kaparia

animateur d’un espace de création dans le quartier de Kypseli, Athènes

  • Richard Horton, patron du « Lancet » : « Le Covid-19 montre une faillite catastrophique des gouvernements occidentaux »

    Dans un livre publié au Royaume-Uni, le rédacteur en chef de la revue médicale dénonce l’impéritie de nombreux pays face à la menace pourtant annoncée de la #pandémie. Il revient sur la rétractation récente d’une étude publiée dans ses colonnes.

    Richard Horton est une figure incontournable de l’édition scientifique. Patron depuis un quart de siècle du journal médical britannique The Lancet, il vient de publier un ouvrage dans lequel il dénonce la faillite des exécutifs occidentaux face à la pandémie ( The COVID-19 Catastrophe : What’s Gone Wrong and How to Stop It Happening Again , Polity, non traduit).

    Dès janvier, le Lancet avait publié cinq articles qui permettaient d’appréhender ce qui attendait la planète si rien n’était entrepris pour contrer la diffusion internationale du SARS-CoV-2. Plus récemment, sa revue a elle-même été mise en cause pour avoir publié un article qui mettait en évidence une surmortalité chez les patients hospitalisés pour Covid-19 et traités à l’#hydroxychloroquine ; avant de devoir rétracter cette étude, faute d’avoir pu accéder aux données fournies par une obscure société américaine, Surgisphere. Richard Horton tire aussi les leçons de cet épisode.

    Vous venez de publier un livre dans lequel vous êtes très sévère sur la façon dont la pandémie a été gérée, en particulier dans votre pays, le Royaume-Uni…

    La raison pour laquelle mes mots sont durs, c’est que nous avons publié à la fin du mois de janvier dans le Lancet cinq articles qui décrivaient parfaitement cette nouvelle maladie pour laquelle il n’y avait ni traitement ni vaccin, qui présentait une assez forte mortalité, et qui se transmettait entre humains.

    Pour reprendre les mots de Gabriel Leung (université de Hongkong), « ce mode de transmission indiquait une forte probabilité de pandémie mondiale ». On savait tout cela le 31 janvier. La veille, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait déclaré une urgence de santé publique de portée internationale.

    Et, pendant les six semaines qui ont suivi, la plupart des pays occidentaux n’ont absolument rien fait. C’est une erreur impardonnable.

    La question est : pourquoi le président [français Emmanuel] Macron, le président [du Conseil italien Giuseppe] Conte, pourquoi le premier ministre [britannique Boris] Johnson, pourquoi le président [américain Donald] Trump n’ont-ils rien fait ? Ne comprenaient-ils pas ce qui se passait en Chine ? Ne croyaient-ils pas les Chinois ? N’ont-ils pas demandé à leurs représentations diplomatiques à Pékin d’enquêter ? Je ne comprends pas. Les preuves étaient très claires, dès fin janvier. Donc je pense que les politiciens vont devoir s’expliquer.

    Et ce n’est pas correct de blâmer l’OMS ou la Chine, comme le font Johnson ou Trump, dans une mystérieuse théorie du complot. L’OMS et la Chine ont expliqué dès janvier ce qui était en train de se passer. Mais il y a une défaillance systématique des gouvernements occidentaux qui n’ont pas pris ces messages au sérieux. Etait-ce du #racisme envers les Chinois ? C’est une faillite catastrophique des exécutifs occidentaux. Cette pandémie est un désastre que nous avons nous-mêmes créé.

    Des commissions d’enquête parlementaires ont-elles été mises en place au Royaume-Uni afin d’évaluer la gestion de la pandémie par le gouvernement ?

    Non. La France a un temps d’avance sur nous. Nos politiciens nous disent que ce n’est pas le bon moment. Ce que je trouve dément. Si nous avons une seconde vague plus tard cette année, nous ferions mieux d’avoir tiré les leçons de notre mauvaise gestion de la première.

    Nous devons être très clairs à ce sujet. Je ne veux blâmer aucun individu. Il n’y a pas une personne en France ou dans aucun autre pays européen qui soit responsable à elle seule d’une faillite nationale. C’est le système qui a failli, le système de conseils scientifiques qui a failli dans votre pays comme dans le mien. Le système de riposte politique a failli dans votre pays comme dans le mien.

    En quoi la France a-t-elle failli, selon vous ?

    Lorsqu’il y a eu proclamation d’une urgence de santé publique de portée internationale, le 30 janvier, pourquoi la ministre de la santé [d’alors, Agnès Buzyn] n’a-t-elle pas immédiatement envoyé un message à l’ambassade de France à Pékin pour lui demander son aide pour comprendre ce qui se passait à #Wuhan, quel était ce virus, à quel point il était inquiétant, s’il était aussi préoccupant que l’indiquaient des articles dans The Lancet ?

    Si l’ambassade avait fait correctement son travail, elle aurait rassemblé en quarante-huit heures les informations du bureau de l’OMS à Pékin, de la Commission nationale de santé du gouvernement chinois. Elle aurait compris la nature de la menace, l’aurait immédiatement transmise au ministère de la santé et au Palais de l’Elysée et, à la fin de la première semaine de février, le gouvernement aurait disposé d’une vision très claire du danger.

    Si cela ne s’est pas produit, c’est une faillite catastrophique du gouvernement français et les Français doivent demander pourquoi le gouvernement n’a pas protégé les près de 30 000 vies qui ont été perdues, comme nous en avons perdu 40 000. C’étaient des morts évitables. Ces personnes devraient être en vie aujourd’hui.

    Pourquoi les gens ne sont-ils pas davantage en colère à ce sujet ? J’ai vu les manifestations des « gilets jaunes » dans les rues de Paris. Elles m’ont frappé. Pourquoi les « gilets jaunes » ne manifestent-ils pas dans la rue contre l’échec du gouvernement français à protéger les vies des près de 30 000 de ses citoyens ? Qui demande des comptes au gouvernement ?

    Tant qu’il n’y aura pas un vaccin disponible pour tous, le virus ne s’en ira pas de lui-même. Nous devrons vivre avec lui dans le futur proche. Selon toute probabilité, il reviendra cet hiver sous la forme d’une seconde vague. Et il est possible lorsque nous assouplissons le confinement que nous ayons des flambées de la première vague.

    Donc, il n’y aura jamais un bon moment pour mener des enquêtes. Nous avons besoin d’une enquête qui démontre clairement qu’il ne s’agit pas de blâmer des individus, mais de comprendre ce qui n’a pas marché.

    Certains comparent ce qui s’est passé dans un laps de temps très court pour le Covid-19 avec le sujet du changement climatique, pour lequel nous savons ce qui va arriver mais n’agissons pas. Cela vous paraît-il pertinent ?

    C’est un peu différent. Dans une pandémie, nous parlons de la faible probabilité d’un événement à haut risque. Le changement climatique est en train de se produire, qui provoque une urgence si nous n’agissons pas.

    Je ferais plutôt la comparaison avec la protection contre les séismes. Si vous habitez à Los Angeles ou à San Francisco, on vous demande de vous préparer à un événement qui se produira à coup sûr mais à un moment inconnu. C’est très difficile de faire des plans pour ce type de situation.

    Au Royaume-Uni et, j’en suis sûr en France, une pandémie grippale figurait en tête de liste dans l’évaluation nationale des risques. Nous savons que nous avons une épidémie saisonnière tous les ans, que la grippe de 1919 fut une catastrophe et nous savons qu’un jour nous serons confrontés à un virus grippal beaucoup plus sévère même s’il l’est moins que celui de 1919. Et nous nous y préparons.

    Nous ne nous étions pas préparés à quelque chose du type #SRAS [syndrome respiratoire aigu sévère]. C’était une erreur, car le SRAS de 2002-2003 était un prototype de ce que nous avons aujourd’hui. Nous savons qu’au cours des vingt ou trente dernières années, la fréquence des infections chez l’animal qui passent à l’homme a augmenté. La raison en est connue : urbanisation massive, taudis urbains, marché avec des animaux vivants dans les villes, mauvaises conditions d’hygiène…

    Ces virus ne viennent pas par accident de Chine. Elle a connu l’industrialisation et l’urbanisation les plus rapides de la planète. Nous savions que nous étions en train de créer les conditions d’incubation d’une pandémie, mais nous ne savions pas exactement quand elle surviendrait. C’est sur ce point que nous avons trahi nos citoyens en ne nous préparant pas comme il fallait.

    En 2016, le Royaume-Uni a fait une simulation – l’exercice Cygnus – afin d’évaluer l’impact d’une pandémie grippale. Elle a montré que nous n’étions pas prêts pour une pandémie. Et nous nous retrouvons aujourd’hui dans une pandémie à laquelle nous n’étions pas préparés. Un nouvel exemple d’échec gouvernemental et de la santé publique. Nous savions qu’il y avait un problème, nous ne l’avons pas réglé.

    En France, il y avait un plan pour une situation pandémique, mais il semble qu’il soit resté dans un placard…

    Exactement. Mais ce ne sont pas seulement les politiciens qui sont responsables. Votre pays comme le mien ont la chance d’avoir certains des meilleurs scientifiques au monde. L’Institut Pasteur est un réseau de classe mondiale d’institutions de recherche sur les maladies infectieuses. Où étaient les voix de l’Institut Pasteur pour pousser le gouvernement à se préparer à une pandémie, dès février ?

    Il faut poser ces questions sur les scientifiques, au Royaume-Uni comme en France, pour savoir pourquoi l’élite scientifique ne faisait pas valoir ces signaux d’inquiétude.

    Cette élite scientifique a parfois été divisée sur l’importance de cette menace pandémique, même assez tardivement, en France. Peut-être ces contradictions compliquaient-elles la tâche des politiques pour savoir à quoi on faisait face ?

    Je comprends cela. Mais, ce que je dis, c’est que les choses étaient claires en janvier. Quiconque disait en mars qu’il n’y avait pas un danger immédiat avec cette pandémie montrait une incompétence incroyable. En mars, le virus faisait rage en Italie du Nord.

    En France, des conseils scientifiques ont été créés pour éclairer le gouvernement. Quelle articulation peut-il y avoir entre la science et le politique ?

    Je connais Jean-François Delfraissy, le président d’un de ces conseils scientifiques. Vous ne pouviez avoir un meilleur scientifique pour conseiller le gouvernement.

    Je ne le critique pas. La responsabilité du système était de comprendre ce qui se passait exactement en Chine dès janvier. Je ne comprends pas pourquoi dès ce moment on n’a pas indiqué au gouvernement qu’il fallait prévoir des protections individuelles, être prêt à tester, à tracer et à isoler, éviter les rassemblements, envisager de fermer les écoles, pour se préparer à cette épidémie. Et ce n’est pas de la perspicacité. Relisez ces articles de janvier : tout y figurait déjà. Et rien ne s’est passé. Votre gouvernement a mieux répondu que le mien. C’est déjà ça…

    Autre question : où était l’Union européenne (UE) ? Une des raisons de l’échec britannique est le Brexit, l’exceptionnalisme, la mentalité îlienne : c’est un défaut psychologique classique en Grande-Bretagne, la croyance que nous sommes meilleurs que tous les autres. Eh bien on a prouvé tout le contraire dans la façon de gérer cette pandémie.

    Mais l’UE avait une opportunité de s’assurer que non seulement les pays soient préparés, mais aussi coordonnés. Une des choses les plus marquantes est d’avoir vu vingt-sept Etats avoir vingt-sept stratégies différentes.

    Pourquoi l’UE n’a-t-elle pas réuni ses Etats membres pour qu’ils apprennent les uns des autres, coopèrent et s’aident d’une façon bien plus coordonnée ? Je sais que la réponse est que la santé est une responsabilité nationale. Mais on s’en fout ! C’était une pandémie, une urgence, une menace à la sécurité nationale ! L’UE aurait dû avoir une part bien plus active pour unifier les pays dans ces circonstances.

    Parlons du « Lancet », qui a dû rétracter le 4 juin un article publié le 22 mai. Que s’est-il passé ?

    Il semble qu’il s’agisse d’une fraude monumentale, par le fondateur de la société Surgisphere, Sapan Desai. Il y a une enquête en cours par le Brigham and Women’s Hospital (Boston) dont dépend l’auteur principal, Mandeep Mehra, pour comprendre ce qui s’est passé. Ce dont nous sommes sûrs, c’est qu’il n’y a pas de données vérifiées ou validées de façon indépendante pour appuyer ce qu’avance l’article.

    Personne ne peut dire si ces données existent, à part Sapan Desai lui-même, qui a refusé de les partager avec Mandeep Mehra et les autres auteurs, et il a refusé de les montrer à des auditeurs indépendants. Si bien que personne ne connaît le statut exact de ces données.

    Cette affaire en évoque une autre, quand le « Lancet » avait dû rétracter en 2006 un article du Norvégien Jon Sudbo après que celui-ci avait admis avoir inventé des données. Quelles leçons peut-on tirer de ces épisodes ?

    Il va nous falloir être plus méfiants. Aujourd’hui, nous faisons confiance à ce que nous disent les auteurs des articles scientifiques. S’ils nous disent qu’il y a une base de données et qu’ils signent une déclaration affirmant qu’elles sont fiables, nous leur faisons confiance, tout comme les reviewers extérieurs à qui nous demandons d’évaluer leurs travaux.

    Clairement, il va falloir élever notre niveau de méfiance à propos de ces bases de données pour avoir plus de chance d’identifier des cas de fraude. Mais il faut être très clair : c’est une perte pour la science, qui s’appuie sur la confiance. Quand vous perdez la confiance, parce que des gens malintentionnés mentent, c’est mauvais pour tout le monde.

    Pourrait-on imaginer des préenregistrements de ces données, comme dans les essais cliniques ?

    Il y a aussi de la fraude dans les essais cliniques : des patients et des données ont été inventés, et on ne s’en est aperçu qu’après la publication des résultats…

    La seule façon d’être 100 % certain de ne pas publier des travaux frauduleux serait que les éditeurs et les reviewers se rendent sur place et qu’ils examinent chaque élément des données sur lesquelles s’appuie l’étude publiée dans la revue. Mais c’est clairement une tâche impossible, grotesque. Donc on ne peut se passer d’une part de confiance, sinon la science cessera de fonctionner.

    Pourrait-on imaginer des tiers de confiance qui vérifieraient une part de ces données, de façon aléatoire, comme c’est le cas dans l’industrie pharmaceutique, avec un effet dissuasif – un peu comme les contrôles routiers ?

