• Les ravages de nos engrais
    https://www.off-investigation.fr/les-ravages-de-nos-engrais

    Les ravages de nos engrais | photographie d’illustration, crédits : pixel1 via Pixabay Des mines aux champs, de la Tunisie à la Bretagne, la chercheuse et journaliste Arianna Poletti #A enquêté sur les multiples conséquences environnementales, économiques et sociales de l’industrie des engrais. Interview. Arianna Poletti est une exception en son genre : mi-journaliste, mi-chercheuse et entièrement trilingue. Dans son ouvrage, Les Ravages des engrais (Payot, 2026) elle propose un voyage le long de la chaîne de production des engrais phosphatés, à l’intersection entre un reportage journalistique et un travail académique ultra-documenté. Off Investigation : Comment est venue l’idée d’enquêter sur les engrais […]Lire la suite : Les ravages de nos engrais

    #Économie #Environnement

  • Sans aucun #pesticide pendant dix ans : l’expérience qui bouscule les modèles agricoles
    https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/sans-aucun-pesticide-pendant-dix-ans-l-experience-de-l-inrae-qui-bo

    #Cultiver sans pesticides tout en conciliant #rendement et #performance économique, « c’est possible » pour l’Inrae : une étude expérimentale, menée pendant dix ans sur neuf sites en France montre « un potentiel prometteur ».

    Avec l’étude « #Rés0pest », l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (#Inrae) a fait « le choix d’une rupture drastique avec le système conventionnel en cultivant sans aucun pesticide, mais sans passer en #agriculture #biologique, puisqu’on a conservé un apport d’#engrais minéraux », explique le chercheur #Jean-Noël_Aubertot, initiateur du projet.

    (...)

  • [Info « Splann ! »] Ils avalent les #déchets de l’agro : comment les #déconditionneurs risquent de semer des #microplastiques dans nos champs
    https://splann.org/deconditionneur-microplastiques-champs

    Ils sont en plein essor en Bretagne : les déconditionneurs désemballent les rebus de l’industrie agro-alimentaire. Mais en voulant trier les #biodéchets, cette technologie risque de participer à la pollution des terres agricoles aux microplastiques et, par ricochet, de devenir un problème de santé publique. L’article [Info « Splann ! »] Ils avalent les déchets de l’agro : comment les déconditionneurs risquent de semer des microplastiques dans nos champs est apparu en premier sur Splann ! | Premier média d’enquête indépendant en Bretagne.

    #Industrie_agroalimentaire #Pollutions #ademe #agriculture #agroindustrie #alimentation #biogaz #digestat #engrais #finistère #France_nature_environnement #gaspillage #inrae #locminé #méthanisation #plabennec #plastique #quévert #Saint-Nicolas-du-Tertre

  • 1700 rivières sous pression : la carte inédite de la pollution chimique des cours d’eau en France

    Alors que la France va à nouveau rater en 2027 l’objectif européen de bon état de ses cours d’eau, une enquête de Mediacités et Reporterre permet de visualiser pour la première fois l’ampleur de la pression exercée par les #micropolluants sur le territoire.

    Elles courent tantôt à travers champs, tantôt à travers bois. Sur 16 kilomètres, les eaux tranquilles de la Launette longent un château du XVIIIe siècle, une abbaye royale et même le tombeau de Jean‐Jacques Rousseau. Mais la carte postale ne montre pas tout. Elle masque les nombreuses substances invisibles que charrie la petite rivière de l’Oise. #PFOS, #diflufénicanil et autres #pesticides, et même un médicament : entre 2022 et 2024, la station de surveillance installée sur ce cours d’eau a relevé 16 molécules au‐dessus des seuils de risque européens et français en vigueur. La Launette est un cas d’école, elle arrive en tête de notre classement des rivières subissant la plus forte pression des micropolluants.

    Ce triste palmarès est le fruit de plusieurs mois d’enquête et d’une plongée dans les millions de données des agences de l’eau. Mediacités et le média de l’écologie Reporterre se sont associés aux collectifs We Report et Mémoire Vive pour produire une carte inédite de la pollution chimique des cours d’eau en France. Établie à partir des données publiques des stations de surveillance [consulter notre méthodologie], notre carte montre les dépassements annuels des seuils de risque par famille de substance et par micropolluant entre 2022 et 2024.

    Le constat est inquiétant. Pesticides, métaux et autres #produits_chimiques toxiques voyagent allègrement dans nos rivières : 1 691 cours d’eau en France ont enregistré au moins un dépassement pour un polluant sur la période étudiée. Soit les trois quarts des rivières pour lesquelles une mesure est disponible.

    Cette pollution est nationale : près de huit stations sur dix mesurant ces substances sur les cours d’eau en France présentent au moins un dépassement. Elle est aussi multiple : sur les 189 substances retenues dans notre enquête, 79 dépassent la valeur seuil au moins une fois. Notre analyse, qui porte sur les moyennes annuelles, permet de mettre en évidences les pollutions chroniques et le cumul des pressions toxiques exercés sur les cours d’eau. Avec le risque d’un« effet cocktail  » [lire plus bas], qui pèse de plus en plus sur l’avenir de nos rivières.

    Rendez‐vous manqué

    Un bilan «  très mauvais  », lâche la députée écologiste Julie Ozenne, co‐rapporteure d’une mission d’information de l’Assemblée nationale sur l’état des cours d’eau en France. «  On n’atteindra jamais les objectifs qu’on s’était fixés avec l’Europe  », constate‐t‐elle. Depuis la mise en place de la #directive_cadre_sur_l’eau (#DCE) en 2000, le cadre de référence pour tous les pays de l’Union européenne, Bruxelles a fixé un calendrier à ses États membres pour restaurer le «  bon état  » de leurs cours d’eau. L’objectif, ambitieux, était initialement fixé pour 2015 avant d’être maintes fois repoussé. En 2027, date de la prochaine échéance, le rendez‐vous sera encore raté pour la plupart des pays européens. Contacté, le ministère de la Transition écologique n’a pas répondu à nos questions.

    En France, l’état des cours d’eau a même régressé dans plusieurs bassins depuis 2019. Pour le seul bassin Loire‐Bretagne, 21 % des cours d’eau présentent un bon état écologique, trois fois moins que l’objectif initialement fixé pour 2027. Un tiers de ses rivières ne sont pas en bon état chimique. Certes, l’urbanisation, qui altère fortement la morphologie des cours d’eau, est l’une des principales causes du mauvais état écologique des cours d’eau. Les nitrates, issus principalement des engrais agricoles, contribuent aussi fortement à cette dégradation.

    Mais l’impact de la #pollution_chimique reste très important sur l’état de nos rivières. Surtout pour les petits cours d’eau, dont le faible débit ne permet pas de diluer les polluants. À l’image de la Launette. «  Le problème, c’est que dès sa source, là où ce n’est encore qu’un tout petit petit cours d’eau, il y a déjà le gros de la pollution qui arrive  », explique Clara Morvan, directrice technique du syndicat de rivières local. «  Tout le pluvial va dans la rivière  », et avec ce ruissellement, «  beaucoup de choses arrivent, comme les #hydrocarbures_aromatiques_polycycliques (#HAP) ou les pesticides  ».

    HAP, métaux, #métalloïdes et #minéraux, pesticides, substances industrielles et #médicaments : notre carte de France offre un aperçu des molécules dépassant le plus souvent les seuils applicables, que nous avons classées par grandes familles.

    #Métaux_lourds : des #mines aux #engrais

    #Arsenic, #cuivre, #zinc… Les métaux et métalloïdes arrivent largement en tête de notre classement par substance. Tout sauf une surprise : en 2021, une vaste étude menée par Santé publique France montrait que la quasi‐totalité de la population française est exposée à ces métaux, essentiellement via l’#alimentation. Naturellement présentes dans la nature – on parle alors de fond géochimique – ces substances proviennent aussi largement des activités humaines : activité minière [lire par ailleurs notre enquête sur le retour des mines de cuivre dans le Beaujolais] ou encore utilisation agricole. Elles peuvent avoir des effets néfastes sur la #santé, notamment sur les reins, les os, le système cardiovasculaire ou favoriser certains types de cancer. A l’image de l’arsenic, de loin celle qui affiche le plus de dépassements dans notre jeu de données (3082 dépassements, plus de 60 % des mesures pour ce polluant).

    Très médiatisé ces derniers mois, après la parution en mars 2026 d’une étude de l’Anses mettant en évidence une «  imprégnation forte et croissante  » de la population française, le #cadmium apparaît également dans nos données, avec un taux de dépassement proche de 1 %. Ce métal lourd est cancérogène et augmente les risques d’#ostéoporose. Il est notamment présent dans les #engrais_phosphatés utilisés par les agriculteurs. Début juin, l’Assemblée nationale a voté une proposition de loi abaissant les teneurs en cadmium dans ces engrais.

    #Hydrocarbures : des cheminées aux rivières

    Notre carte met aussi en évidence l’omniprésence des substances de la famille des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). Ces composés organiques sont des polluants persistants, toxiques pour les humains et s’accumulant dans les tissus vivants. Ils sont issus principalement des opérations de combustion, d’usines ou de particuliers, comme le chauffage au bois.

    Selon Marina Coquery, directrice de recherche en chimie environnementale à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), les HAP ont comme particularité d’être émis parfois à une grande distance des cours d’eau. «  Ce sont des apports atmosphériques diffus, souvent urbains, qui vont être redéposés par temps de pluie sur des surfaces imperméabilisées et ruisseler jusqu’aux cours d’eau  », explique la scientifique.

    Parmi la centaine de molécules de cette famille, le benzo(a)pyrène apparaît le plus fréquemment sur notre carte, avec 1181 dépassements (30 % des mesures pour ce polluant). Le #benzo(a)pyrène a été classé comme cancérogène certain pour l’homme par le Centre international de recherche sur le #cancer.

    Pesticides : champ libre pour le #diflufénicanil

    Avec son «  sentier ludique  » parcourant la forêt dans le site naturel sensible des Deux Vallons, à quelques kilomètres au nord de Lyon, le ruisseau des Échets a de quoi séduire les familles en quête de fraîcheur. Ce petit cours d’eau, qui se jette dans la Saône, est pourtant l’un des plus pollués de la région. Métazachlore, nicosulfuron, cyprodinil… Son contenu offre un petit catalogue des #fongicides et #herbicides utilisés par les agriculteurs locaux. Au total, neuf substances ont dépassé les seuils sur au moins une année dans la station de Fleurieu‐sur‐Saône.

    Ces dépassements ne sont que la face visible d’une pollution plus large : entre 2022 et 2024, l’agence de l’eau Rhône Méditerranée a identifié plus d’une centaine de pesticides dans le ruisseau. «  C’est un petit cours d’eau situé dans une zone agricole où les cultures dominantes sont les céréales et le maraîchage. Pour le #maraîchage en particulier, de nombreux traitements phytosanitaires sont appliqués  », explique Cécile Dubois‐Coli, cheffe du service données techniques de l’agence. Sollicitée, la métropole de Lyon précise que ce ruisseau peut être asséché les deux tiers du temps certaines années, entraînant une faible dilution et une concentration des polluants.

    Sur les dix molécules les plus souvent au‐dessus des seuils sur notre carte, 4 sont des pesticides. Parmi les produits phytosanitaires à surnager, le #diflufénicanil, aussi connu sous le nom de #Diflufenican, se démarque avec plus de 765 dépassements, soit 16 % des mesures au‐dessus des seuils. Cet herbicide, considéré comme «  très toxique pour les organismes aquatiques  », est utilisé pour le désherbage dans les grandes cultures céréalières, notamment de #colza.

    Le diflufénicanil a la particularité de faire partie également de la famille des #PFAS [lire plus bas], comme une trentaine d’autres produits autorisés en France. Déjà interdit depuis 2018 en République tchèque, le diflufénicanil a été intégré à une liste de substances actives présentes dans 23 pesticides interdits en juillet 2025 par l’Agence de protection de l’environnement du Danemark. La même année, lors de l’examen de la loi Duplomb, des députés écologistes avaient défendu un amendement pour interdire le diflufénicanil à la vente. Sans succès.

    «  Dans notre bassin, le diflufénicanil est la principale cause de déclassement de masses d’eau par des pesticides  », indique Luc Pereira‐Ramos, à l’agence de l’eau Seine‐Normandie. «  On observe une hausse des ventes de diflufénicanil à partir de 2022. Au fur et à mesure des interdictions ou limitations de certains pesticides, les agriculteurs se reportent sur des molécules encore autorisées  », analyse‐t‐il.

    Même en cas de durcissement de la réglementation, l’herbicide se maintiendrait dans les cours d’eau pendant de nombreuses années, rappelle le scientifique. «  Ce n’est pas parce qu’on interdit une molécule qu’elle disparaît rapidement des milieux. L’#atrazine est interdit depuis près de vingt‐cinq ans et on commence seulement à observer une décrue  », souligne‐t‐il.

    Et d’autres molécules prennent la place des anciennes. Après l’interdiction de l’atrazine, les agriculteurs se sont notamment tournés vers le #S‑Métolachlore. Utilisé pour le #désherbage du #maïs, il est devenu en quinze ans l’un des plus prisés en France. Cette substance figure également en bonne place dans notre classement, avec 115 dépassements des seuils (6 % des mesures). Cet herbicide est interdit à la vente depuis 2023, mais son utilisation a été autorisée jusqu’en 2024, le temps d’écouler les stocks.

    Un autre pesticide tient une place importante dans nos données : le #chlordécone. Nous comptons 36 dépassements de cet #insecticide particulièrement utilisé dans les bananeraies jusqu’au début des années 1990, tous situés dans le département de La Martinique. Face à une absence de mesures exploitables, nous n’avons pas pu visualiser les données de la Guadeloupe, de la Guyane et de Mayotte.

    Substances chimiques industrielles : l’invasion du #PFOS

    C’est tout le paradoxe des PFAS : alors que cette famille de milliers de polluants dits «  éternels  » est devenue l’un des sujets d’inquiétude majeur de ces dernières années, seulement 6 de ces composés font l’objet d’une surveillance dans les eaux de surfaces. Un chiffre qui passera à 25 à partir de fin 2027, en application de la révision de la directive cadre sur l’eau décidée par l’Union européenne.

    Parmi les substances chimiques industrielles suivies sur le terrain, le PFOS arrive largement en tête. Dans notre base de données, il dépasse le plafond retenu presque une fois toutes les trois mesures (1 128 dépassements de seuil sur 3 580 mesures, soit 31,5 %). Pour le seul bassin Rhône‐Méditerranée‐Corse, le PFOS est responsable du déclassement de 143 stations, soit 62 % des stations en mauvais état chimique.

    «  Cela ne m’étonne vraiment pas. Le PFOS est un composé emblématique de la famille des PFAS, parce qu’il a été très largement utilisé, plus que d’autres et pendant longtemps. C’est aussi le produit de transformation de plein d’autres PFAS  », détaille Pierre Labadie, chercheur en chimie de l’environnement au CNRS.

    Selon le spécialiste, la présence de cette molécule, «  l’un des PFAS avec le potentiel de bioaccumulation le plus élevé  », est plus marqué à proximité de sources de pollutions industrielles, mais aussi domestiques, par exemple des stations d’assainissement. «  Cela veut dire que dans les produits du quotidien qu’on a utilisés pendant des décennies, il y avait du PFOS  », explique‐t‐il. Depuis 2023, le PFOS est classé comme cancérogène probable pour l’humain.

    Médicaments : une épidémie encore mal mesurée

    Dernière famille de polluants recensée sur notre carte, les résidus de médicaments proviennent très majoritairement des rejets des stations de traitement des eaux usées urbaines qui ne sont pas conçues pour les traiter. Antidiabétiques, anti‐inflammatoires, analgésiques, anxiolytiques… les médicaments consommés par les Français font partie des substances «  d’intérêt émergent  » mesurés depuis quelques années seulement par les organismes de surveillance.

    Mais bon nombre de ces molécules ne disposent pas de seuil de quantification exploitables. Parmi celles qui en possède un, le Diclofénac, un anti‐inflammatoire, affiche un taux de dépassement de 2,7 % sur notre carte. La toxicité du Diclofénac a été démontrée, notamment sur les reins des truites, mais les effets des résidus médicamenteux sur l’environnement restent mal mesurés.

    «  Les médicaments, on arrive tout doucement dessus, explique Luc Pereira‐Ramos, pour l’agence Seine‐Normandie. On en cherche depuis une dizaine d’années seulement. Il est clair que nous allons augmenter le nombre de substances recherchées au fur et à mesure.  »
    Effet cocktail

    D’autant que les seuils de risque ne concernent aujourd’hui que quelques centaines de molécules, alors que plus de 110 000 substances sont enregistrées au titre de la réglementation chimique européenne. «  C’est la face immergée de l’iceberg  », explique Pierre‐François Staub, chargé de mission Pollution des écosystèmes et métrologie à l’Office français de la biodiversité (OFB).

    L’autre écueil du cadre de surveillance actuel, c’est de ne pas considérer l’impact toxique du cumul de molécules. «  On minimise l’évaluation du risque à travers l’approche substance par substance  », précise Pierre‐François Staub. On parle d’effet de mélange lorsque l’effet de deux molécules s’additionne, et «  d’#effet_cocktail  » lorsqu’elles interagissent entre elles et que leur #toxicité est amplifiée. «  Il y a de gros débats actuellement pour faire entrer cette notion dans la définition des #seuils, explique Arnaud Chaumot, directeur de recherche au laboratoire d’écotoxicologie de l’Inrae. Mais c’est très difficile à modéliser. On a parfois des mélanges très diversifiés et on ne peut pas regarder toutes les interactions entre toutes les molécules, la possibilité de combinaison est folle.  »

    Cette pression toxique cumulée pèse sur tous les écosystèmes, mais aussi sur l’#eau_potable. En France, environ un tiers des volumes d’eau prélevée pour la potabilisation vient des eaux de surface. Et même lorsque le captage se trouve en nappe souterraine, la qualité de l’eau peut être impactée par la pollution des rivières. «  Cela implique des traitements de plus en plus coûteux pour l’eau potable, pointe Marina Coquery. Et cela crée des inégalités, car les grandes villes ont la chance de pouvoir se les payer, mais pour les petites agglomérations, c’est plus difficile.  » En France, des captages d’eau potable ferment chaque année à cause d’une pollution diffuse. «  L’#eau est un bien commun, il faut la gérer comme tel  », estime la chercheuse.

    Sur la Launette, c’est bien la philosophie qui motive tous les travaux lancés par le syndicat mixte qui gère la rivière. «  Il y a encore une trentaine d’années, elle était dans un état encore pire qu’aujourd’hui parce que toutes les stations d’épuration des eaux usées n’étaient pas aux normes et rejetaient directement dans la rivière, mais de gros efforts ont été faits  », positive Clara Morvan.

    Pourtant, une autre épée de Damoclès menace tous les efforts pour la protection des rivières : le réchauffement climatique. La succession des années sèches affaiblit les débits des cours d’eau, et donc leur capacité de dilution, comme l’explique Marina Coquery. «  A l’autre extrême, on va avoir des crues beaucoup plus intenses, irrégulières et fréquentes  » et donc une hausse des polluants amenés par la pluie.

    «  Chaque progrès obtenu sert d’abord à compenser les effets climatiques, démographiques et économiques à l’œuvre  », analyse Cécile Dubois‐Coli, cheffe du service des données techniques pour l’agence de l’eau Rhône‐Méditerranée‐Corse : «  Nous avançons sur un tapis roulant qui recule  ».

    https://www.mediacites.fr/enquete/national/2026/06/29/1700-rivieres-sous-pression-la-carte-inedite-de-la-pollution-chimique-des
    #rivières #France #pollution #pollution_chimique #cours_d'eau #visualisation #cartographie #changement_climatique

  • OCP lève 1,5 milliard de dollars : et le #cadmium cancérogène du #phosphate dans tout ça ?
    https://www.afrik.com/ocp-leve-1-5-milliard-de-dollars-et-le-cadmium-cancerogene-du-phosphate-dans-

    L’Office chérifien des phosphates vient de réussir une émission obligataire hybride de 1,5 milliard de dollars, une première africaine saluée par les marchés. Mais alors que la France s’alarme d’une « bombe sanitaire » liée au cadmium contenu dans les engrais phosphatés marocains, et que l’Afrique s’apprête à en recevoir des quantités massives, une question s’impose : les milliards levés serviront-ils à résoudre enfin le problème ?

