitisation », ne faudrait-il pas parler de « tâches à la con » plutôt que de « jobs à la con »  ?

    Évidemment, on peut encore aimer son boulot en cherchant à éviter des tâches inutiles qui le polluent. Mais j’ai choisi ce terme générique de « jobs à la con » parce que de plus en plus de gens disent que leur vie professionnelle est intégralement dédiée à ces tâches inutiles et que, si l’on supprimait leur emploi, cela ne changerait rien. Ce n’est donc pas seulement la manière d’exercer son travail qui est inutile, c’est souvent le boulot lui-même qui l’est, quand il n’est pas en plus nuisible, comme me l’ont dit nombre d’avocats d’affaires et de cadres intermédiaires qui passent leur vie à gratter du papier et bureaucratiser leurs équipes comme on l’exige d’eux. Le fait que de plus en plus de gens reconnaissent que leur boulot ne devrait tout simplement pas exister, ça, c’est nouveau  ! Quand j’ai écrit mon premier article sur ce sujet en 2013, un institut de sondage britannique a testé mon hypothèse. A la question « Votre travail apporte-t-il quoi que ce soit d’important au monde  ? », plus du tiers des personnes interrogées (37 %) ont dit être convaincues que ce n’était pas le cas, le double de ce à quoi je m’attendais. Le fait de poser la question a ouvert la boîte de Pandore.

    Politiquement, quel lien faites-vous entre les 40 % de personnes ayant un bullshit job, et le slogan d’Occupy, « Nous sommes les 99% »  ?

    La « bullshitisation » tient beaucoup à la mentalité de la classe dirigeante – les 1 % – qui a besoin de cette base de « larbins » pour se sentir importante, comme dans la féodalité médiévale. Leur motivation n’est pas économique. Cette classe a compris que pour préserver sa fortune et son pouvoir, une population heureuse, productive et jouissant de son temps libre constitue un danger mortel. Ces 1 % qui contrôlent le système sont ceux qui financent les campagnes politiques aux Etats-Unis  : 98 % des dons viennent de ces 1 %, la corruption du système politique est le moteur de leur accumulation de capital. C’est un résultat inévitable de l’économie du ruissellement. Comme il y a une pression du politique pour créer plus d’emplois, leur réponse est  : on va s’en occuper en multipliant les bullshit jobs. Plutôt que de redistribuer les richesses en stimulant la demande comme le défend la gauche depuis Keynes, on fait vivoter tous ces larbins en les maintenant dans la dépendance à ces jobs à la con.

    Tous vos livres sont basés sur des raisonnements contre-intuitifs, que ce soit pour expliquer le gonflement des dettes, la bureaucratisation du capitalisme ou ce « brejnevisme » des jobs de merde comme vous l’appelez dans un clin d’œil au socialisme soviétique finissant. N’est-ce pas là tout ce qu’abhorre le capitalisme, qui a toujours mis en avant son efficacité  ?

    Les défenseurs du #capitalisme disent que, certes, il crée des inégalités, de la misère et de l’aliénation mais qu’au moins, il est efficace. Les bullshit jobs montent que ce n’est pas le cas  ! Le problème pour ces 1 %, c’est qu’il faut bien occuper toutes ces masses et les bullshit jobs maintiennent la cohésion « brejnevienne », permettent de le faire perdurer sans remettre en cause leur pouvoir et leur accaparement des richesses. La financiarisation leur permet toujours de trouver de quoi s’enrichir comme lorsqu’il s’agit d’endetter des pauvres pour qu’ils se payent un logement dont on sait dès le départ qu’ils ne pourront jamais le rembourser. Cela n’a pas empêché les grandes banques d’affaires d’être renflouées après la crise financière alors que ces citoyens ordinaires ont été expropriés. Le capitalisme n’est pas ce que la plupart des gens croient, c’est un outil de domination qui vise avant tout à préserver le pouvoir de ces 1 %.