    Les revues scientifiques ne peuvent être la police de la science, ce n’est pas notre rôle. Mais on pourrait envisager d’être plus attentif si une nouvelle base de données apparaît, comme c’était le cas avec celle de Surgisphere. Mandeep Mehra n’a lui-même pas eu accès aux données.

    Donc nous allons désormais demander aux auteurs de signer une déclaration qui dise explicitement qu’ils ont eu accès aux données et qu’ils les ont effectivement vues. On peut avoir des demandes plus strictes vis-à-vis des auteurs.

    Dans le sport, le dopage semble avoir toujours une longueur d’avance sur les contrôles. Y a-t-il un parallèle avec l’activité scientifique ?

    C’est très vrai. A chaque fois, on essaie de tirer les leçons, mais la fraude continue : c’est assez facile pour les fraudeurs, précisément parce que l’activité scientifique est fondée sur la confiance. Mais pourquoi devrait-elle être différente d’autres secteurs de la société où des personnes malintentionnées se distinguent aussi.

    Avec Surgisphere, on a affaire à quelqu’un qui a pu mentir à ses coauteurs, dans une publication dans le New England Journal of Medicine, dans le Lancet, et peut-être d’autres revues. C’est assez incroyable qu’il ait pu tromper tant de gens en tant d’occasions. Cela ne veut pas dire que la science a failli, mais que le système sur lequel elle est fondée peut facilement être subverti.

    Mais faut-il, à cause de ces rares occasions où cela se produit, changer tout le système ? Il y a une expression anglaise qui dit « bad cases make bad law » – les mauvais exemples conduisent à de mauvaises lois. C’était un cas extrême, on doit en tirer les leçons, mais cela ne veut pas dire qu’on doive instituer un système bureaucratique énorme fondé sur l’idée que chaque article peut être l’objet d’une fraude.

    Peut-être pourrait-on avoir des incitations, du côté des « reviewers », en rendant publiques leurs évaluations afin de les responsabiliser plus encore ? Car, dans ce cas précis, il n’a pas fallu longtemps à des observateurs extérieurs aux revues pour voir que quelque chose clochait dans les résultats…

    C’est vrai. Nous envisageons de poser une question très directe aux reviewers : pensez-vous qu’il y ait des problèmes d’intégrité scientifique dans cet article ? Y a-t-il une possibilité, même infime, de fraude ? Cela concentrerait leur attention sur cette question d’une façon inédite. Une des leçons est aussi qu’on ne peut faire confiance d’emblée aux bases de données. A l’avenir, si on a affaire à une base de données dont on n’a jamais entendu parler, il faudra être méfiant, et peut-être demander – dans cette situation – à ce que les reviewers aient accès aux données brutes.

    L’urgence à publier en temps de pandémie a-t-elle pu vous faire baisser la garde ?
    Non, cela serait arrivé même hors Covid-19. Si quelqu’un est déterminé à tromper son monde, on ne peut pas y faire grand-chose. Cet individu a tenté de tromper ses collègues, des institutions, des journaux et pour finir le public. Il a essayé et il a échoué.

    Certains observateurs estiment que les données de Sapan Desai pourraient exister, avoir été aspirées dans les registres électroniques des hôpitaux sans que les autorités soient au courant. Pensez-vous que ce soit le cas ?

    Je n’en sais rien, pour être honnête. Ce que Mandeep Mehra m’a dit, c’est que quand les auditeurs indépendants ont demandé à Sapan Desai de leur transférer les données, ils ont eu une discussion par Zoom, et il s’est contenté de leur montrer son écran d’ordinateur. Donc, à ma connaissance, personne n’a vu les données de Surgisphere.

    On pourrait croire que les coauteurs ont travaillé avec lui sur les données, mais ce n’est pas le cas. Quand Mandeep Mehra demandait des données, Sapan Desai lui fournissait des tableaux récapitulatifs, mais jamais les données brutes. Je ne sais pas quelle proportion de ces données a été inventée, mais suffisamment pour qu’il n’ait pas voulu les partager avec ses coauteurs.

    L’épisode ne donne-t-il pas raison à ceux qui plaident pour un système de prépublication qui permettrait une revue par les pairs qui soit publique ?

    Dans ce cas particulier, un preprint aurait pu permettre de découvrir la fraude – je peux le concevoir. Mais un des dangers des preprints est qu’ils peuvent gagner beaucoup d’attention avant d’avoir été relus.

    Nous avons signé une déclaration lancée par le Wellcome Trust reconnaissant qu’en période de pandémie les chercheurs peuvent souhaiter exposer leurs résultats dans le domaine public plus rapidement que d’habitude, et que s’ils choisissent de les prépublier, cela ne compromettra pas leur chance de les voir publiés dans une revue. Je soutiens fortement l’idée des preprints, en théorie. Mais il y a des problèmes aussi avec eux : certains ont donné lieu à l’exposition de théories complotistes sur l’origine du nouveau coronavirus, et il a fallu les retirer… Les preprints peuvent aussi être trompeurs. Ils ont leur place, mais ne sont pas la panacée pour ces problèmes.

    Pour revenir à la confiance que vous évoquiez, centrale dans le processus scientifique, le grand public ne va-t-il pas voir sa propre confiance envers la science érodée par cette crise ? Il a découvert que la vérité médicale était très labile. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose ?

    Je pense que c’est bien si le public comprend que la science ne produit pas des vérités. Ce qu’elle fait, c’est se diriger vers la vérité, qu’elle n’atteint jamais complètement. Cela signifie qu’il y a toujours de la place pour l’erreur, l’incertitude et le doute.

    C’est toujours mauvais quand les politiciens disent avoir pris des décisions en accord avec la science. Cela ne veut absolument rien dire. De quelle science parlez-vous ? Quelles preuves, quelle incertitude, à quel point êtes-vous sûr des résultats ? La « science » dans ce sens-là est une invention des politiciens pour se protéger des critiques. Donc nous devons expliquer qu’une telle chose, « la vérité » ou « la science », cela n’existe pas. Il y a seulement des probabilités, et des possibilités.

    Si le Covid-19 a détruit l’illusion que la science délivre la vérité, c’est une bonne chose. Mais – et c’est un grand mais – cela ne devrait pas engendrer une perte de confiance dans la science. Bien au contraire : montrer la réalité de ce qu’est la science, la montrer dans son humilité, devrait renforcer la confiance que le public devrait avoir envers elle.

    Ce que nous faisons, humblement, est de faire de notre mieux dans des circonstances difficiles. Si nous le racontons, je pense que le public nous fera confiance. Si nous faisons des promesses infondées, le public, de façon compréhensible, ne nous croira pas.

    Cette crise est une opportunité pour la communauté scientifique de réécrire le contrat entre la science et la société. C’est très important. Et c’est le moment de le faire.

    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2020/06/20/richard-horton-le-covid-19-montre-une-faillite-catastrophique-des-gouverneme

    #Coronavirus

  • En Grèce, la gauche convalescente pâtit encore de l’échec de Syriza
    3 AOÛT 2020 PAR ELISA PERRIGUEUR

    Le parti conservateur Nouvelle Démocratie est en position de force. Face à sa politique de plus en plus ferme et à l’ordre néolibéral qu’il met en place à l’issue de la première phase de la crise sanitaire, la gauche a du mal à être entendue.

    Athènes (#Grèce).– #Athènes, fin juillet 2020. Les manifestations sont désormais restreintes, comme le prévoit la loi tout juste adoptée au Parlement. Le gouvernement jugeait que les rassemblements paralysaient l’activité des commerçants, déjà rendue difficile par le #Covid-19. En cette période estivale, les #réfugiés des camps d’identification dits « hotspots » ne sont pas libres de leurs mouvements, car le ministère de l’immigration limite toujours leurs déplacements, officiellement « par mesure de précaution » en raison du virus.

    Deux mois après la fin du #confinement, la droite Nouvelle Démocratie (ND) applique sans obstacle sa politique conservatrice sous le sceau de la loi et l’ordre. Le faible impact sanitaire du coronavirus sert son entreprise. Le parti est plébiscité pour sa bonne gestion au début de la pandémie. 

    En face, l’opposition de #gauche parlementaire, composée de #Syriza, la principale force, des communistes du KKE et des altermondialistes du parti #MeRA_25, critique le manque d’action sociale et les faibles moyens alloués à l’hôpital public durant le confinement. Mais elle a visiblement bien du mal à se faire entendre. 

    « La Grèce vit actuellement dans un espace de non-idée à gauche, constate Filippa Chatzistavrou, politiste de l’université d’Athènes. Le premier ministre Kyriakos Mitsotakis intervient dans l’urgence dans cette crise. Il joue un rôle de pompier globalement apprécié par la société. » Quant aux difficultés de la gauche, elles sont plus anciennes que la pandémie, ajoute-t-elle. « C’est l’échec de Syriza qui a fait perdre espoir à beaucoup de citoyens. » 

    Pour comprendre la désillusion de l’électorat de la gauche grecque, il faut remonter à la « capitulation idéologique », selon l’expression de ses partisans amers. Elle a eu lieu le 13 juillet 2015, lorsque l’ancien premier ministre de gauche radicale Alexis #Tsipras a signé le troisième #mémorandum. Selon le parti Syriza, il s’agissait d’éviter une sortie de la zone #euro

    Les électeurs séduits par son programme anti-#austérité, issus du centre, de l’extrême gauche, voire du mouvement anarchiste, ont alors subi un #choc. Beaucoup parlent toujours de « trahison ». D’autant que quelques jours plus tôt, le 5 juillet 2015, 61,3 % des électeurs avaient exprimé leur refus aux mesures d’austérité des créanciers lors d’un référendum. Sur les murs d’Athènes, quelques tags défraîchis « Oxi » (« Non », en grec) rappellent encore aujourd’hui cette séquence intense pour la gauche grecque. 

    « Je n’étais pas d’accord avec ce mémorandum même si on ne connaît pas les dessous des négociations, il y avait beaucoup de pressions de la part des médias, de l’UE… Le tout sur fond de crise des réfugiés [qui venaient en nombre depuis la Turquie –ndlr]… », se souvient Nikolaos Kourampas, 49 ans, géologue qui partage sa vie entre la Grèce et l’Écosse. Il vote encore Syriza, mais « sans grande conviction ».

    La sanction est tombée cinq ans après le référendum lors des législatives anticipées de juillet 2019, auxquelles seulement 58 % des inscrits ont participé. Syriza a été devancé de huit points par la droite ND qui a obtenu 39,8 % des suffrages. Syriza a remplacé l’ex-parti socialiste Pasok comme principale force d’opposition de gauche au Parlement. L’historique mouvement socialiste s’est, lui, fondu dans une coalition centriste baptisée Kinal.

    « Les électeurs de gauche attendaient de Syriza qu’il revendique une véritable idéologie contre ce système d’austérité, qu’il propose une politique alternative dépassant les ordres néolibéraux des créanciers internationaux, ce que le parti n’a pas fait. Aujourd’hui, ces personnes, traumatisées, ont perdu confiance et ne s’intéressent plus à l’activité parlementaire », décrypte Seraphim Seferiades, directeur d’un laboratoire de recherches sur les politiques contestataires à l’université Panteion, à Athènes. 

    Syriza paie toujours son retournement lors du #référendum de 2015, estime aussi l’Athénien Ramin Bakhtiari, 35 ans, salarié d’une organisation internationale d’aide aux migrants. Lui a voté pour le parti de gauche en 2019, « uniquement pour tenter de barrer la route à la ND, ultralibérale, qui veut transformer la Grèce en hôtel », résume-t-il. Ce dernier apprécie la « ligne sociale » du parti, qui durant son mandat a mis en place une aide humanitaire pour les plus démunis, augmenté le salaire minimum, etc. « Mais il se voulait parti antisystème en 2015, il est devenu un parti systémique », regrette-t-il.

    Syriza s’est en effet transformé au contact du pouvoir entre 2015 et 2019, constate la politiste Filippa Chatzistavrou. « Mais au lieu de renforcer sa présence dans les syndicats [puissants en Grèce – ndlr] ou au niveau local, le mouvement a préféré constituer un cercle de fidèles autour d’Alexis Tsipras et passer à une organisation verticale. »

    Syriza défend désormais sa position de poids au Parlement. « Élu avec 31 % des suffrages, le parti s’est établi comme la force dominante des politiques de gauche et progressiste en Grèce, insiste son porte-parole Alexis Charitsis. Néanmoins, nous sommes ouverts aux critiques. Nous répondons à ceux qui disent à Syriza de “faire plus” avec notre programme déterminé “Restons debout”. » Lancé à la fin du confinement, ce dernier privilégie l’action sociale. 

    Syriza propose entre autres « des aides sans conditions aux entreprises, particulièrement les PME, le soutien financier aux indépendants et aux scientifiques, un salaire minimum pour les plus vulnérables », détaille Alexis Charitsis. « La période actuelle d’instabilité, de désespoir et d’austérité n’est pas le résultat de la pandémie mais de la politique gouvernementale consistant à prioriser les intérêts des oligarques et des grandes sociétés. »

    Mais dans l’hémicycle, aucune alliance ne semble possible face à une droite majoritaire. Le parti communiste #KKE, auquel quelques déçus de Syriza ont donné leur voix en juillet 2019, estime qu’« une grande partie du peuple grec est aux limites de la survie », dénonce l’eurodéputé communiste Lefteris Nikolaou-Alavanos. « Le résultat d’une gestion du gouvernement grec, avec l’accord des partis politiques bourgeois tels que Syriza, Pasok ou Kinal », ajoute-t-il.

    Ce parti post-stalinien à la culture très militante, qui continuer à placer la lutte des classes au cœur de sa politique, a toujours fait cavalier seul. Le KKE stagne au Parlement avec des scores allant de 5 à 8 % des voix depuis le milieu des années 1990.

    D’autres déçus de Syriza ont donné leur bulletin au jeune parti de gauche radicale MeRA25. Mais son leader, Yanis #Varoufakis, divise. Les critiques jugent l’ancien ministre des finances de Syriza trop « narcissique » ou « provocateur ».

    Dimitri*, trentenaire athénien, admire celui « qui a tenté de négocier un accord juste en 2015 alors que les autres membres de Syriza étaient paniqués [au cours des réunions tendues de l’Eurogroupe pour trouver une solution à la crise de la dette, comme l’ont montré (écouter ici) les enregistrements « Varoufakis Leaks » diffusés sur Mediapart]. » Et d’ajouter : « MeRA25 a un programme clair en cas de prise de pouvoir. »

    Parmi ses propositions figurent la réduction de la TVA de 24 % à 15 ou 18 %, la création d’une taxe spéciale pour les banques ou les étrangers ayant investi dans l’immobilier pour obtenir un « golden visa » [permettant à des ressortissants non européens de s’établir et voyager dans l’UE – ndlr]. 

