GillesM

Eurafricain, acteur modeste du renforcement des organisations de la société civile en Afrique de l’Ouest

    • La journaliste Mona Chollet, liée par sa lignée maternelle à la région, dénonce la « politique de la ruine » mise en œuvre par Israël, en Palestine ou au Liban, à travers la destruction systématique des maisons.

      [photo] Un abri temporaire en bois, construit par Alaa Jouda, un Palestinien de 38 ans, pour sa famille et ses enfants, sur les décombres de leur maison dans le camp de réfugiés d’Al-Chati, à l’ouest de Gaza, le 11 mai 2026. (Yousef Zaanoun/Activestills)

      Longtemps délaissée comme objet de pensée, la maison occupe une place centrale dans nos existences. Chérie, hantée, perdue, fantasmée, elle est une membrane qui tantôt nous protège, tantôt nous enferme, elle est traversée par les enjeux de l’époque et souvent les matérialise. C’est pourquoi, cet été, Libération a invité des philosophes, écrivains, anthropologues… à examiner le sujet sous divers angles.

      « Un lieu, je veux un lieu ! Je veux un lieu à la place du lieu pour revenir à moi-même, pour poser mon papier sur un bois plus dur, pour écrire une plus longue lettre, pour accrocher au mur un tableau, pour ranger mes vêtements, pour te donner mon adresse, pour faire pousser de la menthe, pour attendre la pluie. Celui qui n’a pas de lieu n’a pas non plus de saisons. Pourras-tu me transmettre l’odeur de notre automne dans tes lettres ? Emmène-moi là-bas, s’il reste encore une place pour moi dans le mirage figé. Emmène-moi vers les effluves de senteurs que je respire sur les écrans, sur le papier, au téléphone… »

      Ces lignes éperdues de nostalgie sont extraites d’une lettre du poète palestinien Mahmoud Darwich (1941-2008) écrite durant son exil à Paris, dans les années 1980, à son ami Samih al-Qassem (1939-2014) resté en Palestine, et publiée dans leur correspondance, les Deux Moitiés de l’orange. Je les ai citées dans l’un de mes premiers livres, il y a plus de vingt ans, bien avant de consacrer un essai – Chez soi (la Découverte) – aux multiples fonctions qu’une maison remplit pour nous.

      Pouvoir refermer une porte sur soi, mettre son corps à l’abri des intempéries, se protéger des intrusions, préserver son intimité, entretenir la vie au sens physiologique – dormir, se nourrir, faire ses besoins, se laver –, mais aussi au sens symbolique : exprimer son identité en conservant les objets que l’on aime, en exposant ses photos de famille… C’est tout cela que nous offre un lieu.

      Née à Genève d’un père suisse, je pourrais être intarissable sur les chalets des vacances de mon enfance, sur leur enivrante odeur de bois qui, à peine le seuil franchi, formait déjà un abri à elle toute seule. Mais c’est ma lignée maternelle – grand-père palestinien, grand-mère née en Egypte de parents syriens – qui me fait signe aujourd’hui, inévitablement, lorsqu’on parle de maisons.

      J’ai grandi dans un univers domestique à forte tonalité orientale : les courgettes et feuilles de vigne farcies de ma grand-mère, et tant d’autres plats et pâtisseries dont le souvenir me fait encore saliver ; l’eau de la fleur d’oranger qu’elle distillait elle-même en Egypte, qu’elle achetait en quantités industrielles en Suisse et dans laquelle elle nous noyait à moitié, mon frère et moi, à la moindre insomnie ; les mélopées de Fairouz, d’Oum Kalthoum, d’Abdel Halim Hafez ou d’Asmahan dans la cuisine, reprises à tue-tête par ma mère… Des bribes d’un art de vivre largement transfrontalier, si bien dépeint par les réalisateurs Marya Zarif, Syrienne exilée au Québec, et André Kadi, dans un film d’animation enchanteur, Dounia et la Princesse d’Alep (2022).

      Cet héritage rend d’autant plus douloureux le spectacle de la « politique de la ruine » – selon l’expression du politiste Ziad Majed – mise en œuvre par Israël, à une échelle invraisemblable, en Palestine ou au Liban, à travers la destruction systématique des maisons.

      Gaza a été rasée ou endommagée à plus de 80 %

      A Jérusalem-Est, des Palestiniens sont expulsés pour laisser place aux colons, comme Asmahan Shweikeh, 72 ans, et onze membres de sa famille, qui ont eu une heure pour rassembler leurs possessions, le 9 novembre 2025. Sous le choc, la vieille femme a été sortie sur un brancard. Au même moment, son voisin Juma’a Odeh voyait ses meubles et ses ustensiles de cuisine jetés dans la rue. Le soir venu, des drapeaux israéliens flottaient sur le toit et les nouveaux occupants diffusaient de la musique à plein volume pour fêter leur triomphe (+ 972 Mag, 11 novembre 2025).

      D’autres Palestiniens sont sommés de détruire eux-mêmes les murs qui les abritent, sous peine d’une forte amende. « Mes larmes coulaient tandis que je le faisais », témoigne l’un d’eux sous couvert d’anonymat (RFI, 19 mai 2026). Fakhri Abu Diab, habitant sexagénaire du quartier de Silwan, s’y est refusé. Devant un tas de décombres, il désigne l’endroit où, enfant, il s’asseyait avec sa mère pour boire le thé en revenant des champs : « Ils ont démoli mon enfance, l’odeur de ma mère, tous mes souvenirs » (voir Middle East Eye, 22 janvier 2026).

      Rasée ou endommagée à plus de 80 % selon les Nations Unies, Gaza est évidemment la partie de la Palestine où cette politique a été poussée le plus loin. Avant le 7 octobre 2023, malgré l’enfermement, le blocus, le bourdonnement constant des drones, les bombardements réguliers, ses habitants s’arrangeaient – en particulier, grâce à leur front de mer si convoité – pour grappiller autant de plaisirs quotidiens que possible, comme l’a raconté le journaliste Mohammed Omer Almoghayer dans son livre On the Pleasures of Living in Gaza : Remembering a Way of Life Now Destroyed (non traduit) . Ce territoire autrefois vibrant a été transformé en paysage lunaire.

      Parmi les mots en « -cide » (urbicide, écocide, scolasticide, génocide…) qui peuvent s’appliquer à ce qu’y fait l’armée israélienne, il y a le « domicide », défini par l’ONU comme la « destruction de masse des habitations et des infrastructures civiles ».

      Une destruction menée au moyen de bombes, de tirs d’artillerie, de bulldozers, mais aussi de robots chargés de tonnes d’explosifs. « En novembre 2024, quinze robots ont été déclenchés dans deux rues du camp de Jabalia, relate l’infirmier Mohammed Tamous. Les explosions ont rasé des pâtés de maisons entiers. Des dizaines de personnes ont été tuées. Nous étions à cinq kilomètres et nous avons entendu les détonations comme si elles avaient lieu à côté de nous. » (The New Arab, 25 mai 2025).

      A Gaza, les maisons restées debout ont perdu toute capacité à protéger leurs habitants, en raison de la menace permanente d’un bombardement, mais aussi des quadricoptères (petits drones). Le 16 août 2025, Amal al-Khudari, 35 ans, étendait du linge sur son balcon, son fils de 4 ans à ses côtés, quand l’un d’eux l’a prise pour cible, la blessant mortellement. L’intimité aussi devient impossible. Une nuit de l’été 2025, M. F., 26 ans, dormait dans sa chambre quand, vers l’aube, elle a été réveillée en sursaut : entré par la fenêtre ouverte, un drone planait devant son lit (Middle East Eye, 22 août 2025).

      Le meurtre et la destruction s’accompagnent d’une insistante volonté de profanation

      Le meurtre et la destruction s’accompagnent d’une insistante volonté de profanation. Des soldats israéliens se filment dans les maisons de familles tuées ou déplacées, saccageant une cuisine, chevauchant un tricycle, fouillant dans les tiroirs à lingerie. Sans parler de la pratique consistant à déféquer dans les intérieurs (sur les tables, dans les marmites), documentée dès le siège de Beyrouth (The Washington Post, 28 septembre 1982), et encore signalée récemment en Cisjordanie par Amira Hass dans Haaretz (28 juillet 2025). Après la guerre de 2014, le Gazaoui Ahmed Owedat avait retrouvé sa maison dévastée, jonchée d’excréments et souillée de graffitis : « Brûlez Gaza », « Bon Arabe = Arabe mort » (The Guardian, 7 août 2014)…

      Le 20 mars dernier, la neurobiologiste franco-libanaise Samah Karaki, originaire du Sud-Liban, annonçait sur Instagram que sa famille avait dû fuir : « Les images vues de Gaza, des soldats vandalisant des maisons, retournant des objets, exposant des vies, finiront par concerner ma propre mémoire. Les draps à fleurs et à cœurs roses deviendront un décor ridiculisé dans des vidéos méprisantes. »

      La maison d’enfance de la journaliste gazaouie Ruwaida Amer a été détruite par un bombardement israélien en 2000, quand elle avait 7 ans. Avec passion, durant dix ans, elle a mené les travaux pour agrandir et embellir l’habitation que sa famille avait finalement pu retrouver : « Je ne voulais jamais quitter la maison. Je terminais mes tâches à l’extérieur au plus vite et je rentrais chez moi. Au début de la guerre, je disais que je pouvais tout supporter tant que notre maison subsistait. Déplacée au camp de réfugiés de Khan Younès, je m’asseyais seule lorsque je me sentais fatiguée et effrayée, et j’imaginais ma maison dans sa tranquillité : ma chambre, mon lit, chaque recoin. » Elle dit s’être « écroulée » en recevant la vidéo qui montrait l’objet de tant de soins et d’amour pulvérisé par une bombe (+ 972 Mag, 15 novembre 2025).

      Sa consœur Nour Aboaisha, elle, tente de fuir un présent dystopique en se remémorant les moments où elle se blottissait sur son lit avec un café et sa série préférée (Yaani, 11 mai 2026). Le blocus israélien interdisant l’entrée de matériaux de construction, elle vit désormais, comme de très nombreux Gazaouis, sous une tente glaciale en hiver et étouffante en été, envahie par les eaux usées lors des fortes pluies, où les rats dévorent les réserves de nourriture et mordent les bébés durant la nuit, où les amputés se traînent faute de prothèses, où des malades du cancer agonisent (le dernier centre hospitalier traitant le cancer a été bombardé le 15 mai 2025).

      La jeune autrice Nour Elassy, évacuée de Gaza il y a un an et désormais étudiante à Paris, publiera le 9 septembre un recueil de poèmes intitulé Ceci est ma maison : « Ceci n’est pas, et n’a jamais été /Des décombres. /Ceci est ma maison. »

      Réfugié en Italie, le journaliste Ahmed Dremly dit son émotion de renouer avec des luxes ordinaires, presque oubliés en deux ans et demi de cauchemar : de l’eau au robinet, une douche chaude, la possibilité d’allumer une lampe le soir (Middle East Eye, 4 juillet 2026)…

      Contre cette dignité-là, toute la sophistication militaire du monde ne pourra jamais rien

      Parmi les moins mal lotis, dans ce lieu apocalyptique qu’est devenu Gaza, figure le charpentier Alaa Jouda. Sur les gravats de sa maison bombardée, il a édifié avec des matériaux de récupération un chalet doté de fenêtres où il vit avec sa famille (RFI, 14 juin 2026).

      D’autres Gazaouis exhibent sur Instagram des tentes rutilantes, en démontrant une parfaite maîtrise des codes du réseau social : rituels matinaux, tâches ménagères expédiées avec panache, pauses-café, couchers de soleil… Ils parviennent à cultiver quelques plantes et légumes aux abords de leur abri – en particulier, cette menthe qui symbolisait pour Darwich le quotidien heureux en Palestine.

      Samah (@samahsweedan) fait visiter sa tente décorée de tapis, de coussins, de plantes vertes et de lanternes, un drapeau palestinien aux couleurs éclatantes accroché à une paroi de toile. Laith Rashdan (@laithh.ra) se filme au réveil, jouant avec son chat avant d’émerger à l’extérieur en s’étirant. Mahmoud Shamalakh (@mahmoud.shamalakh) montre les plats simples et délicieux qu’il prépare pour sa petite sœur et son petit frère sur un réchaud de fortune.

      Contre cette dignité-là, toute la sophistication militaire du monde ne pourra jamais rien.

      Sur Facebook, le réalisateur Abbas Fahdel rend compte jour après jour, dans des publications saisissantes, de la destruction du Sud-Liban, où il vit. Le 19 juillet, il racontait comment les arbres bordant les routes de Bint Jbeil avaient été abattus un à un par des soldats israéliens. Et il concluait : « Un jour, les routes de Bint Jbeil retrouveront leurs alignements d’arbres. Les enfants marcheront de nouveau sous leur feuillage sans savoir que d’autres, avant eux, avaient voulu leur voler cette ombre. Ce sera peut-être la plus belle des réponses : planter là où l’ennemi avait arraché, faire grandir là où il avait voulu stériliser la vie. Car la véritable force n’appartient pas à celui qui détruit. Elle appartient à celui qui replante. »

  • Comment « l’arc républicain » pave la voie de Marine Le Pen au pouvoir, par Michel Feher
    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/comment-larc-republicain-pave-la-voie-de-marine-le-pen-au-pouvoir-par-mic

    Politique migratoire, retour des pesticides, présomption de légitime défense des policiers… La droite et le macronisme font tout pour que nul ne constate de changement notable entre la fin de la mandature d’Emmanuel Macron et les éventuels premiers mois d’une présidence Le Pen, estime le philosophe.