    Paradoxalement, vous semblez plus critique envers les démocrates, que vous accusez de collusion avec l’establishment financier, qu’envers les républicains…

    Je suis anarchiste, contre la classe politique en général. Mais je me dois d’essayer de comprendre ce qui se passe. Quand Trump a été élu, j’ai été tenté d’écrire une lettre ouverte aux leaders libéraux pour leur dire  : « Nous avons tenté de vous avertir avec Occupy  ! Nous savions que tout le monde pensait que vous étiez corrompus. Vous avez voulu croire que ce que vous faisiez était légal, que c’était bon, mais personne d’autre que vous ne pense cela  ! » Nous avons essayé d’orienter la rébellion dans un sens positif et ils ont envoyé la police. Je vois Occupy comme la première vague de négociation sur le démantèlement de l’empire américain. Et clairement, Trump est la deuxième, il le fait ! #Occupy était un moment initial lancé par le mouvement socialiste libertarien toujours présent. Mais regardez les sondages outre-Atlantique  : une majorité des 18-30 ans se considère anticapitalistes. Quand cela est-il arrivé auparavant  ? Jamais  ! Les gens ont dit qu’Occupy avait échoué… ­Allons…

    Ces bullshit jobs vont-ils disparaître grâce aux algorithmes et nous permettre de ne travailler que trois à quatre heures par jour comme vous dites que le progrès permettrait de le faire depuis longtemps ?

    Non, car les algorithmes créent des bullshit jobs ! Au XXe siècle, les gens se sont inquiétés d’un chômage de masse lié au progrès technique, y compris Keynes, qui parlait de chômage technologique. Je pense que c’est vrai, mais qu’on y a répondu par la création de jobs imaginaires pour garder les gens occupés. Dans la mesure où la technologie peut progresser et supprimer des emplois utiles, de deux choses, l’une : soit on crée des jobs à la con pour les occuper, soit on redistribue le travail nécessaire, celui du care, que nous ne voulons pas voir effectué par les machines, pour que les gens travaillent moins et profitent plus de la vie. C’est l’autre limite à la thèse de l’efficacité capitaliste : pendant des centaines d’années, les gens ont travaillé dur parce qu’ils imaginaient un monde où leurs descendants n’auraient pas besoin de faire comme eux. Et maintenant que nous arrivons au point où c’est possible, on entend : oh non, les robots vont nous prendre notre travail ! Ça n’a pas de sens.

    Pourquoi le care est-il si important pour changer le système  ?

    Dans le livre, je raconte la grève des employés du métro londonien, quand on se demandait si ce n’était pas un bullshit job qui pourrait être remplacé par des machines. Ils ont répondu avec un texte qui disait en substance  : « Remplacez-nous par des machines, mais nous espérons que votre enfant ne se perdra pas, qu’aucun passager saoul ne vous importunera, que vous n’aurez pas besoin d’information, etc. » Qui veut d’un robot pour prendre soin de son enfant égaré  ? Personne  !

    Comment faire  ?

    L’analyse du travail à l’ère industrielle s’est trop concentrée sur l’usine, alors que beaucoup de travailleurs exerçaient un travail en lien avec le care. Je pense qu’il faut d’abord prendre le care comme paradigme, lire l’ensemble du travail à travers cette question. Car même lorsque vous fabriquez une voiture, c’est parce que vous voulez aider les gens, leur permettre de se déplacer. Plutôt que de se concentrer sur la production de biens et leur ­consommation, qui suggèrent que le vrai travail est productif, il faut partir du principe que l’essentiel de ce à quoi nous nous consacrons est l’entretien des choses  : on fabrique une seule fois une tasse, mais nous la lavons des milliers de fois.

    Qu’en est-il des enjeux écologiques  ?

    Ils sont plus faciles à intégrer dans cette logique du care. On prend soin les uns des autres, mais aussi de la nature, des animaux. Je n’aime pas la notion de décroissance, qui est négative, mais en un sens, cela y correspond, car il faut sortir de cette conception d’une valeur qui devrait toujours croître. C’est drôle, car l’idée de la croissance est inspirée de la nature, mais en réalité ce qui grandit finit par mourir. C’est une métaphore bizarre pour défendre l’idée d’une croissance infinie.

    La mobilisation pour le climat est-elle pour vous le commencement d’une lutte anticapitaliste  ?

    Ce qui me dérange, c’est qu’au moment où le capitalisme semble vraiment vulnérable pour la première fois depuis une éternité, des intellectuels de gauche essaient de le sauver. Quelqu’un comme Thomas Piketty dit aujourd’hui en substance  : « Je ne veux pas abolir le capitalisme, je veux l’améliorer. » Pourtant, s’il avait été là dans les années 60, à l’époque où le système n’était aucunement menacé et où il n’y avait rien à faire, il se serait forcément dit anticapitaliste.

