• Walmart, CVS und Walgreens - Jury spricht großen US-Apothekenketten Mitschuld an Opioidkrise zu
    https://www.spiegel.de/wirtschaft/unternehmen/opioid-krise-bei-walmart-cvs-und-walgreens-jury-in-ohio-spricht-us-apotheken

    Sans drogues la vie est insupportable. Parfois les responsables se disputent les profits encaissés sur le fond de cette situation.

    24.11.2021 - Die USA leiden unter einer Opioidkrise mit Hunderttausenden Toten. Nun sind erstmals Apotheken wegen eines zu laxen Umgangs bei der Abgabe schuldig gesprochen worden.

    Die Pharmakonzerne und Großhändler hinter den umstrittenen und abhängig machenden Opioiden wie »Oxycontin« von Purdue stehen bereits seit Jahren im Fokus der US-Justiz. Neu ist, dass vor einem US-Gericht nun auch Apotheken erfolgreich verantwortlich gemacht worden sind – für den allzu lockeren Umgang mit diesen Schmerzmitteln, die in den USA zu einer Opioidkrise mit inzwischen Hunderttausenden Toten geführt haben.

    In dem richtungsweisenden Verfahren in Cleveland im US-Bundesstaat Ohio wurden nun drei große Apothekenketten schuldig gesprochen, durch zu laxe Vergabe der süchtig machenden Arzneimitteln zu der Krise beigetragen zu haben. Die Jury des Bundesgerichts kam am Dienstag (Ortszeit) zu dem Schluss, dass die US-Einzelhändler Walmart, CVS und Walgreens den Verkauf von Schmerzmitteln im Bundesstaat Ohio nicht ausreichend kontrolliert haben.
    Im Schnitt Hunderte Pillen für jeden Einwohner abgegeben

    Die Unternehmen kündigten Berufung an. Sie weisen eine Mitschuld an der Opioidkrise zurück und berufen sich darauf, von lizenzierten Ärzten verschriebene Pillen verkauft zu haben. Walgreens-Sprecher Fraser Engerman kritisierte etwa, die Apothekenkette habe »niemals Opioide hergestellt oder vermarktet, und wir haben sie auch nicht an die ›Pillendienste‹ und Internetapotheken geliefert, die diese Krise angeheizt haben«.

    Geklagt hatten zwei Countys in Ohio. Sie fordern von den Konzernen Milliarden Dollar an Entschädigungen für Kosten, die ihnen im Kampf gegen Opioid-Abhängigkeit und Überdosierungen entstanden sind. Sie konnten die Geschworenen davon überzeugen, dass die Ketten durch die Art und Weise, wie sie die Schmerzmittel ausgeben, ein öffentliches Ärgernis sind.

    »Das Gesetz verlangt von den Apotheken, dass sie bei der Abgabe von Medikamenten gewissenhaft vorgehen. Dieser Fall sollte ein Weckruf sein, dass Versäumnisse nicht akzeptiert werden«, sagte Mark Lanier, ein Anwalt der Countys Lake und Trumbull. Allein in Trumbull County wurden zwischen 2012 und 2016 rund 80 Millionen verschreibungspflichtige Schmerzmittel ausgegeben – das sind rechnerisch etwa 400 für jeden Einwohner.

    Wie viel Walmart, CVS und Walgreens zahlen müssen, soll ein Bundesrichter im Frühjahr bestimmen. Es gibt zahlreiche ähnliche US-Klagen, darunter außer gegen Hersteller und Großhändler auch gegen Apotheken. Die Entscheidung in dem Verfahren gilt deshalb nun als wichtiger Wegweiser.

    Opioide sind zum Teil synthetisch hergestellte Arzneimittel mit unter anderem schmerzlindernden Eigenschaften. Sie bergen jedoch auch enorme Abhängigkeitsrisiken und hohes Missbrauchspotenzial. Die Opioid-Epidemie hat in den USA laut Gesundheitsbehörde CDC in den vergangen zwei Jahrzehnten zu fast einer halben Million Toten geführt.

    #USA #opioides #aliénation #exploitation #capitalisme

  • « Lʼ#écologie est le premier pilier du #bonheur_national_brut »

    « Le bonheur national brut est plus important que le produit national brut. » Cette affirmation marque la vie économique et culturelle du #Bhoutan depuis plus de quarante ans. Entretien avec Ha Vinh Tho, directeur des programmes du centre national du BNB à Thimphu.

    Qu’est-ce que le bonheur national brut (BNB) ?
    #Ha_Vinh_Tho : Le #BNB est né d’une volonté politique de bâtir une société qui préserve la #culture et l’#environnement_naturel du Bhoutan. Le BNB est un nouvel indice, fondé sur des #valeurs_spirituelles bouddhistes. Il sert, entre autres, de #guide pour le #développement_économique du pays et repose sur quatre principes fondamentaux : la protection de l’environnement, la conservation et la promotion de la #culture_bhoutanaise, la #bonne_gouvernance ainsi que le développement économique responsable et durable.

    Vu d’ici, le BNB peut paraître paternaliste, voire être compris comme une injonction au bonheur.
    La définition du bonheur du roi du Bhoutan reflétait sa conviction que les valeurs matérielles et spirituelles doivent se renforcer mutuellement. Mais son idée de #bonheur collectif et individuel a été interprétée, en Occident, comme le besoin d’atteindre un certain niveau de vie pour être heureux. Or, le bonheur dépend de l’équilibre entre les conditions objectives favorables à l’épanouissement de chacun-e et le développement de compétences personnelles telles que la compassion, l’altruisme, la gratitude ou la générosité.
    Pour en revenir au Bhoutan, le gouvernement consulte les citoyennes et citoyens tous les trois ans, à l’aide d’une #enquête qui mesure leur santé physique et mentale, leur bien-être au travail, l’efficacité politique des élites, l’environnement ou encore l’éducation. L’adhésion de la population à un projet de société est essentielle, rien ne peut être imposé par le haut. Surtout dans un contexte d’ouverture rapide à la modernité, qui pose des questions économiques et culturelles urgentes.