    Du sommet de l’Etat aux formations centristes et conservatrices, le comité d’accueil est fin prêt et ne laisse rien au hasard. Loin de se borner à dédiaboliser le Rassemblement national, parti cofondé par des anciens Waffen-SS et un tortionnaire de la guerre d’Algérie, ses membres anticipent son arrivée au pouvoir et s’affairent pour que le passage de témoin s’effectue sans heurt. Mieux encore, le défi qu’ils se proposent de relever consiste à faire en sorte que nul ne décèle la différence entre l’avant et l’après.

    A défaut d’avoir fait reculer l’#extrême_droite, comme il l’avait promis au début de son premier mandat, Emmanuel Macron est parvenu à la rendre indiscernable de ce qui lui tenait naguère lieu de majorité. Pour qu’une formation politique jusque-là infréquentable cesse de détonner, ne suffit-il pas que d’autres épousent ses priorités et ses phobies ?

    Qu’on en juge : de la présomption de légitime défense accordée aux forces de l’ordre au grand retour des pesticides dans nos campagnes, en passant par le vote sur les « hubs de retour » au Parlement européen, tout est mis en œuvre pour que les parlementaires du RN se sentent pleinement chez eux au sein de ce que leurs futurs compères de la droite et du centre appellent déjà l’« #arc_républicain ».

    Cerise sur le gâteau : Sébastien Lecornu, le discret et obligeant Premier ministre, fait actuellement diligence pour que des banques accordent à Marine Le Pen le prêt nécessaire au financement de sa future campagne, en dépit de sa condamnation pour détournement de fonds publics. Si les créanciers se montrent assez généreux, peut-être pourra-t-elle s’offrir un bracelet électronique assorti aux dorures de l’Elysée ?

    Du « Front » à l’« arc » républicain

    Il faut dire que la démarche entamée par le chef du gouvernement n’aurait pas été possible si la cour d’appel n’avait préparé le terrain en réduisant la peine d’inéligibilité de la députée européenne délinquante. Usant de l’argument, cher à Bruno Retailleau, selon lequel l’Etat de droit n’est « ni intangible ni sacré », le juge s’était prononcé pour que les tribunaux n’abusent pas de leur indépendance en privant l’électorat lepéniste de sa candidate préférée. Bien que formellement maintenue, la séparation des pouvoirs ne devrait plus empêcher l’exécutif de renforcer ses prérogatives.

    Pour assurer la parfaite continuité de l’arc républicain, il importe encore de lever un obstacle rhétorique important. Car même si le président de la République l’a usée jusqu’à la corde, la litanie du « refus des extrêmes » demeure un élément structurant dans le discours des politiques qui briguent le monopole du raisonnable. Or, force est d’admettre que le renvoi dos à dos est une pratique discursive dont le RN est fondé à prendre ombrage : ne le range-t-il pas parmi les formations politiques que l’arc républicain a vocation à ostraciser ?

    L’urgence est donc de remiser le haro sur les extrêmes au bénéfice d’une union sacrée contre l’apologie du terrorisme. Celle-ci, on le sait, commence par l’usage du mot génocide pour décrire ce qui se passe à Gaza, mais peut rapidement s’étendre à la dénonciation des violences policières en France, voire à l’opposition aux mégabassines ou à un traitement autre que sécuritaire des incendies qui ravagent la Gironde, en cherchant par exemple à mettre l’accent sur l’arrestation d’éventuels pyromanes pour mieux occulter l’inaction de l’Etat en matière de prévention des feux. En contrepartie, et c’est bien normal, il appartiendra aux dirigeants lepénistes de renoncer à s’en prendre aux partis du système, comme ils avaient coutume de le faire à l’époque où le « front » républicain ne s’était pas encore mué en « arc ».

    D’où viendra la résistance

    Peut-on imaginer que le changement de régime en cours produise une vague de démissions parmi les salariés de la fonction publique ? Comparaison n’est pas raison, dit l’adage, mais on rappellera quand même qu’en 1940, les hauts fonctionnaires sont massivement restés à leur poste – pour servir la nation et nourrir leur famille, expliqueront-ils après la guerre. Pourquoi en irait-il autrement aujourd’hui, alors que tout est fait pour qu’à l’exception des populations racisées et des obsédés de l’intangibilité de l’Etat de droit, nul ne constate de changement notable entre la fin de la mandature d’Emmanuel Macron et les premiers mois d’une présidence Le Pen ?

    La transition sera même d’autant plus facile à opérer qu’à la différence des fondateurs du Front national, leurs héritiers ne rêvent ni à un Reich de mille ans ni à la restauration de l’Empire colonial français – et n’appellent même plus à rompre avec les institutions de Bruxelles. A l’instar de leurs futurs partenaires de la droite et du centre, leur seule ambition consiste à faire de l’Europe une maison de retraite fortifiée pour épargnants de souche.

    Faute de retrouver leur lustre et leur vigueur d’antan, les pensionnaires y jouiront du privilège de vieillir ensemble, les yeux dans les rides, à l’abri des regards indiscrets. Une fois les frontières fermées et les services livrés aux fournisseurs privés d’intelligence artificielle, il ne leur restera qu’à attendre patiemment la fin, en regardant les flammes dévorer les forêts et en écoutant les jérémiades des derniers éditorialistes atrabilaires.

    Longtemps, arrogance, hypocrisie, lâcheté ont été les devises du macronisme. Toutefois, à mesure que l’échéance de 2027 approche, le temps semble venu pour un choc de simplification : #collaboration, collaboration, collaboration sont les nouveaux mots d’ordre. D’où viendra la résistance ? De la jeunesse au premier chef, même si l’actuel président de la République et le potentiel Premier ministre de Marine le Pen ont déjà fait la preuve qu’il ne suffisait pas d’être jeune pour ne pas être vieux.

    Mais surtout, la démographie de la France étant ce qu’elle est, les tranches d’âge les plus menacées par le programme de l’union des droites ne sont pas assez nombreuses pour conjurer l’arrivée au pouvoir de ses maîtres d’œuvre. Aussi faut-il espérer que le pays compte assez de parents résolus à préserver leurs enfants du destin funeste que les enquêtes d’opinions leur promettent.

    Michel Feher est l’auteur de : Producteurs et Parasites aux éditions la Découverte (2024).

  • Google AI Overviews : Cronos dévorant ses enfants ?
    https://affordance.framasoft.org/2026/07/google-ai-overviews-cronos-devorants-ses-enfants

    Déjà en place aux USA et dans plus de 120 pays depuis 2 ans, #Google #AI_Overviews débarque en #France cet été (c’est effectif depuis ce mercredi 22 juillet). Le principe est simple : pour chaque requête sur le moteur, c’est l’#IA de Google (#Gemini) qui propose des résumés ou plus exactement, et la précision me semble d’importance, des synthèses et – souvent – des préconisations.

    Cette arrivée durant l’été est annoncée comme un tremblement de terre, notamment par les éditeurs de presse qui, comme c’est le cas depuis plus de 20 ans avec le lancement de #Google_News en 2002, ne trouvent aucune issue au pacte attentionnel Faustien qui leur a été imposé : laissez-moi indexer et réutiliser vos contenus et en échange vous serez visibles, ou empêchez-moi de le faire et l’audience de vos sites sera quasi nulle.

    L’article de Nicolas Lellouche sur Numérama résume très bien les principaux enjeux de cette arrivée et le changement de statut de celui qui était, jusqu’ici, un moteur de recherche.

  • Des VPN et autres solutions pour contourner la #censure :

    Contourner la censure internet : le guide complet
    https://webologie.me/contourner-la-censure-internet

    Dans notre article précédent — VPN : l’Europe veut savoir qui vous êtes — nous avions analysé ce qui se joue vraiment derrière ProtectEU, les ambitions de la ministre Le Hénanff et la loi danoise qui entrera en vigueur le 1er juillet 2026. Nous avions conclu ainsi :

    « Il existe des alternatives qui résistent structurellement au contrôle. Webologie y reviendra très prochainement. »

    C’est cet article.

    Il ne s’agit pas d’un guide pour contourner les lois françaises — qui, rappelons-le, n’interdisent aujourd’hui ni les VPN ni aucun des outils présentés ici.Il s’agit d’un inventaire complet, factuel et sourcé, de tout ce qui existe pour contourner la censure internet et maintenir un accès libre et privé— aujourd’hui, et si les textes réglementaires en préparation venaient à s’appliquer demain.

    #cyber-surveillance

  • Je suis spécialiste des génocides. Nous entrons dans une nouvelle ère terrifiante.
    21 juillet 2026 | Par Omer Bartov | The new York Times
    Le Dr Bartov est professeur d’études sur l’Holocauste et les génocides à l’université Brown.
    https://www.nytimes.com/2026/07/21/opinion/israel-gaza-palestinians-genocide.html

    Comment les génocides prennent-ils fin ? Dans la plupart des cas, deux options sont possibles. Soit les auteurs atteignent leur objectif, soit une force militaire les en empêche et des poursuites s’ensuivent.

    En 1904, l’armée impériale allemande a lancé une campagne qui a failli anéantir les peuples Herero et Nama dans ce qui était alors l’Afrique du Sud-Ouest allemande, aujourd’hui la Namibie, par le biais d’expulsions mortelles vers le désert, d’incarcérations dans des camps de travaux forcés et d’assassinats purs et simples. Personne n’est intervenu. En 1915, l’Empire ottoman a soit assassiné un grand nombre d’Arméniens qu’il cherchait à expulser du cœur de l’Anatolie, soit provoqué leur mort par des marches forcées. Les timides tentatives visant à traduire en justice d’anciens chefs d’État ottomans ont été rapidement abandonnées. À ce jour, la Turquie nie le génocide.

    À l’inverse, le régime nazi ayant été vaincu lors de la Seconde Guerre mondiale, son génocide des Juifs et ses autres crimes de masse ont fait l’objet de procès à Nuremberg. D’autres génocides qui se sont également soldés par la défaite militaire des auteurs — comme au Cambodge en 1979, au Rwanda en 1994 et en Bosnie en 1995 — ont tous abouti à une forme de jugement, aussi tardif et incomplet fût-il. Il est ainsi devenu impossible de nier ce qui s’était produit.

    Dans les cas antérieurs de génocides qui ont « réussi » en raison de l’impunité de l’époque ou de l’absence de responsabilisation ultérieure, l’État auteur a continué à tirer profit de ses actes criminels. L’invention et la codification du concept de génocide après la Seconde Guerre mondiale visaient à empêcher la persistance de cette dynamique d’impunité et de profit.

    Ce à quoi nous avons assisté à Gaza, où Israël est accusé devant la Cour internationale de justice d’avoir commis un génocide à la suite des attaques du Hamas du 7 octobre, semble présager un nouvel avenir pour ce crime.

    C’est un avenir dans lequel d’autres nations ou dirigeants pourraient être incités à mener des politiques génocidaires, sachant non seulement qu’ils échapperont à toute sanction, mais qu’ils pourraient même en tirer profit. C’est un avenir dans lequel les pays et les organisations internationales qui s’étaient engagés à mettre fin au génocide et à le punir pourraient en autoriser la récurrence.

    Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu actuel à Gaza le 10 octobre, et l’adoption par le Conseil de sécurité, le 17 novembre, du plan en 20 points du président Trump, plus de 1 000 civils palestiniens ont été tués par des attaques israéliennes. L’armée contrôle désormais près de 70 pour cent de la bande de Gaza. Deux millions de Palestiniens, qui vivaient auparavant dans l’une des zones les plus densément peuplées au monde, sont désormais confinés dans un tiers de ce territoire, tentant de survivre dans des espaces dévastés dépourvus des infrastructures humanitaires les plus élémentaires.

    Après le cessez-le-feu et l’échange d’otages israéliens contre des prisonniers palestiniens, la phase 2 du plan de M. Trump a débuté à la mi-janvier ; elle vise à mettre en œuvre la démilitarisation complète et la reconstruction de la bande de Gaza, sous la gestion d’un organe palestinien technocratique de transition. Ce processus est supervisé par un Conseil international de la paix présidé par M. Trump. À long terme, l’administration Trump a évoqué la création d’une « Nouvelle Gaza » futuriste, d’un coût de plusieurs milliards de dollars, et envisagerait de construire une importante base militaire et de soutien pour les forces multinationales. Cela condamnera inévitablement les Palestiniens de Gaza à jouer le rôle d’ouvriers du bâtiment et de prestataires de services pour les riches qui habiteront ce qui était autrefois leur terre.