    C’est un triomphe financier comme l’Afrique n’en avait encore jamais vu. Le 16 avril 2026, l’Office chérifien des phosphates (#OCP) a finalisé la toute première émission obligataire hybride en dollars jamais réalisée par un groupe africain sur les marchés internationaux. Montant : 1,5 milliard de dollars, avec un carnet d’ordres couvert 4,6 fois et la participation de 176 investisseurs dans 23 pays. BNP Paribas, Citi et JP Morgan ont arrangé l’opération. Mostafa Terrab, PDG du groupe, peut se félicitercar l’OCP est désormais un émetteur de premier rang sur la scène financière mondiale.

    Cette levée s’inscrit dans un vaste programme d’investissement vert évalué à 13 milliards de dollars sur la période 2023-2027. L’OCP ambitionne 100 % d’énergies propres d’ici 2027, la neutralité carbone à l’horizon 2040, et une capacité de production d’engrais portée de 12 à 20 millions de tonnes annuelles. Le monde entier applaudit. Mais une question, singulièrement absente des communiqués de presse et des analyses financières, mérite pourtant d’être posée : ces milliards vont-ils permettre à l’OCP de s’attaquer sérieusement au cadmium ?

    La #France un malade sous cloche et l’#Afrique sous engrais
    Au printemps 2025, la France a découvert avec stupeur l’ampleur de sa contamination au cadmium. La Conférence nationale des médecins libéraux puis un rapport parlementaire ont tiré la sonnette d’alarme en qualifiant la situation de « bombe sanitaire ». Les dernières données disponibles dressent un tableau alarmant. La dernière étude nationale de biosurveillance ESTEBAN, menée entre 2014 et 2016 et publiée par Santé publique France en 2021, révèle que près de la moitié de la population de 18 à 60 ans dépassait déjà le seuil de concentration critique de cadmium dans les urines. En mars 2026, l’ANSES a franchi un pas supplémentaire : en modélisant l’accumulation du cadmium dans l’organisme tout au long de la vie à partir des données d’exposition actuelles, l’agence confirme une « imprégnation forte et croissante » et conclut qu’une part significative de la population française dépasse les valeurs sanitaires de référence.

    Faute de nouvelle campagne de mesures biologiques sur le terrain depuis 2016, c’est cette modélisation qui constitue l’état de l’art. Les enfants français présentent des taux quatre fois supérieurs à ceux des enfants américains ou allemands. Conséquence directe, en 2023, la France a recensé près de 16 000 nouveaux cas de cancers du pancréas, un type de cancer pour lequel le cadmium est identifié comme facteur de risque certain par le Centre international de recherche sur le cancer.

    La source principale de cette contamination est connue depuis des années : les engrais phosphatés épandus sur les terres agricoles, responsables selon l’INRAE de 60 % à 75 % des entrées de cadmium dans les sols. Et la France importe 95 % de ses phosphates, principalement du Maroc. Et les gisements marocains affichent des teneurs en cadmium comprises entre 38 et 100 mg par kilogramme de P₂O₅, là où les gisements finlandais, russes ou américains restent sous les 20 mg/kg. La teneur maximale autorisée en France est encore fixée à 60 mg/kg, bien que l’ANSES préconise depuis 2019 de l’abaisser à 20 mg/kg.

    Ce scandale, encore en gestation en Europe où les systèmes de biosurveillance sont développés, risque d’être bien plus grave en Afrique. Le continent qui s’apprête à recevoir des flux d’engrais marocains sans précédent ne dispose ni des capacités épidémiologiques pour mesurer l’impact sanitaire, ni des normes réglementaires pour s’en protéger. L’OCP revendiquait en 2025 douze filiales africaines, essentiellement en Afrique de l’Ouest, Bénin, Burkina Faso, Togo, Cameroun, Côte d’Ivoire, Ghana, Sénégal, Nigeria — mais aussi à l’Est, en Éthiopie, au Kenya, au Rwanda, en Tanzanie et en Zambie. Et ce n’est qu’un début.

    L’AFD finance sans condition, l’OCP exporte sans contrainte
    La récente enquête du média écologiste Vert.eco a mis en lumière un paradoxe saisissant. Le 9 mai 2025, l’Agence française de développement (AFD) a signé l’un des plus gros prêts non souverains de son histoire avec l’OCP : 350 millions d’euros, officiellement destinés à fournir aux agriculteurs africains « des engrais verts produits de manière durable ». Problème, ni ce prêt, ni aucun accord de financement lié au programme d’investissement vert de l’OCP, ne contient la moindre clause, le moindre indicateur, la moindre conditionnalité portant sur la teneur en cadmium des engrais destinés au marché africain.

    LIRE AUSSI
    L’AFD finance l’exportation du cadmium en Afrique ?
    Les indicateurs de performance conditionnant les décaissements portent sur la décarbonation, les énergies renouvelables, la gestion de l’eau. Le cadmium, absent. La Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde (Farm), financée par l’AFD elle-même, avait pourtant publié une étude alarmante : les sols africains, acides et pauvres en matière organique, présentent des caractéristiques qui aggravent considérablement la migration du cadmium vers les plantes et la chaîne alimentaire. La France a délibérément ignoré ces alertes. En toile de fond, la réconciliation diplomatique entre Emmanuel Macron et Mohammed VI transformait ce prêt en instrument géopolitique autant qu’en outil de développement.

    OCP : une avancée réelle en Europe, un silence assourdissant pour l’Afrique
    Il serait inexact de présenter l’OCP comme un acteur immobile. Sur le marché européen, le groupe a réalisé des progrès substantiels, sous la pression réglementaire et commerciale. Depuis le 1er février 2025, l’intégralité des engrais commercialisés par OCP Nutricrops — sa filiale européenne, afficherait une teneur en cadmium inférieure à 20 mg/kg de P₂O₅. Un alignement réglementaire saluée par les milieux industriels et sanitaires.

    Pour y parvenir, l’OCP a investi plusieurs dizaines de millions d’euros dans des technologies de décadmiation développées en collaboration avec l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P). Parmi elles, un procédé de cocristallisation perfectionné depuis six ans, capable d’éliminer environ 70 % du cadmium dans l’acide phosphorique. En 2025, le groupe produisait déjà deux millions de tonnes d’engrais grâce à cette technologie, avec l’ambition d’atteindre trois millions de tonnes d’ici 2027. Une nouvelle unité en construction à Jorf Lasfar doit permettre de produire un million de tonnes supplémentaires d’engrais décadmiés d’ici fin 2026. Ce n’est pas rien.

    Mais la question cruciale demeure : ces technologies de décadmiation sont-elles déployées pour les marchés africains ? La réponse, à ce stade, est non. La Fondation Farm souligne que la décadmiation représente un surcoût d’environ 100 dollars par tonne de P₂O₅ et ce n’est pas une technologie expérimentale, c’est un choix industriel. Et ce choix, pour l’instant, l’OCP ne l’a fait que là où la réglementation l’y oblige : en Europe.

    1,5 milliard de dollars : et si c’était l’occasion ?
    C’est là que la levée de fonds du 16 avril 2026 prend une dimension particulièrement intéressante. Avec 1,5 milliard de dollars supplémentaires mobilisés auprès d’investisseurs institutionnels en quête de critères ESG solides, l’OCP dispose désormais des capacités financières pour étendre ses technologies de décadmiation à l’ensemble de ses marchés, y compris africains. Le groupe, détenu à 95 % par l’État marocain, dont il est le premier contributeur fiscal, n’a pas de problème d’argent. Il a un problème de volonté politique.

    Le programme d’investissement vert 2023-2027 valorise à raison les avancées en matière de décarbonation, d’énergie solaire, d’ammoniac vert et de dessalement. Mais le « vert » affiché dans les documents de l’OCP reste singulièrement muet sur le cadmium. Or, le coût de la décadmiation de 100 dollars par tonne de P₂O₅, est marginal par rapport aux investissements colossaux consentis par ailleurs. Pour un groupe qui réalise 113 milliards de dirhams de chiffre d’affaires en 2025, la généralisation des techniques de décadmiation à l’ensemble de la production ne représente pas un obstacle financier. Elle représente un choix stratégique et éthique.

    Les 176 investisseurs institutionnels qui ont souscrit à cette émission hybride ont-ils posé la question du cadmium dans leurs due diligences ? Les agences de notation Moody’s et S&P, qui accordent à l’OCP un traitement favorable en considérant 50 % de l’instrument comme des capitaux propres, intègrent-elles dans leurs critères les risques sanitaires liés aux métaux lourds ? La question mérite d’être posée à une époque où la taxonomie verte européenne et les exigences de reporting extra-financier des investisseurs ne cessent de se durcir. Car un procès en responsabilité pour la progression du nombre de cancer n’est pas à sous-estimer.

    Un double standard qui dure trop longtemps
    La situation actuelle pourrait se résumer ainsi : l’OCP vend à l’Europe des #engrais #décadmiés parce que Bruxelles l’exige, et exporte vers l’Afrique des engrais #non_traités parce que personne ne l’en empêche. C’est le même double standard que l’on retrouve dans d’autres industries extractives qui appliquent des normes environnementales différentes selon que le marché de destination est occidental ou africain. Ce n’est pas de la malveillance. C’est l’économie politique du #phosphate mondial, qui place la santé des populations africaines dans un angle mort réglementaire et diplomatique.

    Pourtant, des voix s’élèvent. Le député écologiste français Benoît Biteau a formulé le paradoxe avec clarté : pourquoi la France continue-t-elle à s’approvisionner en phosphates marocains pour des raisons géopolitiques alors que leurs homologues allemands ou belges se fournissent auprès de gisements naturellement pauvres en cadmium, sans surcoût notable ? En Afrique, c’est encore plus grave : les sols du continent, acides et peu tamponnés, sont plus vulnérables à l’accumulation du cadmium que les terres européennes. Les populations africaines mangeront davantage de céréales et de légumes issus de ces sols dans les décennies à venir.

    Il n’existe pas, à ce jour, de système de biosurveillance des métaux lourds comparable au système français en Afrique de l’Ouest. L’#OMS et les agences sanitaires africaines ne disposent pas des données épidémiologiques permettant de corréler l’exposition aux engrais phosphatés et l’incidence des cancers. Les pathologies liées au cadmium se déclarent après vingt à trente ans d’accumulation silencieuse. Si rien ne change, c’est dans les années 2040-2050 que les cancers du pancréas et du rein liés à une décennie de fertilisation massive se manifesteront en Afrique de l’Ouest. Trop tard pour ceux qui n’auront pas survécu.

    Un champion africain se doit d’avoir des ambitions africaines
    L’OCP est indéniablement un fleuron industriel africain, une réussite dont le Maroc peut être fier. Ses performances financières, son accès aux marchés de capitaux mondiaux, ses investissements technologiques en R&D, sa capacité à anticiper la réglementation européenne : tout cela est réel et mérite d’être reconnu. Mais un champion qui se veut le bras armé de la sécurité alimentaire africaine ne peut pas appliquer deux poids, deux mesures selon le niveau de richesse de ses clients.

    La levée de fonds du 16 avril 2026 offre une occasion historique. Avec des ressources financières sans précédent, une technologie de décadmiation éprouvée et des partenaires institutionnels comme l’#AFD qui pourraient conditionner leurs financements futurs à des engagements sanitaires clairs, l’OCP dispose de tous les outils pour étendre à l’Afrique ce qu’il fait déjà pour l’Europe. Ce serait là le véritable « programme d’investissement vert » : pas seulement décarboner la production, mais la rendre sûre pour tous les peuples qui en dépendent.

    L’Afrique n’est pas une décharge sanitaire. Elle mérite des engrais qui ne l’empoisonnent pas à petit feu.

    https://www.afrik.com/proposition-de-loi-cadmium-la-france-menace-les-phosphates-marocains-mais-lai

    #Maroc

    • https://www.afrik.com/proposition-de-loi-cadmium-la-france-menace-les-phosphates-marocains-mais-lai

      [...]
      La limite est que la proposition de loi vise les engrais importés, vendus ou utilisés en France. Elle ne vise pas les fruits, légumes ou autres denrées agricoles importés depuis des pays où les cultures peuvent avoir été produites avec des engrais plus chargés en cadmium.

      Concrètement, un maraîcher français serait soumis à des règles plus strictes sur ses fertilisants. Mais un fruit ou un légume importé du Maroc, ou d’un autre pays tiers, ne serait pas automatiquement interdit au seul motif que les engrais utilisés localement ne respecteraient pas les futurs seuils français. Ces produits relèvent du droit alimentaire européen, qui fixe des teneurs maximales en contaminants dans les denrées mises sur le marché, notamment pour les métaux comme le cadmium, le plomb, le mercure ou l’arsenic.

      Autrement dit, le contrôle porte sur le produit fini, pas sur toute la chaîne de fertilisation suivie hors de France. C’est une protection imparfaite qui repose sur des contrôles, des prélèvements et des rappels lorsqu’un dépassement est constaté.

      L’exemple des avocats rappelés chez Carrefour et Lidl
      L’actualité récente illustre ce décalage. Le 21 avril 2026, RappelConso a publié une fiche concernant des avocats marocains en filet de trois fruits de la marque Simpl, distribués par Carrefour, avec comme motif de rappel la présence de cadmium. Les lots concernés avaient été commercialisés dans toute la France.

      Quelques jours plus tôt, Lidl avait également rappelé des avocats du Pérou vendus en France pour dépassement de la teneur maximale autorisée en cadmium.

      Ces rappels montrent une faille du système. On peut durcir fortement les règles imposées aux agriculteurs français, tout en continuant à découvrir des dépassements sur des produits importés.

      Vers une distorsion de concurrence ?
      En l’état, la proposition de loi pose donc un double défi. Sur le plan sanitaire, elle répond à une urgence documentée, celle de réduire l’apport de cadmium dans les sols français et, à terme, dans l’alimentation. Sur le plan économique, elle crée une asymétrie potentielle.

      Les producteurs français pourraient être contraints d’utiliser des intrants plus chers, plus rares ou plus strictement contrôlés, tandis que des denrées importées resteraient soumises uniquement aux limites européennes sur le produit final. Pour éviter cette distorsion, il faudrait renforcer les contrôles aux frontières, cibler les filières à risque, publier davantage de données par origine et poser la question des conditions de production lorsque des alertes se répètent.

      La proposition de loi Cadmium ne constitue pas un bouclier alimentaire complet. Elle protège d’abord la production française de demain. Elle ne règle pas encore la question des #contaminations importées dans l’assiette des consommateurs.

  • Une étude expérimentale menée sur 10 ans montre le potentiel de systèmes de production agricoles sans #pesticides

    Cultiver sans pesticides est faisable techniquement et économiquement, sous certaines conditions. La mise en œuvre de ces systèmes de production suppose notamment une diversification des successions culturales, des filières de commercialisation adaptées, et une valorisation économique des produits issus de ces systèmes. Ce sont les résultats d’une étude menée durant 10 ans sur 9 systèmes de cultures (grande culture et polyculture-élevage) conçus en lien avec des conseillers agricoles et des agriculteurs au sein d’unités expérimentales. Coordonnée par #INRAE et impliquant l’école d’ingénieurs de Purpan et le Cirad, cette étude est publiée dans Plant Disease.

    L’utilisation généralisée et répétée des pesticides a des impacts importants sur la contamination des milieux (sol, eau, atmosphère), la #santé_humaine et la #biodiversité, et présente un #coût_économique non négligeable pour la société, y compris les agriculteurs. Peut-on se passer de pesticides en #grandes_cultures, avec quels niveaux de #rendement et avec quelle #viabilité_économique ? Après 10 années de recherche, le réseau expérimental #Rés0Pest, coordonné par INRAE, et impliquant l’école d’ingénieurs de Purpan et le Cirad, présente ses résultats.

    Rés0pest, mis en place en 2012 dans le cadre d’un appel à projets Ecophyto Dephy Expe, s’est appuyé sur 9 systèmes de culture originaux sans utilisation de pesticides, mais avec un recours possible au travail du sol et aux #engrais_de_synthèse. Ceux-ci ont été imaginés lors d’ateliers de co-conception associant des conseillers agricoles, des agriculteurs et des scientifiques, sur 9 sites localisés dans l’Hexagone et couvrant une large gamme de conditions pédoclimatiques et de contextes socio-économiques (5 systèmes de grande culture et 4 systèmes en polyculture-élevage incluant des prairies temporaires), au sein du réseau d’unités expérimentales d’INRAE, des laboratoires à ciel ouvert gérés par des ingénieurs et techniciens de l’institut.

    L’objectif ? N’utiliser aucun pesticide, tout en diminuant au maximum les #stress_biotiques (causés par des ravageurs, champignons et des plantes adventices), avec des rotations plus ou moins longues sur 5 à 9 ans. La réussite des systèmes testés repose sur les principes de la protection agroécologique des cultures qui s’articule autour de 3 piliers :

    – la #prophylaxie (gestion des résidus infectés ; utilisation de semences saines ; nettoyage du matériel agricole par exemple)
    – la valorisation de la #biodiversité_végétale (successions culturales longues et diversifiées avec des familles de cultures et des périodes de semis diversifiées ; cultures associées, mélanges variétaux, notamment)
    – l’amélioration ou la préservation de la santé du sol (arrêt des pesticides, implantation de cultures intermédiaires, limitation du travail du sol sans toutefois interdire le labour par exemple).

    À noter que l’usage des engrais minéraux est resté possible dans ces systèmes de culture.

    Le rendement des différents systèmes de culture a été mesuré. La comparaison de ces résultats avec des données Agreste1, à l’échelle de contextes régionaux comparables, indique que les systèmes conventionnels sans pesticides enregistrent des #rendements le plus souvent en deçà des systèmes conventionnels avec protection chimique, tout en pouvant, dans certaines situations, atteindre des niveaux équivalents, voire supérieurs. Les dommages aux cultures causés par les #maladies et les #ravageurs au sein du réseau n’ont pas augmenté de manière significative au fil du temps. Cependant, la gestion des plantes adventices reste un défi majeur dans certaines situations, notamment la gestion des rumex2 dans les prairies temporaires. Il est important de souligner que la maîtrise technique des adventices s’est améliorée au cours du temps au sein du réseau, ce qui est essentiel compte tenu des conséquences que peut avoir une mauvaise gestion ponctuelle des adventices sur le long-terme, en contribuant à l’enrichissement du stock semencier des parcelles. La gestion des adventices a nécessité dans certains cas le recours au labour, une pratique non conforme aux principes de l’agriculture de conservation des sols.

    Sur les 10 années étudiées, les 4 systèmes de grande culture en agriculture conventionnelle (Auzeville, Bretenière, Estrées-Mons et Grignon) pour lesquels les #performances :économiques ont pu être quantifiées ont généré une marge nette satisfaisante, qui pourrait conduire dans 20 % des cas à un revenu entre 1 et 2 SMIC, dans 45 % des cas entre 2 et 3 SMIC et dans 35 % des cas plus de 3 SMIC mensuels.

    Ces résultats montrent que des systèmes de grande culture conventionnels sans pesticides peuvent être productifs, techniquement et économiquement réalisables. Leur mise en œuvre suppose toutefois une diversification des #successions_culturales, des filières de #commercialisation adaptées et une #valorisation_économique des produits issus de ces systèmes. Pour cela, des #politiques_publiques adaptées sont nécessaires pour soutenir la massification de leur adoption. Ces résultats permettent également d’alimenter les réflexions européennes3 pour accélérer la #transition_agroécologique.

    Ces analyses de performances agronomiques, économiques, environnementales et sociales se poursuivent avec le projet 0phyto, lancé en 2025, qui s’appuie sur les avancées de Rés0pest et s’ouvre à l’#agriculture_biologique, en intégrant des données de l’Itab sur des systèmes de culture en agriculture biologique.

    –-

    1. Statistique publique de l’agriculture, de l’alimentation, de la forêt et de la pêche.
    2. Adventices vivaces particulièrement problématiques pour les systèmes cultivés.
    3. Les résultats de Rés0pest alimenteront les réflexions dans le cadre de l’alliance européenne « Towards a Chemical Pesticide-Free Agriculture » qui implique 34 instituts de recherche provenant de 20 pays européens.

    https://www.inrae.fr/actualites/etude-experimentale-menee-10-ans-montre-potentiel-systemes-production-agricole
    #alternative

    • Pesticide-free agriculture: Is a third way possible besides organic and conventional agriculture?

