• Maltraitances : les sœurs du Bon Pasteur retiennent leurs archives pour éviter un scandale
    20 février 2021 Par Sarah Boucault
    https://www.mediapart.fr/journal/france/200221/maltraitances-les-soeurs-du-bon-pasteur-retiennent-leurs-archives-pour-evi


    D’ex-jeunes filles placées dénoncent les violences subies, il y a plusieurs décennies, dans les foyers de la congrégation. Réunies dans une association, elles réclament réparation. L’institution, elle, s’organise pour préserver son image et limite l’accès aux dossiers.

    Reno* a toujours un trou dans le genou gauche. Une marque indélébile de son passage au foyer du Bon Pasteur à Loos, dans le Nord, de 1960 à 1964. Un jour, alors qu’elle refusait de laver à nouveau le sol qu’elle venait d’astiquer, une sœur l’a poussée violemment, pour la punir, dans des escaliers en brique. « J’ai atterri les mains et les genoux en sang et n’ai reçu aucun soin. Je me suis soignée avec un chiffon, se souvient-elle. Le lendemain, j’avais des cloques pleines de pus. » La septuagénaire, dépressive chronique, est encore marquée au fer rouge par ce placement traumatisant, à l’âge de 13 ans.
    Marie-Christine Vennat, Sylvie et Éveline Le Bris, le 15 janvier 2021. © SB Marie-Christine Vennat, Sylvie et Éveline Le Bris, le 15 janvier 2021. © SB
    Comme quinze autres femmes, elle est membre de l’association « Les Filles du Bon Pasteur », créée en décembre dernier. Ces anciennes pensionnaires, placées par des juges des enfants, ont décidé de s’unir pour dénoncer les maltraitances qu’elles ont subies, il y a des décennies, dans les maisons censées les protéger, gérées par la congrégation catholique du Bon Pasteur.

    Elles demandent des excuses publiques à la congrégation et au gouvernement, un dédommagement, la gratuité des soins physiques et psychologiques, et la récupération des points retraite pour le travail effectué gratuitement.

    Plus largement, elles sont plus de 800 « anciennes » sur un forum et 177 sur une page Facebook à échanger et à se soutenir. Beaucoup racontent maltraitances et violences – même si une partie affirme que les sœurs les ont aussi sauvées de familles néfastes et que leur placement a été une opportunité pour recevoir une éducation.

    Dans ce long cheminement de réparation, il est une étape essentielle : la restitution de leur dossier. Elles y découvrent la manière dont on parlait d’elles, les raisons de leur placement, des secrets de famille. Autant d’éléments éclairants et douloureux, qu’elles mettent des années à digérer. Au Bon Pasteur, l’épreuve s’avère plus brutale qu’ailleurs, car la congrégation exerce un contrôle strict sur les informations qui pourraient nuire à son image.

    Fondé en 1835 à Angers, le Bon Pasteur a pour vocation alors de « sauver » les jeunes filles de la débauche. Au pic de son activité, en 1940, la congrégation catholique compte 350 institutions dans quarante pays, 10 000 religieuses et 50 000 jeunes filles. Dans les années 1950 et 1960, des milliers d’adolescentes y sont placées, partout en France, par des juges pour enfants, dont le statut est créé par l’ordonnance de 1945 pour protéger les mineurs de familles considérées comme défaillantes.

    « Contrairement aux garçons, la délinquance des filles n’inquiète pas la société, explique Véronique Blanchard, historienne. On les protège alors du vagabondage, qui pourrait se transformer en prostitution. » À l’époque, si 95 % des garçons qui sont enfermés le sont pour des faits pénaux, ce n’est le cas que pour seulement 36 % des filles.

    Les trois quarts des jeunes filles qui entrent au Bon Pasteur ont entre 12 et 16 ans. « Beaucoup sont victimes d’agressions sexuelles, et considérées comme fautives et responsables », indique David Niget, historien. Le placement de Reno, par exemple, est la conséquence des abus sexuels de son père sur sa sœur. Même configuration pour Éveline Le Bris, la présidente de l’association : les viols d’un voisin la conduisent loin de sa famille, jusqu’à son enfermement.

    Aujourd’hui, la honte de l’étiquette « mauvaise fille » est toujours vive, et la colère, intense. « Ces femmes ont intégré le mal que la société pensait d’elles, souligne Véronique Blanchard. La culpabilité colle à la peau. »

    Marie-Christine Vennat devant le centre d’observation des Tilleuls, au Bon Pasteur d’Angers, en 1964. © DR Marie-Christine Vennat devant le centre d’observation des Tilleuls, au Bon Pasteur d’Angers, en 1964. © DR

    Dans la plupart des institutions, l’humiliation et la culpabilisation sont la règle. À l’arrivée, chaque fille subit un test de virginité. Marie-Christine Vennat, pensionnaire à Angers et Orléans entre 1964 et 1967, raconte que le médecin du Bon Pasteur lui a introduit un doigt dans le vagin. « Sans gant, ni spéculum, précise-t-elle. J’ai hurlé comme un cochon. Il m’a dit : “C’est bien.” Il y a deux ans, ma gynéco m’a appris que c’était un viol. » Dans le cadre de la Commission indépendante des abus sexuels dans l’Église (Ciase), qui rendra ses conclusions à la fin 2021, 6 500 victimes ont été entendues, dont des femmes passées au Bon Pasteur.

    Pour ces adolescentes éprises de liberté, les journées sont rythmées par le silence, les prières et le travail. Parmi les humiliations : la confiscation des biens personnels et des lettres des proches, les corvées de ménage à genoux, le drap sur la tête quand on a uriné au lit, le cachot, les cheveux rasés après les fugues, le parloir pour les visites, les rares soins et le manque de serviettes hygiéniques, qu’il faut récupérer usagées dans la poubelle. Certes, dans les années 1960, ces traitements ne sont pas inhabituels dans les institutions religieuses comme laïques.

    Mais Marie-Christine Vennat se souvient d’une scène effroyable : « Cette sœur nous hurlait dessus, nous battait. Un jour, elle a explosé la tête d’une fille sur le lavabo, elle était en sang. J’étais pétrifiée, je n’avais jamais vu une telle violence de ma vie. »

    Et les jeunes filles cousent ou blanchissent jusqu’à 8 heures par jour, pour des entreprises ou des particuliers, en échange d’une rémunération insignifiante. « Au bout de trois et demi, on m’a donné l’équivalent de 4 euros, témoigne Éveline Le Bris. J’ai pu aller deux fois chez le coiffeur et m’acheter un pull. » Selon leurs aptitudes, déterminées par un test, certaines étudient. D’autres sont considérées comme inaptes. « À 21 ans, elles sortent démunies et sous-qualifiées par rapport à ce qu’elles auraient pu faire à l’extérieur, précise David Niget. Dans un contexte où le CAP est créé, peu le passent car les sœurs prétextent souvent qu’elles sont trop bêtes. »

    Éveline Le Bris au Bon Pasteur d’Angers, le 21 juillet 1963. © DR Éveline Le Bris au Bon Pasteur d’Angers, le 21 juillet 1963. © DR

    Aujourd’hui, pour se réapproprier leur histoire et être reconnues comme victimes, les anciennes pensionnaires doivent avant tout récupérer leur dossier. Depuis 2002, la loi autorise les personnes qui ont été placées à le faire. Ces documents sont des archives publiques mais peuvent être conservées dans les institutions privées, du moment qu’elles respectent la loi en vigueur et qu’elles proposent un accueil similaire à celui préconisé dans le public.

    Quand Éveline Le Bris se rend au Bon Pasteur d’Angers, le 4 septembre 2020, pour consulter son dossier, le choc est rude. Placée en 1963, elle découvre qu’elle est décrite ainsi : « Tête baissée, mine renfrognée, cheveux roux mal coiffés tombant sur les yeux, Éveline a une présentation très défectueuse. C’est une fille genre vulgaire et fruste. » Pendant deux heures, une sœur du Bon Pasteur lui lit l’intégralité de son dossier. Mais « une fois encore, c’était elle qui me disait ce que j’avais fait, s’indigne la septuagénaire. On aurait dit Germinal. Elle m’a même dit : “Si c’est écrit, c’est que ça doit être vrai.” Je me suis pris une nouvelle avoinée morale. »

    Plus tard, elle récupère le dossier d’un autre placement, à l’Aide sociale à l’enfance du Mans (ASE), dans la Sarthe, cette fois. La violence des informations est similaire mais, au service des archives départementales, elle est reçue par deux assistantes sociales laïques : « Elles étaient émues et outrées. Sans me plaindre, elles étaient de mon côté. À Angers, au Bon Pasteur, ce n’était pas le cas. J’étais chez elles. »

    « Chez elles. » Avec son service d’archives « maison », le Bon Pasteur oblige les anciennes pensionnaires à revenir dans l’enceinte du traumatisme. Le service, structuré, a des normes de sécurité et de conservation exigeantes, et même, une archiviste à plein temps. Peu d’institutions offrent un tel trésor, ce qui permet à la congrégation de pratiquer une politique de contrôle. À huis clos, elles reconnaissent les sévices. « On m’a expliqué que me forcer à manger le vomi que je venais de dégurgiter dans mon assiette était de la maltraitance », rapporte Marie-Christine Vennat.

    Mais « lors d’une consultation, c’est intrusif de discuter de son intimité avec un travailleur social ou une sœur, remarque Adélaïde Laloux, doctorante en archivistique, qui travaille sur les dossiers d’enfants placés. Ces pratiques, répandues et légales, sont à l’origine de nouvelles formes de maltraitance ».
    Chercheurs non grata

    Autre différence avec les structures publiques : une attestation de communication des dossiers interdisant aux intéressées d’en divulguer le contenu – un document que les sœurs ont fait signer jusqu’à la fin 2018 au moins. Parfois, elles ne remettent même pas de double.

    Centre d’observation des Tilleuls au Bon Pasteur d’Angers, siège de la congrégation. © SB Centre d’observation des Tilleuls au Bon Pasteur d’Angers, siège de la congrégation. © SB
    Diffuser son propre dossier est pourtant autorisé, dans les limites fixées par la loi (respect de la vie privée d’autrui, anonymat des professionnels, respect de l’ordre public). « Encore un exemple de violence qui se perpétue », juge David Niget.

    Des descendants se voient aussi refuser l’accès au dossier de leur mère, alors que la loi prévoit que si la personne placée est décédée, ses enfants et petits-enfants peuvent le consulter. Si la personne est en vie, la loi indique également que la personne « peut mandater un tiers de son choix pour procéder à la consultation en son nom ».

    Pourtant, depuis plusieurs mois, Daniel R. se retrouve face à un mur. « Ma mère est d’accord mais elle ne veut pas le faire elle-même, raconte l’homme de 62 ans. J’ai demandé son dossier au Bon Pasteur, cinq ou six fois, par mail ou par téléphone. » Plusieurs fois, Daniel R. a reçu la même réponse : « Conformément à la loi, seule votre maman peut consulter son dossier. »

    Avec les chercheurs, surtout, le Bon Pasteur pratique une véritable rétention d’informations. Dès les années 1980, de nombreux historiens qui brûlent d’accéder à cette pépite archivistique aux rails et rayonnages impeccables se heurtent à un mur. Tous s’accordent à dire qu’obtenir une autorisation du Bon Pasteur est plus difficile qu’ailleurs.

    Pourtant, les dossiers personnels des jeunes filles sont des archives publiques auxquelles les chercheurs ont généralement accès, sur dérogation. « Il semblerait que la congrégation considère que mes travaux sont ‘‘à charge’’ », constate Véronique Blanchard, autrice de plusieurs livres sur le sujet, qui n’a jamais vu l’ombre d’une archive.

    En 2014, au terme de décennies de lutte, cinq historiens voient tout de même les portes s’ouvrir. Dirigée par Magdalena Franciscus, sœur progressiste, la congrégation met 15 000 euros sur la table (la moitié d’un poste, complété par Angers Loire Métropole) et « commande » une enquête. Mais les sœurs ne cessent de répéter depuis qu’elles attendent le livre (sortie prévue fin 2021) avant de recevoir d’autres chercheurs…

    Le Bon Pasteur est en droit de conserver ses archives en son sein. Ce qui pose problème, ce sont les refus d’accès successifs, sans raison valable. Si ces archives dormaient dans un bâtiment public, la congrégation serait dans l’obligation de justifier son opposition. « D’emblée, le Bon Pasteur n’instruit pas la demande, c’est un refus immédiat, sans trace », pointe David Niget.

    Quand on lui demande pourquoi les archives ne sont pas transférées, la directrice des archives départementales de Maine-et-Loire, Élisabeth Verry, répond : « Deux kilomètres de papier, c’est énorme. » Avec des archives colossales, classées au millimètre et un service d’accueil dédié, on comprend entre les lignes que le Bon Pasteur est en position de force.

    Une fois sur place, d’anciennes pensionnaires constatent par ailleurs que leur dossier a été dépouillé. « Je me souviens de tests d’évaluation, où j’avais écrit, à chaque ligne : “Je veux ma liberté”, s’étonne Sylvie*, passée par le Bon Pasteur d’Angers, en 1967. Ils ont disparu. »

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    David Niget, membre de l’équipe de recherche de 2014, confirme : « Les dossiers ont été triés et nettoyés. Si on compare à d’autres institutions, ceux du Bon Pasteur sont deux fois moins épais. Des éléments personnels des filles ont été détruits. Le manque de place et la méconnaissance sont l’explication naïve ; cela arrive aussi dans le public. Mais il y a aussi une probable décision politique pour supprimer tout ce qui peut faire désordre. » Impossible de déterminer la date ni le volume des archives détruites. Sans l’accord des archives départementales, la destruction d’archives publiques est interdite depuis 2008.

    Une réalisatrice, qui tourne un film sur le Bon Pasteur, a aussi essuyé plusieurs refus. Alors qu’elle suit Éveline Le Bris, volontaire pour le tournage, elle demande à filmer sa consultation de dossier. « Notre protocole de consultation ne prévoit pas que les entretiens soient filmés et enregistrés », répond le Bon Pasteur. À l’ASE du Mans, à l’inverse, les caméras étaient bienvenues.

    La seule réaction publique de la congrégation date de novembre 2019, dans Le Courrier de l’Ouest. Patricia Diet, sœur provinciale (France, Pays-Bas, Belgique et Hongrie) et psychologue convertie sur le tard, formule des excuses : « Là où l’objectif était de retrouver la joie de vivre et la dignité personnelle, nous reconnaissons que des comportements inadaptés sont parfois venus ternir des intentions louables. Je le regrette profondément et demande pardon pour ces attitudes qui ont provoqué incompréhension et souffrance. » Mais elle ne s’adresse pas directement aux femmes concernées.

    En décembre dernier, sollicitée par Mediapart, sœur Marie-Luc Bailly, la remplaçante de Patricia Diet, en arrêt, admettait « des méthodes éducatives qui aujourd’hui nous feraient frémir », mais pondérait, en insistant sur le nombre de jeunes filles sauvées et en réduisant les victimes à deux femmes isolées : « Ces deux femmes sont très meurtries, elles ont le sentiment que l’on n’a pas pris leur demande au sérieux. Tous les trois, quatre ans, leur demande revient à la charge. Elles ont pourtant été rencontrées bien des fois. »

    La congrégation internationale du Bon Pasteur, basée à Rome et contactée à de nombreuses reprises par Mediapart, renvoie vers la congrégation française. Même refus du côté du Vatican, où le cardinal João Braz de Aviz, en charge des instituts de la vie consacrée et des sociétés de vie apostolique, et dernier responsable avant le pape, a décliné nos demandes d’interview.

    Dans le paysage catholique français, toutefois, d’autres voix s’élèvent. « Pour les sœurs du Bon Pasteur, il y a une sorte de choc frontal et une part de déni, observe Véronique Margron, la présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref). Pourtant, pour faire la distinction entre ce qui a fonctionné et ce qui n’a pas fonctionné, il faut aller au bout de la vérité, là où des personnes ont subi des violences qu’elles n’auraient jamais dû subir. Il faut pouvoir exprimer sa honte, et plus que des excuses, il faut des actes. »

    Avis similaire chez Vincent Neymon, secrétaire général adjoint et porte-parole de la Conférence des évêques de France (CEF) : « Aucune institution ne doit échapper aux révélations de faits coupables qui ont pu avoir lieu en son sein. Ces institutions doivent non seulement chercher la vérité sur ces faits, mais aussi sur les silences ou les mensonges qui ont cherché à couvrir les personnes coupables. »

    Du côté de l’État français, la porte n’est pas fermée. « Cela mériterait un travail de recherche à part entière, note Emmanuelle Masson, porte-parole du ministère de la justice, qui ajoute que rien d’officiel n’a pour l’instant été lancé. Le transfert des archives vers le public est aussi une piste de réflexion. »

    D’autres pays ont, eux, entamé le travail de reconnaissance. En Australie, une grande enquête parlementaire a été menée, et des excuses sans équivoque figurent sur le site de la congrégation. Aux Pays-Bas, un rapport universitaire, commandé par le gouvernement, conclut au travail forcé.

    Fin 2020, 140 Néerlandaises ont ainsi reçu les excuses du ministère de la justice et un dédommagement de 5 000 euros chacune. Dans un courrier adressé aux victimes, en néerlandais, Patricia Diet convient que « les pratiques n’ont pas été correctes ». En Irlande, les enquêtes et les excuses se succèdent pour reconnaître la maltraitance dans les couvents des Magdalene Sisters, cousines du Bon Pasteur.

    « Dans la congrégation, la peur de la contagion du système irlandais prédomine, affirme David Niget. On pense encore pouvoir mettre le couvercle sur la marmite. Mais j’ai bon espoir pour qu’il y ait une reconnaissance un jour. Grâce à #MeToo, le statut de victime est aujourd’hui possible. Même si le moment de reconnaissance va être douloureux et conflictuel. »

  • L’inceste heureux de Dupond-Moretti

    Mi-janvier, Christine Angot a évoqué l’affaire d’inceste dans lequel deux femmes violées dès leurs 10 ans s’étaient rangées du côté de leur père, jugé pour viols. L’une avait finalement eu un enfant avec lui : un « inceste heureux », plaidait alors Éric Dupond-Moretti, avocat des parties civiles et actuel ministre de la Justice. Ce que l’on a oublié depuis, c’est que la fille qui vivait en concubinage avec son père est peu à peu parvenue à se défaire de son emprise et a décidé de le quitter deux ans après le procès, en 2014. Désaveu intolérable pour l’intéressé : il a finalement pourchassé et assassiné sa fille, ainsi que l’homme chez qui elle avait trouvé refuge.

    https://www.philomag.com/articles/un-inceste-peut-il-vraiment-etre-consenti
    #inceste #viol #féminicide #dupond-moretti #Affaire_Mannechez

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      Enquête
      Un inceste peut-il (vraiment) être consenti ?
      Ariane Nicolas publié le 05 février 2021 9 min

      Les révélations de Camille Kouchner sur l’inceste dont son frère a été victime suscitent une vague d’émotion médiatique et de « libération de la parole », mais aussi des débats. Christine Angot, elle-même victime d’inceste, a rappelé que le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti avait défendu en 2012 une affaire d’inceste dit « consenti » entre un père et sa fille. Mais cette expression a-t-elle un sens ? L’inceste n’est-il pas, par nature, une forme de violence sexuelle ? Éclairage sur ce croisement de notions, l’inceste et le consentement, au cœur de douloureux débats de société.