    En dépit d’une offre politique peu inspirante, la société civile est prête à bouger. Les violences policières de plus en plus visibles, le traitement controversé des réfugiés, les projets jugés anti-écologiques du gouvernement alimentent une résistance sociale. Elle se manifeste chez des mouvements autonomes, des initiatives anarchistes ou anticapitalistes ou de partis extra-parlementaires, à l’origine de manifestations récentes. 

    « Pendant le confinement, nous avons organisé des actions contre le fascisme, en faveur de l’hôpital, plusieurs collectes pour les réfugiés », assure Petros Constantinou, l’un des membres du front extra-parlementaire Antarsya, qui rassemble des organisations trotskistes et anticapitalistes. Ses quelques milliers d’adhérents, favorables entre autres au « Grexit » et à l’effacement de la dette, tentent d’être de toutes ces luttes contre le pouvoir. 

    « Malheureusement, cette gauche extra-parlementaire milite aujourd’hui dans un registre de résistance en proposant des solutions maximalistes [comme la sortie de l’euro ou de l’Otan – ndlr] difficilement applicables dans la conjoncture actuelle, estime la politiste Filippa Chatzistavrou. Ce contre-système attire les jeunes politisés mais n’est qu’un canal de colère. » 

    Ces résistances pourraient permettre à la gauche radicale de se renouveler, pense au contraire l’expert Seraphim Seferiades. « Je ne serai pas surpris qu’un processus de formation d’une force politique composée de plusieurs groupes soit en cours à l’extérieur de l’hémicycle, dit-il. C’est le même schéma qui avait mené dans les années 2000 à la formation de la coalition Syriza. » Ce processus, qui avait pris de court les partis traditionnels, avait abouti en 2015 à l’accession au pouvoir du parti de gauche radicale.

    https://www.mediapart.fr/journal/international/030820/en-grece-la-gauche-convalescente-patit-encore-de-l-echec-de-syriza

  • Israël, Etat d’apartheid ?
    1 AOÛT 2020 PAR RENÉ BACKMANN

    L’organisation israélienne de défense des droits humains Yesh Din a analysé le régime d’occupation imposé par #Israël en #Cisjordanie à la lumière des définitions de l’#apartheid fournies par les Nations unies et la Cour pénale internationale. Conclusion : le crime contre l’humanité d’apartheid est perpétré en Cisjordanie. Les auteurs du crime sont israéliens et les victimes sont les #Palestiniens.

    L’État d’Israël est-il un régime d’apartheid ? Depuis des décennies l’accusation a été portée, avec une intensité et une fréquence croissantes, contre le pouvoir israélien en raison de la forme d’administration arbitraire et brutale imposée à la Cisjordanie et à ses habitants, du traitement discriminatoire réservé à ses citoyens palestiniens, du contrôle total exercé sur Jérusalem-Est, de son comportement avec les Bédouins du Negev, ou de la nature même du sionisme, comme concept et mouvement.

    La construction, à partir du début des années 2000, du mur et du grillage baptisés « barrière de sécurité » par le gouvernement israélien, mais instaurant une véritable séparation de fait entre colons israéliens et Palestiniens, a été, dans la construction de ce réquisitoire, une étape majeure. Car elle a fourni des arguments de poids à ceux – militants des droits humains, juristes, journalistes, politiciens israéliens et palestiniens – qui dénonçaient, derrière le renforcement continu de la colonisation, la dérive incontrôlable vers une politique d’apartheid. Un apartheid à double effet, pourrait-on même dire car le mur et la barrière séparent globalement les Israéliens des Palestiniens, mais aussi, en plusieurs points, comme à l’est de Jérusalem par exemple, des Palestiniens d’autres Palestiniens, otages des méandres coloniaux du mur/barrière.

    Et la promesse récente d’annexion d’une partie au moins de la Cisjordanie, avancée par Benjamin Netanyahou avec le soutien de Donald Trump – même si elle est, pour le moment, en panne – a provoqué une nouvelle salve de soupçons et d’accusations. Zulat, un nouveau groupe de recherches qui milite pour « l’égalité et les droits de l’homme », vient de publier un rapport de 34 pages affirmant qu’il ne s’agirait pas seulement, dans ce cas, d’annexion mais d’apartheid. Le document, fruit des réflexions d’une demi-douzaine de juristes, universitaires et diplomates, démontre notamment comment, en sept étapes, le premier ministre israélien entend « mettre en œuvre un plan qui transformera l’État d’Israël démocratique en État d’apartheid ».

    Caricature rhétorique ? Anticipation polémique ? Hallucination idéologique ? Pour tenter d’en finir avec le procès en radicalisme subjectif fait aux dénonciateurs de la dérive « sud-africaine » du gouvernement israélien, l’ONG israélienne Yesh Din (« Il y a une justice ») a confié à un groupe d’experts – avocats, politologues, magistrats –, comprenant notamment un ancien procureur général de l’État, la mission de vérifier si le crime d’apartheid, tel qu’il est désormais défini par le droit international, est perpétré par Israël.

    Yesh Din était on ne peut mieux armée pour entreprendre cette étude. Depuis 2005, cette discrète ONG, patronnée par des personnalités aussi éminentes et respectables que le dramaturge Joshua Sobol, le sculpteur Dani Karavan ou l’universitaire récemment décédé Zeev Sternhell, fournit une assistance juridique aux Palestiniens, dont les droits sont violés par les autorités israéliennes ou des citoyens israéliens. Le résultat des recherches de Yesh Din, un rapport de 58 pages, a été publié en juin sous le titre : « L’occupation israélienne de la Cisjordanie et le crime d’apartheid : avis juridique. » 

    Riches des enseignements rassemblés en 15 ans sur le terrain par les volontaires, juristes et chercheurs de Yesh Din, les experts ont analysé la nature du régime militaire en Cisjordanie, ainsi que les lois, pratiques et politiques mises en œuvre dans les territoires occupés par l’armée.

    Ils ont ainsi examiné en détail l’entreprise de colonisation, les expropriations massives – souvent sous des prétextes de sécurité –, le détournement des ressources au bénéfice des colons et au détriment des résidents palestiniens, et l’existence du système juridique dual instauré dans le territoire – une loi s’appliquant aux Israéliens, une autre aux Palestiniens. Avec, en tête deux questions majeures : 1) l’occupation explique-t-elle, à elle seule, ce qui se passe en Cisjordanie et ce qu’Israël y a créé, ou une autre construction légale s’y ajoute-t-elle ? 2) L’État d’Israël a-t-il institué un régime d’apartheid en Cisjordanie et si c’est le cas, le crime d’apartheid y est-il commis ?

    Car, rappellent les auteurs du document, l’apartheid, après avoir été l’idéologie d’un régime mis en place en un lieu précis – l’Afrique du Sud – à un moment précis du XXe siècle, « est aujourd’hui une forme particulière de crime contre l’humanité, qui correspond à une définition précise. Et bien que son origine soit historiquement liée au régime raciste d’Afrique du Sud, c’est désormais un concept juridique indépendant qui peut exister sans être fondé sur une idéologie raciste ».

    Pour le droit international, il existe aujourd’hui, en fait, deux définitions de l’apartheid. Celle de la Convention internationale des Nations unies adoptée en novembre 1973 et entrée en vigueur en juillet 1976 ; et celle du Statut de Rome, entré en vigueur en juillet 2002, qui crée la Cour pénale internationale et considère l’apartheid comme l’un des dix crimes contre l’humanité relevant de sa compétence. Les deux textes diffèrent sur certains points mais s’accordent sur une base commune, selon laquelle on entend par crime d’apartheid « des actes inhumains commis dans le cadre d’un régime institutionnalisé d’oppression systématique et de domination d’un groupe racial sur tout autre groupe racial ou tous les groupes raciaux et dans l’intention de maintenir ce régime ».

    Plus détaillée que le Statut de Rome, la Convention de l’ONU énumère ensuite neuf « actes inhumains » qui caractérisent le crime d’apartheid. Parmi ces « actes inhumains » figure notamment le fait de « prendre des mesures, législatives ou autres, destinées à empêcher un groupe racial ou plusieurs groupes raciaux de participer à la vie politique, sociale, économique et culturelle du pays et créer délibérément des conditions faisant obstacle au plein développement du groupe ou des groupes considérés, en particulier en privant les membres d’un groupe racial ou de plusieurs groupes raciaux des libertés et droits fondamentaux de l’homme, notamment le droit au travail, le droit de former des syndicats reconnus, le droit à l’éducation, le droit de quitter son pays et d’y revenir, le droit à une nationalité, le droit de circuler librement et de choisir sa résidence, le droit à la liberté d’opinion et d’expression et le droit à la liberté de réunion et d’association pacifiques ».

    Compte tenu des définitions de l’apartheid admises par le droit international, et des « actes inhumains » qui le caractérisent, le crime d’apartheid est-il commis en Cisjordanie, au regard des institutions, règlementations, législations et pratiques instaurées par Israël dans les territoires qu’il occupe et colonise ?

    Pour répondre à cette interrogation centrale, l’auteur du rapport, l’avocat Michael Sfard, et les cinq experts qui ont contribué à cette étude juridique ont d’abord longuement analysé l’histoire de l’apartheid et les éléments qui caractérisent ce crime, avant de passer au crible du droit international la vie quotidienne des Palestiniens telle qu’elle a été observée, au fil du temps, par les volontaires de Yesh Din. Rigoureuse et documentée, cette enquête occupe plus de la moitié du document.

    Le crime d’apartheid est perpétré en Cisjordanie

    Composante majeure de la situation d’apartheid, la présence, dans le même espace géographique, de deux groupes nationaux est évidente en Cisjordanie, où coexistent des Juifs israéliens et des Palestiniens, les seconds constituant 86 % de la population totale. Mais la situation locale est particulière, notent les auteurs du rapport, car, à « la domination et l’oppression » de l’occupation militaire, s’ajoute la présence d’une importante population de colons. Ce qui, indiscutablement, constitue « un élément du crime d’apartheid ». D’autant que l’inégalité des statuts civiques et politiques des uns et des autres est patente.

    « L’une des communautés, soulignent les auteurs du document, est constituée de civils vivant sous occupation, sous l’autorité de militaires et soumis à des lois dont ils ne peuvent en rien influencer la création. L’autre est constituée de citoyens du pays occupant. La première n’a aucun droit civique, la seconde a tous ses droits civiques et dispose de toute l’influence politique dont bénéficient les citoyens d’une démocratie. L’une est politiquement invisible tandis que l’autre jouit d’un grand pouvoir politique. »

    Le statut des Palestiniens, dans ce système, est d’autant plus pesant qu’ils sont gouvernés par des militaires en vertu d’un régime juridique qui cumule la réglementation militaire israélienne et les législations jordanienne, britannique et ottomane, le tout subordonné, au moins en théorie, à la législation internationale régissant l’occupation militaire. Le régime des colons israéliens qui vivent parmi eux est en revanche totalement civil, fondé sur les lois adoptées par le Parlement israélien qu’ils élisent et où ils peuvent se faire élire.

    Autre trait caractéristique de la « séparation » entre Israéliens et Palestiniens en Cisjordanie : elle est fondée sur un régime de permis qui ne s’applique qu’aux Palestiniens. Aucun Palestinien ne peut entrer dans une zone où existe une présence israélienne – civile ou militaire – sans raison précise et, surtout, sans disposer d’un permis spécial délivré – ou non – par « l’administration civile » israélienne, c’est-à-dire par la branche de l’armée qui gère l’occupation.

    A l’origine, il s’agissait d’interdire l’entrée des Palestiniens dans les colonies, puis dans l’espace qui les entoure, appelé « zone de sécurité spéciale ». Par la suite, après la construction du mur/barrière, lorsque des centaines de kilomètres carrés de terres palestiniennes se sont retrouvés isolés entre le mur et la « Ligne verte », qui définit le contour de la Cisjordanie, le régime des permis a été étendu à cette « zone de jonction ».

    Et les Palestiniens qui se sont retrouvés séparés de leurs terres agricoles par le mur doivent disposer d’un permis pour entretenir leurs terres ou veiller sur leurs vergers, alors que n’importe quel israélien juif ou touriste étranger peut y accéder librement. Selon une étude conduite par le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), auprès de 67 communautés palestiniennes, 18 % seulement des agriculteurs qui cultivent des terres dans la « zone de jonction » ont obtenu le permis nécessaire pour continuer leur travail.

    À ce régime de permis s’ajoute, pour souligner encore la séparation entre Israéliens et Palestiniens, un réseau compliqué de routes spécifiques, baptisé par les militaires israéliens « dérivations » ou « routes de contournement ». Assigné aux seuls véhicules palestiniens et beaucoup moins bien entretenu que le réseau réservé aux colons, cet enchevêtrement de routes secondaires tortueuses oblige les Palestiniens à de longs détours jalonnés de tunnels – lorsqu’ils croisent une route principale réservée aux Israéliens –, mais il permet aux colons de circuler sans jamais rencontrer les véhicules portant les plaques blanches et vertes délivrées par l’Autorité palestinienne.

    Peinture murale reprenant le cri d’Edvard Munch sur le mur séparant la Cisjordanie © Artur Widak / NurPhoto / NurPhoto via AFP
    Comme le statut civique, la forme de citoyenneté, le régime des permis ou la séparation des réseaux routiers, la disposition de la terre, la pratique des expropriations et l’accès comparé des deux groupes nationaux aux « terres d’État » constituent, aux yeux des experts de Yesh Din, des marqueurs caractéristiques de la discrimination dont l’examen s’avère éloquent. Car « l’administration civile » en fait, depuis des décennies, un usage aussi arbitraire que récurrent.
    Invoquant une interprétation controversée de la « loi de la terre » ottomane de 1858, qui déclare « terres d’État » les terres agricoles qui n’ont pas été cultivées de manière continue, « l’administration civile » a déclaré entre 1978 et 1992 « terres d’État » près de 30 % de la superficie de la Cisjordanie – hors Jérusalem-Est. La majeure partie de ces terres, utilisées à l’origine par les Palestiniens pour y élever leur cheptel et développer leurs villages, ont été – et sont encore – affectées à la construction et à l’extension continue des colonies.