      Pesticides are widely used in agriculture to protect crops from animal pests, diseases, and weeds, helping to maintain yields under diverse production conditions. However, their widespread and repeated use has led to environmental contamination, biodiversity loss, and growing concerns about human health. While Integrated Pest Management (IPM) and organic farming have sought to reduce pesticide dependency, both approaches still permit pesticide use, and their adoption remains limited due to technical and economic constraints. In this context, we explore the feasibility of a third way: pesticide-free agriculture based on agroecological crop protection (ACP) principles. Drawing from the Rés0Pest experimental network launched in France in 2012, we present ten years of results from nine sites covering a range of pedo-climatic conditions and socio-economic contexts. Rés0Pest implemented cropping systems that excluded all pesticide use, including seed treatments, while maintaining synthetic fertilizer inputs. The systems were co-designed through participatory methods, following a system experiment approach that evaluates the effects of a combination of cropping practices and their interactions on cropping system performance over the long term. Results showed that in pesticide-free systems, it is possible to achieve yields comparable to conventional and higher than organic systems and, in some cases, generate higher net farm income. Pest and pathogen crop damage did not significantly increase over time, although weed management remained a key challenge. These findings suggest that technically and economically viable pesticide-free arable systems are possible under certain conditions, and that new solutions are needed to support their adoption across a wider range of contexts. We discuss implications for research, farming, and policy, and emphasize the need for adaptive experimentation and systemic performance assessment to support agroecological transitions.

      https://doi.org/10.1094/PDIS-09-25-1839-FE

    • Produire de grandes cultures en #agroécologie de manière rentable, c’est possible

      Depuis vingt-cinq ans, l’Inrae teste en #conditions_réelles des alternatives à l’agriculture conventionnelle sur huit hectares à #Versailles, dans les Yvelines. Une expérience riche en enseignements.

      Peut-on nourrir la France en réduisant notre utilisation de pesticides et d’#engrais_azotés ? Pour répondre à cette question, les chercheurs peuvent utiliser plusieurs méthodes. L’une d’entre elles consiste à tester différentes #techniques_agricoles en conditions réelles sur de grandes cultures et à étudier leurs évolutions sur le temps long.

      C’est ce qu’il se passe dans l’une des stations expérimentales de l’Inrae depuis vingt-cinq ans, et les résultats agronomiques et économiques de cette #expérimentation donnent de nombreuses raisons de se réjouir.

      Un essai système d’une durée de vingt-cinq ans

      Le dispositif expérimental #La_Cage, mis en place en 1998 à Versailles (Yvelines) sur une parcelle de huit hectares, compare ainsi sur le long terme quatre systèmes de culture cohérents et représentatifs des grandes cultures sans élevage :

      - un système productif conduit en agriculture conventionnelle ;

      - un système à bas niveau d’intrants (faible utilisation de produits phytosanitaires et d’engrais azotés) ;

      - un système en agriculture biologique ;

      – un système sous couvert végétal.

      Dans ce dernier cas de figure, des plantes sont semées entre deux cultures afin de protéger le sol lorsqu’il resterait nu. Ces couverts végétaux sont utilisés pour tâcher de limiter l’érosion, d’améliorer la fertilité et la structure des sols, de favoriser la biodiversité et de réduire le développement des mauvaises herbes.

      Cette façon de faire de l’agriculture implique une réduction du travail du sol notamment des opérations mécaniques réalisées pour préparer la terre avant les cultures. Cette réduction permettrait notamment de préserver la structure et la biodiversité des sols, de limiter l’érosion, de diminuer les émissions liées à l’usage des machines agricoles et de favoriser la séquestration du carbone dans les sols.

      Conçu pour anticiper des enjeux comme la réduction des pesticides ou l’amélioration du bilan carbone, ce dispositif de La Cage permet de tester et d’ajuster des pratiques innovantes en fonction des objectifs et de l’évolution des connaissances.

      Chaque système combine différents leviers techniques (rotation des cultures, travail du sol, fertilisation, etc.) qui interagissent entre eux : par exemple, la stratégie de fertilisation dépend de la densité de semis choisie, car une densité plus élevée entraîne une compétition accrue entre plantes et modifie leurs besoins en nutriments.

      L’agriculture biologique mise, elle, sur les légumineuses pour compenser l’absence d’engrais azotés, car celles-ci (pois, trèfle, luzerne, féverole, etc.) fixent naturellement l’azote de l’air ce qui permet d’enrichir les sols en azote pour les cultures suivantes.
      Quelles performances agronomiques des systèmes expérimentaux de La Cage ?

      Les rendements des principales espèces cultivées, notamment blé, maïs, colza et pois, ont ainsi été mesurés chaque année, offrant une série temporelle robuste pour comparer la productivité des systèmes contrastés.

      Dans les systèmes avec bas niveau d’intrants, sous couvert végétal et en agriculture biologique, les séries de rendements montrent généralement une variabilité plus élevée et des niveaux moyens de rendement inférieurs au système productif (Cf. Figure 1). Par contre, les marges peuvent être importantes et surpasser nettement le système productif. C’est notamment le cas avec l’agriculture biologique, car le prix de vente du blé bio est en règle générale nettement plus élevé que le conventionnel.

      Dans le système sous couvert végétal, la restitution au sol des résidus de culture (tiges, feuilles mortes, racines) (https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/26395940.2021.1948354) et des couverts végétaux contribue à la fertilité des sols. Cependant, ces restitutions influencent également la disponibilité des éléments nutritifs pour les cultures suivantes, ce qui peut entraîner des variations interannuelles des rendements.

      Dans les systèmes biologiques et sous couvert végétal, l’introduction de légumineuses permet de capter l’azote atmosphérique, un élément essentiel à la croissance des plantes, modérant ainsi partiellement les déficits d’apport d’engrais azotés (https://www.frontiersin.org/journals/plant-science/articles/10.3389/fpls.2016.01700/full).

      Par ailleurs, les systèmes sous couvert permanent sans travail du sol montrent des effets positifs sur la structure du sol, notamment par l’amélioration de la stabilité des agrégats et l’augmentation de la porosité, favorisant ainsi l’infiltration de l’eau et l’activité biologique du sol. Ces bénéfices doivent être mis en balance avec des défis techniques comme la gestion des couverts, qui sont en compétition pour l’eau et les nutriments avec les cultures principales et le défaut de maîtrise des mauvaises herbes (https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S037842900900166X).

      Globalement, l’analyse agronomique et économique de La Cage confirme que certains systèmes de culture diversifiés peuvent atteindre des niveaux de rentabilité équivalents au système productif, sur la culture du blé et à l’échelle de la rotation, tout en améliorant certains aspects de durabilité. Ces résultats illustrent aussi l’importance de considérer des séries longues de données pour intégrer la variabilité climatique et les effets cumulatifs des pratiques de gestion, la restitution des résidus de culture au sol et la dynamique des cultures successives.

      Mais qu’en est-il de ces maladies qui peuvent ravager les cultures et qui restent encore souvent les bêtes noires des agriculteurs ? Considérant, par exemple, la septoriose du blé, nos résultats montrent les limites des systèmes productifs très vulnérables dès que l’on n’utilise plus de pesticides.

      La gestion des maladies

      La septoriose du blé est une maladie fréquente qui dépend fortement du climat. Sa gestion repose sur différents leviers (choix variétal, pratiques culturales, fongicides). Les systèmes productifs très dépendants des traitements sont les plus touchés lorsque l’on retire l’usage des pesticides. Des systèmes, comme le semis sous couvert, limitent mieux la maladie, car il permet aux microorganismes (bactéries, champignons, faune du sol) de rentrer en compétition avec les agents pathogènes ou de limiter leur développement. Ainsi, réduire les pesticides n’entraîne pas forcément plus de maladies, à condition d’adapter les pratiques. Globalement, c’est la cohérence du système agricole dans son ensemble qui permet une gestion durable des maladies.

      Notre étude confirme également d’autres bénéfices aux pratiques agroécologiques. Le premier concerne le carbone qui est stocké dans les sols agricoles et qui représente aujourd’hui un enjeu majeur pour l’atténuation du changement climatique.
      Quel bilan carbone ?

      De fait, une partie non négligeable du carbone séquestré par les plantes lors de la photosynthèse finit dans le sol par l’intermédiaire des racines. Les résidus de culture aériens (tiges, feuilles mortes…) constituent un autre apport en carbone dans les sols. Mais selon les techniques agricoles utilisées, la pérennité de ce stock de carbone peut fluctuer.

      Le carbone stocké dans le sol est un des déterminants majeurs de sa fertilité, qu’elle soit physique (maintien de la structure), chimique (fourniture de nutriments) ou biologique (ressource pour les organismes vivants).

      En l’absence d’apports d’effluents organiques issus de l’élevage, le bilan carbone d’un système de culture découle seulement du niveau des entrées et des pertes à l’échelle de la parcelle. Les entrées correspondent donc aux résidus (aériens et souterrains) des cultures et des couverts végétaux. Les pertes correspondent à la minéralisation des matières organiques du sol sous l’action des microorganismes qui peuplent la terre, la décomposent et la transforment en éléments minéraux.

      Les systèmes de culture de La Cage présentent des dynamiques contrastées d’apports de carbone au sol (https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0167880916303760), étroitement liées à la productivité des cultures, à la place des légumineuses et des couverts végétaux.

      Plus les rendements sont élevés, plus il y a des résidus de culture restitués au sol. C’est donc le système productif qui produit le plus de résidus riches en carbone. Toutefois, cette réalité est compensée dans les systèmes ayant des couverts végétaux. Dans le système sous couvert, les apports totaux de carbone sont au final estimés à un niveau supérieur à celui des autres systèmes, grâce à l’apport de ces couverts. Au final, le stock de carbone augmente dans le temps dans le système en agriculture biologique et encore plus dans le système sous couvert végétal, alors qu’il reste stable dans les deux autres systèmes.
      Quels effets sur la biodiversité du sol ?

      Au-delà de la gestion des maladies et de l’apport en carbone des sols, notre étude met également en évidence un autre bénéfice majeur des pratiques agroécologiques : leur effet positif sur la biodiversité du sol.

      La biodiversité du sol comprend une multitude de taxons de taille extrêmement variable et qui remplisse des fonctions diverses. Les vers de terre qui constituent l’essentiel de la macrofaune du sol sont les plus souvent étudiés et sont considérés comme des acteurs majeurs du fonctionnement du sol compte tenu de leur rôle de fouisseur et transformateur de la matière organique. Les pratiques agricoles, en particulier le travail du sol, l’apport de matière organique et l’usage de pesticides, sont de longue date reconnues comme ayant un impact majeur dans le maintien de ces populations.

      Le système sous couvert végétal, sans travail du sol, se distingue par des abondances et biomasses nettement plus élevées de vers de terre anéciques et épigés (https://link.springer.com/article/10.1051/agro/2008069), de trois à sept fois supérieures à celles observées dans les systèmes productif et biologique avec du travail du sol, et ce, seulement une dizaine d’années après l’implantation de l’essai. Cette augmentation s’accompagne également d’une diversité en espèces de vers de terre.

      En agriculture biologique, l’augmentation des populations de vers de terre est plus lente. Mais après plus de quinze ans de conduite, ce système peut héberger entre 1,5 et 2,3 fois plus de vers de terre que le système productif (https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0929139314003473), selon les variations interannuelles liées au climat.

      Par ailleurs, les changements de pratiques agricoles mettent souvent plusieurs années à se traduire par des modifications significatives des communautés de vers de terre. Ces résultats soulignent l’importance des dispositifs expérimentaux de long terme pour évaluer de manière robuste l’impact des systèmes de culture sur la biodiversité des sols.
      Que retenir ?

      Les essais systèmes sont des outils clés pour tester et évaluer des solutions agroécologiques. Sur le long terme, ils montrent qu’il est possible de produire avec moins de pesticides, d’azote et d’énergie, tout en assurant une marge économique pour l’agriculteur, un stockage de carbone et l’accroissement de la biodiversité dans les sols.

      Le dispositif évolue pour répondre à ces enjeux qui se posent aujourd’hui à l’agriculture et en lien avec la demande sociétale : produire sans apport d’azote, sans travail du sol, aller vers une agriculture sans pesticides, concilier production et biodiversité. Des nouveaux systèmes abordant ces thématiques sont en cours de conception avec la profession agricole.

      https://theconversation.com/produire-de-grandes-cultures-en-agroecologie-de-maniere-rentable-ce

    • La Cage (UMR Agronomie)

      Observatoire d’évaluation des performances et des impacts de quatre systèmes de culture (conventionnel, bas niveau d’intrants, biologique et sans travail du sol). Suivi des niveaux de production, des performances économiques, des émissions de GES, de la dynamique des organismes du sol...

      https://www.pluginlabs-universiteparissaclay.fr/fiche/la-cage-umr-agronomie
      #agronomie

  • "Ça me paraît être quelque chose de tout à fait normal" : ils remplissent des cuves avec leur urine pour fabriquer de l’engrais

    Un collecteur à urine a été inauguré hier après-midi à Châtillon dans les Hauts-de-Seine. Il s’agit du premier en France. Chacun peut contribuer et produire ainsi un bon engrais pour les champs des agriculteurs.

    À Châtillon (Hauts-de-Seine), la distribution de légumes bios, cultivés dans la région et achetés directement aux producteurs se tient une fois par semaine. Une formule qui fonctionne par abonnement à l’association.

    Pour Emmanuelle Grangé, secrétaire de l’AMAP Les raids actifs, « c’est vraiment un modèle gagnant-gagnant puisqu’on a la qualité du produit, le plaisir de connaître le producteur et de bénéficier de ses beaux légumes ».

    Dans la cour, certains adhérents viennent aussi remplir des cuves installées depuis quelques mois. Ils y versent leur urine collectée chez eux : « Récupérer nos déchets ça me paraît être quelque chose de tout à fait normal et c’est une façon de rendre à la campagne ce que la campagne nous amène en produits alimentaires de grande qualité », explique une adhérente.
    Un engrais naturel apprécié des agriculteurs

    À 60 kilomètres de Paris, dans une exploitation de Saint-Augustin (Seine-et-Marne), ces urines sont réutilisées comme engrais naturel. Loïc Dechaseaux en utilise sur ces plants de moutarde.

    Avant de pouvoir utiliser ce fertilisant, il aura dû attendre six mois comme le recommande l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) : « Le fait de stocker l’urine pendant six mois, ça tue toutes les bactéries. Il n’y a pas de traitement à faire, juste à attendre », précise l’agriculteur.

    Loïc Dechaseaux a également dû adapter un système spécifique à son tracteur pour épandre les urines dans la terre au moment du semis. L’efficacité de cet engrais naturel est bien connue : « L’azote, le phosphore, le potassium [...] sont des éléments essentiels pour que les plantes puissent pousser correctement ».

    Cette expérimentation vise à prouver qu’il est possible, même en ville, de prévoir des équipements pour collecter l’urine : « L’objectif c’est que tout soit extrêmement simple, rapide et qu’il n’y ait pas de risque de renversement ou aucune nuisance possible », souligne Louise Raguet, designer laboratoire. Le collecteur installé à Châtillon pourrait donc devenir un modèle à suivre et à développer.

    https://france3-regions.franceinfo.fr/paris-ile-de-france/paris/ca-me-parait-etre-quelque-chose-de-tout-a-fait-normal-ils

    #pipi #urine #engrais #agriculture #pipiculteur

    • Conception d’outils agricoles pour fertiliser au #lisain

      Dans le cadre du projet ENVILLE et pour favoriser l’application du lisain* sur des planches maraîchères, nous avons développé un outil agricole pour injecter le lisain dans le sol, avant semis ou plantation. L’injection permet de limiter les odeurs et la volatilisation de l’ammoniac lors de l’épandage du lisain, urinofertilisant particulièrement volatile.

      *lisain = urine hygiénisée par stockage

      L’outil est développé à partir du châssis du Vibroplanche, proposé par l’Atelier Paysan, auquel est ajouté une motopompe, des tuyaux fixés aux dents et éventuellement une cuve si elle n’est pas embarquée à l’avant sur les fourches du tracteur.

      Nous avons deux prototypes fonctionnels que nous pouvons vous mettre à disposition pour des tests sur votre ferme. Nous sommes aussi à votre disposition si vous avez des questions relatives à la fabrication et utilisation de l’outil. N’hésitez pas à nous contacter : enville@enpc.fr

      https://www.leesu.fr/ocapi/les-projets/enville/outils-agricoles

    • « Des toilettes aux champs » : cette usine transforme l’urine en engrais

      À #Valence, une association vient d’ouvrir une des premières unités de fabrication d’#urinofertilisants. Objectif : transformer le pipi d’une centaine de personnes en engrais pour les champs.

      Quelques magazines, un rouleau de PQ, un mur tapissé d’affiches… Au premier abord, les toilettes d’Olivier Coupiac n’ont rien d’original. Au premier abord seulement. Car en lieu et place d’une chasse d’eau, la cuvette est équipée d’un tapis roulant afin de séparer les urines — qui coulent directement dans un tuyau — des excréments.

      Ces derniers finissent leur course odorante dans une boîte hermétique et ventilée, avant d’être compostés au fond du jardin. L’or jaune, quant à lui, atterrit trois étages plus bas, dans une cuve. Car l’objectif, dans cet habitat participatif nommé #La_Mélo, n’est pas uniquement d’économiser de l’eau. « On récupère nos excrétas pour les valoriser », sourit l’heureux propriétaire du trône écolo.

      Que faire des 1 000 litres de liquide ammoniaqué produits chaque mois par les dix logements de l’immeuble valentinois ? La réponse à cette pressante question se situe à une dizaine de kilomètres, dans la station d’épuration de Portes-lès-Valence. C’est ici qu’Emy Cretegny a ouvert une petite usine d’urinofertilisants, baptisée #Factopi. En clair : elle fabrique des engrais à base de pipi.

      Le scandale écologique des lieux d’aisance

      À l’origine de cette idée fertile, une absurdité : « D’un côté, on envoie nos excrétas au tout-à-l’égout, avec beaucoup d’eau, un coût énergétique important et un risque de pollution de nos rivières, indique celle qui a longtemps travaillé dans le traitement de l’eau. De l’autre, on dépend d’engrais de synthèse polluants pour produire notre nourriture. »

      Emy Cretegny n’est pas la seule à observer l’aberration du système d’#assainissement actuel. Les promoteurs des #toilettes_sèches pointent depuis longtemps le scandale écologique que représentent nos lieux d’aisance. Et à l’autre bout de la chaîne, nombre d’agriculteurs — notamment en bio — peinent à trouver de quoi amender leurs champs.

      « Avec la baisse du nombre d’animaux d’élevage, on a de moins en moins accès à du #fumier et du #lisier, remarque Olivier Chaloche, coprésident de la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab). Et ce, alors même que la demande augmente, surtout depuis la guerre en Ukraine, qui a fait exploser le prix des engrais de synthèse et provoqué en réaction une ruée sur les engrais organiques. » Résultat : depuis quelques années, la filière bio cherche activement de nouvelles ressources, jusque dans nos cabinets.

      « Avec le pipi de 100 personnes, on peut fertiliser 2 ha chaque année »

      Encore faut-il faire coïncider l’offre en or jaune et la demande. C’est là qu’intervient Factopi. « On collecte les urines dans des lieux collectifs, on les transforme dans notre unité, puis on livre les engrais obtenus aux agriculteurs intéressés, explique Emy Cretegny. Avec le pipi de 100 personnes, on peut fertiliser 2 hectares chaque année. » Pas de quoi rendre la France indépendante en intrants, mais une petite goutte salutaire dans un océan d’agrochimie.

      Inaugurée en novembre, l’usine tourne encore au ralenti. Mais à l’intérieur du local, plusieurs cuves sont déjà remplies de liquide doré. « Ici, on laisse l’urine pendant un à six mois, pour qu’elle s’hygiénise : les pathogènes éventuellement présents sont tués par la réaction chimique qui se produit naturellement », indique l’ingénieure.

      Puis, le liquide est envoyé à travers des #filtres de charbon végétal, où il percole lentement. « Ces filtres abritent des bactéries capables d’oxyder l’azote, poursuit-elle. Ça permet de stabiliser la substance et de la rendre plus assimilable par les plantes. » Cerise sur le gâteau, cette filtration retient également une partie des #résidus_médicamenteux potentiellement présents dans nos effluents.