      « Nous étions amoureuses. » Telle est l’argumentation choisie en 2012 par deux sœurs pour défendre leur père, jugé aux assises pour des viols répétés sur elles depuis leurs 10 ans. L’accusé avait eu un enfant avec l’une d’elles alors qu’elle était majeure, et seule la mère (jugée pour complicité) assurait qu’elles étaient sous emprise. Les avocats du père, en concorde avec la partie civile, avaient plaidé « l’inceste heureux ». L’homme avait écopé d’une peine minimale, deux ans ferme.

      L’écrivaine Christine Angot, elle-même victime d’inceste dans son enfance, a rappelé ce procès sur France Inter pour mettre en cause cette idée d’un possible « consentement à l’inceste ». Une telle chose existe-t-elle vraiment ? Un inceste n’est-il pas, par nature, une violence faite à quelqu’un, même consentant en apparence ?
      « La sexualité infantile n’a rien à voir avec la sexualité adulte »

      L’article 222-31-1 du Code pénal indique que les viols et agressions sexuelles « sont qualifiés d’incestueux » lorsqu’ils sont commis sur un mineur par un parent au premier degré ou son conjoint : père, mère, frère, sœur, oncle, tante, nièce, neveu. Au regard de la loi, ce sont donc uniquement les mineurs qui doivent être mis à l’abri de l’inceste ; contrairement à l’Allemagne ou à l’Italie, la France ne condamne pas deux membres d’une même famille majeurs ayant des rapports sexuels (apparemment) consentis. Si la formulation a été revue en 2016, avec l’introduction du terme « incestueux », le principe de la législation est inchangé depuis 1810.

      Il semble loin le temps où des intellectuels comme Foucault, Barthes ou Beauvoir critiquaient cette loi en défendant dans une tribune la liberté sexuelle de l’enfant. Comment en est-on venu à sanctuariser ainsi la sexualité des petits ? « Il y a sans doute eu un moment d’égarement dans les années 1970, avec l’idée qu’il fallait lever tous les interdits, analyse Clotilde Leguil, psychanalyste et autrice de l’ouvrage Céder n’est pas consentir (PUF, à paraître en mars 2021). Car pour la psychanalyse, l’inceste relève toujours d’un traumatisme. Il transgresse ce qui permet à un enfant et à un sujet de se constituer : l’apprentissage de la parole et de la confiance, le fait d’être confronté à des limites par rapport à sa jouissance, la possibilité de s’ouvrir à l’autre. »

      Les cas cliniques d’enfants victimes d’inceste indiquent que le traumatisme sexuel peut se manifester jusqu’à très tard chez l’adulte, certains souvenirs ne se manifestant qu’à la faveur d’événements particuliers. La fille aînée de Richard Berry, Coline Berry-Rotjman, qui accuse son père d’agressions sexuelles lorsqu’elle était enfant, assure que c’est lorsque la nouvelle compagne de son père (alors âgé de 64 ans) s’est retrouvée enceinte au même moment qu’elle que le traumatisme a ressurgi : « Ça a explosé pour moi, à ce moment-là. Ça a rejoué quelque chose de totalement incestueux », a-t-elle confié au Monde.

      Un des problèmes posés par l’idée d’un consentement des enfants, selon Clotilde Leguil, « c’est l’instrumentalisation de ce consentement au service de la pulsion de l’adulte. La sexualité infantile dont parle Freud n’a rien de commun avec la sexualité adulte. Elle est justement ce qui préfigure le désir à venir qui ne pourra être assumé par l’adolescent que depuis une possibilité de dire ’Je’ et de s’orienter dans une vie amoureuse et sexuelle en dehors de sa famille. » Lorsque la pulsion de l’adulte s’impose à l’enfant, ce dernier « est réduit à l’état d’objet de jouissance, ce qui n’a rien à voir avec le fait d’être sujet d’un désir ». C’est pour cette raison que la rencontre avec l’interdit de l’inceste est constitutive du désir, selon la psychanalyse. « L’enfant découvre que le désir amoureux et sexuel lui permettra de s’ouvrir vers un ailleurs. Un parent qui transgresse cet interdit met en péril le psychisme de l’enfant. »

      La traduction juridique de la distinction entre pulsion et désir est délicate. À quel âge se produit-elle ? Une proposition de loi débattue en ce moment au Parlement prévoit de fixer un seuil de non-consentement à 13 ans. Cette mesure criminaliserait automatiquement tout acte sexuel commis avant cet âge. Les jurés n’auraient ainsi plus à établir le non-consentement d’un enfant de moins de 13 ans : cela éviterait par exemple qu’un homme ayant eu un rapport sexuel avec une fille de 11 ans ne ressorte libre du tribunal, comme cela s’est récemment produit. Autre avantage de cette loi, elle éviterait que des affaires de viols sur mineurs ne soient requalifiées en atteinte ou en agression sexuelle (infractions moindres, car ce sont des délits et non des crimes), comme c’est parfois le cas aujourd’hui.
      L’impossible « rencontre » avec le parent…

      Dans Une Semaine de vacances (Flammarion, 2012), terrifiant récit de l’inceste qu’elle a subi dans sa jeunesse, Christine Angot montre à quel point il est difficile pour un enfant de dire « non » à son père. Lors d’un voyage cauchemardesque dans le sud de la France, la jeune fille est contrainte à des actes sexuels dont on sent, à la lecture, qu’elle les vit de manière totalement dissociée, comme si elle était absente à son propre corps. Tandis que son père ponctue ses viols par d’irréelles déclarations d’amour, elle tente de trouver un subterfuge pour échapper à ses assauts : « Elle projette pour le lendemain matin, pendant le petit déjeuner, au moment où il prendra sa première cigarette, dans la cuisine, de lui demander comme preuve d’amour qu’il n’y ait pas de gestes physiques de toute la journée. » La proposition faite, le père acquiesce. Puis il la viole de nouveau peu après.

      Dans sa grande perversité, l’agresseur glisse à sa fille que de toutes les « rencontres » amoureuses qu’il a faites, c’est de loin elle qu’il préfère. Or, relève Clotilde Leguil, il n’y a précisément pas de « rencontre » dans le cas d’un rapport sexuel entre un parent et un enfant, puisque l’adulte est déjà là, de tout temps : « Le désir, c’est l’aventure de la sexualité comme rencontre avec un autre. Cet événement peut comporter des surprises, des jubilations comme des déceptions. Mais il n’y a rien de commun entre ce type de rencontre et “la mauvaise rencontre”, dont parle Lacan, et qui n’est rien d’autre chez lui que le traumatisme. » Les écrits de Christine Angot « mettent en évidence que l’immonde dans l’inceste, c’est aussi une abolition de la rencontre avec l’autre », commente Clotilde Leguil.
      …Et la nécessaire possibilité de la rupture

      De même que la rencontre, c’est aussi la possibilité de l’adieu qui doit être ouverte dans une relation : la perspective de dire non ne doit pas comporter un tel risque, que la personne ne peut jamais se résoudre à partir. La philosophe Geneviève Fraisse l’explique bien dans son livre Du consentement (Seuil, 2007) : « L’autonomie du consentement se forge dans la dynamique de la séparation. Le consentement individuel s’exprime plus clairement dans le désaccord que dans l’accord. » Lorsque la relation est asymétrique, comme dans le cas de l’inceste parent-enfant, une telle décision est impossible à prendre. Christine Angot, « Victor » Kouchner et tant d’autres perdraient mille fois plus à dire non à leur (beau-)père, qu’eux à les voir déserter. L’enfant est donc piégé.

      Mi-janvier, Christine Angot a évoqué l’affaire d’inceste dans lequel deux femmes violées dès leurs 10 ans s’étaient rangées du côté de leur père, jugé pour viols. L’une avait finalement eu un enfant avec lui : un « inceste heureux », plaidait alors Éric Dupond-Moretti, avocat des parties civiles et actuel ministre de la Justice. Ce que l’on a oublié depuis, c’est que la fille qui vivait en concubinage avec son père est peu à peu parvenue à se défaire de son emprise et a décidé de le quitter deux ans après le procès, en 2014. Désaveu intolérable pour l’intéressé : il a finalement pourchassé et assassiné sa fille, ainsi que l’homme chez qui elle avait trouvé refuge. La violence des représailles (ici un meurtre, mais cela peut être des menaces répétées ou un chantage au suicide) souligne la difficulté de se sortir d’une situation aussi dangereuse.

      D’un point de vue philosophique, l’inceste indique qu’il n’existe pas de liberté réelle entre deux personnes en situation d’inégalité. L’égalité est la condition de la liberté. Dans la huitième de ses Lettres écrites de la montagne (1764), Rousseau soutient cette idée, d’un point de vue politique : « Il n’y a point de liberté sans lois, ni où quelqu’un est au-dessus des lois : dans l’état même de nature, l’homme n’est libre qu’à la faveur de la loi naturelle qui commande à tous. » Un parent qui transgresse la prohibition de l’inceste se met justement au-dessus des lois, alors même qu’il est censé non seulement respecter mais faire respecter cet interdit. Quelles que soient ses justifications, il empêche donc son enfant d’être véritablement libre.
      L’abîme de l’inceste tardif

      Il existe également des cas – rares – où l’inceste est consommé lorsque les deux personnes sont adultes. Peut-il alors y avoir consentement ? L’histoire d’Anaïs Nin, femme de lettres du début du XXe siècle qui évoque ses expériences sexuelles dans son journal, pose la question. Du 23 juin au 2 juillet 1933, l’autrice alors âgée de 30 ans et son père ont des rapports sexuels qu’elle juge consentis. Tandis qu’elle couche par écrit que « Père, c’est moi-même », il s’enthousiasme symétriquement : « Tu es la synthèse de toutes les femmes que j’ai aimées. » La jubilation n’est toutefois pas entière. Anaïs Nin, qui a beaucoup souffert de l’absence de son père petite, est consciente de l’ambivalence de son désir : « Le manque d’amour de mon père et son abandon demeurent indélébiles. Pourquoi cela n’a-t-il pas été effacé par toutes les amours que j’ai inspirées depuis lors ? »

      Pour Fabienne Giuliani, historienne rattachée à l’EHESS qui a épluché des centaines de dossiers judiciaires liés à des incestes, cet exemple illustre les ambiguïtés de la notion de consentement : « On se demande parfois si ce désir affiché n’est pas une intériorisation de la part des victimes pour soulager la violence qu’elles ont subie depuis toutes petites, explique-t-elle. Il ne faut pas oublier que l’inceste représente, outre une violence sexuelle, de genre et générationnelle, une violence affective : les enfants aiment toujours leurs parents. Ils ne savent pas forcément comment se positionner, y compris une fois devenus adultes. »
      Des incestes moins sulfureux que d’autres ?

      Reste certaines situations où l’inceste semble davantage toléré. « Il faut distinguer l’inceste parent-enfant et l’inceste entre enfants du même âge, précise ainsi Clotilde Leguil. Ce dernier peut conduire à des interrogations, à partir de fortes angoisses, mais n’engendre pas le même effondrement psychique que lorsque le monde des adultes se fracture et que l’emprise d’un parent instrumentalise l’amour de l’enfant. » Fabienne Giuliani confirme que la justice s’est toujours montrée plus tolérante envers ces cas : « J’ai vu beaucoup d’affaires impliquant des couples frères-sœurs. Sauf exception, ces derniers n’étaient pas jugés pour viols, mais pour infanticide. » D’après le Code civil, les enfants nés de ces unions ne peuvent en effet bénéficier d’une reconnaissance officielle, ce qui a pu conduire à des actes meurtriers.

      Depuis 1810, certaines lignes ont donc bougé. Les dispenses de mariage ou de parenté, qui permettent de reconnaître de façon dérogatoire une union ou une naissance proscrite, ne sont plus accordées avec autant de largesse, surtout quand l’écart d’âge est important : « Au XIXe, il existait encore des cas où des beaux-pères demandaient d’épouser leur belle-fille, par exemple. C’était souvent accordé quand des enfants étaient nés de ces unions, pour qu’ils soient reconnus. » Aujourd’hui, la jurisprudence a intégré qu’entre un parent biologique et un parent adoptif, comme entre Olivier Duhamel et « Victor » Kouchner, c’était le même type d’ascendant, et donc la même gravité des faits. En revanche, la jurisprudence évolue en sens inverse pour les relations entre frères et sœurs : en 2017, la justice a reconnu la double filiation d’une fillette de 8 ans née d’un frère et d’une sœur. Une décision exceptionnelle, prise au nom de l’intérêt de l’enfant.

      Le fait que le Code pénal autorise de fait certains types d’inceste, tant qu’aucune violence sexuelle n’est commise, jette quelque peu le trouble sur cet interdit millénaire. En Europe, seules la France, l’Espagne et le Portugal sont aussi libérales en la matière. Comme Christine Angot, Clotilde Leguil alerte ainsi sur le risque qu’il y aurait à parler « d’inceste consenti » : « Quand on commence à utiliser ce genre de formules, on brouille totalement le statut fondateur de l’interdit de l’inceste et le traumatisme sexuel et psychique qu’il représente. Adosser ce mot de consentement à l’inceste, c’est une contradiction dans les termes. »

    • Ce procès d’Amiens, Me Murielle Bellier, conseil des autres enfants, le décrira comme « un cirque ». Le grand Dupont-Moretti est censé représenter les parties civiles : il plaide en fait pour le père . En défense, Me Hubert Delarue évoque un « inceste heureux ». On le lui reprochera, mais il n’a fait que citer un psychiatre. On en oublierait presque que si la cadette des violées a alerté les gendarmes (après trois avortements), c’est qu’elle s’inquiétait que son père regardât « d’un drôle d’air » la dernière petite fille de la maison.

      https://www.courrier-picard.fr/art/152713/article/2018-12-02/de-linceste-au-meurtre-denis-mannechez-au-bout-du-chemin/goodurl

    • Le pénaliste de renom qui défendait Virginie et Betty est, en effet, plus habitué à être de l’autre côté : il s’agissait d’Eric Dupond-Moretti.

      Cette fois, « Acquitator » jouait contre son camp, pour ainsi dire. En face, il y avait Hubert Delarue, un compère. L’avocat attitré de Denis Mannechez, un temps également défendu par Franck Berton. Bref, le trio célèbre et célébré ayant défendu les acquittés d’Outreau.

      Betty se souvient :
      ""Quand je suis allé voir Dupond-Moretti avec Virginie, il a appelé devant nous Delarue, l’avocat de mon père. Il disait, bon, allez, on va voir ce que dit Bébert [Hubert Delarue, NDLR]"."

      La partition était déjà écrite. Ce serait « l’inceste consenti ». Quelle affiche !

      Jean-Luc Viaux cite alors Cocteau :
      ""Quand Cocteau adapte ’Œdipe Roi’, il appelle sa pièce ’La Machine infernale’. Car, un inceste, c’est ça. Dans cette tragédie, tout est écrit d’avance et quoi qu’on fasse, on avance vers cette issue fatale. Cassandre le prédit. Mais on n’aime jamais écouter les Cassandre.""

      https://www.nouvelobs.com/justice/20181211.OBS6994/proces-mannechez-cette-caverne-ou-sont-enfermees-les-victimes-d-inceste.h

    • De rien @colporteur mais je voie pas ou tu trouve de la psychanalyse dans cet article, il y a des féministes, des historiennes, des anthropologues, des pénalistes, des juristes, des philosophes, des écrivaines et écrivains qui sont cités mais je voie pas de psychanalystes cité, je les aient peut être ratés. Et le tag #sexualité_infantile pour l’inceste je comprend pas... surtout que c’est la première fois qu’il est utilisé sur seenthis. Qu’est ce que tu veux dire avec ce tag ? Pour toi l’inceste c’est de la sexualité d’enfants ou tu veux dire que les incesteurs sont infantils ?

      edit - je viens de comprendre que c’est ca qui t’as interessé et que tu tag ce lieu commun « La sexualité infantile dont parle Freud n’a rien de commun avec la sexualité adulte. » ca aurais été mieux de cité freud dans cet article car il parle des gosses comme de « pervers polymorphe » expression très culpabilisante qui faisait bien l’affaire des incesteurs et de leurs complices.

    • Je trouve cet article intéressant pour l’ensemble des approches qu’il convoque et que tu signales @mad_meg ! (moins pour le juridique).

      Je me demandais effectivement sans l’écrire car ça semble banal et que j’ai rien de particulier à en dire de quel degré d’infantilisme il faut relever pour commettre des violences incestueuses (et/ou des violences sexuelles).

      bien d’autres # seraient possibles, j’ai tagué psy pour ce que dit Clotilde Leguil

      « l’inceste (...) transgresse ce qui permet à un enfant et à un sujet de se constituer : l’apprentissage de la parole et de la confiance, le fait d’être confronté à des limites par rapport à sa jouissance, la possibilité de s’ouvrir à l’autre. (...) Le désir, c’est l’aventure de la sexualité comme rencontre avec un autre. (...) [l’inceste] une abolition de la rencontre avec l’autre ».

    • Je sais pas si c’est dans ce texte que je l’ai lu mais beaucoup d’incesteurs sont des hommes habitués à traité les autres comme des objets et de s’en servir comme bon leur semble. Ils se servent sur place sans avoir besoin de se fatigué. Ils ont envie de sexe et prennent ce qu’ils ont sous la main, disposant des enfants comme si c’etait leur propriété. Comme les mecs qui consomment les prostituées en disant que ca leur coute moins cher que de payé un resto.
      Les incesteurs sont aussi souvent des auteurs d’autres formes de violences contre les femmes, les animaux non-humains, le voisinage et ils sont respecté pour cela car c’est un des attributs de la virilité. D’un coté je comprend qu’on les traitent d’infantils mais d’un autre ca sous entend que les enfants disposeraient des autres comme si c’etait des objets. Alors qu’en fait c’est plutot l’éducation des garçons et des hommes entre eux qui leur apprend à ne plus avoir d’empathie, à ne pas pleuré comme des filles, à se comporté en homme qui ne fait pas dans le sentimentalisme et se sert de ce qu’il à envie comme bon lui semble.

      Il y a aussi une entreprise de destruction profonde des victimes, jusqu’au fond de leur être, d’ou le fait qu’on s’attaque prioritairement aux filles afin de les rendre dominables tout le long de leur vie. Il y a un lien avec la fabrique des prostituées qui sont très souvent survivantes de l’inceste. Sur cela aussi mon incesteur partait ou revenais souvent de chez les prostituées lorsqu’il m’agressait. Je te recommande ce mémoire posté par @gata - https://seenthis.net/messages/896563 : L’inceste : anthropologie d’une entreprise de démolition systématique de la personne : ▻http://sophia.perrin.free.fr/memoireM1public.htm

    • Son récit, dont la violence tranche avec le calme et la douceur parfois mielleuse de sa voix, est celui d’un homme qui dit qu’il veut guérir du mal qui le ronge, mais qui continue à chercher des excuses pour ce qu’il a fait. Séquence enrageante que celle où il évoque sa vie sexuelle insatisfaisante avec sa femme pour justifier les attouchements faits à sa fille.