    De quel bonheur parlons-nous ?
    De celui qui naît lorsque l’homme est en adéquation avec ses #valeurs et peut créer les conditions qui lui permettent une vie bonne sur cette Terre. Cela implique d’en prendre soin et de réaliser que nous avons une #responsabilité envers elle. Pour moi, l’écologie est le pilier prioritaire. Dans la tradition bouddhiste, l’homme et la Terre ne font qu’un. Toutes les formes de vie ont une dignité égale.

    Dans cette logique, l’#économie serait donc un sous-système de cette biosphère.
    Exactement. Le but premier de l’économie est de répondre aux #besoins légitimes de l’humain. Est-ce que l’économie joue son rôle ? Est-ce qu’elle augmente le #bien-être, le bonheur de toutes les personnes – et j’insiste sur le toutes – ainsi que de toutes les espèces vivantes ? Le système économique actuel est insoutenable pour la planète et conduit à des #inégalités sociales injustifiables. Dans nos programmes, au Bhoutan et dans de nombreux pays, nous proposons aux participants de concrétiser dans leur propre contexte les valeurs et pratiques du BNB. Des écoles, des entreprises – à l’image du groupe B. Grimm en Thaïlande – font, au-delà du profit financier, le choix du bien-être de tous. Nous avons besoin d’une nouvelle histoire à raconter à nos enfants, et ces exemples montrent qu’au lieu de parler de loi du plus fort, on peut planter et arroser les graines du futur : parler de vivre ensemble, de sobriété, d’harmonie. Cette nouvelle histoire doit également favoriser les #attitudes et #comportements qui transformeront les systèmes de l’intérieur, en se posant cette question : comment générer le moins de souffrance possible ?

    Comme vous le dites dans votre livre, le BNB se définit comme un équilibre entre les conditions externes et internes pour atteindre le bonheur.
    C’est la base du bouddhisme : la souffrance fait partie de la condition humaine. Les trois causes profondes de notre mal-être sont l’#aliénation avec soi-même, avec la nature et avec nos semblables. Apprendre à aller au plus profond de soi pour accueillir nos colères et nos souffrances nous permet de nous transformer et de nourrir l’aptitude au bonheur présent en toute personne. Ensuite seulement, nous pourrons modifier les structures en général et le système économique en particulier. En ce sens, le BNB donne un cadre pour relier changement individuel et changement social.

    https://www.moneta.ch/bonheur-national-brut
    #bouddhisme

  • Notes anthropologiques (LXII)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/Notes-anthropologiques-LXII

    « La violence sacrificielle manipulée par les seigneurs a servi à renforcer les inégalités sociales, en concentrant et en centralisant le pouvoir. Maurice Godelier rappelle justement que, dans la théorisation du don, Mauss ajoute une quatrième obligation, souvent oubliée, aux trois étapes classiques de la réciprocité : donner, recevoir, rendre. Il s’agit de l’obligation de faire des dons aux dieux et aux hommes qui les représentent. Les offrandes et les sacrifices auraient la capacité de “contraindre” les divinités à continuer à dispenser aux humains les biens dont ils sont les maîtres (pluie, nourriture, plantes, richesses diverses). Dans ces rapports, les dieux et les esprits sont toujours supérieurs aux hommes, qui restent perpétuellement les débiteurs. La formation de classes sociales et la divinisation des seigneurs (rois, souverains) qui manipulent ces croyances sont corrélatives de cet “endettement”. C’est la dette de la vie (de l’énergie qui anime les hommes, de leur sang) que les hommes doivent payer régulièrement aux divinités par le truchement de ceux qui les représentent, voire de ceux qui les incarnent. Le sacrifice humain est donc une prédation et il n’est pas étonnant que les félins, les plus grands prédateurs du règne animal, apparaissent constamment dans l’iconographie des peuples américains. »

    Dans un premier temps, Je me propose de commenter ce passage de Carmen Bernand tiré de son livre Histoire des peuples d’Amérique.

    La première remarque concerne le don aux dieux, qui serait selon l’opinion de Maurice Godelier une quatrième obligation, le plus souvent oubliée, dans les étapes concernant le don : le don aux dieux viendrait donc couronner les différents moments qui définissent d’un point de vue théorique la pratique du don : donner, obligation de recevoir, obligation de rendre et, enfin obligation de faire des dons aux dieux. Dans cette affaire, Maurice Godelier et à sa suite Carmen Bernand confondent, volontairement ou non, deux circonstances différentes qui peuvent se présenter en fonction du donneur : il s’agit de rendre à qui donne. (...)

    #anthropologie #Carmen_Bernand #Maurice_Godelier #Marshall_Sahlins #Luc_de_Heusch #don #dette #dieux #assujettissement #aliénation #banques #insoumission #zapatistes

  • Notes anthropologiques (LXI)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/Notes-anthropologiques-LXI

    Signe des temps, les historiens s’intéressent désormais à l’activité des échanges qu’ils tentent de saisir sous le concept, légèrement éculé, d’économie, obéissant en cela à l’idéologie ambiante. Ils ouvrent ainsi tout un pan de notre histoire qui était jusqu’à maintenant mal connu : l’activité des échanges aux époques reculées. Afin d’appréhender les différentes formes prises par les échanges et d’en marquer l’évolution, ils se réfèrent volontiers à Karl Polanyi qui, dans ses livres comme La Grande Transformation ou La Subsistance de l’homme, a distingué trois formes d’échange, les échanges fondés sur la réciprocité, ceux qui reposent sur la répartition-distribution et enfin les échanges marchands liés à la politique. Dans son dernier livre intitulé Histoire des peuples d’Amérique, Carmen Bernand évoque, elle aussi, Polanyi avant de faire une synthèse heureuse de nos connaissances concernant l’échange, en convoquant des anthropologues comme Marcel Mauss ou Maurice Godelier :