    Comment en sommes-nous arrivés là ?
    Les dirigeants politiques et militaires israéliens ont mené une opération à Gaza qui a causé la mort d’au moins 70 000 personnes (comme l’admet désormais l’armée israélienne), pour la plupart des civils ; en a blessé près de 200 000 ; et a entraîné la mort indirecte d’un très grand nombre de personnes en raison de la destruction totale des installations médicales, des logements et des infrastructures, ainsi que de la privation de nourriture et d’eau potable. Comme je l’ai écrit en juillet 2025, en tant que spécialiste du génocide, je considère qu’il s’agissait d’une tentative concertée visant à détruire les Palestiniens de Gaza, en tout ou en partie, et que cette opération répondait donc aux critères stricts de la définition de ce crime telle qu’énoncée dans la Convention de 1948 sur le génocide.

    Il est peu probable qu’Israël doive rendre des comptes pour ses actes. La Cour pénale internationale a émis des mandats d’arrêt à l’encontre de M. Netanyahu et de son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, ainsi qu’à l’encontre d’un responsable du Hamas, qui s’est avéré avoir été tué. Les États-Unis ont tenté de saper l’autorité de la Cour, et M. Netanyahu s’est rendu à plusieurs reprises à la Maison Blanche pour, entre autres, tenter, selon certaines sources, de persuader M. Trump de lancer son attaque contre l’Iran. Israël pourrait finalement être reconnu coupable de génocide par la Cour internationale de justice, devant laquelle l’Afrique du Sud a déposé une plainte distincte contre Israël, mais les implications d’un tel jugement restent incertaines tant qu’Israël bénéficie du soutien des États-Unis au Conseil de sécurité de l’ONU, qui fait office de bras exécutif de la CIJ.

    Les dirigeants israéliens ne seront donc probablement pas amenés à rendre des comptes, à moins qu’ils ne soient à un moment donné remis à la CPI par un nouveau gouvernement israélien peu disposé à les traduire en justice en Israël et désireux de rétablir la réputation internationale du pays. Cette possibilité est toutefois très éloignée. En effet, le plan en 20 points de M. Trump contourne de fait toute responsabilité ou sanction éventuelle pour les auteurs de ce crime en promettant un avenir radieux à toutes les parties concernées, même si les appels au rétablissement d’un semblant de normalité pour les Palestiniens ont peu de chances de susciter beaucoup de sympathie alors qu’Israël et ses alliés s’emploient à construire une ville idéale. À quoi bon remuer de vieilles accusations alors qu’un monde nouveau et meilleur est sur le point de voir le jour ?

    Il est vrai qu’Israël connaît un isolement mondial croissant et suscite la désapprobation des Américains de tous bords politiques, mais c’est précisément ce que les plans séduisants pour une nouvelle Gaza pourraient atténuer, voire inverser : en persuadant des opinions publiques distraites, dans un monde en proie à des troubles, que la question de Gaza a été réglée à la satisfaction de tous.

    Le plan Trump, si sa vision venait à se concrétiser, signifierait que le gouvernement américain ou des hommes d’affaires américains agissant pour son compte vendraient des droits de location et de construction sur des terres expropriées à leurs habitants, dont la valeur devrait monter en flèche.

    Un groupe de magnats de l’immobilier, comprenant peut-être Jared Kushner, Steve Witkoff et M. Trump lui-même, ou des sociétés qu’ils soutiennent, en tirerait ainsi une manne financière pour les entreprises et les investisseurs, transformant la disparition de la bande de Gaza en une opportunité d’investissement internationale. Alors que le littoral serait dominé par des biens immobiliers de prestige composés de tours à usage mixte, apparemment destinées à l’achat par des étrangers et au tourisme — générant ainsi des profits pour les promoteurs —, les Palestiniens se verraient presque certainement exclus du marché du logement sur ce qui était autrefois leur terre. Ce plan ne se contentera pas d’effacer pratiquement toute l’histoire et la société de Gaza, mais le transformera également en une économie de marché libre au profit des entreprises étrangères auxquelles on propose des « opportunités d’investissement incroyables », comme l’a formulé M. Kushner.

    La construction de la soi-disant « Riviera » de M. Trump dépendrait de l’apport de sommes colossales par l’Arabie saoudite et les États du Golfe, en échange de la promesse de liens stratégiques et économiques encore plus étroits avec les États-Unis. Pour l’instant, l’Arabie saoudite et le Qatar, ainsi que la Turquie, l’Égypte et l’Indonésie, ont manifesté leur intérêt en rejoignant le Conseil de la paix de M. Trump. Israël, à mesure que le Conseil de la paix consolide son contrôle et que Gaza est reconstruite, franchirait une nouvelle étape vers son objectif à long terme : anéantir les espoirs des Palestiniens de voir prendre fin l’occupation israélienne de leurs territoires.

    D’autres nations, en refusant de demander des comptes à Israël, en tireront également profit. L’Allemagne est le deuxième plus grand fournisseur d’armes d’Israël après les États-Unis et a signé d’importants contrats d’achat de technologies militaires auprès d’Israël. L’Allemagne se défend actuellement devant la CIJ contre les accusations du Nicaragua selon lesquelles elle faciliterait le génocide à Gaza en finançant Israël et en réduisant son aide à l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens, l’UNRWA ; elle a donc tout intérêt, tant sur le plan politique qu’économique, à faire disparaître cette question de l’ordre du jour. (L’Allemagne a nié ces allégations.) Le Royaume-Uni aurait utilisé ses bases militaires à Chypre pour soutenir Israël et s’efforce d’améliorer ses relations avec les États-Unis. La France tente de maintenir son influence politique au Levant et de tourner la page sur la question du génocide à Gaza, qui, selon le président Emmanuel Macron, sera tranchée par « les historiens, en temps voulu ».

    Israël, lui aussi, en tire profit. Même si certains gouvernements européens ont annulé des contrats d’armement et sanctionné des entreprises de défense israéliennes en réponse aux violences israéliennes à Gaza, les affaires restent florissantes pour l’industrie de l’armement israélienne. Les ventes d’armes israéliennes à l’exportation ont augmenté de 30 % l’année dernière par rapport à 2024, pour atteindre le chiffre record de 19,2 milliards de dollars, selon Calcalist, un site d’information financière israélien, et les essais au combat des systèmes d’armes à Gaza constituent un argument de vente, a rapporté Calcalist. En d’autres termes, semer la destruction rapporte des bénéfices.

    Pour l’instant, l’impunité dont bénéficie Israël permettra à ses citoyens juifs de continuer à ignorer le génocide, dont les conséquences seront une dégradation croissante de l’éthique et de la moralité israéliennes, l’érosion de l’État de droit, la violence policière interne à l’encontre des citoyens palestiniens et juifs de l’État, ainsi que l’affaiblissement de ce qui reste de la démocratie israélienne. En plus d’être privées de toute justice et de toute responsabilité face à leurs souffrances, les victimes gazaouies des actions israéliennes continueront de vivre dans des conditions désastreuses, sous surveillance militaire et avec des perspectives d’avenir très limitées.

    Depuis que le ministre de la Défense, Israel Katz, aurait proclamé en juillet dernier qu’Israël prévoyait de créer une « ville humanitaire » dans le sud de la bande de Gaza, la situation sur le terrain n’a fait que se détériorer. Il semble concevable que le plan de Trump soit mis en œuvre par une force internationale, aidée par des agents de sécurité palestiniens et les Forces de défense israéliennes (FDI), afin d’enfermer la population dans de telles villes, dont elle ne pourra sortir que pour servir les riches résidents de la soi-disant « Nouvelle Gaza ». Dans ces vastes parties de la bande de Gaza restant sous contrôle israélien, de nouvelles colonies juives florissantes sont susceptibles d’être implantées.

    M. Trump a déclaré que le Conseil de la paix à l’origine de cette transformation collaborerait à un moment donné avec les Nations unies, mais nombreux sont ceux qui craignent que cela ne sape cette institution mondiale. L’une des conséquences de ce bouleversement de l’ordre d’après-guerre serait l’affaiblissement du droit international humanitaire et des deux tribunaux internationaux créés pour le préserver, garantissant ainsi que tout espoir de traduire en justice les décideurs politiques israéliens ne restera qu’un vœu pieux et signalant aux autres nations qu’elles pourront elles aussi bénéficier de l’impunité.

    Certains pourraient faire valoir que le cas de Gaza est singulier, car Israël jouit d’une position internationale unique grâce à son alliance étroite avec les États-Unis et à son recours à l’héritage de l’Holocauste. Peut-être que d’autres États ne peuvent espérer être récompensés et pourraient même être punis pour génocide. Pourtant, ce à quoi nous assistons aujourd’hui crée un précédent extraordinaire, susceptible de remettre en cause le principe même du génocide en tant que crime punissable en vertu du droit international de l’après-guerre.

    Si les plans actuellement élaborés pour Gaza se concrétisent, le génocide pourrait finir par être considéré par certaines nations comme le prolongement légitime et lucratif de la politique par d’autres moyens. À tout le moins, d’autres nations qui auront tiré profit d’une manière ou d’une autre du génocide pourraient être moins enclines à demander des comptes aux futurs auteurs de tels crimes.
    Raphael Lemkin, l’homme qui a inventé ce terme en 1944 et qui s’est battu pour l’adoption de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide quatre ans plus tard, avait justement espéré éviter cette issue. C’est peut-être bien là l’avenir du génocide.

  • Les #prélèvements d’eau douce par usage en France en 2023

    En 2023, 29,4 milliards de m3 d’eau douce ont été prélevés en France (hors production #hydroélectrique). Ce volume est comparable à celui de 2022 (29,3 milliards de m3).
    Parmi ces prélèvements, 81 % proviennent des eaux de surface, et 19 % des eaux souterraines. L’eau est prélevée pour différents usages : 45 % du volume est destiné au refroidissement des #centrales_électriques, 20 % pour l’alimentation des canaux de navigation, 18 % pour la production d’#eau_potable, 10 % pour l’#agriculture et 7 % pour les autres activités économiques. Depuis 2008, le volume total des prélèvements a nettement baissé (- 16 %), principalement sous l’effet de la baisse des usages industriels et du refroidissement des centrales électriques.

    https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/les-prelevements-deau-douce-par-usage-en-france-en-2023

    #visualisation #statistiques #chiffres #eau #France #eau_douce #usage #usages #électricité #nucléaire #énergie_nucléaire

  • Hugging Face piraté par une IA autonome et les IA américaines refusent de l’aider
    https://www.it-connect.fr/hugging-face-cyberattaque-ia-autonome-modele-open-weight

    Plus de 17 000 actions malveillantes exécutées en un week-end, non par un pirate humain mais par une IA agissant seule. Le 16 juillet 2026, j’ai l’impression que nous avons franchi un cap. En effet, Hugging Face, la plateforme de référence de l’IA open source, a révélé avoir subi une intrusion pilotée de bout en bout par un système d’IA autonome. Voici ce qu’il faut savoir sur cet incident de sécurité.

    (...)

    On peut tirer une véritable leçon de cet incident de sécurité qui a impacté Hugging Face : disposer d’un modèle IA validé et capable d’analyser des journaux devient essentiel. Si on compte s’appuyer sur l’IA pour ce type d’analyse, il faut s’orienter vers un modèle open-weight auto-hébergé afin d’assurer la protection des données, en plus de bénéficier des capacités d’analyse.

    Le piège se referme. Les attaques vont devenir industrielles, et donc si tu veux survivre, tu vas devoir utiliser les outils de protection industriels que tu ne voulais pas utiliser. Les boites noires qui veulent ton bien vont devenir indispensables, et surtout, tu vas devoir soit apprendre à les utiliser, soit déléguer leur mise en place auprès de boites spécialisées qui vont pouvoir te vendre du flan chinois ou américain au prix de l’or.

    En l’occurrence, Hugging face, de ce que je comprends, a pu s’en sortir parce que les chinois ont décidé de donner leur modèle, dans le cadre de la concurrence géopolitique en cours.

    Si tu pousses la parano jusqu’au bout, tu te dis que les attaquants vont pouvoir accéder à la puissance de calcul nécessaire gratuitement pour encore un bon moment, histoire que les vendeurs de solutions à cette engeance puissent claironner que « tu vois bien qu’il n’y a pas le choix, c’est l’avenir ».

    Ils te créent le problème, puis ils te disent qu’ils ont une solution, puis tu découvres que ta nappe phréatique est vide et que tes réacteurs nucléaires ne peuvent plus éclairer ta maison.

  • Rapport du Sénat sur les intercommunalités : affirmer la logique de partenariat des territoires - INTERCOMMUNALITES DE FRANCE
    https://www.intercommunalites.fr/actualite/rapport-du-senat-sur-les-intercommunalites-affirmer-la-logique-de-

    Les co-rapporteurs de la délégation aux collectivités territoriales du Sénat ont rendu leur rapport “Intercommunalité : affirmer la logique de partenariat des territoires”. Première recommandation : rendre obligatoire l’adoption d’un projet de territoire pour les intercommunalités en début de mandat.

    PUBLIÉ LE 10/07/2026

    Le président de la délégation, Bernard Delcros et les quatre rapporteurs – Catherine Belrhiti (Moselle, LR), Eric Kerrouche (Landes, Soc), Grégory Blanc (Maine-et- Loire, Ecolo) et Didier Rambaud (Isère, RDPI) – ont traduit le rapport en proposition de loi.

