• Mort aussi aujourd’hui de #Betty_Wright, grande chanteuse de #soul...

    J’allais refaire une notice nécrologique, je commence à avoir l’habitude, et puis je me suis souvenu que j’avais déjà écrit un article sur elle, alors le voici :

    Betty Wright
    Dror, Entre Les Oreilles, le 5 septembre 2012
    https://entrelesoreilles.blogspot.com/2012/09/elo117-betty-wright.html

    Je note quand même que le dernier morceau de son dernier disque est « Go ! », une chanson contre les violences conjugales enregistrée live en 2010...
    https://www.youtube.com/watch?v=u7RFr_0vLkg

    Et j’en profite donc pour rajouter ces liens vers deux concerts, en 1992 et en 2012 :
    https://www.youtube.com/watch?v=Xp_lDyILDvM


    https://www.youtube.com/watch?v=T3RiFBBWTVY

    L’hécatombe continue...

    Pour celles et ceux qui veulent en savoir plus :

    Betty Wright, 1953-2020
    Frédéric Adrian, Soul Bag, le 10 mai 2020
    https://www.soulbag.fr/betty-wright-1953-2020

    #musique

  • Brésil : avec le confinement, la bourgeoisie découvre les tâches ménagères
    Chantal Rayes, Libération, le 8 mai 2020
    https://www.liberation.fr/planete/2020/05/08/bresil-avec-le-confinement-la-bourgeoisie-decouvre-les-taches-menageres_1

    Non que l’on épie le voisinage, mais il faut bien le dire, le spectacle de la bourgeoisie blanche brésilienne s’adonnant aux tâches ménagères, ça accroche le regard. Samedi soir, dans un bel immeuble en béton brut. Chiffon à la main, une jeune femme, de celles qui sont nées pour être servies, s’attaque aux vitres de la cuisine, pendant que son conjoint passe la serpillière. Ils auront résisté jusqu’au bout, avant de se résoudre, Covid-19 oblige, à se passer de l’armada de domestiques à leur service. Et c’est un choc culturel pour ces 11% de foyers qui emploient les 6,5 millions de travailleurs domestiques du Brésil. En grande majorité des travailleuses, de couleur.

    La « domestica » est si ancrée dans l’imaginaire national qu’elle a son jour à elle (le 27 avril) dans le calendrier brésilien des commémorations. Souvent, l’intéressée elle-même trouve inconcevable que madame, monsieur nettoient les WC, fussent-ils les leurs. Plus maintenant. Le confinement a radicalement changé le mode de vie. Du moins provisoirement. La bourgeoisie découvre cette pièce de la maison où elle ne mettait jamais les pieds : la buanderie. La lessive, le ménage, « ça irrite les mains », justifie Ligia Kogos, la dermato des riches de São Paulo, dont la clinique reste ouverte malgré la quarantaine. Seuls 2% des Brésiliens disposent d’un lave-vaisselle. A quoi bon, quand on a la bonne ? « Si j’avais su… » soupire D., un cadre qui termine ses journées derrière l’évier. Dans le partage des tâches (l’autre nouveauté du confinement), madame se charge du linge, mais a aboli le repassage. Maintenant qu’on s’y colle, on est moins exigeant. On s’équipe. Sur Google, les recherches sur les aspirateurs robot ont quadruplé. Et dire que Cleide trouvait la bonne trop « lente »… « Je me rends compte du temps que ça prend, les tâches domestiques », confie candidement cette pédiatre à la Folha de S. Paulo, tandis que Mayra, cadre, avoue se sentir « mal » dans son rôle de patronne, qui « semble dériver de notre passé esclavagiste ».

    Selon un sondage, 70% des foyers ayant recours au travail domestique y ont renoncé en raison de la quarantaine, mais seulement 39% d’entre eux ont maintenu la paye de la bonne (un chiffre probablement surévalué), pendant que les 30% restants ont licencié leur employée. Sans indemnités, puisque l’écrasante majorité des domesticas – mais aussi des diaristas, les femmes de ménage à la journée, encore plus précarisées – n’est pas déclarée. Reste un bon 30% de patrons qui, Covid-19 ou pas, ne se passent pas de la bonne, confinée avec eux. Telle cette domestica décédée à Rio, après avoir été infectée par sa patronne revenue d’Italie, qui n’avait pas jugé bon de la prévenir de son état de santé. L’affaire avait fait grand bruit, poussant les syndicats à appeler à « libérer la bonne ». D’autres services jugés essentiels par les riches ont été maintenus. Tel le gardiennage de leurs immeubles ultra-sécurisés ou encore ces hommes de ménage qui nettoient les parties communes et vont d’étage en étage pour retirer la poubelle…

    #coronavirus #Brésil

    • J’étais en confinement dans une famille petite-bourgeoise qui reçoit chaque semaine pendant une demi-journée une dame noire qui nettoie leur maison... Au début, toute la charge de travail s’est retrouvée sur la maman, bien sûr, et il a fallu se mettre autour d’une table pour partager les tâches. Et là les deux filles (17 et 19 ans), qui n’avaient jamais fait plus de ménage que range ta chambre, débarrasse la table et vide le lave-vaisselle, ont appris à voir les tâches domestiques et à prendre leur part (ce que le papa savait déjà faire). C’était assez classe, belle expérience pour tout le monde. Sauf que personne n’a réussi à soulager la maîtresse de maison du rangement quotidien des parties communes, qui est un truc un peu trop fin.
      #ménage #inégalités #emploi_domestique #service

      J’avais déjà lu des trucs sur cette épidémie en deux temps dans des écrits de militant·es du Brésil : classes aisées mondialisées qui ramènent le virus dans leurs valises hypermobiles puis classes populaires incapables de se confiner (logements exigus et nécessité de sortir bosser).

  • La rubrique nécrologique continue, avec la mort de #Little_Richard (et on me dit que Betty Wright ne va pas bien du tout...), l’inventeur de la #musique et de l’esprit #rock'n'roll...

    Avant qu’il ne soit connu, Little Richard’s Boogie en 1953 :
    https://www.youtube.com/watch?v=xvE899wKQEI

    Son premier tube, Tutti Frutti en 1956 (#Awop_bop_alubop_awop_bam_boom) :
    https://www.youtube.com/watch?v=2bqeSGpP9PI

    En 1959 il songe à quitter la musique du diable et signe ce gospel, Troubles of the World :
    https://www.youtube.com/watch?v=7b0ozdPgQdo

    Il revient à la musique et embauche un jeune guitariste inconnu, #Jimi_Hendrix, sur ce morceau, I Don’t Know What You’ve Got (But it’s got me) en 1965 :
    https://www.youtube.com/watch?v=6PIp4E9E6YI

    Après, on peut dire qu’il vit sur sa réputation et son humour éternel...

    Rue Sésame en 1994 :
    https://www.youtube.com/watch?v=tWCEG6lV0ek

    Il reste qui des historiques de la soul ?

    Shirley Brown, Betty Harris, Millie Jackson, Chaka Khan, Gladys Knight, Martha Reeves, Diana Ross, Valerie Simpson, Mavis Staples, Candi Staton, Carla Thomas, Irma Thomas, Tina Turner, Dionne Warwick, Betty Wright...

    William Bell, George Benson, Jerry Butler, Clarence Carter, George Clinton, Bootsy Collins, Eddie Floyd, Larry Graham, Al Green, Ronald Isley, Latimore, Eddie Levert, Jerry Lee Lewis, Sam Moore, Smokey Robinson, Joe Simon, Stevie Wonder...