    « Les principes qui fondent ce qu’on appelle des “économies primitives”, à savoir la réciprocité, la redistribution et la circulation des biens, obéissent à des règles particulières. Certains aspects nous sont connus parce que nous disposons de documents écrits et d’une bonne ethnographie de terrain qui nous aide à saisir la dimension symbolique des choses. La réciprocité se fonde sur une obligation (morale, religieuse, statutaire) alors que, dans l’économie de marché, le paiement selon des règles fixées déchargerait l’acquéreur de toute obligation (Polanyi, 1965, p. 243-270). Les descriptions regorgent d’exemples de cette “obligation” faite au partenaire de recevoir et de rendre. Toute rupture de cette règle entraîne une succession d’infortunes. D’une façon générale, les choses ne sont pas inertes ; une fois “données”, elles gardent quelque chose du donateur. Précisons encore qu’il y a des objets qui ne sont jamais donnés parce qu’ils sont “incomparables” » (p. 68).

    Dans les notes anthropologiques, je me suis intéressé, de mon côté, aux échanges et aux différents modes pris par cette activité, j’ai tenté, pour ma part, de faire ressortir le lien qui unit le pouvoir à l’activité marchande (et, inversement, l’activité marchande au pouvoir). (...)

    #anthropologie #histoire #échanges #argent #aliénation #État #Karl_Polanyi #Carmen_Bernand #Pierre_Clastres #Jean-Paul_Demoule

  • Notes anthropologiques (LX)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/Notes-anthropologiques-LX

    La civilisation de l’argent

    Au lieu d’attendre la fin de la civilisation de l’argent et la Rédemption de notre malheur promise par la religion, nous pouvons toujours appréhender la réalité sous ses deux figures inconciliables, la pensée comme aliénation de la pensée ou la pensée non aliénée, et choisir l’une ou l’autre option. C’est ce qu’ont pu faire à un moment critique de la civilisation chrétienne, les millénaristes et plus précisément les sœurs et les frères du Libre-Esprit. L’erreur, à mon sens, fut de voir dans cet acharnement à défendre un mode de vie l’accomplissement de la religion chrétienne, ce qu’annonce par exemple Joachim de Flore avec sa théorie des trois âges : la civilisation de la séparation trouvant son aboutissement avec l’avènement du troisième âge, l’âge du Saint-Esprit. Il serait possible de voir dans ce que l’on nomme les mouvements millénaristes la résistance d’une manière de vivre encore attachée à une éthique face à l’offensive du monde de l’argent bouleversant en profondeur les comportements. Nous devons envisager le fait que ces deux modes d’expression de la pensée, l’argent et le don, ne sont pas conciliables et que l’un est la critique de l’autre. Le conflit se trouve au commencement, quand un peuple a pris un ascendant sur un autre et que la société fut amenée à prendre en compte cette opposition entre dominants et dominés.

    Contre l’idéologie dominante, je dirai que cette opposition entre riches (en pensée) et pauvres (en pensée) n’est pas résolue dans le monde de l’argent ou, plutôt, elle n’est résolue qu’en apparence, par l’attachement (obligé) des pauvres à l’argent. (...)

    #civilisation #argent #don #Libre-Esprit #pensée #aliénation #société #individu #communauté

  • À qui profite la pseudo théorie de l’aliénation parentale ? | Le Club de Mediapart
    https://blogs.mediapart.fr/revue-deliberee/blog/010720/qui-profite-la-pseudo-theorie-de-l-alienation-parentale

    Depuis les années 2000 sont apparues lors d’instances judiciaires des allégations d’ « aliénation parentale » ; certains experts évoquent un tel « syndrome » pour tenter d’expliquer le rejet d’un parent – en général le père - par un·e enfant. L’étude de cette « théorie », de son contexte d’apparition et de diffusion, et de son utilisation, doit pourtant conduire à en écarter toute pertinence.

  • Notes anthropologiques (LIX)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/Notes-anthropologiques-LIX

    La civilisation de l’argent opposée à la civilisation du don

    À la fin des notes anthropologiques précédentes, j’en étais arrivé en conclusion à la reconnaissance de deux modes de vie sociale, un mode reposant sur le don, l’autre reposant sur l’argent. Ces deux modes de vie en société sont, tous les deux, l’expression de la pensée, l’un est la réalisation de la pensée en tant que pensée non aliénée, l’autre, la réalisation de la pensée comme aliénation de la pensée. Je me montrais moins optimiste que Hegel ou que Marx en me disant que la non-aliénation de la pensée ne pouvait pas se présenter comme un aboutissement de l’aliénation. Nous retrouvons cette idée d’une fin glorieuse de l’aliénation dans la non-aliénation, comme un fleuve débouchant dans la mer, au centre des religions monothéistes, juive, chrétienne et musulmane, toutefois ces religions ont l’intelligence de présenter cette fin glorieuse de l’aliénation dans le giron de la pensée subjective comme un au-delà dont elles garderaient la nostalgie. Les mouvements millénaristes ont pris au mot ces religions de l’au-delà en cherchant à réaliser sur terre le paradis qu’elles ne pouvaient promettre que dans l’au-delà d’une nostalgie.

    La plus abjecte « nostalgie » dérobe la « nostalgie du paradis » a écrit Mircea Eliade en avant-propos de son livre Images et symboles, dans lequel l’auteur se livre à la fois à une critique du positivisme et de la psychanalyse selon Freud pour retrouver derrière l’homme d’aujourd’hui l’importance occulte des mythes dont celui du paradis (...)