      Et… c’est tout. Bien que long, le processus n’est ni complexe, ni énergivore. « On voulait quelque chose de #low-tech et open source, même si on vise une production semi-industrielle », précise Emy Cretegny. D’après le projet de recherche #Agrocapi, les fertilisants ainsi obtenus ont « une forte efficacité en tant qu’engrais azoté, proche des engrais minéraux », pour un bilan environnemental bien meilleur.

      Pas reconnu comme #bio

      Malgré tous ses avantages, ce système « des toilettes aux champs » peine à se développer. En cause, d’abord, un frein réglementaire : les agriculteurs bio, pourtant demandeurs, ne peuvent pas utiliser de #lisain (le nom donné à l’urine devenue engrais) car il ne figure pas dans la liste des intrants autorisés en agriculture bio. « Il n’est pas dit que c’est interdit, mais comme rien n’est précisé sur les excrétas humains, on est dans l’incertitude », explique-t-on à la Fnab. Avec le risque pour les producteurs trop audacieux de se voir retirer le précieux label.

      Pourtant, « selon les principes de la bio, qui promeuvent l’usage de matières organiques animales, on devrait pouvoir le faire ». La Fédération demande ainsi une clarification du règlement au niveau européen et fait pression sur le gouvernement pour qu’il appuie le dossier. En attendant, l’organisme espère obtenir des dérogations, au cas par cas, pour pouvoir déployer des essais en plein champ avec ces urinofertilisants.

      « Que chaque territoire développe sa propre “Factopi”, selon ses besoins »

      Autre obstacle, selon Emy Cretegny, « la #logistique ». Car transporter des litres d’urée des centres urbains vers les campagnes peut s’avérer ardu — le projet de la #Fumainerie, à Bordeaux, avait d’ailleurs achoppé sur ce point. D’où sa volonté de partir de lieux collectifs — habitats groupés, établissements scolaires — pour simplifier la collecte, et de miser sur une solution « ultralocale ». « L’idée n’est pas de grossir indéfiniment, mais plutôt que chaque territoire développe sa propre “Factopi”, selon ses besoins », dit-elle.

      Dernière difficulté, et non des moindres, le modèle économique. Qui doit payer pour ce système écologique : les usagers qui économisent de l’eau avec leurs toilettes sèches ? « Aujourd’hui, tirer la chasse ne nous coûte presque rien », doute l’experte. Les agriculteurs qui bénéficient d’un engrais organique de qualité ? « Pas évident, car le prix actuel engrais est peu élevé. » Les communes ? « On rend service à la collectivité en évitant de surcharger les #stations_d’épuration, remarque-t-elle. Et il y a une vraie #utilité_publique dans ces projets. »

      La fin du #tout-à-l’égout ne se fera donc pas sans réflexion globale sur le prix de l’eau et de sa dépollution. En attendant, au sein de La Mélo, on accepte d’essuyer les plâtres — et les tuyaux d’urine mal raccordés. « Ce n’est pas parce que rien n’existe qu’il ne faut rien faire », tranche Olivier Coupiac dans un sourire.

      https://reporterre.net/Le-pipi-de-100-personnes-fertilise-2-hectares-cette-usine-transforme-not

  • #Algues_vertes, l’histoire interdite

    Pas moins de 3 hommes et 40 animaux ont été retrouvés morts sur les plages bretonnes. L’identité du tueur est un secret de polichinelle : les algues vertes. Un demi-siècle de fabrique du silence raconté dans une enquête fleuve.Des échantillons qui disparaissent dans les laboratoires, des corps enterrés avant d’être autopsiés, des jeux d’influence, des pressions et un silence de plomb. L’intrigue a pour décor le littoral breton et elle se joue depuis des dizaines d’années. Inès Léraud et Pierre Van Hove proposent une enquête sans précédent, faisant intervenir lanceurs d’alerte, scientifiques, agriculteurs et politiques.

    https://www.editions-delcourt.fr/bd/series/serie-algues-vertes-l-histoire-interdite/album-algues-vertes-l-histoire-interdite
    #BD #livre #bande-dessinée
    #Bretagne #algues #plages #hydrogène_sulfuré (#H25) #Côtes_d'Armor #intoxication #santé_publique #Halte_aux_marées_vertes #omerta #Thierry_Morfoisse #justice #Nicol_Environnement #Screg-Colas #Bouygues #Sauvegarde_du_Trégor #silence #déni #agriculture #modernisation #remembrement #industrialisation #élevage_hors-sol #industrice_porcine #agriculture_intensive #pollution #eau_potable #Marc_Le_Fur #porcherie #nitrates #modernisation_agricole #engrais #Institut_scientifique_et_technique_de_l'environnement (#ISTE) #Christian_Bursan #industrie_agro-alimentaire #stratégie_de_l'incertitude #plan_algues_vertes (#PAV) #subventions #lisier #CRESEB #CSEB #conseil_régional_de_bretagne #France #comité_de_convergence_des_intérêts_bretons (#CCIB) #Produit_de_Bretagne #Institut_de_Locarn #Club_des_Trente #Breizh_Europe #Les_dîners_celtiques #Les_amis_du_cochon #tourisme #dépendance #terreur #suicides #banques #grande_distribution #argent_public #élevage #sodiaal #Triskalia #Synutra #Laïta #Jean-René_Auffray #vasières_du_Guessant

    • Les marées vertes

      Qu’y a-t-il de commun entre les plages de Bretagne, la lagune de Venise, et le littoral chinois de Qingdao ?

      Tous les trois ont fait la « une » des journaux en raison d’impressionnantes « marées vertes », causées par l’accumulation estivale de macroalgues du genre Ulva.

      Ces marées vertes sont la forme la plus visible d’un enrichissement excessif des eaux marines. Cela ne doit pas faire oublier la forme planctonique, bien plus étendue vers le large, qu’on appelle « eaux colorées ». Ces phénomènes peuvent s’avérer dangereux tant pour la faune marine, que pour le promeneur du littoral ou le consommateur de coquillages. Alors quelle est la cause de ce soudain dérèglement ? Peut-on y remédier ?

      Depuis quand y a-t-il des marées vertes ? Est-ce un phénomène permanent ou saisonnier ? Que fait-on pour se débarrasser d’une marée verte déjà formée ? Quels sont les impacts sur l’écosystème marin ? Quelles sont les nuisances pour la société humaine ? Peut-on tirer de l’énergie des algues vertes ? Quelle est l’attitude du monde agricole ? Que fait l’administration pour diminuer la nuisance ? Eaux « rouges » contre marées « vertes » : quelles différences pour l’environnement ?

      Autant de questions auxquelles ce petit livre répond sans complaisance ni catastrophisme, au plus près de la connaissance scientifique actuelle, loin des polémiques qui masquent trop souvent la réalité ! Il intéressera les personnes soucieuses de la qualité de leur environnement côtier.

      https://www.quae.com/produit/1402/9782759225552/les-marees-vertes

  • Deux mains dans la terre. Vers une #transition_écologique

    Un agriculteur, entouré de sa femme et de sa fille, remet son métier en question puis s’engage dans
    une transition vers l’agriculture biologique dans le but de retrouver son autonomie. Au fil de son cheminement, il change de regard sur l’agriculture et découvre que le paysan peut être un véritable “sauveur climatique” et source d’un renouveau territorial.

    https://actes-sud.fr/catalogue/bande-dessinee/deux-mains-dans-la-terre
    #BD #bande-dessinée #livre
    #agriculture #paysannerie #paperasse #PAC #agrandissement #mécanisation #sols #sols_agricoles #agriculture_conventionnelle #réductionnisme_scientifique #rendement #savoirs #uniformisation #agronomie #productivisme #productivité #agroécologie #bactéries #non-labour #engrais #pesticides #fertilisation #stimulation_de_la_fertilité #légumineuses #tricale #mycorhizes #haies #compost #fumier #élevage #prairies #autonomie #diversité #mosaïque_de_cultures #monoculture #diversité_génétique #semences_paysannes #semences

  • En #Tunisie : soulèvement populaire contre l’industrie chimique

    La ville de #Gabès se situe sur la côte, à l’Est de la Tunisie, au cœur d’une région industrielle. Des usines y produisent des #engrais à base de #phosphate destinés à l’agriculture intensive. Ce complexe vieillissant pollue la mer, l’air, et empoisonne la population depuis des années. Il a d’ailleurs déjà été contesté par le passé.

    En mars dernier, le gouvernement a décidé de quintupler la production d’engrais, provoquant une augmentation de la #pollution

    Depuis plusieurs jours, la population se soulève. Affrontements avec la police, manifestations autour de l’usine, protestations devant le siège de l’industrie chimique. Les supporters ultras sont en première ligne, comme lors des Printemps arabes. Des dizaines de personnes ont été arrêtées par la police dans la nuit du 17 au 18 octobre. Le 21 octobre, une grève générale a paralysé toute la région. C’est la première vraie mise à l’épreuve du président autoritaire et raciste #Kaïs_Saïed depuis longtemps : ce dernier règne par une répression féroce depuis des années, et fait désormais face à un mouvement populaire massif, largement soutenu.

    https://contre-attaque.net/2025/10/22/en-tunisie-soulevement-populaire-contre-lindustrie-chimique

  • #Cancer : une étude alarmante révèle pourquoi la #France est le pays le plus touché (environ 400 cas pour 100 000 habitants)

    Une récente publication du Lancet place la France en tête des pays les plus touchés par le cancer, avec près de 390 cas pour 100 000 habitants. Ce constat alarmant soulève de nombreuses questions sur les facteurs spécifiques qui exposent davantage les Français à cette maladie.

    La France affronte aujourd’hui un paradoxe sanitaire préoccupant. Notre système de santé démontre une efficacité remarquable dans le traitement du cancer, avec un taux de mortalité parmi les plus bas d’Europe. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 136,8 décès pour 100 000 habitants en 2023 contre 184,7 en 1990. Cette diminution témoigne des avancées médicales considérables réalisées ces dernières décennies. Les traitements innovants, les protocoles perfectionnés et l’expertise des professionnels français sauvent de nombreuses vies. Pourtant, cette réussite thérapeutique masque une réalité bien plus sombre : l’explosion du nombre de nouveaux cas de cancer diagnostiqués chaque année sur notre territoire.

    L’étude publiée en septembre dans la revue The Lancet a provoqué une onde de choc dans la communauté médicale. Elle place la France au premier rang mondial pour l’incidence du cancer, avec 389,4 cas pour 100 000 habitants. Cette position alarmante suscite d’autant plus d’inquiétude qu’elle demeure largement inexpliquée. D’autres études nuancent ce classement, notamment celle d’une agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) basée à Lyon. Elle classe l’Hexagone au neuvième rang mondial. Ces divergences s’expliquent par des différences méthodologiques. Néanmoins, même avec ces nuances, la position défavorable de la France reste préoccupante et nécessite des investigations approfondies.
    Des facteurs de risque du cancer en France bien identifiés mais insuffisamment maîtrisés

    Plusieurs éléments expliquent cette surexposition française au cancer, selon Le Monde. Le tabagisme figure en tête des facteurs de risque, particulièrement chez les femmes françaises. Leur taux de tabagisme (23 %) représente le plus élevé d’Europe. Cette statistique alarmante explique en grande partie l’augmentation des cancers féminins observée ces dernières années. La consommation d’alcool constitue également un facteur déterminant. Les Français consomment davantage d’alcool que la moyenne européenne, malgré les campagnes de sensibilisation régulières. Cette habitude culturelle ancrée dans notre société augmente la prévalence des cancers du foie, de la bouche, de la gorge et du système digestif.

    La sédentarité représente un autre facteur préoccupant. Le manque d’activité physique, particulièrement en milieu urbain, favorise le développement de certains cancers. L’exposition aux hormones, notamment via la pilule contraceptive, pourrait constituer une spécificité française méritant des études plus approfondies. Le système de collecte de données français présente également des lacunes significatives. Il s’appuie sur des registres locaux partiels et exclut étrangement les zones urbaines denses et les sites Seveso. Ces zones pourraient pourtant présenter des taux d’incidence particuliers. Une loi promulguée en juin prévoit la création d’un registre national, mais l’instabilité gouvernementale retarde son application

    L’exposition environnementale en France, une piste de cancer insuffisamment explorée

    L’exposition aux polluants environnementaux constitue une explication majeure qui mérite davantage d’investigation. Les Français présentent une imprégnation particulière au cadmium, substance cancérogène présente dans de nombreux engrais agricoles. Cette contamination spécifique pourrait jouer un rôle significatif dans la surexposition nationale au cancer. La France figure également parmi les plus grands utilisateurs mondiaux de pesticides, dont certains provoquent des effets cancérogènes. Le lien direct entre cette utilisation massive et l’incidence élevée du cancer reste à établir formellement. Cependant, les corrélations observées justifient des recherches approfondies.

    L’alimentation française, malgré sa réputation d’excellence, pourrait également contribuer à cette situation préoccupante. La consommation importante de viandes transformées, de produits riches en nitrites et d’aliments ultra-transformés mérite une analyse épidémiologique approfondie. Face à ce constat alarmant, nous devons mobiliser toutes nos ressources. Comme le souligne l’éditorial du Monde, « toutes les instances scientifiques concernées, notamment l’Institut national du cancer, doivent être mobilisées pour une vaste étude épidémiologique englobant l’intégralité des facteurs susceptibles d’être reliés à cette maladie ». Cette première place française, même contestable, doit servir de signal d’alarme et conduire à une prise de conscience collective. Le cancer demeure la première cause de mortalité en France et préoccupe l’ensemble de la population.

    https://www.aufeminin.com/societe/sante-femme-societe/cancer-6/cancer-france-pays-plus-touche-etude-lancet-2666038.html
    #statistiques #chiffres
    #santé #incidence #traitements #facteurs_de_risque #tabagisme #alcool #activité_physique #hormones #contraception #Seveso #données #registre_national #cadmium #engrais #industrie_agricole #polluants_environnementaux #contamination #pesticides #alimentation #viande #nitrites #produits_ultra-transformées #industrie_agro-alimentaire #épidémiologie #mortalité

    –-

    voir aussi cet article publié dans Le Monde, signalé par @touti :
    https://seenthis.net/messages/1139908

    • L’étude:
      The global, regional, and national burden of cancer, 1990–2023, with forecasts to 2050: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2023

      Cancer is a leading cause of death globally. Accurate cancer burden information is crucial for policy planning, but many countries do not have up-to-date cancer surveillance data. To inform global cancer-control efforts, we used the Global Burden of Diseases, Injuries, and Risk Factors Study (GBD) 2023 framework to generate and analyse estimates of cancer burden for 47 cancer types or groupings by age, sex, and 204 countries and territories from 1990 to 2023, cancer burden attributable to selected risk factors from 1990 to 2023, and forecasted cancer burden up to 2050.

      https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(25)01635-6/abstract

    • « Le travail est un facteur de risque avéré du cancer »
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/11/03/le-travail-est-un-facteur-de-risque-avere-du-cancer_6651318_3232.html

      Dans une tribune au « Monde », un collectif d’associations regroupant des victimes de #cancers_professionnels alerte sur la corrélation, encore trop peu médiatisée, entre travail et cancer, notamment par l’exposition prolongée à des substances toxiques.

      Une récente publication du Lancet place la France en tête des pays les plus touchés par le cancer, avec plus de 433 000 personnes malades chaque année, un nombre qui a doublé en vingt ans. Cette situation très inquiétante est le plus souvent rapportée aux seuls comportements individuels à risque – tabac, alcool, activité physique –, mais est-ce la bonne approche ?

      Cette jeune fleuriste, dont l’enfant est morte à 11 ans d’un cancer du sang après sept ans de lourds traitements, avait-elle « choisi » d’être contaminée par les pesticides dont étaient imprégnées ses fleurs, #pesticides cancérogènes non seulement pour elle-même mais aussi pour l’enfant à naître ? Les ouvrières du laboratoire Tetra Medical ont-elles « choisi » le procédé de stérilisation à l’#oxyde_d’éthylène, cancérogène, mutagène, toxique pour la reproduction qui les a empoisonnés durablement, elles et leurs enfants ? Les ouvriers des usines chimiques ont-ils « choisi » les PFAS, au redoutable pouvoir toxique ? Sans parler des employées du nettoyage, contaminées par les cancérogènes des produits d’entretien.

      Les risques du travail, facteurs de dangers avérés du cancer, n’apparaissent pas dans l’article du Lancet, qui reprend le discours dominant et culpabilisant qui fait reposer la responsabilité de la survenue des cancers sur les victimes elles-mêmes.
      Le #travail_de_nuit ou posté, par exemple, est l’une des causes du #cancer_du_sein, reconnue officiellement comme telle en 2007 par le Centre international de recherche sur le cancer. Chez les femmes, ce type d’organisation temporelle du travail a néanmoins augmenté de 150 % entre 1982 et 2015, en progression dans de multiples secteurs où il n’est nullement indispensable – industrie, commerce, nettoyage.

      Scandales sanitaires

      Nous, signataires de cette tribune, nous voulons rappeler le travail inlassable et les mobilisations de tous ceux et celles – militants associatifs et syndicalistes, chercheurs, médecins, avocats – qui, depuis plus de quarante ans, alertent sur ces risques évitables que sont les multiples situations de #mise_en_danger_de_la_vie_d’autrui dans le travail exposé aux cancérogènes.

      Les enquêtes « Conditions de travail » et « Surveillance médicale des risques » du ministère du travail alertent, depuis les années 1970, sur les graves expositions aux risques chimiques, aux poussières, aux rayonnements. Pourtant, ces avertissements n’entraînent pas de mesures de prévention visant à réduire ces expositions.

      Durant les années 1970 puis au cours de la décennie 1990-2000, de fortes mobilisations sociales ont fait éclater le scandale sanitaire des dizaines de milliers de travailleuses et travailleurs exposés sans protection aux fibres d’amiante. Dans l’intervalle, les industriels avaient pu imposer le mythe mensonger de « l’usage contrôlé de l’amiante ».

      Il a fallu la mobilisation de multiples collectifs, la démonstration faite en 1994 par Henri Pézerat – spécialiste de la cancérogenèse de l’amiante – de l’extrême dangerosité de cette fibre mortelle, pour qu’enfin l’amiante soit interdit en France en 1997. Mais des 80 kilos d’amiante par habitant présents partout en France, bien peu ont été enlevés, et cela, souvent, dans des conditions de mise en danger des personnes exposées, tant dans le travail que l’environnement. Au mépris des règles du code du travail.

      D’autres produits toxiques, toujours en usage, sont régulièrement au cœur de scandales sanitaires : les pesticides, les PFAS, l’oxyde d’éthylène, l’arsenic et bien d’autres. Au rang des affaires polémiques, Notre-Dame de Paris : non seulement l’incendie de la cathédrale a pollué durablement au #plomb les abords du monument, mais la reconstruction « à l’identique » sur injonction gouvernementale – avec 400 tonnes de plomb posées sur la toiture et la flèche – a contaminé durablement les ouvriers exposés, ainsi que les riverains et riveraines, par cette substance neurotoxique.

      Maladie de classe

      Le recours à la #sous-traitance et à l’#intérim par les grandes entreprises invisibilise le #travail dangereux et ses conséquences. Cancérogène connu, la radioactivité est omniprésente dans une industrie autoproclamée propre et sans danger, l’industrie #nucléaire. L’exposition professionnelle aux rayonnements ionisants y est supportée à 90 % par les travailleurs et travailleuses dits « extérieurs », intervenant en sous-traitance et intérim dans la maintenance et le démantèlement des installations. Ils circulent de site en site, ne bénéficient pas du statut protecteur d’EDF ou du CEA, puis disparaissent sans laisser de trace. Les atteintes cancéreuses de la radioactivité sont dissoutes dans cet immense continent des victimes de cancer dont l’activité professionnelle n’est jamais examinée.

      La sous-déclaration et la sous-reconnaissance des cancers professionnels ne sont plus à démontrer. Cours d’appel et Cour de cassation, saisies par de trop rares victimes, reconnaissent l’impact certain de la multi-exposition professionnelle aux cancérogènes dans la survenue de ces cancers et soulignent le fait que les comités régionaux de reconnaissance en #maladie_professionnelle opposent aux victimes des refus de prise en charge, injustifiés au regard des connaissances scientifiques.