    Les auteurs de ce rapport  ont formulé cinq recommandations  : 

    • rendre obligatoire l’adoption d’un projet de territoire pour les intercommunalités en début de mandat sans définir précisément le contenu ou la forme de ce projet de territoire afin de laisser de la souplesse
    • débattre chaque année du rapport d’activité de l’intercommunalité
    • renforcer la liberté de vote des conseillers communautaires 
    • encourager le recours aux formes souples de coopération 
    • mettre à jour le guide des coopérations 

    Inscrire l’intercommunalité dans une logique de partenariat des territoires
    Auditionné en mai dernier et interrogé sur la proposition de rendre obligatoire le projet de territoire, le représentant d’Intercommunalités de France, Boris Ravignon, président d’Ardenne Métropole et maire de Charleville-Mézières, avait indiqué que si le projet de territoire devait devenir obligatoire, en contrepartie, et dans un souci également de simplification, les intercommunalités seraient dispensées d’élaborer certains schémas obligatoires qui s’imposent à elles si leur projet de territoire traite des sujets demandés. 

    Dans la suite de cette réflexion, le rapport indique que cette obligation aurait une « contrepartie explicite : tout EPCI dont le projet de territoire comporte, dans un volet identifié, les éléments requis par un schéma sectoriel déterminé serait dispensé d’élaborer ce dernier séparément.  » La mission recommande d’inscrire en début de chaque mandat un débat formalisé à l’ordre du jour de l’organe délibérant sur les orientations et la forme du projet de territoire, distinct du débat sur le pacte de gouvernance. 

    Afin d’embarquer et d’impliquer tous les élus municipaux dans l’action de leur intercommunalité, les sénateurs proposent que soit organisée chaque année une présentation du rapport d’activité de l’intercommunalité, assortie d’un débat formalisé associant l’ensemble des élus municipaux du territoire élus ou non au conseil communautaire. 

    Les sénateurs estimant que les votes à main levée peuvent être source de pression pour les élus communautaires, la mission propose de généraliser le recours au scrutin électronique. 

    Enfin, le rapport rappelle qu’il existe, outre l’intercommunalité à fiscalité propre, d’autres formes de coopération intercommunale (entente intercommunale, prestations de services…) auxquelles les élus peuvent recourir. A la suite de la demande des co-rapporteurs d’un guide actualisé sur les coopérations, la DGCL a indiqué que ce travail, qui a déjà donné lieu à un guide en 2019, serait de nouveau engagé en 2026-2027. 

    La proposition de loi visant à inscrire l’intercommunalité dans une logique de partenariat des territoires, qui reprend les conclusions de ce rapport, doit maintenant être inscrite à l’ordre du jour pour que ces dispositions puissent être débattues au Sénat.

    • la page du rapport sur le site du Sénat, avec liens vers les différents documents

      Intercommunalité : affirmer la logique de partenariat des territoires | Sénat
      https://www.senat.fr/travaux-parlementaires/office-et-delegations/delegation-aux-collectivites-territoriales-et-a-la-decentralisation/controle-en-clair/default-7978d702042e2b874ae1b4b208686122.html

      Notre droit offre une palette très large de dispositifs, plus ou moins intégrés, permettant aux communes d’exercer ensemble des compétences. Ces mutualisations de moyens ou de compétences peuvent aller de l’« entente », matérialisée par une simple convention sans création de structure juridique à la création d’établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre (EPCI-FP). Ces derniers peuvent emprunter quatre formes distinctes : les communautés de communes, les communautés d’agglomération, les communautés urbaines et les métropoles. 

      • l’Essentiel du rapport (PDF - 685 Ko) ;
      • le rapport ;
      • les recommandations du rapport (PDF - 88 Ko) ;
      • voir également l’étude “coopération intercommunale en Europe”.

      Pourquoi ce contrôle ?
      La mission devra répondre aux questions suivantes :
      • Quelles sont les conditions pour que les EPCI-FP renforcent le pouvoir d’agir des communes ? Comment peuvent-ils être des outils partenariaux au service de l’efficacité de l’action publique communale ? Peut-on, au sein des différentes catégories d’EPCI, identifier quelques « bonnes pratiques » en matière de projets de territoire ? Comment les maires sont-ils associés à leur élaboration ? Comment ces documents peuvent-ils définir l’intérêt communautaire ou métropolitain, en tant que plus-value concrète de l’EPCI au service des communes membres ?
      • Faut-il encourager le recours à des formes très souples de coopérations directes, fondées sur une démarche volontaire, telles que les contrats de réciprocité entre la métropole et les territoires voisins, les ententes entre communes ou entre EPCI… ? Ces outils de coopération répondent-ils à l’objectif « gagnant-gagnant », sans passer par le cadre strict et formalisé des compétences exercées au sein des EPCI et sans aboutir à une fusion de communes ?
      • Quelles sont les différentes modalités de coopération et d’organisation intercommunales dans les autres pays européens ? Quels enseignements peut-on en tirer en France ?

      La mission d’information aura également pour objectif d’assurer le suivi des recommandations du rapport que la délégation du Sénat aux collectivités territoriales avait consacré en 2021 aux métropoles de droit commun.

    • commentaire (avant péage) de La lettre du cadre territorial

      Intercommunalité : un nouveau rapport sénatorial rejette l’hypothèse d’une grande réforme institutionnelle
      https://www.lettreducadre.fr/article/intercommunalite-un-nouveau-rapport-senatorial-rejette-l-hypothese-d-u

      Dans un rapport pauvre en préconisations, le Sénat esquisse une vision de l’évolution de l’intercommunalité valorisant la coopération souple au détriment du grand soir institutionnel. Le texte marque une tendance de fond : valoriser et améliorer les outils de coopération qui fonctionnent sur les territoires, plutôt que redistribuer les compétences de façon uniforme et arbitraire.

      10 ans après les lois NOTRe et Maptam, les rapports parlementaires se multiplient pour en tirer le bilan et tous s’accordent sur un point : la modernisation de l’intercommunalité passera par l’adaptation des outils existants plutôt que par un nouveau big bang territorial.

      L’intérêt principal de ce texte réside dans la[…]

  • Lundimatin ruiné
    https://lundi.am/Lundimatin-ruine

    Makassar, l’entreprise en charge de la distribution des livres que nous publions, est en train de faire faillite [1]

    [1] Dans la « chaîne du livre », le distributeur sert...
    . Ce que cela signifie pratiquement et financièrement pour nous, c’est que la totalité des ventes des livres que nous avons édités, imprimés et publiés ces deux dernières années, ne nous sera jamais restituée. On ne parle pas d’un manque à gagner mais d’une perte sèche et massive que nous ne sommes pas encore en mesure de chiffrer précisément car s’y ajoutent de nombreux frais connexes mais on parle d’au moins 50 000 euros évaporés dans la nature. Donc deux ans et demi de travail, des dizaines de milliers d’euros de frais d’impression, tout cela est parti en fumée, ou plutôt en faillite. Nous sommes des dizaines d’éditeurs indépendants dans cette situation plus que critique, un site récapitule tous les appels à soutien ici : https://www.sauvonslesindes.fr

  • Présomption de légalité des tirs policiers : ce que dit la loi préccipitée à l’assemblée
    http://www.argotheme.com/organecyberpresse/spip.php?article4964

    « Permis de tuer » ou protection légitime ? L’Assemblée adopte la présomption de légalité des tirs policiers Le 7 juillet, les députés ont inversé la charge de la preuve en cas de tir mortel des forces de l’ordre. Origines FN, texte de loi, chiffres et affaires marquantes : notre décryptage avant l’examen au Sénat. Adoptée le 7 juillet, une présomption de légalité pour les tirs policiers est plus que controversée dans le contexte de la France actuelle. Genèse, texte, historique FN et réactions : notre décryptage. #nationale,_fait_politique,_une_et_première_page,_médias,_actualité,_pays,_france,_afrique,_maghreb

    / #Immigration_-_émigrants_-_réfugiés_-_déplacés, #UE_-_Union_Européenne, #Data_-_Données, fait divers, société, fléau, délinquance, religion , France justice politique (…)

    #fait_divers,société,_fléau,_délinquance,_religion #France_justice_politique_scandale_PS_PCF #beurs,_discrimination,_racisme,_intégration

  • INTERVIEW. « On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas » : Marc-André Selosse alerte sur l’impasse agricole
    https://france3-regions.franceinfo.fr/occitanie/tarn/albi/interview-on-ne-pourra-pas-dire-qu-on-ne-savait-pas-marc-
    https://france3-regions.franceinfo.fr/image/vbrHxKjfKVAhU4SR8DpFx1qEilo/930x620/regions/2026/07/13/6a54edda3b262009956852.png

    Marc-André Selosse : Oui. Regardez les retenues d’eau. Creuser des trous pour stocker de l’eau, c’est un peu comme les autruches qui mettent la tête dans le sable lorsqu’il y a un problème. Cela peut répondre à une partie de la question, mais quid de la température ? Le vrai sujet est ailleurs. Il faut remettre de la matière organique dans les sols pour qu’ils retiennent davantage d’eau. Il faut restaurer leur vie biologique. Il faut aussi adapter les cultures. Je suis désolé de le dire, mais dans certains territoires le maïs n’a plus sa place. Peut-être faudra-t-il du sorgho, peut-être d’autres cultures. Ce n’est pas de l’idéologie. C’est simplement la réalité climatique. Si nous avions commencé cette transition plus tôt, nous n’en serions probablement pas là.

  • Hier j’ai vu Kyoto Jazz Massive avec Vanessa Freeman et la formation funk parisienne Jéroboam en musiciens, et c’était INCROYABLE. J’ai vu même un rocher et une barrière bouger en rythme. Allez voir des musiciens vivants !

    Kyoto Jazz Massive live in the Brownswood Basement
    https://www.youtube.com/watch?v=HRnKDyGBp_4

    https://kyotojazzmassivemusic.bandcamp.com/album/kjm-eoando-kjm-30th-anniversary-edition

    Et pour Jeroboam :
    Jéroboam | Jéroboam | Favorite Recordings
    https://favoriterecordings.bandcamp.com/album/j-roboam

    #musique #Kyoto_Jazz_Massive #Jéroboam #soul #funk #disco #groove #live

  • L’Ecocide capitaliste, tome 2 : La nature en proie au capital
    https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4743

    Dans le premier tome, nous avions parcouru, avec Alain Bihr, les différents théâtres de la catastrophe climatique en cours. Bihr avait pour principal objectif de démontrer le caractère systémique du bouleversement de l’Holocène. Il avait alors pris soin de rappeler comment les tentatives d’intervention écologique des pouvoirs publics et privés en la matière n’étaient autre qu’une vaste supercherie. Dans ce deuxième tome, Alain Bihr nous explique pourquoi il ne peut en être autrement. 362 été 2026

    / Environnement, Ecologie , Touchons le fond / Théorie , Lutte de classes , Luttes de territoire

    #362_été_2026
    #Environnement,_Ecologie
    #Touchons_le_fond_/_Théorie
    #Lutte_de_classes
    #Luttes_de_territoire

  • 21. Former à l’autonomie intellectuelle à l’ère des machines-IA - Terra-HN
    http://www.reseau-terra.eu/article1495.html

    20 RECOMMANDATIONS AUX ETUDIANTS FACE AUX MACHINES-IA

    01. Ne considère jamais une machine-IA comme une autorité intellectuelle : vérifie systématiquement les faits, les sources, les raisonnements et les nuances.
    02. N’utilise une IA que si tu sais précisément ce que tu cherches et si tu es capable de contredire, corriger ou refuser sa réponse.
    03. Ne délègue jamais à une IA la définition du problème, de la question de recherche ou des critères de pertinence du travail.
    04. Distingue toujours un texte plausible d’un texte vrai : la fluidité, la cohérence et le ton assuré ne constituent pas des preuves.
    05. Réécris toujours intégralement les productions issues d’une IA afin d’en redevenir pleinement l’auteur et le responsable scientifique.
    06. Exige pour toute affirmation importante une source identifiable, vérifiable et extérieure à la machine, et consulte-la toi-même.
    07. Protège activement ta mémoire, ta concentration et ta capacité d’écriture en alternant délibérément travail avec IA et travail sans IA.
    08. Refuse les usages de l’IA qui t’empêchent d’expliquer oralement ou par écrit, sans assistance, ce que tu es censé avoir compris ou produit.
    09. Sois attentif aux biais sociaux, culturels, politiques et économiques susceptibles d’orienter les réponses de la machine.
    10. Sache dire “stop” lorsque l’IA oriente ton raisonnement dans une direction non pertinente ou insiste malgré tes résistances.
    11. N’utilise pas l’IA comme substitut à l’analyse, mais comme un outil secondaire au service d’un raisonnement que tu construis toi-même.
    12. Ne confonds jamais aide méthodologique et production de contenu scientifique : les choix centraux doivent rester humains.
    13. Informe-toi sur les règles institutionnelles relatives à l’IA et reste toujours capable de présenter ton travail sans assistance technique.
    14. Sois conscient que l’usage des IA peut renforcer des inégalités entre étudiants et ne confonds pas vitesse de production et qualité du travail.
    15. Ne confie pas inutilement à une IA des données personnelles, académiques ou sensibles susceptibles d’être conservées ou exploitées.
    16. Travaille régulièrement sans machine afin de préserver ton autonomie intellectuelle et ta capacité à penser, écrire et juger par toi-même.
    17. Garde à l’esprit que les IA ne pensent pas, ne jugent pas et ne cherchent pas la vérité : la responsabilité épistémique t’appartient entièrement.
    18. Évite d’utiliser l’IA en continu : l’assistance permanente affaiblit progressivement ta capacité à structurer seul un raisonnement.
    19. N’accepte jamais une réponse de l’IA uniquement parce qu’elle confirme ton intuition ou va dans le sens que tu attends.
    20. Considère toute interaction avec une IA comme une hypothèse de travail à éprouver, jamais comme un résultat en soi.