      Heureusement, Alexandre Mognol recadre l’homme : « Mais là t’es pas en train de dire que c’est de la faute de ta femme ? » demande-t-il, en le mettant face à ses contradictions. « Ma femme n’y est pour rien, elle avait ses besoins, elle assumait de ne pas avoir de besoins sexuels, donc je ne lui jette pas la faute. Seulement moi j’aurais dû à un moment dire stop, dire que moi j’avais des besoins. [...] C’est comme si à la maison, j’avais une attirance très forte pour ma femme, et il y avait aussi ma fille qui devenait adolescente, qui s’habillait de manière assez sexy, et bah elle était aussi un objet de désir. Elle créait du désir en moi, que je ne pouvais pas réaliser sous la forme de relation sexuelle avec ma femme. Donc j’avais une marmite qui était déjà en train de bouillir [...] et cette marmite à un moment donné a explosé », répond David.

      http://www.slate.fr/story/199239/podcast-les-cris-alexandre-mognol-atelier-frissonne-regarder-inceste-en-face-d
      (pas encore écouté)
      #incesteur

    • Je connaissait pas l’étymologie d’inceste ;

      Le mot inceste vient du latin incestum : souillure , à rapprocher de incesto : rendre impur 12.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Inceste#%C3%89tymologie

      J’aurais du m’en douté tout ce qui se rapporte au sexe consenti ou pas est sale, « toutes des salopes ». Ca me fait pensé aussi au mot vierge, qui veux dire « sans souillure » avec l’idée que les filles non vierges sont salies dès qu’un sexe masculin les pénètre, que ca soit celui d’un père ou pas, n’y change pas grand chose si on en crois l’etymologie....

      –—
      edit une autre source renvoie au sacrilège -

      INCESTE, subst.

      Étymol. et Hist. A. Fin du xiiies. « relations sexuelles entre proches parents » (Hystore Job, éd. J. Gildea, 871). B. 1. a) Fin du xives. adj. « qui a commis un inceste » (E. Deschamps, Œuvres, VI, 146, 12 ds T.-L.) ; b) 1524 emploi subst. « personne qui a commis un inceste » (P. Gringore, Le Blason des hérétiques ds Œuvres complètes, éd. Ch. d’Héricault et A. de Montaiglon, t. 1, p. 332) ; 2. ca 1480 « qui constitue un inceste » (Myst. du V. Testament, éd. J. de Rothschild, 5407). A empr. au lat. class. incestum « sacrilège ; inceste ». B empr. au lat. incestus adj. « sacrilège ; incestueux ».

      https://www.cnrtl.fr/etymologie/inceste//0

      –—
      Sacrilège :

      SACRILÈGE2, adj. et subst. masc.

      Étymol. et Hist. 1. 1283 subst. « personne qui profane les choses sacrées » (Philippe de Beaumanoir, Coutumes Beauvaisis, éd. A. Salmon, t. 1, p. 160) ; 2. 1528 adj. « qui a le caractère du sacrilège » (Papiers d’État du Cardinal de Granvelle, éd. Ch. Weiss, t. 1, p. 454). Empr. au lat.sacrilegus (de sacra, neutre plur. de sacer, au sens de « objets sacrés » et legere « ramasser, recueillir »), d’abord « voleur d’objets sacrés » puis « profanateur, impie ».

      https://www.cnrtl.fr/etymologie/sacril%C3%A8ge//1
      –----
      Profaner

      PROFANER, verbe trans.

      Étymol. et Hist. 1342 prophaner « violer la sainteté des choses sacrées » (Renart le Contrefait, éd. G. Raynaud et H. Lemaître, I, 258) ; 1538 (Est., s.v. profanus Profaner. Se servir en communs usages des choses consacrees). Empr. au lat. profanare « rendre à l’usage profane (une chose, une personne qui a été auparavant consacrée) » et « souiller ».

      –—
      Souiller

      SOUILLER, verbe trans.

      Étymol. et Hist. 1. Déb. xiies. part. prés. adj. soilans « qui souille, qui déshonore » (Voc. hébraïco-français, 887, éd. A. Neubauer ds Romanische Studien, I, p. 189) ; ca 1155 souillier « tacher, couvrir de boue » (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 11486) ; 1821 « polluer, altérer l’état d’asepsie » (Fourier ds Doc. hist. contemp., p. 159) ; 2. 1remoit. xiies. suiller fig. « violer un traité » (Psautier Cambridge, 54, 22 ds T.-L.) ; 1176-81 « altérer, salir quelque chose qui aurait dû être respecté » (Chrétien de Troyes, Chevalier Charrete, éd. M. Roques, 4388) ; 1636 souiller ses mains de sang innocent « faire mourir un innocent » (Monet) ; 1668 souiller le lit de son bienfaiteur (La Fontaine, Vie d’Esope le phrygien, p. 19). De l’a. fr. soil, souil (v. souille1) ; dés. -er.

      ....
      Deshonnorer - dis+honorer -

      Étymol. et Hist. 1. 1remoitié xes. « rendre hommage par des marques de respect » (St Léger, éd. J. Linskill, 45) ; 2. « faire honneur, procurer de l’honneur » (Escoufle, 4 ds T.-L.) ; 3. 1723 honorer [une lettre de change] (Savary, Dict. de comm. ds FEW t. 4, p. 464b), cf. faire honneur* à [id.]. Empr. au lat.honorare « honorer, rendre hommage ; gratifier ; orner ».

      –—

      Ca tourne en rond

    • Il ne faut pas oublier que l’inceste représente, outre une violence sexuelle, de genre et générationnelle, une violence affective : les enfants aiment toujours leurs parents. Ils ne savent pas forcément comment se positionner, y compris une fois devenus adultes. »

      une illustration (horrible) de ce truc :

      https://seenthis.net/messages/885993

      I read some years ago about a study in which a mother chimpanzee was fitted with a harness that had knives sticking out; her babies were released into her presence; trying to embrace her they were cut; the more cut they were the more they tried to hold tight to her; the more they were hurt the more they wanted their mother. The research itself is repug­nant, but the terrifying story of what happened during it strikes me as an accurate parable of a child’s love, blind love, and desperate need. Remembering and forgetting are aspects of needing and loving, not rulers of what the heart does or does not know. Those who say children are lying when they remember as adults abuse they endured as children are foolish- as are those who think children categorically do not know when they’ve been hurt.

      et oui merci pour ce texte @mad_meg

    • juste trop bien qu’angot remette le moretti à sa juste place, parce qu’on était limite à le remercier de faire passer la loi sur les 13 ans hein... Cette meuf a essuyé un nombre de plâtre pas possible j’ai l’impression, ça me donne envie de lire ses bouquins.

    • J’ai trouvé émouvant dans l’article l’essai d’articuler liberté, égalité et fragilité.

      Il me semble que les petits enfants s’essayent à disposer des autres comme des objets, ils essayent tout, puis apprennent à ne pas faire. Dans la relation, et par là d’eux-mêmes.

      L’enfant est pas épargné par l’infantile (ça tourne mal, par épisodes ; et il le faut !) mais il est aussi poète, intellectuel, métaphysicien etc., plus « polymorphe » en effet. Chez l’adulte, c’est comme si l’infantile était souvent le seul reste d’une enfance perdue.

      De ce que je sais de la confiance des enfants, belle, déraisonnable, on fait ce qu’on peut pour sans que ce soit trop angoissant leur annoncer et leur confirmer que ça marche pas avec tous les bipèdes.

      L’inceste, « consenti » ou pas, c’est (aussi) un abus de confiance au carré.

      Ça fait pas de l’inceste un « crime contre l’humanité » (faudrait du groupal, prémédité, et que ça tue, littéralement) ou « contre l’enfance ». Le crime contre l’enfance, c’est nos sociétés qui font du jeu une distraction, une illusion, la concurrence.
      C’est pas une catégorie juridique (et tant mieux), le crime contre le devenir.

    • Tellement pas d’accord avec ça

      Reste certaines situations où l’inceste semble davantage toléré.

      Euh … attends, par qui ? la société ou les victimes ? Mais en fait la société n’en a cure des victimes, jamais, et certainement pas dans cette société capitaliste. L’agression sexuelle y est adorée.
      Donc, je suis furieuse quand je vois qu’il est possible de dire que c’est toléré entre enfants. Un frère qui viole sa sœur, et en général que les parents couvrent en tout cas, ne peuvent dénoncer, c’est seulement là le lieu où jamais la justice ne peut se faire. Ça ne veut pas dire que ça n’existe pas. Et je crois avoir vu passer que justement c’est à cet endroit qu’il est le plus difficile d’agir. Non pas par tolérance, (quelle idée) mais parce que la fillette dans des familles nourries de code napoléonien hé ben, ça vaut rien.

      « Il faut distinguer l’inceste parent-enfant et l’inceste entre enfants du même âge, précise ainsi Clotilde Leguil. Ce dernier peut conduire à des interrogations, à partir de fortes angoisses, mais n’engendre pas le même effondrement psychique que lorsque le monde des adultes se fracture et que l’emprise d’un parent instrumentalise l’amour de l’enfant. »

      Mais ils sont vraiment très bouchés ces psychanalystes. Ils ne veulent entendre qu’eux mêmes qui hiérarchisent les souffrances des autres. Mais bien sûr que le monde adulte se fracture pour une fillette violée par son frère quand il n’y a personne pour la défendre.

    • Sur l’expérience que rapporte @tintin dans son commentaire https://seenthis.net/messages/901458#message901542, je ne sais pas trop ce qu’elle raconte des singes qui en furent les victimes, mais elle est éclairante sur les humains qui l’ont imaginée. 😱

      J’ai quitté la biologie pour l’éthologie en grande partie pour l’approche respectueuse des éthologues de leurs sujets d’étude. Au labo, nous nous vantions de mettre en place des dispositifs «  tout confort  », tout en déplorant le fait que la captivité en elle-même n’est pas une bonne chose. Il était tout à fait possible de mettre en place un protocole qui n’avait pas pour principe d’être une boucherie.

    • Pas de souci @mad_meg je soulignais juste qu’employer le terme « tolérer » (donc acceptable) pour un viol est odieux. Je pense à M. fillette de 12 ans, violée par ses frères et retournée dans l’emprise de sa famille alors qu’elle l’avait signalé, son parcours terrifiant que je tais est l’échec de sa non prise en charge. Et c’est justement ce genre de propos entre deux lignes qui participent de cette tolérance sociale du viol dans la fratrie et qui fait que l’on n’y prête pas attention. Je n’ai vu aucune étude sur ces enfants mâles pour qui on tolère qu’ils violent leur sœurs, mais je suppose (pour l’avoir vu) qu’une fois adultes ils n’ont pas plus de compassion pour les femmes.
      Et pour celles devenues adultes, tomber sur ce genre de psy, un cauchemar qui se perpétue.
      #enfance

    • Oui @touti c’est une forme de violence qui n’est pas encore étudiée et qui est très rarement nommée au sein même des dénonciations des violences incestueuses. Le mot « toléré » est effectivement mal choisi. J’ai vu passé dans mes lectures récentes sur le sujet des remarque sur l’absence de prise en compte de ces violences dans les champs d’études. J’ai souvenir d’une sceance avec mon psy ou je me demandait ce qui pouvait passé par la tete des agresseur et ou il m’avait répondu par un exemple d’une petite fille violée par ses deux frères et j’ai été surprise par ma réaction de rejet de cette idée. Je n’ai malheureusement pas de ressources pour documenté ce sujet mais je vais m’efforcè de les mettre en avant lorsque j’en trouverait. Je compatie aux souffrances que doivent enduré ces victimes, invisibilisées dans l’invisible et silenciées dans le silence...

    • Oui @mad_meg c’est un angle mort de plus dans ce labyrinthe des dénis.

      Alice Debauche rapporte :

      L’ouvrage Virage* (disponible en librairie) donne le détail des auteurs pour les faits de violences sexuelles avant 18 ans. Pour les femmes, elles mentionnent leur oncle pour 20% d’entre elles, un homme proche de la famille pour 17%, leur père pour 14%, leur frère ou demi frère pour environ 10% et ou leur grand-père pour 6% environ.

      *Elizabeth Brown, Violences et rapports de genre

      #livre

  • L’Etat français renvoie illégalement un enfant à la frontière franco-espagnole

    Le mercredi 3 février 2021, vers 12h, le jeune Tidane (prénom d’emprunt) a été interpellé par les forces de l’ordre françaises en gare de #Bayonne. Né en 2005, sa minorité n’a pas été contestée par les autorités françaises. Pourtant, un #arrêté_de_réadmission [1] vers l’Espagne lui a directement été notifié sans indication des délais et voies de recours. Il a immédiatement été remis aux autorités espagnoles, à #Irun, où, après plusieurs heures au poste de police, il a été laissé dans la rue, seul.

    Cette situation est alarmante car un mineur isolé doit faire l’objet d’une prise en charge et de mesures de protection par l’administration française dès lors qu’il est présent sur son territoire. Au lieu d’une réadmission, c’est sa protection qui aurait dû primer dans le respect de son « #intérêt_supérieur », tel que prévu par la Convention internationale des droits de l’enfant, dont la France est signataire.

    Agé de 16 ans, Tidane vient donc allonger la liste des nombreuses personnes qui, chaque jour, sont victimes de l’#illégalité des pratiques des autorités françaises aux frontières, notamment à la frontière franco-espagnole. Ces pratiques de l’administration française ont notamment pour conséquence de mettre en danger des enfants, à l’image de Tidane.

    Plus largement, cette situation interpelle, une fois de plus, sur les conséquences des contrôles aux frontières intérieures de la France. Instaurés en 2015 et constamment renouvelés, ces contrôles ont pour première conséquence des pratiques illégales de la part des forces de l’ordre aux frontières (contrôles au faciès, procédures irrégulières, violation du droit d’asile, absence de protection des mineurs…), mettant en danger la vie de plusieurs personnes, chaque jour, dont des enfants.

    Une fois de plus, nos associations dénoncent les conséquences de ces #pratiques_illégales qui violent les droits des personnes en migration aux frontières et demandent à ce que les autorités françaises protègent enfin les enfants au lieu de les refouler vers leurs Etats voisins.

    [1] Un arrêté de réadmission est un acte administratif permettant à un État membre de l’espace Schengen de renvoyer une personne étrangère vers un autre État membre de l’espace Schengen, cette personne y étant soit légalement admissible, soit étant en provenance directe de cet État. L’#accord_de_Malaga signé le 26 novembre 2002 entre la France et l’Espagne permet aux deux pays de faire des réadmissions simplifiées pour les personnes qui seraient en provenance directe de l’autre État.

    http://www.anafe.org/spip.php?article591

    #asile #migrations #réfugiés #refoulements #Espagne #France #push-backs #réadmission #MNA #mineurs_non_accompagnés #enfants #enfance

    ping @isskein @karine4

    –—

    ajouté à la liste métaliste sur les accords de réadmission en Europe :
    https://seenthis.net/messages/736091

  • 255 infanticides par an ? Les intentions de Le Monde ne sont pas bonnes si l’on en juge par une publication le 20 novembre 2020 de l’un de ses excellents dessinateur-ricaneur.

    Peu importe, un procès récent remet le sujet dans l’actualité : La misère, l’immaturité, et l’horreur au procès de la mort du petit Tony, 3 ans
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/02/06/aux-assises-de-la-marne-la-misere-l-immaturite-et-l-horreur-au-proces-de-la-

    La mère de l’enfant a été condamnée à trois ans de prison ferme pour « non-dénonciation de mauvais traitements », et son ex-compagnon à vingt ans pour « violences volontaires ayant entraîné la mort ».

    Et le journal de proposer un point plus général en février 2021 : Les infanticides, des meurtres à l’ampleur méconnue
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/02/06/les-infanticides-des-meurtres-a-l-ampleur-meconnue_6069003_3224.html

    Combien sont-ils ces nouveau-nés ou jeunes enfants qui, comme le petit Tony dont le calvaire vient d’être exposé à l’occasion du procès de sa mère et de son beau-père, meurent chaque année sous les coups de leurs parents ? Question piège. Si certaines sources statistiques officielles comptabilisent une partie des #infanticides, aucun recensement complet n’existe à l’échelle nationale.

    Dans la foulée de la publication, en 2010, de travaux menés par l’Inserm, l’estimation d’un à deux enfants de moins de 1 an tués chaque jour dans la sphère familiale avait un temps circulé. Mais, de l’aveu même de la pédiatre Anne Tursz, l’épidémiologiste autrice de cette enquête sur « les morts suspectes de nourrissons de moins de 1 an » , menée auprès des tribunaux et services sanitaires de trois régions (Bretagne, Ile-de-France, Nord-Pas-de-Calais), elle repose sur des bases insuffisamment étayées.

    Un autre chiffre est, selon elle, plus solide. « Celui de 255 infanticides d’enfants de moins de 1 an chaque année, auquel nous étions parvenus dans nos travaux, a été calculé de façon rigoureuse », note cette spécialiste de la maltraitance infantile, qui relève la sous-estimation massive du phénomène dans les chiffres officiels [l’officiel Taquet et son dessinateur disent "un enfant tué tous les 5 jours", ndc].

    « Problème majeur de santé publique »

    « C’est un scandale que l’on ne dispose toujours pas, en France, de chiffres fiables, indiscutables, qui donneraient une vision claire de la réalité de la maltraitance des enfants en France », dénonce Yves Crespin, avocat référent de l’association L’Enfant bleu, qui apporte un soutien psychologique et juridique aux mineurs victimes. « Peut-être qu’il s’agit d’un chiffre qu’on ne veut pas avoir ni voir ? », interroge-t-il, en soulignant qu’il s’agit pourtant d’ « un problème majeur de santé publique ».

    De l’avis des spécialistes, il existe bien une part d’infanticides qui passent sous les radars. Elle est constituée par la non-révélation de certains néonaticides, ces meurtres de nourrissons tués à la naissance, et par les décès d’enfants attribués à des accidents domestiques, comme c’est le cas par exemple pour un certain nombre de victimes du syndrome du bébé secoué.

    Directrice de l’Observatoire national de la protection de l’enfance (ONPE), institution chargée d’éclairer les politiques publiques en la matière, Agnès Gindt-Ducros en convient, seule « la face émergée du phénomène » est connue. Chaque année, l’ONPE recense les morts d’enfants par violences familiales ayant donné lieu à une procédure judiciaire, en s’appuyant sur les données statistiques du ministère de l’intérieur.

    Quatre-vingts infanticides ont ainsi été répertoriés en 2018 (les données 2019 seront prochainement publiées), soit « un enfant tous les quatre ou cinq jours », relève Mme Gindt-Ducros. « Y en a-t-il un peu plus, beaucoup plus ? Peut-être faut-il faire le deuil d’avoir des chiffres exhaustifs, ce qui est extrêmement compliqué dans des domaines comme ceux-ci, et avoir pour objectif de s’approcher au plus près du phénomène » afin d’adapter les politiques de prévention, suggère-t-elle.