    Les auteurs du rapport de Yesh Din constatent que d’après les documents qu’ils ont consultés, seulement 0,24 % des « terres d’État » ont été allouées depuis 1967 à des « entités palestiniennes », alors que plus de 99,26 % ont été attribuées à l’Organisation sioniste mondiale qui développe des colonies, à des colonies déjà existantes, à des ministères israéliens ou à de grandes entreprises israéliennes.

    À ces expropriations ordonnées et exécutées par l’État israélien s’ajoutent, soulignent les auteurs du rapport, les « appropriations violentes » pratiquées par les colons. « Même si cette violence n’est pas perpétrée par le régime, notent les experts, l’aveuglement volontaire des autorités, l’absence de toute volonté de faire respecter la loi et la légitimation rétroactive par les autorités de la présence des colons sur les terres qu’ils viennent de s’approprier illégalement ne laissent pas d’autre choix que de tenir le régime pour responsable. » Selon une étude de Yesh Din réalisée en janvier 2019, près de 30 « avant-postes » investis par des colons avaient été rétroactivement autorisés et 70 autres étaient en voie de « régularisation ».
    « En plus de ces discriminations en matière de droits et d’usage des ressources, le régime d’occupation utilise diverses mesures, dont certaines sont draconiennes, pour éliminer toute forme de résistance, même lorsqu’elle est non violente, constate le rapport. Des ordres militaires limitent les protestations non violentes et interdisent manifestations, réunions publiques et cortèges. Le régime militaire s’appuie systématiquement sur la détention administrative et la criminalisation des associations politiques pour empêcher toute opposition. Toutes les principales organisations politiques palestiniennes, y compris le Fatah et l’OLP avec lesquels le gouvernement israélien a conclu des accords, ont été déclarées associations interdites ou organisations terroristes, et des milliers de Palestiniens ont été emprisonnés pour leur appartenance à ces organisations, même s’ils n’ont participé à aucune action violente. »

    Ajoutée au déni de toute expression et représentation démocratique lié au statut spécifique des Palestiniens de Cisjordanie, et à la négation de toute liberté de résidence et de mouvement, cette criminalisation de toute opposition, même non violente, confirme que la préservation, la protection du régime imposé par l’occupant est l’une des caractéristiques majeures des institutions mises en place et consolidées par Israël. « Les changements que les gouvernements israéliens ont infligés à la Cisjordanie ont été si profonds, les efforts accomplis pour renforcer l’emprise israélienne sur la région et affaiblir les Palestiniens si intenses, constatent les experts de Yesh Dini, que l’évidence, accumulée au fil des ans, de l’intention israélienne de maintenir son contrôle permanent sur la région est solide, au point d’être sans équivoque, manifeste et probante. » Or, cette « intention de maintenir le régime institutionnalisé d’oppression » est l’un des critères qui définissent le crime d’apartheid pour le Statut de Rome.

    « Oui, nous » : le titre choisi par les auteurs du rapport pour leur conclusion répond clairement à la double question, teintée d’incrédulité, qui ouvrait leur document : « Apartheid ? Nous ? » « C’est une constatation difficile à faire, écrit le rédacteur du rapport, mais la conclusion de cet avis est que le crime contre l’humanité d’apartheid est perpétré en Cisjordanie. Les auteurs du crime sont israéliens et les victimes sont les Palestiniens. L’annexion rampante qui se poursuit, sans parler de l’annexion officielle d’une partie de la Cisjordanie, par une législation qui y appliquerait la loi et l’administration d’Israël, est un amalgame des deux régimes. Ce qui pourrait renforcer l’accusation, déjà entendue, selon laquelle le crime d’apartheid n’est pas commis seulement en Cisjordanie. Et que le régime israélien, dans sa totalité, est un régime d’apartheid. Qu’Israël est un État d’apartheid. C’est lamentable et honteux. Et même si tous les Israéliens ne sont pas coupables de ce crime, nous en sommes tous responsables. C’est le devoir de tous et de chacun d’agir résolument pour mettre un terme à la perpétration de ce crime. »

    https://www.mediapart.fr/journal/international/010820/israel-etat-d-apartheid?onglet=full

  • Le procès de Bobigny FILM COMPLET en français - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=UyMDIxL-Z9k

    Une évocation de l’affaire aujourd’hui connue sous le nom de « procès de Bobigny ». En 1972, une jeune fille mineure, Léa, décide d’avorter avec l’aide de sa mère, suite à un viol. Dénoncées, elles se retrouvent au cœur d’un procès qui devient politique, avec pour enjeux le statut de l’avortement en France et les injustices de la condition féminine. Pour les défendre, une avocate, #Gisèle_Halimi...

  • Palestine-based Radio Alhara is organising a three-day worldwide protest starting on the 8th of July, in response to the proposed annexation of the West Bank. The three-day lineup of international artists is being mirrored by radio stations around the world. Tune in on their website to listen.

    #palestine #westbank #protest #radio #contemporaryart #activism #solidarity #music #soundart #radiostation #radioalhara #annexation

    Radio Alhara emerges in a time of isolation and boredom, a time where the future of the world as we know it remains unknown.

    The project is inspired by Radio il Hai Beirut and Radio Alhuma Tunis, which were in turn inspired by Radio Quartiere Milano.

    This is a communal radio station/program/project, it begins in Bethlehem and Ramallah, and aims to extend to other places in Palestine and throughout the world, an open platform for listening, adding, discussing, and chatting. So we can all go through this time of solitude while communicating and reminding each other of each other. We hope this is the beginning of a collective space that will continue once this worldwide crisis is over.

    We won’t know all the ones who are listening, nor the ones who will be adding and broadcasting, such is this digital situation we are living in now. But we send hope and courage to everyone, and we tell you: See you soon!

    https://yamakan.place/palestine

  • Coronavirus : dépistage massif organisé en Mayenne où le nombre de cas a quadruplé en dix jours
    Ça surchauffe dans le 5-3...

    En terme de taux de contamination, ça donne quoi au juste ? (J’ai juste un peu la flemme de retourner sur les équations. Et pis aussi, je fonctionne avec 25% de mes capacités cognitives avec un cerveau branché sur des batteries auxiliaires).

    https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/coronavirus-depistage-massif-organise-en-mayenne-ou-le-nombre-de-cas-a-

    « Nous allons tester l’ensemble des Mayennais par étapes. Nous allons cibler la semaine prochaine les habitants de Laval et de la commune voisine de L’Huisserie, puis le sud du département et à la fin l’ensemble des Mayennais », a annoncé le directeur général de l’Agence régionale des Pays de la Loire Jean-Jacques Coiplet. Ce dernier a mis en garde contre une deuxième vague, souligne Ouest-France : « Face au coronavirus, le match n’est pas fini. Il ne faut pas baisser la garde »
    Ces dépistages seront réalisés sur la base du volontariat et devraient concerner au total environ 300.000 personnes. Les enfants de moins de 10 ans ne sont pas concernés.

    (La bonne blague ...)

    #pandémie #Covid-19

  • Des croisements anciens entre Polynésiens et Amérindiens mis en évidence par la génétique

    Des analyses ADN confortent l’hypothèse de l’anthropologue Thor Heyerdahl. Mais on ignore si des Amérindiens ont débarqué en Polynésie, ou si ce sont les Polynésiens qui ont « découvert » l’Amérique avant Christophe Colomb.

    Par Hervé Morin Publié, lemonde.fr, mercredi 8 juillet 2020

    En 1937, le jeune anthropologue norvégien Thor Heyerdahl et sa femme Liv débarquent à Fatu Hiva, une île des Marquises, pour leur voyage de noces. Le séjour du couple de Robinson se prolonge. Heyerdahl est fasciné par des légendes locales, selon lesquelles les occupants de l’île seraient venus du Soleil-Levant. Dix ans plus tard, il s’embarque depuis le Pérou sur un radeau de balsa, pour prouver qu’un tel voyage d’est en ouest est possible. Le 7 août 1947, après cent un jours de mer, lui et ses cinq coéquipiers s’échouent sur un atoll des Tuamotu, au terme de 7 000 km d’une navigation mouvementée, apportant une éclatante démonstration de la faisabilité d’une telle dérive.

    L’odyssée du Kon-Tiki deviendra mythique dans le grand public, mais jusqu’à ce jour, les cercles académiques continuent de débattre avec fièvre de l’hypothèse d’Heyerdahl. La théorie dominante étant que le Pacifique a progressivement été exploré et colonisé depuis l’Asie, par les « nomades de la mer » de la civilisation Lapita, sur une période courant de 1 500 avant J.-C. à la fin du XIVe siècle.

    Sans nier la prépondérance de cette ruée maritime vers l’est, une étude, publiée le 9 juillet dans Nature, appuie l’intuition initiale d’Heyerdahl. Elle compare les génomes de 807 individus issus de 17 îles du Pacifique et de 15 groupes amérindiens de la côte du Pacifique. Alexander Ioannidis, postdoctorant à l’université de Stanford, et ses collègues, mettent en évidence des croisements qui seraient survenus vers 1 200 après J.-C. entre Polynésiens et Améridiens, à une époque où les premiers étaient en pleine exploration des derniers confettis du Pacifique.

    Génétique, linguistique et botanique

    Heyerdahl aurait-il vu juste ? « Nous ne pouvons pas dire si les Polynésiens ont atteint les Amériques et sont repartis (avec une certaine ascendance amérindienne), ou si les Amérindiens se sont rendus en Polynésie, comme le croyait Heyerdahl, mais nous pouvons confirmer qu’il y a eu contact, comme il le pensait, répond Alexander Ioannidis. Cela signifie que les influences culturelles des Amérindiens ont pu se propager dans la lointaine Polynésie, comme le théorisait Heyerdahl. »

    L’analyse génétique conforte des indices d’une autre nature, qui mêlent linguistique et botanique. « D’autres chercheurs avaient noté que la patate douce, dont nous savons qu’elle était originaire des Amériques et qu’elle y était largement utilisée comme culture, est arrivée en Polynésie des siècles avant que les marins européens n’atteignent le Pacifique, rappelle Alexander Ioannidis. En outre, le nom de la patate douce, dans de nombreuses langues polynésiennes, kumara, ressemble au nom autochtone utilisé pour la désigner dans certaines langues du nord-ouest de l’Amérique du Sud. »

    N’est-il pas trop beau pour être vrai que le signal le plus fort d’un héritage génétique d’origine amérindienne – provenant des Zenu de Colombie – pointe vers Fatu Hiva, vers 1150 après J.-C., là même où Heyerdhal a été happé par les légendes insulaires ? « Ce n’est pas une coïncidence totale, puisque cette île a été incluse dans notre base de données en partie à cause de ces légendes, répond Alexander Ioannidis. Nous avons trouvé un signe de contact sur Fatu Hiva, là où nous avons cherché, mais il y a beaucoup d’autres îles des Marquises et des Tuamotu qui ne figurent pas dans notre base de données, si bien que nous ne pouvons donc pas dire avec certitude où le contact a eu lieu précisément. »

    La « marge d’approximation » de la génétique

    L’étude de Nature évoque la « possibilité intrigante » que les Amérindiens aient été les premiers à s’installer à Fatu Hiva, et que des navigateurs venus de l’ouest soient arrivés en second lieu. Mais l’alternative a la préférence d’Alexander Ioannidis : « Je pense qu’il est plus probable que des Polynésiens aient atteint les Amériques, étant donné leur technologie de voyage et leur capacité démontrée à parcourir des milliers de milles en haute mer, ce qu’ils faisaient avec succès, à cette époque, à la recherche de nouveaux territoires insulaires. » Un voyage de cette nature a été recréé en 1976 par l’expédition, d’Hawaï à Tahiti, du Hokulea, un bateau polynésien traditionnel, bien plus manœuvrant qu’un radeau de balsa.

    « Il est également possible que certains Amérindiens, qui disposaient de bateaux empruntant la route commerciale côtière de l’Equateur-Colombie vers la Méso-Amérique, aient dérivé dans l’océan Pacifique et, portés par les courants équatoriaux, aient atteint les Tuamotu, convient Alexander Ioannidis. C’est exactement là qu’Heyerdahl a débarqué lors de son voyage de dérive reconstitué avec le Kon-Tiki depuis l’Amérique du Sud. » Mais l’hypothèse d’une découverte précolombienne des Amériques par d’aventureux Polynésiens reste pour lui plus convaincante.

    « Le sujet est vraiment fascinant ! », commente Vincent Lebot (Cirad) qui, en 2013, avait dirigé une étude génétique sur la diffusion de la patate douce dans le Pacifique, laquelle appuyait déjà fortement l’hypothèse de transferts du tubercule depuis l’Amérique du Sud (région du Pérou et de l’Equateur) vers la Polynésie. Il estime que la méthodologie et les marqueurs génétiques décrits dans Nature sont « suffisamment solides pour révéler des échanges entre deux populations qui étaient, à cette époque, suffisamment distantes génétiquement. » Lui aussi penche pour l’hypothèse d’un aller-retour de Polynésiens en Amérique, qui « auraient ramené avec eux des femmes ou des marins amérindiens ». Il note cependant que la génétique laisse « une marge d’approximation » concernant la datation de ces échanges, et salue le fait que les auteurs eux-mêmes mentionnent les limites de leur modèle.

    Héritage génétique indéchiffrable

    Jusqu’alors, l’hypothèse d’une origine amérindienne des Polynésiens avait été essentiellement testée sur les habitants de l’île de Pâques (les Rapa Nui), précisément parce qu’elle est la plus proche du continent américain (3 525 km des côtes chiliennes, tout de même), et distante de plus de 2 000 km de Pitcairn, la première île habitée vers l’ouest. L’héritage génétique de ses habitants était particulièrement indéchiffrable, du fait d’échanges, au XIXe siècle, avec des navigateurs d’origines européenne et amérindienne (peuples chiliens précolombiens). Les analyses ADN apportaient des résultats contradictoires sur une influence amérindienne antérieure.

    Une indécision tranchée par l’étude de Nature : « La composante amérindienne préhistorique sur Rapa Nui, sur laquelle tant de recherches ont porté, est probablement issue d’un événement de contact non pas sur Rapa Nui, mais quelque part en amont dans le processus de colonisation polynésienne des îles du Pacifique », y lit-on. L’arrivée d’ADN amérindien sur l’île de Pâques est datée de 1380.