  • Une boussole pour naviguer dans la tempête IA
    https://www.arthurperret.fr/blog/2026-07-07-une-boussole-pour-naviguer-dans-la-tempete-ia.html

    Ce texte de Dominique Boullier m’a beaucoup plu. Je ne peux que reprendre les adjectifs utilisés par Hubert Guillaud : « ample et pertinent ». On y retrouve les analyses critiques crédibles que j’ai lues ailleurs et relayées depuis, mais avec cette capacité de synthèse qui rend la lecture plus percutante encore.

    Reste une information compliquée à digérer : selon Boullier, il n’y a pas grand-chose à espérer d’autre qu’une crise financière endogène au capitalisme néolibéral pour sortir rapidement de l’emprise de l’IAG. Je l’avais lu ailleurs, c’est finalement une position assez réaliste, à laquelle on se range façon « catastrophisme éclairé » : c’est donc ça qu’il faudra, un gros gadin financier.

  • Les dettes de la colonisation | Éric Toussaint
    https://www.cadtm.org/Les-dettes-de-la-colonisation

    La décolonisation de l’après-seconde guerre mondiale n’a pas seulement légué aux nouveaux États indépendants des frontières arbitraires, des économies extraverties et des institutions façonnées par la domination coloniale. Elle leur a également transmis, dans de nombreux cas, les dettes contractées par les puissances coloniales pour administrer, exploiter et consolider leur domination. Ce transfert constitue l’un des aspects les plus méconnus de l’histoire de la dette internationale. Source : CADTM

  • Pour un éclairage sur l’intelligence - Conférence inaugurale de Sophie Nordman
    Veille éducation numérique 2025-2026 - éduscol
    https://eduscol.education.gouv.fr/6684/veille-education-numerique-2025-2026#VEN25062026


    Dans le cadre de sa communication lors du festival Philosophia (mai 2026) diffusée sur Philosophies TV Sophie Nordmann explore en vulgarisant son propos le caractère « vertigineux » de l’intelligence artificielle concurrençant l’intelligence humaine, en s’appuyant sur une triple analogie de Jean Baudrillard : de même que le XIXe siècle a externalisé les fonctions du corps « laissé en friche » vers les machines, le XXIe siècle externalise et « mécanise » celles du cerveau devenu superfétatoire. S’écartant de la crainte d’une simple atrophie cérébrale, la philosophe mobilise le Gorgias de Platon pour affirmer que l’IA ne délaisse pas notre intelligence, mais la « flatte » insidieusement à la manière d’un cuisinier plutôt que de la soigner comme un médecin. Ce passage du soin à la flatterie, voire à la flagornerie, visible dans les fils de conversations de réseautage social et les réponses complaisantes ou obséquieuses des modèles de langage, transforme l’intelligence en un objet de consommation immédiate, favorisant ainsi le populisme et la démagogie au détriment de la « santé » intellectuelle collective.
    Pour répondre – schématiquement résumé – au défi éthique de la dignité humaine traditionnellement fondée sur la pensée chez René Descartes (raison et langage articulé), Blaise Pascal (« roseau pensant »), Nordmann propose une distinction fondamentale entre l’intelligence et la pensée. Tandis que l’intelligence se définit comme une capacité de traitement de l’information et de communication (partagée avec les machines et le reste du vivant), la pensée réside dans le « dialogue » véritable. Contrairement à la communication qui cherche le commun et l’efficacité, le dialogue (du grec dia, l’écart, la distance) suppose de s’ouvrir à l’altérité et d’introduire une « brèche » de questionnement là où l’IA ne distille que des certitudes algorithmiques. Elle conclut que le défi actuel est de préserver cette capacité proprement humaine de mise en question face à un monde saturé de pure communication.❞
    #Intelligence_Algorithmique #Pensée_critique

  • Fortes chaleurs : cette médiathèque parisienne mise sur la #low-tech plutôt que sur la clim

    Face aux fortes chaleurs, tous les bâtiments publics ne se valent pas. À Paris, la médiathèque James Baldwin, conçue par #Philippe_Madec – pionnier d’une architecture écoresponsable –, dans l’ancien lycée Jean-Quarré, montre comment la low-tech peut aider à garder un lieu respirable : #ventilation_naturelle, patio, ombre, réemploi, bois et #terre_crue.

    Quand le thermomètre grimpe, certains bâtiments deviennent vite invivables. Trop vitrés, trop minéraux, trop dépendants de systèmes techniques énergivores, ils révèlent brutalement leurs limites. À Paris, dans le XIXe arrondissement, la médiathèque James Baldwin propose une autre voie : celle d’un bâtiment public bas-carbone, pensé dès sa conception pour limiter le recours à la climatisation, favoriser la ventilation naturelle et utiliser au maximum l’existant. Installée à deux pas de la place des Fêtes, dans l’ancien lycée hôtelier Jean-Quarré, cette nouvelle médiathèque, livrée à l’été 2024 et conçue par l’atelier Philippe Madec, est un concentré d’#architecture_écoresponsable. Structure en béton conservée, matériaux réemployés sur place, patio central à ciel ouvert, résille en bois pour créer de l’ombre, murs en terre crue, isolation biosourcée, apports de lumière naturelle : tout concourt à faire de ce lieu un #démonstrateur de #frugalité appliquée. Rien de punitif ou d’austère, mais une manière de construire autrement, avec moins de matière neuve, moins d’énergie et davantage d’#intelligence_climatique.

    La médiathèque James Baldwin répond aussi à un besoin local : le XIXe arrondissement ne disposait jusqu’ici d’aucune médiathèque de cette ampleur. Mais elle va plus loin. Elle forme, avec la Maison des réfugiés, un équipement hybride, à la fois culturel, social et écologique. Un lieu où l’on peut emprunter des livres, travailler, apprendre le français, assister à des ateliers, se poser dans un jardin ou simplement trouver un peu de fraîcheur lorsque la ville suffoque.

    Un bâtiment qui travaille avec l’#air

    Dans beaucoup de bâtiments récents, le confort d’été reste encore pensé après coup. Lorsque la chaleur entre, on compense. Lorsque l’air devient lourd, on ventile mécaniquement. Lorsque les façades surchauffent, on ajoute des équipements. À la médiathèque James Baldwin, la logique est différente : l’architecture elle-même organise une partie du #rafraîchissement. Le geste le plus visible se trouve au cœur de l’ancien lycée. Les circulations verticales existantes ont été supprimées pour créer un #patio_végétalisé autour d’un Charme commun. Ce #vide agit comme un poumon. Il apporte de la lumière naturelle au centre du bâtiment, facilite l’évacuation de l’air chaud et évite l’effet de masse que pouvait produire la structure d’origine, très répétitive, en poteaux, poutres et panneaux préfabriqués.

    Certains planchers ont aussi été démolis afin de créer des doubles hauteurs. Là encore, il ne s’agit pas seulement d’un choix esthétique. Ces percées permettent à l’air de mieux circuler, aux regards de traverser les niveaux et aux espaces de perdre leur caractère fermé. Le bâtiment devient plus lisible, plus lumineux, plus vivant. Cette approche résume bien l’esprit low-tech du projet pensé par Philippe Madec, pionnier d’une #architecture_low-tech et écoresponsable. La solution ne consiste pas à ajouter toujours plus de machines, mais à réduire les besoins dès le départ. Créer de l’#ombre avant de refroidir. Ventiler naturellement avant de climatiser. Tirer parti de l’#inertie, des #vides, de l’#orientation, des #matériaux et des #usages. En période de fortes chaleurs, cette #sobriété n’a rien d’un renoncement : elle devient une condition de #confort.

    Et, effectivement, quand on se promène à l’intérieur du bâtiment, par 38 degrés en extérieur, les zones fraîches – là où s’organisent la lecture ou la consultation de contenus multimédias, les cours d’informatique ou encore l’espace de coworking pour association – contrastent avec des zones plus chaudes, pensées uniquement pour la circulation. Apporter de la fraîcheur là où c’est nécessaire, s’en passer là où l’humain n’est que de passage. Évidemment, plus on monte dans les étages, plus la température est difficile à maîtriser mais l’ensemble reste malgré tout supportable. Beaucoup plus qu’un appartement passoire thermique d’un des immeubles alentour.

    Certes, la ventilation naturelle atteint ses limites lorsque les températures dépassent durablement 35 à 38 °C, surtout si les nuits ne permettent plus au bâtiment de se décharger de la chaleur accumulée. Mais c’est précisément là que l’approche low-tech garde son intérêt : elle ne promet pas de transformer un bâtiment en frigo, elle réduit les besoins, retarde la surchauffe, améliore le confort ressenti et limite le recours systématique à la #climatisation.

    Philippe Madec, l’architecte du “faire avec”

    Cette manière de concevoir un bâtiment public porte la signature de Philippe Madec. Architecte, urbaniste, écrivain, il défend depuis des décennies une architecture attentive aux lieux, aux climats, aux usages et aux ressources disponibles. Cofondateur du mouvement de la “#frugalité_heureuse_et_créative”, il plaide pour une transformation profonde du secteur : moins de démolitions, moins de béton neuf, plus de #réhabilitation, de matériaux bio et géosourcés, de #sobriété_énergétique et d’#intelligence_collective.

    Dans un entretien accordé à WE DEMAIN, il résumait cette urgence par une formule directe : “N’attendons pas de notre gouvernement la possibilité de faire autrement ! Faisons !” À la médiathèque James Baldwin, ce “faisons” prend une forme très concrète. Il ne s’agit pas d’un manifeste théorique, mais d’un bâtiment ouvert au public, inscrit dans un quartier dense, confronté aux mêmes contraintes que le reste de la ville : chaleur, manque d’espace, besoin d’équipements, pression sur les ressources.

    Lors du Forum de l’Économie Légère, Philippe Madec invitait aussi à poser la question “to build or not to build”. Faut-il toujours construire ? Faut-il repartir de zéro ? Ou peut-on d’abord regarder ce qui existe, le réparer, le prolonger, le transformer ? La médiathèque James Baldwin répond clairement : dans une ville déjà largement bâtie, l’avenir passe aussi par l’art de composer avec l’existant.

    Faire du bâtiment sa propre matière première

    L’ancien lycée Jean-Quarré aurait pu être rasé. C’est souvent ainsi que l’on traite les bâtiments jugés obsolètes. On démolit, on évacue, on reconstruit, en oubliant que chaque mur contient déjà de la matière, de l’énergie grise et une histoire. Ici, l’atelier Philippe Madec a choisi une autre méthode : conserver, transformer, réemployer avec une philosophie : faire du bâtiment “sa propre matière première”. Budget total de la création de la médiathèque et de la Maison des réfugiés ? Environ 21 millions d’euros.

    Concrètement, la déconstruction a été très sélective. Des dalles industrielles, des panneaux, des éléments de façade ou de structure ont été déposés, découpés, broyés ou réutilisés sur place. Certains matériaux servent aux cheminements, d’autres à des murs ou à des aménagements. Le bâtiment devient ainsi une carrière de lui-même. Ce qui aurait pu finir en gravats retrouve une fonction.

    Ce geste est essentiel à l’heure où la construction reste l’un des grands secteurs consommateurs de ressources. Réhabiliter plutôt que démolir permet de limiter les déchets, de réduire la quantité de matériaux neufs, mais aussi de préserver une part de la mémoire du site.

    Entre les deux bâtiments du site, une nouvelle structure joue un rôle central. Elle porte un nom simple : “Le Lien”. Elle connecte la médiathèque et la Maison des réfugiés, accueille les circulations principales et donne au projet sa silhouette la plus reconnaissable. Sa résille en bois forme une sorte de mantille courbe, à la fois signal architectural et pare-soleil autoportant. Ce “Lien” n’est pas qu’une belle image. Il incarne l’un des principes du projet : relier plutôt que séparer. Relier les bâtiments, les usages, les publics, les fonctions. Il accueille, selon les niveaux, des espaces de cafétéria, de tisanerie ou des lieux associés à la lecture. Il organise les passages et rend visible la transformation de l’ancien lycée dans le tissu urbain.