  • 3h30 de bon plaisir avec Jacques Tardi (rediffusion, les nuits de france-culture )
    https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/le-bon-plaisir-jacques-tardi-1ere-diffusion-20041985
    Le bon plaisir - #Jacques_Tardi (1ère diffusion : 20/04/1985)

    Par Jean-François Vilar - Avec Jacques Tardi, Jean-Pierre Verney, Jean-Claude Forrest, Etienne Robial, Florence Cestac, Claude Chabrol, Jean-Michel Nicollet, Kelek et Dominique Grange - Réalisation Marie-Dominique Arrighi

    https://cgecaf.ficedl.info/article365.html


    #bande_dessinée #chanson

  • Israël devant la Cour pénale internationale : Il est plus que temps
    Solidaires, le 7 mai 2020
    https://solidaires.org/Israel-devant-la-Cour-penale-internationale-Il-est-plus-que-temps

    Le 20 décembre 2019, Fatou Bensouda, procureure de la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye, a exprimé sa volonté d’ouvrir une enquête sur les crimes de guerre commis en Israël-Palestine en vertu du Statut de Rome, précisant que l’enquête portait sur la Cisjordanie, Jérusalem Est et Gaza.

    Suite au débat qu’elle a ouvert avec des spécialistes internationaux du droit sur les compétences territoriales de la CPI, elle estime aujourd’hui, dans un document de 60 pages publié le 30 avril 2020, qu’une telle enquête peut être ouverte.

    Parmi les obstacles, celui de savoir si l’État de Palestine, bien qu’il ne soit ni souverain ni indépendant, est habilité à saisir la CPI et à poursuivre Israël pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Paradoxe des manoeuvres israéliennes, la Palestine se voyait déniée de son droit d’être un État en vertu des accords d’Oslo, alors que ces accords prévoient cet État, mais qu’Israël en empêche la création depuis près de 30 ans.

    Les chancelleries traditionnellement alliées d’Israël se sont mobilisées : États-Unis, Brésil, Hongrie, Allemagne, Autriche, mais aussi une équipe internationale de juristes conduite par Robert Badinter qu’on a connu plus soucieux de la vie humaine. A cela s’ajoute les sempiternelles accusations d’antisémitisme qui sont de plus en plus déplacées. Mobilisation procédurière sans précédent, et pour quoi ? Pour empêcher que des crimes soient jugés ? Pour protéger des criminels ? Pour protéger une puissance militaire occupante ?

    L’obstacle a été levé et la procureure a bien confirmé l’habilitation de la Palestine, question posée depuis plus de cinq ans. Cinq ans pendant lesquels Israël a bombardé Gaza, causant des milliers de morts qui auraient pu être évités. Si les victimes palestiniennes de crimes de guerre dus à la colonisation israélienne s’accumulent depuis plusieurs décennies, une intervention de la CPI aurait pu permettre d’épargner la vie des civils manifestant chaque semaine depuis deux ans pour défendre leurs droits, et assassinés à bout portant par l’armée israélienne.

    Il est plus que temps maintenant de traduire devant la cour les criminels de guerre israéliens, dont certains comme Benjamin Netanyahou et Benny Gantz dirigent encore le pays ! De même qu’il sera temps plus tard de juger ces dirigeants, et d’autres, du crime d’apartheid.

    Un ministre israélien a déclaré voir chez Fatou Bensouda l’influence de la campagne BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions). Paradoxalement, c’est l’occasion pour le mouvement de solidarité avec la Palestine auquel appartient notre syndicat de découvrir que la stratégie juridique est une voie complémentaire de celle du boycott citoyen, et que les deux doivent être menées de front. En plus de rendre justice, la possibilité pour la Palestine de déposer plainte auprès de la CPI est une reconnaissance et une fierté dont la portée symbolique n’est pas négligeable.

    Une chambre préliminaire du CPI, composée de trois juges, doit maintenant entériner la décision de la procureure. C’est en général une formalité, si les juges ne cèdent ni aux pressions, ni aux tentatives de manipulation. D’autres obstacles surgiront peut-être, le Conseil de Sécurité peut par exemple retarder d’un an l’enquête lancée par la procureure.

    Nous restons donc attentifs, car la Palestine a malheureusement l’habitude des retournements de situation. Cela fait plus de 70 ans qu’elle attend que le vent tourne. Il est plus que temps.

    A ce propos :
    https://seenthis.net/messages/850280

    #Palestine #CPI #crimes_de_guerre #crimes_contre_l’humanité #Justice #BDS #Solidaires

  • Un second pic en France serait plus ou moins étalé (selon les scénarios indiqués en fin de fichier) entre cet été et cet automne :

    Lockdown exit strategies and risk of a second epidemic peak : a stochastic agent-based model of SARS-CoV-2 epidemic in France
    Nicolas Hoertel, Martin Blachier, Carlos Blanco, Mark Olfson, Marc Massetti, Marina Sanchez Rico, Frederic Limosin, Henri Leleu
    https://doi.org/10.1101/2020.04.30.20086264

    #coronavirus #deuxième_vague #statistiques #modélisation #mathématiques

  • Un appel de Vincent Lindon : « Comment ce pays si riche… »
    6 mai 2020 Par Fabrice Arfi

    Le comédien a confié à Mediapart une longue réflexion, lue face caméra chez lui, sur ce que la pandémie révèle du pays qui est le nôtre, la France, sixième puissance mondiale empêtrée dans le dénuement (sanitaire), puis le mensonge (gouvernemental) et désormais la colère (citoyenne). Un texte puissamment politique, avec un objectif : ne pas en rester là.

    https://www.mediapart.fr/journal/france/060520/un-appel-de-vincent-lindon-comment-ce-pays-si-riche?onglet=full
    https://www.youtube.com/watch?time_continue=108&v=EdZBZUN2t-4&feature=emb_logo

  • Libérées ! Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale
    Titiou Lecoq, Fayard (2017)
    https://www.babelio.com/livres/Lecoq-Liberees-Le-combat-feministe-se-gagne-devant-le-/992095

    Un jour, je me suis demandée : pourquoi est-ce moi qui ramasse les affaires qui traînent ? Je n’ai trouvé qu’une seule réponse. Parce que je suis une femme qui vit avec un homme et deux enfants et que, conséquemment, les corvées, c’est pour ma gueule.
    Être une femme, ce n’est pas seulement l’idéal de minceur et de cheveux qui brillent, c’est le souci permanent des autres et du foyer, c’est être sans cesse ramenée à la saleté, aux taches, à la morve. L’égalité serait déjà là, mais les femmes conservent la conviction intérieure qu’elles doivent s’occuper de tout et tout le monde, et d’elles en dernier, s’il reste cinq minutes à la fin de leur triple journée.
    Cette féminisation de la sphère privée implique une autre conséquence : l’espace public est toujours masculin. Peut-on se dire égaux quand la moitié de la population adapte ses vêtements en fonction des transports et fait attention à ne pas être seule la nuit dans la rue ? Et si le combat féministe devait encore et toujours se jouer dans la vie quotidienne de chacune et chacun, chez soi, dans sa propre maison, devant le panier de linge sale ?

    Dans un essai très drôle, Titiou Lecoq dénonce la répartition inégale des tâches ménagères
    Margot Cherrid, Cheek Magazine, le 4 octobre 2017
    http://cheekmagazine.fr/culture/titiou-lecoq-liberees-feminisme-taches-menageres

    La plupart des hommes se retrouvent face à un terrible obstacle qui les empêche de s’approprier le balai à chiottes, une espèce de ‘sol de verre’.

    À cette époque, mon fils a un an et demi et c’est un ‘enfant à otites’. C’est moi qui m’occupe de tous les rendez-vous médicaux et je veux que ça change. Un jour, il se met à pleurer et je dis à mon mec : ‘Tu t’en occupes, je ne veux pas y penser, tu appelles le médecin et tu l’emmènes.’ Il a accepté, mais les jours passaient, mon fils hurlait de douleur et mon conjoint repoussait, prétextant le manque de temps. J’ai failli craquer, c’était une espèce de billard à trois bandes avec mon gamin au milieu en train de souffrir. Cette histoire s’est terminée avec un appel de la crèche, qui m’annonçait -évidement à moi, la maman- que mon fils avait le tympan percé à cause d’une otite non traitée et qu’il était exclu. Et là, j’ai eu super honte et je me suis dit ‘comment tu fais pour mener ton combat à la maison ?’ Il y a une chose très claire : les enfants sont une justification à déroger au principe d’égalité.