    Contre les bullshit jobs, vous expliquez votre intérêt pour le revenu universel. L’Etat-providence a-t-il donc un nouveau rôle à jouer  ?

    Je suis anarchiste et contre l’Etat, mais sans rejeter l’ensemble de ses services comme la sécurité sociale. Mais on pourrait imaginer que ces fonctions utiles soient assurées par d’autres entités. Je suis en revanche contre la bureaucratie en tant que forme de violence coercitive. Le revenu universel est un moyen pour créer un revenu inconditionnel, qui réduira l’Etat et notamment ces services détestables qui décident si vous élevez vos enfants correctement, si vous cherchez assez activement du travail… Tout ce qui crée de la souffrance et n’apporte pas grand-chose à ceux qui se comportent comme on leur ­demande.

    D’où provient notre conception du travail comme un élément central de l’existence, une souffrance nécessaire  ?

    Dans l’Antiquité, il y a l’idée que le travail est mauvais, que c’est pour les femmes et les esclaves. Mais les « anciens » n’aimaient pas l’oisiveté non plus, au sens où l’homme doit être occupé. Je suis un élève de Marshall Sahlins, qui a produit une critique de l’économie en mettant en évidence ses racines théologiques. Si vous regardez le mythe de Prométhée, la Bible et le récit de la chute du paradis, il apparaît que le travail est l’imitation de Dieu, à la fois en tant que créateur, et en tant que l’on subit la punition pour lui avoir désobéi. Il y a donc la double idée que le travail est productif, créatif et en même temps misérable. Je pense que cette conception du travail s’est imposée à l’époque médiévale, lorsque le travail rémunéré était un passage obligé vers l’âge adulte. Tout le monde, y compris les nobles, devait jusqu’à son mariage travailler pour quelqu’un d’autre. Les gens attendaient pour prendre leur place dans la société. Cette idée de travailler sous l’autorité d’un autre pour devenir un adulte se jouait à l’échelle de la vie, de serviteur à maître. Aujourd’hui, cela se joue entre le lieu de travail et le lieu privé. Vous faites la même transition chaque jour, vous vous placez sous l’autorité de quelqu’un toute votre vie, pour pouvoir être libre chaque soir et chaque week-end.
    (1) L’éthique du care consiste à donner de l’importance à la relation à l’autre, au soin apporté à autrui.

    Cinq nuances de « bullshit jobs »

    David Græber a forgé le concept de bullshit jobs dans un article écrit en 2013 pour la revue britannique Strike  ! Le texte a suscité des milliers de réactions, que Græber analyse dans son livre  : il a sélectionné 124 discussions trouvées sur des sites qui avaient diffusé son article et 250 témoignages reçus par mail. Il en a tiré cinq catégories de jobs à la con.

    Le larbin a pour rôle de donner à quelqu’un l’impression d’être important, comme un poste de secrétaire dans une entreprise qui ne reçoit que deux coups de fil par jour mais qui ne serait pas sérieuse si elle n’avait pas de secrétaire. Si vous êtes porte-flingue, vous poussez les gens à acheter des choses dont ils n’ont pas besoin  : vous êtes donc publicitaire ou télévendeur. Tout aussi inutile, le rafistoleur règle des problèmes (toujours les mêmes), qui ne se poseraient pas si l’on se contentait de changer un peu l’organisation de l’entreprise. A ne pas confondre avec le cocheur de cases, qui mesure, évalue, enquête pour aboutir à des analyses que personne n’utilisera jamais, comme lorsque vous remplissez des formulaires pour dire à votre boss que vous avez rempli vos objectifs. Enfin, les petits chefs donnent des ordres et font des plannings, mais n’en foutent pas une.
    Christophe Alix , Thibaut Sardier

    #graeber #care #travail #économie #Etat #bullshit_jobs

  • Annie Le Brun sur « Ce qui n’a pas de prix »
    Annie prends la parole à 2 minutes
    https://www.youtube.com/watch?time_continue=336&v=p6EuaUUZ6T4