    La terre crue joue elle aussi un rôle important. Utilisée sous forme de terre coulée (technique encore expérimentale), elle permet de reprendre les outils et savoir-faire de la construction en béton, mais avec un matériau géosourcé, moins transformé, à plus faible énergie grise. Des panneaux préfabriqués en terre coulée, c’est-à-dire de la terre crue coulée dans un coffrage, ont été expérimentés sur le chantier, avec l’idée de tester ce procédé et d’en faire, demain, une technique plus courante. Là encore, la low-tech n’est pas un bricolage : c’est une innovation par la sobriété.
    Des jardins pour rafraîchir et relier

    La réponse aux fortes chaleurs ne se joue pas seulement à l’intérieur du bâtiment. Elle se joue aussi dehors. Le projet accorde une place importante à la #végétalisation : jardins en pleine terre, espaces plantés, toitures végétalisées, terrasses, jardins partagés, espaces de lecture en extérieur. Ces lieux ne sont pas de simples ornements paysagers. Ils participent au confort, à la biodiversité, à l’infiltration, à l’ombre et à la qualité d’usage.

    Dans un quartier dense, ces respirations comptent. Elles prolongent la #rénovation de la place des Fêtes et étendent son aire d’influence vers l’est. Elles donnent aux habitants des espaces où se poser sans consommer, lire dehors, attendre un rendez-vous, discuter, cultiver, traverser. Elles contribuent aussi à faire du site un équipement public plus poreux, moins fermé, plus accueillant.

    La végétalisation ne remplacera pas, à elle seule, une politique ambitieuse d’adaptation des villes aux fortes chaleurs. Mais elle en constitue un maillon essentiel, surtout lorsqu’elle est pensée avec le bâtiment, et non ajoutée après coup. À la médiathèque James Baldwin, les jardins, le patio, la mantille en bois, les matériaux et la ventilation naturelle forment un même système. Un système discret, mais cohérent.

    Un #refuge_climatique et démocratique

    À l’heure où les vagues de chaleur se multiplient, les #bâtiments_publics vont devoir changer de rôle. Ils ne seront plus seulement des écoles, des bibliothèques, des gymnases, des mairies ou des centres sociaux. Ils devront aussi devenir des #refuges_climatiques, des lieux capables d’accueillir les habitants lorsque les logements surchauffent, lorsque les places minérales deviennent impraticables, lorsque les plus fragiles cherchent un espace respirable.

    La médiathèque James Baldwin montre une piste. Elle prouve qu’un équipement public peut être pensé autrement : avec moins de béton neuf, plus de réemploi, des matériaux moins énergivores, une ventilation naturelle, des espaces ombragés, des jardins et une attention réelle aux usages. C’est peut-être cela, la leçon la plus forte du projet. La ville de demain ne sera pas seulement une ville bardée de capteurs, de climatiseurs et de solutions techniques sophistiquées. Elle devra aussi réapprendre des gestes simples : ouvrir, ventiler, ombrager, planter, réutiliser, ménager. Non par nostalgie, mais par lucidité.

    https://www.wedemain.fr/maison-responsable/fortes-chaleurs-cette-mediatheque-parisienne-mise-sur-la-low-tech-plutot-qu

    #alternative #architecture #canicule #fraîcheur

    • Mouvement pour la frugalité heureuse et créative dans l’architecture et le #ménagement_du_territoire

      https://www.youtube.com/watch?v=tgHKSrluVss

      Le « Mouvement pour une Frugalité heureuse et créative » dans l’architecture et le ménagement des territoire promeut la frugalité à travers l’architecture frugale et le ménagement des territoires.

      Il est né du Manifeste du même nom, lancé le 18 janvier 2018 par Dominique Gauzin-Müller (architecte-chercheur), Alain Bornarel (ingénieur) et Philippe Madec (architecte et urbaniste). Reconnaissant « la lourde part des bâtisseurs » dans les désastres en cours, ce manifeste appelle à développer des établissements humains frugaux en énergie, en matière et en technicité, créatifs et heureux pour la terre et l’ensemble de ses habitants, humains et non humains.

      En réponse à cet appel, des groupes locaux ou thématiques se sont créés pour mobiliser les signataires du manifeste, puis de grandes rencontres nationales ont été organisées. Le mouvement s’anime aujourd’hui de multiples initiatives décentralisées, proposant visites, conférences, ateliers, formations, publications, partages d’expériences, et de nombreux outils de développement tels que ce site web ou encore la cartographie collaborative des ressources frugales.

      Le mouvement est ouvert à toutes et à tous, aux professionnels engagés dans la « métamorphose de l’acte de construire » et la « révolution du ménagement« , mais aussi à tous les citoyens désireux de voir se développer d’autres façons d’habiter nos territoires.

      C’est un réseau engagé et bienveillant qui repose entièrement sur les initiatives bénévoles des signataires s’investissant dans les groupes locaux, qui décident en toute autonomie de leurs activités, et qui sont le cœur vivant et actif du mouvement.

      L’association, gérée par un conseil collégial, a vocation à assurer la logistique et le financement des projets, notamment grâce à la redistribution des ressources des dons et des adhésions.

      Il est encore temps, il est toujours temps de nous rejoindre : bienvenue à vous, bifurquons ensemble sur les chemins de la Frugalité !


      https://frugalite.org

    • Associer

      Une architecture engagée, libre

      Vers une #habitabilité des mondes heureuse et équitable

      Dans un monde fini, à toutes les échelles de projet, notre atelier s’engage dans la métamorphose des établissements humains, entendus comme milieux garants d’une coexistence heureuse entre les hommes et avec les mondes du vivant. Au début des années 1980, Philippe Madec mène un travail théorique pour se libérer de l’opposition modernisme / postmodernisme, et pour fortifier son engagement écoresponsable. Ce travail émancipateur a ouvert un passage du modernisme au durable et donné sens aux pratiques professionnelles des quelques 35 architectes et urbanistes qui collaborent aujourd’hui au sein de l’atelier.

      Après plus de trois décennies d’existence, l’atelierphilippemadec est devenu (APM)&associés en 2022 puis « associer » en 2025. Comme de nombreux ateliers nés dans les années 1990, construits autour d’une personnalité qui l’incarne, nous avons enclenché une mutation. Moment délicat qui peut se lire comme un projet à part entière. Ce dernier ouvre sur la pérennisation d’un outil de travail tissé de valeurs partagées, mais aussi la reconnaissance de la nature essentiellement collective du travail des architectes et urbanistes, en l’occurrence réunis autour d’une personnalité fédératrice. Ce projet relève d’une transmission entre générations unies dans leur compréhension des conditions contemporaines de vie. Il tient aussi et surtout du désir d’être en mesure de s’engager, aujourd’hui, pour continuer de proposer des alternatives aux modes conventionnels de penser et de faire l’architecture, la ville et les territoires.

      De cette histoire collective, il résulte en 2025 le nom d’atelier « associer » qui fait référence à ce qui nous tient à cœur au quotidien dans notre travail : associer sociétés, climats, territoires, écologies, matières et savoir-faire.

      À l’heure où la notion de sobriété s’impose dans le débat public, l’atelier porte en étendard celle de frugalité, par son engagement dans le Manifeste éponyme, comme au jour le jour de son travail. Le débat n’est pas terminologique : il impose de se questionner sur notre capacité collective à agir dans des conditions de plus en plus complexes et contraignantes. Face aux bouleversements environnementaux, nous portons la conviction qu’un projet partagé et désirable permet d’éviter l’expression unilatérale de contraintes restrictives, voire inéquitables. Une architecture qui peut être à l’avant-garde d’un nécessaire ré-enchantement du monde.

      https://associer.archi

    • https://mamot.fr/@n1k0/116826744529879889

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      Canicule : À Grabels, près de Montpellier, cette école perd 7 °C face à la chaleur

      Face aux fortes chaleurs, l’école maternelle Jean Ponsy à Grabels teste des solutions simples pour améliorer le confort des élèves. Résultat : jusqu’à 7 °C ressentis en moins.

      https://actu.fr/occitanie/grabels_34116/canicule-a-grabels-cette-ecole-perd-7-c-face-a-la-chaleur_64449580.html

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      #Projet_racine

      La canicule, un enjeu majeur pour les #écoles

      Face à l’intensification des vagues de chaleur, le sujet de l’adaptation des écoles primaires est central. Les périodes de canicule peuvent entraîner des conséquences graves sur la santé, en particulier pour les enfants, qui font partie des publics vulnérables.

      L’intensification des périodes caniculaires, d’année en année, amène ce sujet à un point particulièrement critique, avec notamment la fermeture des établissements scolaires dans les moments les plus chauds.

      Du fait du dérèglement climatique, les vagues de chaleur sont amenées à être plus intenses, plus longues, et à survenir sur une période de l’année plus étendue, de mai à octobre, dans l’ensemble des régions (scénario +4°C de la TRACC).

      D’année en année, la situation devient de plus en plus préoccupante.
      Les écoles publiques, pour la plupart très peu adaptées aux épisodes climatiques extrêmes, nécessitent une attention particulière.

      Ce sont souvent des bâtiments anciens, peu isolés, mal ventilés, dont l’inertie thermique est faible. Les conditions d’accueil y deviennent rapidement inconfortables, voire dangereuses, en période de forte chaleur.
      Adapter les bâtiments et les usages pour maintenir l’activité

      En appliquant des gestes simples mais efficaces, comme la protection solaire, la ventilation nocturne et l’utilisation de brasseurs d’air, il est possible de limiter la montée en température dans les locaux et d’améliorer le confort des enfants. Ces leviers permettent d’assurer un environnement plus supportable pour toutes et tous et de limiter l’impact des canicules sur les activités scolaires.

      Au-delà des solutions matérielles, une bonne organisation (décalage des horaires de cours, migration des activités dans des zones plus fraîches de l’école ou de la cour) peut également permettre d’assurer la continuité pédagogique, même pendant les pics de chaleur.

      Ces solutions existent, elles sont éprouvées. Pourtant, leur mise en œuvre reste rare. Les vagues de chaleur sont encore trop peu anticipées, et les réflexes d’adaptation encore peu intégrés dans le fonctionnement quotidien des écoles. Car les freins à l’adaptation ne sont pas seulement d’ordre technique ou budgétaire, ils sont souvent organisationnels. C’est précisément le cœur du projet RACINE : identifier ces freins organisationnels, en comprendre les mécanismes, et tester des méthodes concrètes pour les dépasser.

      https://programme-cee-actee.fr/programmes/projet-racine

    • Façade en forme de vagues, murs ajourés... Dans cet immeuble de Montpellier, tout a été conçu pour limiter la chaleur

      Comment l’#architecture_bioclimatique peut-elle réduire la température intérieure de 8 degrés sans climatisation ? À Montpellier, des bâtiments utilisent l’effet Venturi et des moucharabiehs modernes pour créer des courants d’air naturels et protéger les appartements du soleil brûlant.

      35 degrés(Nouvelle fenêtre) cet après-midi-là à Montpellier. La ville suffoque, mais quand cette habitante rentre chez elle, elle respire. Dans son appartement tout neuf et traversant, Adia Guasproca n’a pas la climatisation. « Niveau fraîcheur, franchement, on est bien là. En ressenti, on a quoi ? 23, 25 degrés ? », indique-t-elle.

      Deux étages plus haut, même impression agréable, y compris sur la terrasse. Grâce à ce mur ajouré, inspiré des moucharabiehs orientaux, le lieu est à la fois ventilé et ombragé. Car dans cet ensemble immobilier, tout a été conçu pour limiter la chaleur. Sur cet immeuble, par exemple, très bien isolé, les façades font des vagues. Ce choix n’est pas seulement esthétique. Les courbes agissent comme un parasol géant qui limite l’entrée du soleil dans les appartements. Malgré les 33 degrés mesurés dans le patio, Eliott Mio peut profiter de la terrasse. « Dans notre précédent appartement, c’est vrai qu’on avait un balcon qui servait à rien parce qu’il était en plein soleil et il faisait trop chaud. Là, ici, c’est clair que ça fait vraiment une pièce de vie supplémentaire. La plupart de la journée, vraiment jusqu’à 17 heures, on est à l’ombre. Bon, il fait chaud, mais c’est quand même agréable. Il y a beaucoup d’air », confie-t-il.
      Une architecture rafraîchissante

      À l’intérieur, 8 degrés de moins que dehors. Le logement est très bien ventilé. Et en effet, cette ventilation ne doit rien au hasard, mais tout à l’architecture. Le vent marin, plus frais, rentre au cœur des habitations, dopé par les courbes de la façade.