      En dépit de celles-ci et des mobilisations sociales, il n’est tenu aucun compte, ni dans la production des chiffres du cancer, ni dans les décisions de politiques publiques, de ce rôle avéré des risques professionnels dans l’épidémie de cancer. Pourtant, qui peut nier que les cancers trouvent le plus souvent leur origine dans la production industrielle, et donc le travail ? Ceux qui en sont victimes sont d’abord les ouvriers et les ouvrières. Maladie de classe, trop souvent. Le dire, l’écrire, c’est aider à la prévention. Le taire, c’est faire le contraire.

      Serge Allègre, secrétaire général de la CGT-Fédération nationale des industries chimiques ; Fleur Breteau, porte-parole du collectif Cancer Colère ; Julie Ferrua, déléguée générale de l’Union syndicale Solidaires ; Cathy Guironnet, porte-parole du Collectif des ex-salariés Tetra médical – Annonay ; Laurent Indrusiak, secrétaire général de l’union départementale CGT de l’Allier ; Benoît Martin, secrétaire général de l’union départementale CGT de Paris ; Christian Micaud, président de l’Association des malades de la chimie ; Franck Refouvelet, président de l’association Entraide et défense des acteurs des télécoms exposés aux toxiques ; Josette Roudaire, présidente du Comité Amiante Prévenir et Réparer (Auvergne) ; Francis Talec, porte-parole du collectif des Irradiés des armes nucléaires de l’Ile-Longue, à Brest ; Annie Thébaud-Mony, présidente de l’Association Henri-Pézerat, Santé, Travail, Environnement ; Marie Thibaud, fondatrice du collectif Stop aux cancers de nos enfants.

  • La France malade du cadmium, une « bombe sanitaire », alertent les médecins libéraux
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/06/05/la-france-malade-du-cadmium-une-bombe-sanitaire-alertent-les-medecins-libera

    Les Français, en particulier les enfants, sont massivement contaminés par ce cancérogène présent dans les engrais phosphatés, à travers la consommation de céréales, de pain ou de pâtes. Santé publique France fait le lien avec l’explosion des cancers du pancréas.

    ... Selon la Société nationale française de gastro-entérologie, le cancer du pancréas sera le deuxième plus mortel dans les années 2030-2040. La France se classe déjà parmi les dix pays ayant le plus grand nombre d’apparitions de nouveaux cas.

    [...]

    L’imprégnation moyenne des Français au cadmium a pratiquement doublé en dix ans entre les deux grandes enquêtes épidémiologiques pilotées par Santé publique France : elle est passée de 0,29 µg/g sur la période 2006-2007 (Etude nationale nutrition santé, ENNS) à 0,57 µg/g sur la période 2014-2016 (Etude de santé sur l’environnement, la biosurveillance, l’activité physique et la nutrition [Esteban]).
    C’est plus que la « concentration critique » de 0,5 µg/g fixée par l’Anses. Selon l’étude Esteban publiée en juillet 2021, la première à mesurer à l’échelle du pays le niveau d’exposition des enfants aux métaux lourds, 47 % des Français dépassaient déjà cette concentration critique, et 18 % des enfants. Pierre Souvet pointe un autre marqueur frappant de cette accentuation considérable de la contamination des Français, la « flambée » observée chez les enfants âgés de 6 à 10 ans : leurs données affichaient une concentration supérieure à celle des 10-18 ans, mais également à celle des adultes de l’étude ENNS (0,31 µg/g, contre 0,29 µg/g).

    Rien d’étonnant. En 2016, déjà, la seule grande étude sur l’alimentation infantile menée jusqu’à ce jour par l’Anses révélait que 14 % des enfants de 3 à 17 ans et plus d’un tiers (36 %) des moins de 3 ans dépassaient la dose journalière tolérable de cadmium dans l’alimentation. Chez les 13-36 mois, l’Anses signalait que « les aliments les plus contributeurs » étaient les pommes de terre, les légumes à feuilles (épinards) et les pâtes. L’étude Esteban attire l’attention sur les céréales du petit déjeuner : les enfants (moins de 18 ans) qui en consomment 20 grammes par jour ont une imprégnation au cadmium augmentée de plus de 8,5 % par rapport à ceux qui en consomment très peu (4 grammes par jour). Recommandation de Pierre Souvet soutenue par le docteur Meyvaert : « Il faut arrêter de donner des céréales à gogo au petit déjeuner aux enfants. »

    Engrais phosphatés importés

    Fixée à 0,35 µg par kilogramme de poids corporel, la dose journalière tolérable française est 3,5 fois plus élevée que la dose maximale recommandée aux Etats-Unis. L’imprégnation moyenne des Français est d’ailleurs trois fois supérieure à celles des Américains et plus de deux fois supérieure à celle des Italiens. Elle dépasse même celle des fumeurs américains, passée de 0,61 µg/g à 40 µg/g en quinze ans. Chez les enfants, la différence est encore plus marquée : les jeunes Français (6-10 ans) sont cinq fois plus contaminés que les jeunes Américains (0,06 µg/g), six fois plus que les Allemands du même âge (0,05 µg/g) et quinze fois que les petits Danois (0,02 µg/g).

    https://archive.ph/xZhXD

    #France_cancer #engrais_phosphatés #agriculture #cancer

  • Pollution : Le Luxembourg balance 20 000 canards en plastique en France.

    Les volatiles en plastique ont pu compter sur le soutien de la foule de spectateurs à nouveau présente pour la course caritative organisée par la Table Ronde Luxembourg.
    . . . . .
    Et toi, surtout ne demande pas ton ticket de caisse au supermarché afin de vérifier ton compte.

    #pollution #pollutions #environnement #eau #plastique #déchets #bêtise #conneries #ue
    Source : https://www.lessentiel.lu/fr/video/tradition-20-000-canards-dans-l-alzette-pour-la-duck-race-2025-103332951

  • Marc-André Selosse, biologiste : « Face aux inondations et aux sécheresses, nos sols sont une solution »

    Inondations dans l’Ouest, en Haute-Loire, dans les Hauts-de-France, à Cannes ou à Valence [Espagne] : que d’eau, de désarroi et de pertes économiques… Nos océans, plus chauds, évaporent plus d’eau dans une atmosphère dont le réchauffement augmente la capacité en eau. Le changement climatique nous promet des précipitations annuelles semblables ou accrues, mais davantage automnales ou hivernales, avec plus de précipitations extrêmes – et à l’inverse, des sécheresses en été (− 10% de précipitations estivales en 2050). La misère humaine sous les pluies violentes ne fait que poindre. Comment éponger cette eau ? Nos #sols sont une solution !

    En effet, sous une surface d’un mètre carré, le sol peut retenir de 40 à 500 litres d’#eau ! Les plus gros pores des sols laissent pénétrer l’eau, tandis que les plus petits la retiennent par capillarité. Entre deux pluies, les premiers se ressuient lentement dans les rivières et les nappes, tandis que les seconds nourrissent les plantes. Plus nos sols boiront d’eau, mieux nous écrêterons les #inondations et, du même coup, mieux nous mettrons en réserve pour les étés secs. Notre gestion des sols est-elle à la hauteur de ces enjeux ? Non.

    Car les trous du sol sont ceux de la vie : terriers de vers de terre ou d’insectes, creusement par le déplacement de petits organismes unicellulaires, racines ou filaments de champignon qui meurent en laissant un vide… Or, la vie s’effondre dans beaucoup de sols agricoles. D’abord, le labour tue les animaux, les champignons et les racines : autant de porosité perdue. Certes, labourer crée des trous, mais, grossiers et non moulés comme ceux des êtres vivants, ils s’effondrent, se « tassent » : on doit relabourer l’année suivante.

    Ensuite, nos sols manquent de matière organique, ces restes de végétaux morts : les engrais sont à présent en grande majorité minéraux ; nul engrais organique (fumier ou compost…) ne vient plus compenser la matière des plantes qu’on récolte. Paradoxalement, les bactéries survivent au #labour et, momentanément oxygénées par celui-ci, elles détruisent plus vite la matière organique du sol.

    Résultat : depuis l’après-guerre, les sols labourés de France ont perdu une grande partie de leur matière organique. Or, c’est elle qui relie les particules des sols, empêche l’érosion et stabilise les pores… Sans elle, la porosité devient instable et l’eau est moins retenue. Enfin, la charrue tasse le sol profond et crée des « semelles de labour » : ces zones empêchent l’eau de pénétrer plus en profondeur. Elles réduisent la portion de sol retenant l’eau et les réserves accessibles en été.

    Quand il pleut beaucoup, certains sols agricoles devenus moins capables de laisser entrer l’eau débordent, voire, s’ils ont perdu leur cohérence, se transforment en coulées de boue. Bien des inondations, comme à Valence ou dans les Hauts-de-France, sont faites de sols incohérents, qui s’écoulent : et c’est de la boue qu’on nettoie…

    Les vertus de l’élevage extensif

    En filigrane apparaissent les remèdes favorisant des sols plus gourmands en eau. Il faut réduire ou supprimer le labour et développer le semis direct, sur sol non labouré : cette agriculture dite « de conservation » occupe 33 % des surfaces cultivées en Amérique du Nord, contre seulement… 4 % chez nous. Il faut apporter de la matière organique au sol, comme le fait l’agriculture biologique, qui remplace les #engrais_minéraux par du fumier. Les déchets humains (nous produisons chacun un quintal de déchets organiques par an !) et les déchets de l’agroalimentaire doivent retourner massivement aux sols.

    De fait, la concurrence de la #méthanisation qui utilise la matière organique à des fins énergétiques ne fait l’objet d’aucune réflexion sur la balance entre les utilisations bioénergétiques et le retour aux sols. Notons que les pâtures non labourées ont, elles, des sols riches en vie souterraine et en matière organique (celle des racines mortes des plantes broutées) : elles stockent bien l’eau et soulignent les vertus de l’élevage extensif.

    La matière organique peut aussi provenir de cultures d’hiver, dites « intermédiaires » : elles remplacent les sols hivernaux bruns et nus, favorisent la vie souterraine et freinent l’érosion, puis livrent au sol de la matière organique à leur destruction au printemps. L’apport au sol de telles cultures intermédiaires représente 0,1 à 10 tonnes de carbone par hectare, soustraites au CO2 atmosphérique : enrichir les sols en matière organique lutte donc contre le réchauffement climatique.

    Enfin, la plantation d’arbres, dont les racines cassent les semelles de labour et fracturent le sol profond, aide l’eau à pénétrer plus loin. C’est l’un des intérêts des haies ou de l’agroforesterie (qui plante des arbres au-dessus des cultures ou des pâtures). D’ailleurs, les troncs et les racines des arbres stockent du carbone (environ 100 tonnes par kilomètre de haie) et luttent également contre le réchauffement climatique.

    Berlin, ville-éponge

    Notre incapacité à entretenir la soif en eau des sols n’est pas seulement agricole : l’#artificialisation_des_sols par les infrastructures de transports et les zones pavillonnaires, commerciales ou industrielles annihile plus encore leur rôle de stockage. Depuis 1970, 10 % de notre surface agricole, au voisinage des villes surtout, a été artificialisée. Le rythme (26 m2 par seconde !) est 3,7 fois plus rapide que notre croissance démographique ! Nos villes deviennent d’autant plus vulnérables aux pluies violentes.

    La loi « zéro artificialisation nette » (ZAN), qui veut enrayer l’artificialisation des sols en 2050, a donc un lien étroit avec le bien-être des habitants. Hélas, les difficultés à concilier le ZAN avec nos modes de développement local ont conduit le Sénat à détricoter ce texte… On comprend aussi la nécessité de restaurer des sols végétalisés dans nos rues et nos espaces urbains. La ville de Berlin fait ici figure de pionnière, restaurant ses sols pour devenir une ville-éponge et lutter contre les inondations et la sécheresse. Demain, notre #urbanisme doit gérer des sols urbains et périurbains salutaires.

    On le voit, toute notre société méconnaît et mutile la capacité des sols à stocker l’eau. Bien sûr, adapter nos sols ne suffira pas à éviter toutes les inondations. Face à une inondation domestique, vous n’épongez pas avant d’avoir bouché la fuite : de même, préparer nos sols à éponger sans agir sur le changement climatique serait ridicule et inefficace. Mais l’adaptation par des sols plus gourmands en eau sauvera des vies et des biens : on la doit aux victimes potentielles des inondations de demain… d’autant plus que ces sols, en meilleure santé, seront plus nourriciers.

    Marc-André Selosse est professeur du Muséum national d’histoire naturelle et à l’Institut universitaire de France. Spécialiste de la microbiologie des sols, il intervient dans des formations d’agriculteurs et plusieurs écoles d’#agronomie.
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/02/05/marc-andre-selosse-biologiste-face-aux-inondations-et-aux-secheresses-nos-so

    #agriculture

  • « Il est de notre responsabilité de résister aux pressions des lobbys » : plus de 240 scientifiques de l’Inrae signent une tribune après les critiques de certains agriculteurs
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/12/16/agriculture-il-est-de-notre-responsabilite-en-tant-que-scientifiques-de-resi

    Après qu’un groupe d’agriculteurs, liés à la FNSEA, a muré, le 28 novembre, l’entrée de l’Inrae, à Paris, un collectif de plus de 240 chercheurs souligne, dans une tribune au « Monde », que des transitions radicales sont nécessaires et que la recherche doit rester indépendante pour faire face aux enjeux monumentaux du XXIᵉ siècle.Publié aujourd’hui à 06h00, modifié à 11h37

    Un groupe d’agriculteurs et d’agricultrices lié à l’alliance syndicale majoritaire Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA)-Jeunes Agriculteurs a muré l’entrée de l’Institut national de la recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), le 28 novembre. La raison invoquée : le « mur de contraintes » élevé face aux agriculteurs, métaphore des régulations environnementales. Les manifestants prennent ainsi pour cible un établissement de recherche public, au titre que ses recommandations auraient conduit à des décisions de politiques environnementales contraires à leurs intérêts.

    Plus globalement, ces manifestations témoignent d’une forme de ras-le-bol d’une fraction des agriculteurs et d’une partie de leurs syndicats, pour ce qu’elles considèrent être de l’« agribashing ». Face à ces tumultes, la direction de l’établissement met en avant une recherche menée « au service du bien commun et de l’ensemble des citoyens, pour concevoir des systèmes agricoles et alimentaires sains et durables ». La ministre de l’agriculture a, quant à elle, prudemment évité de soutenir la recherche agronomique.

    Devant ces tensions et ces tentatives d’intimidation à notre encontre, nous, membres d’unités de recherche Inrae, témoignons de notre volonté de mener une recherche exigeante, utile, indépendante et de qualité, pour aider à faire face aux enjeux monumentaux du XXIe siècle. Cela nous place-t-il en opposition aux agriculteurs ? Nous estimons que non.

    Pistes de résilience
    Sécheresses, inondations, tempêtes, espèces invasives, épizooties, crises sanitaires, chocs économiques et géopolitiques, les secteurs agricole et alimentaire sont au premier rang des risques aigus encourus par nos sociétés. Les agriculteurs sont les premières victimes du changement climatique et de la dégradation des écosystèmes. Comprendre les causes des #vulnérabilités et établir des pistes de #résilience est ainsi nécessaire et fait partie des attributions des scientifiques de notre établissement. En ce sens, la #science est au service de l’#agriculture.

    Cependant, il ne faut pas se voiler la face : il est indispensable de comprendre que les secteurs agricole et alimentaire sont fortement contributeurs d’émissions de gaz à effet de serre (#engrais azotés, #émissions de méthane) et ont des responsabilités dans la dégradation des #écosystèmes, de la santé publique et des ressources en eau (pesticides). Il serait également trompeur de laisser penser que les agriculteurs sont seuls responsables de ces impacts. Ils sont partie intégrante, souvent même prisonniers, d’un système agroalimentaire majoritaire ; les modes de production et de transformation, le commerce international, les pressions de la grande distribution et les habitudes de consommation contraignent leurs choix et représentent un frein au changement.

    Des transitions radicales et structurelles sont donc nécessaires, qui impliquent des choix forts : sortie des énergies fossiles, baisse drastique des usages de pesticides et d’intrants azotés, sobriété des modes de consommation, baisse de la consommation de protéines animales… Ces choix induisent des coûts et des risques pour un certain nombre d’acteurs des secteurs agricole et alimentaire, à mettre en regard des opportunités de développement de systèmes sains et durables.

    Risques multiples
    Le but de la recherche est d’améliorer l’état des connaissances, sans contraintes ni pressions des pouvoirs politiques, religieux ou économiques. La recherche finalisée a pour mission d’identifier les impacts négatifs des politiques menées et des stratégies d’acteurs, et de proposer les innovations sociales, organisationnelles et techniques pour accompagner les transformations et en limiter les impacts. Ce sont ensuite aux pouvoirs publics, à la lumière des résultats de la recherche et des demandes de la société, de prendre leurs responsabilités et d’accompagner les trajectoires de transition, en particulier pour les acteurs les plus vulnérables.

    Au total, les secteurs agricole et alimentaire font face à des contraintes et des risques multiples. Des mutations importantes vont s’opérer, et le rôle de la science est d’éclairer les décideurs et la société sur ces changements et leurs impacts.

    Malheureusement, le #climat politique et médiatique actuel favorise une approche relative (voire alternative) de la vérité, qui mène à la suspicion vis-à-vis des résultats de la recherche, des atteintes à la liberté académique, et une polarisation des opinions. L’influence des #lobbys, aux intérêts contradictoires, qui cherchent à mettre en cause et à relativiser le discours scientifique, voire à l’intimider, est aussi à prendre en compte.

    Dans ce contexte, il est de notre responsabilité, en tant que #scientifiques travaillant pour toutes les composantes de la société, de résister à ces pressions et de maintenir l’objectif d’une recherche exigeante et indépendante.

    Premiers signataires : Philippe Delacote, directeur de recherche (BETA et chaire Economie du climat, Nancy) ; Tamara Ben Ari, chargée de recherche (UMR Innovation, Montpellier) ; Antoine Leblois, chargé de recherche (CEEM et chaire Economie du climat, Montpellier) ; Léa Tardieu, chargée de recherche (Tetis, Montpellier) ; Raja Chakir, directrice de recherche (PSAE et chaire Economie du climat, Paris-Saclay) ; François Bareille, chargé de recherche (PSAE, Paris-Saclay) ; Julie Subervie, directrice de recherche (CEEM, Montpellier) ; Eleonora Elguezabal, chargée de recherche (Irisso, Paris). ❞

    • Crise agricole : « Ne plus concevoir nos modèles comme un choix binaire entre #écologie et #économie »
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/02/21/crise-agricole-ne-plus-concevoir-nos-modeles-comme-un-choix-binaire-entre-ec

      Crise agricole : « Ne plus concevoir nos modèles comme un choix binaire entre écologie et économie »
      TRIBUNE
      Pascal Demurger
      Directeur général de MAIF

      Julia Faure
      Cofondatrice de Loom

      Pascal Demurger et Julia Faure, coprésidents du Mouvement Impact France, une association d’entrepreneurs qui mettent l’écologie et le social au cœur de leur entreprise, défendent, dans une tribune au « Monde », une sortie par le haut de la crise agricole qui assure la transition écologique, la protection des agriculteurs et une juste rémunération.Publié le 21 février 2024 à 06h00

      L’écologie est-elle condamnée à s’effacer face au mur de la réalité économique et sociale ? Voilà l’inquiétude qui se répand après les annonces du gouvernement visant à mettre fin à la révolte agricole. Alors qu’il a été décidé d’une « pause » dans l’effort de réduction des pesticides, de gestion raisonnée des terres, de l’eau et de décarbonation de la filière, chacun se demande si nous sommes à l’aube d’un gigantesque effet de dominos. Car la difficulté principale exprimée par les agriculteurs – l’incapacité à vendre leurs produits au prix juste, celui qui intègre un salaire digne et une production écologiquement responsable – percute l’ensemble des secteurs manufacturiers exposés à la concurrence mondiale.

      Lire aussi le portrait(2023) | Article réservé à nos abonnés Pascal Demurger, l’assureur militant qui bouscule le patronat

      Dans le textile, l’ameublement, l’industrie automobile, les cosmétiques ou encore la métallurgie, l’intensité des crises est différente, mais les défis sont similaires : comment produire sobrement, avec des emplois locaux et des modèles sociaux protecteurs quand le marché est inondé de produits low cost polluants et socialement moins-disants ?

      Si une part des consommateurs peut valoriser la qualité écologique et sociale dans ses achats, force est de constater que la tyrannie du bas prix gagne chaque jour du terrain avec son lot de destructions : pendant que sept vêtements sur dix vendus dans notre pays sont de l’entrée de gamme, les enseignes françaises d’habillement licencient ou ferment les unes après les autres, entraînant chômage en France et exploitation sociale à l’étranger. Sans réaction, le « made in France » disparaîtra pendant que les coûts sociaux et écologiques augmenteront pour tous.