    #civilisation #argent #don #religions #monothéisme #millénarisme #aliénation #Mircea_Eliade #Hegel #Marx #idéologie #zapatistes #Jean_de_Léry

  • Notes anthropologiques (LVIII)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/Notes-anthropologiques-LVIII

    Digressions sur l’argent : la pensée comme aliénation de la pensée

    Arrivés au bout du chemin, nous sommes amenés à conclure que le marchand a mis la pensée entre toutes les mains et cette idée de l’échange mise entre toutes les mains agit, elle agit comme pensée, elle devient pensée agissante, pensée se déployant dans ses œuvres, créant un monde, créant un cosmos. L’Idée est partout, la moindre pièce de monnaie, comme jadis la graine de mil, l’incarne et la porte, et l’idée, la plus petite pièce de monnaie, comme jadis la graine de mil, la plus petite des graines, donne naissance à la pensée et la pensée surgit et se déploie, comme jadis le mil surgissait de terre et se déployait. Ainsi surgit et fleurit la vie des femmes et des hommes, la vie des humains minuscules, sur cette terre. Dans les borborygmes d’une naissance où les bulles se mélangent au sang, la source de vie coule et se répand. Les femmes et les hommes, et même les marchands, et même les banquiers ne pensent plus, ou si peu ! Ils sont devenus les instruments de l’Idée, c’est elle qui agit et commande, époque malheureuse où les femmes et les hommes n’ont plus besoin de penser, l’argent pense pour eux. L’argent a absorbé tout l’esprit du monde et même les chamanes doivent s’incliner face à cette concurrence déloyale. Les banquiers n’entrent plus en transe, autrefois il leur arrivait de se jeter du haut des tours dans une forme de suicide collectif afin de conjurer le mauvais sort. Ils ne s’y aventurent plus maintenant, ils en connaissent toute la vanité, sachant que l’État interviendra pour leur sauver la mise et la vie. (...)

    #aliénation #argent #transe #Hegel #pensée

  • Notes anthropologiques (LVI)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/Notes-anthropologiques-LVI

    Dans une brève récapitulation des événements marquant notre civilisation et qui se trouvent à l’origine de notre histoire, je retiendrai la division de la société entre dominants (formant une classe sociale) et dominés (constituant la population ou le « peuple » comme l’écrit Homère) ; la naissance du religieux, lié au pouvoir d’une partie de la société sur l’autre partie (en ce sens le pouvoir est religieux, la naissance de la religion coïncidant avec celle du pouvoir) ; enfin, la naissance de l’activité marchande comme moteur occulte de la vie sociale (le marchand, l’âme damnée du guerrier). La naissance de l’État et de la monnaie confirme cette connivence qui se voudrait cachée entre le pouvoir, le religieux et l’activité marchande — « le fait même d’accepter la monnaie d’une cité ou, plus généralement d’un État, impliquant la reconnaissance de son autorité ».

    La pénétration, lente, progressive et parfois brutale, à l’intérieur de la Péninsule d’un peuple de langue grecque. Langue indo-européenne, venu du Nord ou du Nord-Est, les Achéens, et dominant les populations autochtones marque le début de notre civilisation. Il y eut plusieurs vagues successives à partir du Bronze ancien, une des premières marquée par des destructions et repérées, de ce fait, par les archéologues date de 2200 avant notre ère. Les historiens ont fait de cette date le point de départ de la civilisation grecque marquée avant tout par la domination d’une aristocratie guerrière issue du peuple achéen sur les peuples autochtones où « plutôt qu’un monde pauvre, il faut y voir le signe d’un monde de communautés soudées et égalitaires — l’un n’empêchant pas forcément l’autre ». Cette présence d’un peuple dominant a profondément modifié la composition sociale originelle et a obligé la société à se reconstituer en la prenant en compte. (...)

    #religieux #Antiquité #Grèce #civilisation #aliénation #État #pouvoir

  • Notes anthropologiques (LV)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/Notes-anthropologiques-LV

    Notes sur la pensée comme aliénation

    Au début, avec l’émergence d’un peuple dominant qui va constituer l’aristocratie sociale, la pratique du don reste importante et forme encore le fondement de la vie en commun, son esprit. Cet aspect, je dois dire, ne ressort pas de l’étude des historiens, nous le retrouvons parfois au cinéma, dans les récits de voyage ou d’exploration, nous en faisons aussi l’expérience si nous nous donnons l’occasion de nous immerger dans d’autres civilisations que la nôtre. Il faut croire que les historiens ne vont pas au cinéma, ne lisent pas des récits de voyage et ne font pas d’autres expériences de vie que celle que leur impose leur civilisation. Il me semble que l’idéologie tient une place trop envahissante chez eux et qu’ils délaissent, pour des préjugés tenaces, l’ouverture sur le réel et sa diversité que leur propose encore le monde. C’est bien sur une conception grandiose du don, le don cérémoniel d’hospitalité, que repose le prestige de la classe dominante dans notre antiquité, mais le don sous une forme moins grandiloquente et ostentatoire n’a sans doute pas disparu de la vie sociale de la population et constitue encore l’esprit des échanges que les habitants ont entre eux.

    Pourtant cette pratique va se trouver chevauchée par une pratique tout autre, celle du marchand. Nous nous trouvons dans une société partagée entre l’esprit sous son aspect subjectif reposant sur le don et l’esprit sous son aspect que je qualifierai d’objectif lié à l’intérêt de l’individu, représenté par le marchand. (...)