    Plusieurs particularités sont déjà connues, comme la vulnérabilité accrue des plus petits. Dans l’échantillon de l’ONPE, les deux tiers des victimes étaient âgés de moins de 5 ans. « Plus un enfant grandit, plus ça devient difficile de dissimuler les maltraitances », résume Martine Brousse, présidente de la Voix de l’enfant, indiquant aussi l’importance du repérage du danger et de l’accompagnement de la parentalité pour prévenir ces situations.

    Des recommandations qui apparaissent également à la lecture d’un rapport de l’inspection générale des affaires sociales (IGAS), remis en avril 2019, à partir de l’étude de 363 décès signalés entre 2012 et 2016, et d’un travail approfondi mené sur 45 dossiers. Il montre qu’à l’exception des néonaticides, les infanticides apparaissent bien souvent comme le résultat d’une succession d’actes de #maltraitance.

    Sur les auteurs, contrairement aux idées reçues, la jeunesse des parents n’apparaît pas nécessairement comme un facteur à risque. En revanche, « un lien très fort » entre la #violence_conjugale et les violences commises sur les enfants est confirmé par l’étude. A ce jour, la recommandation numéro 1 du rapport, de pratiquer une autopsie médico-légale de tous les enfants de moins de 1 an décédés de mort inexpliquée, ce qui permettrait d’avoir une connaissance plus fine de ce sujet délicat, est restée lettre morte.

    #enfance #famille

    • La culture de la violence en france est systémique : viols, incestes, féminicides, infanticides, racismes. Et pour celleux qui en réchappent : chape de silence et dessins sur Le monde à vomir.
      Il n’y a aucune prévention, aucune étude correcte, aucun refuge dans un pays où tant de personnes peuvent dire sans honte qu’une bonne baffe n’a jamais tué personne et où la liberté d’expression se solde dans la rue par des mutilations policières.

      En fait, c’est bien le pays des #droits_de_l'homme, les hommes y ont carte blanche pour exercer leurs violences envers les femmes et les enfants comme un droit.

  • In Serbia, migrant children left to fend for themselves on Belgrade’s streets

    Unaccompanied migrant minors are living on the streets of Serbia’s capital, even in the middle of winter. Their fate is in the hands of an international smuggling ring.

    A freezing wind blows through the streets of Belgrade as the residents of the Serbian capital prepare for the Orthodox Christmas on January 7. The stores are open despite coronavirus pandemic restrictions. Wrapped in thick coats, people saunter along the shopping streets or the new promenade on the banks of the Sava River.

    Things are quite different by the long-distance bus terminal on Zeleznicka Street, on the edge of downtown Belgrade. A group of children and teenagers hang out in a small park opposite the terminal, all of them refugees, unaccompanied minors aged 11 to 17, and most of them from Afghanistan.

    Some of the youngsters huddle under white blankets. “I bought them at the market across the street,” Sherkat said, his feet in sneakers with short socks. Some of the young people shiver from the cold, and fatigue is written all over their faces. They are waiting for a chance to continue their journey, to the Hungarian or Croatian border.

    Sherkat managed to get out of Serbia once. The situation on the EU side of the border was bad, he said. “In Croatia, the police stole my cell phone and sent me back.” The situation in the refugee camps in Serbia was difficult, he said, adding that since he did not have a registration card from the Serbian authorities, he had no access at all to aid.

    Children stay away from government agencies

    It is a problem familiar to Bogdan Krasic, who works for nongovernmental organization Save the Children International. “These children are on their way to other countries, they don’t want to stay in Serbia,” he said. Some children live in the official camps for asylum-seekers, but many live outside the camps, he added. “It is not easy to help the young people because they do not want to register,” Krasic said. “They want to go to western Europe and avoid aid organizations and the police.”

    Sherkat and his friends bunk in a construction site opposite the park, next to the lavishly renovated river promenade where investment projects worth billions are being built — shopping centers, hotels and office buildings. The construction site is deserted, but empty bottles and cans, mattresses and thin polyester blankets mark the spot where the boys camp out. It turns out Sherkat and a few other migrants took a bus to the Serbian town of Backa Palanka on the Croatian border in yet another effort to move on.

    Destination: France

    Rizvanullah and Ekram also want to move on as quickly as possible. The teenagers from Afghanistan — who assure us they are 15 years old — and two other boys spend the nights on the river promenade, wrapped in jackets and sleeping bags, but cold nevertheless. They do not have mattresses, so they spread out a thin plastic trash bag on the rocky ground.

    Rizvanullah wants to go to France, where he has relatives. He previously spent three-and-a-half years working in Turkey, but was not paid, so he moved on to Greece. “The Greek police beat me up and sent me back to Turkey,” he said. He made it to Belgrade via North Macedonia.
    ’They didn’t believe I’m a minor’

    Rizvanullah and Ekram have been in the Serbian capital 10 days. Rizvanullah would prefer to live in a camp for underage migrants, but has run into problems. “I’m 15 years old and I’ve already been to the camps in Obrenovac, Sid and Adasevci. They didn’t believe that I am a minor, they said I had to go to a camp for adults. They didn’t give me a card or papers.”

    Their stories are not unusual. Many minors travel from Turkey via Greece to the Western Balkans. In 2015 and 2016, there was great public interest in the so-called Balkan route, with aid organizations offering food and medical supplies. There was also more transparency, the agencies knew approximately how many people were in what place at a certain time.
    International smuggling ring

    Those times are a thing of the past despite the fact that there still is significant traffic on the Balkan route. The conditions that refugees face in Turkey and in Greece have led to a significant increase in migration on the route from Greece to Croatia and Hungary.

    A study by Save the Children’s Balkan Migration and Displacement Hub found that although the children travel alone, they are controlled by smugglers throughout. “They speak of a ’kachakbar,’ a kind of chief smuggler based in Afghanistan who is in touch with local smugglers,” said Katarina Jovanovic, a psychologist and researcher who interviewed 40 underage and unaccompanied refugees on the streets of Belgrade with her team for the study.

    Parents try to stay in touch

    Usually the parents would approach the kachakbar to send their eldest son on the journey to western Europe, she said, adding the trip would put them in debt. “People think the parents just let their children go and then forget about it, but they don’t. They try to maintain a certain level of control,” Jovanovic said.

    On the journey west, local smugglers, informed by the kachakbar in Afghanistan, get in touch with the children. Access to cash is also in the hands of local smugglers. “Most children hardly have any cash, they know it’s dangerous. Depending on the arrangement the parents have made, the smugglers on the ground give them small amounts of cash,” said Jovanovic. The children are in touch with their parents at least some of the time — the smugglers give them money for phone cards, but they control what the young migrants tell their parents.

    Children hush up violence, abuse

    In many cases, the children experience violence and abuse, sometimes even sexual abuse. But they won’t mention any of that to their parents, Jovanovic said. “They don’t want to worry their parents, they feel they must be strong and grow up.”

    “There is a system that protects the children sometimes, but in most cases it doesn’t, and the children experience terrible things,” Jovanovic said, adding there is no official aid for the young migrants. The coronavirus pandemic spelled the end for whatever aid groups were looking after unaccompanied minors on the Balkan route.

    No reliable data on migration

    In addition, there are no reliable figures on the current state of migration. “We see big discrepancies in the figures the UNHCR publishes at the national and regional levels,” Krasic said “We see children coming from Greece, so we suspect that their numbers are similar in the other countries on the Balkan route. But the UNHCR figures do not reflect that.” Save the Children does not know how many children were actually traveling in 2020, he said.

    Less reliable data on migration is part of the Balkan route countries’ refugee policy, Jovanovic argued, adding that only once did the authorities let her and her team talk to children, and that was back in 2018 for the study.

    Currently no one bothers, she said — not UNICEF nor the UNHCR or the International Red Cross. “We don’t really have access to data anymore, or it comes sporadically and is not translated into English. You can clearly see that the information policy has changed,” she said.

    https://www.dw.com/en/in-serbia-migrant-children-left-to-fend-for-themselves-on-belgrades-streets/a-56089115
    #réfugiés #mineurs #enfants #enfance #Belgrade #Serbie #Balkans #route_des_Balkans #SDF #sans-abri #MNA

  • L’historienne Fabienne Giuliani : « On a trop décrédibilisé la parole des enfants »
    20 janvier 2021 Par Lénaïg Bredoux

    Spécialiste de l’inceste, Fabienne Giuliani réagit au mouvement de prise de parole des victimes sur les réseaux sociaux consécutif à la publication du livre de Camille Kouchner. Elle rappelle comment, depuis la fin du XIXe siècle, on a peu à peu discrédité la parole des enfants. Et justifié le pire.

    https://www.mediapart.fr/journal/france/200121/lhistorienne-fabienne-giuliani-trop-decredibilise-la-parole-des-enfants?on

    MeTooInceste : l’appel à témoignages lancé le week-end dernier sur les réseaux sociaux a suscité en quelques jours des milliers de prises de parole publiques. Les récits sont poignants et racontent une réalité trop souvent éludée, et déformée. Ils disent l’inceste ordinaire qui touche des millions de personnes – un à deux enfants par classe, selon l’anthropologue Dorothée Dussy –, et qui reste encore trop souvent impuni.

    L’historienne Fabienne Giuliani, autrice d’une thèse intitulée Les Relations incestueuses dans la France du XIXe siècle, est actuellement post-doctorante au sein du projet ANR DERVI (Dire, entendre, restituer les violences incestueuses). Elle revient pour Mediapart sur le mouvement actuel de prise de parole des victimes d’inceste et l’inscrit dans l’histoire depuis la Révolution française.

    Ces derniers jours, des milliers de personnes ont témoigné de l’inceste qu’elles ont subi, sur les réseaux sociaux. Quel est le sens de ce #MeTooInceste, selon vous ?

    Fabienne Giuliani : Il est évidemment lié au mouvement #MeToo. Mais ce mouvement, même s’il comptait de nombreux témoignages de violences incestueuses, n’avait pas permis d’ouvrir le débat sur cet aspect des violences sexuelles. Par ailleurs, l’ouvrage qui vient de paraître de Camille Kouchner [La Familia grande, Éditions du Seuil – ndlr] concerne des personnes connues. Cela contribue à lui donner de l’ampleur.

    En réalité, les victimes de violences incestueuses parlent depuis très longtemps. Et la libération de la parole a déjà eu lieu, bien avant l’apparition des réseaux sociaux. Depuis 1986 et Le Viol du silence d’Éva Thomas, tous les ans, plusieurs livres sont publiés par des victimes d’inceste.

    Ce n’est pas donc tant le fait que la parole se libère, que le fait que la société soit un peu plus disposée à la recevoir qui se manifeste.

    Pensez-vous que cela peut conduire à une prise de conscience collective de l’ampleur des violences incestueuses ?

    Je ne peux pas présumer de l’avenir, je vais rester prudente. D’abord parce que les solutions proposées pour l’instant ne vont pas dans le sens de la prise en charge sérieuse et réelle de ces violences. Le débat sur l’imprescriptibilité de l’inceste, par exemple, n’est pas du tout central. Le problème, c’est la protection des enfants victimes, la prise en charge et la réception de leur parole, la preuve judiciaire très difficile à établir par les magistrats, l’éducation à la sexualité, etc.

    J’ai aussi entendu Adrien Taquet [secrétaire d’État chargé de l’enfance et des familles – ndlr] expliquer que la commission sur l’inceste récemment mise en place n’avait pas vocation à faire des propositions de loi mais à connaître la parole des victimes. Mais elles ont déjà beaucoup parlé et beaucoup d’études ont déjà été faites ! On redécouvre un peu l’inceste tous les 15 ou 20 ans.

    De quoi parle-t-on quand on parle « d’inceste » aujourd’hui ?

    En France aujourd’hui, on parle de ce que j’appelle des violences incestueuses. Dans l’imaginaire social, elle se résume, dans la majeure partie de l’opinion publique, à des violences commises par des aînés sur des enfants au sein d’une famille.

    C’est une construction plutôt contemporaine aux yeux d’un historien. Avant la Révolution française, le crime d’inceste existait : il s’agissait de toute sexualité engagée au sein d’une même parenté – biologique, par alliance ou spirituelle –, et c’est le couple qui était puni. Par exemple, un beau-frère et une belle-sœur. En revanche, dans le cas d’un père violant sa fille, seul le père était condamné.

    Cette définition disparaît avec la Révolution française, et l’inceste est décriminalisé. En 1810, l’inceste réapparaît, sans son nom, via deux incriminations principales, le viol et l’attentat à la pudeur. Elle devient une circonstance aggravante d’autres violences sexuelles. C’est une spécificité française.

    Concrètement, le Code pénal ne réprime pas l’inceste consentant entre adultes, et avec des mineurs de plus de 15 ans. Le viol et l’agression sexuelle sont en revanche réprimés, avec pour circonstance aggravante d’être commis par un ascendant. Pourquoi la France fait-elle ce choix de définition à l’époque ? Et qu’ont fait les autres pays européens ?

    En 1810, nous sommes sous l’empire napoléonien, peu après le vote du Code civil [en 1804], dont la figure tutélaire s’appelle Jean-Étienne-Marie Portalis. Les législateurs de l’époque font de la famille la cellule souche de la société. Portalis en parle comme du « sanctuaire sacré des mœurs », et le père est désigné comme le premier magistrat de France. Cette famille se doit d’être modèle car elle prépare l’avenir de la société en élevant les enfants, qui vont eux-mêmes devenir des adultes.

    En 1810, le Code pénal ne vise pas la protection de l’enfance, mais de la famille. On punit d’abord des agresseurs qui créent une cellule de famille corrompue. En corrompant le corps des enfants, on corrompait la famille, et donc la société. L’inceste est combattu pour des raisons morales de protection de l’institution familiale.

    Les autres codes pénaux, qui interviennent plus tardivement au XIXe siècle comme en Allemagne ou en Italie, inscrivent quant à eux l’inceste comme un crime, y compris entre adultes, y compris consentants. Et il n’est pas inscrit au chapitre des violences sexuelles mais contre l’honneur et contre l’honneur des familles. Même chose en Suisse.

    Contrairement à la France, ces codes-là ont intégré la théorie de la consanguinité, importée des États-Unis, et qui émerge en 1856. Elle va influencer de nombreux codes pénaux européens qui vont aussi chercher à se prémunir des dangers de la « dégénérescence » causée par les enfants nés de l’inceste. Cela devient un crime considéré comme un danger pour la reproduction de l’espèce humaine.

    Le Royaume-Uni, en revanche, adopte en 1908 une loi de pénalisation de l’inceste, dans le but de la protection de l’individu enfant.

    En France, l’inceste entre adultes, et de mineurs de plus de 15 ans, n’est donc pas condamné. Le mot « inceste » ne figure pas en tant que tel dans le Code pénal. Cette invisibilisation est-elle un indice d’un manque de considération de la gravité des violences incestueuses ?

    On ne peut pas dire qu’à l’époque, ce choix de politique pénale soit lié à une volonté d’occultation. La société du XIXe siècle était duale : elle cherche à punir les pères qui commettent l’inceste. Si je m’en réfère à la pratique des magistrats, les violences incestueuses sont extrêmement réprimées, et de manière assez courante. Toutes les sessions de cour d’assises, tous les ans, ont à traiter d’affaires de viols par ascendants. Et ils sont punis par des peines de travaux forcés à perpétuité. Les accusés sont très rarement acquittés.

    Le choix de ne pas inscrire une définition plus large de l’inceste dans le Code pénal est en réalité un héritage de la Révolution française : l’État ne veut pas trop intervenir dans la sexualité. L’idée est alors que la sexualité incestueuse des adultes peut être immorale d’un point de vue religieux mais qu’elle ne doit pas être sanctionnée par l’État, qui fait preuve d’un certain libéralisme en matière de sexualité.

    Cela change ensuite à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle quand la parole des enfants va être décrédibilisée devant les tribunaux. Jusque dans les années 1980 et la réforme du viol dans le Code pénal, au XXe siècle, on va considérer que les enfants sont en réalité consentants, qu’ils sont vicieux… Résultat, les peines prononcées par les tribunaux sont beaucoup moins fortes : on passe presque en 20 ou 30 ans de peines à perpétuité aux travaux forcés et à des emprisonnements de cinq ans.

    Pourquoi la parole des enfants est-elle brutalement discréditée à partir de la fin du XIXe siècle – époque à laquelle existait aussi un seuil de non-consentement pour les mineurs de moins de 15 ans, supprimé au XXe siècle ?

    Les victimes d’inceste portent rarement des traces sur leur corps. Dans leur cas, les expertises médicales sont largement impuissantes à constater des traces, pourtant souvent attendues dans ces affaires. On étudie encore la défloration de l’enfant jusqu’au début des années 2000, alors qu’on sait que ce n’est pas un signe de viol, ou d’absence de viol… Les preuves sont largement testimoniales.

    faux-te-moignages
    Or à la fin du XIXe siècle, trois thèses de médecine sont publiées. La première s’appelle « Les enfants menteurs », soutenue par Claude-Étienne Bourdin (1883) ; la deuxième, d’Auguste Motet, porte sur les faux témoignages des enfants devant la justice, et une troisième est soutenue en 1897. Toutes vont porter un discrédit grave à la parole de l’enfant : elles expliquent qu’ils sont mythomanes par nature, corrompus par leur mère et qu’ils sont manipulés, et parfois manipulateurs.

    À compter de leur publication, dès le début du XXe siècle, on retrouve les termes de ces médecins dans la bouche des magistrats et des procureurs.

    Nous sommes aussi dans une société masculine. Or le crime d’inceste est majoritairement commis par des hommes. Porter une attaque à la parole de l’enfant, et à celle de la mère, revient aussi à protéger une partie de la population…

    Vous évoquez aussi la théorie du complexe d’Œdipe. Certaines théories psychanalytiques ont-elles contribué à discréditer la parole des enfants ?

    À partir des années 1930, et surtout après 1968, les enfants victimes présumées de violences incestueuses sont soumises à une évaluation psychiatrique. Dans ces expertises, on retrouve souvent la mention de théories psychanalytiques. Dans un dossier de 1988, les psychiatres écrivent par exemple que l’enfant a un désir œdipien pour son père…

    Dans les années 1970, de nombreux intellectuels et militants ont également défendu la liberté sexuelle des adolescents, y compris d’un point de vue progressiste et de lutte contre l’homophobie. Je pense aux écrits de Guy Hocquenghem, René Scherer, ou à la pédophilie revendiquée de Tony Duvert… Ces débats ont-ils eu une influence sur les violences incestueuses ?

    Les discours pédophiliques participent encore de la même construction d’une justification des violences incestueuses. À partir des années 1980, vous trouvez des pères accusés d’inceste qui avouent les faits et les justifient en disant qu’ils voulaient donner une éducation à leurs enfants. Ces pères estiment que le corps de leurs enfants leur appartient et qu’il leur appartient également de les éduquer sexuellement.

    Ces discours s’accompagnent de propos antiféministes selon lesquels les mères couvent trop leurs enfants et les empêchent de s’épanouir dans leur sexualité.

    Par ailleurs, au XIXe siècle, l’inceste puni est décrit comme un crime commis par les pauvres…

    Oui, on a désigné un Autre, pauvre, alcoolique généralement, fainéant, ouvrier, vivant dans la nudité la plus crasse et qui commet l’inceste.

