• Santé mentale des jeunes : « On est dans une société qui mange ses enfants »
    https://www.liberation.fr/societe/sante/sante-mentale-des-jeunes-on-est-dans-une-societe-qui-mange-ses-enfants-20

    Après avoir décidé d’estampiller « France Santé » des maisons de santé existantes pour donner l’impression d’augmenter l’#accès_aux_soins, Stéphanie Rist, ministre de la #Santé, a annoncé le 2 juin la relance de la « grande cause nationale » qu’était censée représenter la santé mentale… en 2025. Avec, entre autres, un dispositif prétendument novateur, non pas un nouveau numéro vert pomme, mais un système de « coupe-file » pour déclencher une prise en charge sous quarante-huit heures par un psychologue, un psychiatre ou un pédopsychiatre si un membre du personnel de l’#Education_nationale considère qu’un élève pourrait devenir dangereux pour lui-même ou ses camarades. Le moins qu’on puisse dire est que, sur le terrain, les professionnels sont partagés entre l’incompréhension et la consternation.

    Marie Langlois est psychoclinicienne : « Ce qui m’interpelle, au niveau du dispositif, c’est l’idée que c’est la régulation du Samu qui va être chargée de contacter les psys. J’ai participé à Rouen à l’ouverture du 31 14, numéro d’appel pour gérer les crises suicidaires, et les écoutants, infirmiers en psychiatrie, ou psychologues, sont spécifiquement formés, connaissent le réseau local, savent comment orienter. Ce sont des prises en charge téléphoniques assez longues, complexes, pas un travail de secrétariat téléphonique à pratiquer en urgence, d’autant qu’en aval les centres médico-psychologiques sont blindés, les #psychiatres surchargés. Ça sent vraiment l’effet d’annonce pour paraître novateur, sans jamais sécuriser voire renforcer l’existant. »

    Thierry Baubet, pédopsychiatre, ne décolère pas : « Le terme même de coupe-file est choquant, car qu’est-ce qu’un coupe-file sinon un passe-droit ? En pédopsychiatrie, tous les enfants qu’on reçoit ont besoin de #soins, d’un suivi à long terme, ce n’est pas du superflu, de l’occupationnel… Or que nous demande-t-on là, d’annuler des prises en charge, de les repousser, dans le but de traiter des cas considérés comme plus graves par l’école ? L’évaluation de l’urgence à consulter doit être faite par des gens formés, pas par l’Education nationale qui déciderait que le comportement perturbateur d’un élève nécessite un coupe-file, d’autant que souvent les enfants qui vont mal, qui s’enfoncent dans un épisode délirant, une schizophrénie, sont peu expansifs et ne seront pas remarqués. Et la représentation que semble avoir la ministre de la prise en charge psychiatrique de ces adolescents se réduit à une consultation en urgence, alors qu’en fait il s’agit de prises en charge longues, nécessitant de laisser mûrir une alliance entre le thérapeute et l’adolescent, et d’un suivi de plusieurs mois. Soyons clairs : la pédopsychiatrie, et la santé mentale des jeunes, sont des domaines chroniquement sous-investis. La crise est telle qu’il y a des structures publiques qui ne prennent plus aucun nouveau patient. Ailleurs, les délais d’attente peuvent atteindre un à deux ans ! On paie aujourd’hui un défaut d’investissement historique, les psychiatres pour enfants sont une minorité. Nous sommes actuellement réunis en congrès à Nice et ce qui remonte lorsque nous parlons entre nous, c’est que personne n’a été consulté, aucune société savante, aucun syndicat, pour sortir cet effet d’annonce. Bien sûr qu’il faut améliorer l’articulation entre l’école et le soin, mais pas comme ça, et pas sans les spécialistes de ces sujets. On lance cette initiative alors qu’il existe des solutions, que les urgences pédiatriques, les urgences psychiatriques, le 31 14, les maisons des adolescents, en partenariat avec l’école, existent… mais elles sont sous-dotées, sous financées. Et que dire de la #médecine_scolaire, en déshérence, de la disparition des structures intermédiaires comme les éducateurs de rue, tout un tissu de soutien social qu’on a laissé se déchirer. On est dans une société qui mange ses enfants. »

    #sagoins #psychiatrie #pédopsychiatrie #CMP #alliance_thérapeutique #enfance #souffrance_psychique

    • La souffrance mentale des adolescents est devenue un sujet rabâché, pour lequel on incrimine les écrans ou, six ans plus tard, le confinement de la période Covid.

      Johan Faerber, enseignant en lettres et essayiste, a une analyse très différente, et pointe la responsabilité de réformes ministérielles toxiques : « Alors oui, l’un des problèmes majeurs que nous rencontrons à l’école est le déficit de médecins et d’infirmières scolaires, particulièrement dans les secteurs en difficulté comme le 93. Mais, au-delà de cela, il y a une cause majeure de stress et de mal-être qui impacte la santé mentale des jeunes, c’est la détresse liée à #Parcoursup, qui crée un stress constant chez les élèves, une fragilisation de l’élève par rapport à sa propre expertise, voire même délite la relation de confiance qu’il pouvait avoir avec l’enseignant, dont les notations sont remises en cause par un système qui, pour masquer la pénurie [organisée, ndc] des places dans l’enseignement supérieur, pénalise et repousse des #élèves ayant parfois un parcours honorable voire brillant. Les conséquences sont de plus en plus visibles chaque année depuis le bac Blanquer, avec des élèves fondant en larmes à la remise des notes. On ne mesure pas la violence du système mis en place, cette ère de management émotionnel toxique, cette culture de l’entrepreneuriat entraînant un stress exponentiel pendant les études. Et comme, dans le même temps, il y a de moins en moins d’adultes dans les collèges et les lycées, moins de professeurs, moins d’AESH, la souffrance des adolescents est tue, leur détresse devient une masse opaque dont sont désignés responsables TikTok ou les jeux vidéo alors que le temps passé sur les écrans est juste une manière de tenter de retrouver une certaine liberté, d’échapper à la toxicité du système éducatif actuel. Plutôt que de pondre l’idée d’un coupe-file, il faudrait d’abord se poser la question de la toxicité des réformes accumulées ces dernières années sur la santé mentale des jeunes, mais quel politique veut être mis face à ses responsabilités ? »

    • Ils se plaignent d’avoir des jeunes de plus en plus mal. Ca les embête car ca les rend moins compatibles avec le monde du travail, moins prévisibles.
      Alors qu’ils auraient aimé leur mettre un fusil dans les mains, à tous ceux qui ont eu moins de 10 au BAC. Mais ca va pas le faire non plus, s’ils se retournent contre leur hiérarchie ou contre eux-même.

  • « On vit sous le seuil de pauvreté » : le ras-le-bol des « petites mains » de l’école inclusive dans le Morbihan | Le Télégramme
    https://www.letelegramme.fr/morbihan/on-vit-sous-le-seuil-de-pauvrete-le-ras-le-bol-des-petites-mains-de-lec


    Les représentants syndicaux de l’Éducation nationale appellent à manifester ce mardi 9 juin à Vannes et Lorient pour « le statut, les salaires et la formation » des AESH.
    Le Télégramme/Laurie Bosdecher

    Les accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH) manifesteront à Lorient et Vannes, mardi 9 juin, pour réclamer un vrai statut et vivre « décemment ».

    Elles sont 1 250 dans le département du Morbihan, 132 000 au niveau national. On les appelle les « maternantes », les « douces », celles qui tiennent la main des enfants que l‘école peine à intégrer. Derrière les sourires en classe, le quotidien des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) est une lutte quotidienne contre la pauvreté. « Ce sont les parents pauvres de la République », dénoncent les représentants syndicaux de l’enseignement. Ils étaient réunis, ce vendredi 5 juin, à Lorient, pour appeler à manifester, mardi 9 juin, dans cette même ville et à Vannes, comme partout en France, pour défendre ces travailleuses de l’ombre (98 % sont des femmes).

    « Sous le seuil de pauvreté »
    Les AESH sont le deuxième vivier de l’Éducation nationale, avec 10 % des effectifs. Avec des contrats à temps partiel imposés (sur le temps scolaire), le salaire moyen plafonne à 1 030 € par mois. Pour les débutantes, la réalité est plus sombre : entre 910 € et 970 €. « On vit sous le seuil de pauvreté. Comment remplit-on le frigo, après avoir payé le loyer et les charges, avec de tels salaires ? », confie Delphine Girard, AESH à Lorient.

    Cette professionnelle raconte aussi le sentiment d’être en permanence trimballée d’une école à l’autre ou d’un enfant à l’autre. « Certaines se retrouvent à jongler avec huit élèves par semaine. Le système frise parfois l’absurde, on a l’impression de ne servir à rien », confie-t-elle.

    Un rendez-vous pour la dignité
    Longtemps promise, la création d’un statut est au cœur de la mobilisation de mardi. « Mais le premier rapport rendu en mai nous alarme », indique Fabrice Rabat, cosecrétaire du SNES-FSU dans le Morbihan. Aujourd’hui, les AESH sont des contractuels de l’Éducation nationale. Nous réclamons qu’ils deviennent fonctionnaires de catégorie B, poursuit le syndicaliste. Pour l’heure, les projets ministériels ne semblent vouloir créer qu’une hiérarchie intermédiaire, laissant 80 % des agents sur le carreau. »

    « L’école inclusive c’est bien, mais elle a un prix. À notre gouvernement d’assumer. Mardi, nous réclamons non seulement un statut pour les AESH mais aussi des formations et une revalorisation salariale pour qu’elles vivent dignement de leur travail », indique Céline Le Pestipon, du syndicat Sud Éducation. L’intersyndicale prévoit aussi d’interpeller les députés morbihannais, « car il faudra passer par une loi pour avancer ».