    #pensée #aliénation #peuple #aristocratie #marchands #Antiquité #Sparte #monnaie #Lycurgue #Corinthe #Athènes #Solon #négoce #enrichissement #subjectivité #dette #bourgeoisie

  • La Grande Transformation (XIV)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/La-Grande-Transformation-XIV

    Aperçus critiques sur le livre de Karl Polanyi
    La Grande Transformation (fin)

    « Nous ne pouvons réaliser la liberté que nous cherchons à moins de comprendre ce que signifie véritablement la liberté dans une société complexe », écrit Karl Polanyi dans la conclusion de son livre La Grande Transformation. Dans une société complexe marquée par la séparation entre ceux qui se sont approprié la pensée dans sa vocation sociale et la population qui, dépossédée de la pensée de son activité, est contrainte au travail, l’unité nouvelle de la société complexe est apportée par l’aliénation de la pensée. J’ignore si notre époque marque un terme à ce lent procès du travail de l’aliénation de la pensée au sein de la société occidentale, chrétienne et marchande, commencé vers le VIIe siècle avant notre ère, apportant ainsi une unité factice sous la forme d’un simulacre de vie sociale ; ce qui est, nous devons en convenir, le propre de l’aliénation. Que signifie véritablement la liberté dans une société complexe ? Suppose-t-elle la liberté dans l’aliénation et c’est la conclusion à laquelle est arrivé Karl Polanyi, semble-t-il, dans la mesure où la question de l’aliénation paraît lui échapper ? Ou bien marque-t-elle la fin de l’aliénation ?

    Tant que l’on n’appréhende pas l’unité nouvelle d’une société complexe sous l’angle de l’aliénation de la pensée, il n’est pas aisé de dire ce que serait cette liberté souhaitée par l’auteur ou par les partisans d’un nouveau monde. Dans sa conclusion, Karl Polanyi, revient à cette question de liberté pour découvrir, occultée par le marché, la société (...)

    #Karl_Polanyi #aliénation #société #marché #appartenance #Mexique #Indiens #monde_bourgeois

  • Lettre à Piero… d’ici et d’ailleurs

    Jacques Philipponneau

    https://lavoiedujaguar.net/Lettre-a-Piero-d-ici-et-d-ailleurs

    Mon cher Piero, je reprends cette lettre abandonnée depuis plus de deux mois car le naufrage a pris une tournure grandiose après ce torpillage viral inattendu, loin de la légèreté de mes derniers propos. On s’abstiendra du « je vous l’avais bien dit » si courant, puisque tant de voix l’avaient clamé de diverses manières et depuis si longtemps. Et l’on s’évitera ainsi l’odieux de la vanité prémonitoire devant les immenses souffrances qui ne font que commencer.

    Laissons aussi de côté ce que tout le monde croit savoir maintenant sur la responsabilité systémique d’un mode de production invasif dans l’origine et la diffusion fulgurante de ce virus ou sur l’incapacité générale des États à faire face à leurs Frankenstein, échappés d’une forêt ou d’un laboratoire : si vous avez aimé les virus tropicaux, vous adorerez ceux de la fonte du permafrost.

    Et c’est désormais tout un chacun sur cette planète qui vit ou meurt au croisement d’insondables mystères. Les insinuations simultanées des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France au début avril sur la dissimulation chinoise quant à l’origine du virus peuvent très bien être un leurre servant à les dédouaner de leur propre gestion catastrophique de l’épidémie. (...)

    #Syrie #Rojava #PKK #Öcalan #Bachar_el-Assad #Italie #terrorisme #Gilets_jaunes #Macron #Warren_Buffet #aliénation #Australie #effondrement #Alexandre_Grothendieck #collapsologie #État #catastrophe #pandémie #capitalisme #bureaucratie #surveillance_numérique #police #Agamben #économie #Byung-Chul_Han

  • La Grande Transformation (XIII)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/La-Grande-Transformation-XIII

    Aperçus critiques sur le livre de Karl Polanyi
    La Grande Transformation
    (à suivre)

    La question sociale que traite Karl Polanyi se trouve dans l’effectivité d’une pensée (appelons-la la pensée de l’État) qui, sous la forme objective qu’elle a prise (c’est l’argent), met l’humain (la subjectivité ou la vie sociale) à son service. Notre pensée de l’échange s’est à ce point libérée de notre subjectivité sur laquelle reposait jusqu’à présent notre vie sociale qu’elle nous domine entièrement. Elle nous a réduits à n’être plus qu’une pure apparence de l’humain. C’est de la science-fiction : l’homme entièrement au service de sa propre pensée, pensée qui lui a échappé et qui le domine. Notre réalité n’est plus qu’une apparence de l’être ; et cette pensée de l’échange portée par l’argent, dans sa machinerie qui nous échappe totalement, s’acharne à détruire notre apparence de réalité. Nous disons qu’elle détruit la nature alors que c’est bien nous comme pure apparence de l’humain qu’elle réduit et détruit sans relâche. Nous connaissons dans notre chair et dans nos os, dans les profondeurs les plus intimes de notre être le paradoxe que représente la pensée comme aliénation de la pensée.

    Les gouvernements cherchent à résoudre ce paradoxe qu’ils ont eux-mêmes contribué à créer en maintenant la société, qui repose sur le don, dans la totale dépendance de ce qui lui est contraire, l’activité marchande. J’écrivais que l’emploi de la monnaie efface l’aspect social de l’échange ainsi que l’engagement de chacun des partenaires dans cet échange. La monnaie dédouane l’échange, elle le désamorce de sa charge subjective liée à la recherche d’une reconnaissance sociale. La monnaie et son emploi sont à mettre en relation avec une tournure d’esprit particulière chez les deux protagonistes de la transaction : ne pas donner à la transaction un caractère social, ne pas chercher à lui donner une impossible publicité. (...)

    #échange #argent #aliénation #économie #État #Karl_Polanyi #Louise_Michel #Madeleine_Biardeau #hindouisme #résistance_indienne #insurrection_zapatiste #Notre-Dame-des-Landes

  • La Grande Transformation (XII)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/La-Grande-Transformation-XII

    Aperçus critiques sur le livre de Karl Polanyi
    La Grande Transformation
    (à suivre)

    L’argent est bien une ruse de l’esprit puisque la vie sociale a bien lieu, mais c’est une vie sociale dont les hommes sont absents — dans le sens où l’on dit de quelqu’un qu’il est absent de ce qu’il fait. Ils en ont perdu et l’intelligence et l’esprit. Seul le don et ce qu’il signifie comme détachement pourrait leur en apporter l’intelligence. Le don est l’acte par lequel nous nous détachons de l’apparence, de l’objet plein de promesse, pour retrouver l’idée. L’argent nous dépossède de la pensée de l’autre. Il est notre pouvoir d’achat, notre pouvoir d’entrer en communication avec l’absence — avec l’autre absent. Pour retrouver le don et la pensée non aliénée, nous sommes amenés à passer par l’argent, par l’absence de l’autre ; à passer par la pensée sous sa forme aliénée, ce qui nous amène à nous trouver en pleine confusion.