      Effort de transition demandé à tous
      Dirigeantes et dirigeants d’entreprises engagées, nous avons la conviction que notre époque n’a aucune raison de s’écrire sur ce mode tragique. Pour l’agriculture comme pour l’ensemble de l’économie, à condition de concevoir les règles qui permettront une concurrence loyale, nous ne sommes pas condamnés à sacrifier le long terme au court terme, la fin du monde à la fin du mois. Cela suppose de ne plus concevoir nos modèles comme un choix binaire entre écologie et économie, responsabilité et pouvoir d’achat, mais comme un équilibre entre un triptyque transition-protection-rémunération pour atteindre le juste prix des choses.

      La transition doit respecter des objectifs de décarbonation et de régénération de la biodiversité ambitieux et négociés, suffisamment proches sans être brutaux. C’est ce qui correspond à l’interdiction de vente de véhicules thermiques en 2035 en Europe ou ce qui correspondait à l’objectif de réduction de 50 % de l’utilisation de pesticides dans le plan Ecophyto, aujourd’hui mis en pause. Ces objectifs sont indispensables pour ralentir le dérèglement climatique, l’effondrement du vivant mais aussi un air, une alimentation, un environnement préservés et sains pour tous.

      La protection passe, elle, par la mise en place d’une compétitivité mondiale équitable qui impose à nos partenaires commerciaux les mêmes efforts de transition qu’à nos producteurs locaux. Cela correspond au mécanisme d’ajustement carbone aux frontières et aux clauses miroirs dans nos accords commerciaux. C’est aussi ce qui explique l’opposition française à l’accord de libre-échange Mercosur, qu’elle juge inéquitable. L’objectif de compétitivité équitable n’a rien d’illusoire et constitue même la clé d’une acceptation de l’effort de transition demandé à tous.

      La rémunération enfin, c’est la garantie d’un juste partage de la valeur au sein des entreprises et de la fixation d’un prix juste dans l’ensemble des chaînes de valeur, entre donneurs d’ordre et prestataires, entre distributeurs et industriels, entre producteurs et consommateurs. C’était la logique de la loi EGalim pour le secteur agroalimentaire, malheureusement largement contournée faute de contrôles suffisants. Cette question du partage de la valeur et du prix permettra aux plus exposés de vivre dignement de leur travail et de trouver le coût de la transition supportable.

      Penser à un nouvel équilibre
      Aujourd’hui, alors que le secteur agricole connaît un recul écologique majeur en France et que le Pacte vert européen fait l’objet d’attaques redoublées dans la perspective des élections européennes de juin, nous appelons à un sursaut. Non pas en passant en force, mais en pensant un nouvel équilibre. Nous appelons à ne renoncer à aucun objectif de transition, notamment en maintenant l’ambition du Pacte vert européen et de la planification écologique française.

      Nous appelons à permettre une protection juste des entreprises européennes qui s’engagent dans la transition, notamment en élargissant le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières à de nouveaux secteurs. Nous appelons à favoriser l’émergence de prix justes, notamment en donnant une dimension européenne et multisectorielle de la philosophie de la loi EGalim pour permettre une rémunération digne des acteurs et éviter les phénomènes de contournements. Nous appelons à imaginer le Pacte social qui sauvera le Pacte vert.

      Pascal Demurger, directeur général de la MAIF, coprésident du Mouvement Impact France ; Julia Faure, cofondatrice de Loom, coprésidente du Mouvement Impact France. Cette association, fondée en 2020, rassemble plus de quinze mille entrepreneurs français qui mettent l’impact écologique et social au cœur de leur entreprise.

      Pascal Demurger (Directeur général de MAIF) et Julia Faure (Cofondatrice de Loom)

    • « Face au #changement_climatique, l’agriculture biologique doit être soutenue »
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/01/20/face-au-changement-climatique-l-agriculture-biologique-doit-etre-soutenue_61

      « Face au changement climatique, l’agriculture biologique doit être soutenue »
      TRIBUNE
      Collectif

      Un collectif rassemblant des chercheurs, des élus et des agriculteurs déplore, dans une tribune au « Monde », que le gouvernement ait mis fin aux aides au maintien de l’agriculture biologique. Dans un contexte d’urgence climatique, le mode de production le plus performant sur le plan environnemental doit être soutenu.Publié le 20 janvier 2023 à 16h00, modifié le 20 janvier 2023 à 16h53

      Fin août, le gouvernement a fait le choix, par le biais de son plan stratégique national, qui décline la politique agricole commune européenne, de mettre un terme aux aides au maintien à l’agriculture biologique. Cette aide a été remplacée par un « écorégime » hétéroclite dans lequel le montant alloué à la bio est beaucoup plus faible qu’auparavant et à peine plus élevé que celui apporté à l’agriculture autodéclarée « haute valeur environnementale », dont le cahier des charges n’apporte pas de garanties. Des aides publiques proches malgré des attentes radicalement différentes : le signal est mauvais.

      Le travail des agriculteurs en bio est plus complexe qu’en conventionnel, car pour ne pas utiliser de produits chimiques il s’agit de travailler avec la nature. L’aide au maintien permettait de reconnaître l’exigence technique de l’agriculture biologique et ses services environnementaux, démontrés par de nombreux travaux scientifiques : elle contribue à préserver la biodiversité, à protéger la qualité de l’eau, des sols et de l’air, et réagit mieux face au changement climatique. La bio est un modèle d’agroécologie, que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) préconise de massifier rapidement.

      Cette agriculture n’emploie ni nitrates de synthèse (dont la production est gourmande en gaz, et dont l’épandage dégage du protoxyde d’azote, gaz à effet de serre puissant et rémanent) ni pesticides chimiques (dont la production est également énergivore). Les récentes expertises collectives de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) sur les impacts des pesticides sur la santé, et de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) sur leurs impacts sur la biodiversité, renforcent l’intérêt vital pour la société d’une agriculture se passant de pesticides chimiques. De nombreux captages d’eau pollués par les nitrates et pesticides nécessitent de coûteux traitements payés par les consommateurs ou ne distribuent une eau ne respectant les normes que moyennant dérogation. Chaque année, d’autres sont fermés du fait de pollutions diffuses agricoles.

      Modes de production sobres en énergie
      Dès 2010, la Cour des comptes notait que « les résultats décevants constatés sur les nitrates et les produits phytosanitaires trouvent en grande partie leur origine dans une insuffisante volonté de l’Etat de remettre en cause des pratiques agricoles durablement marquées par l’encouragement au productivisme et le choix d’une agriculture intensive ». Alors que des sécheresses comme celle de 2022 vont se reproduire, il est urgent de protéger les ressources destinées à l’eau potable. Le vivant s’effondre, et la COP15 biodiversité a également ciblé les pesticides comme cause. Il est crucial d’opter à long terme pour des modes de production sobres en énergie – et préférable d’augmenter les surfaces en bio plutôt que les procès entre riverains et agriculteurs épandeurs de pesticides.

      Enfin, des prospectives nationales et européennes montrent que généraliser l’agriculture biologique est possible et souhaitable du point de vue de la souveraineté alimentaire, contrairement à ce que certains prétendent.

      Pourtant, les filières bio connaissent, pour la première fois depuis quinze ans, une baisse des ventes qui s’explique par les fins de mois difficiles des consommateurs, mais aussi par la concurrence déloyale de plusieurs labels prétendument environnementaux et souvent moins chers comme HVE, Zéro résidu de pesticides, Agriculture raisonnée… Des producteurs et coopératives bio se trouvent en difficulté, après de lourds investissements réalisés pour accompagner la croissance.

      Cette situation, actuellement gérée sans soutien public, entraîne un ralentissement de la dynamique de développement qui risque de se renforcer, alors que la France s’est fixé une trajectoire d’augmentation de sa surface en bio (25 % de la surface en 2030, pour 10 % aujourd’hui) et d’augmentation des produits bio dans la restauration collective (20 % en 2022, pour 6 % probables actuellement). Bizarrement, les projets alimentaires territoriaux (PAT) issus de la loi d’avenir pour l’agriculture, supposés « relocaliser l’agriculture et l’alimentation dans les territoires en soutenant l’installation d’agriculteurs, les circuits courts ou les produits locaux dans les cantines », négligent la protection de leur ressource en eau et oublient souvent d’associer les producteurs bio locaux.

      Application du principe pollueur-payeur
      La Cour des comptes a clairement expliqué, dans son rapport de juin 2022, pourquoi soutenir l’agriculture biologique, et comment : en éclairant les citoyens sur l’impact environnemental et sanitaire de l’agriculture biologique (donc cesser de colporter des informations fausses, par exemple que cette forme d’agriculture ne serait pas contrôlée ou qu’elle n’aurait pas d’impact positif sur la santé) et en réorientant les soutiens publics agricoles au profit de la filière bio. Il s’agit donc de rétablir l’aide au maintien, d’inclure systématiquement l’agriculture biologique dans les projets alimentaires territoriaux et d’augmenter massivement la part de bio dans la restauration collective, afin d’atteindre les objectifs fixés par les politiques publiques.

      Et, quand près de 500 millions d’euros publics ont promptement été consentis en 2022 sans contrepartie aux élevages les plus consommateurs d’aliments importés pour les aider à surmonter la crise, l’argument de la contrainte budgétaire ne convainc pas…

      L’application du principe pollueur-payeur permettrait de réorienter les subsides publics vers le soutien des pratiques vertueuses de l’agriculture biologique. Il est paradoxal que le mode de production le plus performant sur le plan environnemental ne soit pas en croissance forte dans le contexte actuel des multiples urgences écologiques ; cette situation témoigne de politiques publiques inadaptées qui en arrivent à pénaliser et à entraver les systèmes les plus souhaitables.

      Le problème est grave, les enjeux sont vitaux pour les territoires, les citoyens, les générations futures et l’ensemble du vivant ; il est urgent de réagir !

      Premiers signataires : Wolfgang Cramer, directeur de recherche CNRS, Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale ; Sara Fernandez, géographe à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement ; Josette Garnier, directrice de recherche CNRS ; Harold Levrel, professeur d’économie AgroParisTech ; Xavier Poux, agronome, chercheur associé à l’Institut du développement durable et des relations internationales ; Marc-André Sélosse, professeur du Muséum national d’histoire naturelle.

  • L’histoire enfouie du #remembrement

    Après-guerre, en #Bretagne surtout, et dans une moindre mesure dans les zones moins bocagères, les #haies ont été arrachées à coups de bulldozer, les talus arasés, et les vergers réduits à néant. C’est ce qu’on a appelé le remembrement et voici son #histoire oubliée racontée dans une #BD.

    En mai 1978, #Gildas_Le_Coënt, emprisonné neuf mois en hôpital psychiatrique, est libéré. Cette affaire marque un nouvel épisode de la bataille bretonne contre le remembrement. Elle reflète une réalité vécue par des milliers de #paysans à travers la France pendant les décennies de #modernisation_agricole. #Inès_Léraud est journaliste, et lanceuse d’alerte en 2019 face à l’omerta des algues vertes. Elle publie aujourd’hui « Champs de bataille, l’histoire enfouie du remembrement », sa deuxième BD, une enquête avec Pierre van Hove, publiée chez La Revue Dessinée et les Éditions Delcourt.
    Des blessures toujours vives dans la mémoire collective

    Les témoignages recueillis révèlent des traumatismes profonds. Comme le rapporte Jacqueline Goff née en 1953 : "Je revois l’apparition des bulldozers, ce #saccage qui détruit tout, les arbres, les talus. Ce n’était pas un remembrement, un #démembrement, c’était le #chaos." sur France Culture. Cette #mémoire douloureuse se transmet encore dans les villages, où certaines familles ne se parlent plus depuis cette époque.

    Une modernisation imposée qui a divisé les campagnes

    Le remembrement, lancé après la Seconde Guerre mondiale, visait à adapter l’#agriculture française aux enjeux de #productivité et de concurrence internationale. "C’était une #société_paysanne qui n’était pas dans une logique de l’argent" explique Inès Léraud, "il s’agissait de regrouper les #parcelles, d’arracher les #arbres, les #talus, pour avoir des champs facilement cultivables par des machines". Cette politique crée alors des tensions durables, opposant les "gagnants", appelés "profiteurs" et les "lésés" du remembrement.

    Ce qui frappe Inès Léraud et Léandre Mandard en travaillant sur le sujet du remembrement, c’est l’ampleur des #résistances et des #conflits liés à cette question. Un #mouvement_contestataire qu’on aurait difficilement imaginé vu le peu de cas qu’en ont fait les sociologues ruraux et les historiens jusque-là. "Or, dans les archives départementales, les cartons de réclamation, de recours, de lettres, de mécontentement. Il y en avait partout, dans toutes les archives départementales où je suis allée sur le territoire français. Les bulldozers du remembrement ont dû être accompagnés des forces de l’ordre pour intervenir" explique Inès Léraud.

    Un impact environnemental majeur qui persiste

    Les conséquences de cette transformation radicale des #paysages se font encore sentir aujourd’hui. "Il y a 23 000 kilomètres de haies qui disparaissent chaque année, il y en a 3 000 qui sont replantées, donc on perd 20 000 kilomètres de haies chaque année", souligne Inès Léraud. Cette destruction massive du #bocage, associée à la diminution drastique du nombre d’agriculteurs (passé de 7 millions en 1946 à 400 000 aujourd’hui), illustre l’ampleur des changements opérés. "Certains chercheurs parlent même d’#éthnocide, on a perdu 90% des paysans." explique Inès Léraud.

    https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre/la-terre-au-carre-du-mercredi-20-novembre-2024-8473983
    #bande-dessinée #résistance #paysage

  • MORTS DE LA POLLUTION : À #SAINT-NAZAIRE, L’ÉTAT COMPLICE D’UNE HÉCATOMBE

    Dans l’agglomération de Saint-Nazaire, connue pour sa construction navale, plusieurs industries se sont installées au fil des années. 6 d’entre elles sont classées #Seveso, comme l’usine d’#engrais_chimiques #Yara à #Montoir-de-Bretagne, et la #raffinerie #TotalEnergies de #Donges.
    Des industries qui produisent ou stockent des substances nocives pour l’homme et l’environnement et qui sont soumises à une réglementation particulière. Problème : depuis une dizaine d’années, de nombreux accidents y sont survenus sans que les pouvoirs publics ne réagissent à la hauteur du danger. Fuites, pannes électrique, accidents corporels, relâchement de substances nocives dans l’air et les sols…
    Alors que de récentes études montrent que le taux de cancer dans la région est bien plus élevé que dans le reste du pays, des associations de riverains et des salariés de ces usines luttent pour faire la lumière sur les causes de cette #faillite_sanitaire.

    https://video.blast-info.fr/w/oi7pzaUL6nJPCjeePVKe78 #décès #mortalité #pollution #cancers #vidéo #Bretagne #France #santé #santé_publique

  • L’industrie des demandeurs d’asile : l’exemple de #Nauru

    Je présente ici une étude passionnante de Julia Caroline Morris, Asylum and Extraction in the Republic of Nauru, Cornell University Press, 2023, qui intéressera non seulement les chercheurs en anthropologie des migrations, ceux qui travaillent sur les politiques d’internement, de déplacement et d’externalisation des réfugiés, mais aussi les amateurs de Critical Geography Studies, ou spécialistes de l’extractivisme ou de néocolonialisme.

    La République de Nauru est un État insulaire de 21 km2, situé au Nord-Ouest des îles Salomon et de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, à plus de 1000 kms tout de même, et plus loin encore des Fidji (plus au sud). C’est aussi un des États les plus densément peuplés au monde : cela peut sembler paradoxal quand on prend la mesure de son #isolement. Plus étonnant encore est la fluctuation du revenu par habitants : au milieu des années 70, le #PIB par habitant de Nauru est le second après celui de l’Arabie Saoudite. Trente années plus tard, le pays frôle la #faillite. Avant de retrouver une forme de #prospérité ces dix dernières années (bien que l’avenir demeure très incertain). Autre palmarès dans lesquels il se fait remarquer : le pays n’a quasiment aucune #autonomie_alimentaire, les terres arables ayant été rendues impropres à toute forme de culture, et les zones côtières, ainsi que le corail, ayant été pollués pour une très longue durée. Il importe donc tout ce dont il a besoin pour nourrir le population et ses taux d’#obésité et de #diabète, sont parmi les plus élevés au monde. Sans parler des autres maladies, cardio-vasculaires, affections respiratoires, dues à la toxicité de l’environnement. Et, c’est le sujet du livre de Julia Morris, ces dernières années, c’est le territoire qui compte le plus pourcentage le plus élevé de demandeurs d’asile et de réfugiés rapporté à la population totale.

    Les premiers habitants de l’île, dont il est très difficile de dater l’arrivée, des mélanésiens et des micronésiens, auxquels s’ajoutèrent probablement des voyageurs venus des côtes Philippines ou Chinoises, vécurent fort longtemps avant le débarquement des européens. Les Nauruans, organisés en douze tribus, vivaient des ressources locales, noix de coco, bananes, pandanus ou takamakas, et de poissons qu’ils pêchaient dans les lagunes. Marshall Sahlins parlerait sans doute ici de “#société_d’abondance”. La vérité c’est que nous ne savons quasiment rien de l’histoire précoloniale des Nauruans, parce que l’environnement de l’île fut totalement dévasté par l’#exploitation_industrielle du #phosphate, rendant vain le travail des archéologues.

    Approchée par les premiers européens à la toute fin du XVIIIè siècle, c’est-à-dire assez tardivement comparée aux autres territoires du Pacifique, refuge ponctuel pour des déserteurs et des contrebandiers, l’île ne fut véritablement soumise à l’emprise coloniale qu’un siècle plus tard. D’abord par les allemands, qui, “négociant” avec les autochtones, inscrivent Nauru sur la carte des flux de marchandises internationaux en commercialisant le #coprah, issu de la #noix_de_coco.

    Mais c’est la découverte d’énormes gisements de phosphates qui changera à tout jamais le destin de l’île. “Le phosphate, clé de la vie. Un miracle de la nature exploité par l’ingéniosité de l’homme pour le bénéfice de tous.” déclarait le bureau philatélique de Nauru en 1983. “Bénéfice de tous“, il faut le dire vite. L’#extraction massive du phosphate devient un enjeu pour les empires coloniaux compte tenu de l’accroissement démographique : il permet d’accroître les rendements au point qu’on peut parler, avec la découverte des #engrais phosphatés, d’une véritable #révolution_agricole, et de nourrir les populations métropolitaines. Les conséquences de ce rush colonial vers le phosphate, qui aura permis d’assurer la prospérité des nations coloniales, y compris l’Australie voisine, seront amères pour les Nauruans. Julia Morris le résume ainsi :

    “Nauru est un pays où l’industrie du phosphate et son cortège de #pollutions#déchets_toxiques, maladies respiratoires et alimentaires, #dépendance – sont palpables. Les effets de l’extraction du phosphate ne sont pas seulement ressentis par les personnes directement employées dans les champs d’extraction et les usines de traitement, comme Tony, mais s’étendent bien au-delà du point de production à forte intensité de main-d’œuvre. Depuis 1906, le #minerai_de_phosphate de Nauru est exploité et exporté vers les agriculteurs du monde entier. Paradoxalement, cela a laissé peu d’écosystèmes viables pour le développement agricole de Nauru. La richesse en phosphate aurait pu industrialiser Nauru, mais elle a laissé un cycle de dépendance à l’égard des fast-foods importés. Le système de santé de Nauru est marqué par les conséquences de l’interventionnisme colonial. Le dernier rapport publié par le ministère de la santé de Nauru (2011) indique que 77,8 % de la population de Nauru est en surpoids et que 45,6 % est obèse. En 1975, la prévalence du diabète à Nauru était de 34,4 %. Les Nauruans se classaient ainsi au deuxième rang mondial pour le taux de diabète le plus élevé jamais enregistré, tout en se plaçant au deuxième rang mondial pour le PIB par habitant, derrière l’Arabie saoudite. Aujourd’hui, le gouvernement consacrant environ 20 % de ses dépenses annuelles de santé au diabète, les chiffres ont légèrement baissé. Mais avec 30 %, Nauru conserve l’un des taux de diabète les plus élevés au monde. Ces taux sont associés à un éventail de maladies non transmissibles liées à l’alimentation, notamment les maladies cardiovasculaires, les accidents vasculaires cérébraux et les crises cardiaques. Les #cancers évitables, notamment le cancer gastro-intestinal, le cancer du col de l’utérus et le cancer du poumon, sont importants au sein de la population locale. Une espérance de vie de cinquante-cinq ans est l’un des sous-produits du changement de mode de vie de l’ère coloniale et le coût humain d’une économie basée sur l’extraction.” (Julia Morris, op. cit. p. 69-70).