    Combien d’individus ont-ils été impliqués dans ces croisements dont la trace génétique ténue s’est conservée et diffusée si largement dans l’immensité du Pacifique ? « Nous ne pouvons pas le dire, mais nous pouvons dire que l’ascendance amérindienne sur les différentes îles étudiées a été héritée des mêmes ancêtres, répond Alexander Ioannidis. Tous les ancêtres amérindiens préeuropéens proviennent également de la même région du nord de l’Amérique du Sud et datent d’à peu près la même époque. Cela nous amène à penser qu’une seule expédition a permis d’apporter ces ancêtres sur une île de la Polynésie orientale. Puis, lorsque les dernières îles polynésiennes éloignées ont été colonisées (comme l’île de Pâques), cette trace ancestrale a été portée vers ces nouveaux territoires avec les nouveaux colons, dans leur ADN désormais combiné. »

    « La nouvelle étude de Ionnidis et al. est passionnante et les résultats sont très convaincants, estime le paléogénéticien Lars Fehren-Schmitz (Université de Californie, à Santa Cruz), qui avait pourtant publié, en 2017, une étude excluant tout apport génétique amérindien avant l’arrivée des Européens sur l’île de Pâques. L’idée de déplacer l’attention de Rapa Nui vers d’autres communautés de Polynésie orientale me paraît logique, étant donné que même l’expérience de Thor Heyerdahl ne l’a pas conduit à Rapa Nui. Je suis particulièrement enthousiaste quant à leur hypothèse selon laquelle un flux génétique pourrait provenir de groupes vivant dans le nord de l’Amérique du Sud-Amérique centrale. »

    Pour lui, la preuve la plus convaincante de l’ascendance amérindienne chez des individus des communautés insulaires viendra, in fine, de l’analyse d’ADN ancien prélevé sur des squelettes datant de l’époque préeuropéenne. « Mais c’est aux communautés de ces îles de décider si cette question les intéresse », conclut-il.

    Hervé Morin

    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2020/07/08/des-croisements-anciens-entre-polynesiens-et-amerindiens-mis-en-evidence-par

    #anthropologie #génétique #Amérindiens #Amérique #Polynésie #Pacifique

  • PORTFOLIOS En Italie, la coopérative des migrants

    Non loin de Rome, en #Italie, des immigrés d’Afrique subsaharienne ont créé en 2012 leur propre coopérative afin de subvenir à leurs besoins. Ils étaient #migrants sans papiers, exploités dans des coopératives agricoles, notamment près de Rosarno où en 2010 éclata une révolte de ces ouvriers après l’agression raciste contre l’un d’eux. Aujourd’hui, la #coopérative #Barikama produit des yaourts et légumes bio. La vente permet à chaque coopérateur de recevoir un salaire.

    https://www.mediapart.fr/studio/portfolios/en-italie-la-cooperative-des-migrants

    #autoproduction #centre_social #Rome

  • Perú Negro

    Afro-Peruvian music, also known as “música criolla”, finds its roots in West African music, Spanish and European genres and native musical traditions from Peru. After a long struggle to preserve it through oral means over generations, a renewed interest in those rhythms and melodies arose in the 1950s.

    The dance company Perú Negro won the main award at 1969’s Festival Hispanoamericano de la Danza y la Canción, and a few years later their repertoire was included in this album, a key record in Afro-Peruvian culture which introduced música criolla to a wider audience.

    https://vampisoul.bandcamp.com/album/per-negro

    Perú Negro is an Afro-Peruvian musical ensemble founded in 1969 to celebrate and preserve Peru’s black culture and música #criolla. Ronaldo Campos de la Colina founded the Lima-based group with 12 family members. The group has been appointed by the government of Peru as the “Cultural Ambassadors of Black Peru.” When Ronaldo Campos died in 2001, his son Rony Campos took over the direction of the troupe. Today, the group has over 30 members and a youth troupe, Peru Negrito. The group’s album, Sangre de un Don led to the first ever U.S. tour in 2002. In 2005 the group was honored with two Grammy nominations for their second US album, Jolgorio. The first nomination came through the Latin Grammys’ traditional music category and the second for the Grammy’s World Music category and in 2008 the group received another Grammy nomination for their album Zamba Malato. In 2010, the group teamed up with famed Peruvian singer, Eva Ayllon to record the album 40 years of Afro Peruvian Classics. The collaboration led to a Latin Grammy Nomination for Best Folk Album.

    https://en.wikipedia.org/wiki/Perú_Negro

    #peru #Afro_Péruvien #musique

    • As Brazil’s confirmed overall death toll from Covid-19 passes 50,000, the virus is scything through the country’s indigenous communities, killing chiefs, elders and traditional healers – and raising fears that alongside the toll of human lives, the pandemic may inflict irreparable damage on tribal knowledge of history, culture and natural medicine.

      The Munduruku people alone have lost 10 sábios, or wise ones. “We always say they are living libraries,” said Alessandra Munduruku, a tribal leader. “It’s been very painful.”

      The victims include prominent figures such as Paulinho Paiakan, a Kayapó leader who fought alongside rock star Sting against the Belo Monte dam.

      The indigenous organisation Apib has logged at least 332 Covid-19 deaths, and 7,208 coronavirus cases across 110 communities. “We are facing extermination,” said its executive coordinator, Dinamam Tuxá.

      Indigenous leaders such as Tuxá say the government of the far-right president, Jair Bolsonaro, is failing to protect the country’s 900,000 indigenous people – many of whom live in small communities, where dozens often share the same house.

      #Brésil #culture_vernaculaire

  • Dans le secret de « la Famille », une communauté religieuse très discrète en plein Paris
    https://pastebin.com/ySSgRJpu

    La Famille, c’est le nom de cette communauté basée dans l’est de Paris, dont les 3000 membres ne se marient qu’entre eux. Pour la première fois, certains témoignent, et dénoncent un fonctionnement sectaire.
    Une fête religieuse célébrée par la communauté à Villiers-sur-Marne, aux Cosseux. La Famille compte 3000 membres, mais seulement huit patronymes.
    , Nicolas Jacquard

    Juste avant un coup de tronçonneuse (?), une des branches de cette secte qui a réussi, le catholicisme.

    #catholicisme #secte

  • Vous connaissez l’Histoire de #MOVE, ou comment une lutte antiraciste initialement pacifiste a fini bombardée par la police à #Philadelphie, le 13 mai 1985, tuant 11 personnes dont 5 enfants et laissant volontairement bruler tout un morceau de quartie ? Non ? Moi non plus, je l’ai découverte il y a peu grâce à ce fil twitter de @hegurgurk : https://twitter.com/hegurgurk/status/1266521204099186688


    Ce qu’en explique un peu trop succinctement wikipedia est déjà terrible. Au commencement étaient des humains qui ont voulu se réapproprier leurs racines & leurs choix : retour à la simplicité, faire sécession avec un monde consumériste forcément esclavagiste : https://fr.wikipedia.org/wiki/MOVE_(organisation)
    Je ne vais pas faire mine d’avoir tout compris, alors je vais poser ci-dessous des liens qui ont été cités comme des ressources solides pour comprendre comment une communauté pacifiste, harcelée, a fini par craquer et comment la répression absolument raciste s’est déchainée
    « Le jour où la police a bombardé une rue de la ville : les cicatrices des atrocités de Move en 1985 peuvent-elles être guéries ? »
    Dû au mandat pour menaces terroristes, émeute et conduite désordonnée, le flic n’a pas hésité à bombarder, comme il l’explique sereinement.
    Ça vous rappelle quelque chose ?
    The day police bombed a city street : can scars of 1985 Move atrocity be healed ? | US news | The Guardian
    https://www.theguardian.com/us-news/2020/may/10/move-1985-bombing-reconciliation-philadelphia
    https://i.guim.co.uk/img/media/a5eb407b5e1801cdd9274d064131f2fd5b0a362d/0_38_1962_1177/master/1962.jpg?width=1200&height=630&quality=85&auto=format&fit=crop&overlay-ali
    Ici, un documentaire très complet, avec des extraits du procès, des documents d’époque, où on prend toute la mesure du fossé entre les jugeants, majoritairement blancs, et les espérants en une autre société, auto-déterminée, autour de John Africa : https://www.youtube.com/watch?v=vpbGgysqE4c

    Sur la libération de Delbert Orr Africa, une des « 9 de MOVE » arrêtés lors d’un raid policier ultra-violent contre leur communauté, et lors duquel un policier a été tué dans des circonstances jamais élucidées, ainsi qu’un des bébés de la communauté : https://www.theguardian.com/us-news/2020/jan/18/move-9-delbert-orr-africa-released-prison
    Le dernier des prisonnier, Chuck Africa, a été libéré il y a ... 4 MOIS, le 7 février dernier, après 42 ans de détention !
    Voici sa page sur le site de la communauté :
    http://onamove.com/move-9/chuck-africa
    Liens après liens, je fini par tomber sur ce site consacré entièrement à l’histoire de #MOVE, avec une version en français : http://move-thestory.com/accueil.html
    Un quartier incendié par la police, 11 morts dont 5 enfants, 9 membres emprisonnés à la peine maximum, dont 2 meurent en prison.

    Voyons maintenant ce que disent les personnes ulcérées de la chanson commémorative de Camelia Jordana, reprenant les paroles des #Black_Panters, "Revolution has come, time to pick up the gun" : devant le même type de communication, mais venant d’un groupe de Blancs, prêts à tout pour défendre ses membres, dans un pays où les armes sont un droit constitutionnel :

    « Revolution has come, time to pick up the gun »
    https://youtube.com/watch?v=g45WYJn9Fdg


    #BlackPanther,1968
    #BlackLivesMatter

    (reprise d’un fil twitter initialement publié ici : https://twitter.com/ValKphotos/status/1268165470601052161 et auquel @colporteur m’a fait penser là https://seenthis.net/messages/737030#message858280 avec la complicité involontaire de @sinehebdo ...)

  • Trump, la mafia et la Maison-Blanche
    https://www.nouvelobs.com/monde/20200606.OBS29782/trump-la-mafia-et-la-maison-blanche.html

    Dans une enquête formidable titrée « Un parrain à la Maison-Blanche », le journaliste d’investigation Fabrizio Calvi raconte les liens entre la mafia et le milliardaire devenu président des Etats-Unis.

    • Jamais, dans l’histoire des États-Unis, un chef de l’Etat n’a été aussi véreux. Compromis avec l’extrême-droite, mouillé avec les Russes, en affaire avec les Saoudiens, Donald Trump brise toutes les conventions, les garde-fous et les habitudes de la fonction : de plus, comme le révèle le journaliste d’investigation Fabrizio Calvi dans son livre passionnant, « Un parrain à la Maison Blanche » (Albin Michel), Trump a toujours traité avec le crime organisé. Constructions édifiées avec l’aide de la mafia italienne, prêts consentis par des banques louches ou carrément dévoyés, flux d’argent en provenance de la délinquance moscovite… Au fil des pages, on découvre un aigrefin toujours prêt à vendre ses proches et à optimiser ses avantages financiers. Fabrizio Calvi, au cours d’une enquête formidable, a rassemblé témoignages et dossiers. Il brosse le portrait d’un homme sans scrupule qui a réussi à échapper à la justice depuis cinquante ans. Parvenu au sommet du pouvoir, peut-il rester impuni ? S’il est élu en novembre 2020, il sera hors d’atteinte. Perdant, il risque de finir sa vie en prison. L’enjeu ? L’Amérique.

      Les relations de Donald Trump avec la mafia sont anciennes, semble-t-il.

      Oui. Ce sont des relations familiales. Le grand-père de Donald Trump, Frederick Trump, travaillait avec la criminalité organisée, il avait des bordels à l’époque de la ruée vers l’or, à la fin du XIXe siècle. Le père Trump, Fred, s’est associé avec des mafieux proches de Lucky Luciano, afin de construire certains de ses immeubles. Donald, lui, est resté dans cette tradition, notamment grâce à son avocat et mentor, Roy Cohn, lequel était aussi l’avocat de McCarthy et de la mafia. Cohn était un être éminemment maléfique. La première affaire de Donald Trump, en 1976, lui a été apportée par Roy Cohn : Trump devait servir d’homme de paille pour racheter l’un des hôtels de la mafia − le « Fontainebleau » − à Miami. En fait, Cohn agissait pour le compte d’un parrain, Meyer Lansky, l’un des fondateurs de la mafia américaine. Lansky a servi de modèle à Coppola, qui le représente sous le nom de Hyman Roth dans « Le Parrain 2 », et qui le filme à Cuba, avec tous les chefs des familles mafieuses, et lui fait dire : « Maintenant, nous sommes plus puissants que General Motors. » J’ai retrouvé un agent du FBI qui a enquêté sur Trump dans ces années-là, et qui a interrogé Trump sur cette relation. Que Trump n’a pas niée.

      Mais cette affaire ne s’est pas faite. En revanche, Trump est carrément mouillé par la suite ?

      Son implication avec la mafia italienne va se préciser à New York, car c’est une ville où il est impossible de construire sans avoir recours à la mafia. Roy Cohn met Trump en contact avec Fat Tony Salerno, qui est un sous-chef de la famille Genovese, et qui contrôle les syndicats d’ouvriers du bâtiment. Pour construire la Trump Tower, Donald Trump utilise du béton préfabriqué. Or, à New York, on ne peut rien entreposer en ville, il faut tout amener. Le béton liquide est donc acheminé dans des bétonnières qui tournent, et doivent arriver à une heure précise. S’il y a du retard, le béton fige dans les camions. Or, les syndicats peuvent décider d’arrêter tout. Les Teamsters, justement, viennent de lancer un vaste mouvement de grève. Du coup, Trump passe un accord avec John Cody, l’un des dirigeants des Teamsters, en lui faisant cadeau de trois appartements de la tour, en échange de la paix sociale. Valeur : 10 millions de dollars (soit cinq fois plus en dollars 2020)… De plus, les sociétés de béton sont toutes contrôlées par Fat Tony Salerno, lequel a fini par être condamné en 1987 à 100 ans de détention, et il est mort en prison. J’ai retrouvé la maîtresse de Cody, Verina Hickson, qui coule des jours heureux en Suisse… C’est elle qui a acheté les trois appartements de la Trump Tower, pour le compte de Cody. Quand ce dernier a été condamné, Trump a attaqué Verina Hickson mais on ne sait pas qui a récupéré ces appartements. Dans la Trump Tower, tout est très obscur… Il y a 1 300 ventes suspectes dans cet immeuble, c’est dire. On pense que ce sont des opérations de blanchiment de la mafia italienne ou de la mafia russe.

      Mêmes opérations à Atlantic City, avec les casinos ?