    Il faut sans doute remonter à l’origine de l’argent, quand l’argent vient remplacer les taureaux, les cochons, les vases, les trépieds ou tout autre objet de valeur comme certains coquillages, les cauris, par exemple. L’idée de l’échange paraît y gagner en universalité, en fait, il n’en est rien, c’est seulement une classe sociale qui, s’étant constituée comme entité sociale avec la formation de l’État, voit son pouvoir augmenter en puissance et s’étendre dans toutes les directions. (...)

    #échange #argent #aliénation #économie #État #Karl_Polanyi #Malinowski #don

  • La Grande Transformation (XI)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/La-Grande-Transformation-XI

    Aperçus critiques sur le livre de Karl Polanyi
    La Grande Transformation
    (à suivre)

    Notre vision du monde étant le fruit d’un mode de vie, une cosmovision n’est évidente que pour ceux qui appartiennent à une même civilisation. L’opposition entre culture et nature est-elle en passe de devenir une vision du monde partagée par tous ceux qui vivent dans une civilisation marchande ou bien est-elle toujours une idéologie que l’avant-garde intellectuelle s’efforce de propager, avec les résultats remarquables que nous connaissons ? Nous pouvons constater qu’une telle cosmovision s’étend comme une tache d’huile en suivant le mouvement de pénétration du marché. Il y aurait d’un côté l’humain, le monde de la culture, de l’esprit, de la pensée et de l’être et, de l’autre, la nature, l’apparence, l’absence de pensée, tout ce qui n’est pas humain. Cet univers réduit au paraître s’oppose à l’être, l’être serait en quelque sorte l’envers du décor. Non seulement l’apparence occulte l’être (l’esprit, la pensée) mais rend l’être (l’esprit, la pensée) inaccessible. Je dirai que l’apparence (ce que nous appelons la nature) est seulement l’apparence de la pensée, en fait la pensée comme aliénation de la pensée. La nature n’est pas opposée à la culture, elle est toute notre culture. On dit en général que la nature est toute la réalité, je dirai que la nature est toute notre réalité, ou bien encore que l’aliénation est toute notre réalité. (...)

    #Karl_Polanyi #civilisation #cosmovision #échange #marché #aliénation #économie #État #religion #Mésoamérique #Quetzalcóatl #Mexique

  • Domestic abusers winning time with children by accusing mothers of parental alienation, study finds | The Independent | The Independent
    https://www.independent.co.uk/news/uk/home-news/domestic-abuse-parental-alienation-family-courts-brunel-study-a929472

    Dr Adrienne Barnett, who carried out the research, said these cases were just the “tip of the iceberg” as the study had not looked at the thousands of cases heard by district and magistrate courts every day that are not published in the official court reports she examined.

    “There will be thousands of cases where parental alienation is raised but we do not know what happens,” Dr Barnett, a senior lecturer in law who specialises in domestic abuse and the family courts, told The Independent.

    “Playing the parental alienation card is proving more powerful than any other in silencing the voices of women and children resisting contact with abusive men. Parental alienation is not an equal counterpart to domestic abuse, it is a means of obscuring domestic abuse, and should be recognised as such”.

    Dr Barnett, who specialised in family law while practising as a barrister for more than 30 years, said the theory of parental alienation had been slated and discredited by many experts but was now becoming more mainstream.

  • La Grande Transformation (VII)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/La-Grande-Transformation-VII

    Aperçus critiques sur le livre de Karl Polanyi
    La Grande Transformation
    (à suivre)

    Au sujet de l’idéologie des trois fonctions mise en exergue par Georges Dumézil, nous ne savons pas si cette cosmovision vient de la réalité ou si elle est une vision idéologique de la réalité qui serait suggérée et imposée par les conquérants indo-européens faisant en sorte que la réalité (sociale) issue de leur conquête ne puisse plus être contestée et s’impose comme incritiquable. Nous pouvons nous poser la même question au sujet de l’existence de la nature. Est-ce une idéologie ou une cosmovision ? Quand l’idéologie est partagée par tous, alors elle est en voie de devenir une cosmovision, c’est ce qui se passe avec la nature. La nature n’est pas un concept donné, c’est un concept laborieusement acquis par le plus grand nombre dans une société qui s’adonne entièrement au commerce, c’est alors qu’il devient une cosmovision. Pourtant le concept même d’un virus pénétrant l’intimité du sujet devrait nous conduire à percevoir avec plus de subtilité l’interaction entre notre environnement et nous, nous et notre environnement, entre « culture » et « nature », pour reprendre les concepts généralement utilisés de nos jours par les anthropologues. Nous nous apercevrions alors que la frontière est désormais plus floue que nous ne le pensions, qu’elle est plus un acte de volonté de notre part qu’une réalité. (...)