    Dès le début des années 90, les réserves de phosphate s’épuisent, l’extraction, ayant creusé de plus en plus profondément les terres, laisse l’île dévastée, et la manne économique diminue drastiquement. S’ensuit une période chaotique, politiquement et socialement, où les dirigeants du pays, devenu indépendant en 1968, font le choix de transformer Nauru en #paradis_fiscal, spécialisé dans le #blanchiment_d’argent. Jusqu’au nouveau miracle, qu’on appellera la “#solution_Pacifique“, c’est-à-dire la mise en place par le gouvernement Australien d’une politique de “#remigration_offshore”, suite à l’affaire du #Tampa, un navire Norvégien qui avait recueilli 433 migrants 433 migrants afghans et irakiens en route pour l’Australie dérivant sur un bateau de pêche indonésien, migrants auxquels le gouvernement Howard refuse d’accorder l’asile. Nauru devient alors un des centres de rétention externalisée par l’Australie (avec la base navale de Lambrum à Manus en Papouasie-Nouvelle-Guinée) : avec cette nouvelle manne économique, l’argent australien contre l’internement des réfugiés “en attente d’une régularisation (très) éventuelle”, une véritable #industrie_des_réfugiés se déploie sur l’îlot. Elle se poursuit jusqu’à aujourd’hui, avec des intensités variables, quel que soit d’ailleurs la couleur politique des gouvernements Australiens (conservateurs ou travaillistes). On y construit tout un réseau d’infrastructures complexes, destinés aussi bien au contrôle et à la surveillance des réfugiés qu’à l’accueil d’une population très importante d’intervenants étrangers, chargés de la logistique et de la #militarisation de l’île, mais aussi des avocats, des médecins, des officiels australiens, des interprètes et de nombreux experts envoyés par les ONG.

    La plupart des études portant sur les zones d’internement des migrants, par exemple en Méditerranée, portent sur les conditions d’existence des réfugiés. Plus rarement sur les acteurs institutionnels de ce qu’on peut appeler une véritable industrie de la re-migration offshore. Mais on oublie souvent de s’intéresser aux populations autochtones qui habitent les territoires où sont édifiés les infrastructures de l’internement. En donnant alternativement la parole aux trois groupes d’acteurs directement engagés dans cette société organisée autour de l’industrie des réfugiés, les réfugiés et demandeurs d’asile mais aussi les travailleurs de cette industrie, et surtout les Nauruans eux-mêmes, Julia Morris échappe à l’attraction des narratifs du gouvernement australien tout autant qu’aux récits sensationnalistes qui critiquent ces politiques de répudiation offshore en invoquant la figure racisée du Nauruan “sauvage, barbare, cruel, intéressé” (cet argument qui critique la relégation des migrants dans des pays tiers, en dénonçant la barbarie et l’inhumanité des hôtes autochtones, se retrouve actuellement par exemple en Grande-Bretagne, autour du projet de remigration offshore au Rwanda)

    C’est l’immense mérite du livre décapant de Julia Morris, qui n’épargne pas les discours “humanistes” des opposants à ces politiques d’internement offshore (notamment dans la gauche Australienne), de donner la parole aux Nauruans eux-mêmes, piégés dans ces récits produits par l’imaginaire politique occidental.

    https://outsiderland.com/danahilliot/lindustrie-des-demandeurs-dasile-lexemple-de-nauru
    #Australie #externalisation #asile #réfugiés #migrations #extractiviste #industrie_agro-alimentaire #pacific_solution

    ping @karine4

    • Asylum and Extraction in the Republic of Nauru

      Asylum and Extraction in the Republic of Nauru provides an extraordinary glimpse into the remote and difficult-to-access island of Nauru, exploring the realities of Nauru’s offshore asylum arrangement and its impact on islanders, workforces, and migrant populations. Drawing on extensive fieldwork in Nauru, Australia, and Geneva, as well as a deep dive into the British Phosphate Commission archives, Julia Caroline Morris charts the island’s colonial connection to phosphate through to a new industrial sector in asylum. She explores how this extractive industry is peopled by an ever-shifting cast of refugee lawyers, social workers, clinicians, policy makers, and academics globally and how the very structures of Nauru’s colonial phosphate industry and the legacy of the “phosphateer” era made it easy for a new human extractive sector to take root on the island.

      By detailing the making of and social life of Nauru’s asylum system, Morris shows the institutional fabric, discourses, and rhetoric that inform the governance of migration around the world. As similar practices of offshoring and outsourcing asylum have become popular worldwide, they are enabled by the mobile labor and expertise of transnational refugee industry workers who carry out the necessary daily operations. Asylum and Extraction in the Republic of Nauru goes behind the scenes to shed light on the everyday running of the offshore asylum industry in Nauru and uncover what really happens underneath the headlines. Morris illuminates how refugee rights activism and #RefugeesWelcome-style movements are caught up in the hardening of border enforcement operations worldwide, calling for freedom of movement that goes beyond adjudicating hierarchies of suffering.

      https://www.cornellpress.cornell.edu/book/9781501765841/asylum-and-extraction-in-the-republic-of-nauru

      #livre

  • Demain, une Europe agroécologique. Se nourrir sans #pesticides, faire revivre la #biodiversité

    Le temps est venu pour l’agroécologie de changer d’échelle : une production intégralement agroécologique, exempte de pesticides et d ’engrais de synthèse, est aujourd’hui envisageable à travers toute l’Europe. Au cœur de ce modèle porté par une nouvelle génération d’agriculteurs et d’agronomes : la disparition de l’élevage industriel qui rend possible l’autonomie fourragère et améliore la contribution de l’Europe aux équilibres alimentaires mondiaux. Loin d’être réservée à quelques fermes pionnières, l’agroécologie peut transformer en profondeur nos #paysages pour le plus grand bénéfice du climat, de notre santé ainsi que celle de la #faune et de la #flore. Appuyant son propos sur une modélisation quantifiée, cet ouvrage explore également les modes d’#organisation_sociale et économique et les #choix_politiques qui peuvent rendre ce #scénario plausible et désirable.
    On a dix ans pour lancer l’Europe sur les rails de l’agroécologie afin qu’en 2050 l’hypothèse devienne réalité.

    https://www.actes-sud.fr/catalogue/sciences-humaines-et-sociales-sciences/demain-une-europe-agroecologique

    #agriculture_biologique #agroécologie #livre #Xavier_POUX

  • Ces géants qui dominent le commerce agricole mondial

    En quelques décennies, une toute petite poignée d’acteurs a pris le contrôle du commerce mondial agricole, des #terres à la #finance. C’est le constat dressé par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement. Peut-on laisser à quelques groupes le destin de la sécurité alimentaire mondiale ?

    C’est un #oligopole dont on ne sait presque rien, parfois même pas son nom. Une poignée d’acteurs inconnus du grand public dominent le #commerce_mondial agroalimentaire. Mais ils font tout pour se faire oublier et cacher les empires qu’ils ont construits au fil des ans, ainsi que l’emprise qu’ils ont conquise sur le monde.

    La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) a dénombré quatorze grands groupes régnant sur ce secteur. À eux seuls, les quatre premiers – #Cargill, #Archer_Daniels_Midland, #Bunge, #Louis_Dreyfus – contrôlent quelque 70 % du marché agricole mondial, selon ses estimations.

    L’envolée des #prix alimentaires partout dans le monde, nourrissant une #inflation planétaire mais aussi des pénuries et des risques aggravés de #crise_alimentaire dans les pays les plus pauvres, a amené l’institution internationale à se pencher longuement dans son dernier rapport annuel sur le rôle exercé par ces géants de l’#agrobusiness dans cette période. Il paraît écrasant.

    Si les superprofits des pétroliers ont été au cœur de toutes les discussions, ceux des géants de l’agrobusiness sont passés inaperçus. Pourtant, ils ont été les autres grands gagnants de la succession de crises (sortie de la pandémie, guerre en Ukraine, tensions géopolitiques) qui se sont enchaînées à un rythme effréné au cours des quatre dernières années.

    Celles-ci se sont traduites par une volatilité inédite du cours de toutes les matières premières agricoles (#blé, #soja, #maïs, #tournesol, #riz, #sucre, #café, #cacao) dont ces grands groupes ont su tirer parti au mieux de leurs intérêts. En 2022, Cargill, Archer Daniels Midland, Bunge et Louis Dreyfus ont réalisé un bénéfice cumulé de plus de 17 milliards de dollars, soit près du triple de leurs résultats de 2020. « Les #bénéfices totaux des neuf grandes sociétés d’#engrais au cours des cinq dernières années sont passés d’une moyenne d’environ 14 milliards de dollars avant la pandémie, à 28 milliards de dollars en 2021, puis au chiffre incroyable de 49 milliards de dollars en 2022 », ajoute le rapport de la #Cnuced.

    Les tensions sur les matières premières agricoles se sont un peu dissipées en 2023. Mais l’été dernier, comme le rappelle la Cnuced, « le prix du blé restait deux fois supérieur au cours d’avant la pandémie ». Cela est vrai pour pratiquement tous les prix agricoles, sans parler des cas spécifiques comme le cacao ou le café, qui atteignent actuellement des cours stratosphériques. Penser que des prix agricoles élevés profitent aux producteurs, « c’est ignorer le rôle majeur joué par ces groupes internationaux d’agrobusiness qui contrôlent nombre de liens dans la chaîne de valeur mondiale et dans la dynamique de la formation des prix du système mondial alimentaire », insiste l’institution des Nations unies.

    De ces groupes, on ne sait pratiquement rien. Sur les quatorze groupes repérés comme les plus importants par la Cnuced, « huit seulement sont cotés en bourse et publient leurs comptes », souligne le rapport. Tous les autres prospèrent à l’abri des regards. Jouant des frontières et des gouvernements, tous cultivent l’opacité, utilisent les failles et les porosités du système pour évoluer dans une totale impunité.

    Souvent partis du négoce, ils n’ont cessé d’étendre leur emprise, prenant le contrôle d’usines de transformation, de capacités de stockage, de compagnies de transport. Puis ils ont mis la main sur les semences et les engrais, avant de devenir de gigantesques propriétaires fonciers. Ils contrôlent désormais des centaines de milliers d’hectares en Ukraine, au Brésil, en Argentine, en Australie, au Canada. En un mot, dans tous les grands pays agricoles où ils peuvent pratiquer des cultures intensives à échelle industrielle, en pratiquant des déforestations massives, s’il le faut.

    Ils sont en position de dicter leurs conditions aux producteurs locaux et aux gouvernements, d’influencer les modes d’alimentation de toute la planète. Demain, ils n’hésiteront pas à mettre en danger les approvisionnements mondiaux, beaucoup étant prêts à troquer la production alimentaire pour celle d’agrocarburants, estimée beaucoup plus rémunératrice.

    Au cours de décennies de fusions et d’acquisitions, « de tels groupes ont pu étendre leur influence de haut en bas de la chaîne d’approvisionnement, tout en amassant d’énormes quantités de données de marché. Si une poignée de sociétés continue de détenir un pouvoir démesuré sur les systèmes alimentaires mondiaux, toute politique visant à atténuer les effets à court terme de la flambée des prix alimentaires sera vaine à long terme », prévient la Cnuced.
    Dans les pas de la finance de l’ombre

    Car un autre changement majeur est intervenu au cours des quinze dernières années, qui n’a pas été suffisamment analysé, selon le rapport : ces géants de l’agrobusiness ont non seulement changé de dimension, mais aussi de nature. Ils sont devenus des acteurs financiers à part entière – le manque de régulation sur les marchés des matières premières leur permettant d’exercer un pouvoir déterminant sur les cours et dans la formation des prix.

    Parce que les marchés agricoles sont par nature chaotiques, que les lois de l’offre et de la demande ne s’appliquent pas conformément aux théories classiques, ils ont toujours été très liés à la finance et à la spéculation. Ce sont ces marchés qui, les premiers, ont élaboré et mis en œuvre les produits dérivés financiers, négociés de gré à gré (over the counter – OTC) afin de couvrir les risques de fluctuation des prix à court, moyen et long terme.

    Mais à partir des années 1980, de nouveaux acteurs sont entrés dans le jeu : des banques et surtout nombre d’acteurs de la finance de l’ombre (hedge funds, fonds d’investissement, gestionnaires d’actifs, etc.) sont entrés sur ces marchés. Profitant de la déréglementation des marchés agricoles, ils ont investi les lieux, développé des produits dérivés financiers de plus en plus sophistiqués, ne s’appuyant plus du tout sur des contreparties physiques, et alimentant la spéculation.

    Depuis la crise de 2008, la situation a encore évolué. Les grandes sociétés de négoce ont mis leur pas dans ceux de la finance de l’ombre, allant bien au-delà de la couverture de leurs risques. Ayant à leur disposition des informations de marché que les autres n’avaient pas, elles se sont vite imposées comme des acteurs incontournables.

    « Dans ce contexte, les très grands groupes internationaux de négoce en sont arrivés à occuper une position privilégiée, en termes de fixation des prix, accédant aux financements et participant directement aux marchés financiers, affirme encore le rapport de la Cnuced. Cela a permis non seulement des opérations spéculatives sur les plateformes organisées, mais aussi un volume grandissant de transactions entre individus ou de gré à gré sur lesquelles la plupart des gouvernements des pays avancés n’ont aucune autorité ou contrôle. »
    Démultiplications spéculatives

    Les dernières années de tensions et de risques de pénuries sur les marchés agricoles ont décuplé les appétits, poussés par l’appât du gain. Selon les chiffres publiés par la Banque des règlements internationaux, le montant total des dérivés négociés de gré à gré sur les produits agricoles, l’énergie et les métaux, a atteint un pic de 886 milliards de dollars à la mi-2022, contre une moyenne de 200 milliards de dollars avant 2020. La valeur notionnelle de ces contrats représentait alors plus de 2 000 milliards de dollars.

    L’ampleur de ces sommes illustre la puissance déstabilisatrice de la finance sur ces marchés essentiels. Tous ont empoché des milliards de superprofits au détriment des populations mondiales. Une étude récente de la Société générale indique que le groupe des dix principaux fonds « dynamiques » avait réalisé un profit de 1,9 milliard de dollars sur des contrats de blé, de maïs et de soja, au début de la guerre en Ukraine, quand les cours des produits agricoles s’envolaient, après avoir perdu de l’argent sur les mêmes contrats dans les périodes précédentes.

    Dans quelle mesure les grands groupes qui contrôlent les échanges mondiaux agricoles ont-ils utilisé leur énorme pouvoir de marché pour pousser la spéculation et augmenter leurs profits ? La Cnuced est incapable de le dire. L’opacité qui règne sur ces marchés, le manque de données fiables et l’absence de régulation et de contrôle empêchent d’avoir une vision précise sur ce qu’il se passe.

    Pour la Cnuced, cependant, le fait qu’une poignée de grands groupes ait acquis une telle taille et une telle importance sur les marchés agricoles, possédant à la fois les données essentielles et des moyens financiers immenses, des instruments financiers négociés dans l’ombre, hors du regard de tout régulateur, laisse la porte ouverte à toutes les manipulations et à toutes les manœuvres.

    La faillite de la régulation

    « Les failles dans les systèmes de régulation n’ont cessé de s’élargir », note le rapport, et d’être mises à profit par les grands groupes de négoce et les traders de matières premières. Toutes les tentatives pour apporter de la lumière sur ces marchés et renforcer la réglementation ont jusqu’à présent échoué. Les réglementations restent parcellaires, multiples, changeant souvent d’une frontière à l’autre.

    Lors de la crise financière de 2008, les législateurs se sont bien gardés de toucher aux marchés de matières premières et à la finance de l’ombre, estimant qu’ils ne représentaient que des risques subalternes. De même, rien n’a été fait pour rapprocher les activités sur les marchés de matières premières et celles sur les marchés financiers, les régulateurs estimant qu’il s’agissait de deux mondes séparés.

    Les activités des grands groupes de négoce démontrent désormais que ces deux sphères sont devenues intrinsèquement liées, les opérations financières venant en soutien – en vue souvent de maximiser les profits – des échanges agricoles. « Le profit n’est pas limité à un secteur spécifique mais est spécifique à des firmes particulières. Il est possible que des profits excessifs puissent être liés à une concentration, qui ne bénéficie seulement qu’à quelques acteurs mondiaux du secteur », écrit par euphémisme le rapport.

    La Cnuced estime qu’il est plus que temps de prendre acte de la défaillance des régulations actuelles, compte tenu des risques sous-jacents, menaçant aussi bien la sécurité alimentaire mondiale que la stabilité de la planète financière. Elle propose de multiples axes de réformes. Les uns portant sur la transparence et la limitation et le contrôle des instruments financiers, sur l’instauration d’une régulation mondial, les autres sur l’application renforcée des lois antitrusts : le commerce mondial alimentaire ne pouvant être laissé aux mains d’un oligopole qui agit dans son seul intérêt.

    https://www.mediapart.fr/journal/international/090424/ces-geants-qui-dominent-le-commerce-agricole-mondial
    #agriculture #industrie_agro-alimentaire #business #financiarisation #régulation

  • « Le dispositif de récupération des biodéchets est un miroir aux alouettes », Sabine Barles, urbaniste

    Jusqu’au tournant du XXe siècle, le mot « déchet » n’est pas employé pour désigner les matières organiques, tout simplement parce que ces résidus – épluchures, os, excréments… – sont considérés comme très utiles, notamment pour l’agriculture, où ils servent d’engrais. On les appelle boues, ordures (du latin horridus, qui veut dire « horrible »), ou immondices (du latin immunditia, « saleté »), ce qui n’empêche pas de les valoriser.

    Le mot déchet (qui vient du verbe choir) désigne, au contraire, ce qu’on n’utilise pas dans la fabrication ou la transformation d’un objet, comme les chutes de tissu lors de la confection d’un vêtement.

    [...]

    Depuis le 1er janvier, les collectivités doivent organiser le tri à la source des déchets organiques. Cette mesure marque-t-elle une étape dans ce nouveau récit ?

    A première vue, récupérer les matières organiques semble être une mesure positive. Mais au-delà même des difficultés de faisabilité, le dispositif est un miroir aux alouettes, une façon de nous laisser croire qu’on agit sans aborder les problèmes de fond. Pour que cette collecte soit vraiment utile, il ne suffit pas de déposer un bac et d’organiser une tournée supplémentaire. Il faut un objectif.

    Les #villes concentrent un gisement d’#engrais qui, si on le mobilise, peut contribuer à la nécessaire transformation de l’#agriculture et à la sortie des engrais industriels, à la fois à l’échelle locale pour développer l’agriculture urbaine, mais aussi plus largement à l’échelle régionale. Car il n’existe pas de ville autarcique, c’est une illusion. Chacune entretient des liens avec des territoires qui l’approvisionnent et qu’elle peut approvisionner. Et il est logique et nécessaire que les villes rendent à la #campagne ce qu’elles lui prennent, comme elles l’ont fait jusqu’au début du XXe siècle.

    Malheureusement, la question de cette complémentarité entre la ville et la campagne n’est pas abordée aujourd’hui. Pourtant, l’agriculture n’est jamais très loin de la ville. L’objectif n’est pas que le compost fasse des milliers de kilomètres, mais il peut en parcourir dix à vingt.

    Pour une région comme l’Ile-de-France et le bassin de la Seine, où plus de 40 % de l’espace est agricole, la récupération des fertilisants urbains permettrait, avec la généralisation d’un système de #polyculture et d’élevage biologique, de sortir des engrais industriels. On sait que cela fonctionne, mais ce n’est pas à l’agenda politique.

    Quels sont les principaux freins à de tels changements ?

    La valorisation agricole des #biodéchets se heurte à plusieurs obstacles : la production d’#énergie continue d’avoir la faveur de nombreuses collectivités, qui sont aussi souvent dépendantes des filières existantes. Ces filières nécessitent des équipements lourds – la massification entraînant des économies d’échelle – qui doivent être nourris en permanence. C’est le cas de l’#incinération, qui s’est considérablement développée depuis les années 1970 et permet la production de chaleur. Les villes équipées n’ont aucun intérêt à priver leurs incinérateurs de #déchets.