    À partir de 1830, les médecins hygiénistes font des tours de France des habitats ouvriers, de cette nouvelle classe laborieuse qui s’entasse dans des logements exigus des faubourgs des villes. Plusieurs études sont alors publiées affirmant que la promiscuité est une cause de l’inceste, que les ouvriers auraient un seuil de moralité moins important que les élites et qu’ils consomment de l’alcool de manière excessive… On parle alors de « misérables pères » ou de « pères dénaturés ».

    Parallèlement, un médecin, Bénédict Morel, émet la théorie de la dégénérescence, qui aura beaucoup plus de popularité que celle de la consanguinité. Selon cette thèse, ce n’est pas tant l’hérédité biologique qui pose problème, que le milieu social. Celui-ci est accusé de créer des « tarés ». Ce discours sera ensuite diffusé par les médias, quand les premiers faits divers apparaissent dans la presse écrite, à partir de 1875…

    Aujourd’hui, on dit à l’inverse que les violences incestueuses seraient un crime de la gauche caviar ! Comme si on avait toujours besoin de désigner un Autre incestueux. Sous l’Ancien Régime d’ailleurs, on considérait l’inceste comme un crime commis par les « sang-bleu », par l’aristocratie, notamment dans les écrits des Lumières du XVIIIe siècle.

    Or on le sait : c’est Monsieur Tout-le-Monde, c’est un inceste ordinaire, comme le dit Léonore Le Caisne (lire notre entretien).

    Comment expliquer que des décennies plus tard, on en soit encore à sembler découvrir l’ampleur des violences incestueuses, et à déconstruire des stéréotypes sur le milieu social ? Et pourquoi, malgré les évolutions de la loi, et des théories, les violences ne paraissent-elles pas diminuer ?

    D’abord, l’esprit du Code pénal n’a pas vraiment changé depuis 1810. Même depuis la redéfinition du viol en 1980. Les éléments matériels attendus pour prouver les violences incestueuses – la contrainte, la surprise et la violence – n’ont pas changé.

    En 2016, on a ajouté l’adjectif « incestueux » dans le Code pénal, voilà tout. Cela va nous permettre d’avoir des chiffres émanant de la justice. Mais sur le fond, la Cour de cassation émet, depuis sa création en 1804, des jurisprudences qui définissent la proximité familiale.

    Le problème réside surtout dans le fait d’avoir décrédibilisé la parole des enfants. Or elle est cruciale car les preuves matérielles sont très rares. Adrien Taquet a encore expliqué récemment qu’on ne pouvait pas auditionner un enfant de moins de 5 ou 6 ans. Or les enfants commencent à parler à l’âge de 2 ou 3 ans. Et en dehors de la parole, ils savent s’exprimer.

    On ne considère toujours pas l’enfant comme un individu dans notre société. Sans en faire une valeur absolue, il faut s’attacher à recueillir correctement cette parole, comme au Canada par exemple. Il faut aussi donner aux enfants une éducation sexuelle. Dans les dossiers de procédures, les enfants expliquent qu’ils n’ont rien dit car leur père leur disait qu’il avait le droit… Sans campagne de prévention ou d’éducation sexuelle, pour apprendre aux enfants à nommer le sexe, à savoir dire non si quelqu’un veut les toucher, cela me paraît compliqué d’avancer.

    L’inceste est une violence particulière, de par le très jeune âge des victimes, du nombre de violences subies, et la place de l’auteur des violences. Mais est-ce le bon mot ? Faut-il parler de pédocriminalité ? De violences sexuelles en général ?

    Je pense qu’il faut arrêter de mettre toutes les violences sexuelles dans le même sac car cela permet de toutes les occulter. Je parle de violences incestueuses – car l’inceste est aussi une sexualité pratiquée entre adultes. Oui, c’est une violence de genre, et une violence de génération, mais c’est d’abord sans doute une violence affective.

    Car les enfants aiment leurs parents. Ils n’ont aucune protection face à eux. C’est dans le foyer, le jour la nuit, par une personne que vous aimez, et autour de personnes à qui vous craignez de vous confier pour ne pas détruire la famille… Certaines victimes ne veulent pas porter plainte. Elles veulent que cela s’arrête, mais les rétractations sont fréquentes dans les procédures pénales : elles disent qu’elles ne veulent pas faire du mal, envoyer leur père en prison… Voilà pourquoi je crois qu’il faut parler de violences incestueuses.

    #inceste #violences_sexuelles #violences_incestueuses #histoire

    • En 1810, nous sommes sous l’empire napoléonien, peu après le vote du Code civil [en 1804] (...). Les législateurs de l’époque font de la famille la cellule souche de la société. Portalis en parle comme du « sanctuaire sacré des mœurs », et le père est désigné comme le premier magistrat de France. Cette famille se doit d’être modèle car elle prépare l’avenir de la société en élevant les enfants, qui vont eux-mêmes devenir des adultes.

      En 1810, le Code pénal ne vise pas la protection de l’#enfance, mais de la famille. On punit d’abord des agresseurs qui créent une cellule de famille corrompue. En corrompant le corps des enfants, on corrompait la famille, et donc la société. L’inceste est combattu pour des raisons morales de protection de l’institution familiale.

      (...) les solutions proposées pour l’instant ne vont pas dans le sens de la prise en charge sérieuse et réelle de ces violences. Le débat sur l’#imprescriptibilité_de_l’inceste, par exemple, n’est pas du tout central [la prescription a actuellement lieu aux 48 ans de l’agressé.e/violé.e, ndc] . Le problème, c’est la protection des enfants victimes, la prise en charge et la réception de leur parole, la preuve judiciaire très difficile à établir par les magistrats, l’éducation à la sexualité, etc.

      L’écriture du crime : l’inceste dans les archives judiciaires françaises (1791-1898), Fabienne Giuliani, 2009

      Juger l’inceste ; La société face au crime ; L’archive imparfaite

      https://journals.openedition.org/acrh/1582#text

      #famille #père #patriarcat

  • Catherine Corless, bonne fée des enfants oubliés d’Irlande
    https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2021/01/21/catherine-corless-bonne-fee-des-enfants-oublies-d-irlande_6067007_4500055.ht


    L’historienne Catherine Corless (à droite) et Carmel Larkin, survivante du « home » de Tuam en 2019, lors d’une veillée pour les 796 victimes de Tuam.
    CHARLES MCQUILLAN / GETTY IMAGES / AFP

    PORTRAITLes recherches de cette historienne locale ont conduit à la reconnaissance, mi-janvier, des responsabilités de l’Etat et de l’Eglise catholique dans la maltraitance et le décès de 9 000 enfants, au sein des « maisons pour mères et bébés », entre 1922 et 1998.

    « Tout a commencé sur cette table de cuisine », ont pris l’habitude de relater les journalistes anglo-saxons qui ont eu la chance de rencontrer Catherine Corless, chez elle, dans sa ferme familiale de Tuam (grosse bourgade du comté de Galway, dans l’ouest de l’Irlande).

    A 66 ans, cette historienne ­amatrice, grand-mère au doux visage mais au sourire rare, est devenue une véritable héroïne en Irlande. Seule, donc, depuis sa table de cuisine, cette femme modeste mais déterminée est parvenue à exhumer un passé national douloureux et honteux, à redonner voix et dignité à des dizaines de victimes et à obliger l’Etat irlandais et l’Eglise catholique à reconnaître leurs torts.

    • Sans son travail obstiné, l’enquête publique qui a conclu, à la mi-janvier, que 9 000 enfants étaient morts entre 1922 et 1998 dans les « maisons pour mères et bébés » irlandaises, n’aurait jamais eu lieu.

      Ces dizaines de structures, éparpillées dans tout le pays et tenues par des institutions religieuses, dissimulaient les grossesses des femmes non mariées, jugées honteuses aux yeux d’une société et d’un clergé misogynes. Les femmes y étaient rudement traitées, leurs enfants étaient systématiquement placés par les nonnes dans des familles d’accueil ou d’adoption. Le manque de soin, d’hygiène et d’amour était tel que la mortalité infantile y était affolante.

      Une héroïne

      Mercredi 13 janvier, le gouvernement irlandais a multiplié les louanges à l’égard de Catherine Corless, « héroïne de notre pays » pour le leader des travaillistes, Alan Kelly.

      Elle est née à Tuam, et enfant, comme tous les gamins de la ville, elle connaissait le home, une sévère bâtisse entourée de hauts murs gris, une « maison pour mères et bébés » tenue par les sœurs du Bon Secours depuis les années 1920. L’institution a fermé en 1961, ses bâtiments ont été détruits et le site en partie remplacé par des logements communaux.

      Catherine Corless se rappelle des enfants du home, « ils étaient très calmes, peureux et misérables ». Dans l’école qu’elle fréquente petite fille, ils sont placés au fond de la classe et on ne leur adresse pas la parole.

      Un autre souvenir la poursuit : pour imiter un de ses camarades et faire une blague, elle tend un vieux papier de bonbon vide à une fillette. « Sur le moment, j’ai trouvé ça drôle. Mais, les années passant, j’ai compris l’impact de ce geste pour ces enfants qui n’avaient jamais de douceurs, même pas à Noël. Cela m’a hantée », raconte-t-elle à la BBC Radio 4 en 2017.

      A l’origine, un petit sanctuaire

      Au début des années 2010, cette ancienne secrétaire dans une usine textile, qui s’est arrêtée de travailler pour élever ses quatre enfants, est intriguée par la découverte d’un petit sanctuaire, avec quelques fleurs et un ours en peluche, aménagé sur le site du home.

      Elle apprend qu’en 1975 deux garçons qui jouaient à cet endroit ont découvert des petits squelettes au fond d’un trou en déplaçant une plaque de béton. Passionnée d’histoire locale et de généalogie (elle a suivi des cours du soir sur le sujet), Catherine Corless contacte les autorités locales. Le siège des sœurs du Bon Secours, à Cork (dans le sud de l’­Irlande), lui répond qu’il n’a plus les registres du home de Tuam. Elle n’a pas davantage de succès au conseil du comté, à Galway : on lui refuse l’accès aux documents au prétexte qu’elle n’a pas de diplôme universitaire.

      Elle ne se décourage pas, obtient les plans du cadastre, consulte des cartes anciennes à la bibliothèque universitaire de Galway et, minutieusement, reconstitue l’aspect du home avant sa destruction. « Personne ne voulait savoir, j’étais en colère, c’est ce qui m’a motivée », confie-t-elle à la BBC. Le registre d’état civil de Galway finit par lui répondre : des certificats de décès d’enfants au home sont bien disponibles.

      Aucune trace de sépultures

      Entre 2011 et 2013, Catherine Corless débourse 4 euros pour chacun d’eux. Il y en a 796 au total sur la période 1921-1961… Des nouveau-nés et des enfants, âgés de 9 ans au plus, morts de pneumonie, de « négligence » , de « malnutrition » ou de « tuberculose ».

      L’historienne vérifie dans les cimetières du comté : aucune trace de sépultures de pensionnaires du home. Elle en est convaincue : les restes humains retrouvés sur le site sont bien ceux de ces enfants. Quant à l’excavation dans laquelle ils ont été placés, elle découvre avec horreur qu’elle correspond à l’emplacement d’une ancienne fosse septique. En mai 2014, après des mois d’indifférence, ses découvertes font enfin la « une » de l’Irish Mail on Sunday. Acculé, le gouvernement irlandais de l’époque diligente des fouilles à Tuam et lance une commission d’enquête.

      En 2017, les fouilles donnent raison à Mme Corless : les restes ne sont pas ceux d’enfants morts de la Grande Famine, au milieu du XIXe siècle, comme la rumeur le prétendait à Tuam, mais bien ceux des enfants du home.

      Interrogée par le Guardian en 2014, Catherine Corless expliquait en vouloir moins aux gens de Tuam, restés si longtemps silencieux, qu’à l’Eglise catholique. « C’est elle qui a dit que le sexe hors mariage était un péché, qui blâmait toujours les femmes, jamais les hommes, qui a martelé ça dans la tête des gens. »

      Désormais honorée par les plus prestigieuses facultés du pays (Trinity College et University College Dublin), cette femme discrète dit avoir entrepris ses travaux « pour les enfants morts », pour leur redonner une dignité. Mais elle a aussi expliqué qu’un secret de famille l’avait poussée à aller de l’avant. C’est seulement après la mort de sa mère qu’elle a découvert que celle-ci était une enfant « illégitime », née hors mariage. « J’aurais tellement voulu briser ce silence avec elle », confiait Catherine Corless à la BBC en 2018.

  • « Tout le monde savait » : Claude Lévêque, une omerta au nom de l’art
    https://www.lemonde.fr/culture/article/2021/01/15/tout-le-monde-savait-claude-leveque-une-omerta-au-nom-de-l-art_6066318_3246.

    Qui n’a jamais aperçu l’artiste entouré d’adolescents plus ou moins jeunes, à un vernissage, un dîner de galerie ? Qui n’a jamais entendu de rumeurs ? « C’était comme un nuage flottant autour de lui, reconnaît une conseillère de collectionneurs qui le connaît, et s’en méfie, depuis trente ans. Tout le monde savait qu’il aimait s’entourer de jeunes éphèbes, et un bon nombre craignait le pire. Mais comment agir contre un homme qui a une telle aura, quand on n’a que des rumeurs, et qu’on n’est pas témoin de ses manœuvres ? Contre un artiste qui exerce une telle fascination, car il a produit une œuvre incroyable ? »

    • Claude Lévêque, une omerta au nom de l’#art

      Alors qu’une partie du milieu est sidérée d’apprendre que le plasticien fait l’objet, depuis 2019, d’une enquête préliminaire pour « #viols et #agressions_sexuelles sur mineurs », d’autres semblent moins surpris.

      Alors qu’une partie du milieu est sidérée d’apprendre que le plasticien fait l’objet, depuis 2019, d’une enquête préliminaire pour « viols et agressions sexuelles sur mineurs », d’autres semblent moins surpris.

      Au milieu des années 1980, une artiste qui préfère rester anonyme s’était aventurée à demander à un galeriste parisien qui exposait Claude Lévêque pourquoi il ne représentait aucune femme artiste : « Je n’ai peut-être pas d’artiste femme, mais j’ai un pédophile », s’était-elle entendu rétorquer. Plaisanterie tordue, aveu, provocation ? « En tout cas, ça résume bien le contexte, raconte-t-elle aujourd’hui. Je m’étais tue, mais, quand je visitais les expositions, je vous assure que je ne lâchais pas mon petit garçon de l’oeil. »

      « Comment une telle carrière est-elle possible, alors que depuis des années "ÇA SE SAVAIT ?" », interroge la critique d’art Marie Chênel dans un Tweet très relayé. Il résume la sidération du milieu de l’art depuis les révélations du Monde, le 10 janvier, concernant la plainte du plasticien Laurent Faulon contre l’artiste Claude Lévêque et l’enquête ouverte par le parquet de Bobigny (Seine-Saint-Denis), en mai 2019, pour « viols et agressions sexuelles sur mineurs de moins de 15 ans . M. Faulon, un sculpteur de 51 ans, dénonce des « abus sexuels » subis entre ses 10 et 17 ans de la part de M. Lévêque, assurant qu’il était, comme sa famille, sous son « emprise . Le journal en ligne Mediapart a lui aussi publié une longue enquête, le 13 janvier, qui accable l’artiste.

      L’enquête judiciaire est en cours, et la présomption d’innocence prévaut. Mais dans le milieu de l’art, où Claude Lévêque était si connu, chacun s’interroge. Qui n’a jamais aperçu l’artiste entouré d’adolescents plus ou moins jeunes, à un vernissage, un dîner de galerie ? Qui n’a jamais entendu de rumeurs ? « C’était comme un nuage flottant autour de lui, reconnaît une conseillère de collectionneurs qui le connaît, et s’en méfie, depuis trente ans. Tout le monde savait qu’il aimait s’entourer de jeunes éphèbes, et un bon nombre craignait le pire. Mais comment agir contre un homme qui a une telle aura, quand on n’a que des rumeurs, et qu’on n’est pas témoin de ses manoeuvres ? Contre un artiste qui exerce une telle fascination, car il a produit une oeuvre incroyable ? »

      Filleuls, neveux, assistants...

      Ces adolescents qui l’entourent, Claude Lévêque les présente comme ses filleuls, ses neveux, ses assistants, voir comme ses « fils . Ces doudous et nounours qu’il trimballe autour du monde, qu’il sort en plein repas, qu’il déploie dans chaque recoin de ses deux maisons, ont été, selon l’artiste, dans ses interviews, « donnés par des amis, souvenirs trop intimes pour en parler . Son obsession pour le monde de l’enfance est considérée comme une « sublimation artistique », la part de fantasme d’un adulte qui est bien plus à l’aise avec les enfants qu’avec le monde des grands.

      Et puis, comment condamner sur la base de « racontars » ? « On lui aurait donné le bon Dieu sans confession », admet l’artiste Jonathan Loppin, dont la compagne, Julie Faitot, a envoyé un signalement à la justice concernant Claude Lévêque en février 2019. Pendant les quinze ans que dura leur amitié, il avoue avoir été subjugué par cette star prête à défendre corps et âme le moindre squat, toujours disposée à prendre fait et cause pour la veuve et l’orphelin : « Claude apparaît comme un nounours au charisme fort, et un vrai aimant à enfants. En fait, il sait les ferrer. Quand j’ai compris que ces doudous étaient sans doute ceux de ses victimes, des trophées, j’ai pris une énorme claque. »

      « Je l’ai toujours vu bouleversé par la beauté des jeunes garçons, elle le secouait, et il l’assumait, ses premières oeuvres en témoignent », souligne un habitant de Nevers (Nièvre), proche des Faulon. Enfant, il a connu Lévêque comme moniteur de centre aéré dans les années 1970, sans jamais entendre de rumeurs pouvant l’incriminer. Depuis quelques jours, il fouille dans sa mémoire. « J’essaie d’analyser le phénomène d’emprise, détaille-t-il. En abordant l’environnement de cet adulte entouré de jeunes hommes, on avait d’abord un sentiment de malaise, mais la situation était ensuite validée par les proches ; familles, amis, tous semblaient acter ce qui se passait. Le trouble ressenti était alors étouffé par cette validation collective. En outre, j’en ai été témoin à deux reprises, Claude entretient aussi une relation très forte avec les mères des enfants, dont je ne sais comment elle s’articule, une relation presque amoureuse. Mécanique qu’il semble, hélas, avoir affinée avec le temps. »

      Collectionneurs, experts, galeristes, conservateurs, critiques, artistes : cette validation a été tout aussi collective dans le milieu de l’art, même si certains tenaient scrupuleusement leurs distances. « Les institutions lui ont fait confiance, à cause de la fascination qu’exerce son oeuvre, mais aussi de son engagement pour les causes sociales, politiques, analyse une directrice de musée. Tout cela était-il un écran de fumée ? Tout comme ces références à l’enfance, sans cesse convoquée, sacralisée, sanctuarisée : elles faisaient la beauté et la pureté de son travail ; désormais, elles peuvent ressembler à un sacrifice. »

      « Si c’est vrai, c’est un séisme, auquel je peine à me résoudre, glisse un autre conservateur. Ses oeuvres des années 2000, pleines d’un danger punk qui fascine, ont été un choc esthétique pour toute une génération. Nous nous sommes construits en partie avec elles. » Un artiste éperdu d’admiration pour Claude Lévêque, « bouleversé par le témoignage de Laurent Faulon », s’avoue tout autant « blessé, et en colère » : « J’ai la sensation d’avoir été manipulé, comme tout le monde de l’art l’a été. J’ai aujourd’hui l’impression que, avec toutes ces oeuvres mettant en scène l’enfance, il nous disait : "Regardez, je vous mets ça sous le nez, et vous ne voyez rien !" »

      Qu’il mette la même énergie à préparer la Biennale de Venise (2009) qu’à exposer à l’école élémentaire Pierre-Budin, à la Goutte d’Or (Paris 18e), lors d’une résidence artistique en 2012 ? Cela relevait de son engagement social. Qu’il peigne de noir les fenêtres de l’appartement mis à disposition par l’école, juste au-dessus des salles de classe ? On y voyait sa marque punk. Qu’il se déclare, un an après, toujours ami avec l’un des bambins de 8 ou 9 ans qui collabora au projet, le plus curieux, le plus créatif ? On l’admirait alors pour n’avoir pas pris la grosse tête. Tout cela peut aujourd’hui faire frémir.