    C’est la guerre, une guerre qui se déroule sur tous les fronts et qui s’intensifie depuis qu’elle est désormais menée contre tout ce dont il paraissait impossible d’extraire de la valeur. S’ensuit un nouvel enlaidissement du monde. Car, avant même le rêve ou la passion, le premier ennemi aura été la beauté vive, celle dont chacun a connu les pouvoirs d’éblouissement et qui, pas plus que l’éclair, ne se laisse assujettir. Y aura considérablement aidé la collusion de la finance et d’un certain art contemporain, à l’origine d’une entreprise de neutralisation visant à installer une domination sans réplique. Et comme, dans le même temps, la marchandisation de tout recours à une esthétisation généralisée pour camoufler le fonctionnement catastrophique d’un monde allant à sa perte, il est évident que beauté et laideur constituent un enjeu politique. Jusqu’à quand consentirons-nous à ne pas voir combien la violence de l’argent travaille à liquider notre nuit sensible, pour nous faire oublier l’essentiel, la quête éperdue de ce qui n’a pas de prix ? Ce qui n’a pas de prix Annie Le Brun.

    http://www.librairie-tropiques.fr/2018/06/ce-soir-vendredi-22-juin-19h30-c-est-la-guerre-une-guerre-qui-se

     #art #art_contemporain #gavage #sidération #vide #beauté #laideur #politique #globalisation #capitalisme #guerre #violence #laideur #enlaidissement #argent #financiarisation #totalitarisme #double_langage

  • Le FMI et la France : encore un abus d’ingérence ! 11 juin 2018 par CADTM France
    http://www.cadtm.org/Le-FMI-et-la-France-encore-un-abus-d-ingerence

    Le 4 juin dernier, le FMI a publié sa lettre [1] de fin de mission et énonce ses recommandations pour la France. On pourrait croire à une déclaration de politique générale tant cette lettre semble faite de copiés-collés du programme des instances ministérielles et des annonces de l’Élysée. Il y a là une ingérence manifeste et partisane au sens où le FMI dicte ses orientations politiques au gouvernement français et que ces orientations rabâchées jusqu’à plus soif vont toujours dans l’intérêt des classes dominantes.


    Il en est ainsi : 
- de la réforme de la formation professionnelle, de l’apprentissage et de l’assurance chômage (débat en cours sous l’intitulé = « Projet de loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel ») ; 
- de celle de la SNCF (« Projet de loi pour un nouveau pacte ferroviaire ») ; 
- de la réduction des dépenses publiques (en cours avec le projet Cap 2022 qui prévoit une réduction des dépenses publiques de 30 % de leur montant actuel avec 120 000 suppressions d’emplois dans la fonction publique [2]) ; 
 du déploiement d’outils macroprudentiels pour éviter des déséquilibres tant que les conditions financières restent favorables (favorables à qui, la lettre ne le précise pas, mais chacun-e aura compris que ce n’est pas pour les classes populaires).

    Par « outils macroprudentiels », est-ce la théorie du ruissellement chère à Macron qui veut faire croire que l’enrichissement immédiat de quelques-uns aux dépens du plus grand, finira par provoquer des retombées positives pour tous in fine, théorie dont nous avons pu vérifier l’inanité depuis le fameux théorème d’Helmut Schmidt de 1974 (les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain) ? Ou bien s’agit-il d’un paquet de mesures associant la casse de la protection sociale, des cadeaux fiscaux au patronat et les bras ouverts à la finance ?

    Quoiqu’il en soit, face à cette ligue factieuse (Macron-FMI), les chômeurs, les salarié-e-s (à statut ou sans statut) n’ont pas d’autres voies que celui des mobilisations.

    Nous n’avons pas attendu que le FMI en remette une couche pour combattre la financiarisation et les injustices de cette société.

    Un groupe de citoyens a commencé à mettre à nu le système-dette appliqué à l’assurance chômage [3] et a interpellé le ministère du Travail et la direction de l’Unedic qui, par leur silence, montrent leur peur de la vérité et de la transparence.

    La dette de la SNCF [4] a été détricotée par le cabinet DEGEST qui a montré que pour 100 € d’empruntés, si 41 € allaient bien à l’investissement, 59 € servaient le système financier. Les cheminots en sont à leur deuxième mois de grève et malgré les tentatives du gouvernement et de ses chiens de garde (les médias à sa botte), la mobilisation ne faiblit pas.

    Du coté des hôpitaux et des Ephads, la lutte continue de même en de nombreux endroits et la population apporte son soutien à ces mobilisations.