      C’est encore plus flagrant. Donald Trump engage alors un syndicaliste mafieux, Daniel Sullivan. Lequel est un informateur du FBI. Trump, par son intermédiaire, va voir le FBI et explique qu’il compte s’installer à Atlantic City, ville entièrement contrôlée par la mafia. Il propose une opération d’infiltration, et le FBI accepte. Trump n’achète pas de terrain pour la construction de son premier casino, mais le fait acheter par la mafia, et s’installe en location. Parmi les mafieux qui lui servent d’intermédiaires, il y a Daniel Sullivan. Trump achète cependant un parking à côté, propriété qui sera mise au nom de la secrétaire de son avocat. Le Plaza, son premier casino, voit ainsi le jour, avec la bénédiction du FBI. Trump aura par la suite plusieurs casinos qui finalement feront tous faillite.

      C’est alors que la famille Colombo intervient ?

      On sait que Trump travaille alors avec la famille Genovese, de façon privilégiée. Mais il a des contacts avec la famille Gambino, et avec les Colombo, qui contrôlent certains syndicats. C’est ainsi qu’il entre en contact avec Vito Pitta, président du conseil des métiers de l’hôtellerie. Et on remarque que, lors des grèves qui paralysent souvent Atlantic City, les casinos Trump sont toujours épargnés. Les deals passés avec les Colombo ont été payés au prix fort… avec l’argent des banques.

      A quel moment Trump est-il passé de la mafia italienne à la mafia russe ?

      En 1986. À ce moment-là, Trump arrête de construire, car il est trop endetté. Plus personne ne veut lui avancer de l’argent. Atlantic City est un gouffre financier insensé, à la fois à cause des sommes versées au crime organisé, et aussi à cause de la folie des grandeurs de Trump, qui veut toujours faire les plus beaux, les plus grands casinos. Il a désespérément besoin d’argent. C’est le moment où les Russes débarquent à Brooklyn, avec des milliards à blanchir. Qui vont-ils trouver comme interlocuteur privilégié ? Donald Trump. Un modeste commerçant de fournitures électroniques, Semyon Kislin, qui compte parmi ses clients des membres du Politburo, vend des centaines de téléviseurs pour l’un des hôtels de Trump. On le soupçonne de travailler pour le KGB et, aussi, pour la mafia. Tout naturellement, l’un des appartements de la Trump Tower sera vendu à David Bogatin, l’un des envoyés spéciaux du parrain des parrains russes, Semion Mogilevich.

      Quel est le rapport avec la Deutsche Bank, la banque privilégiée de Trump ?

      Trump a une idée géniale : il franchise son nom. Il va trouver des promoteurs qui achètent, construisent, et qui, en échange du nom de Trump, vont céder 20 ou 30 %. Toutes les grandes banques américaines refusent de travailler avec lui. Un seul établissement, la Deutsche Bank, qui vient de débarquer sur le marché américain, accepte ce client. Cette banque est divisée en plusieurs branches qui ne communiquent pas entre elles, industrie, immobilier, titres, etc. Trump profite de cet éparpillement. Il commence par un prêt immobilier pour un immeuble à Greenwich Village, puis demande un deuxième prêt pour un casino − sauf qu’on s’apercevra plus tard que la signature est falsifiée. On le blackboule, alors. Il passe alors au secteur des titres, et a l’idée de créer des junk bonds sur ses immeubles. Mais ces bonds ont du mal à être vendus. Pour stimuler les traders de la Deutsche Bank, Trump leur promet un séjour d’une semaine dans son club à Mar-a-Lago. Les traders finiront par lever 200 millions de dollars. Deux ans plus tard, Trump a fait défaut. Les junk bonds n’ont jamais été remboursés. Trump passe à un autre secteur de la Deutsche Bank, et obtient un nouveau prêt. On s’est interrogé sur l’apparente incompétence de cette banque… Au final, quand Trump arrivera à la Maison Blanche, il aura une dette de l’ordre de deux milliards de dollars. On s’aperçoit que la plupart des emprunts consentis à Trump sont issus d’une banque russe liée à Poutine, qui traite avec la Deutsche Bank. Derrière le circuit financier qui mène à Trump, se profilent les ombres du FSB et de Poutine.

      Donc, Trump serait un pion russe ?

      C’est ce que disent les anciens directeurs du FBI et de la CIA, qui qualifient Trump d’« asset » russe. Est-il un asset volontaire on involontaire ? La question se pose, au vu de la politique étrangère de Trump. Il est quand même arrivé à faire revenir les Russes en Amérique Latine, notamment au Venezuela. Il a même communiqué aux Russes des informations très secrètes, fournies par les Israéliens.

      Comment un personnage comme Félix Sater entre-t-il en scène ?

      Sater est un personnage qui a plusieurs vies. Il est l’un des acteurs de Wall Street, il travaille pour la CIA et le FBI, il fréquente des types louches, dont des tueurs de la famille Bonnano et des soldats de la famille Genovese. À la suite d’une bagarre dans un bar, il manque d’égorger un homme, il va en prison, il passe dans des sociétés véreuses, il repart à Moscou, il prend contact avec les services secrets, est recruté par les Américains pour lesquels il rachète les missiles Stinger en Afghanistan. Il travaille pour Trump, se fait imprimer des cartes de visite « Conseiller principal de Donald Trump » et est en relation avec l’avocat Michael Cohen. Il organise les voyages des enfants Trump à Moscou et participe à des négociations avec l’Ukraine. C’est donc l’un des principaux acteurs dans la saga Trump-Poutine.

      En entrant à la Maison Blanche, Trump a-t-il rompu ses contacts avec la mafia ?

      Le Parrain est à la Maison Blanche. Trump fait des affaires, certes, mais il aime qu’il y ait un bonus. Ce bonus, c’est qu’il faut qu’il ait l’impression de voler quelque chose. Le FBI, aujourd’hui, s’est en partie retourné contre lui. On a vu l’affrontement entre les pro-Trump et les anti-Trump lors de l’enquête de Robert Mueller… Dans ces conditions, il est difficile de rester en contact avec des mafieux, pour Trump lui-même. Son organisation industrielle s’en charge. Celle-ci est toujours en rapport avec La Deutsche Bank et avec les Russes… Les affaires continuent.

      Qu’est ce qui explique son impunité ?

      Il est malin. À partir d’un certain moment, Trump a su trouver les protections nécessaires. Quand Roy Cohn est mort du Sida en 1986, il s’est tourné vers l’un des hommes les plus puissants, Rudy Giuliani, procureur du district Sud de Manhattan. C’était le paladin de la lutte anti-mafia, alors. On s’est aperçu qu’en fait, alors qu’il inculpait Fat Tony Salerno, Giuliani protégeait Trump. Notamment dans l’affaire de la fausse signature avec la Deutsche Bank. Giuliani a laissé tomber ce dossier, en échange de quoi Trump l’a soutenu à l’élection de la mairie de New York… D’un autre côté, il y a le FBI. Certains agents m’ont assuré que Trump était l’un des informateurs privilégiés de l’un des anciens directeurs du FBI, James Kallstrom. Aujourd’hui, passé au privé, ce dernier est l’un des défenseurs les plus fervents de Trump. Tout cela explique l’impunité.

      Pourquoi le rapport Mueller n’a pas eu plus d’effet ?

      Le rapport est dévastateur pour Trump. Mais le président et son ministre de la justice, Barr, ont su parfaitement riposter. Ils ont refusé de publier le rapport en totalité, puis l’ont étouffé, d’une certaine manière. Je l’ai lu, et c’est accablant. Trump ne sera pas toujours président, et là, il est permis de penser que la justice le rattrapera. Mais la plupart des affaires sont prescrites et l’une d’entre elles, cependant, risque d’émerger.

      Laquelle ?

      Lors de la construction de la Trump Tower, des équipes de Polonais clandestins ont été employées. Ces employés ont désamianté à mains nues le bâtiment précédent. L’amiante a été transporté dans des camions non bâchés, la nuit, qui versaient tout dans l’Hudson ou dans des décharges sauvages. Le Clean Air Act ne prescrit pas ces actions. Trump peut donc être attaqué sur ces types d’affaires, mais encore faut-il qu’il y ait une volonté d’attaquer… Car, ne l’oublions pas, en cinquante ans, Trump n’a jamais été déféré devant la justice.

      Vous imaginez qu’il soit réélu ?

      Allez savoir. Son électorat est stable. Le danger, c’est la violence. À la tête de l’État, vous avez cet homme qui a d’énormes sympathies pour l’extrême-droite, et certains de ses conseillers sont issus de cette mouvance. Tout va se jouer sur les swing states, et les Russes ont déjà lancé une opération en faveur de Trump. Tout est possible, mais on va probablement vivre une période de tension très forte. Pour Trump, la politique, comme les affaires, c’est la guerre. Il est prêt à aller jusqu’au bout.

      François Forestier

      Dans une enquête formidable titrée « Un parrain à la Maison-Blanche », le journaliste d’investigation Fabrizio Calvi raconte les liens entre la mafia et le milliardaire devenu président des Etats-Unis.

  • Les réseaux sociaux russes, lanceurs d’alerte de la catastrophe de #Norilsk

    Le 3 juin, le président russe Vladimir Poutine a déclaré l’#état_d’urgence au niveau fédéral, après la fuite le 29 mai d’au moins 20 000 tonnes de #diesel dans une rivière du Grand Nord. La catastrophe a été provoquée par l’effondrement d’un réservoir de la #centrale_thermique de Norilsk, en #Sibérie orientale.

    À Vladimir Potanine, dirigeant de l’entreprise en cause Norilsk Nickel (premier producteur de nickel au monde), le chef du Kremlin a adressé les reproches suivants : « Pourquoi les agences gouvernementales n’ont-elles été mises au courant que deux jours après les faits ? Allons-nous apprendre les situations d’urgence sur les réseaux sociaux ? »

    Ce sont en effet des vidéos postées par des citoyens sur les #réseaux_sociaux qui ont alerté les autorités sur le drame. Depuis des années en Russie, ils constituent un canal de communication important pour les experts et les écologistes qui cherchent à alerter sur les #catastrophes_industrielles et les conséquences du #changement_climatique. Cela offre à la #société_civile une mine d’informations et un espace où s’expriment les critiques sur le manque d’action et d’anticipation de l’État et des entreprises face à ces situations d’urgence.

    Cette nouvelle catastrophe a suscité grâce aux réseaux une attention médiatique nouvelle, pour ces régions isolées où des drames écologiques se jouent régulièrement.
    https://www.youtube.com/watch?v=0kakLGwXGzM&feature=emb_logo

    Un temps précieux perdu

    Précisons que la catastrophe du 29 mai est particulièrement préoccupante. Plus encore que le pétrole, le diesel est extrêmement toxique et les sauveteurs de #Mourmansk, spécialisés dans la #dépollution, ne sont arrivés sur place que 40 heures après la catastrophe du fait du délai entre la survenue de l’#effondrement et l’alerte. Un retard qui n’a permis de récupérer qu’une infime quantité de diesel.

    La majeure partie du carburant a coulé au fond de la rivière #Ambarnaïa et déjà atteint le #lac_Piassino. Le #carburant est en train de se dissoudre dans l’#eau ce qui rend sa collecte difficile et il n’est pas non plus envisageable de le brûler, ce qui libérerait des substances toxiques en quantité trop importante.

    L’#Arctique ne compte par ailleurs ni route ni réservoir pour collecter les #déchets. En construire près des zones polluées est impossible, la #toundra étant marécageuse et impraticable. Les sites de déversement ne sont donc atteignables que par hélicoptère et l’été dans l’Arctique étant très court, le temps presse.

    Rappelons que le #Grand_Nord fait continuellement la triste expérience de la #pollution par le #pétrole, lors de son exploitation et de son acheminement.

    Succession de catastrophes

    La région de Norilsk n’en est en effet pas à son premier #désastre_écologique. Dans cette zone industrielle, les #rivières revêtent déjà toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, non seulement à cause des #hydrocarbures mais également d’autres #activités_industrielles (rejets de #métaux_lourds et de #dioxyde_de_souffre de la #mine de #nickel et du centre industriel métallurgique).

    Convoquée à l’occasion de la fuite massive, la mémoire d’Internet met en lumière les catastrophes passées. En 2016, la rivière #Daldykan à Norilsk avait elle aussi pris un aspect rouge. Les autorités locales et fédérales et les médias locaux avaient alors gardé le silence pendant plusieurs jours. Après avoir nié l’accident, #Norilsk_Nickel avait fini par l’admettre une semaine plus tard tout en assurant que le phénomène ne présentait aucun danger pour l’#environnement. Sous la pression de la société civile locale, images à l’appui, les autorités avaient été poussées à ouvrir une enquête.

    Et il y a seulement trois mois, le 4 mars, dans la même région, près de 100 tonnes de diesel se répandaient dans les glaces de la rivière #Angara après la rupture d’un #pipeline.

    Ces catastrophes lointaines, qui surviennent dans des régions peu peuplées, n’attirent généralement pas l’attention médiatique. Celle de Norilsk, par son ampleur et sa portée internationale, suscite une prise de conscience nouvelle.

    État incapable et entreprises négligentes

    La catastrophe réveille les débats sur les réseaux sociaux russes autour de la gestion du risque environnemental et l’absence totale de responsabilisation des entreprises polluantes en Russie. Les principes de pollueur-payeur, de prévention et de précaution, si difficiles à faire appliquer en France, n’y existent tout simplement pas.

    Les monstres de l’industrie (pétrole, gaz naturel et divers métaux) échappent au contrôle de l’État. Pour preuve, les services d’inspection fédéraux n’ont même pas été admis sur place par les vigiles de Norilsk Nickel, comme l’a déploré Svetlana Radionova, la responsable du Service fédéral de contrôle des ressources naturelles et de la protection de l’environnement, le 30 mai dernier sur son compte Facebook.

    Cette fuite constitue pourtant la plus grande catastrophe environnementale qu’a connue l’Arctique. Dans cette région, la #décomposition_biologique des produits issus du pétrole est extrêmement lente et pourrait prendre au moins 10 ans. Un drame qui aura des répercussions sur les milieux arctiques, déjà très vulnérables : comme l’expliquait en 2018 la géographe Yvette Vaguet,« Les #lichens peuvent nécessiter jusqu’à 30 ans pour repousser et un saule nain peut ici être vieux d’un siècle ».