    Manifestations, mardi 9 juin, à 12 h, à Lorient, devant la sous-préfecture et à la même heure, à Vannes, devant la préfecture.

  • « On est jetés en pâture » : à Paris, les animateurs du périscolaire dénoncent « une suspicion généralisée » | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/190526/est-jetes-en-pature-paris-les-animateurs-du-periscolaire-denoncent-une-sus

    Des centaines d’agents de la ville de Paris ont manifesté, mardi 19 mai, pour s’inquiéter des suspensions systématiques mises en œuvre par le nouveau maire au nom du principe de précaution. Mais surtout pour réclamer des moyens indispensables à un accueil sécurisé des enfants.
    Mathilde Mathieu
    19 mai 2026

    « Stop répression ». Sur la banderole en tête de cortège, le mot claque. Alors que la ville de #Paris est confrontée à une explosion sans précédent des signalements d’animateurs pour des violences sur des enfants, les agent·es périscolaires ont manifesté, mardi 19 mai après-midi, contre la politique de « tolérance zéro » mise en œuvre par le nouveau maire socialiste Emmanuel Grégoire, consistant à suspendre au premier soupçon. « Il y a trop d’amalgames, on est jetés en pâture avec les pédocriminels », confie une animatrice. « L’autre jour, un soignant m’a demandé mon métier, confie une autre. J’ai répondu bibliothécaire. »

    Pas toujours raccord par le passé, les organisations syndicales ont appelé cette fois à un rassemblement commun pour dénoncer un « climat de suspicion généralisée et d’arbitraire ». Et ont réclamé « des moyens pour les agents pour protéger les enfants ». Sous la pluie, ils et elles sont ainsi des centaines – sur 14 000 dans la capitale – à se serrer les coudes, certain·es grévistes depuis plusieurs jours, à deux pas du quartier de Bastille où ont explosé les premiers scandales de pédocriminalité, il y a un an.

    Selon la procureure de Paris, pas moins de quatre-vingt-quatre enquêtes pénales sont aujourd’hui en cours dans des écoles maternelles, une vingtaine dans des écoles élémentaires, et une dizaine dans des crèches. En parallèle, une centaine d’animateurs et d’animatrices auraient été suspendu·es par la municipalité depuis le 1er janvier pour des suspicions de violences de toutes natures, y compris des violences éducatives ordinaires . La dernière statistique officielle faisant état de soixante-dix-huit cas remonte à début avril.

    Autrement dit : la parole des enfants est enfin mieux écoutée par les familles et les institutions. Et si la justice a écarté toutes poursuites dans quelques affaires d’animateurs initialement suspendus, plusieurs ont récemment été mis en examen pour des violences sexuelles sur des élèves. Au moins un a été envoyé en détention provisoire, en avril, soupçonné d’avoir commis des faits à l’égard de trois élèves de maternelle.
    Quatre procès sont par ailleurs annoncés dans la foulée de celui qui s’est tenu début mai, à huis clos, pour juger un animateur de l’école Titon, soupçonné de harcèlement sexuel et d’agressions sexuelles sur des élèves de CM2 (lire nos révélations).

    Aligné avec l’objectif de lutte contre ces violences, le cosecrétaire général du Supap-FSU (syndicat le plus représentatif au sein de la profession avec l’Unsa) estime que les consignes passées par Emmanuel Grégoire au lendemain de son installation, début avril, sont toutefois déraisonnables, hormis sur les violences sexuelles. « On a des agents complètement démunis qui ne savent plus quoi faire quand des enfants se battent, qui n’osent plus toucher un bras, de peur que ça leur retombe dessus », assure Nicolas Léger.

    « Le principe de précaution prime sur la présomption d’innocence, comme si on était des citoyens de seconde zone, cingle son homologue de l’Unsa, Claude Lasserre. Au moins, quand les #animateurs sont contractuels ou titulaires, ils sont suspendus dans le cadre d’une procédure. Mais quand il s’agit de #vacataires [l’immense majorité des agent·es à Paris – ndlr], la ville s’en défait du jour au lendemain, comme des “agents kleenex”. Elle cherche à se protéger elle-même ! » L’attaque est rude.

    Une colère qui déborde

    Parmi les vacataires ainsi remerciés ces dernières semaines, Mediapart peut citer le cas de Claude*, cadre commercial retraité qui exerçait depuis six ans dans une école élémentaire, où il proposait une activité jeu d’échecs, aidait aux devoirs, dépannait à la cantine. À la mi-avril, il a été convoqué pour se voir signifier la fin de ses interventions.

    Et lundi 18 mai, les parents d’élèves en ont été informé·es par mail en ces termes : « Un signalement [a été] porté à la connaissance [de la ville] par une autorité extérieure à l’école […]. Il s’agirait de comportements inappropriés et contraires à la charte de l’animateur, notamment la prise de photos et vidéos d’enfants lors d’activités, diffusées au cadre familial de l’animateur […]. Nous ignorons le caractère avéré ou non de cette information. »

    Auprès de Mediapart, Claude s’insurge d’un tel flou. « En deux ans, j’ai dû faire deux photos d’enfants devant leur partie d’échecs, pour qu’ils puissent la reprendre un autre jour ! » Mais il raconte aussi avoir été visé, au début des années 2010, par un signalement d’élève qui se serait rétractée en quelques jours. La ville l’a, en tous cas, informé avoir été récemment destinataire d’« une remontée du parquet de Paris qui interroge [sa] posture professionnelle ».

    « Je ne sais pas de quoi il s’agit exactement et il n’y aura pas d’enquête administrative, donc je n’ai aucun moyen de me défendre », regrette ce retraité. Aux yeux de nombreuses familles de victimes, comme de collectifs de parents engagés dans la lutte contre les violences faites aux enfants, le principe de précaution appliqué ici sera sans doute jugé bienvenu. Claude, lui, parle d’une « chasse aux sorcières » et compte distribuer des tracts dès mercredi matin devant l’école, celle où ses propres enfants avaient été inscrits, pour « défendre sa réputation ».
    Dans les prochains mois, des cas similaires ne manqueront pas d’être portés devant la justice administrative, avec l’aide de représentants syndicaux. La ville de Paris le sait d’ailleurs, qui a vite pris la mesure de la colère explosive sur le terrain.

    « Une approche proportionnée »

    Alors qu’Emmanuel Grégoire avait opté pour l’automaticité des suspensions au premier signalement, toutes violences confondues, de premiers « bougés » ont été annoncés aux organisations, il y a une dizaine de jours. « Ils ont entendu notre demande de plus de discernement en dehors des signalements pour violences sexuelles, affirme Nicolas Léger (FSU). Pour des agents qui tirent le bras, qui crient, qui ont une mauvaise pratique éducative, il faut procéder à des suspensions au cas par cas, après des enquêtes flash. Ils nous ont dit que ça allait être effectif tout de suite. » « Rien de concret pour l’instant, s’impatiente Claude Lasserre (Unsa). Ils devaient nous donner un tableau pour le détail, mais on attend. »

    Recul ou avancée, la ville confirme en tout cas le double régime qui devrait s’imposer : « En cas de violences sexuelles, au moindre signalement, une mesure de suspension immédiate et systématique est prise ; et aucun retour de l’agent devant un enfant n’a lieu. » Mais « concernant les autres types de violence », des suspensions « peuvent » être décidées « en fonction de la gravité des faits », la municipalité revendiquant « une approche proportionnée ».

    En annonçant guère de moyens supplémentaires pour renforcer les équipes – ou alors très loin des revendications des syndicats –, Emmanuel Grégoire ne s’est pas donné les moyens de faire passer la pilule de sa politique « de précaution ».

    « Le système actuel ne nous permet pas de répondre correctement aux besoins des enfants, rappelle Adam Semail, secrétaire général de la CFDT-Interco de Paris. Avec un tel niveau de précarité, les meilleurs talents vont ailleurs. » Avec des #horaires_fractionnés et des rémunérations minimalistes, le métier n’attirait déjà pas, avant la crise, les équipes travaillant régulièrement en #sous-effectifs.

    « On attend des engagements sur la “déprécarisation” et les titularisations, ça peut être voté rapidement au conseil de Paris de juillet, insiste Nicolas Léger. Si Emmanuel Grégoire veut arriver un jour à ce qu’il y ait des effectifs doublés sur certains temps périscolaires, il faut réduire les taux d’encadrement [fixés à dix-huit enfants par agent·e en école élémentaire par exemple –ndlr] [bande de teubés : faut les augmenter, ndc]. On revendique aussi des formations d’État réellement diplômantes, pas ce qu’annonce la ville avec une espèce de Bafa renforcé [qui serait proposé dans une école bientôt créée – ndlr]. »
    « C’est très douloureux comme situation », déplore Brigitte, quinze ans de métier derrière elle et beaucoup de passion. « C’est l’échec de la gauche. Avec ce nouveau climat, beaucoup d’agents vont partir, ça va être l’hécatombe à la rentrée. » Avec un risque d’aggravation des conditions de travail.