    Cette lettre de fin de mission constitue un véritable satisfecit politique donné au gouvernement Macron et un encouragement à poursuivre dans la même voie.

    C’est une véritable ingérence de la part du FMI, ce qui ne nous surprend pas. Encore une fois, cette institution financière internationale se comporte de façon partisane en faveur des plus riches et des transnationales contre les peuples. Le CADTM appelle à la dissolution du FMI, en grande partie responsable des différentes crises qui se succèdent depuis sa création. L’institution est nuisible pour les populations depuis ses fondations et il faut œuvrer à construire des alternatives respectueuses de l’humain et son environnement, sans quoi la précarité va continuer à se généraliser malgré la croissance des richesses entre les mains d’une élite déconnectée de la réalité.

    Notes
    [1] http://www.imf.org/fr/News/Articles/2018/06/04/ms060418-france-staff-concluding-statement-of-the-2018-article-iv-mission
    [2] http://www.modernisation.gouv.fr/sites/default/files/fichiers-attaches/dp_ap_2022.pdf
    [3] http://gacdac.canalblog.com
    [4] https://www.bastamag.net/Comment-la-dette-de-la-SNCF-enrichit-les-marches-financiers-au-detriment-d

    #FMI #France #gouvernement_français #formation_professionnelle #apprentissage #assurance_chômage #SNCF #dépenses_publiques #chômeurs #financiarisation #injustices #dette #Unédic #DEGEST #hôpitaux #Ephads #nuisible #précarité #richesse #élite #CADTM #guerre_aux_pauvres #emmanuel_macron #macron #réformes_antisociales

  • Comment l’#assurance_chômage a été transformée en machine à cash pour les marchés financiers

    Le gouvernement présente ce 27 avril son projet de réforme de l’assurance chômage. Il prévoit notamment d’augmenter les contrôles aux dépens des demandeurs d’emploi. But affiché : réduire le chômage et améliorer la situation financière du système, qui accuse une #dette dépassant les 33 milliards. Pourtant, les #recettes de l’#assurance-chômage sont suffisantes pour couvrir en l’état les indemnités versées aux chômeurs. Alors d’où vient cette dette, et qui la détient, empochant des centaines de millions d’euros d’intérêts ? Quel rôle jouent les #marchés_financiers ? Pour répondre à ces questions, un collectif de citoyens a réalisé un audit de la dette de l’Unédic. Explications.

    https://www.bastamag.net/Comment-l-assurance-chomage-a-ete-transformee-en-machine-a-cash-pour-les
    #assurances #finance #économie #chômage #France #financiarisation

  • Crise de civilisation : passer d’un monde illimité à un monde en perdition
    https://reflets.info/crise-de-civilisation-passer-dun-monde-illimite-a-un-monde-en-perdition

    L’état des #populations qui composent les grandes démocraties est préoccupant. Lorsque les analystes de tous bords parlent de la « crise de la démocratie » en cours, ou de crise « sociale », « institutionnelle », ce qu’ils ne nomment pas […]

    #France #Tribunes #1982 #beaufs #dichotomie_politique #économie_de_la_croissance #financiarisation #hyperconsommation #hypocrisie #limitation_des_ressources #monde_limité #mondialisation #système_capitaliste

  • BALLAST | DAL : « Encadrer à la baisse les #loyers sur tout le territoire »
    https://www.revue-ballast.fr/dal-encadrer-a-baisse-loyers-territoire

    Deux causes sont importantes. La première, c’est qu’il y a beaucoup de petites et moyennes communes qui, avec la #métropolisation et la concentration du travail dans les grandes villes, se sont vues désertées. La seconde se joue dans les métropoles, où le #logement est devenu, pour ceux qui le possèdent, un produit financier. Ainsi, pour les grandes sociétés immobilières, il n’y a pas toujours un intérêt à mettre son logement en location car il conserve la même valeur : il s’agit d’un placement financier qui n’a pas besoin d’être obligatoirement mis sur le marché pour être rentabilisé. On remarque donc l’accroissement du nombre de logements vacants un peu partout en France. Ce phénomène raréfie le logement et contribue aussi à augmenter les prix, par le système de demande et d’offre. L’excellent rapport de l’ONU sorti en mars dernier explique très bien cette #financiarisation du logement à l’échelle mondiale. Les logements vacants sont un réservoir que les pouvoirs publics devraient utiliser pour mettre les gens à l’abri dans un premier temps. En France, il y a eu des vagues de réquisitions réalisées après la Seconde Guerre mondiale, c’est d’ailleurs à ce moment-là qu’a été mise en place la loi de réquisition (loi de 1945). Le dernier président qui l’ait fait de manière un petit peu significative, c’est Jacques Chirac en 1995, qui avait lancé la réquisition de plus d’un millier de logements — suite, notamment, aux actions du DAL soutenues par l’abbé Pierre. On parle là de volonté politique, car aussi bien l’État que les maires ont le pouvoir de le faire, mais la mobilisation est nécessaire pour les pousser à appliquer la loi.