    #Karl_Polanyi #Georges_Dumézil #Maurice_Godelier #cosmovision #culture #asservissement #aliénation #État #État

  • La Grande Transformation (VI)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/La-Grande-Transformation-VI

    Aperçus critiques sur le livre de Karl Polanyi
    La Grande Transformation
    (à suivre)

    L’argent est la représentation de l’idée d’échange, il la matérialise en quelque sorte. Il est à la fois l’idée d’échange et le moyen par lequel l’échange se réalise (la monnaie d’échange). Dans notre société l’idée de l’échange est au départ de toute l’opération comme représentation et elle déclenche tout le mouvement de la pensée jusqu’à sa conclusion : l’échange réalisé. Nous retrouvons l’argent à toutes les étapes de l’opération : au départ, c’est le capital financier ; au cours du mouvement de la pensée, de la production d’un bien à échanger — ce que j’appellerai, à la suite de Hegel, la suppression du travail en vue de l’objet à produire —, c’est l’argent comme investissement, et cet investissement prend généralement la forme de la dette ; à la fin du processus nous retrouvons l’argent comme monnaie universelle d’échange : des marchandises contre de l’argent. Tout au long de l’opération nous trouvons le marchand et les banques. Le rôle des banques consiste principalement à prêter de l’argent en vue de la production d’un bien qui entrera dans la ronde des échanges. Elles sont les dépositaires du capital, de l’argent qu’elles vont investir sous forme de prêt (et de dette) à l’entrepreneur — du petit entrepreneur, au patron d’usine, et à l’État — et cet argent est garanti par l’État, par cette connivence implicite qui lie l’État aux marchands et aux banques ; enfin ce sont encore les banques qui récupèrent sous forme de remboursement de la dette avec intérêt les sommes qu’elles avaient investies dans la production d’une marchandise et de son échange avec toutes les autres marchandises. (...)

    #Karl_Polanyi #marché #échanges #État #banques #dette #christianisme #aliénation #Mexique #zapatistes

  • La Grande Transformation (IV)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/La-Grande-Transformation-IV

    Aperçus critiques sur le livre de Karl Polanyi
    La Grande Transformation
    (à suivre)

    Dans la représentation indo-européenne de la société, la troisième fonction ne comprend au tout début que les éleveurs et les agriculteurs, ce n’est qu’au cours du temps que les marchands vont s’infiltrer et s’immiscer dans cette dernière catégorie de la population, qui comprendra alors les marchands, les paysans et les artisans. L’importance des marchands est alors pleinement reconnue. Leur fonction sociale s’ajoute à celle des prêtres et à celle des guerriers. Les marchands forment désormais une classe sociale comme les brahmanes et comme les ksatriya (les guerriers et les princes). C’est intéressant car cette dernière fonction, productrice de richesses, comprend les marchands chargés de l’échange de biens et ceux qui produisent les biens à échanger. La production de biens (la richesse) par les paysans et les artisans passe chez les nobles par l’intermédiaire des marchands, et les nobles se chargent d’offrir ces biens à d’autres nobles de manière ostentatoire. Cette représentation de la réalité ne cherche pas à être une critique de la réalité, elle dit seulement ce qui est, elle est une représentation mentale qui se veut conforme à la réalité et qui donne la clé du réel ; c’est bien, ainsi que le signale Georges Dumézil : une idéologie offrant les cadres mentaux et catégoriels qui permettent de saisir et de comprendre la réalité, d’appréhender le monde tel qu’il s’est constitué suite à la domination indo-européenne et tel qu’il s’impose à la conscience des sages, qui sont les « intellectuels » de ces temps. (...)

    #Karl_Polanyi #Georges_Dumézil #échanges #cosmovision #domestication #Cangaceiros #aliénation #Mexique #exploitation #festins #ripaille #Grèce #Renaissance #Bruegel #ivresse #coronavirus

  • La Grande Transformation (III)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/La-Grande-Transformation-III

    Aperçus critiques sur le livre de Karl Polanyi
    La Grande Transformation
    (à suivre)

    Dans son livre La Grande Transformation, Karl Polanyi nous dit que la motivation profonde de l’homme reste sociale, hier, dans les sociétés primitives, comme aujourd’hui dans le monde contemporain. Dans la société originelle, cette motivation était seulement plus visible dans la mesure où le marché (qui repose sur la recherche du profit) ne venait pas encore troubler notre perception de l’homme et de la société. Dans la société primitive, « tous les échanges s’effectuent comme des dons gratuits dont on attend qu’ils soient payés de retour, quoique pas nécessairement par le même individu — procédure minutieusement articulées et parfaitement préservées grâce à des méthodes élaborées de publicité, à des rites magiques et à la création des “dualités” (dualities) qui lient les groupes par des obligations mutuelles — et cela devrait par soi-même expliquer l’absence de gain, ou même de celle d’une richesse qui ne soit pas seulement constituée d’objets qui accroissent traditionnellement le prestige social ».

    Dans ces observations sur le fonctionnement des sociétés originelles, l’auteur fait bien la distinction entre le don lié à la conscience sociale et le prestige lié au paraître (et cela devrait par soi-même expliquer l’absence de gain, ou même de celle d’une richesse qui ne soit pas seulement constituée d’objets qui accroissent traditionnellement le prestige social). Il rejoint ainsi les conclusions auxquelles j’étais arrivé lors de mes derniers commentaires. L’activité marchande a un rapport, d’une part, avec l’intérêt particulier, le souci du gain, et, d’autre part, avec le paraître qui accroît le prestige social. (...)

    #Karl_Polanyi #échanges #paraître #prestige #profit #aliénation #État #tribut #travail #argent

  • La Grande Transformation (II)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/La-Grande-Transformation-II

    Aperçus critiques sur le livre de Karl Polanyi
    La Grande Transformation
    (à suivre)

    De l’eau a coulé sous les ponts de Paris et le sanglier et la marguerite restent désormais figés par quelques maléfices dans leur extériorité, nous ne saisissons plus le sanglier ou la marguerite comme des êtres poursuivant leur idée, comme des êtres animés par une pensée. Nous ne saisissons plus l’idée qui se cache sous sa représentation, derrière le sanglier ou derrière la marguerite. Sans doute parce que la pensée qui nous anime n’est plus véritablement la nôtre, qu’elle nous est devenue extérieure et pour ainsi dire, étrangère. Avec l’argent, elle n’est plus, pour nous, qu’une apparence, du moins c’est bien ainsi qu’elle se manifeste : elle se trouve réduite à son apparence, figée dans son apparence, dans sa représentation qui est à la fois matérielle et mentale.