      Dans les archives du Quotidien de l’art, nous avons retrouvé les paroles de l’enfant que nous avions rencontré au sein de l’école pendant la préparation de leur exposition « Seasons in the Abyss . Il interpellait ainsi l’artiste : « Je t’ai amené mon nounours, parce que je lui ai percé le cerveau. Avant, il bougeait dans son Jacuzzi, il faisait très chaud, c’était le feu, et je lui ai percé la tête ... « Le trou dans la tête », c’est aussi une phrase gravée par Lévêque sur un lit tout rouillé d’enfant, dans une oeuvre de 1986.

      #Aveuglement_collectif

      Pour comprendre aujourd’hui ce qui a pu relever d’un aveuglement collectif, les témoignages affluent, chacun s’employant à replacer une pièce dans un puzzle qui, trop longtemps, n’a pas fait sens. L’un se rappelle cette chambre d’enfant, dans la maison de Montreuil (Seine-Saint-Denis) de #Lévêque, « avec ses petites bagnoles sur les étagères », qu’il disait destinée « aux amis qui venaient avec leurs petits . L’autre, ces manèges abandonnés dans sa maison de campagne. Une troisième, l’aveu de cette mère « manifestement perdue, dans un monde parallèle, qui me racontait que Claude Lévêque dormait dans la chambre de son fils de 15 ans, et qui semblait comme flattée qu’il ait été "choisi". J’ai pris mes distances, désespérée qu’il soit impossible de lui faire comprendre que son môme était en danger .

      Galeriste et commissaire d’exposition, Stéphane Corréard dénonce aujourd’hui ce qu’il considère comme une omerta. « Beaucoup savaient, tout le monde pouvait se douter, personne n’est surpris, résume-t-il. Alors pourquoi avons-nous toléré, abrité, protégé, pendant des décennies, un supposé prédateur sexuel, un pédocriminel récidiviste ? Parce que, dans notre milieu, personne ne dit rien, jamais. La parole est cadenassée, le fonctionnement clanique. »

      Comment l’expliquer ? « La tolérance de notre milieu pour la transgression, y compris sexuelle, y est pour beaucoup », suggère-t-il. Un artiste pourrait donc franchir toutes les lignes rouges ? Laurent Faulon se souvient en tout cas très bien « des commissaires et artistes qui venaient dîner à la maison : avec Lévêque, on était comme un couple recevant des invités. Sauf que j’avais 15-16 ans. Tous découvraient les bricolages que j’avais faits dans l’atelier, et me disaient : "Tu as une oeuvre incroyable, ne t’embête pas à faire les Beaux-Arts, tu sais déjà tout !" . C’est ainsi que Laurent Faulon s’est retrouvé exposé à la Fondation Cartier de Jouy-en-Josas (Yvelines) ou au Magasin de Grenoble, à pas même 18 ans. Sans plus de questions, juste pour la reconnaissance de son talent naissant.

      Poursuivant son analyse, Stéphane Corréard évoque aussi le « souvenir de l’époque glorieuse où l’avant-garde était menacée de toute part, notamment par les réactionnaires et l’extrême droite. Nous avons alors pris le pli d’une opposition facile entre "pro" et "anti" art contemporain qui est devenue factice, mais qui continue de structurer largement le fonctionnement de notre monde de l’art . Impossible de dénoncer sur la foi de racontars, certes. « Mais ces directeurs de musée, qui racontent de façon anonyme avoir refusé que Lévêque partage une chambre d’hôtel avec un ado, n’avaient-ils pas obligation, en tant que fonctionnaires, de dénoncer des crimes dont ils avaient eu connaissance dans le cadre de leurs fonctions ? »

      Comme tous, il en est cependant conscient : la mécanique à l’oeuvre est complexe à déconstruire. Qu’un artiste puissant s’écroule, et tout un système s’effondre : ceux qui le collectionnent, le louent, l’honorent, le capitalisent. « Les relations entre les acteurs organisent la valeur de l’oeuvre en mettant l’artiste sur un piédestal, dans une relation romantique à l’art, explique ainsi un directeur d’institution. Les jeux de pouvoir sont réels, et pas seulement financiers, à tous les maillons de la chaîne, on ne peut se permettre que l’image de l’auteur soit entachée. Les liens d’interdépendance et les rapports de domination organisent le silence, à quoi s’ajoute la peur d’être blacklisté du milieu. Ils neutralisent toute possibilité de prise de parole. L’autocensure est forte, jusqu’à se frapper soi-même de cécité. La structure protège son capital. »

      Averti de la plainte de Laurent Faulon peu après son dépôt, le Mamco de Genève a pris position dès 2020, en faisant disparaître de son site toute mention de Claude Lévêque, qui y a exposé en 2003. Il est, pour l’instant, le seul. « Avec l’équipe de conservation, nous avons décidé un moratoire immédiat sur la présence de ses oeuvres en nos murs, explicite Lionel Bovier, son actuel directeur. Je n’ai jamais travaillé avec cet artiste, ni avec ses oeuvres d’ailleurs. Mais, de mon point de vue, le discrédit qui est aujourd’hui jeté sur son travail sera absolument irrémédiable si les accusations se révèlent fondées. Il ne m’appartient pas de me prononcer sur les conséquences légales des actes qui sont relatés, mais je peux témoigner de cela : je ne pourrai plus jamais regarder ce travail sans y trouver des indices des crimes qui lui sont reprochés. Par conséquent, le musée que je dirige ne montrera ni ne diffusera son travail dans le futur. »

      #pédophilie #pédocriminalité #Laurent_Faulon #abus_sexuels #emprise #rumeurs #fantasme #validation_collective #enfance #omerta #silence #impunité #transgression #domination #pouvoir #autocensure #cécité

    • Affaire Claude Lévêque : collectionneurs et musées s’accrochent aux œuvres devenues embarrassantes

      https://www.lemonde.fr/culture/article/2021/01/15/affaire-claude-leveque-collectionneurs-et-musees-s-accrochent-aux-uvres-deve

      https://www.lalsace.fr/culture-loisirs/2021/01/16/l-embarrassant-claude-leveque

      #censure #appel_à_la_censure

      Je tiens à rappeler que Springora n’ a jamais exigé la disparition des livres de Matzneff, c’est Gallimard qui s’achète une conscience en le faisant.

      Par ailleurs, le type doit répondre des ses actes, et il mériterait surtout des soins et une gigantesque psychothérapie (plutôt que la taule et la censure), mais il me semble au contraire très important de pouvoir continuer à voir ses oeuvres, même et surtout les pires, en sachant ce que l’on savait déjà, certes plus ou moins, mais en sachant au moins que le type n’était pas là pour rigoler et qu’il nous parlait bien de choses sombres et dégueulasses.

    • Dager je déteste et je comprend pas pk on le voie dans toutes les expos d’art brut. Sinon par rapport à la censure de Matzneff et Leveque le plus ahurissant c’est qu’on accusera les victimes d’etre #cancel_culture alors que ce sont les liberaux qui en sont les instigateurs dans un geste revisionniste.

  • Wissam Dief : Des fillettes « libérées » aux féministes mal-baisées
    https://scenesdelavisquotidien.com/2020/11/17/wissam-dief-des-fillettes-liberees-aux-feministes-mal-baisee

    Des fillettes « libérées » aux féministes mal-baisées

    A propos d’une plaque commémorative :

    "Si on ne peut reprocher à Guy Hocquenghem et à René Schérer (entre autres), d’avoir voulu abroger dans les années 70, le double-standard en ce qui concernait la majorité homosexuelle et hétérosexuelle, on peut tout de même s’interroger sur leur manière d’avoir subsumé sous la catégorie de l’enfance un ensemble d’expériences dont ils semblent peu tenir compte. Ainsi le projet de déconstruire un système de l’enfance, pour explorer la possibilité de relations charnelles « transversales » entre adultes et enfants, universalise l’expérience intime de l’enfance masculine homosexuelle au mépris de la majorité des concernées. Les récents débats au sujet de la profanation et du retrait de la plaque commémorative de Guy Hocquenghem à Paris, nous mettent en demeure de rappeler ici les conséquences qu’une telle vue abstraite a nécessairement sur nos corps de femmes et de petites filles."

    N’importe quelle femme pourra faire retour sur les injonctions par milliers lui ont été
    assénées très tôt au sujet de tout ce que son corps donnait à voir : d’une manière de croiser les jambes, à l’ouverture gracieuse de la bouche, en passant par le contrôle de la cambrure, du poids, de la démarche, la recherche inlassable de proximité affectueuse, le fait de mettre en scène comme un être mignon, susceptible d’émouvoir, movere, de faire bouger l’adulte. Bien sûr que ce seul pouvoir qui nous était accordé, ne pouvait qu’être surinvesti, consciemment ou non. Bien sûr, qu’à force de nous indiquer par tous les moyens que là était la seule voie de reconnaissance possible, nous ayons fini par minauder, miauler, tourner de la tête gracieusement, nous habiller-déshabiller, faire des pas de danse, des glissements savants sur le sol. Puisque avoir l’attention des adultes, et particulièrement de notre père, cet être étrange qui représentait le pont vers le Monde, nécessitait de nous ce minaudage. Qui viendrait ici, rétroverser les choses, pour affirmer que nous étions naturellement faites pour la séduction, portées instinctivement au contact charnel et sexuel avec les adultes que nous aguichions ? Il faut croire que ceux qui s’y essaient savent si peu de nos enfances.

    #viol #inceste #pedocriminalité #male_gaze #female_gaze #domination_masculine #domination_parentale #enfance

  • En mémoire de Simone Debout

    Laurence Bouchet, Simone Debout

    https://lavoiedujaguar.net/En-memoire-de-Simone-Debout

    En hommage à la résistante disparue le 10 décembre, qui a passé une partie de sa vie à révéler l’œuvre de Charles Fourier, nous republions ce dialogue avec Laurence Bouchet (entretien réalisé le 22 avril 2003, complété par Simone Debout en septembre de la même année et paru dans les Cahiers Charles Fourier).

    Laurence Bouchet : La philosophie de Fourier forme un ensemble où tout se tient, si bien qu’en tirant sur un fil on finit par dévider toute la bobine. J’aimerais aborder avec vous le thème de l’amour et entrer dans la pensée de cet utopiste par ce chemin. L’aspect passionnel a été longtemps oublié par les disciples successeurs de Fourier au profit des analyses économiques et sociales. C’est en 1967, lorsque vous avez découvert puis publié les manuscrits jusqu’alors inédits du Nouveau Monde amoureux, que cet aspect du fouriérisme a été mis au jour et a permis de relire avec un nouvel œil l’œuvre déjà connue.

    Simone Debout : Bien sûr, cet aspect est tout à fait central, tout est commandé par sa notion de l’amour très généreux en relation avec le sentiment de l’altérité. Cependant, il ne faut pas pour autant oublier le côté économique parce que finalement tout est lié et c’est ce que je voudrais tout de même souligner au début : son indignation face à la pauvreté et au malheur qui réduisent les gens en deçà de ce qu’ils peuvent être.

    Alors que Saint-Just écrivait « Le bonheur est une idée neuve en Europe », pour Fourier le bonheur doit être mondial, l’idée neuve est celle d’une interdépendance du bonheur : « L’humanité sera tout entière heureuse ou nul peuple ne jouira du bonheur » et sa notion de l’amour est liée à cette exigence du bonheur pour tous. (...)

    #Simone_Debout #Charles_Fourier #utopie #résistance #André_Breton #amour #Descartes #enfance #Spinoza #Jacob_Boehme #Marcuse #Hannah_Arendt #Rimbaud #folie

  • IPSIS - Eltern-Kind-Kliniken
    http://www.ipsis.de/adressen/elternba.htm


    Jusque dans les années 1980 d’anciens nazis abusaient des enfants dans les collectivitées allemandes. Voici une des ces institiutions tramatisantes à Berchtesgaden en Bavière, le sanctuaire alpin du Führer nazi. Le lieux n’a pas changé mais son exploitation a été modernisé. Les infâmes Verschickungen dans les colonies d’horreur on marqué la vie de millions d’enfants allemands. On trouve encore aujourd’hui les traces de ces pratiques dans leurs relations hierarchiques, dans la société en général et dans les rapports de famille.

    C’est la belle facade du fascisme allemand.

    Klinik Schönsicht, 83471 Berchtesgaden, Oberkälberstein 1-13, 08652/60040

    Kinder-Rehaklinik Schönsicht in Berchtesgaden : Kinder, Gesundheit klinikschoensicht.de
    https://onlinestreet.de/374904-kinder-rehaklinik-schoensicht

    Informationen zu Kur und stationärer Heilbehandlung bei Adipositas mit Krankheitswert, Asthma bronchiale, Lebensmittelallergien und Neurodermitis. Dazu Leitsätze für kindgerechte Ernährung.

    Langfristige Adipositas Reha - Abnehmklinik Übergewicht Adipositas
    https://www.klinikschoensicht.de/de/klinik_start.php

    Rehabilitation für Kinder und Jugendliche, Kind-Mutter/Vater-Heilbehandlung

    Die Klinik Schönsicht Berchtesgaden befindet sich in einer der schönsten Landschaften Deutschlands. Sie liegt am sonnigen Südhang des Kälberstein im Vorfeld des Alpennationalparks mit den Bergriesen Hoher Göll, Hohes Brett, Jenner, Funtenseetauern, Watzmann und Hochkalter mit Blaueisgletscher.

    Das Haus im gediegenen alpenländischen Stil ist bestens geeignet, Kindern, Jugendlichen und begleitenden Erwachsenen eine Heimat auf Zeit zu werden. Die moderne Medizin und ihre Technik wollen hier nicht belasten, nur helfend zur Seite stehen.

    Entsprechend dem Charakter einer Fachklinik steht bei allen Patienten (Kinder, Jugendliche) der integrative Behandlungsansatz im Vordergrund. Medizinische, psychologische, pädagogische und sozialpädagogische Zielsetzungen werden aufeinander abgestimmt und in der individuell erforderlichen Gewichtung zu einem Gesamtbehandlungsplan zusammengestellt.

    Individuell abgestimmte Therapie, Heilklima und Bergsole, psychologische und pädagogische Hilfen fördern auf natürlichem Wege die Selbstheilungskräfte des Organismus. Den Anforderungen der Therapie stehen erbauliche Stunden bei Gesprächen in der Gruppe, bei Spiel und Sport, beim Malen und Basteln und diversen Freizeitvergnügen gegenüber.

    Die Philosophie unseres Hauses ist die menschenfreundliche Klinik. Ziel aller Bemühungen ist, dass der einzelne zurück zu den Quellen seiner Kraft findet und seine Krankheit bewältigen lernt.

    Wege zur inneren Harmonie eröffnet auch das Erleben einer einzigartigen Natur, von der schon der Dichter Ludwig Ganghofer (1855-1920) sagt:
    »Herr, wen Du lieb hast, den lässest Du fallen in dieses Land«

    #pédagogie #éducation #enfance #Allemagne #nazis

  • Verschickungen (von 1950-1990) ein Trauma bis heute ? – Verschickungsheime
    https://verschickungsheime.org/verschickungen-von-50-90-ein-trauma-bis-heute

    Les pédagogues et médecins nazis contuniaient à définir les principes et institutions allemandes jusqu’au milieu des années 1980. Il réussirent ainsi à marquer les esprits et le caractère des générations nées jusqu’à la fin des années 1970. La première génération d’Allemands pour qui le nazisme n’est qu’un souvenir familial souvent obscursi et tu est aujourd’hui plus jeune que 50 ans.

    Le domaine où règnaient ces nazis d’esprit fut surtout le business des colonies de vacances. C’est dans ces institutions gérés par les églises, les communes et des associations laiques que des millions d’enfants furent maltratés et traumatisés. Des rescapés de ces camps d’éducation s’organisent et revendiquent du soutien pour leurs enquêtes et information.

    Verschickung – das war nach 1945 der Sammelbegriff für das Verbringen von 8-12 Millionen Klein- und Schulkindern, wegen gesundheitlicher Probleme, in Kindererholungsheime und -heilstätten in den 50/60/70er bis in die 80/90er Jahre. Die Kleinkinder wurden allein, in Sammeltransporten, dorthin „verschickt“. Sehr viele Kinder erinnern diese Verschickungen traumatisch.

    Eine erste empirische Untersuchung, im Auftrag der Sendung REPORT MAINZ, nach einer Screening- Grobauswertung von 1000 öffentlich zugänglichen Kommentaren, kam zu folgendem Ergebnis:
    94 der ehemaligen Kur-Kinder bewerten ihre Kur negativ.
    67 von ihnen geben an, Bestrafungen erlebt zu haben.
    64 von ihnen bewerten das Verhalten der Tanten negativ.
    90 von ihnen schildern körperliche und seelische Kurzzeitfolgen.
    Das betrifft Störungen des Leistungs- und Sozialverhaltens. Das betrifft ferner Angststörungen, depressive Verstimmungen bis hin zu suizidalen Absichten.
    61 von ihnen geben an, noch heute unter den Vorfällen während der Kur zu leiden.

    Es gab einen ersten KONGRESS im November 2019 auf Sylt, dort wurde von über 70 Betroffenen einstimmig eine ERKLÄRUNG verabschiedet, die als Grundlage unserer weiteren Arbeit fungiert und inzwischen zu LEITLINIEN weiterentwickelt wurde.

    Dort haben wir beschlossen die dringend notwendige Erforschung und Aufarbeitung selbst in die Hand zu nehmen, in Form einer Bürgerforschung vor Ort zu den jeweiligen Heimorten. Wir haben einen ersten Verein gegründet, der sich um die Webseite, ein erstes Projekt für Bürgerforschung, und die jährlichen Kongresse kümmert. Dann ist ein erster FRAGEBOGEN für eine vertiefende Analyse des Phänomens „Verschickung“ entwickelt worden. Der wird anonymisiert und liegt auf einem Server eines international anerkannten Instituts (Nexus e.V.)