    Je me suis rendu compte que, quoi qu’il en soit, le modèle d’identification de mes garçons, c’est leur père. Je peux leur dire de faire le ménage et de ranger, mais si ce n’est pas associé à l’identité masculine, ça ne servira à rien. Et c’est terrible parce que là-dessus je n’ai aucune prise. C’est une des raisons qui font que la répartition égale des tâches est si importante.

    Titiou Lecoq : "Laisser moisir le linge sale, c’est aussi un acte politique"
    Alice Maruani, Rue89, le 4 octobre 2017
    https://www.nouvelobs.com/rue89/nos-vies-intimes/20170929.OBS5341/titiou-lecoq-laisser-moisir-le-linge-sale-c-est-aussi-un-acte-politique.h

    Titiou Lecoq : "En voyant des chaussettes sales par terre, j’ai pété les plombs"
    L’Obs, Youtube, le 26 mars 2018
    https://www.youtube.com/watch?v=40dEig6KldI

    Ca me rappelle beaucoup ce texte qu’adore @mad_meg :

    Le partage des tâches, enjeu féministe primordial : « Et toi, concrètement, comment tu fais ? » Ben je fais comme ça. Comme un mec, oui »
    Vilaine, Comment peut-on être féministe ?, le 5 juillet 2015
    https://seenthis.net/messages/488915
    https://seenthis.net/messages/791086

    A tel point que je me demande si "Vilaine" ce n’est pas Titiou Lecoq ?

    #femmes #féminisme #éducation #partage_des_tâches #linge #chaussettes #inégalités #mauvaise_mère #cesser_de_dire_merci #j’en_ai_rien_à_foutre #Titiou_Lecoq #Vilaine

  • Le couple ou les convictions, une féministe hétéro aura difficilement les deux | Slate.fr
    http://www.slate.fr/egalites/le-feminisme-lepreuve-du-couple-hetero/episode-1-repartition-inequitable-taches-genre

    D’après un sondage de l’institut Ipsos mené en avril 2018, 55% des Français·es « considèrent que les inégalités hommes/femmes en matière de répartition des tâches ne sont plus vraiment un problème au sein du foyer ». Mais les chiffres de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) sont formels : selon les enquêtes « Emploi du temps », encore en 2010, les femmes s’acquittaient des trois quarts des tâches domestiques et y passaient en moyenne très exactement quatre heures et une minute quotidiennes contre deux heures et treize minutes pour les hommes ; si l’on zoome sur les tâches parentales, les femmes supplantent également les hommes en les prenant en charge à 65% (quarante-cinq minutes journalières, contre dix-neuf minutes pour les hommes).

    « Une lente et timide “réduction des inégalités” si l’on songe qu’entre 1986 et 2010 les femmes ont bel et bien consacré une heure de moins au ménage [et aux courses], tandis que les hommes n’y consacraient pour leur part que sept minutes de plus... Bref, si les femmes doivent remercier quelqu’un pour cette heure de corvée en moins, c’est peut-être leur lave-vaisselle, le magasin de surgelés d’à côté ou leur femme de ménage... mais sans doute pas leur conjoint », relate dans son ouvrage L’éducation vraiment positive la journaliste Béatrice Kammerer.

    Et il ne faudrait pas croire, dans un regain d’optimisme, que la situation s’est miraculeusement améliorée depuis.

    Via @mona.

  • Les ravages du mercure à Grassy Narrows
    Actualités UQAM, le 30 avril 2020
    https://www.actualites.uqam.ca/2020/reduction-esperance-vie-communaute-autochtone-grassy-narrows

    Les données de cette étude, qui sont depuis longtemps à la disposition du gouvernement, n’ont jamais été analysées pour vérifier l’hypothèse d’une mort précoce. Au contraire, le gouvernement a répété pendant des décennies qu’il n’existait aucune preuve des effets du mercure sur la santé des habitants de Grassy Narrows. Une note d’information du gouvernement du Canada datant de 2017 indique qu’« il n’existe aucune donnée à l’heure actuelle permettant de confirmer si le taux d’invalidité ou de problèmes de santé importants est plus élevé que dans les autres Premières Nations ».

    Article original :
    Mercury exposure and premature mortality in the Grassy Narrows First Nation community : a retrospective longitudinal study
    Aline Philibert, Myriam Fillion, Donna Mergler, The Lancet Planetary Health, 4:e141-e148 (2020)
    https://www.thelancet.com/journals/lanplh/article/PIIS2542-5196(20)30057-7/fulltext

    Voir aussi à ce sujet :
    https://seenthis.net/messages/662297
    https://seenthis.net/messages/698352
    https://seenthis.net/messages/735476

    #Grassy_Narrows #Ontario #Donna_Mergler #pollution #mercure #autochtones #Canada #eau #poissons

  • La crainte de la deuxième vague
    Janie Gosselin, La Presse (Montréal), le 4 mai 2020
    https://www.lapresse.ca/international/202005/03/01-5272000-la-crainte-de-la-deuxieme-vague.php

    Pour l’immunologue Tatiana Scorza, professeure au département de sciences biologiques à l’UQAM, il ne s’agit pas d’un échec, mais d’un effet prévisible. « L’idée, c’est que si on cesse le confinement, c’est normal qu’il y ait une hausse des cas, dit-elle. Ce qui est impossible à prédire, c’est l’ampleur. » D’où l’intérêt de procéder de façon « très graduelle », précise-t-elle.

    #coronavirus #deuxième_vague

    • La recette sud-coréenne

      Depuis le début de la pandémie, la courbe de la Corée du Sud suscite l’envie partout dans le monde ; le pays a réussi à garder un nombre de cas peu élevé, qui se sont échelonnés dans le temps. Au point que Séoul a annoncé jeudi n’avoir enregistré aucun nouveau cas de transmission, une première en plus de trois mois. Sa stratégie a été de dépister de façon massive ses habitants et de retracer tous les contacts de personnes infectées. Une quarantaine stricte de 14 jours est aussi imposée aux personnes arrivant de l’étranger – sous peine de prison. L’historienne Laurence Monnais, directrice du Centre d’études asiatiques de l’Université de Montréal, attribue le succès de plusieurs pays asiatiques aux leçons laissées par les épidémies. Le port du masque, répandu en Asie, n’est pas une question de spécificité culturelle, souligne-t-elle par exemple. « Porter un masque est peut-être plus ancré dans la culture, mais ce n’est pas juste ça, nuance-t-elle. La culture, elle naît de quoi ? D’expériences épidémiques et de contagions. On s’est rendu compte que ce type de mesure était efficace. » L’importance de la préparation, comme le stockage de masques et les formations, sont d’autres enseignements, avance-t-elle.

  • Audition de M. Pierre Razoux, directeur de recherche à l’IRSEM sur le Moyen-Orient face à la crise sanitaire et géopolitique (en téléconférence)
    COMMISSION DES AFFAIRES ETRANGERES, DE LA DEFENSE ET DES FORCES ARMEES, le 28 avril 2020
    http://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20200427/etr.html#toc2

    Même chose concernant la mission sénatoriale en Israël. Le bon sens serait de discuter avec toutes les parties prenantes, d’essayer de comprendre ce qu’elles ont à dire. Parmi les Palestiniens, certains militent pour une troisième intifada pour pousser Israël à négocier. D’autres plaident pour une stratégie nataliste de long terme, dans l’idée qu’un déséquilibre démographique flagrant obligerait les autorités israéliennes à organiser le divorce. Enfin, un troisième groupe considère que les revendications palestiniennes ne sont plus qu’un rêve, que le train est passé : mieux vaut trouver un arrangement négocié avec Israël, endossé par la communauté internationale, notamment les États-Unis, l’Europe et les monarchies du Golfe - bref, sauver les meubles en retirant le maximum d’argent.