    Ce qui la désole le plus, au fond, c’est que les alertes sur les violences commises par certains animateurs n’ont pas manqué ces dernières années. Brigitte, comme plusieurs de ses collègues rencontrées ces derniers mois par Mediapart, ont tenté de mobiliser leur hiérarchie quand un animateur se montrait violent. Ou encourageait « une baston », se présentait ivre ou sollicitait des élèves sur Snapchat. « Mais il y a un déni de responsabilité sidérant et des gens qui sont vite en limite de compétences dans certaines Caspe [ces services déconcentrés dans les arrondissements qui supervisent les équipes – ndlr]. Quand tu dénonces un problème, tu deviens le problème. »

    Sous couvert d’anonymat aussi, une collègue appuie : « Quand on remontait ce qui n’allait pas, c’était pris pour des enfantillages. » Alors aujourd’hui, la colère déborde. Trop brutal, trop tard. Installée lundi soir par Emmanuel Grégoire, la convention citoyenne sur le périscolaire consacrée « à la protection et aux temps de l’enfant », est attendue au tournant.

    #enfance #Ville_deParis #VSS

  • Stéréotypes pour enfants
    https://laviedesidees.fr/Stereotypes-pour-enfants

    Les livres et magazines pour la #jeunesse sont bourrés de clichés qui, au sein du récit, favorisent les garçons au détriment des filles. Au-delà du cas français, il faut réfléchir au coût social d’un tel déséquilibre.

    #Société #enfance #littérature #livre
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20260518_genderliterature.pdf

  • Quel corps ?Entretien avec Françoise Davisse
    https://abasbruit.org/2026/04/18/quel-corps-entretien-avec-francoise-davisse

    Dans « Laisse pas ton corps au vestiaire », Françoise Davisse et Jean-Philippe Urbach proposent une belle réflexion-documentaire sur le corps à l’école, impensé majeur de l’institution alors que s’y jouent de profondes inégalités entre filles et garçons reproduites par les stéréotypes de genre.

    #Entretiens #Recensions #école #cinéma #enfances #féminismes
    https://abasbruit.org/wp-content/uploads/2026/04/nsmail.mp3

  • Des cunnilingus imposés à une enfant ne sont pas un viol : la cour d’appel de Paris persiste dans « l’archaïsme » | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/100426/des-cunnilingus-imposes-une-enfant-ne-sont-pas-un-viol-la-cour-d-appel-de-

    Mise en garde

    Cet article fait état de violences sexuelles sur une enfant.

    En décembre 2025, dans un tribune publiée dans L’Humanité, des personnalités féministes, parmi lesquelles Emmanuelle Piet, du Collectif féministe contre le viol, Suzy Rojtman, du Collectif national pour les droits des femmes, ou encore Céline Piques, d’Osez le féminisme, avaient appelé la chambre de l’instruction à rendre une « décision déterminante » pour affirmer qu’un cunnilingus imposé est bien un viol.

    « Pénétrer la vulve ne suffirait pas à caractériser un viol. Cette interprétation restrictive du sexe féminin opère une mutilation symbolique : une excision judiciaire. Elle nie l’anatomie réelle des femmes pour ne retenir que ce qui sert au plaisir des hommes ou à la procréation », soulignaient ces militantes. « Un cunnilingus forcé […] répond parfaitement à la définition légale du viol. Prétendre le contraire, c’est effacer le corps des femmes du droit pénal », insistaient-elles aussi, demandant de « revenir sur une jurisprudence indigne ».

    (...)

    Le cas de Daphné n’est pas concerné par cette loi de 2021, puisque les faits dénoncés sont antérieurs. Paradoxalement, l’amendement censé éclaircir une bonne fois pour toutes les choses a été pris au pied de la lettre par les magistrats, qui considèrent que les cas de cunnilingus imposés antérieurs à 2021… ne constituent pas des viols. « C’est révoltant et rageant. La loi a eu l’effet inverse à celui escompté pour les victimes », analyse la plaignante. « La loi du 21 avril 2021 a visé précisément à contrecarrer cette jurisprudence profondément patriarcale en sanctuarisant les actes bucco génitaux dans la définition du viol. C’est donc un parfait contresens de considérer qu’ils doivent en être exclus lorsqu’ils sont antérieurs à son entrée en vigueur », estime son avocate.

    #patriarchie #viols #enfance_brisee #justice_archaïque #france_2025 #revenez_dans_300_ans

    https://justpaste.it/m61wz

  • Le directeur de l’information de CNews condamné pour des violences sur ses trois enfants | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/260126/le-directeur-de-l-information-de-cnews-condamne-pour-des-violences-sur-ses

    Pendant la procédure et lors de l’audience, le patron de l’information de CNews affirme « ne pas être violent » mais reconnaît avoir giflé l’une de ses filles et lui avoir dit un jour : « Je veux que tu disparaisses de ma vie. » Il reconnaît aussi avoir donné des douches froides à son fils pour le calmer quand il « était très agité et difficilement gérable », mais assure que c’était à l’initiative de sa compagne.

    Selon le jugement consulté par Mediapart, les trois enfants ont détaillé les violences qu’ils reprochaient à Thomas Bauder, devant les enquêteurs mais aussi lors de l’audience publique qui s’est tenue le 10 septembre 2025. « Lors de son audition devant le tribunal, Jérémy* [13 ans] maintiendra avoir subi de manière régulière des violences physiques et verbales de la part de son père, peut-on lire dans la décision. Il expliquera qu’à la moindre bêtise il était rabaissé, qu’il pouvait être insulté de “sale con” ou d’“enculé”, qu’il recevait régulièrement des gifles au visage et qu’il avait aussi subi des douches froides du temps de la vie commune. Il expliquera avoir également reçu des coups de pied dans le ventre. »

    À la barre du tribunal, Sophie*, 10 ans, « expliquera qu’elle et ses frère et sœur recevaient très régulièrement des gifles de la part de leur père, à chaque fois qu’ils allaient à son domicile ». « Elle expliquera également que son père les insultait et leur rappelait tout le temps qu’il aurait aimé qu’ils ne soient pas là. » Au procès, Sarah*, 7 ans, livrera un témoignage similaire, « expliquant que son papa la frappait et l’insultait et la rabaissait ».

    ...

    En tant que directeur de l’information de CNews, Thomas Bauder est bien une personnalité publique – ses fonctions lui ont d’ailleurs valu d’être auditionné au Parlement à plusieurs reprises. Elles l’amènent à peser sur la manière dont les « violences éducatives ordinaires » sont traitées sur la première chaîne d’information en continu de France.

    Par ailleurs, lorsqu’il s’agit de traiter des violences faites aux enfants, Mediapart s’astreint à des précautions particulières, pour préserver l’intérêt des mineur·es concerné·es. Les parents ont été dûment sollicités, de même que leurs avocat·es. Dans notre article, nous nous contentons de faire état d’une décision de justice, rendue à l’occasion d’une audience publique (en décembre 2025) ; ainsi que d’éléments débattus lors du procès lui-même (en septembre 2025), qui s’est déroulé classiquement, sans le moindre huis clos. Les trois enfants eux-mêmes ont souhaité y témoigner.

    #enfance #violence #retrogrades #bollore #medias #xdroite

  • « Politiser Loana, c’est rappeler qu’elle avait, très tôt, été abandonnée à des violences dont nous continuons de sous-estimer l’ampleur et la gravité »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/03/26/politiser-loana-c-est-rappeler-qu-elle-avait-tres-tot-ete-abandonnee-a-des-v

    Tribune

    Alice Gayraud

    Ancienne responsable du plaidoyer de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants

    L’enfance de la candidate du « Loft », morte le 25 mars à 48 ans, avait été marquée par l’inceste, rappelle l’ancienne responsable du plaidoyer de la Ciivise Alice Gayraud, citant le journaliste Paul Sanfourche. Les 160 000 enfants victimes de violences sexuelles chaque année ont trois fois plus de risque de subir des violences tout au long de leur vie, souligne-t-elle dans une tribune au « Monde ».

    #enfance_violée
    #continuum_traumatique
    #VSS
    #loft_story
    #sexisme_institutionnel
    #M6

    • Loana, 25 ans d’humiliation en direct (ASI)

      "Loana a 23 ans. Depuis cinq ans, elle est go-go-dancer." C’est sur ce commentaire en voix off, accompagné d’un zoom-dézoom sur la poitrine de la jeune femme qui danse, que la France découvre Loana Petrucciani, plus connue sous son seul prénom, le 26 avril 2001, dans le premier épisode de Loft Story. La deuxième image est un plan de coupe sur ses fesses. Avant même de voir son visage, le programme présente à la France entière le corps de la jeune femme. Loana, pour M6 qui diffuse l’émission, c’est des seins et des fesses avant tout.