    Fonte du #permafrost et catastrophes industrielles

    Depuis des années, des chercheurs spécialistes de l’Arctique tentent d’alerter via les réseaux sociaux, faute d’une prise de conscience dans la classe politique. On ne compte plus les dommages causés par le changement climatique aux écosystèmes : les feux de forêt se multiplient, la couverture neigeuse diminue fortement et l’épaisseur de la glace dans la #mer_de_Kara rétrécit de plus en plus rapidement – elle a commencé cette année à fondre un mois plus tôt que d’habitude.

    Les régions de Russie à permafrost, cette combinaison de glace et de terre qui représente environ 60 % de la masse terrestre du pays, ne peuvent plus supporter la même charge que dans les années 1980. Or la plupart des structures construites à l’époque soviétique pour l’exploitation des ressources n’ont jamais été remplacées, alors même que le problème est connu de longue date.

    Dans la région de Norilsk, la fonte du permafrost entraîne donc l’affaissement des installations, comme l’avait déjà alerté un rapport du ministère des Ressources naturelles et de l’Environnement, publié en 2018. La catastrophe du 29 mai en est la conséquence directe, provoquée par l’effondrement d’un des piliers du réservoir que la compagnie n’avait jamais remplacé depuis 1985.

    La #faune et la #flore du Grand Nord menacées

    Parmi les avertissements adressés par les chercheurs sur les réseaux sociaux, une préoccupation revient régulièrement, celle des effets du changement climatique et des activités humaines sur la faune et la flore du Grand Nord.

    La région de #Taimyr, dont Norilsk est la capitale, a déjà déploré la disparition d’un emblématique renne sauvage : en l’espace de 15 ans, 40 % des animaux du plus grand troupeau sauvage de rennes au monde ont disparu.

    En cette période de crue printanière, le diesel répandu par la catastrophe va imprégner tous les pâturages de #cerfs de la plaine inondable. Or la #chasse – au #cerf notamment – constitue avec la #pêche le principal moyen de subsistance des peuples indigènes de Taimyr. Sur les sites et les pages Internet où échangent ces populations, l’inquiétude est palpable. Gennady Shchukin, chef de la communauté #Dolgan, militant et adjoint du conseil de district #Dolgano-Nenets, a d’ailleurs publié sur les réseaux sociaux une lettre adressée au président Poutine et à différents hauts fonctionnaires pour réclamer une enquête publique et transparente et faire part de sa préoccupation.

    « Les cerfs ne survivront pas lorsqu’ils traverseront la rivière. Le diesel se déposera sur le corps de l’animal. Il ne survivra pas à l’hiver. L’animal ne pourra pas se débarrasser de ce film, et il ne pourra pas se réchauffer. Nous ne pourrons pas non plus vendre cette viande car elle aura une odeur de diesel. Les cerfs mourront et se décomposeront dans cette mer de diesel, dans la toundra. Le même sort attend les oiseaux et les poissons de l’Arctique. »

    Une autre voix, celle d’Alexander Kolotov, président de l’ONG écologiste Plotina.Net, résume ainsi la situation.

    « Je pense qu’un déversement de diesel de cette ampleur montre que nous ne disposons pas actuellement de technologies suffisamment sophistiquées pour faire face à des catastrophes d’une telle ampleur. Et cela soulève la question suivante : dans quelle mesure devrions-nous continuer à envahir et vouloir dompter l’Arctique, si nous ne pouvons faire face à la catastrophe ? »

    Sur l’Internet russe, des informations circulent, des alertes sont lancées, des critiques sont adressées. On y découvre effectivement les situations d’urgence… mais aussi l’histoire des catastrophes industrielles d’une région, leurs effets à long terme et l’incurie de l’État en la matière.

    https://theconversation.com/les-reseaux-sociaux-russes-lanceurs-dalerte-de-la-catastrophe-de-no
    #peuples_autochtones

  • Covid-19 : le « Lancetgate » révèle des failles de l’édition scientifique
    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2020/06/15/covid-19-le-lancetgate-revele-des-failles-de-l-edition-scientifique_6042946_

    Comment une petite société américaine est parvenue à accéder à un des plus grands journaux médicaux, et à travers lui, à infléchir la politique sanitaire d’un pays comme la France.

    Quelle sera la place de Sapan Desai au panthéon de l’inconduite scientifique ? Devra-t-on le classer au rayon des fraudeurs patentés, ou plutôt à celui des arrivistes aux données frelatées ? Ce médecin et entrepreneur américain, fondateur d’une obscure société, Surgisphere, est en tout cas parvenu, en quelques semaines, à cosigner des études sur le Covid-19 dans deux des plus prestigieuses revues médicales – le New England Journal of Medecine (NEJM) puis The Lancet – fondées sur des données de santé qu’il dit avoir collectées auprès d’hôpitaux du monde entier. Et ainsi à infléchir la politique sanitaire d’un pays comme la France – qui a abrogé l’usage de l’hydroxychloroquine contre le nouveau coronavirus –, et à faire suspendre des essais cliniques internationaux sur cette molécule, au plus fort d’une pandémie mondiale. Avant de choir de ce piédestal, ses données mises en cause, sa réputation en pièces et ses articles rétractés.

    Cette ascension et cette chute-éclairs mettent à nu certains des ressorts intimes de la recherche et interrogent sur la faillibilité du contrôle qualité dans la diffusion de la production scientifique, à la fois bien public et secteur économique hyperconcurrentiel. D’autant que s’ajoute à cette fable du « Lancetgate » un ingrédient, l’hydroxychloroquine, qui hystérise tout ce qu’elle touche.

    Sapan Desai, l’insaisissable
    Qui donc est Sapan Desai ? Insaisissable, le personnage nettoie aujourd’hui sa légende sur les réseaux sociaux et les sites Internet – celui de sa société Surgisphere est désormais suspendu –, comme pour cacher ses frasques et brouiller les pistes. Il n’a pas répondu à nos sollicitations. Agé de 41 ans, il est diplômé de médecine de […]

    #paywall

    • [...] Agé de 41 ans, il est diplômé de médecine de l’université de l’Illinois en 2006. L’année suivante, alors qu’il se spécialise en chirurgie vasculaire à l’université Duke, il crée Surgisphere, une société destinée à diffuser des manuels médicaux. En 2010, il fonde le Journal of Surgical Radiology, dont la parution cesse en 2013, alors même qu’il revendique 50 000 abonnés et près d’un million de pages vues par mois – « ce qui l’aurait placé dans l’élite de l’édition universitaire », ironise la revue Science. Le médecin, qui a passé un MBA en gestion de la santé à Salt Lake City, se serait alors réorienté vers la gestion de données hospitalières.

      Voici comment il se présente à travers la plate-forme Crunchbase : « Il est le visionnaire derrière QuartzClinical, une plate-forme d’analyse des données de santé basée sur le cloud qui aide les hôpitaux à repenser leur mode de fonctionnement. (…) Le docteur Desai aime former d’autres professionnels par l’intermédiaire de ClinicalReview, la filiale d’enseignement médical de Surgisphere et l’un des plus grands portails d’enseignement médical en ligne du monde. »

      La réalité cernée par les limiers de la presse anglo-saxonne et des réseaux sociaux est moins reluisante. The Scientist a ainsi relevé que certaines des distinctions dont se prévaut le chirurgien sont moins prestigieuses qu’il n’y paraît, que des médecins cités comme ayant plébiscité en ligne ses revues ont demandé que ces recensions soient effacées, car ils ne les avaient jamais écrites. Desai fait l’objet dans l’Illinois de plusieurs plaintes concernant sa pratique médicale – poursuites qu’il juge « infondées », indique The Scientist . Il a tenté une levée de fonds qui a tourné court pour la mise au point d’un système de stimulation cérébrale. Remontant plus encore dans le temps, la biologiste Elisabeth Bik, qui s’est spécialisée dans la détection de la fraude scientifique, a relevé des duplications d’images suspectes dans sa thèse de médecine.

      Sa société Surgisphere suscite bien des questions. Basée au domicile de Desai, elle revendiquait il y a peu une dizaine de salariés – l’un décédé, certains au CV peu en rapport avec l’activité de la société. Des « détectives » en ligne se sont particulièrement intéressés à la directrice des ventes, s’interrogeant sur son éventuel passé de modèle à Las Vegas ou d’actrice de films X… La société d’édition scientifique Elsevier a décidé de réexaminer l’ensemble des articles impliquant Surgisphere.

      L’intermédiaire et la caution intellectuelle

      A ce stade, il convient de présenter un autre protagoniste, Amit Patel, coauteur des articles désormais rétractés du NEJM et du Lancet . « Par mariage », dit-il, il fait partie des relations familiales de Sapan Desai. Chirurgien cardiaque, il était jusqu’à il y a peu rattaché à l’université de l’Utah, liens aujourd’hui rompus, indique celle-ci. La revue Science a noté que sur les 100 publications scientifiques listées sous son profil dans cette université, les deux tiers renvoient à des travaux signés par des homonymes. Il a fondé et collabore avec des sociétés commercialisant des traitements à base de cellules souches présumés lutter contre des problèmes cardiaques, le vieillissement ou les défaillances sexuelles. Les études cliniques vantant ces traitements semblent s’être arrêtées à des stades très préliminaires, constate aussi Science.

      Avant d’adopter le mutisme face aux questions de la presse, Amit Patel a indiqué sur Twitter avoir servi d’intermédiaire entre Desai et le troisième personnage central du « Lancetgate », Mandeep Mehra. Médecin formé en Inde, ce spécialiste respecté des transplantations cardiaques s’est hissé jusqu’à un des sommets de la médecine américaine, la Harvard Medical School. Son CV sans tache a sans doute retenu l’attention des éditeurs du NEJM et du Lancet quand il leur a soumis, avec Patel, Desai, et d’autres coauteurs, des manuscrits où la puissance des données fournies par Surgisphere était mise au service d’une cause urgente, la lutte contre le Covid-19. Il est le seul du trio à avoir fait montre de contrition : « Dans mon espoir de contribuer à cette recherche à une époque où les besoins sont grands, je n’ai pas fait assez pour m’assurer que la source de données était appropriée pour cet usage, fait-il savoir dans un communiqué. Pour cela, et pour toutes les perturbations – directes et indirectes – je suis vraiment désolé. »

      L’échantillon de Surgisphere impressionne

      Reprenons la chronologie de ces publications. La collaboration du trio s’est d’abord manifestée à travers une étude publiée en preprint, c’est-à-dire pas encore endossée par une revue scientifique. Mise en ligne en avril (et aujourd’hui retirée du site qui l’hébergeait), elle suggérait qu’un antiparasitaire, l’ivermectine, pourrait être efficace contre le SARS-CoV-2, en se fondant sur les dossiers médicaux de 68 000 patients de 169 hôpitaux dans le monde – un registre fourni par Surgisphere. Cette étude observationnelle avait conduit plusieurs pays, notamment en Amérique du Sud, à adopter ce traitement. Certains s’étaient cependant interrogés sur la méthodologie – l’épidémiologiste Dominique Costagliola (Sorbonne Université, Inserm) a qualifié l’article de « nul ».

      Ce n’était qu’un début. Le 1er mai, le New England Journal of Medicine publie une nouvelle étude associant le trio à d’autres chercheurs, montrant que la prise d’antihypertenseurs ne modifiait pas la mortalité chez les patients atteints de Covid-19. Cet article était accompagné de deux études allant dans le même sens publiées simultanément dans le NEJM. Fondé là aussi sur un registre de données de Surgisphere puisées auprès de 169 hôpitaux dans 11 pays, ce travail passe alors peu ou prou sous les radars.

      Le 22 mai, en revanche, quand The Lancet publie une étude signée de ces trois coauteurs et d’un chercheur suisse, l’attention des médias et des réseaux sociaux est immédiate. Mandeep Mehra et ses collègues constatent en effet que parmi des patients hospitalisés pour Covid-19, la mortalité et les arythmies cardiaques sont sensiblement augmentées chez ceux prenant de la chloroquine ou l’hydroxychloroquine, associée ou non à des antibiotiques comme l’azithromycine. Publiée après plusieurs études relevant l’inefficacité de la molécule vantée aux Etats-Unis par le président Trump sur la foi d’observations mises en avant par l’infectiologue Didier Raoult, ce nouveau résultat est repris par de nombreux journaux. Même s’il ne s’agit pas d’un essai contrôlé randomisé, qui apporte de meilleures garanties que cette étude de registre rétrospective, la taille de l’échantillon impressionne : 96 000 patients, 671 hôpitaux, toujours tirés des bases de données de Surgisphere.

      Les incohérences rapidement pointées

      Mais dès le lendemain, des voix se font entendre pour pointer des incohérences méthodologiques. En France, l’ancien ministre de la santé Philippe Douste-Blazy, qui siège au conseil d’administration de l’IHU dirigé par Didier Raoult, met en doute le sérieux de l’étude. Une confusion de sa part fait penser qu’il l’a peut-être lue trop hâtivement. Didier Raoult ne tarde pas à qualifier l’étude de « foireuse ». Mais on s’interroge sur son parti pris : quelques jours plus tôt, n’a-t-il pas qualifié de « très bonne » une étude favorable à l’hydroxychloroquine conduite à l’hôpital de Garches, dont le preprint sera ensuite retiré à la demande de coauteurs ?

      Le cercle des critiques ne se réduit pas aux soutiens inconditionnels de l’hydroxychloroquine. Une lettre ouverte lancée par l’épidémiologiste James Watson, rattaché à Oxford, rassemble bientôt près de 200 signataires, qui soulèvent une dizaine de questions méthodologiques, mais aussi éthiques. Ils ne se contenteront pas d’un erratum du Lancet , qui admet une erreur de codage ayant fait passer des morts asiatiques pour australiens et publie un nouveau tableau de chiffres – rectification qui valide les interrogations de Philippe Douste-Blazy.

      Mais les critiques vont en fait bien au-delà, et l’impensable commence alors à être envisagé : se pourrait-il que le jeu de données fourni par Surgisphere ne soit qu’un mirage sorti du cloud ? Les experts mandatés par Mandeep Mehra pour auditer les données ne pourront jamais les voir. Surgisphere fait valoir la force des accords de confidentialité le liant aux hôpitaux qui interdiraient de donner accès à des tiers. Face à cette impossibilité matérielle de valider les données, Mehra, Patel et Frank Ruschitzka (hôpital universitaire de Zurich) demandent le retrait de l’article du Lancet – sans Sapan Desai. La revue britannique annonce la rétractation le 4 juin. Deux heures plus tard, le NEJM fait de même.