    #France #Moyen-Orient #géopolitique #Palestine #coronavirus

  • En ce premier mai, les navires à quai sonnent leur corne de brume à midi en l’honneur des travailleurs de la mer dont un sur six est bloqué sur son bateau parfois depuis 2 mois.

    Ships to Sound Horns in Solidarity – gCaptain
    https://gcaptain.com/ships-to-sound-horns-in-solidarity


    VanderWolf Images / Shutterstock

    Ships in ports across the world will sound their horns on Friday in solidarity and to protest government travel restrictions which have kept seafarers at sea for extended periods of time amid the COVID-19 pandemic. 

    The initiative is an opportunity to recognize the 1.6 million workers who are at sea and maintaining global supply chains. 

    The event is being coordinated by International Chamber of Shipping (ICS) and the International Transport Workers’ Federation (ITF). Ships around the world are being asked to sound their horns when in port at 12.00 local time on May 1, International Labour Day.

    According to the ICS, there are currently about 1.2 million seafarers at sea and about 150,000 of them will be up for crew change on May 15 after spending lengthy periods at sea. In many cases, however, government-imposed travel restrictions prevent seafarers from traveling to and from their ships, putting seafarers and their ships at risk.

    Globally there are 1.2million seafarers onboard 65,000 ships at sea. For the past two months crew change has all but completely stopped,” says Guy Platten, Secretary General at ICS. “This means that crew have not been able to disembark or embark ships at port and terms have had to be extended, but this is not sustainable.

    The inability of seafarers to continue regular crew changes has been highlighted as one of the biggest issues facing the global shipping industry amid the COVID-19 pandemic. Not only does the current situation risk the safety and mental wellbeing of seafarers, but the continued inability to rotate seafarers on and off ships poses a serious threat to keeping the supply chains open and operating efficiently.

    The new data indicates that 150,000 seafarers are in need of immediate crew change, with the potential for this number to increase significantly until travel restrictions are eased,” adds Platten. “On Friday 1st May, ships around the world will sound their horns in a salute to these unsung heroes of global trade. We are asking governments to support our seafarers, as they support us, and facilitate coordinated action.”

    • Les cornes de brume sonnent en soutien aux marins
      https://lemarin.ouest-france.fr/secteurs-activites/shipping/36526-les-cornes-de-brume-sonnent-en-soutien-aux-marins

      Le 1er mai, fête du travail, à midi, les organisations mondiales d’armateurs (ICS) et de marins (ITF) appellent à faire sonner les cornes de brume de tous les navires en hommage aux marins dont, selon l’ICS, 150 000 sont coincés à bord faute de pouvoir organiser les relèves.
       
      L’International chamber of shipping (ICS) et l’International transport workers’ federation (ITF) appellent à cette action « pour rendre hommage aux travailleurs de l’ombre que sont les marins », souligne Armateurs de France, membre de l’ICS, qui relaye cette « initiative solidaire ». Armateurs de France rappelle « le rôle essentiel des marins qui, même en temps de crise, contribuent au bon fonctionnement de la chaîne logistique et permettent ainsi de fournir aux populations marchandises et services indispensables ». Son nouveau président Jean-Emmanuel Sauvée appelle ainsi à ne « pas oublier les marins, travailleurs invisibles, qui continuent à exercer leurs activités en ce moment dans des conditions souvent très difficiles ».
       
      « Des relèves urgentes » 
      L’indisponibilité des vols, les mesures de confinement et les fermetures de frontières rendent les relèves d’équipages particulièrement compliquées. Selon l’ICS, 150 000 marins sont en attente de relèves d’équipage d’ici au 15 mai. Les cornes de brume doivent rappeler leur sort aux autorités. Ainsi, l’association européenne des armateurs (Ecsa), qui encourage l’initiative, demande « des relèves d’équipages urgentes et attendues depuis longtemps pour les 150 000 marins piégés en mer dans le monde, dont 25 000 à bord des navires de l’Union européenne, du Royaume-Uni et de la Norvège ».

      Tous les armateurs français relayent l’initiative de l’ICS. Ainsi, Brittany Ferries, premier employeur de marins français dont les onze navires (cinq seulement sont en service) sonneront leurs cornes à Portsmouth, Caen, Cherbourg, au Havre et en mer, « salue le travail de tout son personnel navigant et plus particulièrement en cette période ».

  • Travail en temps de Covid-19 : une enquête de la CGT sonne l’alarme avant le déconfinement
    https://www.franceculture.fr/economie/travail-en-temps-de-covid-19-une-enquete-de-la-cgt-sonne-lalarme-avant

    Pire encore, 31% des salariés déclare avoir continuer à travailler malgré le chômage partiel total ou l’arrêt maladie. « Ceci est illégal et s’apparente à du travail au noir » dénonce-t-on à l’Ugict. Ce phénomène semble s’être concentré dans le secteur privé pour les salarié·es en chômage partiel total et dans la fonction publique pour celles et ceux placé.e.s en autorisation spéciale d’absence.

    #covid19 #travail_confiné #travail_déconfiné

  • Les prisons, prochain épicentre de l’épidémie aux États-Unis ? – COVIDAM : la Covid-19 dans les Amériques
    https://covidam.institutdesameriques.fr/les-prisons-prochain-epicentre-de-lepidemie-aux-etats-u

    Dans l’Ohio, le 22 avril, les prisons de Marion et de Pickaway, dans lesquelles sont respectivement incarcérées 2 482 et 1 536 personnes, ont fait part de taux de contamination de 81% et 77%. À la prison de Westville (Indiana), le taux de contamination des prisonniers est de 92%. Les prisons fédérales semblent pour l’instant relativement épargnées par l’épidémie : Sur les 143 000 prisonniers, seuls 566 cas de contamination au coronavirus ont été rapportés, mais 24 prisonniers ont déjà succombé, ce qui suggère un taux de contamination bien plus élevé que celui annoncé. Beaucoup d’États ont déjà enregistré leurs premiers décès de prisonniers dus au coronavirus : parmi les personnes décédées, certaines étaient incarcérées pour des courtes peines ou en raison de la révocation de leur contrôle judiciaire.

    La lenteur de la mise en place d’une réponse sanitaire dans les prisons et la gravité de l’épidémie se traduisent par des mouvements de prisonniers (émeutes, refus des repas, grèves de la faim, etc.) rapportés dans beaucoup d’États. Deux évasions collectives se sont même produites : 14 hommes se sont évadés de la maison d’arrêt de Yakima (Washington) et neuf femmes se sont évadées d’un centre de travail communautaire dans le Dakota du Sud. De nombreuses grèves de la faim se déroulent également dans les centres de rétention administrative où les personnes enfermées sont par ailleurs confrontées aux incertitudes actuelles de la politique migratoire états-unienne.

    L’American Civil Liberties Union (ACLU)[1] estime que la propagation du coronavirus dans les maisons d’arrêt aux États-Unis pourrait causer jusqu’à 99 000 décès – dont 76 000 de personnes qui vivent autour de ces prisons et qui seraient contaminées par les personnels qui y travaillent. Il faut donc espérer que des mesures fortes soient rapidement prises pour éviter une telle catastrophe. Les appels à libérer les prisonniers, notamment relayés sur les réseaux sociaux avec le hashtag #FreeThemAll, rappellent qu’il y a, en prison, peu d’options pour combattre l’épidémie.