      Dans ce portrait qui dure quelques minutes, Loana raconte avoir dû travailler très tôt, dû à l’hospitalisation de sa mère, qui l’a laissée "avec tout à gérer : le loyer, les factures", à 17 ans. "Je véhicule une certaine image, grande, blonde, sexy, et paillettes et strings, puisque je travaille en boîte de nuit", résume-t-elle. "Mais en réalité, je suis très introvertie. Je suis timide, réservée, pudique." On découvre une jeune femme attachante, qui regrette de ne pas avoir pu faire des études, adore son chien, est "fidèle en amitié et idéaliste en amour", selon la voix off. Une fille sympa, un peu naïve comme on peut l’être à 23 ans, pleine d’espoir malgré un parcours déjà cabossé. Les producteurs de Loft Story, racontait le journaliste Paul Sanfourche dans notre émission dédiée à la série inspirée de l’émission, "ont tout de suite compris le potentiel de femme-objet de Loana" et étaient dès les débuts "extrêmement avides d’exploiter son image télévisuelle".

      Et son image n’a pas cessé d’être exploitée depuis. En février 2024, elle était invitée par Cyril Hanouna sur le plateau de Touche pas à mon poste, et témoignait de l’agression sexuelle qu’elle a subie. L’ancienne star du Loft, multi-traumatisée, y balbutiait sous les moqueries des chroniqueurs et les rires du public. "Viol, agressions, addictions : Loana se livre en exclusivité !" scandait le bandeau de TPMP tandis que Loana se noyait, en direct, dans ses propres mots. L’Arcom avait ensuite mis C8 en demeure pour atteinte à la dignité humaine.

      Loana Petrucciani a été retrouvée morte à 48 ans, le 25 mars 2026, seule chez elle, à Nice. Ce sont ses voisins qui ont appelé la police. Ses proches ne l’avaient pas vue depuis des jours, voire des semaines, et ne s’en étaient apparemment que peu inquiétés. Son chien a été retrouvé mort auprès d’elle. C’est dans l’isolement, les addictions et une solitude extrême que cette femme, lessivée par deux décennies de violences médiatiques, s’est éteinte.

      Le même jour, Hanouna et sa clique de charognards apprenaient la nouvelle en direct dans Tout beau tout neuf. "On apprend en direct un drame", annonçait Hanouna. "Drame épouvantable, Cyril", renchérissait Gilles Verdez. "Beaucoup d’émotions, évidemment, quand on la recevait... On est très secoués, c’est absolument tragique." Hanouna raconte une "anecdote" : "Elle m’avait appelé en me disant : « Je veux bien venir sur le plateau, mais j’ai perdu toutes mes dents. »" Il explique avoir fait intervenir "un pote dentiste en urgence", ce pour quoi elle l’a "beaucoup remercié" ensuite. Quel hommage touchant... Le chroniqueur Jordan De Luxe ajoute que "Loana était malheureusement beaucoup dans le passé, elle ne parlait que du passé." La faute à qui ? Depuis le 16 avril 2001, les médias ont refusé à Loana le droit d’être autre chose que la "go-go-dancer" de 23 ans qu’ils avaient adoré filmer et exploiter sous toutes les coutures. Et lorsqu’elle a cessé d’être cette femme-objet, on l’a rabaissée jusque dans sa mort : cette semaine, Charlie Hebdo a publié une caricature dégoulinante de sexisme, de classisme, de grossophobie et de toxicophobie. M6, la chaîne qui l’a rendue célèbre, a diffusé dans son JT les images de son corps transporté sur une civière.

      En 48 ans, Loana aura vécu vingt-trois ans d’anonymat et de galères - son enfance a été marquée par la violence et l’inceste -, deux mois de célébrité soudaine dans le Loft, et vingt-cinq ans à en payer le prix. Une vie broyée par l’humiliation patriarcale en direct.

      https://www.arretsurimages.net/chroniques/sur-le-gril/loana-25-ans-dhumiliation-en-direct

    • Coucou @inadvertance, ça me fait pas du tout marrer de voir arrêt sur images cité pour parler de patriarcat. Il y a longtemps, j’étais jeune et naïve et j’ai eu l’idée et du contenu de cette émission de télévision et de son titre et je devais m’associer à Alain Jaubert, grand pote de Schneiderman et créer une maison de production. Au lieu de cela, j’ai vu apparaitre l’émission 6 mois plus tard sans que personne ne m’y ait jamais associé, même pas crédité au générique bien évidemment. Jaubert s’est défaussé en disant que l’idée était dans l’air et m’a proposé un contrat chez TéléEurope mais j’ai été viré au bout de quelques jours parce que j’étais enceinte et que la réalisatrice m’en a voulu car elle n’arrivait pas à avoir un enfant. La direction de TéléEurope m’a menacé de ruiner ma carrière (ce qui a été fait avec succès) si j’allais porter plainte aux prudhommes (j’ai pourtant seulement été à la CGT). Voila bien l’ambiance des patriarches de mai68 qui tenaient la culture télévisuelle comme leur pré carré et suçaient les idées des jeunes femmes avant de jeter le citron. wala wala, je garde une petite dent vois tu :)

    • Aussi longtemps que l’enfance restera tenue à l’écart de l’analyse des violences patriarcales, nous continuerons de découvrir trop tard des vies ravagées avant même qu’elles ne commencent. Et de les raconter comme des tragédies individuelles.

      Dire cela, c’est refuser de faire de Loana une exception, un « destin brisé » que l’on contemple avec émotion sans en tirer la moindre conséquence politique. Car le parcours de Loana est celui de milliers de femmes. Cent soixante mille enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année en France. Combien de ces filles deviendront, sans protection ni prise en charge, des femmes exposées à de nouvelles violences ?

      Politiser Loana, ce n’est donc pas opposer l’inceste à la téléréalité, ni minimiser la violence produite par l’exposition médiatique. C’est rappeler qu’une femme dont on dit aujourd’hui qu’elle a « mal fini » est aussi quelqu’un qui, très tôt, avait été abandonné à des violences dont nous continuons de sous-estimer l’ampleur et la gravité.

      L’enjeu politique se niche dans notre manière de dater la violence. Et dans la manière dont nous nous donnons, ou non, les moyens de la prévenir.

      https://justpaste.it/ls4c3

      #media #télévision #enfance

  • On n’a pas attendu Trump, ICE ou Le Pen pour maltraiter les pas-de-chez-nous (épisode quarante-douze). - Le 19 janvier 2026, le Comité des droits de l’enfant des Nations unies a, une nouvelle fois, condamné la France pour ses pratiques en matière de prise en charge et de détermination de l’âge des mineurs non accompagnés.
    https://www.lacimade.org/presse/mineurs-non-accompagnes-3e-condamnation-de-la-france-par-le-comite-des-dro

    Il s’agit de la troisième condamnation de la France, après celles de janvier 2024 et mai 2025, visant les mêmes défaillances structurelles. La répétition de ces constats souligne le caractère persistant et systémique des violations, malgré les alertes réitérées des associations intervenant auprès des mineurs isolés.

    Dans cette décision, le Comité relève à nouveau que les procédures françaises de détermination de l’âge ne respectent pas les garanties procédurales prévues par la Convention internationale des droits de l’enfant. Il constate notamment :
    – une remise en cause injustifiée de documents d’état civil sans vérification auprès des autorités compétentes ;
    – la persistance de l’usage des examens médicaux d’âge osseux pourtant dénoncés de longue date ;
    – des évaluations de minorité non conformes à l’intérêt supérieur de l’enfant ;
    – une absence de représentation légale dès l’ouverture de la procédure ;
    – le caractère non suspensif des recours conduisant de nombreux mineurs à vivre plusieurs mois à la rue.

  • L’association Face à l’inceste quitte la Ciivise sur fond de désaccords

    https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/01/22/l-association-face-a-l-inceste-quitte-la-ciivise-sur-fond-de-desaccords_6663

    L’organisation, qui participait depuis sa création à la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, en a claqué la porte, se disant tenue à l’écart de certains travaux et jugeant que « la parole des victimes n’est plus la boussole » de la commission, qui doit disparaître à l’automne.

    #inceste #ciivise #enfance

  • F comme Fugue : Une polyphonie de voix au milieu du fracas.
    « Bruits » le roman d’Anne Savelli vient de paraître aux Éditions Inculte

    https://liminaire.fr/creation/livre-lecture/article/f-comme-fugue-polyphonie-de-voix-au-milieu-du-fracas

    Bruits est un texte fragmenté. Chaque extrait est précédé d’un horodatage et d’indications de lieu ([06:02] [cité] [troisième étage] [palier]). La narration saute d’une conscience à une autre, mêlant dialogues, pensées et descriptions en un flux continu et saccadé. Cette écriture imite le bombardement de stimuli du monde contemporain et la perception psychologique d’un environnement saturé. La fragmentation n’est pas synonyme de désordre, elle est au contraire la forme la plus juste pour dire un monde qui a perdu son centre.