    Dans d’autres cas, la #méthanisation, qui consiste à dégrader les matières organiques par l’action de bactéries pour produire du biogaz, vient directement concurrencer le compostage des biodéchets. Or, ce procédé ne produit qu’une quantité limitée d’énergie et conduit à la perte d’une matière organique qui serait bien plus utile à l’agriculture. La priorité de l’utilisation agricole par rapport à la valorisation énergétique est pourtant inscrite depuis 2008 dans la hiérarchie officielle des traitements des déchets.

    Que faudrait-il faire pour aller plus loin ?

    Outre la mise en place d’une filière structurée de valorisation agricole, le plus urgent est aujourd’hui de diminuer les quantités de biodéchets. De 20 % à 30 % des produits alimentaires sont perdus à différents niveaux de la chaîne : une partie non négligeable du gaspillage intervient dans la sphère domestique et les services de restauration collective, mais beaucoup de pertes ont lieu plus en amont. Il serait nécessaire d’engager une réflexion sur l’ensemble du système #agri-alimentaire, ce qui n’est pas du ressort des collectivités qui gèrent les déchets.

    Le #recyclage, présenté comme l’alpha et l’oméga de la croissance verte, est une mauvaise réponse s’il est pensé en bout de chaîne, comme c’est le cas aujourd’hui. Une vraie stratégie de sobriété énergétique et matérielle suppose des implications économiques et politiques autrement importantes et une transformation profonde de la société. On en est encore loin.
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/01/04/sabine-barles-urbaniste-le-dispositif-de-recuperation-des-biodechets-est-un-

    https://justpaste.it/fthlb

    #histoire #écologie

  • #Productivisme et destruction de l’#environnement : #FNSEA et #gouvernement marchent sur la tête

    Répondre à la #détresse des #agriculteurs et agricultrices est compatible avec le respect de l’environnement et de la #santé_publique, expliquent, dans cette tribune à « l’Obs », les Scientifiques en rébellion, à condition de rejeter les mesures productivistes et rétrogrades du duo FNSEA-gouvernement.

    La #crise de l’agriculture brasse croyances, savoirs, opinions, émotions. Elle ne peut laisser quiconque insensible tant elle renvoie à l’un de nos #besoins_fondamentaux – se nourrir – et témoigne du #désarroi profond d’une partie de nos concitoyen·nes qui travaillent pour satisfaire ce besoin. Reconnaître la #souffrance et le désarroi du #monde_agricole n’empêche pas d’examiner les faits et de tenter de démêler les #responsabilités dans la situation actuelle. Une partie de son #traitement_médiatique tend à faire croire que les agriculteurs et agricultrices parleraient d’une seule voix, celle du président agro-businessman de la FNSEA #Arnaud_Rousseau. Ce directeur de multinationale, administrateur de holding, partage-t-il vraiment la vie de celles et ceux qui ne parviennent plus à gagner la leur par le travail de la terre ? Est-ce que les agriculteur·ices formeraient un corps uniforme, qui valoriserait le productivisme au mépris des #enjeux_environnementaux qu’ils et elles ne comprendraient soi-disant pas ? Tout cela est difficile à croire.

    Ce que la science documente et analyse invariablement, en complément des savoirs et des observations de nombre d’agriculteur·ices, c’est que le #modèle_agricole industriel et productiviste conduit à une #catastrophe sociale et environnementale. Que ce modèle concurrence dangereusement les #alternatives écologiquement et socialement viables. Que cette agriculture ne s’adaptera pas indéfiniment à un environnement profondément dégradé. Qu’elle ne s’adaptera pas à un #réchauffement_climatique de +4 °C pour la France et une ressource en #eau fortement diminuée, pas plus qu’à une disparition des #insectes_pollinisateurs.

    Actuellement, comme le rappelle le Haut Conseil pour le Climat (HCC), l’agriculture représente le deuxième secteur d’émissions de #gaz_à_effet_de_serre, avec 18 % du total français, derrière les transports. La moitié de ces émissions agricoles (en équivalent CO2) provient de l’#élevage_bovin à cause du #méthane produit par leur digestion, 14 % des #engrais_minéraux qui libèrent du #protoxyde_d’azote et 13 % de l’ensemble des #moteurs, #engins et #chaudières_agricoles. Le HCC rappelle aussi que la France s’est engagée lors de la COP26 à baisser de 30 % ses émissions de méthane d’ici à 2030, pour limiter le réchauffement climatique. L’agriculture, bien que répondant à un besoin fondamental, doit aussi revoir son modèle dominant pour répondre aux enjeux climatiques. De ce point de vue, ce qu’indique la science, c’est que, si l’on souhaite faire notre part dans le respect de l’accord de Paris, la consommation de #viande et de #produits_laitiers doit diminuer en France. Mais la solidarité avec nos agriculteur.ices ainsi que l’objectif légitime de souveraineté et #résilience_alimentaire nous indiquent que ce sont les importations et les élevages intensifs de ruminants qui devraient diminuer en premier.

    Côté #biodiversité, la littérature scientifique montre que l’usage des #pesticides est la deuxième cause de l’effondrement des populations d’#insectes, qui atteint 80 % dans certaines régions françaises. Les #oiseaux sont en déclin global de 25 % en quarante ans, mais ce chiffre bondit à 60 % en milieux agricoles intensifs : le printemps est devenu particulièrement silencieux dans certains champs…

    D’autres voies sont possibles

    Le paradoxe est que ces bouleversements environnementaux menacent particulièrement les agriculteur·ices, pour au moins trois raisons bien identifiées. Tout d’abord environnementale, à cause du manque d’eau, de la dégradation des sols, des événements météorologiques extrêmes (incendies ou grêles), ou du déclin des insectes pollinisateurs, qui se traduisent par une baisse de production. Sanitaires, ensuite : par leur exposition aux #produits_phytosanitaires, ils et elles ont plus de risque de développer des #cancers (myélome multiple, lymphome) et des #maladies_dégénératives. Financière enfin, avec l’interminable fuite en avant du #surendettement, provoqué par la nécessité d’actualiser un équipement toujours plus performant et d’acheter des #intrants pour pallier les baisses de production engendrées par la dégradation environnementale.

    Depuis des décennies, les #traités_de_libre-échange et la compétition intra-européenne ont privé la grande majorité des agriculteur·ices de leur #autonomie, dans un cercle vicieux aux répercussions sociales tragiques pouvant mener au #suicide. Si la FNSEA, les #JA, ou la #Coordination_rurale réclament une forme de #protectionnisme_agricole, d’autres de leurs revendications portent en revanche sur une baisse des #contraintes_environnementales et sanitaires qui font porter le risque de la poursuite d’un modèle délétère sur le long terme. Ce sont justement ces revendications que le gouvernement a satisfaites avec, en particulier, la « suspension » du #plan_Ecophyto, accueilli par un satisfecit de ces trois organisations syndicales rappelant immédiatement « leurs » agriculteurs à la ferme. Seule la #Confédération_paysanne refuse ce compromis construit au détriment de l’#écologie.

    Pourtant, des pratiques et des modèles alternatifs existent, réduisant significativement les émissions de gaz à effet de serre et préservant la biodiversité ; ils sont déjà mis en œuvre par des agriculteur·ices qui prouvent chaque jour que d’autres voies sont possibles. Mais ces alternatives ont besoin d’une réorientation des #politiques_publiques (qui contribuent aujourd’hui pour 80 % au #revenu_agricole). Des propositions cohérentes de politiques publiques répondant à des enjeux clés (#rémunération digne des agriculteur·ices non soumis aux trusts’de la grande distribution, souveraineté alimentaire, considérations climatiques et protection de la biodiversité) existent, comme les propositions relevant de l’#agroécologie, qu’elles émanent du Haut Conseil pour le Climat, de la fédération associative Pour une autre PAC, de l’IDDRI, ou encore de la prospective INRAE de 2023 : baisse de l’#élevage_industriel et du cheptel notamment bovin avec soutien à l’#élevage_extensif à l’herbe, généralisation des pratiques agro-écologiques et biologiques basées sur la valorisation de la biodiversité (cultures associées, #agro-foresterie, restauration des #haies favorisant la maîtrise des bio-agresseurs) et arrêt des #pesticides_chimiques_de_synthèse. Ces changements de pratiques doivent être accompagnés de mesures économiques et politiques permettant d’assurer le #revenu des agriculteur·ices, leur #accès_à_la_terre et leur #formation, en cohérence avec ce que proposent des syndicats, des associations ou des réseaux (Confédération paysanne, Atelier paysan, Terre de liens, Fédérations nationale et régionales d’Agriculture biologique, Réseau salariat, …).

    Nous savons donc que les politiques qui maintiennent le #modèle_agro-industriel sous perfusion ne font qu’empirer les choses et qu’une réorientation complète est nécessaire et possible pour la #survie, la #dignité, la #santé et l’#emploi des agriculteur·ices. Nombre d’enquêtes sociologiques indiquent qu’une bonne partie d’entre elles et eux le savent très bien, et que leur détresse témoigne aussi de ce #conflit_interne entre le modèle productiviste qui les emprisonne et la nécessité de préserver l’environnement.

    Une #convention_citoyenne

    Si le gouvernement convient que « les premières victimes du dérèglement climatique sont les agriculteurs », les mesures prises démontrent que la priorité gouvernementale est de sanctuariser le modèle agro-industriel. La remise en cause du plan Ecophyto, et la reprise en main de l’#Anses notamment, sont en totale contradiction avec l’urgence de s’attaquer à la dégradation environnementale couplée à celle des #conditions_de_vie et de travail des agriculteur·ices. Nous appelons les citoyen·nes et les agriculteur·rices à soutenir les changements de politique qui iraient réellement dans l’intérêt général, du climat, de la biodiversité. Nous rappelons que le sujet de l’agriculture et de l’#alimentation est d’une redoutable complexité, et qu’identifier les mesures les plus pertinentes devrait être réalisé collectivement et démocratiquement. Ces mesures devraient privilégier l’intérêt général et à long-terme, par exemple dans le cadre de conventions citoyennes dont les conclusions seraient réellement traduites dans la législation, a contrario a contrario de la précédente convention citoyenne pour le climat.

    https://www.nouvelobs.com/opinions/20240203.OBS84041/tribune-productivisme-et-destruction-de-l-environnement-fnsea-et-gouverne
    #tribune #scientifiques_en_rébellion #agriculture #souveraineté_alimentaire #industrie_agro-alimentaire

  • Céréales, légumes... Les Français surexposés au cadmium
    https://reporterre.net/Cereales-legumes-Les-Francais-surexposes-au-cadmium

    Ça continue

    Or, les Français sont surexposés au #cadmium, avertit #Santé Environnement France. L’association s’appuie sur deux études de Santé publique France, la première réalisée en 2006-2007 et l’autre entre 2014 et 2016. L’agence nationale démontre qu’entre les deux, l’imprégnation moyenne au cadmium a bondi de 75 % chez les adultes français. Cette surimprégnation concerne près d’1 adulte sur 2, selon l’association. Plus inquiétant encore, 18 % des enfants dépassent les seuils définis par l’Agence nationale de sécurité sanitaire et alimentaire nationale (Anses), notamment ceux qui mangent des céréales au petit-déjeuner.

    Pour réduire les conséquences sur notre santé, le ministère de l’Agriculture a proposé fin novembre de réduire la teneur en cadmium de 60 à 40 mg par kilo dans les #engrais. Toutefois, cette baisse reste insuffisante pour les autorités sanitaires, qui recommandent pas plus de 20 mg par kilo.

    #agro-industrie

  • #José_Vieira : « La #mémoire des résistances face à l’accaparement des terres a été peu transmise »

    Dans « #Territórios_ocupados », José Vieira revient sur l’#expropriation en #1941 des paysans portugais de leurs #terres_communales pour y planter des #forêts. Cet épisode explique les #mégafeux qui ravagent le pays et résonne avec les #luttes pour la défense des #biens_communs.

    Né au Portugal en 1957 et arrivé enfant en France à l’âge de 7 ans, José Vieira réalise depuis plus de trente ans des documentaires qui racontent une histoire populaire de l’immigration portugaise.

    Bien loin du mythe des Portugais·es qui se seraient « intégré·es » sans le moindre problème en France a contrario d’autres populations, José Vieira s’est attaché à démontrer comment l’#immigration_portugaise a été un #exode violent – voir notamment La Photo déchirée (2001) ou Souvenirs d’un futur radieux (2014) –, synonyme d’un impossible retour.

    Dans son nouveau documentaire, Territórios ocupados, diffusé sur Mediapart, José Vieira a posé sa caméra dans les #montagnes du #Caramulo, au centre du #Portugal, afin de déterrer une histoire oubliée de la #mémoire_collective rurale du pays. Celle de l’expropriation en 1941, par l’État salazariste, de milliers de paysans et de paysannes de leurs terres communales – #baldios en portugais.

    Cette #violence étatique a été opérée au nom d’un vaste #projet_industriel : planter des forêts pour développer économiquement ces #territoires_ruraux et, par le même geste, « civiliser » les villageois et villageoises des #montagnes, encore rétifs au #salariat et à l’ordre social réactionnaire de #Salazar. Un épisode qui résonne aujourd’hui avec les politiques libérales des États qui aident les intérêts privés à accaparer les biens communs.

    Mediapart : Comment avez-vous découvert cette histoire oubliée de l’expropriation des terres communales ou « baldios » au Portugal ?

    José Vieira : Complètement par hasard. J’étais en train de filmer Le pain que le diable a pétri (2012, Zeugma Films) sur les habitants des montagnes au Portugal qui sont partis après-guerre travailler dans les usines à Lisbonne.

    Je demandais à un vieux qui est resté au village, António, quelle était la définition d’un baldio – on voit cet extrait dans le documentaire, où il parle d’un lieu où tout le monde peut aller pour récolter du bois, faire pâturer ses bêtes, etc. Puis il me sort soudain : « Sauf que l’État a occupé tous les baldios, c’était juste avant que je parte au service militaire. »

    J’étais estomaqué, je voulais en savoir plus mais impossible, car dans la foulée, il m’a envoyé baladé en râlant : « De toute façon, je ne te supporte pas aujourd’hui. »

    Qu’avez-vous fait alors ?

    J’ai commencé à fouiller sur Internet et j’ai eu la chance de tomber sur une étude parue dans la revue de sociologie portugaise Análise Social, qui raconte comment dans les années 1940 l’État salazariste avait pour projet initial de boiser 500 000 hectares de biens communaux en expropriant les usagers de ces terres.

    Je devais ensuite trouver des éléments d’histoire locale, dans la Serra do Caramulo, dont je suis originaire. J’ai passé un temps fou le nez dans les archives du journal local, qui était bien sûr à l’époque entièrement dévoué au régime.

    Après la publication de l’avis à la population que les baldios seront expropriés au profit de la plantation de forêts, plus aucune mention des communaux n’apparaît dans la presse. Mais rapidement, des correspondants locaux et des éditorialistes vont s’apercevoir qu’il existe dans ce territoire un malaise, qu’Untel abandonne sa ferme faute de pâturage ou que d’autres partent en ville. En somme, que sans les baldios, les gens ne s’en sortent plus.

    Comment sont perçus les communaux par les tenants du salazarisme ?

    Les ingénieurs forestiers décrivent les paysans de ces territoires comme des « primitifs » qu’il faut « civiliser ». Ils se voient comme des missionnaires du progrès et dénoncent l’oisiveté de ces montagnards peu enclins au salariat.

    À Lisbonne, j’ai trouvé aussi une archive qui parle des baldios comme étant une source de perversion, de mœurs légères qui conduisent à des enfants illégitimes dans des coins où « les familles vivent presque sans travailler ». Un crime dans un régime où le travail est élevé au rang de valeur suprême.

    On retrouve tous ces différents motifs dans le fameux Portrait du colonisé d’Albert Memmi (1957). Car il y a de la part du régime un vrai discours de colonisateur vis-à-vis de ces régions montagneuses où l’État et la religion ont encore peu de prise sur les habitants.

    En somme, l’État salazariste veut faire entrer ces Portugais reculés dans la modernité.

    Il y a eu des résistances face à ces expropriations ?

    Les villageois vont être embauchés pour boiser les baldios. Sauf qu’après avoir semé les pins, il faut attendre vingt ans pour que la forêt pousse.

    Il y a eu alors quelques histoires d’arrachage clandestin d’arbres. Et je raconte dans le film comment une incartade avec un garde forestier a failli virer au drame à cause d’une balle perdue – je rappelle qu’on est alors sous la chape de plomb du salazarisme. D’autres habitants ont aussi tabassé deux gardes forestiers à la sortie d’un bar et leur ont piqué leurs flingues.

    Mais la mémoire de ces résistances a peu été transmise. Aujourd’hui, avec l’émigration, il ne reste plus rien de cette mémoire collective, la plupart des vieux et vieilles que j’ai filmés dans ce documentaire sont déjà morts.

    Comment justement avez-vous travaillé pour ce documentaire ?

    Quand António me raconte cette histoire d’expropriation des baldios par l’État, c’était en 2010 et je tournais un documentaire, Souvenirs d’un futur radieux. Puis lorsqu’en 2014 un premier incendie a calciné le paysage forestier, je me suis dit qu’il fallait que je m’y mette.

    J’ai travaillé doucement, pendant trois ans, sans savoir où j’allais réellement. J’ai filmé un village situé à 15 kilomètres de là où je suis né. J’ai fait le choix d’y suivre des gens qui subsistent encore en pratiquant une agriculture traditionnelle, avec des outils de travail séculaires, comme la roue celte. Ils ont les mêmes pratiques que dans les années 1940, et qui sont respectueuses de l’écosystème, de la ressource en eau, de la terre.

    Vous vous êtes aussi attaché à retracer tel un historien cet épisode de boisement à marche forcée...

    Cette utopie industrialiste date du XIXe siècle, des ingénieurs forestiers parlant déjà de vouloir récupérer ces « terres de personne ». Puis sous Salazar, dans les années 1930, il y a eu un débat intense au sein du régime entre agrairistes et industrialistes. Pour les premiers, boiser ne va pas être rentable et les baldios sont vitaux aux paysans. Pour les seconds, le pays a besoin de l’industrie du bois pour décoller économiquement, et il manque de bras dans les villes pour travailler dans les usines.

    Le pouvoir central a alors même créé un organisme étatique, la Junte de colonisation interne, qui va recenser les baldios et proposer d’installer des personnes en leur donnant à cultiver des terres communales – des colonies de repeuplement pour résumer.

    Finalement, l’industrie du bois et de la cellulose l’a emporté. La loi de boisement des baldios est votée en 1938 et c’est en novembre 1941 que ça va commencer à se mettre en place sur le terrain.

    Une enquête publique a été réalisée, où tout le monde localement s’est prononcé contre. Et comme pour les enquêtes aujourd’hui en France, ils se sont arrangés pour dire que les habitants étaient d’accord.

    Qu’en est-il aujourd’hui de ces forêts ? Subsiste-t-il encore des « baldios » ?

    Les pinèdes sont exploitées par des boîtes privées qui font travailler des prolos qui galèrent en bossant dur. Mais beaucoup de ces forêts ont brûlé ces dernière décennies, notamment lors de la grande vague d’incendies au Portugal de 2017, où des gens du village où je filmais ont failli périr.

    Les feux ont dévoilé les paysages de pierre qu’on voyait auparavant sur les photos d’archives du territoire, avant que des pins de 30 mètres de haut ne bouchent le paysage.

    Quant aux baldios restants, ils sont loués à des entreprises de cellulose qui y plantent de l’eucalyptus. D’autres servent à faire des parcs d’éoliennes. Toutes les lois promues par les différents gouvernements à travers l’histoire du Portugal vont dans le même sens : privatiser les baldios alors que ces gens ont géré pendant des siècles ces espaces de façon collective et très intelligente.

    J’ai fait ce film avec en tête les forêts au Brésil gérées par les peuples autochtones depuis des siècles, TotalEnergies en Ouganda qui déplace 100 000 personnes de leurs terres pour du pétrole ou encore Sainte-Soline, où l’État aide les intérêts privés à accaparer un autre bien commun : l’eau.

    https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/021223/jose-vieira-la-memoire-des-resistances-face-l-accaparement-des-terres-ete-

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