    #Gwenola_Ricordeau #prison #crise-sanitaire #États-Unis

  • Dans les platz, la souffrance silencieuse des Rroms | Coline Béguet
    https://www.bondyblog.fr/societe/migrations/dans-les-platz-la-souffrance-silencieuse-des-rroms

    Des revenus en berne, une sécurité sanitaire lacunaire, des problèmes d’alimentation, d’hygiène et d’éducation… Les bidonvilles rroms et leurs habitants sont parmi les victimes les plus spectaculaires de la crise que nous vivons. Peu impactés par le virus en lui-même, ils le sont de manière violente par ses conséquences. Récit. Source : Bondy Blog

  • Scandaleux : chez Intermarché, pas de carte de fidélité, pas de masque de sécurité ! | L’Humanité
    https://www.humanite.fr/scandaleux-chez-intermarche-pas-de-carte-de-fidelite-pas-de-masque-de-secur

    Ils n’ont pas honte. L’enseigne commerciale Intermarché a réservé la vente de masques de protection... aux titulaires d’une carte de fidélité. De quoi engranger des milliers d’adresses mail et de coordonnées personnelles.

    L’occasion était trop belle. Alors que la grande distribution a mis en vente, ce lundi, des millions de masques de protection, certains ont flairé le bon filon pour capter une clientèle sous pression, inquiète à l’idée de ne pas pouvoir se procurer – par ses propres moyens – ce que l’État devrait mettre gratuitement à disposition de tous. Intermarché n’a pas hésité.

    Le 1er mai, Intermarché diffusait une publicité pour son programme de fidélisation enjoignant les potentiels clients à « créer (votre) carte de fidélité pour réserver (vos) masques ». Et de détailler la procédure pour accéder au précieux sésame : une fois la carte créée, il convient de remplir un formulaire afin de recevoir un bon de retrait pour un lot de « 50 masques à usage unique », vendu 29,54 euros. Trente millions d’unités ont été mises en vente par l’enseigne dès lundi. Et le patron du groupe, Thierry Cotillard, maintient ferme son objectif d’en écouler 90 millions dans les prochains jours. Les clients, eux, oscillent entre indignation et colère. Indignation de voir ainsi les gens « sélectionnés sur critères commerciaux », dénonce un internaute. Colère de ceux qui s’y sont laissés prendre et qui se sont retrouvés face à une fin de non-recevoir : « Nous sommes désolés, réservations complètes pour aujourd’hui, revenez demain », affiche l’écran après des heures d’attente.

    #post-capitalisme ?

  • Coronavirus : à #Montpellier, des citoyens viennent en aide aux étudiants confinés et isolés en cités universitaires - France 3 Occitanie
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/herault/montpellier/coronavirus-montpellier-citoyens-viennent-aide-aux-etud

    A Montpellier, la place de la Canourgue est ensoleillée et calme, confinement oblige. Pourtant, de nombreux habitants vont et viennent, munis de sacs remplis de nourriture. Tous se rendent dans le même lieu : l’Hôtel du Palais.
     

    Parmi les habitants, nous rencontrons Jean-Pierre Faye. Dans ses cartons : des produits frais, des légumes, des œufs. Il en fait don à Nathalie Quentin, la propriétaire de l’hôtel depuis 35 ans, qui stocke bénévolement toutes les denrées au rez-de-chaussée de son établissement.

    Et pour cause : tous les produits collectés sont destinés aux étudiants Montpelliérains, confinés en cités universitaires. Ils viennent s’ajouter aux distributions alimentaires du CROUS, ce qui permet aux étudiants, souvent en situation de précarité, d’accéder gratuitement à des produits variés.
     

    « J’ai été étudiant, je me suis retrouvé dans des situations dans lesquelles j’avais besoin, entre autres de nourriture, donc je trouve ça normal de venir en aide à ces jeunes ! »

    Pour Pierre Richter, le directeur général du CROUS Montpellier Occitanie, cette solidarité de la part de citoyens et d’associations est un soulagement. Il ne s’attendait pas à un tel élan de générosité.
     

    « C’est un soulagement car cela nous permet d’avoir la certitude qu’aucun étudiant n’est laissé au bord de la route. »

    Pour ne pas laisser ces jeunes "au bord de la route", une trentaine de donateurs s’activent toutes les semaines. Certains apportent des plats cuisinés d’autres font des courses. Toujours en fonction des besoins.

  • Le nouveau visage de la #pauvreté

    Plus de 2500 personnes ont fait la queue samedi pour obtenir un #colis_alimentaire. La crise du #coronavirus a plongé de nombreuses familles dans la #précarité.

    Une queue de plusieurs centaines de mètres et environ trois heures d’attente pour un colis alimentaire d’une valeur de 20 francs ont jeté brutalement la lumière sur une nouvelle précarité à Genève. Plus de 2500 personnes se sont déplacées samedi à la patinoire des Vernets pour obtenir de quoi tenir.

    Environ 1300 colis ont été distribués – ceux qui n’ont pas pu être servis recevront des bons d’achat alimentaire. Quelques articles hygiéniques, du riz, des pâtes, du sucre, de l’huile, une boîte de thon et deux boîtes de sauce tomate. Le strict minimum.

    Une opération exceptionnelle de par son ampleur, qui n’aurait pu avoir lieu sans l’impulsion de l’association la #Caravane_de_solidarité et sa soixantaine de bénévoles mobilisés vendredi et samedi ainsi qu’aux #dons de privés qui ont afflué tout le week-end. Une #distribution_alimentaire à laquelle les Genevois devront peut-être s’habituer. Il y a un mois, la femme à l’origine de cette organisation – elle souhaite garder l’anonymat, traumatisée par l’arrestation qu’elle a subie il y a quinze jours (notre édition du 20 avril : https://lecourrier.ch/2020/04/19/la-caravane-mene-au-poste) – préparait 150 colis avec son mari. Depuis, la hausse est exponentielle : environ 800 sacs la semaine dernière, 1370 samedi.

    « Sous le radar »

    De rebelle, l’association est devenue partenaire et a obtenu le soutien de la #Ville_de_Genève et des acteurs sociaux institutionnels. La #distribution de samedi s’est donc faite en collaboration avec le #Centre_social_protestant, les #pompiers volontaires de la Ville pour les aspects logistiques, #Médecins_sans_frontières pour le concept sanitaire et enfin les #Colis_du_cœur et la #fondation_Partage pour la #nourriture et les #bons. Les #Hôpitaux_universitaires, eux aussi, étaient présents et proposaient un #accès_aux_soins. Les services sociaux de la Ville de Genève étaient là également afin d’orienter les personnes qui en auraient besoin vers des dispositifs moins ponctuels.

    « Cette crise a révélé une #précarité_invisible, sous le radar des institutions. Celle de familles qui s’en sortaient juste-juste et qui ont soudainement basculé dans la pauvreté », explique Alain Bolle, directeur du Centre social protestant. Selon lui, ces familles qui vivotaient et qui ont perdu brutalement leurs revenus sont avant tout des personnes en situation irrégulière. « On ne peut pas parler de cette situation sans évoquer #Papyrus (l’opération genevoise de régularisation des personnes #sans-papiers, ndlr). On en a régularisé plus de 2000, leur nombre total est estimé à environ 10 000. On a donc 8000 personnes qui théoriquement n’ont droit à aucune aide et qui ont subi de plein fouet le ralentissement économique. »

    Explosion des demandes

    Les chiffres des Colis du cœur tendent à confirmer les constatations du directeur du #CSP. Selon le dernier comptage jeudi, il y a 7465 personnes qui ont recours à leurs #bons_alimentaires. « Il y en avait moins de 4000 au tout début de la crise. Désormais, c’est environ 500 nouvelles personnes qui s’enregistrent toutes les semaines », assure Alain Bolle. Une situation qui paraît hors de contrôle. Les Colis du cœur n’excluent pas que le nombre de bénéficiaires augmente encore de 2000 à 3000 nouvelles personnes. « Plus la crise se prolongera, plus il y aura du monde », prévient Christophe Jakob, membre de la Caravane de solidarité.