    (...)
    #Écriture, #Livre, #Lecture, #En_lisant_en_écrivant, #Podcast, #Littérature, #Histoire, #Roman, #Ville, #Temps, #Enfance, #Silence, #Bruit (...)

    https://actes-sud.fr/bruits

  • Lecture d’un extrait du livre « Le pays dont tu as marché la terre » de Daniel Bourrion, paru aux Éditions Héloïse d’Ormesson, en 2025.

    https://liminaire.fr/creation/radio-marelle/article/le-pays-dont-tu-as-marche-la-terre-de-daniel-bourrion

    Dans ce roman en forme d’hommage, l’auteur revient sur la mort d’un camarade d’enfance resté toute sa vie dans son village lorrain. Il tente de comprendre comment ce garçon discret, presque invisible, a glissé « vers une absence progressive avant que d’être permanente », disparaissant hors du monde sans que personne ne s’en rende vraiment compte. Leur amitié, née dans cette campagne, s’est diluée quand leurs routes se sont séparées, « chacun sur sa voie, sans croisements ». Ce livre retrace leur parcours, interroge ce qui pousse certains à s’effacer quand d’autres parviennent à s’en sortir. Avec une langue sensible, Daniel Bourrion reconstitue le souvenir d’un homme que tout semblait condamner au silence et à l’oubli. Un livre dense, émouvant, sur l’amitié et la mémoire.

    (...)
    #Radio_Marelle, #Écriture, #Livre, #Lecture, #En_lisant_en_écrivant, #Podcast, #Littérature, #Histoire, #Biographie, #Poésie, #Enfance, #Mémoire, #Paysage (...)

    https://liminaire.fr/IMG/mp4/en_lisant_le_pays_ou_tu_as_marche_la_terre_daniel_bourrion.mp4

    https://www.lisez.com/livres/le-pays-dont-tu-marche-la-terre/9782487819252

  • La banalité du bien
    https://laviedesidees.fr/Tony-Molho-La-gentillesse-des-autres

    Récemment publiés en anglais, les souvenirs d’enfance de l’historien de la Renaissance italienne Tony Molho ont été presque immédiatement traduits en de nombreuses langues. Il y raconte ses souvenirs de famille à Salonique, l’occupation allemande et la fuite, perçues à hauteur d’enfant.

    #Histoire #Shoah #enfance #guerre_mondiale #Grèce
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/202511_molho_relu_ariel-2.pdf

    • Dans « la gentillesse des autres », on entend aussi une interrogation non résolue qui traverse le livre : cette définition de l’autre, l’idée d’une frontière en évolution avec « les autres ». Dans un jeune pays où la religion orthodoxe devient rapidement un signe de grécité, Tony Molho tente, avec toujours beaucoup de questionnements, de reconstruire ce qui faisait la judéité de sa famille. Celle de ses parents qui parlaient ladino (judéo-espagnol), français entre eux, mais grec seulement à l’extérieur de la maison, parfois avec un accent reconnaissable. Celle de son père passionné de culture allemande qui évite de parler cette langue après la guerre, mais qui n’accepte qu’à contre-cœur l’émigration aux États-Unis. La sienne enfin, par exemple lorsqu’invité par un camarade d’école à la messe de Pâques après la guerre, il entend un violent sermon à l’encontre des juifs et se retourne pour voir à quels juifs on s’adresse. Très tôt, ses camarades d’écoles l’appellent Tonis « Tony transformé en Tonis – et un enfant ressent de manière différentes sa place, ou son absence de place, dans le monde qui l’entoure ».

      #Salonique #ladino #altérité #compassion

  • « #Ta_vie_est_devant_toi » dit l’agence #Frontex aux enfants qu’elle expulse

    Comment l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, Frontex, distribue une #brochure écoeurante aux enfants qui vont être expulsés du territoire. Financée par n(v)otre argent, en n(v)otre nom.

    L’expulsion d’#enfants...

    ... qui, parfois, ont résidé ici durant des années, parfois quasiment toute leur vie, est toujours un acte violent. Devoir quitter le territoire signifie abandonner ses copains et copines, des proches, l’école, les activités extrascolaires, son animal de compagnie, son ancrage, sa vie. Le nier est une absurdité. Vouloir tromper l’enfant sur la réalité de ce qui va se passer, alors qu’il voit ses parents catastrophés et dans une tristesse profonde, est sadique.

    Nous ne voyons pas comment classer la brochure FRONTEX à destination des enfants sur le point d’être expulsés autrement. Publiée par l’agence en 2023, elle est censée “accompagner et faciliter” le processus pour l’enfant. Nous comprenons l’intention – l’enfer n’est-il pas pavé de bonnes intentions ? – mais vouloir aider celui que l’on rejette, à qui on refuse justement l’aide, n’est-ce pas une antinomie ? Est-ce pour cela que les brochures résultantes sont si insupportables et nous contraignent à poser des questions :

    – qui a validé ce projet ?
    – qui a pensé qu’il nous dédouanera de notre responsabilité collective d’avoir approuvé ce rejet ?
    – pourquoi aujourd’hui encore, cette brochure est-elle utilisée et disponible dans toutes les langues de l’Union Européenne ?

    Il y a trois modèles :

    Malheureusement, même si tu as envie de rester, ce n’est pas possible ”

    Alors que la brochure tente de brosser un tableau de “grande aventure positive”, les dessins pour ados et mineurs non-accompagnés sont littéralement cauchemardesques. Voyons d’abord le #narratif autour de ce moment vécu par les enfants, en toute impuissance. Nous n’allons plus distinguer entre les trois versions car le narratif est identique, il n’y a que le vocabulaire (et encore) qui est adapté.

    En préface, une note adressée aux parents : “N’oubliez pas que les enfants vont bien lorsque leur famille se porte bien.” peut-on y lire. Quel niveau de mépris et de culpabilisation. Soyez calmes et joyeux. Si vous ne l’êtes pas, le traumatisme de votre enfant sera de votre faute.
    Continuons.

    Après un “On t’a sûrement expliqué que tu dois déménager pour aller vivre dans le pays d’origine de ta famille.“ nous pensions être arrivés au summum de la cruauté, tombant sur l’encadré “ Important : Tes Droits”, mais non, nous ne sommes que sur la page 7 de la brochure.

    “ Tout comme les adultes, les enfants et les adolescents ont des droits.[..]
    Ils te permettent aussi de participer et d’être entendu(e) lors des prises de décision qui te concernent. ”

    Aux enfants qui, depuis l’annonce de leur expulsion, se trouvent dans un vortex de perte de contrôle et d’incertitude, Frontex apprend qu’en théorie ils ont des droits sauf que personne, strictement personne ne leur a demandé leur avis durant cette procédure.

    “ Ils (ndlr. : les droits) sont tous aussi importants les uns que les autres, on ne peut pas te les retirer et tu en disposes partout où tu vas.”

    Comprenons : un enfant qui va se retrouver dans un pays, souvent inconnu, a maintenant la mission de réclamer ses droits parce que FRONTEX lui a indiqué qu’ils sont appliqués partout (ce qui n’est évidemment pas vrai). Si ce n’était pas si cynique, on pourrait presque en rire.

    “ Toi et ta famille n’avez plus la possibilité de rester et de vivre ici.
    Malheureusement, même si tu as envie de rester, ce n’est pas possible pour le moment. [..]
    Peut-être que tu es triste de quitter tes amis et ton école. Peut-être que tu t’inquiètes à propos du déménagement ou [..] que tu es enthousiasmé(e) par ce changement.”

    #Déménagement” ? Un enfant enthousiaste à l’idée de quitter sa maison sans en avoir une nouvelle ? Ses affaires dans une petite valise ? Peut-on imaginer plus éloigné de la réalité ?
    Centre de rétention : “Tu pourras ou non être autorisé(e) à quitter le bâtiment ou à recevoir la visite de personnes extérieures.”

    Le lieu de détention, centre de rétention, CRA, centre fermé, appelez-le comme vous voulez, n’est pas un lieu de vie, de joie. Par sa nature, c’est un lieu rempli de personnes anxieuses, en attente, dont la vie a été suspendue, qui craignent le retour vers le pays qu’elles ont quitté, parfois de force.

    C’est un lieu où les serrures sont nombreuses et le grillage enferme ceux qui n’ont pas choisi d’y être, enfants inclus.

    Selon Unicef, les centres de rétention sont “Une pratique strictement contraire à l’intérêt supérieur des enfants”

    Après avoir rassuré les enfants qu’être enfermé est normal, FRONTEX poursuit à énumérer les plaisirs du voyage : De quelle couleur sera le gilet de votre accompagnateur ? L’accompagnateur sera… membre des forces de l’ordre, d’ailleurs dans le visuel suivant, on voit le gilet, celui dont l’enfant doit s’extasier, porté par des “accompagnateurs” qui ont menotté une personne qui refuse de monter à bord de l’avion, de se faire expulser.

    Et la brochure omet d’écrire que si tes parents refusent de monter à bord, ils seront à leur tour menottés.

    Passons les pages sur le vol et l’arrivée (c’est sympa, le dessin montre des gens attendus, des touristes, cette image doit faire doublement mal quand on voyage contre son gré vers un avenir plus qu’incertain). Mais l’agence FRONTEX parvient à surpasser le #cynisme des pages précédentes :
    “Maintenant que tu es dans le pays de ta famille, tu vas vivre des expériences nouvelles et différentes.”

    L’enfant connaît son pays, celui où il habitait, celui où ses ami/e/s se trouvent, son école, ses loisirs. Celui qui lui a dit “nous ne voulons pas de toi”. La probabilité que les parents de l’enfant aient fui une situation de guerre, de menace, de pauvreté insurmontable est grande. “ [..] tu seras dans une nouvelle maison, une nouvelle école.[..]” est une affirmation étonnante, comme s’il s’agissait vraiment d’un simple déménagement entre deux pays démocratiques, paisibles et offrant toutes les possibilités et droits à l’enfant (et ses parents). Lui promettre que sa vie sera identique sauf que la langue et la nourriture changent – sans oublier qu’il y aura des nouveaux bonbons aussi, hallelujah : “ tu pourras te faire de nouveaux amis sympathiques et découvrir de nouveaux bonbons !”