    Ab 1945 sagte man “Verschickung”, in der DDR war der Begriff „Kurkinder“ gebräuchlicher. DDR-Kurkinder haben sich bisher bei uns nur wenige gemeldet. Die Kurbäder auf dem Gebiet der DDR erlitten nach 45 einen Niedergang, daher gab es in der DDR nicht annähernd so viele Kurorte wie im Westen (BRD 1964: ca.1200 Heime in 350 Kurorten). Es können sich aber auch DDR-Kurkinder melden und bei uns mitmachen, sich gern auch als Heimortverantwortliche für ihre Heime einsetzen lassen.

    Kontakt zu allen Ansprechpartner*innen über die Seite VERNETZUNG. Dort suchen wir unter HEIMORTKOORDINATION nach weiteren Heimortverantwortlichen, (oft gab es 10-30 Kinderheime in einem Kurort), diese Ansprechpartner*innen stellen Informationen zu ihren Heimorten zusammen und koordinieren die Betroffenen zu diesem Heimort. Hier wird die geplante Bürgerforschung ansetzen

    Verschickungsheime | Anja Röhl
    http://www.anjaroehl.de/verschickungsheime

    Verschickungen –

    Das war nach 1945 der Sammelbegriff für das Verbringen von Klein- und Schulkindern, wegen gesundheitlicher Probleme in Kinderkuren, Kindererholungsheime und -stätten in den 50/60/70er bis in die 80/90er Jahre. Die Kleinkinder wurden allein und in Sammeltransporten dorthin „verschickt“. Nach vorläufigen Recherchen handelt es sich um mindestens 8 Millionen betroffene Kinder.

    Vorläufer waren die Kinderlandverschickungen in der Weimarer Republik und unter den Nazis. Die „Verschickungen“ werden häufig als traumatisierend erinnert.

    Aktuelles:

    Es gibt eine neue Internetseite, die nur diesem Thema gewidmet ist: www.verschickungsheime.de

    #pédagogie #éducation #enfance #Allemagne #nazis

  • Das Schicksal vieler Kurkinder : Mit Medikamenten ruhiggestellt
    https://www.swr.de/report/das-schicksal-vieler-kurkinder-mit-medikamenten-ruhiggestellt/text-des-beitrags-mit-medikamenten-ruhiggestellt-das-schicksal-vieler-kurkinder/-/id=233454/did=25298206/mpdid=25320684/nid=233454/1wnnf91/index.html

    Moderation Birgitta Weber:

    Sehen Sie sich die Fotos mal an. Fällt Ihnen etwas auf? Die Kinder auf den Fotos, sie lachen nicht, sie blicken ernst, traurig und verstört.

    Es sind Fotos von sogenannten Verschickungskindern - Kinder, die von den 50er bis in die 80er Jahre hinein in Kuren geschickt wurden. Sie sollten aufgepäppelt werden. Doch oft wurden sie gequält, erniedrigt und drangsaliert. Viele sind bis heute traumatisiert.

    Ulrich Neumann und Philipp Reichert haben darüber vor einem Jahr zum ersten Mal berichtet, seitdem lässt sie dieses Thema nicht mehr los.

    Ihre Recherchen haben nun einen neuen, ungeheuerlichen Verdacht zutage gefördert. Um die Kinder ruhig zu stellen, war in einigen Heimen offenbar jedes Mittel recht.

    Bericht:

    O-Ton, Detlef Lichtrauter, ehem. Verschickungskind:

    „Wir kamen hierhin, wurden reingeführt, und es ging direkt in diesem typischen Befehlston, der ja auch von den Angestellten übernommen wurde. Dann ging es sofort in den Keller. Die Sätze, die gesprochen wurden, waren meist ja Zwei-Wort- oder Drei-Wort-Sätze. Hinsetzen, runtergehen, Mund halten.“

    O-Ton, Sigrid Bluschke, ehem. Verschickungskind:

    „Ja, und dann so die Tracht Prügel immer mit dem Holzlatschen. Wenn man bei der Mittagsruhe die Augen aufhatte, zack, kriegte man einen drüber.“

    Gemeinsam mit zwei ehemaligen Verschickungskindern sind wir in Bonn-Oberkassel. Diese stilvolle Villa am Rhein war ab den 50er-Jahren ein Kurheim für Kinder, umgeben von einem idyllischen Park.

    Also eigentlich ideale Bedingungen, damit sich Kinder erholen. Doch was hier passierte, war das krasse Gegenteil.

    Sigrid Bluschke und Detlef Lichtrauter sind zum ersten Mal wieder hier, 50 Jahre nach ihrer Kur. Beide haben eine besonders grausame Erinnerung, die sie bis heute quält.

    O-Ton, Sigrid Bluschke, ehem. Verschickungskind:

    „Beim Frühstücken wurden dann alle Kinder aufgerufen, die dann nach vorne kommen mussten und haben dann alle die Spritze gekriegt. Aber wofür und wogegen die wirklich sein sollte oder ob die ihren Sinn und Zweck erfüllen sollte… Ich glaube nicht, dass das irgendjemand weiß.“

    O-Ton, Detlef Lichtrauter, ehem. Verschickungskind:

    „Doktor Müller hat nicht nur als Einleitung für die Spritze jedem Delinquenten noch mal auf den nackten Hintern geschlagen, sondern er hat diese Spritze nicht so gegeben, wie jeder normale Arzt die gibt, sondern hat die Spritze wirklich ins Hinterteil reingerammt, sodass man draußen hören konnte, wie jedes Kind aufgeschrien hat, heulend rauskam. Und diese Prozedur wiederholte sich dann mit jedem Kind.“

    O-Ton, Sigrid Bluschke, ehem. Verschickungskind:

    „Ich glaube auch nicht, dass da jemand Gefühle für Kinder hatte.“

    O-Ton, Detlef Lichtrauter, ehem. Verschickungskind:

    „Nein, definitiv nicht. Es ist diese Hilflosigkeit, die man spürt. Dieses Ausgeliefertsein, sich nicht wehren zu können. Diese Demütigung.“

    Und ihre Schilderungen finden wir bestätigt. Im Bonner Stadtarchiv stoßen wir auf diese Akte. Sie dokumentiert, dass Kinder im Haus täglich mit Schmerzmitteln und Psychopharmaka traktiert wurden.

    Der Arzt, zugleich Heimleiter, weist an: „Sedieren, sedieren, bis er im Stehen einschläft“, gibt eine Mitarbeiterin zu Protokoll. Und: „Viele Kinder könnten oft morgens und nach dem Mittagsschlaf kaum zu sich kommen und torkelten umher.“

    Rund 1.000 solcher Kurheime gab es bis in die 80er-Jahre. Millionen Kinder wurden dorthin verschickt. REPORT MAINZ hat über ihr Martyrium schon mehrfach berichtet.

    Sylt vergangenes Jahr im November: Ehemalige Kurkinder treffen sich das erste Mal. Wir sind dabei als ein ungeheuerlicher Verdacht aufkommt.

    O-Ton:

    „Ich weiß, dass es bis ich zehn war keinen Kuraufenthalt gab, wo ich nicht morgens oder abends zwei oder drei Pillen gekriegt habe.“

    O-Ton:

    „Mir hat man auch was verabreicht und ich weiß bis heute nicht, was das war.“

    O-Ton, Anja Röhl, ehem. Verschickungskind:

    „In diesen drei Teesorten Tees waren unterschiedliche Konzentrationen von Sedativa drin. Es gab den Tee eins mit weniger Konzentration, den Tee zwei mit mehr und den Tee drei mit den stärksten Konzentrationen der Sedativa. Und ein Kind, was ein bisschen zappelig war, kriegte Tee drei.“

    Auf der Konferenz mit dabei - die Pharmazeutin Sylvia Wagner. Inzwischen hat sie weitergeforscht.

    O-Ton, Sylvia Wagner, Pharmazeutin:

    „In Kindererholungsheimen sind Medikamente zur Sedierung eingesetzt worden, wenn Kinder unruhig waren, Heimweh hatten oder einfach damit sie schlafen. Und das hat dann ja keine medizinische Indikation, sondern es hat einfach den Hintergrund, dass die Einrichtung dadurch dann besser funktioniert.“

    Manfred Lucha, Vorsitzender der Sozialministerkonferenz, ist inzwischen auch mit dem Thema Kurkinder vertraut:

    O-Ton, Manfred Lucha, Bündnis 90 / Die Grünen, Vorsitzender Sozialministerkonferenz:

    „Wir blicken bisweilen in Untiefen. Und vor allem ist für uns wichtig als Vertreter der staatlichen Fürsorge auch aufzuzeigen, was da schlecht war, was vielleicht sogar ungesetzlich war, was zumindest moralisch sehr verwerflich war, das müssen wir aufarbeiten.“

    1976 wird dieses Kurheim geschlossen. Der Grund laut Akten: die angsteinflößenden Spritzen.

    Der Pharmakologe Prof. Glaeske hat die Akten geprüft. Seine Einschätzung:

    O-Ton, Prof. Gerd Glaeske, Pharmakologe:

    „Die Therapie ist weder nachvollziehbar, noch zugelassen. Und das finde ich bei Kindern, die noch im Wachstum begriffen sind, eigentlich ein Skandal, weil man dann sozusagen auch die Kinder schädigt, möglicherweise auf Dauer. Und das ist etwas, was ich nur schwer ertragen kann, so etwas zu lesen, weil es im Prinzip heißt: Hier wird mit chemischer Gewalt ein Kind tatsächlich ruhig gehalten.“

    Sigrid Bluschke und Detlef Lichtrauter haben ihre Kur bis heute nicht vergessen. Die Folgen spüren sie noch immer. So wie viele andere ehemalige Verschickungskinder.

    O-Ton, Detlef Lichtrauter, ehem. Verschickungskind:

    „Vor zehn Jahren, auch aufgrund einer posttraumatischen Belastungsstörung, die daraus erwachsen ist, kamen diese Gedanken, die Erinnerungen in Form von Träumen, von Alpträumen immer weiter hoch.“

    O-Ton, Sigrid Bluschke, ehem. Verschickungskind:

    „Und irgendwie vergisst man das nicht.“

    Stand: 29.7.2020

    #pédagogie #éducation #enfance #Allemagne #nazis

  • Gequält und erniedrigt - Reportage & Dokumentation - ARD | Das Erste
    https://www.daserste.de/information/reportage-dokumentation/dokus/sendung/exclusiv-im-ersten-gequaelt-erniedrigt-drangsaliert-100.html

    Bis in die 80er Jahre wurden Millionen Kinder in Erholungskuren geschickt. Das „Exclusiv im Ersten“ zeigt, wie sehr die Kuren die ehemaligen Verschickungskinder noch heute verfolgen. Viele fühlen sich noch Jahrzehnte später stark in ihrem Leben eingeschränkt. Sie haben Angst-, Schlaf- und Essstörungen, kämpfen mit Depressionen. Etliche haben Selbstmordversuche hinter sich. Doch über ihr Leid ist wenig bekannt. Das soll sich jetzt ändern.

    Jetzt fordern ehemalige Verschickungskinder eine wissenschaftliche Aufarbeitung

    Ein Jahr lang haben die Autoren Betroffene bei ihrem Kampf um Anerkennung begleitet. Sie waren dabei, als sich ehemalige Verschickungskinder 2019 das erste Mal getroffen haben, um eine Initiative zu gründen. Gemeinsam wollen sie eine wissenschaftliche Aufarbeitung initiieren, um Licht in dieses dunkle Kapitel der deutschen Geschichte zu bringen. Sie fordern staatliche Unterstützung und Hilfen. Der Film beleuchtet die Erfolge und Rückschläge auf ihrem steinigen Weg.
    Eine Initiative ehemaliger Kurkinder kämpft für Aufklärung.
    Eine Initiative ehemaliger Kurkinder kämpft für Aufklärung. | Bild: SWR

    Doch die Reportage nimmt auch die Verantwortlichen in den Blick. Die Autoren treffen und konfrontieren die Träger ehemaliger Verschickungsheime. Werden sie sich an einer Aufarbeitung und möglichen Entschädigungen beteiligen? Was ist aus ihren Heimen geworden? Welche Einrichtungen existieren bis heute? Und was hat man aus den Kinderkuren gelernt?

    Das „Exclusiv im Ersten“ beleuchtet erstmals auch das System der Verschickungskuren und zeigt, warum Kinder überall im Land gequält wurden. Hochrangige Akteure aus der NS-Zeit waren in die Kuren eingebunden. Mehrere Heime wurden von ehemaligen NS-Verbrechern geleitet.

    Ein Film von Ulrich Neumann und Philipp Reichert

    #éducation #pédagogie #enfance #Allemagne #nazis

  • Verschickungskinder: Kinder-Kurheime jahrzehntelang von NS-Akteuren geleitet - Auch ein Kriegsverbrecher betreute jahrelang Kinder
    https://www.swr.de/report/presse/verschickungskinder-kinder-kurheime-jahrzehntelang-von-ns-akteuren-geleitet-auch-ein-kriegsverbrecher-betreute-jahrelang-kinder/-/id=1197424/did=25325836/nid=1197424/miza1/index.html

    Nach Recherchen des ARD-Politikmagazins REPORT MAINZ sind in Deutschland nach dem Krieg mehrere Kurheime für Kinder von hochrangigen Nationalsozialisten geleitet worden.
    Kinder während einer Mahlzeit im Kurheim

    Ihnen wurden über Jahre zehntausende Kinder zu sogenannten Erholungskuren anvertraut. In diesen Kuren sollten die Kinder bis in die achtziger Jahre „aufgepäppelt“ werden. Doch vielfach wurden sie systematisch gequält und misshandelt. Das ARD-Politikmagazin hat drei Fälle hochrangiger NS-Akteure akribisch recherchiert.
    Kriegsverbrecher Werner Scheu

    Unter ihnen ist der verurteilte Kriegsverbrecher Werner Scheu. Auf der Nordseeinsel Borkum leitete er jahrelang das Kinderkurheim „Mövennest“. In der NS-Zeit war Scheu Mitglied der NSDAP und der Waffen-SS. 1941 war er als Offizier an der Erschießung von 220 litauischen Juden beteiligt. Scheu tötete mehrere von ihnen und wurde deshalb später zu lebenslanger Haft verurteilt. In seinem Heim wurden Kinder drangsaliert und gequält. Eine Betroffene, die in Scheus Heim zur Kur war, erinnert sich im Gespräch mit REPORT MAINZ, zur Strafe in der Nacht stundenlang barfuß auf dem kalten Fußboden gestanden zu haben. Einmal sei sie sogar in die Sauna eingesperrt worden.
    SS-Generalmajor Hugo Kraas

    In St. Peter Ording führte Hugo Kraas in den 70er-Jahren das Kinderkurheim „Seeschloß“. Kraas war einer der ranghöchsten Generäle der Waffen-SS, ebenfalls Mitglied in der NSDAP. Ihm wurden zahlreiche Kriegsorden verliehen. Nach Recherchen von REPORT MAINZ blieb er bis zu seinem Tod ein überzeugter Nazi. So nahm er etwa 1966 an der Beerdigung des SS-Oberst-Gruppenführers Sepp Dietrich teil, einem verurteilten Kriegsverbrecher. Dort präsentierte er sich mit Ritterkreuz und weiteren NS-Orden. Außerdem war Kraas unter anderem Mitglied in der „Hilfsgemeinschaft auf Gegenseitigkeit der Angehörigen der ehemaligen Waffen-SS“ (HIAG), die zeitweise vom Verfassungsschutz als rechtsextremistisch bewertet und beobachtet wurde.
    „NS-Arzt“ Albert Viethen

    Im bayerischen Berchtesgaden war Albert Viethen ärztlicher Leiter des Kinderkurheims „Schönsicht“. Darüber hinaus arbeitete er in weiteren Kinderkurheimen. In der NS-Zeit war Viethen Mitglied in rund einem Dutzend NS-Organisationen - von der NSDAP über den NS-Ärztebund bis zur SS. Außerdem war er an Euthanasie-Verbrechen beteiligt. Aus seiner Klinik wurden während der Nazi-Zeit rund 20 Kinder in eine Tötungsanstalt überwiesen. Sieben wurden daraufhin dort nachweislich ermordet. Auch im Kinder-Kurheim „Schönsicht“ wurden Kinder gequält, berichten Betroffene im Gespräch mit REPORT MAINZ. 1963 wurde Viethen angeklagt wegen Beihilfe zum Mord. Er kommt davon, weil er von den Mordaktionen nichts gewusst haben will. Historiker werten das als unglaubwürdige Ausrede.
    Kinder in Kuren systematisch gequält

    Bis in die 80er-Jahre wurden Millionen Kinder in Kuren geschickt. Dort sollten sie sich erholen und aufgepäppelt werden. Inzwischen ist bekannt, dass Kinder während dieser Kuren systematisch gequält und misshandelt wurden. Eine Initiative von Betroffenen fordert, dass die Geschehnisse während der Kuren aufgearbeitet werden. Anja Röhl von der „Initiative Verschickungskinder“ sagte REPORT MAINZ, dass man verrohe, wenn man so viel morde wie in der Zeit des Faschismus. „Diese Verrohung schlägt sich auf das Menschenbild nieder und auch auf den Umgang mit Kindern“, so Röhl.
    Politik verspricht Aufarbeitung

    Im Interview mit REPORT MAINZ sicherte der Vorsitzende der Sozialministerkonferenz, Manfred Lucha, zu, die jahrzehntelangen und flächendeckenden Misshandlungen während der Kinderkuren aufzuarbeiten. „Wir blicken da in einige Untiefen, in einige dunkle Löcher“, so Lucha. Alles, was während der Kuren schlecht und ungesetzlich gewesen sei, müsse aufgearbeitet werden. Schließlich trage der Staat die Verantwortung für den Schutz der Kinder. „Da darf es kein Staatsversagen geben“, so Lucha.

    Mehr zu dem Thema: Montag, 10. August, 22:00 Uhr in der Sendereihe „Exclusiv im Ersten“
    "Gequält, erniedrigt, drangsaliert. Der Kampf ehemaliger Kurkinder um Aufklärung"

    Stand: 10.8.2020

    #éducation #enfance #Allemagne #nazis

  • Cafards, solitude et violence, des jeunes logés en hôtels sociaux racontent leur calvaire | Lola Fourmy
    https://www.streetpress.com/sujet/1607601216-ase-jeunes-insalubrit%C3%A9-solitude-violence-hotels-sociaux

    Ils sont mineurs ou tout juste majeurs et dépendent de l’aide sociale à l’enfance qui les a placés, seuls et sans la présence permanente d’éducateurs, dans des hôtels parfois insalubres. Le confinement pour ces jeunes est juste impossible. Source : StreetPress

  • La France et le Maroc signent un #accord pour faciliter le retour des #mineurs_isolés

    Un accord concernant la prise en charge des migrants mineurs non accompagnés a été signé lundi par Paris et Rabat. Le texte prévoit notamment la mise en place « d’outils concrets » facilitant le retour des mineurs vers le Maroc.

    En déplacement au Maroc, le ministre français de la Justice #Eric_Dupond-Moretti et son homologue marocain #Mohamed_Ben_Abdelkader ont signé, lundi 7 décembre à Rabat, une « #déclaration_d'intention relative à la protection des mineurs non accompagnés ». Il s’agit d’une #entente_judiciaire entre les deux pays visant à mettre en place « des outils concrets » pour la prise en charge des mineurs isolés originaires du Maroc, a déclaré le ministre français après avoir signé le document, rapporte l’AFP.