    https://lecourrier.ch/2020/05/03/le-nouveau-visage-de-la-pauvrete
    #Genève #Suisse #faim #opération_papyrus #coronavirus #confinement #covid-19

    ping @thomas_lacroix @isskein :

    « Cette crise a révélé une #précarité_invisible, sous le radar des institutions. Celle de familles qui s’en sortaient juste-juste et qui ont soudainement basculé dans la pauvreté », explique Alain Bolle, directeur du Centre social protestant. Selon lui, ces familles qui vivotaient et qui ont perdu brutalement leurs revenus sont avant tout des personnes en situation irrégulière. « On ne peut pas parler de cette situation sans évoquer #Papyrus (l’opération genevoise de régularisation des personnes #sans-papiers, ndlr). On en a régularisé plus de 2000, leur nombre total est estimé à environ 10 000. On a donc 8000 personnes qui théoriquement n’ont droit à aucune aide et qui ont subi de plein fouet le ralentissement économique. »

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    Ajouté à la métaliste :
    https://seenthis.net/messages/838565

    • A Genève, la pandémie de Covid-19 révèle une misère sociale jusqu’alors invisible

      Plus de 2 000 personnes, sans papiers et travailleurs précaires, ont pu bénéficier d’une aide alimentaire d’urgence en plein centre-ville.

      Jamais Genève, l’une des dix villes les plus riches au monde, n’avait imaginé accueillir une telle distribution de vivres. Une file, longue d’un kilomètre, soit près de 2 200 personnes, s’est formée samedi 2 mai aux abords de la patinoire des Vernets, en plein centre-ville. Au bout de trois heures d’attente, le Graal : des sacs qui contiennent des denrées alimentaires essentielles, riz, pâtes, huile, deux boîtes de sauce tomate et des produits d’hygiène courants, offerts par des particuliers et distribués par les bénévoles de l’association de La Caravane de la solidarité. Leur valeur n’excède pas 20 francs (19 euros). « C’est dire le dénuement de ces personnes, s’alarme un volontaire. On n’a jamais vu ça depuis la fin de la seconde guerre mondiale. »

      Depuis le début du semi-confinement à la mi-mars en Suisse – fondé sur la discipline individuelle plutôt que sur des mesures coercitives –, les associations ont observé la vague des besoins humanitaires monter. Rien qu’à Genève, La Caravane de la solidarité a offert 150 sacs de vivres lors de la première distribution début avril. Puis 800, et enfin près de 1 300. Les Colis du cœur, qui distribuent des bons alimentaires, comptabilisent plus de 7 000 bénéficiaires, contre 4 000 au début de la crise. Genève n’est pas la seule à observer cette augmentation. A Lausanne, dans le canton de Vaud voisin, la soupe populaire distribuait chaque jour 250 repas jusqu’en décembre 2019. Elle en sert désormais près de 900 quotidiennement.

      https://www.lemonde.fr/international/article/2020/05/05/geneve-la-pandemie-de-covid-19-revelateur-d-une-misere-sociale-invisible_603

  • #Pierre_Bühler | #Asile et #coronavirus : l’actualité au prisme de l’éthique

    Pierre Bühler, contributeur régulier de la revue Vivre Ensemble, nous livre une analyse fine de la gestion de la crise sanitaire vis-à-vis des populations de personnes exilées. Il scrute ainsi l’actualité de ces dernières semaines en nous aidant à la comprendre à travers le prisme de principes philosophiques éclairants. De la situation dans les camps sur les îles grecques, en évoquant le manque de sauvetage en Méditerranée, pour revenir sur la décision de maintien des procédures d’asile en Suisse, l’auteur interroge les notions d’éthique et de morale qui peuvent entrer en conflit et la façon dont ces conflits sont tranchés. La déontologie est-elle sacrifiée aux diverses finalités politiques ? Ou en d’autres termes : le fait que “chaque être humain doit être protégé” préside-t-il aux décisions et mesures prises dans ce contexte de crise ? S’inspirant de Paul Ricoeur et de John Rawls, Pierre Bühler rappelle que : “ce n’est pas au prix de la déontologie que nous pouvons viser ‘une vie bonne avec et pour l’autre dans des institutions justes’, mais bien plutôt avec elle pour fondement et pour référence. “

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    L’actualité s’est précipitée, ces dernières semaines, et il est bon de prendre un peu de recul, pour tenter de réfléchir à ce qui se passe du point de vue de l’asile en ces temps de #crise_sanitaire.

    Un petit modèle théorique

    Dans sa grande Théorie de la justice[1], le philosophe anglophone #John_Rawls distingue deux perspectives fondamentales qui peuvent s’entrecroiser et entrer en conflit l’une avec l’autre. Nous avons des visées, des velléités de #justice, nous nous efforçons vers des buts : c’est l’aspect téléologique (du terme grec telos, le but, la finalité). Sous cet angle, #Rawls est en débat avec l’#utilitarisme, une position très répandue dans le monde anglo-saxon et qui peut dire que le #sacrifice de quelques-uns est légitime, si cela contribue au plus grand bien pour le plus grand nombre possible. Selon la formule traditionnelle : la fin justifie les moyens. Pour Rawls, une telle position entre en conflit avec la perspective qu’il appelle déontologique (du grec deon, ce qui doit être, le devoir) : au nom des droits et devoirs humains, il n’est pas légitime de sacrifier qui que ce soit, chaque être humain étant à protéger. Ainsi, pour lui, toutes nos téléologies doivent être constamment soumises à la déontologie.

    Pour faire court, il en déduit deux principes de justice : le premier, c’est que toutes les personnes sont égales de droit et doivent avoir des chances égales ; le second dit que si des #inégalités sont nécessaires, elles doivent toujours être organisées de manière à améliorer la situation des plus défavorisés (c’est ce qu’il appelle la #règle_du_maximin : « #maximaliser_les_minima »).

    Dans ce qu’il a appelé sa « petite éthique » dans son livre Soi-même comme un autre[2], le philosophe français #Paul_Ricœur a repris cette idée, en articulant éthique et #morale : l’éthique est portée par ce que nous visons : nous voulons « une vie bonne avec et pour l’autre dans des institutions justes » ; la morale nous impose un certain nombre de #normes et d’#obligations indispensables auxquelles nous devons nous plier. Le troisième moment de la « petite éthique », c’est ce que Ricœur appelle la « #sagesse_pratique » : parce que les visées et les normes entrent constamment en conflit, il faut apprendre à assumer notre action concrètement, en affrontant les #conflits avec courage.

    Ce petit modèle théorique me permet de relire certaines réalités vécues ces derniers temps, car nous sommes en régime de sagesse pratique, et dans les conflits que nous vivons, c’est bien souvent la déontologie qui est sacrifiée aux diverses téléologies.
    Les mesures d’urgence sanitaire

    Les gouvernements ont pris, plus ou moins rapidement et plus ou moins judicieusement selon les pays, des #mesures_d’urgence contre la propagation du coronavirus. La #protection_sanitaire de la population constitue, certes, une #exigence_déontologique, mais elle menace temporairement la #déontologie plus fondamentale. Elle suspend certains #droits_fondamentaux qui nous sont, en temps normal, garantis constitutionnellement : la #liberté_de_mouvement, la #liberté_de_rassemblement, etc. Pour faire passer l’état d’urgence du #confinement, on peut parler massivement d’une #guerre à mener, comme l’a fait le président Macron. Mais il n’en reste pas moins la nécessité de veiller à la déontologie, car la fin risque ici aussi de justifier trop rapidement les moyens (par exemple, la #surveillance_numérique des rassemblements ou des relations interpersonnelles pour le bien du #traçage de la propagation – danger du « Big Brother is watching you », à l’aide des smartphones !). Comme le confinement, le #déconfinement contient un grand risque de #discriminations, et il faudra y veiller !