  • Ce que cache Martin Shkreli, l’homme qu’il faut haïr, par Guillaume Lachenal
    http://www.liberation.fr/debats/2017/10/18/ce-que-cache-martin-shkreli-l-homme-qu-il-faut-hair_1604026

    Sa carrière renvoie l’univers des #start-up à ses #illusions : il a fait des études médiocres, il a appris la biologie à la bibliothèque municipale, il prend ses infos sur Twitter, et pourtant ses performances d’investisseur furent souvent exceptionnelles. Il ne cache pas non plus que les start-up qu’il a fondées n’ont jamais fait de recherche, mais fonctionnaient plutôt comme des produits financiers, tentant de créer la hype avec des promesses plus ou moins sérieuses. Il semblait chuchoter, avec sa petite voix désagréable : « Et si tout ceci n’était que du vent ? ». Sa success-story devenait embarrassante : elle suggérait que toute la bulle #biotech tenait d’une pyramide de Ponzi à la Madoff. Pour que l’on continue de croire au canular, il fallait que le self-made-man redevienne une anomalie.

    #financiarisation #pharma #bouc_émissaire #troll

  • La financiarisation, le microcrédit et l’architecture changeante de l’accumulation du capital CADTM - Silvia Federici - 28 Juin 2017 _

    Comme le crash de Wall Street de 2008 l’a si dramatiquement démontré, l’espoir que la « financiarisation » puisse apporter une solution ou une alternative à la disparition des emplois et des salaires s’est avéré une illusion. La décision de renflouer les banques mais pas les débiteurs de la classe ouvrière a démontré que la dette est conçue pour être une norme de la vie des travailleurs, pas moins que dans la phase initiale de l’industrialisation, mais avec des conséquences plus dévastatrices du point de vue de la solidarité de classe. Ceci parce que le créditeur n’est plus le boutiquier local ou le voisin mais le banquier, et qu’en raison des taux d’intérêts élevés, la dette, comme un cancer, continue de s’accroître avec le temps. De surcroît, depuis les années 1980, toute une campagne idéologique a été orchestrée qui présente les emprunts comme destinés à subvenir à l’autoreproduction, comme une forme entrepreneuriat, passant sous silence la relation de classe et l’exploitation qu’ils impliquent. Si l’on en croit cette campagne, au lieu d’un combat capital-travail favorisé par la dette, nous avons des millions de micro-entrepreneurs qui investissent dans leur reproduction même s’ils ne possèdent que quelques centaines de dollars, supposément « libres » de prospérer ou d’échouer en fonction de leur labeur et de leur sagacité.

    Il ne s’agit pas seulement de présenter la « reproduction » comme un « auto-investissement ». Comme la machine à prêter de la dette devient le principal moyen de reproduction, une nouvelle relation de classe s’instaure, où les exploiteurs sont mieux cachés, plus dans l’ombre, et les mécanismes d’exploitation sont plus individualisés et culpabilisants. Au lieu de travail, d’exploitation et, par-dessus tout, de « patrons », si importants dans le monde de l’usine, les débiteurs se retrouvent maintenant non plus face à un employeur mais à une banque qu’ils affrontent seuls et non plus comme partie d’une entité collective et de relations de groupe, comme c’était le cas avec les travailleurs salariés. De cette façon, la résistance des travailleurs est affaiblie, les désastres économiques acquièrent une dimension moralisatrice et la fonction de la dette comme instrument d’extraction du travail est masquée, comme nous l’avons vu, sous l’illusion d’un auto-investissement.


