Comment la lecture de Canguilhem a-t-elle permis au philosophe Thierry Hoquet de penser la vie, non pas sous sa forme politique ou vécue, mais sous sa forme biologique ? On plonge avec lui dans "Le Normal et le Pathologique", un classique qui s’intéresse à la #maladie, à la #santé et aux #normes.
En lisant Darwin, Thierry Hoquet s’est mis à chercher des réponses sur la manière dont des différences pathologiques pouvaient produire de nouvelles normes. Le texte du philosophe et médecin Georges Canguilhem (1904-1995), Le Normal et le Pathologique, s’est alors imposé comme une référence importante, qui l’a marqué tant par sa puissance théorique que pour ses multiples anecdotes.
Pourquoi avoir choisi Georges Canguilhem et « Le Normal et le Pathologique » ?
Comment, pour un philosophe, souligne Thierry Hoquet, s’ouvrir à autre chose qu’à la #philosophie ? Personne ne veut être un philosophe enfermé dans sa tour d’ivoire et "Canguilhem lui, nous invite ici à ne pas jouer simplement avec les mots, avec les idées, à ne pas simplement flotter dans un éther dilué, mais à rencontrer l’être et les choses, ce qui est essentiel". L’œuvre de #Canguilhem a pour particularité de revaloriser le discours de la #biologie sur le #vivant : "il nous montre qu’il existe des bases matérielles, physiologiques très claires de l’existence vitale qui déterminent ce que l’on vit et ce que l’on ressent".
Pour Canguilhem, il y a des malades, quand pour les médecins, il y a des maladies
Au fond, pourquoi y a-t-il de la #médecine ? Thierry Hoquet nous explique que c’est parce qu’on espère qu’on peut intervenir ; la santé n’est jamais définie a priori, mais toujours a posteriori. Il faut avoir été #malade pour comprendre ce qu’est que la santé, et si on se soigne, selon Canguilhem, c’est par une volonté prométhéenne de s’arracher à l’ordre naturel, de maintenir la vie grâce à nos artifices. "C’est un concept presque politique à appliquer à l’organisme, qui vient de cette idée que finalement, le corps est une sorte de totalité harmonieuse qui peut être perturbée, et qu’il faut rétablir dans ses équilibres".
"Il n’y a pas de santé parfaite"
Canguilhem commente beaucoup ce qu’il appelle "la sagesse du corps", expression qui recouvre ces mécanismes grâce auxquels le #corps parvient à se maintenir dans un état stable, constant. Selon lui, il n’y a pas de santé parfaite puisque la #maladie fait irrémédiablement partie de la vie. En revanche, ce qui est intéressant aussi, c’est la capacité à se rétablir : "Il y a des pages magnifiques de Canguilhem sur le sentiment de l’avoir échappé belle, d’avoir été comme au bord du gouffre." On comprend alors que la santé n’est pas uniquement "le silence des organes", expression que le philosophe emprunte au chirurgien René Leriche, mais qu’elle a aussi une capacité normative : "être en bonne santé, c’est être capable de vivre à différents rythmes. Dès lors, la maladie correspond pour Canguilhem à une restriction des allures vitales du malade".