    “Déménager vers ton pays d’origine ne doit pas t’empêcher de continuer à rêver...

    ... Si tes rêves, tes souhaits et tes objectifs sont clairs, cela t’aidera à faire le nécessaire pour les réaliser.”

    Quel soulagement, dans notre ignorance la plus crasse on se disait que la situation géopolitique, le PIB, etc. jouaient un rôle, s’il suffit d’avoir un objectif clair pour que la vie se passera exactement comme si l’enfant et ses parents avaient pu jouir de notre protection, tout va bien, in fine. Un petit oubli dans la brochure, préciser que pas mal de ces rêves auront désormais beaucoup moins de chances de se réaliser. Il est rare que des parents quittent volontairement leur pays natal si les opportunités y sont nombreuses.

    Tenter d’apaiser les enfants et adolescents expulsés pourrait être une intention louable, mais nier les causes de leurs angoisses, présenter ça comme une aventure positive relève d’un cynisme incroyable. Surtout lorsque la brochure est réalisée par Frontex, l’organisme qui a organisé ce renvoi forcé, et accusé de violation des droits de l’Homme notamment par le refoulement illégal de migrants arrivés aux portes de l’Europe (pushback)

    Rappelons que Frontex a été dirigé de 2015 à 2022 par Fabrice Leggeri, depuis élu député Européen sous la bannière RN.

    Cette brochure à l’attention des enfants et des adolescents est toujours disponible. Elle représente le dernier message qui leur est adressé par notre pays, donc collectivement, par nous tous.

    “C’est à toi d’écrire ton avenir”. Il te reste simplement beaucoup moins de pages blanches, et tu n’auras sans doute pas les moyens de t’acheter le stylo pour les remplir.

    https://blogs.mediapart.fr/sleeping-giants-france/blog/101025/ta-vie-est-devant-toi-dit-lagence-frontex-aux-enfants-quelle-expulse

    #expulsions #renvois #migrations #réfugiés #déboutés

    ping @karine4

    –—
    ajouté à la métaliste sur les #brochures pour accompagner, en #mensonges, les #renvois/#expulsions

    https://seenthis.net/messages/1142514

  • « J’espère que vous saurez vous montrer miséricordieux ou quelque chose comme ça parce que j’ai un parlement qui est à moi et pendant tout ce temps ces mots c’était ma façon d’être moi et pas un autre. »

    Le démon de la colline aux loups, Dimitri Rouchon-Borie (2021).

    Ce livre a été multi-primé, c’est donc peut-être une redite pour nombre de vous. Moi, je connaissais pas, puis il m’a été offert et j’ai trouvé aussi fin que costaud ce roman de l’atrocité « sexuelle » (#inceste, #viol) et meurtrière, écrit à la première personne par un ex-chroniqueur judiciaire qui y bricole avec brio une langue adéquate à son objet.

    TW

    « Je vais écrire des choses sales et je voudrais que vous me pardonniez même si lire c’est moins pire que subir on voudrait tous être épargnés. »

    La recension qui suit me parait juste. Elle ne nécessite pas de TW https://justpaste.it/9efhw

    edit vu l’objet, c’est aussi un livre contre Le management de la sauvagerie, me semble-t-il.

    #livre #roman #crime #littérature #famille #enfance

    • Je sais que c’est incompréhensible mais vous marchez sur un pont et moi sur un fil alors par pitié laissez-moi avoir mes raisons.

      ... et tous les jours je me demande pourquoi quelqu’un n’est pas venu me sauver avant, quand j’étais un enfant, ou encore plus tôt quand j’étais à peine une idée dans l’ordre des choses.

      ce serait un orgueil immense de penser expliquer un malheur si important par des mots

  • Cela fait quarante ans que son esprit vagabondait dans les couloirs de cet antre de la violence que fut Bétharram, explique d’emblée l’auteur. Tout comme des centaines d’autres enfants fantômes confrontés aux cauchemars, à la toxicomanie, à la délinquance, à la vie affective déséquilibrée, voire au suicide. Successivement directeur de plusieurs EHPAD et d’un centre régional dédié aux déficients visuels, les violences vécues dans cet internat ont fini par lui exploser à la figure.

    https://dubasque.org/livre-ouvert-le-silence-de-betharram
    #enfance_détruite #violences_sexuelles_physiques #enfance_adolescence_en_danger
    #betharam

  • Beaubourg et ses enfants
    https://laviedesidees.fr/Beaubourg-et-ses-enfants

    En 1977, le Centre Pompidou inaugurait une bibliothèque d’un nouveau genre, entièrement dédiée aux enfants et représentative des tentatives d’innovations du centre en termes de démocratisation des publics. Régine Sirota en éclaire les usages, entre découverte, plaisir et appropriation des lieux – jusqu’à sa fermeture prématurée.

    #Arts #culture #enfance #livre

  • Une étude du collectif « Mères déters » compare les actions menées par quatorze communes pour les familles monoparentales, et démontre un accès inégal aux services essentiels.
    https://www.liberation.fr/societe/familles/les-maires-ont-la-capacite-de-changer-la-vie-des-meres-isolees-les-politi

    « Selon la ville dans laquelle on habite, notre vie en tant que mère isolée peut changer radicalement » : ce constat est le point de départ d’Yvonne (1), rédactrice de l’étude et membre du collectif cofondé en 2024 par Sarah Lebailly, ex-présidente de la Collective des mères isolées, et la militante marseillaise Wafa. Entre les mois de juillet 2024 et 2025, elle a comparé les actions municipales de quatorze #villes françaises : les dix plus peuplées, mais aussi deux villes moyennes ayant mis en place un plan pour la #monoparentalité (Ris-Orangis dans l’Essonne, Saint-Ouen en Seine-Saint-Denis), ainsi que deux communes ultramarines (Saint-Denis de la Réunion et Fort-de-France en Martinique).

    Population précaire invisibilisée

    Près d’un quart des familles en France sont monoparentales, selon les chiffres 2020 de l’Insee, avec, dans l’écrasante majorité des cas, des femmes à leur tête (83 %). Elles sont « extrêmement dépendantes des services publics », précise Yvonne. Le reste à vivre des mères isolées est inférieur presque de moitié à celui des couples avec enfants. En 2020, 28,7 % d’entre elles travaillaient à temps partiel, une situation souvent contrainte par les besoins de garde des enfants, qui renforce leur précarité.

    En dépit de leur poids démographique, les #familles_monoparentales demeurent trop peu visibles dans les politiques municipales, avec de fortes disparités d’accès aux services essentiels suivant les communes. En 2020, parmi les dix programmes des candidats maires aux villes figurant dans l’étude (les quatre manquants n’ont pas pu être retrouvés), seuls quatre faisaient mention de la monoparentalité.

    « Ce qu’on essaye de mettre en lumière, c’est que les maires ont la capacité de changer la vie des mères isolées », précise la rédactrice de l’étude. De nombreuses compétences en lien direct avec la vie quotidienne des familles dépendent des mairies et des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) : l’accueil périscolaire, les transports, la petite #enfance, la restauration scolaire ou encore le logement. « Les communes gèrent toute cette période qui va de la naissance aux 12 ans de l’enfant, là où on a le plus de besoins », détaille Yvonne.

    https://justpaste.it/23r6d

    #mères isolées #municipalités #élections_municipales

  • Collectif Pédopsy 93 : « En Seine-Saint-Denis, les services publics liés à la santé des enfants ne tiennent que par l’engagement personnel des professionnels »

    Le gouvernement parle du nécessaire « réarmement démographique » de la France, mais délaisse le demi-million d’enfants qui vivent en Seine-Saint-Denis, le département de métropole où le taux de natalité est le plus élevé mais le moins bien doté en moyens pour les enfants.
    Les conditions de vie y sont difficiles : 15 % des familles sont monoparentales, selon les chiffres de l’Insee, et le mal-logement est un enjeu massif. Les mères seules ont en majorité des métiers aux horaires exigeants, dans des lieux éloignés de leur domicile, qui les obligent à s’absenter tôt le matin ou tard le soir. Elles sont mal payées. Le taux de pauvreté des enfants y est le plus élevé de France. Les écoles sont peu entretenues, et les classes sont surchargées.

    Face à ces difficultés, l’éducation nationale, débordée et sous-dotée en Seine-Saint-Denis, demande de plus en plus de « #certificats_MDPH », destinés à la Maison départementale des personnes handicapées, de sorte à obtenir la venue en classe d’accompagnants des élèves en situation de handicap. Ces « aides humaines », chargées d’aider les enfants mais aussi les enseignants, sont en nombre insuffisant, doivent partager leur temps entre plusieurs enfants et sont elles-mêmes précaires et mal rémunérées.