    Du point de vue du système démocratique, cette tâche de veilleur reviendrait au pouvoir législatif, et heureusement que les parlements vont enfin reprendre leur travail, après une pause déontologiquement problématique. C’est encore plus catastrophique lorsque le parlement donne plein pouvoir à l’#exécutif, comme c’est le cas en Hongrie !

    La crise sanitaire a révélé des dysfonctionnements majeurs. J’aimerais en évoquer deux, avant d’en venir aux implications pour les questions d’asile.
    a) En amont : ces dernières années, le #système_de_santé a subi d’énormes pressions économiques : il fallait le rentabiliser, et donc le réduire au minimum, en économiser les coûts. La pandémie a montré le danger de ces #téléologies_économistes et souligné la nécessité déontologique d’un système de santé solide, digne de respect (quand on voit des néo-libéraux applaudir à 21h l’héroïsme du personnel soignant, on a juste envie de les pousser de leurs balcons – pardon pour cette parenthèse : elle n’est pas « déontologiquement correcte » !).

    b) En aval : certes, l’économie a souffert, et il est donc légitime de penser à l’avenir de celles et ceux qui sont au chômage, qui ont perdu leur travail, etc. Mais je me demande si ceux qui réclament à grands cris des investissements pour la relance économique pensent aux plus défavorisés et portent le souci déontologique d’un « maximin ». Je crains qu’ils ne songent plutôt à leur propre profit, à se refaire une santé financière, ou tout simplement à faire remonter d’urgence le sacro-saint PIB ! Retour aux affaires, alors que la crise serait une bonne occasion de faire le point, de se demander ce que nous voulons et ce que nous devons (krisis, en grec, signifie le jugement). Et déjà on soupçonne les démunis de vouloir profiter : « l’aide d’urgence ne doit pas devenir un oreiller de paresse », dixit Guy Parmelin.
    Asile : pas de « maximin » !

    Venons-en aux conséquences dans le domaine de l’asile. Ici aussi, le second principe de justice ne s’est pas appliqué. La pandémie a, certes, suscité un grand mouvement de solidarité, mais elle a aussi révélé des disparités dans l’exercice de cette dernière. Ce ne fut pas de la « solidarité sans frontières » … Donnons quelques exemples.

    Je viens de parler de celles et ceux qui ont perdu leur travail, et les requérant-e-s d’asile en sont. Ils risquent de se retrouver parmi les plus défavorisés des plus défavorisés, car on ne se souciera d’eux qu’en tout dernier, si personne ne prend leur défense.
    Nous avons pu observer combien l’idée de l’école à la maison a mis des familles de requérant-e-s d’asile en situation difficile : manque de matériel informatique, connaissances lacunaires de la langue d’enseignement, et donc grandes difficultés d’assumer les tâches déléguées d’enseignement. Il y a un danger de fracture sociale.
    Les plus exposés à la pandémie sont les plus fragilisés, et il était donc du devoir de la société d’appliquer les règles de confinement là où elles sont le plus nécessaires, notamment dans les centres d’accueil de requérants d’asile. Mais combien a-t-il fallu insister, et insister pour que cela se fasse, et à l’heure où j’écris ces lignes, il y a des lieux où cela n’est toujours pas fait.
    Enfin le droit d’asile lui-même est devenu victime de la pandémie. En effet, on a déclaré les frontières fermées, même si les frontaliers pouvaient la passer tous les jours, même si on pouvait rapatrier par milliers des citoyens bloqués à l’étranger. Mais elles sont résolument fermées pour les requérants d’asile : plus de possibilité de déposer une demande d’asile – violation du droit international, et donc problème déontologique fondamental.

    Le sauvetage en mer : une déontologie à la dérive

    J’étends quelque peu les perspectives. Le droit marin est absolument clair : toute personne en danger de se noyer doit être sauvée, qui qu’elle soit. Comment se fait-il que cette déontologie marine soit devenue aussi impossible en Méditerranée au fil des ans ? Au point où il faut lutter pour avoir le droit de faire une opération de sauvetage, puis obtenir un accueil dans un port sans devoir forcer les barrages, puis éviter la mise sous séquestre du bateau ? Alors qu’on compte depuis 1993 à 2018 environ 36’000 naufragés dont la mort a pu être documentée. Pour celles et ceux qui peuvent lire l’allemand, je recommande vivement, sur ce sujet, les livres publiés par les deux jeunes capitaines allemandes Carola Rackete et Pia Klemp, qui se sont battues et se battent encore sur ce front[3].

    La déontologie maritime a été disqualifiée par l’Europe : les sauveteurs sont accusés de faire du trafic d’êtres humains, en collaboration avec les passeurs. Et l’approche du problème se fait économique : si nous offrons un sauvetage, cette offre provoque un appel d’air ; plus il y a de navires de sauvetage, plus il y a de bateaux de fugitifs qui arrivent. Pour « réguler ce flux » (oui, c’est comme ça qu’on parle…), il faut réduire l’attrait. Il n’y a donc plus qu’une téléologie : renforcer la surveillance des frontières extérieures, et donc développer Frontex, à coup de milliards, et quant aux fugitifs sur leurs barques de fortune, la meilleure attitude, c’est de « laisser mourir » ou de « refouler vers les camps de la Libye »[4]. Ce faisant, l’Europe trahit ses principes fondamentaux, la déontologie qui constitue sa base.

    L’arrivée du coronavirus a permis de renforcer cette fermeture de la forteresse Europe. Un à un, les pays déclarent leurs ports pas sûrs et donc fermés à toute arrivée de rescapés (comme s’ils avaient été très ouverts auparavant…) ; les bateaux de sauvetage sont mis en panne ; les sauvetages sont bloqués. Mais les bateaux de fugitifs continuent de partir en mer, ce qui, d’ailleurs, contredit tragiquement la théorie économique de l’offre et de la demande… Mais la téléologie de la fermeture des frontières a pris le pas sur la déontologie du droit marin.
    Les camps des îles grecques : un utilitarisme à outrance…

    Environ 40’000 hommes, femmes et enfants vivent dans des camps prévus pour environ 6’000 personnes, dans des conditions innommables : la gale et d’autres maladies se répandent, la nourriture, distribuée dans des longues queues d’attente, est souvent déjà avariée, l’hygiène est rudimentaire ou inexistante, la violence sévit, les femmes subissent des viols, les enfants s’automutilent ou se suicident par désespoir, et régulièrement des incendies dévastent des parties des habitations, tandis qu’aux alentours, des groupes d’extrême-droite répandent la terreur. La description que fait Jean Ziegler dans son livre Lesbos, la honte de l’Europe[5] est sidérante. Mais ce qui est peut-être encore plus frappant, c’est comme il montre que cette misère est délibérément voulue : l’Europe laisse croupir les fugitifs entassés dans ces camps pour dissuader d’autres de venir, en montrant combien peu attractive et non accueillante est l’Europe. Au sens de Rawls, un utilitarisme à outrance : 40’000 personnes utilisées pour protéger l’Europe d’un « flux migratoire » (toujours le « flux » …) incontrôlable. On signalera en passant que Mme von der Leyen a intégré au département européen pour la migration la tâche de « la protection du style de vie européen ». D’ailleurs, lorsqu’une délégation de Bruxelles est allée visiter la frontière gréco-turque, elle a félicité la Grèce dans sa fonction de « bouclier de l’Europe », et l’aide qui lui a été promise à cette occasion, c’était « plus d’équipement technique, comprenant des bateaux, un avion de surveillance maritime, ainsi que des véhicules (équipés de dispositifs de vision nocturne) avec lumière thermique ». Donc, en somme, plus de Frontex, plus de militarisation des frontières ! Une fois de plus, une téléologie s’est imposée par rapport au devoir moral : l’Europe doit se protéger d’une menace à ses frontières extérieures, et dans l’Est de l’Europe, on entend même dire que ces fugitifs souilleraient la pureté ethnique de la population.