    L’idée de l’échange et sa représentation sous une forme matérielle (ou capital) se trouve à l’origine de l’échange et par suite de la vie sociale. La représentation de l’idée se trouve à l’origine de la pensée. La représentation de l’idée ou l’idée dans une tête (ce que j’ai appelé le capital), le capital, se trouve à l’origine de la vie sociale. Sur ce plan, Karl Polanyi réduit la notion de capital à ce qu’elle représente aujourd’hui, le capital financier, et l’échange à ce que nous connaissons comme échange, à l’échange marchand. Cela revient à critiquer l’idée, l’idée de l’échange, qui se trouve au commencement de la vie sociale en fonction de l’idée de l’échange telle qu’elle s’impose de nos jours. (...)

    #Karl_Polanyi #échanges #capital #marché #État #origine #Luc_de_Heusch #aliénation #économie #argent #apparence

  • De la machine sociale à la révolution biologique
    Notes sur l’œuvre théorique de Giorgio Cesarano

    Luis Andrés Bredlow

    https://lavoiedujaguar.net/De-la-machine-sociale-a-la-revolution-biologique-Notes-sur-l-oeuvre-

    Vingt ans après sa mort, Giorgio Cesarano est encore inconnu du lectorat hispanophone, alors même qu’en Italie semble s’amorcer, avec la récente publication de ses écrits théoriques inédits, la redécouverte d’une œuvre qui continue d’être aussi intempestive qu’elle le fut au moment de sa rédaction. Présenter la traduction — à ce jour inédite — que nous avions faite, il y a dix ans, de son bref cycle poétique I Centauri — extrait du livre posthume Romanzi naturali, Guanda, Milan, 1980 — nous a semblé être le moins que nous puissions faire pour rompre un tel silence, ainsi que l’occasion propice à de brèves notes sur sa vie et son œuvre.

    Préalablement au volume cité, Cesarano, né en 1928 à Milan, avait publié les recueils de poèmes L’erba bianca (1959), La pura verità (1963) et La tartaruga di Jastov (1966), qui le situent dans l’aile la plus intransigeante de la neovanguardia , où la subversion des schémas conventionnels du langage, loin de s’épuiser en un jeu formel stérile, aspire à la subversion de la réalité même qu’elle tente de refléter. Le même élan le conduit, à la fin des années soixante-dix, à abandonner l’écriture « littéraire » et à vouer les dernières années de sa vie à la « critique radicale » de la société, « car je suis convaincu — déclare Cesarano en 1974 — que c’est là que la parole livre sa guerre la plus extrême contre une langue faite de chaînes et d’armes ». (...)

    https://lundi.am/De-la-machine-sociale-a-la-revolution-biologique

    #philosophie #poésie #Italie #Cesarano #critique #biologie #corps #machine #social #aliénation #Leroi-Gourhan #dualisme

  • La Grande Transformation (I)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/La-Grande-Transformation-I

    Aperçus critiques sur le livre de Karl Polanyi
    La Grande Transformation
    (à suivre)

    Je commence un ensemble d’articles qui se rapportent à une lecture critique du livre de Karl Polanyi intitulé La Grande Transformation. Ce livre me semble d’une grande actualité ainsi que la perspective proposée par l’auteur qui oppose la société au marché. Une « grande transformation » de la vie sociale paraissait imminente à l’époque (1944) où le livre a été écrit. Elle a bien eu lieu mais pas dans le sens qu’espérait l’auteur, la victoire de la société sur le marché. La société n’a pas pris le dessus, c’est tout le contraire qui s’est passé : la mainmise du marché sur la société. L’intuition de l’auteur était bonne : après la deuxième guerre mondiale, la situation était critique et le monde pouvait basculer d’un côté comme de l’autre. La société pouvait réagir et s’opposer à la pénétration désastreuse du marché en son sein ; cette réaction attendue de la société ne s’est pas faite et elle s’est trouvée envahie par des intérêts privés qui lui sont contraires. L’opposition établie par Karl Polanyi entre société et marché me paraît particulièrement appropriée pour tenter de comprendre la situation dans laquelle nous nous trouvons et qui nous est donnée de vivre. Les éléments proposés à notre réflexion par l’auteur restent, sur bien des plans, pertinents pour comprendre notre époque et saisir les conditions d’une éventuelle grande transformation. (...)

    #anthropologie #économie #Karl_Polanyi #argent #aliénation #capital #échanges #État

    • Ah oui effectivement... Une sorte de record est battu là...

      @cdb_77 Je ne sais pas dans quelle université est ce collègue mais dans la mienne (Marseille) le sur-service est plafonné à 2 fois le service normal ; donc pas plus de 384h au total. Je vois que tu es à Grenoble, il me semble que c’est la même chose. Visiblement ce n’est pas le cas partout.

      Inutile de dire que dans ces condition la recherche doit passer à l’as (sauf à trouver comment bosser pendant son temps de sommeil). #aliénation

      Ce problème est de plus en plus fréquent : suppression de postes, ou alors une nouvelle unité d’enseignemet se crée et on pique les postes aux collègues des autres unités pour la doter. En IUT c’est pire : sous encadrement chronique et recours aux vacataires (perso je dois tourner à 150-200h sup et essaye de continuer à faire de la recherche dans ces conditions, sachant que pour avoir accès aux thésards potentiels il faut que j’enseigne aussi en master 2).

    • En effet, il y a un plafond, mais apparemment, de ce que j’ai compris en tout cas ici à Grenoble, on peut demander une dérogation à la direction d’UFR...

      Pour ma part, je me tiens à ne pas faire d’heures supplémentaires (si ce n’est les quelques heures en plus, 10-20 max, pour ajuster mon service) —> si on continue à faire tourner la machine, on n’arrivera jamais à faire VRAIMENT prendre conscience du problème...

      Je ne sais pas où travaille ce collègue...