      « Cette architecture finement biseautée en courbe permet aussi d’accentuer la vitesse du vent et de créer des mini-dépressions et des mini-turbulences. C’est ce qu’on appelle l’effet Venturi. Par exemple, si on se promène au pied des tours à la Défense à Paris, on a souvent des bourrasques de vent ou même dans le métro des différentes villes françaises. À ce moment-là, on tourne derrière un pilier et on a une bourrasque de vent. C’est exactement ce qui se passe », explique Vincent Callebaut, architecte spécialisé en architecture bioclimatique. Enfin, d’ici quelques années, les arbres et les végétaux plantés dans la cour et sur les terrasses feront de ce lieu un îlot de fraîcheur.

      https://www.franceinfo.fr/environnement/evenements-meteorologiques-extremes/vagues-de-chaleur-canicules/architecture-des-immeubles-ou-tout-a-ete-concu-pour-limiter-la-chaleur_80

      #effet_venturi

  • #Colonialité toxique : dans les paysages radioactifs du #Sahara

    De 1960 à 1966, avant et après l’indépendance de l’#Algérie, l’État français a expérimenté au Sahara dit algérien dix-sept bombes atomiques et autres essais chimiques. Ce sujet a longtemps été #tabou en France, dans la presse, dans les discours politiques aussi bien que dans le cadre académique où enquêtes, témoignages, littérature et recherches sur ce thème ont été invisibilisés. Seul le réseau associatif et militant a soutenu les travaux abordant ce domaine – comme par exemple le livre de Raphaël Granvaud, Areva en Afrique, Une face cachée du nucléaire français3. Brisant frontalement la confidentialité de ces faits – presque trois décennies après l’ouvrage de Gabriele Hecht sur l’histoire nucléaire de la France, Le rayonnement de la France4, plusieurs publications récentes issues du monde anglo-saxon abordent la violence coloniale française illustrée dans ses modalités extrêmes par les expérimentations atomiques.

    C’est le cas du nouveau livre de Samia Henni, Toxicité coloniale. Documenter le paysage radioactif dans le Sahara. Paru d’abord en anglais5, il est associé à une exposition6 qui réverbère d’une autre manière les éléments de preuve de l’usage violent d’un territoire colonisé. L’autrice, architecte, historienne et théoricienne de l’architecture, enseigne actuellement à l’Université McGill de Montréal. Elle donne à penser la colonisation et ses effets dévastateurs sur le très long terme. Son point de départ est l’espace et sa gestion en période de guerre, sa réorganisation ou ce que le langage colonial a souvent appelé sa « mise en valeur ». Sensible aux narrations « cosmétiques » qui masquent les réalités de la domination coloniale, Samia Henni évoque en ce sens les euphémismes utilisés pour dire les faits qui ne sont pas seulement des « essais » nucléaires ou de la « radioactivité », mais bien des bombes atomiques à part entière et une toxicité sans limite produite par la colonisation.

    « Saharanisme »

    Faisant écho à cette question, Brahim El Guabli, professeur de pensée et littérature comparées à l’Université Johns Hopkins (USA), explore dans son dernier ouvrage, Desert Imaginations, la représentation des « déserts » à travers une variété de sources littéraires et historiques plurilingues (amazigh, arabe, français, anglais)7. Il montre que dans les productions culturelles majoritaires, les déserts apparaissent comme terra nullius, inhabitée, improductive, inutile et menaçante. La fiction mondialisée d’un désert vide et sans vie a permis de légitimer des projets d’exploitation brutaux et destructifs8. Brahim El Guabli propose d’appeler « saharanisme » ou encore « désertisme » cet imaginaire dominant dont il retrace les origines lointaines et la construction, en particulier dans les écrits politiques et littéraires français du XIXe siècle à aujourd’hui. Il fait de ces notions un outil conceptuel permettant d’approcher à plusieurs niveaux les usages et mésusages du désert, quelles que soient les parties du monde concernées. L’auteur distingue divers secteurs – spirituel, extractif, instrumental, sexuel – où s’exerce le saharanisme. En contrepoint de cette idéologie inhérente aux intérêts coloniaux, Brahim El Guabli montre le rapport intime que des écrivains et artistes autochtones manifestent dans leurs œuvres envers leur environnement, tangible et intangible, humain et non humain, une posture écologique sensible qu’il appelle ecocare ou encore éthique autochtone de la conscience environnementale. Cette attitude m’évoque une maxime touarègue Amaḍal amadal, « la terre est ce qui protège », mise en relation au Sahara avec la nécessité d’être nomade pour ne pas « peser sur le dos de la terre ». Comment une terre confisquée pour être mutilée, blessée, amputée, pourrait-elle continuer à protéger ses enfants ? Telle est la question que se posaient les Touaregs après les interventions violentes menées sur leur sol telles que les explosions atomiques, le creusement des puits de pétrole et des mines d’uranium, ou le réaménagement étrange de l’Afrique saharo-sahélienne en petits territoires enclos sur eux-mêmes, bardés de fils de fer barbelés9.
    La notion de saharanisme parait très utile pour approcher au présent divers types de faits, des plus anodins aux plus dommageables, tous fondés sur une hiérarchisation implicite des savoirs. Par exemple, l’obsession – a priori bienveillante – des organismes de développement ou d’aide qui interviennent en pays nomade pour creuser des puits, comme si le problème en zone aride était l’eau et non la gestion de l’eau. Pourtant, le piétinement animal intense autour des points d’eau, comme le disent bien les intéressés, détruit tous les pâturages alentour. Avec la multiplication des puits, aucune des stratégies nomades pour régénérer la flore ou conserver les plantes fourragères résistant au vent et permettant d’étager la consommation des pâturages ne peut plus s’exercer. Mais rien n’arrête ces politiques sédentaires du territoire couplées à la restriction de la mobilité qui ont finalement conduit à l’incapacité croissante de faire face aux sécheresses – pire, elles les ont aggravées.

    Au sujet des essais nucléaires français au Sahara, les approches des deux ouvrages cités se croisent et se complètent. Comment sortir du secret ? Comment rendre compte de la nuisance impalpable et occultée de ces explosions ? Comment documenter ce programme secret et ses lourdes conséquences, alors que la majorité des archives les concernant sont jusqu’à présent classées « secret-défense » ? Comment rendre audibles les voix des habitants sur la violence mortifère infligée à leurs vies et à leur terre par les gouvernements français et algérien qui ne les ont ni consultés ni avertis ?

    Trouver des voies et des voix pour répondre à ces interrogations fait partie des objectifs clairement énoncés par Samia Henni. Contestant « l’obsession coloniale et néolibérale de la “nouveauté”, la volonté d’être “le premier” à dire ou faire quelque-chose » (p. 37), l’autrice met à la disposition de ses lecteurs et lectrices les informations et les sources dont elle dispose, c’est-à-dire une centaine de documents d’archives (photos, textes) et la reproduction des témoignages de victimes (travailleurs et population d’Algérie, vétérans français) pour servir de socle à de futures recherches.

    Ce livre généreux et militant est fondé sur le partage des documents assemblés en étroite collaboration avec l’Observatoire des armements à Lyon. Il est destiné à « donner corps au silence des archives institutionnelles » et appelle à continuer le travail de mémoire et d’investigation permettant une autre narration des faits et un examen des responsabilités pour, à terme, exiger la décontamination des sites, l’ouverture totale des archives et la perspective de réparations.

    Car ces déflagrations nucléaires, décidées depuis Paris et prolongées en 1962 par les Accords d’Evian avec le gouvernement provisoire d’Algérie, ont eu de multiples répercussions sur les corps, sur l’environnement, sur le bâti, sur les paysages, sur les sols. Le matériel contaminé a été enseveli dans l’urgence au départ du personnel français en 1967, puis déterré par les puissants vents sahariens.

    Temps et espace du désastre atomique

    À partir de documents visuels et d’archives arrachées au secret, Samia Henni retrace les caractéristiques techniques et humaines des deux sites où les explosions ont été menées : d’un côté, Reggane, où furent lancées quatre bombes atmosphériques et de l’autre, In Ekker, émetteur de treize bombes souterraines, certaines échappant au confinement, et cinq expériences supplémentaires de dispersion atmosphérique de plutonium. Elle propose ensuite un corpus visuel composé d’extraits de documentaires et de reportages télévisés, et la reproduction de témoignages des victimes françaises.

    Dans le procédé éditorial choisi, les images impactent efficacement le regard en anticipant le texte. Ainsi, au début de l’introduction, onze photos aux tons jaune-sépia nous plongent dans la matérialité du secret, avec en première page un panneau d’interdiction de prise de vue et de menaces de sanctions contre tout contrevenant, planté sur l’un des sites d’expérimentation. Les images suivantes élargissent la focale, de la localisation des sites à l’emplacement des zones de tirs, du croquis topographique des infrastructures à une manifestation à Accra au Ghana contre ces expériences. Jusqu’à la photo de la « gerboisite », un terme qui conceptualise la matière radioactive anthropogénique produite par les explosions atmosphériques baptisées Gerboises par le pouvoir colonial. Enfin, une image satellite captant les mouvements intercontinentaux de la poussière radioactive du Sahara met immédiatement en évidence la nécessité d’un changement d’échelle pour l’analyse de ces faits.

    L’ouvrage restitue la situation géographique précise des deux sites d’expérimentation : Reggane dans la plaine de la Tanezrouft et In Ekker sur le mont Taourirt tan Afalla (littéralement en langue locale « Colline du haut » ou du « nord ») et aussi Taourirt tan Ataram (« Colline de l’ouest ») dans le massif de l’Ahaggar (nom utilisé dans l’ouvrage sous sa forme arabisée, Hoggar). Remarquons que les toponymes mentionnés sont tous amazighs. Ce qui donne une résonance particulière au choix de ces lieux situés à plus de 1000 km d’Alger et révèle une autre invisibilité qui n’est pas manifeste dans l’ouvrage, celle des habitants ancestraux de ces terres, les Imuhagh10, appelés « Touaregs » par les étrangers. L’invention de l’Algérie comme État colonial puis postcolonial les fera dénommer ensuite « Algériens » (comme dans la légende du 3e cahier photo où ils sont appelés « habitants algériens ») ou encore, selon les recensements sur leurs terres d’ancrage à la saison sèche, les assignera à d’autres identités nationales et territoriales : « Libyens », « Maliens », « Nigériens », « Burkinabè ». Les pouvoirs coloniaux ont en effet redessiné la carte de l’Afrique selon leurs intérêts, divisant le pays touareg par cinq frontières et transformant en peuple sans terre les nomades dont les parcours réguliers ont rendu le désert nourricier en préservant ses ressources végétales et hydriques.

    Samia Henni situe son propos dans le cadre national de l’Algérie. Elle montre cependant que le temps et l’espace de la toxicité nucléaire ne sont pas à l’échelle de la géopolitique humaine. Des témoins évoquent la violence monstrueuse des explosions ressentie non seulement à proximité, à Tamanrasset, mais aussi à 600 km à l’est à Djanet et à plus de 1 000 kilomètres au sud-ouest à Gao (p. 42), ou encore au sud-est dans l’Aïr11, englobant l’espace de référence de la mobilité nomade des Touaregs. Et bien au-delà encore.

    La toxicité invisible, impérissable, inquantifiable, irréversible, circule et s’infiltre partout où la diffusent les vents du globe. Elle contamine non seulement les lieux décrétés vides et sans importance par les autorités coloniales puis postcoloniales – notamment les territoires nomades –, mais également les pays et les continents des décideurs de la mise à feu des bombes atomiques. Elle s’étend à la terre entière et restitue, au-delà de l’approche spatialement fragmentée des événements, la perception géographique nomade qui au Sahara relie directement l’Ahaggar (actuelle Algérie), l’Ajjer (entre l’Algérie et la Libye), l’Aïr (actuel Niger), la Tademekkat (entre le Mali et le Burkina Faso) et la Tagaraygarayt (actuel Niger).

    Je rajouterai une information donnée par les Touaregs qui circulent entre l’Ahaggar et l’Aïr. Selon eux, l’abandon en 1967 des sites nucléaires français du côté algérien aurait été suivi par le transfert entre l’Ahaggar et l’Aïr d’une partie des anciens engins de chantier ainsi que du personnel pour mener des opérations de prospection à Madawela dans la vallée de Tin Marsoy. Cette partie du territoire touareg se trouvait rattachée depuis 1960 à l’État du Niger. Les nomades se souviennent des déplacements incessants et extrêmement dérangeants de camions énormes équipés de sondes qui sillonnaient les terres pastorales et creusaient le sol, faisant parfois jaillir de l’eau sans reboucher leurs forages en quittant les lieux.

    Ces travaux de prospection terrestres mais aussi aériens ont abouti à la mise en œuvre de l’exploitation d’un immense gisement d’uranium à Arlit, à environ 15 kilomètres de Madawela, ce dernier site étant laissé inactif, mais gardé par l’armée nigérienne. Comme ce fut le cas du côté algérien dans les années 1950 en pleine période coloniale, deux décennies plus tard, dans un État indépendant, les autorités françaises s’accaparèrent brutalement des terres touarègues de l’Aïr pour créer les infrastructures géantes d’une première mine à ciel ouvert (Arlit), puis d’une mine souterraine (Akokan), et d’une ville qui compte à présent plus de 100 000 habitants, détruisant toutes les ressources pastorales locales et interdisant aux nomades de poursuivre leur vie sur leurs propres terres. C’est à cette période que les contrôles et les détentions arbitraires de civils touaregs s’intensifièrent au nord du Niger, au point de transformer le seul fait d’être enturbanné en délit menant automatiquement à l’arrestation et à la confiscation des marchandises pour les caravaniers.

    Des vies qui ne comptent pas ?