    Une possible propagation du coronavirus dans ces camps de la honte serait une catastrophe, car un confinement est impossible (longues queues d’attente, un robinet d’eau pour 1’300 personnes, familles nombreuses dans de petites tentes de fortune, etc.). La menace de la crise sanitaire a été l’occasion pour les autorités grecques de fermer complètement les camps, si bien que même le personnel des ONGs ne peut plus y entrer. Ce bouclage protège peut-être provisoirement du virus, mais suscite surtout une grande peur dans les camps, qui se décharge facilement dans des émeutes et des affrontements avec la police omniprésente.
    En réponse aux appels de Pâques : « pas de crise »

    La misère qui règne dans les camps grecs, amplifiée par la menace de la pandémie, a conduit de nombreux mouvements à lancer des appels de Pâques au Conseil fédéral, lui demandant de poser un signe clair, susceptible de faire bouger l’Europe, en accueillant immédiatement plusieurs milliers de fugitifs en Suisse, l’impératif déontologique étant d’évacuer ces camps le plus vite possible[6]. La réponse est négative. Comme elle l’avait déjà annoncé depuis plusieurs mois, après une procédure assez compliquée, la Suisse se contentera provisoirement d’accueillir mi-mai 21 ou 22 mineurs non accompagnés ayant de la famille en Suisse, comme le Luxembourg qui vient d’en accueillir 12 et l’Allemagne 47. Comme le disait une journaliste dans le journal allemand Die Republik, le message de telles actions est en somme : « Rassurez-vous, nous vous protégeons des réfugiés. »

    Mais la pression continue, car les appels de Pâques sont portés par une forte vague de sympathie. Je vous propose de relire la petite description de la misère dans les camps des îles grecques faite ci-dessus, puis de lire la réponse aux appels de Pâques de Mario Gattiker, secrétaire d’État aux migrations, dans une interview de la NZZ : « La situation en Grèce est difficile, mais il n’y a pas de crise. » Le gouvernement grec peut et doit faire son travail, et la Suisse l’aidera : en améliorant et en accélérant les procédures d’asile, on résoudra le problème des camps. Que faut-il de plus dans ces camps pour que le fonctionnaire bernois inamovible reconnaisse qu’il y a une crise ? Et surtout, que fait-il de la thèse de Jean Ziegler que ces camps doivent rester pour continuer de dissuader, que la téléologie européenne, c’est que ces « hot spots » doivent rester brûlants, incandescents ?
    L’État de droit – sous plexiglas …

    Dans le cadre du confinement, toutes les procédures judiciaires en Suisse ont été interrompues, sauf en matière d’asile. Même si c’est dans des conditions difficiles, les auditions de requérant-e-s d’asile et les prise de décision au SEM et au TAF ont continué, en mettant en danger la santé des personnes impliquées. Des décisions de renvoi ont été prononcées (en Grèce, notamment !), même si le renvoi ne peut pas se faire. Suite à de nombreuses protestations, appelant à interrompre ces procédures, elles furent brièvement interrompues pour aménager les salles d’audition selon les règles de confinement, notamment par l’installation de vitres en plexiglas, ce qui a permis de les reprendre de plus belle dès le 1er avril (et ce ne fut pas un poisson d’avril !).

    Pour justifier cette poursuite des procédures dans des interviews, Mme Keller-Sutter et Mario Gattiker ont invoqué l’État de droit, je dis bien : l’État de droit ! Joli paradoxe : pour poursuivre leur obsession administrative de liquidation des requêtes d’asile, ils ont revendiqué la déontologie : « Particulièrement en temps de crise, l’État de droit doit se montrer fort. » Même si les juristes et les traducteurs sont à distance – ou manquent –, même si les conseillers juridiques sont en télétravail et s’efforcent du mieux qu’ils peuvent de mener à bien leur mission, même si les médecins luttent contre le virus et n’ont pas le temps de faire des rapports médicaux, l’État de droit sous plexiglas continue son travail… Seule concession : on allonge un peu les délais de recours…

    On prétend d’ailleurs respecter les efforts sanitaires des autorités supérieures, mais les contradictions n’ont pas manqué. Un seul exemple : un requérant d’asile kurde du nom de Sangar Ahmad travaillait depuis plusieurs semaines avec son entreprise de nettoyage à désinfecter les locaux hospitaliers vaudois, mais il a dû interrompre ce travail fort utile le 13 avril, parce qu’un rejet de son recours l’obligeait à quitter ce travail et à entrer dans le régime de l’aide d’urgence. Rendu attentif à ce problème par une pétition, le SEM a prolongé le délai de deux mois : on espère que la crise sanitaire sera terminée ou qu’un vol de renvoi sera possible. Obsession de la téléologie, quand tu nous tiens…
    En guise de conclusion : Dürrenmatt et la Suisse

    Pour parler avec Ricœur : les conflits relevant de la sagesse pratique conduisent souvent à la défaite de la déontologie. Or, ce n’est pas très sage. La sagesse doit nous appeler à tenir tête à cette hégémonie des velléités qui contournent le devoir, qui font que si souvent ce qui doit être n’est que ce qui devrait être et n’est pas. La sagesse pratique nous appelle donc à être des veilleurs de la déontologie, dévoilant sans cesse les fausses téléologies, car ce n’est pas au prix de la déontologie que nous pouvons viser « une vie bonne avec et pour l’autre dans des institutions justes », mais bien plutôt avec elle pour fondement et pour référence.

    Le jeune Dürrenmatt, dont nous fêterons le centenaire en janvier prochain, l’exprimait dans un texte de 1950 dans lequel il se demandait quel serait l’avenir de la Suisse dans l’Europe en train de se construire. J’en cite quelques phrases qui me paraissent encore d’actualité et qui me serviront de conclusion :
    « Seule une Suisse qui garantit aux réfugiés toute la protection et toute l’aide possibles a un droit d’exister. C’est notre premier devoir politique de penser d’abord aux autres, puis à nous. Nous ne pouvons jamais faire assez pour les exilés, car nous justifions ainsi notre existence. Chaque cuillérée de soupe que nous leur donnons a plus de valeur que tous les discours de nos pères de la patrie et de nos professeurs. […] Aucun État ne repose autant sur la justice que la Suisse. Ce n’est qu’en justice qu’une liberté est possible qui ne soit pas le règne de l’arbitraire. La justice est la plus haute tâche de la Suisse. […] Nous devons comprendre que nous sommes à un tournant de l’histoire. Une Suisse future n’est pensable que comme l’État le plus social du monde, sinon elle sera mentionnée occasionnellement comme une curiosité dans l’enseignement de l’histoire des générations futures. »[7]
    Pierre Bühler,
    Neuchâtel/Zurich

    [1] Publiée en anglais en 1971, elle a paru en traduction française en 1987 (Paris, Éd. du Seuil ; 667 pages !).

    [2] Paris, Éd. du Seuil 1990.

    [3] Carola Rackete, Handeln statt Hoffen. Aufruf an die letzte Generation, Munich, Droemer, 2019 : Pia Klemp, Lass uns mit den Toten tanzen. Roman, Augsburg, MaroVerlag, 2019.

    [4] Cf. l’excellent dossier à ce sujet dans la Gazette de Vivre ensemble #5 que nous venons de recevoir.

    [5] Paris, Éd. du Seuil, 2020.

    [6] Ces appels peuvent être lus sur le site www.asile.ch.

    [7] Friedrich Dürrenmatt, Meine Schweiz. Ein Lesebuch, Zurich, Diogenes, 1998, p. 240-241 (trad. P. Bühler)

    https://asile.ch/2020/05/06/pierre-buhler-asile-et-coronavirus-entre-deontologie-et-teleologie
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