    
Microfinance et #macrodette
    Jusqu’à présent, j’ai décrit à grands traits comment la création de la dette de la classe ouvrière a fonctionné aux États-Unis. Néanmoins, les fonctionnements de la machine prêt/dette sont plus visibles dans la politique du microcrédit ou de la microfinance. Ce programme très médiatisé lancé à la fin des années 1970 par l’économiste bangladeshi, Muhammad Yunus, avec la fondation de la Grameen Bank s’est depuis étendu à toutes les régions de la planète. Vanté comme moyen d’« alléger la pauvreté » dans le monde, la microfinance s’est en réalité avérée être un instrument à créer de la dette, impliquant un vaste réseau de gouvernements nationaux et locaux, d’organisations non gouvernementales (ONG) et de banques, à commencer par la Banque mondiale, servant surtout à capter le travail, les énergies et l’inventivité des « pauvres » |1|, surtout des femmes. Comme Maria Galindo de Mujeres Creando |2| l’a écrit au sujet de la Bolivie dans son prologue à La pobreza, un gran negocio, la microfinance, en tant que programme financier et politique, a eu pour but de récupérer et de détruire les stratégies de survie que les femmes pauvres avaient mises au point en réponse à la crise de l’emploi mâle provoquée par l’ajustement structurel des années 1980. Persuadant les femmes que même un petit prêt pouvait résoudre leurs problèmes économiques, il a intégré leurs activités informelles, faites d’échanges avec des femmes pauvres sans emploi comme elles, dans l’économie formelle, les obligeant à payer un montant hebdomadaire en remboursement de leur emprunt |3|. L’observation de Maria Galindo, que la microfinance est un mécanisme destiné à placer les femmes sous le contrôle de l’économie formelle, peut être généralisée à d’autres pays, de même que son argument selon lequel les prêts sont des pièges dont peu de femmes peuvent profiter ou se libérer.

    “La microfinance est un instrument à créer de la dette, impliquant un vaste réseau de gouvernements, d’ONG et de banques.”
    Il est significatif que les prêts concernant habituellement de très faibles sommes d’argent sont majoritairement donnés à des femmes et particulièrement à des groupes de femmes, bien que dans de nombreux cas, ce sont les maris ou les autres hommes de la famille qui les utilisent |4|.
    . . . . . . . . . . . .

    La suite : http://www.cadtm.org/La-financiarisation-le-microcredit

    |1| Je mets « pauvres » entre guillemets pour souligner la mystification implicite de ce concept. Il n’y a pas de pauvres, il y a des peuples et des populations qui ont été appauvris. Cela peut paraître une distinction mineure mais elle est nécessaire pour lutter contre la normalisation et la banalisation de l’appauvrissement sous-tendues pas le concept de « pauvres ».
    |2| Mujeres creando est l’organisation féministe autonome la plus importante de Bolivie. Basée à La Paz depuis 2002, elle a été partie prenante des luttes contre les dettes de la microfinance et a développé des recherches sur la microfinance, dont le livre d’où vient la citation. Sur ce sujet, voir : Maria Galindo “La Pobreza Un Gran Negocio.” In Mujer Pública 7. Revista de Discusión Feminista, 2012.
    |3| Ibid. p.8
    |4| C’est la situation décrite pour le Bangladesh par Lamia Karim qui a constaté dans son étude que « 95 % des emprunteuses donnent le montant de leurs prêts à leurs maris ou à d’autres emprunteurs hommes. Lamia Karim. Microfinance and Its Discontents, Women in Debt in Bangladesh. Minneapolis : University of Minnesota Press, 2011

    #dette #finance #microcrédit #microfinance #financiarisation #norme #banque #exploitation #Grameen_Bank #pauvreté #ONG #Banque mondiale #Femmes #émancipation

  • La société dérégulée [en marche] d’Emmanuel #macron
    https://reflets.info/la-societe-deregulee-en-marche-demmanuel-macron

    Le projet #Politique d’Emmanuel Macron n’est « ni de gauche ni de droite », selon ses propres mots. Le candidat d’En marche ! ne voulait d’ailleurs pas proposer de programme à l’origine, est s’est forcé à le […]

    #Economie #France #capitalisme_de_plateforme #Dérégulation #En_Marche #financiarisation #libéralisme #néo-libéralisme

  • Et si l’ingénierie urbaine se posait plus de questions ? - Métropolitiques
    http://www.metropolitiques.eu/Et-si-l-ingenierie-urbaine-se.html

    La montée en puissance de la #métropole parisienne est intimement liée à la #tertiarisation et la #financiarisation de notre système économique. Cette évolution conduit à reconfigurer les espaces urbains pour permettre une circulation accrue des capitaux, des marchandises, des données et des personnes. Ces dynamiques ont des répercussions importantes sur la structuration des villes tant au niveau architectural et paysager qu’au niveau de la composition sociodémographique de ces espaces, de la répartition des #populations et de la répartition des activités économiques.