    Pour prendre le relais des défaillances de l’école publique, c’est donc toute une cohorte d’enfants qualifiés d’« handicapés » que nous « fabriquons » dans le département. Nous ne devons pas nier qu’effectivement, les enfants qui cumulent des difficultés sociales, familiales, un manque d’accès à l’éducation dans de bonnes conditions, aux services de protection de l’enfance et aux soins développent de réels troubles psychiques et développementaux.

    Services saturés

    L’aide sociale à l’enfance est débordée ; les éducateurs surchargés de situations difficiles craquent et partent. Les postes sont vacants. Les foyers d’accueil de la protection de l’enfance sont pleins, et les professionnels n’arrivent plus à gérer les enfants. Les #ruptures_d’accueil, et donc de lien, s’enchaînent pour des enfants déjà fragilisés par des parcours de vie difficiles qui ont abouti à leur placement par les services de protection de l’enfance. La Seine-Saint-Denis a très peu de médecins généralistes, et s’impose comme le « premier désert médical de France », beaucoup d’enfants n’ont pas de médecin traitant, et le taux de mortalité infantile y est extrêmement préoccupant.

    Les services de soins pédopsychiatriques sont saturés, avec un délai d’attente pour un premier rendez-vous d’un à deux ans pour rencontrer un psychologue ou un pédopsychiatre. Durant cette attente, l’enfant grandit, et souvent, sa trajectoire développementale s’aggrave. Le #collectif_Pédopsy_93 alertait déjà à ce sujet dans une tribune publiée par Le Monde en 2022. Malgré l’annonce de la priorité mise par le gouvernement sur la santé mentale des plus jeunes, les enfants en situation de précarité économique et sociale restent les moins pris en charge.

    Ces enfants sont la richesse de la France, mais ils sont laissés à l’abandon. C’est un bien mauvais calcul éthique et financier. Au lieu de miser sur leur avenir, l’Etat les abandonne et les stigmatise. Nombre d’entre eux se retrouvent finalement en situation de handicap, alors même que cela aurait pu être évité avec la mise en place d’un parcours de soins adapté.

    Une à une, les institutions alertent par le biais de tribunes, de manifestations, d’appels à l’aide. Tous les services publics impliqués, de l’éducation nationale aux services de protection de l’enfance en passant par l’hôpital et la justice des mineurs, ne tiennent que par l’engagement personnel des professionnels. Mais jusqu’à quand ? Certains secteurs sont déjà délabrés. Les enfants de Seine-Saint-Denis seraient-ils trop « colorés » pour compter pour la France ?

    Familles angoissées

    L’exemple de l’#orthophonie illustre ce profond désengagement de l’Etat. La plupart des services de pédopsychiatrie en France n’ont plus d’orthophonistes en raison des conditions salariales inacceptables du secteur public en regard d’une activité en libéral. Après une recherche et une attente d’un à deux ans, les familles parcourent souvent de grandes distances afin d’avoir accès à des soins orthophoniques pour leur enfant. Trop peu d’orthophonistes sont installées dans le département, et certains parents sont contraints à des trajets d’une demi-journée pour offrir à leurs enfants une seule séance.

    Alors, lorsqu’une décision inscrite au dernier projet de loi de financement de la Sécurité sociale dit que les familles des enfants suivis en centre médico-psychologique (#CMP) et en orthophonie doivent choisir entre l’un ou l’autre, cela ne nous semble pas entendable. C’en est trop pour les familles, trop pour les enfants, trop pour nous, professionnels du soin, de l’éducation, de la #protection_de_l’enfance.

    Depuis le 1er juillet, et ce dans tous les départements français, la Sécurité sociale ne rembourse plus les soins en orthophonie, sauf si ceux-ci « ne sont pas en rapport avec un trouble psychologique suivi en CMP » , alors même que le développement psychoaffectif de l’enfant s’inscrit dans le langage. Le coût de ces soins devra alors être pris en charge par les hôpitaux, qui ne parviennent plus à recruter des orthophonistes.

    Les hôpitaux, eux-mêmes en déficit, n’ont pas les moyens de prendre en charge ce coût. Asphyxiés financièrement, ils affichent des délais de paiement des factures atteignant les deux cents jours. Les orthophonistes ne voudront certainement pas conventionner dans ces conditions. Depuis la rentrée, nous voyons affluer dans les CMP des familles angoissées, forcées de choisir entre les soins psychologiques et les soins orthophoniques.

    Quel est le sens de cette décision ? Afficher un déficit de la Sécurité sociale moins marqué ? Qui pense à nos enfants ? Qui pense à notre avenir ?

    Thierry Baubet, chef du service de pédopsychiatrie au centre hospitalo-universitaire Avicenne (Bobigny) ; Bérengère Beauquier-Maccotta, cheffe du service de #pédopsychiatrie l’hôpital de Ville-Evrard (Neuilly-sur-Marne) ; Jean-Pierre Benoit, chef du service de pédopsychiatrie à l’hôpital Delafontaine (Saint-Denis) ; Ligia Gorini, cheffe du service de pédopsychiatrie à l’hôpital de Ville-Evrard ; Noël Pommepuy, chef du service de pédopsychiatrie à l’hôpital de Ville-Evrard ; Clémentine Rappaport, cheffe du service de pédopsychiatrie au centre hospitalier intercommunal Robert-Ballanger (Aulnay-sous-Bois). Tous sont membres du collectif Pédopsy 93, qui regroupe les services de pédopsychiatrie de Seine-Saint-Denis.
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/09/25/collectif-pedopsy-93-en-seine-saint-denis-les-services-publics-lies-a-la-san

    #93 #enfance #pauvreté #familles_monoparentales #MDPH #AESH #psychiatrie

    • Par ailleurs et plus généralement

      « On confond parfois l’expression d’un mal-être chez les jeunes avec la dépression » : la tribune d’un collectif de psychiatres
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/09/25/sante-mentale-des-jeunes-on-confond-parfois-l-expression-d-un-mal-etre-avec-

      [chapo merdique qui ne dit rien de la différence entre dépistage et #clinique, pourtant au coeur de l’article] Dans une tribune au « Monde », un collectif de psychiatres et de chercheurs invite à la prudence face aux autodiagnostics et insiste sur l’importance de définir un protocole rigoureux, seule manière d’apporter aux patients une aide adéquate et d’éviter la surmédicalisation.

      Un jeune sur quatre en France souffrirait de #dépression. Ce fait alarmant, publié dans Le Monde le 2 septembre, provient d’une enquête de l’Institut Montaigne, de la Mutualité française et de l’Institut Terram. Basée sur un questionnaire en ligne rempli par 5 633 jeunes de 15 à 29 ans, elle révèle une souffrance réelle avec une fatigue persistante pour plus de huit jeunes sur dix, des troubles du sommeil pour près des trois quarts et des idées suicidaires pour 31 % d’entre eux.

      Ces chiffres reflètent-ils pour autant une épidémie de troubles dépressifs ? Non, car ils confondent l’expression d’un mal-être avec une pathologie, dont le #diagnostic est délicat et basé sur un #entretien_clinique. Cette distinction est cruciale pour éviter une #surmédicalisation [que pratique fort bien les généralistes en consultation, embarrassés, pas formés et le plus souvent incapables d’indiquer un psy qui soit disponible] et maintenir la confiance dans les études en santé mentale.

      L’outil central de l’enquête de l’Institut Montaigne, le Patient Health Questionnaire-9 (PHQ-9), est un questionnaire standardisé couramment utilisé pour évaluer les symptômes dépressifs. Pourtant, comme le confirment de nombreuses études scientifiques, le PHQ-9 est avant tout un outil de dépistage, non de diagnostic : une analyse publiée en 2021 dans le British Medical Journal montre que celui-ci détecte bien les signes potentiels de dépression mais qu’il est moins précis pour confirmer l’absence de maladie.

      Comme tout outil de dépistage, il repère par excès, comme un portique de sécurité à l’aéroport qui sonne à cause d’une boucle de ceinture ou d’une clé dans la poche, mais qui ne signale pas nécessairement la présence d’une arme. Cela est synonyme d’un risque important de faux positifs : le PHQ-9 peut faire croire qu’une personne souffre de dépression alors que ce n’est pas le cas.

      De surcroît, les autoquestionnaires comme le PHQ-9 manquent de fiabilité, c’est-à-dire que leurs résultats peuvent varier selon le contexte. Utiliser cet outil de manière isolée pour affirmer que 25 % des jeunes sont « atteints de dépression », avec des pics à 52 % en Guyane, constitue une extrapolation qui ne rend pas honneur à la recherche en psychiatrie. Selon les estimations actualisées de l’Organisation mondiale de la santé, publiées le 1er septembre, la prévalence globale de la dépression chez les 15-19 ans est d’environ 3,4 % , bien en deçà des chiffres avancés par l’enquête.

      Cette généralisation ignore le travail diagnostique essentiel, qui va bien au-delà d’un score sur un questionnaire. Le diagnostic d’une dépression nécessite une anamnèse approfondie, c’est-à-dire une exploration détaillée de l’histoire personnelle du patient : antécédents familiaux, événements de vie traumatiques, facteurs biologiques et environnementaux. Un entretien clinique structuré, mené par un médecin formé, évalue l’intensité et la durée des symptômes et leur impact sur le quotidien scolaire, social et familial. Il permet également de mettre en évidence de très fréquents troubles associés.