    L’objectif est de « permettre aux magistrats de la jeunesse de disposer des éléments indispensables pour prendre les mesures les plus adaptées à l’intérêt de ces enfants, y compris le retour » au Maroc, a-t-il précisé. Alors que les procédures pour les mineurs sont particulièrement complexes, leur protection étant encadrée par la Convention internationale des droits de l’Enfant, Eric Dupond-Moretti entend ainsi faciliter les retours de #mineurs vers le Maroc.


    https://twitter.com/E_DupondM/status/1335885943279149056

    Le texte, qui n’a pas été rendu public, définit « le cadre judiciaire, selon lequel les différentes entités (juges, parquet, assistantes sociales) interviennent » dans cette prise en charge, a ajouté Mohamed Ben Abdelkader. À terme, il s’agirait de permettre aux juges français d’ordonner des retours sur la base de décisions de #placement prononcées par des juges marocains « dans l’intérêt » des mineurs se trouvant en France, selon les informations obtenues par l’AFP sur place.

    Les pouvoirs publics et les ONG estiment qu’il y a entre 16’000 et 40’000 mineurs clandestins en France. Ces dernières années, la question des #mineurs_marocains s’est cristallisée autour de la présence dans un square parisien de quelques dizaines de jeunes en déshérence.

    https://www.infomigrants.net/fr/post/28965/la-france-et-le-maroc-signent-un-accord-pour-faciliter-le-retour-des-m

    #MNA #renvois #expulsions #asile #réfugiés #migrations #Maroc #France #enfance #enfants

    ping @isskein @karine4

  • Lecture d’un extrait du livre « Là d’où je viens a disparu » de Guillaume Poix

    http://liminaire.fr/radio-marelle/article/la-d-ou-je-viens-a-disparu-de-guillaume-poix

    Sarah, Litzy, Eva, Luis, Angie, viennent de tous les continents, ils ont en commun d’avoir voulu un jour quitter leur pays pour fuir l’extrême pauvreté, la menace et la pression des gangs ou la privation de liberté, en abandonnant leur famille pour une vie meilleure. Tous ont le cœur lourd de souvenirs et d’injustices, ils croient en leur avenir et en leur chance de s’en sortir, comme les autres. (...) #Radio_Marelle / #Écriture, #Histoire, #Langage, #Livre, #Lecture, #Récit, #Vidéo, #Voix, #En_lisant_en_écrivant, #Mémoire, #Enfance, #Podcast, (...)

    #Biographie

    http://liminaire.fr/IMG/mp4/en_lisant_la_d_ou_je_viens_a_disparu.mp4

    http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Verticales/Verticales/La-d-ou-je-viens-a-disparu

  • L’homme sans identité
    https://laviedesidees.fr/Herve-Mazurel-Kaspar-obscur-enfant-nuit.html

    À propos de : Hervé Mazurel, Kaspar l’obscur ou l’enfant de la nuit, La Découverte. Revenant sur l’énigme de Kaspar Hauser, l’historien Hervé Mazurel propose d’aborder ce cas quasi unique par le biais de la sensibilité. L’occasion d’une réflexion sur la #formation de la #conscience et la #socialisation.

    #Philosophie #Histoire #enfance #prison #XIXe_siècle
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20201202_kasparv4.pdf
    https://laviedesidees.fr/IMG/docx/20201202_kasparv4.docx

  • Enfants et réfugiés : l’horreur de Moria chroniquée par les éducateurs de l’ONU

    En Grèce, dans les cendres du camp de réfugiés rasé par les flammes en septembre, nous avons retrouvé le journal de bord tenu, depuis l’intérieur de la « #zone_mineurs », par les éducateurs de l’OIM, organisation affiliée à l’ONU. Toute la violence dans laquelle ces enfants étaient plongés s’y retrouve consignée. Un document exclusif.

    Il fait froid, ce matin du 18 novembre 2018, sur l’île de Lesbos, en Grèce. Moria, l’immense camp de réfugiés et ses presque 5 000 nouveaux arrivants, se réveille les pieds dans la boue, sous les tentes dégoulinantes de pluie. Fanis*, éducateur de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), une agence affiliée à l’ONU, pénètre dans la « zone sécurisée », l’espace barbelé réservé aux mineurs isolés. Le travailleur social pousse la porte de la réserve et découvre un rat mort dans une caisse à mandarines. Ce n’est pas la première fois que la vermine s’introduit dans les grands conteneurs qui servent de lieux de vie, mais le professionnel persiste à noter la même phrase sur le journal de bord : « Grave problème avec les rats et danger de transmission de maladies aux bénéficiaires ainsi qu’au personnel. »

    Fanis n’est pas au bout de ses peines. Pendant la nuit, les pluies diluviennes ont inondé la salle où se trouvent le frigidaire et le chauffage. L’éducateur reprend donc sa plume pour conseiller à ses collègues de porter de « hautes bottes en plastique » afin d’éviter l’électrocution. Pire : le conteneur numéro 5, où dort une partie des enfants, est aussi détrempé. Les petits courent un danger mortel : « Risque d’électrocution », note encore le travailleur social, avant de refermer l’épais journal cartonné.

    Avant les incendies du 8 septembre 2020 qui l’ont rasé, Moria était considéré par les ONG comme le « pire » camp de réfugiés d’Europe. Au moment des feux, 12 500 personnes s’entassaient dans la crasse et la misère d’un camp bâti pour 3 100. Parmi eux, entre 300 et 600 mineurs isolés, qui vivaient dans la « zone sécurisée », un espace où ils étaient enfermés pendant la nuit pour leur protection.

    C’est l’OIM, organisation affiliée à l’ONU chargée de promouvoir des migrations « ordonnées » mais surtout connue pour organiser des retours vers les pays d’origine, qui avait été choisie pour la coordination de cet endroit sensible. Avec pour mission d’accompagner les jeunes, qui patientaient des mois avant d’être transférés vers la Grèce continentale ou les pays de l’UE.

    L’OIM avait donc embauché éducateurs, psychologues, avocats, infirmières et interprètes, nous écrit-elle, afin de « couvrir tous les besoins des enfants ». À savoir : Fanis et ses collègues, les contributeurs du document que nous avons retrouvé dans les cendres de Moria.

    Nous sommes une semaine après les incendies, le 16 septembre 2020. La mer de tentes multicolores s’est muée en un paysage de suie à perte de vue. Structures de tentes calcinées, jouets cassés, ustensiles de cuisines éparpillés sur une terre devenue pelée et déserte. C’est là, dans un coin appelé « la jungle », à même le sol, entre deux barquettes de riz avec le logo de l’UE, que nous l’avons trouvé. Le manuscrit avait survécu aux flammes et aux pilleurs, qui ne l’avaient pas jugé digne d’intérêt.

    « Zone sécurisée », annonce d’emblée sa couverture. Sur la page de garde, le code wi-fi réservé aux employés de l’OIM. Puis, page après page, dans un grec discipliné, les travailleurs de l’agence ont scrupuleusement noté tous les événements qui ont eu lieu pendant leur tour de garde. Du nombre de croissants aux litres de jus consommés par les « bénéficiaires » en passant par les traitements médicaux avalés. Aussi : les bagarres, les fugues, les dangers courus et les violences subies par les plus vulnérables des résidents de Moria.

    Le document manuscrit de 190 pages couvre une période d’environ six mois, de novembre 2018 à mai 2019. Le jour de la dernière note, le 8 mai, Moria compte déjà 2 000 habitants au-dessus de ses capacités. Mais ce n’est que le début de l’escalade. À la fin de l’année, ce sera l’explosion : le nombre des personnes aura quasiment quadruplé (19 256 en janvier 2020). À la lecture du calepin, on se demande pourtant comment la situation a pu encore empirer.

    Nuit noire

    Page après page, on s’aperçoit que les coupures d’électricité – causées notamment par les pluies – représentent un problème majeur pour la petite communauté. Ces interruptions, qui peuvent durer plusieurs jours, empêchent le personnel de surveiller les entrées et sorties. Une catastrophe pour la sécurité des enfants censés être à l’abri des agressions. Le 24 novembre 2018, après plusieurs jours sans courant, au désespoir, Fanis et ses collègues Giannis* et Maria* rouvrent le carnet de bord :

    « L’inertie des personnes chargées de l’entretien fait qu’une fois encore nous sommes privés d’électricité, au point de n’avoir pas une seule lumière à l’intérieur et l’extérieur de la zone sécurisée. Tous les jours ou presque nous sommes contraints d’apporter des lampes-torches de chez nous pour essayer de voir, dans le noir complet, qui saute par-dessus les barbelés. Pour pénétrer à l’intérieur ou pour en sortir. Ces conditions de vie sont inacceptables ! En dépit des plaintes répétées des travailleurs sociaux, la situation ne semble pas s’améliorer. »

    Une triste note de Noël

    « JOYEUX NOËL !!! » Pour marquer l’événement, l’éducateur de garde a dessiné de jolies lettres au sommet de la page du 25 décembre 2018. Mais rien n’est jamais joyeux à Moria. S., une adolescente, vient de faire passer un morceau de papier à l’assistante sociale : le nom de son agresseur. Les éducateurs copient l’information avec un crayon de bois, entre autres notes au stylo bleu : « Il l’a battue en dehors de la zone sécurisée alors qu’il était ivre », lit-on. « Nous avons appelé la police, l’officier a envoyé une patrouille à pied. Voyons ce qui va se passer. » Le ton résigné employé par Fannis et son collègue semble indiquer qu’ils ne se font pas d’illusions.

    Les travailleurs sociaux reportent qu’un homme est déjà venu se plaindre de S. auparavant. Un peu plus tôt dans la journée, ce dernier s’est présenté à l’entrée. Tonitruant, il avait accusé S. de lui avoir volé de l’argent. Il prétendait lui en avoir déjà donné à plusieurs reprises « en échange de choses qui ne peuvent être décrites ». Les employés de l’OIM lui avaient demandé de partir en lui indiquant que, si quelqu’un lui avait volé de l’argent, il devait s’en plaindre à la police et que la violence n’avait pas sa place ici. « L’homme est parti satisfait… », avait noté le personnel en service.

    Interrogé sur les suites données à cette affaire, l’OIM nous fait cette réponse générale : « Un soutien psychologique était proposé aux enfants, afin de prévenir ou résoudre tous les conflits naissants. » L’exploitation sexuelle n’est que l’un des nombreux dangers auxquels les mineurs sont confrontés de l’autre côté des barbelés. L’abus d’alcool, de drogue et les bagarres sont également le lot des ados de Moria.

    Drogues, alcool, bagarres

    Dans la soirée du 4 avril 2019, N., un mineur de sexe masculin, a « de nouveau inhalé du liquide utilisé pour recharger les briquets ». L’adolescent a brutalement commencé à jeter des pierres, brisant plusieurs fenêtres. « Les policiers sont arrivés rapidement, mais N. a sauté par-dessus les barbelés et s’est enfui. »

    À l’image de N., on peut lire que de nombreux jeunes entrent dans la zone de sécurité ivres ou défoncés, parfois plusieurs jours de suite. Dans certains cas, ils sont à l’origine d’altercations avec les autres « bénéficiaires » ou les travailleurs sociaux. Parfois, les éducateurs de l’OIM semblent dépasser par la situation et demandent l’intervention de la police du camp.

    « Fuck Moria ! »

    «  Nous sommes toujours en vie !!!  », conclut une note rédigée dans la nuit du 6 décembre 2018. « Q., H. et A. sont rentrés probablement ivres (peut-être même défoncés). Ils nous ont insultés en nous disant : “Va te faire foutre ! Fuck la police ! Fuck Moria, etc.” »

    Q., un des ados, a explosé en vol. Tout en clamant : « Comme c’est agréable d’être fou ! », il a brisé treize fenêtres et « certainement 3 ou 4 placards et les poubelles ». La police a fini par arriver mais après avoir tenté de calmer les jeunes pendant quarante minutes, elle embarque les jeunes migrants au poste de police.

    Quand les mineurs ne s’en prennent pas aux travailleurs sociaux, ils se battent entre eux. Des bagarres récurrentes qui apparaissent chaque jour ou presque dans les pages du carnet de bord. Ici, un combat entre trois adolescents qui termine chez le médecin (le 26 novembre 2018), là, deux frères qui s’en prennent à un jeune à coup de bâtons (le 2 décembre 2018).

    Et quand ils ne parviennent plus à l’extérioriser, les enfants dirigent la violence contre eux-mêmes. Un mois et demi avant de glisser le nom de son agresseur sur un morceau de papier, S. s’était tailladé les veines avec un rasoir dans les douches des filles (le 6 novembre 2018). Par son geste, la jeune fille avait-elle voulu alerter ses éducateurs ? Punir ce corps qu’elle prostituait ? « La blessure est profonde, précise la note. Elle a été emmenée chez le médecin. » Les pages tournent et charrient toujours plus de malheurs : le 8 mars 2019, une autre mineure, A., « se tranche aussi les veines avec un rasoir, elle est amenée à l’hôpital local pour être vue par un psychiatre ». A. est conduite à l’hôpital, mais, la plupart du temps, c’est le médecin militaire du camp qui est appelé à la rescousse pour soigner les enfants de Moria.

    Ainsi, dans la nuit du 1er décembre 2018, un bébé qui vivait avec sa mère adolescente dans la section des filles est emmené chez le médecin militaire. « Il nous a dit qu’il n’était pas spécialiste des bébés et que quelqu’un devrait l’ausculter demain », écrit le travailleur de garde, ajoutant que le bébé pourrait possiblement avoir la varicelle. Cette nuit-là, il n’y a pas d’électricité dans les conteneurs, le nourrisson malade doit affronter la nuit glaciale sans traitement ni chaleur.

    « Nous continuerons à travailler dans des conditions inédites et inacceptables »

    Ce mois de décembre semble particulièrement éprouvant pour Fannis et ses collègues. Une semaine après l’épisode du bébé, le 7, l’éducateur prend le temps de rédiger deux longues notes qui sonnent comme des avertissements à l’adresse de sa hiérarchie.

    Il fait référence à de nouvelles altercation entre jeunes qui ont abouti à l’intervention de la police, la veille au soir : « L’inaction dans la gestion et la supervision de la section apparaît désormais évidente et ce en dépit de nos plaintes et signalements constants. Nous continuerons toutefois à informer et à travailler dans ces conditions inédites et inacceptables, mais nous espérons tous qu’il n’y aura pas d’incidents plus graves pour les bénéficiaires et les collègues. »

    Fannis craint de nouvelles bagarres avec l’arrivée de dix mineurs afghans dans la zone sécurisée : « Les “anciens” sentent qu’ils ont besoin de prouver quelque chose et les nouveaux arrivants pensent qu’ils doivent faire leur place dans cette nouvelle société. Les transferts de bénéficiaires doivent se faire progressivement. »

    La direction de l’OIM lit-elle seulement les notes de ses employés ? Peu importe, l’éducateur égrène inlassablement les mêmes avertissements : « Il est pour le moins problématique de voir dans la zone de sécurité des jeunes mamans avec des bébés, des jeunes garçons isolés, côtoyer et vivre au même endroit pendant des mois que des criminels aguerris, des personnes détenant des couteaux ou des armes de fortune. La raison d’être et le rôle de la zone de sécurité doivent être redéfinis et cette discussion doit avoir lieu sans plus attendre. »

    Le carnet de bord ne fait état d’aucune réponse de la hiérarchie. Dans sa réponse écrite, l’OIM assure avoir travaillé en « coordination rapprochée et sous les conseils du Reception and Identification Center », qui dépend des autorités grecques (lesquelles n’ont pas répondu à nos questions).

    Trois mois après la dernière note du carnet, le drame que Fannis redoutait tant finit par se produire : un garçon afghan de 15 ans est poignardé à mort dans la zone de sécurité. Il aura fallu attendre un an et demi pour que la zone sécurisée soit définitivement fermée, rasée par les flammes avec le reste du camp. Les 400 mineurs qui y vivaient ont été répartis dans les dix pays européens qui avaient fini par les accepter. Fin octobre 2020, d’après l’UNHCR, la France avait accueilli 49 mineurs non accompagnés en provenance de Grèce. Seulement deux d’entre eux ne sont pas montés dans l’avion, il s’agit des deux mineurs suspectés d’avoir mis le feu au camp.

    Épilogue

    À l’heure où nous bouclons cet article, l’histoire des enfants de Moria n’a pas fini de s’écrire. Depuis l’incendie, de nouveaux adolescents sont arrivés à Lesbos. Un nouveau camp, Moria 2.0, a été monté dans l’urgence. Les nouveaux « bénéficiaires » ne reçoivent de la nourriture qu’une fois par jour et il n’y a pas de douches. D’après nos informations, les enfants se lavent désormais dans les vagues de la mer Méditerranée. Aujourd’hui, à Lesbos, il n’y a même plus de zone sécurisée.

    https://www.mediapart.fr/journal/international/301120/enfants-et-refugies-l-horreur-de-moria-chroniquee-par-les-educateurs-de-l-

    #Moria #Lesbos #Grèce #asile #migrations #réfugiés #camps_de_réfugiés #enfants #enfance

  • Lecture d’un extrait du livre « Une bête aux aguets » de Florence Seyvos

    http://liminaire.fr/radio-marelle/article/une-bete-aux-aguets-de-florence-seyvos

    Anna, une adolescente pour qui le réel s’est fracturé, souffre à l’abri des regards, entendant des voix qui l’entourent, susurrent à ses oreilles, des sons qui envahissent sa tête. Elle aperçoit des lumières derrière les rideaux, surprend des ombres dans le couloir et craint de se regarder dans le miroir car le visage qu’elle y découvre n’est pas le sien, mais un autre, qui se déforme et la terrorise. (...) #Radio_Marelle / #Écriture, #Histoire, #Langage, #Livre, #Lecture, #Récit, #Vidéo, #Voix, #En_lisant_en_écrivant, #Mémoire, #Enfance, #Podcast, (...)

    #Biographie
    http://liminaire.fr/IMG/mp4/en_lisant_une_be_te_aux_aguets_florence_seyvos.mp4


    http://www.editionsdelolivier.fr/catalogue/9782823611793-une-bete-aux-aguets

  • Cancers pédiatriques : « On dirait qu’ils ont réfléchi à la meilleure manière de faire disparaître le cluster » | Nolwenn Weiler
    https://www.bastamag.net/Sainte-Pazanne-cluster-cancers-pediatriques-collectif-Stop-aux-cancers-de-

    « Pourquoi y a-t-il tant d’enfants malades sur notre territoire ? » C’est la question que se posent les parents du collectif Stop aux cancers de nos enfants, basé en Loire-Atlantique. En cinq ans, 24 enfants sont tombés malades dans la commune de Sainte-Pazanne et alentour, cinq sont morts. Les autorités sanitaires ont décrété qu’il n’y avait rien d’anormal. Sidérés, les parents poursuivent leurs recherches. Deuxième volet de notre série sur les cancers pédiatriques. Source : Basta !