    Comme l’écrit Samia Henni, après les explosions nucléaires des années 1960, les nomades, les oasiens et les citadins de la région de Reggane et de la vallée du Touat ont été directement affectés. Entre 1960 et 2008, la démographie chuta de moitié, passant de 40 000 à quelque 20 000 habitants (p. 93). La description détaillée des chantiers menés pour les opérations nucléaires et l’accueil du personnel à Reggane, Hamoudia et au point zéro des expérimentations – 82 000 m2 de bâtiments, 7000 m2 d’ouvrages souterrains, 100 km de routes, 3 centrales électriques, etc. (p. 96) – donne une idée du gigantisme de ces infrastructures (laboratoires, appareils de mesures, base avancée, ville nouvelle), au prix d’un labeur humain démesuré, diurne autant que nocturne. La recension des constructions techniques du second site dégage la même impression de démesure et de captation sans merci des terres (170 570 hectares) et des ressources locales. Non seulement l’eau et l’air de l’oued Amguel, mais la main d’œuvre autochtone, à laquelle s’ajoutaient sur le site la main d’œuvre importée d’autres régions de l’Ouest africain, ainsi que les militaires, appelés, techniciens et ingénieurs français, soit environ 9000 personnes sur le site au moment des explosions.

    Dans les années 1960, les procédés de décontamination des corps humains et des engins au jet d’eau (p. 114) paraissent dérisoires, irresponsables et même cyniques dans la mesure où l’eau n’a vraisemblablement pas échappé à la pollution. Pas plus les multiples échecs du confinement des bombes dans les galeries souterraines que l’indépendance de l’Algérie en 1962 n’ont empêché la continuation des essais par la France qui a également poursuivi de 1964 à 1966 ses expériences de dispersion du plutonium (nom de code Pollen) en bafouant le Traité d’interdiction des essais nucléaires atmosphériques signé en 1963. Pire, les expériences biologiques conduites lors de la bombe Gerboise blanche auraient concerné non seulement des animaux (dont des cages et cadavres ont été retrouvés abandonnés sur le site), mais aussi des corps humains, morts ou vivants, ou des « cobayes humains » comme le formule Bruno Barillot dans son ouvrage, Essais nucléaires français : l’héritage empoisonné12, cité par Samia Henni (pp. 107-108).

    Un travailleur local, interrogé trois décennies plus tard, rapporte qu’après les déflagrations, « la plupart des gens qui sont tombés malades sont ceux des campements qui habitent la montagne » (p. 156), autrement dit les habitants invisibilisés d’un désert décrété « vide » par les autorités françaises et algériennes. Le photographe et sociologue Bruno Hadjih a documenté le ravage sanitaire et létal (17 décès survenus immédiatement) des habitants du village de Mertoutek et la destruction durable de leur environnement après la bombe non maîtrisée de Béryl en 1962.

    Le gouvernement français est resté inactif sans mener d’étude de suivi après l’explosion, pas plus qu’il n’a proposé de réparation. Par ailleurs, il n’a fourni aucun descriptif technique des décharges toxiques qu’il a laissées au Sahara et qui continuent d’affecter la santé des êtres vivants. Comme si finalement, tout cela n’avait jamais existé et n’avait eu aucune conséquence pour personne. Jusqu’à quand ?

    ’avance à travers les entrailles de la fournaise
    Je les entends
    sécheresse de leur cœur
    Et ils me roulent dans le nuage
    champignon nuée
    brouhaha atomique
    Et ils aboient
    Toi, tu n’existes pas,
    tu n’as jamais existé

    Hawad, Irradiés13

    L’investigation sans fin

    Au final, on comprend à quel point le projet nécessaire de « documenter le paysage radioactif dans le Sahara » comme le propose Samia Henni est un programme collaboratif à long terme. La constitution de « contre-archives » dans ce domaine est une tâche ardue et ouverte qui appelle à d’autres enquêtes pour sortir le désert de l’oubli. Par exemple, comment faire résonner la mémoire et le présent de ceux qui sont effacés de la carte ? Quelles constellations d’expériences et de géographies peuvent être retracées en dehors des cadres restrictifs de la cartographie coloniale ? Comment mettre en dialogue les expériences vécues par les habitants des différents territoires sacrifiés lors des mises à feu nucléaires réalisées par la France, mais aussi par les États-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne et la Chine entre 1945 et 1980 ? Quels sont les formes de survie et de résistance qui ont émergé face à la catastrophe ? Comment faire entendre la voix des écrivains et des artistes qui mobilisent un imaginaire créatif capable de submerger le saharanisme, alors même qu’eux et leurs peuples subissent jusqu’à aujourd’hui la confiscation, la dévastation et la pollution nucléaire ou minière de leurs terres ? Le « Saharanisme expérimental » va en effet de pair avec le « Saharanisme extractif » pour reprendre les concepts de Brahim El Guabli. Quelles relations établir entre d’un côté la manne minérale concentrée au Sahara central sur les territoires nomades (pétrole et gaz en Algérie et Libye, uranium, charbon, or au Niger, or au Mali) et, de l’autre côté, la répression brutale qui touche leurs habitants, privés de leurs droits fonciers, jusqu’à nier et éradiquer leur nom, leur langue, leur mode de vie, leur société et leur histoire ? Le travail d’investigation à venir est immense, il réservera probablement des surprises, autant que l’étude des conséquences, impensées et impensables, de la radioactivité.

    https://www.terrestres.org/2026/06/08/colonialite-toxique-dans-les-paysages-radioactifs-du-sahara
    #radioactivité #colonialisme #pollution #violence_coloniale #territoire_colonialisé #colonisation #euphémismes #radioactivité #vocabulaire #mots #bombes_atomiques #désert #géographie_du_vide #vide #terra_nullius #saharanisme #désertisme #imaginaire #ecocare #conscience_environnementale #Touaregs #nomadisme #aide_au_développement #puits #développement #secret-défense #Accords_d’Evian #paysage #environnement #Reggane #In_Ekker #plutonium #images #secret #gerboisite #Gerboises #France_coloniale #mont_Taourirt_tan_Afalla #Taourirt_tan_Ataram #toponymie #invisibilisation #Imuhagh #violence #Tamanrasset #Ahaggar #Aïr #Madawela #Niger #vallée_de_Tin_Marsoy #Arlit #uranium #mines #Akokan #Arlit #pâturages #vallée_du_Touat #eau #sols #air #décontamination #montagne #destruction #Mertoutek #Béryl #réparation #santé #paysage_radioactif #mémoire #contre-archive #contre-récit #expérience_vécue #territoires_sacrifiés #Saharanisme_expérimental #Saharanisme_extractif #extractivisme

    ping @reka

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    A mettre en lien avec le #film_documentaire #At(h)ome (#athome) :
    https://seenthis.net/messages/819398

    • #Areva en Afrique. Une face cachée du nucléaire français

      L’indépendance énergétique de la France grâce au nucléaire est un mythe : l’uranium qui alimente le nucléaire civil et militaire provient pour une large part du sous-sol africain. Raphaël Granvaud détaille les conditions dans lesquelles la France et Areva se le procurent au meilleur coût, au prix d’ingérences politiques et de conséquences environnementales, sanitaires et sociales catastrophiques pour les populations locales.
      Comme au Niger, fournisseur historique, pourtant en dernière position du classement des pays selon leur indice de développement humain. Dans un contexte international d’intensification de la concurrence sur le continent africain, mondialisation capitaliste oblige, Areva a toujours pu compter sur l’aide active des représentants officiels de l’État français et des réseaux les moins ragoûtants de la Françafrique pour sauvegarder son droit de pillage. L’auteur dévoile enfin les efforts considérables d’Areva pour que les différents éléments de cette réalité et de sa stratégie de dissémination nucléaire ne ternissent pas une image de marque qu’elle voudrait immaculée.

      https://agone.org/livre/arevaenafrique
      #livre

    • TOXICITÉ COLONIALE. DOCUMENTER LE PAYSAGE RADIOACTIF DANS LE SAHARA

      Toxicité coloniale revient sur les programmes nucléaires français menés entre 1960 et 1966 dans le Sahara algérien. Ce programme secret, qui s’est déroulé pendant et après la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962), a permis au régime colonial français de mettre à feu quatre bombes atomiques atmosphériques, treize souterraines et de mener d’autres expériences nucléaires dans le désert. Alors que la grande majorité des documents d’archives sont toujours classés secret aujourd’hui, Toxicité coloniale rassemble une variété de sources permettant de documenter l’histoire violente des activités de la France en Algérie. Le livre constitue un corpus de choix à l’intersection de la justice spatiale, sociale et environnementale pour ceux et celles qui s’intéressent à l’architecture, au paysage et aux pratiques d’archivage dans une démarche décoloniale.
      Alors que ces bombes ont eu des conséquences durables pour les populations et les environnements locaux ainsi que pour les vétérans français, le manque de contrôle des explosions, les lacunes de sécurité et l’utilisation des Algériens comme main- d’œuvre sur des chantiers particulièrement dangereux apparaissent comme des faits coloniaux d’une importance majeure.

      https://editions-b42.com/produit/toxicite-coloniale

    • Deserts Are Not Empty

      Colonial and imperial powers have often portrayed arid lands as “empty” spaces ready to be occupied, exploited, extracted, and polluted. Despite the undeniable presence of human and nonhuman lives and forces in desert territories, the “regime of emptiness” has thus inhabited, and is still inhabiting, many imaginaries. Deserts Are Not Empty challenges this colonial tendency, questions its roots and ramifications, and remaps the representations, theories, histories, and stories of arid lands—which comprise approximately one-third of the Earth’s land surface. The volume brings together poems in original languages, conversations with collectives, and essays by scholars and professionals from the fields of architecture, architectural history and theory, curatorial studies, comparative literature, film studies, landscape architecture, and photography. These different approaches and diverse voices draw on a framework of decoloniality to unsettle and unlearn the desert, opening up possibilities to see, think, imagine it otherwise.

      https://www.arch.columbia.edu/books/catalog/998-deserts-are-not-empty

  • Décès de #Jean_Ziegler : retour sur soixante ans de combats
    https://lvsl.fr/deces-de-jean-ziegler-retour-sur-soixante-ans-de-combats

    Nous apprenons le décès de Jean Ziegler. Sociologue #Suisse, il a été rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation du Conseil des droits de l’homme de l’ONU (de 2000 à 2008). Auteur de nombreux ouvrages sur les rapports Nord-Sud, il n’a eu de cesse de documenter les impacts sociaux de la #Mondialisation. Compagnon de route de Fidel #Castro, Thomas Sankara, Yasser Arafat ou encore Hugo Chavez, il a exploré des voies alternatives dans la lutte contre la faim et la pauvreté. Son parcours politique commence en 1961 à Kinshasa, au Congo nouvellement indépendant, où il est témoin du putsch (soutenu par les puissances occidentales) qui renverse le chef d’État Patrice Lumumba. Il se termine avec la publication d’un dernier ouvrage en 2024 (Où est l’espoir ?, Seuil), qui synthétise sa longue (…)

    #International #impérialisme #néolibéralisme #ONU

    • Mort de Jean Ziegler, ami du Sud global et combattant acharné contre la faim dans le monde
      Publié le 10 juin 2026 - L’Humanité
      https://www.humanite.fr/carnet/jean-ziegler/mort-de-jean-ziegler-ami-du-sud-global-et-combattant-acharne-contre-la-faim

      Toute sa vie, le sociologue suisse Jean Ziegler s’est posé une question finalement devenue le titre de son dernier livre publié en 2024 : « Où est l’espoir ? » Il s’interrogeait encore et toujours sur la façon de résister face à un monde impitoyable, pétri dans la guerre, la famine et les inégalités.

      Il est disparu ce 10 juin 2026 à Genève, à l’âge de 92 ans avec, en tête, cette quête qui a dirigé sa vie. Une question et des réponses qui l’ont amené à sillonner la planète et surtout, ce que dans le monde des bien-pensants on déteste, il a pris parti. Un parti philosophique, marxiste et moral. Pas au sens de la vieille morale qui s’écrivait à la craie sur le haut des tableaux noirs (« L’argent ne fait pas le bonheur », par exemple) mais celle de la dignité humaine et de son combat permanent....

    • Du terrorisme au terrorisme d’État
      08 octobre 2024 - par Jean Ziegler
      https://lvsl.fr/du-terrorisme-au-terrorisme-detat-par-jean-ziegler

      La question palestinienne est au coeur des écrits de Jean Ziegler depuis des décennies. Comme témoin, militant, rapporteur pour les Nations-Unies sur le droit à l’alimentation puis vice-président du Comité consultatif de l’ONU sur les Droits de l’homme, il a pu l’aborder sous ses multiples facettes. Dans cet article il revient sur le 7 octobre, l’année qui s’est écoulée, et remonte aux sources de l’impasse actuelle. Évoquant ses rencontres avec Yasser Arafat, il témoigne d’un temps où l’espérance d’une solution rayonnait. Puis il retrace la « chronique d’une catastrophe annoncée », suivant l’expression de l’écrivain Michel Warschawski, dont l’assassinat de Yitzhak Rabin constitue le catalyseur. Et appelle à une « insurrection des consciences » pour faire pour le triompher le droit. (...)