    #ville #territoire #inégalités

  • Money, money, money : entretien avec Costas Lapavitsas
    http://revueperiode.net/money-money-money-entretien-avec-costas-lapavitsas

    Longtemps marginalisée, la théorie marxiste de la monnaie opère depuis la crise financière de 2007 un retour sur le devant de la scène. Penseur principal de ce renouveau, Costas Lapavitsas s’est notamment inspiré des théories classiques de l’impérialisme pour comprendre les bouleversements des rapports sociaux provoqués par la #financiarisation. Dans cet entretien, il dresse un tableau de ces bouleversements qui intègre non seulement la dynamique spatiale du capitalisme, l’interpénétration entre centre et périphérie, mais aussi la dynamique hiérarchique des rapports entre les différentes fractions du capital (industrielle, financière) et les (...)

    #Uncategorized #critique_de_l'économie_politique #Etat

  • CAC40 : augmentation record des #dividendes en 2016
    http://multinationales.org/CAC40-augmentation-record-des-dividendes-en-2016

    En 2016, les entreprises du CAC40 ont distribué près de 56 milliards d’euros de dividendes, un niveau record depuis la crise financière de 2008. #Total, #Sanofi et #Vivendi représentent à elles seules le tiers de cette somme. Des chiffres qui reflètent le primat des profits à court termes des #actionnaires, au détriment de la stratégie industrielle des firmes, des salaires, mais aussi des coûts sociaux et environnementaux générés par leurs activités. Les entreprises du CAC40 ont distribué en 2016 la somme (...)

    Actualités

    / #France, Total, Sanofi, Vivendi, #Paradis_fiscaux, #financiarisation, actionnaires, (...)

    « http://www.novethic.fr/isr-et-rse/actualite-de-la-rse/isr-rse/cac-40-inquietude-autour-de-dividendes-records-en-2016-144241.html »
    « http://www.alternatives-economiques.fr/plus-de-dividendes-dinvestissements/00076431 »
    « http://www.liberation.fr/futurs/2016/03/09/bollore-prend-ses-ponctions-chez-vivendi_1438620 »
    « http://www.liberation.fr/futurs/2016/06/07/bollore-et-les-25-milliards-d-euros-que-ne-verront-jamais-les-salaries-de »

  • Quand la BCE fait tourner sa planche à billets pour les multinationales et les énergies fossiles
    http://multinationales.org/Quand-la-BCE-fait-tourner-sa-planche-a-billets-pour-les-multination

    La liste des bénéficiaires du programme de rachat d’obligations d’entreprises initié en juin 2016 par la Banque centrale européenne est largement dominée par l’industrie pétrolière, suivie de près par les industries de l’automobile et des autoroutes, mais aussi du luxe, de l’armement et des casinos. C’est une nouvelle illustration de la manière dont les réponses apportées depuis 2008 par les pouvoirs publics à la crise économique et financière ont profité en priorité aux grands acteurs économiques et à la (...)

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    / Corporate #Europe Observatory (CEO), Europe, #union_européenne, #financiarisation, #institutions_financières_internationales, #Énergies_fossiles, #Aides_publiques_et_subventions, #aides_publiques_et_subventions, #énergie, #changement_climatique, impact sur (...)

    #Corporate_Europe_Observatory_CEO_ #impact_sur_l'environnement
    « https://corporateeurope.org/economy-finance/2016/12/ecb-quantitative-easing-funds-multinationals-and-climate-change »
    « https://corporateeurope.org/sites/default/files/corporate_bonds_cspp_list.pdf »
    « https://www.theguardian.com/environment/2016/dec/09/ecbs-quantitative-easing-programme-investing-billions-in-fossil-fuels »