      Sans cela, on risque de confondre la dépression avec des manifestations de détresse psychologique liées à des événements de vie ou à des périodes de transition comme l’adolescence. Le risque est aussi d’attribuer ces symptômes de façon erronée à une dépression alors que des signes de détresse psychologique peuvent révéler d’autres troubles psychiques : états traumatiques, troubles anxieux, conséquences psychologiques de troubles du neurodéveloppement. Apposer des termes comme « dépression » ou « trouble dépressif » sur des autoévaluations rapides banalise la maladie, encourage une identification erronée de celle-ci à un autodiagnostic et peut dissuader ceux qui en souffrent vraiment de chercher une aide appropriée.

      Déterminants personnels

      En 2025, année où la santé mentale est érigée en grande cause nationale, il est temps d’exiger une approche scientifique rigoureuse. Comme les portiques de sécurité dans un aéroport, les enquêtes comme celle de l’Institut Montaigne sont précieuses. Elles alertent sur le mal-être des jeunes, particulièrement chez les femmes et les plus vulnérables économiquement.

      Mais il est essentiel qu’elles soient complétées par des validations cliniques pour éviter les #surdiagnostics. Leurs résultats doivent être présentés au grand public pour ce qu’ils sont, au risque d’entretenir la confusion, et de faire croire que le mal-être des jeunes relève systématiquement d’une prise en charge médicale, alors que les déterminants en sont probablement essentiellement sociétaux.

      Les chiffres de cette enquête plaident avant tout pour le développement d’une réelle politique de #prévention des déterminants personnels et psychosociaux qui font le lit de futurs troubles psychiatriques. Ils incitent aussi à développer des dispositifs d’évaluation et d’intervention pertinents.

      Cela implique l’accès rapide à des professionnels formés à l’évaluation clinique, capables d’orienter les personnes en fonction de leurs besoins.
      Ce type de dispositif, lorsqu’il repose sur des procédés rigoureux et un réseau de proximité solide, permet d’aiguiller judicieusement celles et ceux qui requièrent vraiment une approche médicale ou pluridisciplinaire. Des innovations dans le parcours des jeunes en détresse psychologique sont menées en France, en Belgique et en Suisse afin de leur faciliter l’accès à des suivis psychologiques, lorsque cela est utile, ou à des équipes d’intervention précoce pour les jeunes à haut risque de troubles psychiques sévères.

      Plaidons sans relâche pour des diagnostics fondés sur des preuves, non sur des approximations. C’est ainsi que nous protégerons véritablement les générations à venir.

      Parmi les signataires : Rémy Barbe, psychiatre de l’enfant et de l’adolescent ; Fabrice Berna, professeur de psychiatrie ; Hervé Caci, pédopsychiatre ; David Da Fonseca, professeur de pédopsychiatrie ; Véronique Delvenne, professeure de pédopsychiatrie ; Bruno Falissard, directeur du Centre de recherche en épidémiologie et en santé des populations ; Geneviève Henault, praticienne hospitalière ; Pierre Oswald, directeur du service de psychiatrie et enseignant ; Diane Purper-Ouakil, professeure de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent ; Benjamin Rolland, psychiatre et addictologue ; Hélène Verdoux, professeure de psychiatrie.

      Comme quoi on réussit à faire plus standardisé que le DMS.

      #standardisation

  • Ouvrir la porte aux enfants oubliés
    https://www.passerelleco.info/N86?var_id=1029

    Il y a nos enfants et les enfants de nos semblables ; et il y a tous ces enfants « abîmés » par les circonstances de leurs vies, souvent dans des institutions et qui ne savent pas qu’une vie écolo existe. Mais ces mondes (ou ces classes), les écolieux peuvent les faire se rencontrer et il n’y a pas de meilleur environnement pour soutenir la guérison et l’émancipation de ces enfants. Pourquoi accueillir dans un #écolieu des enfants placés ? Qu’est ce que l’Aide Sociale à l’Enfance ? Qu’est ce qu’un enfant placé ? Les bienfaits qu’apportent un écolieu. Les apports économiques pour l’écolieu. Devenir assistant, ou #famille_d'accueil. Créer un #Lieu_de_vie_et_d'accueil. Types d’accueils : permanent, court ou d’urgence. Conseils pour l’agrément, les normes de sécurité, les diplômes. Difficultés (...)

    #enfance #solidarité #ASE #LVA

  • Grandir en communauté
    https://www.passerelleco.info/N86#artheme1026

    « J’ai grandi dans une communauté, entourée d’une vingtaine d’autres enfants » commence Maria Legland. À l’Arche de Lanza del Vasto, dans une sorte de #tribu d’une dizaine de familles qui entoure les enfants et leur offre de vastes possibilités de jeux et d’exploration dans un cadre sécurisé. « La communauté accueillait aussi des réfugiés, des routards, etc. Sans bouger, je découvrais leurs musiques et dansais leurs danses... » etc. Un super apprentissage de la #coopération, mais également des difficultés : pour intégrer le collège parfois, et des frustrations en quittant la communauté.

    Article à lire dans la revue Passerelle Éco n°86 https://www.passerelleco.info/N86 (...)

    #communauté #enfance #intergénération #discrimination #ouverture
    https://www.passerelleco.info/local/cache-gd2/f4/7c654e517378b0930a46b6233fcdbc.jpg?1757345254

  • « Je voudrais un toit pour mon fils » : le nombre d’enfants à la rue avant la rentrée atteint un nouveau record
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/08/28/je-voudrais-un-toit-pour-mon-fils-le-nombre-d-enfants-a-la-rue-avant-la-rent

    Le 7ᵉ baromètre « #enfants à la rue », publié jeudi 28 août par l’Unicef France et par la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), révèle que 2 159 mineurs ont été laissés sans solution d’#hébergement au soir du 18 août, après que leur famille a réussi à joindre le #115. Leur nombre a progressé de 6 % en un an, de 30 % depuis 2022 – quand le ministre du #logement de l’époque avait promis qu’il n’y aurait plus d’enfant à la rue – et de 133 % depuis 2020.

    Parmi les mineurs décomptés, 503 ont moins de 3 ans – 38 % de plus qu’en 2022. Et ces données n’incluent pas les familles qui n’arrivent pas à joindre le 115 – le numéro est sans cesse saturé – ni celles qui n’essaient pas ou plus, faute de chance d’être hébergées. Les #mineurs_non_accompagnés ne sont pas non plus pris en compte. En mars 2024, la coordination nationale jeunes exilé.es en danger en a recensé 1 067, refusés ou en recours de minorité, contraints de vivre dans la rue.

    « Ces chiffres sont accablants. Le grand public n’imagine pas que dans un pays riche tel que le nôtre, il puisse y avoir des enfants à la rue. Mais, malgré nos alertes répétées, ils sont de plus en plus nombreux et des enfants en meurent – au moins 31 en 2024, selon le recensement effectué par le Collectif des morts de la rue », s’indigne la présidente de l’Unicef France, Adeline Hazan, qui exhorte à un « sursaut politique ».

    La progression du nombre d’enfants à la rue s’explique par une accumulation de facteurs : la crise du logement s’est intensifiée, avec notamment une baisse des créations et des attributions de logements sociaux. La forte inflation a contribué à l’augmentation de la #pauvreté. Les #expulsions locatives, facilitées par la loi Kasbarian-Bergé de 2023, ont flambé. Les obtentions et renouvellements de titres de séjour ont, quant à eux, diminué. Tout cela a créé du sans-abrisme, d’une part, et empêché des personnes de quitter l’hébergement d’urgence, d’autre part. Or celui-ci est resté stable, avec 203 000 places, un niveau record atteint durant la crise sanitaire liée au Covid-19.

    Le dispositif sature et l’Etat respecte de moins en moins le code de l’action sociale et des familles, qui lui enjoint d’héberger de façon inconditionnelle et continue les personnes sans abri en situation de détresse. Il a fixé aux associations qui gèrent le 115 des critères de priorisation, souvent assortis de durées de prise en charge.

    [...]

    L’Ile-de-France concentre le plus grand nombre d’enfants laissés sans hébergement après appel au 115. Mais cet indicateur ne permet pas de rendre compte de la situation très dégradée dans les territoires ultramarins, particulièrement à La Réunion et à Mayotte, victime du cyclone Chido fin 2024, où une récente loi autorise l’Etat à déroger à l’obligation d’héberger les personnes dont il détruit l’habitat précaire.

  • #Boîte_à_outils SansStéréotypes

    La Boîte à outils SansStéréotypes propose une sélection de #ressources pour déconstruire les stéréotypes et promouvoir les rapports égalitaires de la petite #enfance à l’#adolescence. Elle s’adresse aux personnes impliquées dans l’#éducation des enfants et des jeunes de 0 à 17 ans.

    Dans cette page :

    #Image_de_soi et #diversité_corporelle
    #Stéréotypes_sexuels et #identité_de_genre
    #Hypersexualisation
    - #Vie_affective et amoureuse
    - #Réussite_scolaire et #choix_professionnels
    - #Santé et #bien-être
    #Coparentalité
    #Sports et #activité_physique
    - Plateformes transversales

    https://www.quebec.ca/famille-et-soutien-aux-personnes/enfance/developpement-des-enfants/consequences-stereotypes-developpement/boite-outils

    #guide #genre #stéréotypes #jeunes