      Les turpitudes d’un modèle honni

      Que s’est-il passé ? Comment une petite société inconnue quelques semaines plus tôt a-t-elle pu publier des données invérifiables dans deux grandes revues médicales réputées impitoyables dans la sélection des manuscrits ?

      Le NEJM renvoie une part de la responsabilité aux reviewers, ces scientifiques, relecteurs bénévoles, qui épluchent les articles à la demande des revues et sont essentiels au contrôle qualité de l’édition scientifique. Mais aussi aux auteurs eux-mêmes : « Dans l’article, ils ont indiqué que tous se portaient garants de l’exactitude et de l’exhaustivité des données. » Le NEJM rappelle qu’il publie 200 articles de recherche par an, qu’il n’a rétracté que 18 articles au cours des vingt dernières années. Ce dernier cas est qualifié d’« aberrant ». « Cependant (…), nous sommes en train de revoir nos procédures, y compris la manière dont nous évaluons les recherches analysant de grands ensembles de données provenant de dossiers médicaux électroniques », nous a indiqué le journal médical.

      Richard Horton, rédacteur en chef du Lancet, expliquait dans un Tweet juste avant l’affaire que, même face à l’urgence du Covid, les procédures d’évaluation des manuscrits restaient aussi rigoureuses qu’auparavant. Au moment de boucler notre article, il ne souhaitait pas s’exprimer avant d’avoir démêlé comment avait pu se produire cette « fraude monumentale », comme il l’a qualifiée selon New York Times. Suprême ironie, Sapan Desai, qui avait écrit en 2013 un article dénonçant la fraude dans le secteur médical, avait volé au secours de l’intégrité des procédures du Lancet, le 20 mai, sur Twitter, deux jours avant la publication de son article…

      Dans le milieu de l’édition scientifique, ceux qui tentent de faire émerger ces dernières années des modèles ouverts prônant le libre accès aux publications scientifiques et un partage des données voient dans le « Lancetgate » un concentré des turpitudes d’un modèle commercial honni – Elsevier, propriétaire du Lancet et de 2 500 revues, dégageait en 2018 un bénéfice de 1 milliard d’euros, avec une marge de 35 %… Ces « machines à cash » sont accusées de faire passer le profit devant la qualité scientifique.

      « Le système ne fonctionne pas »

      Face à l’afflux d’études engendrées par la crise du Covid-19, certains grands acteurs, comme Nature, ont pris les devants en autorisant, voire encourageant, la prépublication des articles qui leur sont soumis : ce sont autant de relecteurs qui peuvent relever à l’avance les faiblesses d’un manuscrit et éviter des « sorties de route » dommageables.

      « Le système de prépublication a certes du bon, mais je suis terriblement gênée que ces résultats soient d’abord diffusés dans les médias, sur les réseaux sociaux, avant toute évaluation scientifique, commente la biologiste Françoise Barré-Sinoussi (Prix Nobel 1988), qui préside l’un des comités Covid mis en place par le gouvernement. Cela me préoccupe. » Pour elle, des accidents comme celui arrivé au Lancet, « ce n’est pas si étonnant que cela en période de crise, dans des situations d’urgence comme celle-ci ».

      Pour certains observateurs, le mal est bien plus profond. « Ce genre de choses arrive souvent et nous devons arrêter de traiter chacune de ces histoires comme surprenante, estime le médecin et journaliste Ivan Oransky, fondateur du site Retraction Watch, spécialisé dans l’étude des dysfontionnements de l’édition scientifique. Le système ne fonctionne pas. » Et d’énumérer l’absence de transparence sur les reviewers et leurs revues, sur les données, la faiblesse des contrôles statistiques… « Il est clair que sur les 1 500 articles rétractés chaque année – dont les deux tiers pour mauvaise conduite –, il y a de nombreux problèmes liés aux données. »

      Selon Ivan Oransky, la crise engendrée par le SARS-CoV-2 n’a été qu’un révélateur : « Il n’y a pas tant d’experts du Covid que ça dans le monde. Comment peut-on imaginer qu’ils aient pu relire les 47 000 articles déjà publiés sur le sujet ? On demande donc à des chercheurs qui ne sont pas spécialisés. Mais ça arrive aussi en temps normal. » Pour lui, le système marque aussi trop de révérence envers les mandarins de la science. « Nous croyons trop, nous ne vérifions pas assez, c’est ce que cet épisode doit nous enseigner. » Mahmoud Zureik, professeur d’épidémiologie à l’université Versailles-Saint-Quentin, confirme : « En ce moment, les éditeurs demandent d’évaluer des articles en quarante-huit heures et harcèlent les relecteurs avec plein de messages. Une fois notre avis rendu, on n’a aucune nouvelle, notamment des auteurs à qui l’on demande des précisions », regrette-t-il.

      Bernd Pulverer, éditeur en chef de The EMBO Journal , estime qu’un travail de vérification plus scrupuleux des reviewers du Lancet aurait pu leur mettre la puce à l’oreille, mais que les auteurs restent les premiers garants de la qualité de leurs données. « Pour les données cliniques, l’accès peut être compliqué pour des raisons de protection des patients. Elles ne sont souvent disponibles que sous une forme agrégée, anonymisée, rappelle-t-il. Cependant dans l’article du Lancet, il n’y a aucun accès aux données sources, seulement des tableaux avec des résumés. » Pour lui, la transparence « est au cœur de l’autorégulation scientifique ». Mais au-delà, « les journaux scientifiques doivent ouvrir la boîte noire du processus éditorial à l’examen du public ! »

      Les pouvoirs publics trop rapides ?

      Une dimension frappante du « Lancetgate », c’est aussi la rapidité avec laquelle les pouvoirs publics ont réagi à la publication du Lancet. Dès le lendemain, le ministère de la santé français saisissait le Haut Conseil de santé publique pour avis. Le HCSP a honoré la commande, rendant en un peu plus de vingt-quatre heures un rapport de 28 pages qui allait conduire à l’arrêt de l’utilisation de l’hydroxychloroquine contre le Covid-19, décrétée le 27 mai. « The Lancet est une revue avec une bonne image, les auteurs stipulaient que leurs données étaient vérifiées, le papier avait été validé par les relecteurs et ses résultats étaient plausibles », justifie le virologue Bruno Lina, membre du groupe de travail consulté. « L’avis du HCSP s’est fondé sur le principe primum non nocere, d’abord ne pas nuire, avec en en arrière-plan l’idée de ne pas reproduire l’affaire du Mediator », résume-t-il. Ce groupe de travail aurait-il discerné les faiblesses de l’étude s’il avait eu plus de temps ? Le président du HCSP, Franck Chauvin, ne souhaite pas commenter, rappelant que « la publication du Lancet n’était qu’une des études prises en compte ».

      Interrogé le 9 juin au Sénat sur la rétractation de l’étude, le ministre de la santé a qualifié l’épisode de « regrettable », et de « douteuse » la qualité méthodologique de l’article. « Cela ne veut pas dire que le traitement en question ait fait montre de son efficacité dans des essais cliniques », a rappelé Olivier Véran, constatant que « le temps scientifique n’est pas le temps politique ».

      Le contrôle a posteriori qui caractérise la démarche scientifique, par la reproduction (ou non) indépendante des résultats et l’accumulation des preuves, montre ici ses limites en temps de crise, quand des décisions doivent être prises dans l’urgence, sous la pression des circonstances et des médias…

      Grand flou autour des données

      Reste le cœur du mystère Surgisphere. Ses données existent-elles vraiment, ou ont-elles été inventées ? Lu Chen, bio-informaticien aux National Institutes of Health américains, a été un des premiers à tirer la sonnette d’alarme à propos de la qualité de l’étude du Lancet. « Mais je crois toujours que la base de données entière existe, dit-il. J’ai enquêté sur le code source de l’outil de notation de la gravité du Covid [proposé en ligne par Surgisphere]. (…) Je ne crois pas que quiconque soit prêt à “inventer” ce modèle à partir de zéro ou en utilisant des données synthétiques. Mais il existe une zone grise entre l’existence et la qualité. »

      D’où ces données proviendraient-elles ? Plusieurs hôpitaux cités comme partenaires par Surgisphere ont nié lui avoir confié les dossiers médicaux numériques de leurs patients. Pour Nozha Boujemaa, spécialiste de l’intelligence artificielle appliquée à la médecine (Median Technologies) et contributrice du cahier « Science & médecine », il est tout à fait possible que Surgisphere ne soit qu’un intermédiaire, « une vitrine marketing », traitant des données aspirées par d’autres « en contrebande » dans les registres électroniques des hôpitaux. « Ce type de société existe. Elles proposent des logiciels gratuits, parfois directement intégrés aux systèmes d’imagerie. » Une façon commode de s’affranchir du parcours d’obstacle réglementaire pour accéder à des données sensibles – « c’est le même principe qu’avec la gratuité des services proposés par les géants du numérique », rappelle-t-elle. Mais la qualité de l’analyse clinique s’en ressent, illustrant l’adage garbage in, garbage out (quand on entre des ordures dans le système, il en sort des ordures).

      Mahmoud Zureik partage le même soupçon : « Je ne pense pas que ces données aient été inventées. Un fraudeur aurait pu faire mieux que ce qui a été publié » estime le chercheur. Il dit avoir déjà décliné des propositions de sociétés de service « qui aspirent ainsi des données au profit des industries pharmaceutiques. La direction de l’hôpital peut très bien ignorer cette pratique. Cela expliquerait la qualité médiocre des données et leur absence de représentativité ».

      Pour Nozha Boujemaa, les recherches cliniques académiques vont devoir se soumettre aux mêmes exigences de traçabilité et d’intégrité des données que celles imposées aux entreprises pharmaceutiques par les « gendarmes du médicament » que sont la FDA américaine ou l’EMA européenne : « L’intérêt du “Lancetgate” est de révéler ces failles, il va falloir en tenir compte. »

      « Imaginer qu’on va pouvoir contrôler toutes les données sources est utopique », estime pour sa part le cardiologue et pharmacologue Christian Funck-Brentano (La Pitié-Salpêtrière), qui rappelle en outre pourquoi le système a pu se laisser abuser : « Le fondement de la pratique scientifique, c’est la confiance. » Dans un commentaire publié par The Lancet le même jour que l’article du trio, il avait pointé des observations « intrigantes », sans suspecter la qualité des données. Il est pour lui « très frustrant que ceux qui se sont posé des questions aient d’abord été les religieux de l’hydroxychloroquine » . Le blogueur allemand Leonid Schneider, décapant investigateur des turpitudes du monde de la recherche, s’interroge à ce propos : si Sapan Desai ne s’était pas mis sur le chemin de cette molécule au centre de toutes les polémiques, aurait-il été si vite rattrapé par la patrouille ? Bonne question.

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      « LancetGate » : chronologie d’un double accident éditorial

      Avril 2020 Une étude en preprint suggère que l’ivermectine, un médicament antiparasitaire, peut être utile dans la lutte contre le Covid-19. L’article est notamment cosigné par Amit Patel (Université de l’Utah), Mandeep Mehra (Harvard School of Medicine) et Sapan Desai, fondateur de la société Surgisphere, qui a fourni les données médicales.

      1er mai Le New England Journal of Medicine (NEJM) publie une étude cosignée par ces trois mêmes auteurs montrant que les personnes sous antihypertenseurs ne sont pas à risque accru de décéder du Covid-19.

      22 mai The Lancet publie une étude où l’on retrouve les trois mêmes coauteurs faisant état d’une mortalité et d’arythmies cardiaques accrues chez les patients hospitalisés pour Covid-19 et traités par chloroquine ou hydroxychloroquine, associées ou non à des antibiotiques comme l’azithromycine.

      23 mai 13h29 Le directeur général de la santé Jérôme Salomon saisit le Haut Conseil de santé publique (HCSP) pour avis sur l’usage de l’hydroxychloroquine dans le cadre du Covid-19. Sur BFM-TV, l’ancien ministre de la santé Philippe Douste-Blazy émet des doutes sur la qualité de l’étude du Lancet. Le lendemain, le HCSP rend un avis négatif.

      25 mai L’Organisation mondiale de la santé (OMS) annonce la suspension provisoire de l’inclusion de patients sous hydroxychloroquine dans son essai clinique Solidarity, destiné à tester plusieurs traitements contre le Covid-19. Dans une vidéo diffusée par son institut marseillais, Didier Raoult qualifie l’étude du Lancet de « foireuse ».

      26 mai Mise en circulation d’une lettre ouverte adressée au Lancet et aux coauteurs de l’étude recensant de nombreuses questions méthodologiques.

      27 mai Le décret qui permettait l’utilisation de l’hydroxychloroquine pour lutter contre le Covid-19 est abrogé par un nouveau décret. Les essais cliniques français impliquant l’hydroxychloroquine sont suspendus.

      28 mai The Lancet apporte un correctif à l’article de Mehra et al., mais indique que ses conclusions restent inchangées. Sapan Desai annonce un audit indépendant sur ses données.

      2 juin The Lancet met en garde ses lecteurs (« expression of concern ») sur le fait que « d’importantes questions scientifiques ont été soulevées concernant les données rapportées dans l’article de Mandeep Mehra et ses coauteurs ».

      4 juin The Lancet et le NEJM annoncent la rétractation des articles impliquant les données de Surgisphere. L’OMS indique reprendre l’inclusion de patients sous hydroxychloroquine dans son essai Solidarity : l’examen des données n’a pas mis en évidence sa toxicité.

      #Surgisphere #discordance_des_temps #recherche #édition_scientifique #données #santé_publique

    • Le blogueur allemand Leonid Schneider, décapant investigateur des turpitudes du monde de la recherche, s’interroge à ce propos : si Sapan Desai ne s’était pas mis sur le chemin de cette molécule au centre de toutes les polémiques, aurait-il été si vite rattrapé par la patrouille ? Bonne question.

      #CQ #HCQ

    • L’absence de toute liste des hôpitaux participant à l’alimentation de la base de données de Surgisphere tant dans les annexes de l’article que sur le site de la société mettait déjà une grosse puce à l’oreille.

      Ça montre aussi l’absence de curiosité des 3 co-auteurs sur l’origine des données. Sapai : j’apporte les données, vous faites le reste.

      Ça montre surtout le caractère stratégique d’un projet de mutualisation des compte-rendus hospitaliers qui pourrait fournir cette mythique base de données pour études rétrospectives. De façon moins branquignolesque que Surgisphere et avec un financement public. OMS ?

      Mais peut-être est-ce une utopie. Tant l’idée de tout déverser dans un même entrepôt peut être séduisante, tant la réalisation pratique doit nécessiter un investissement colossal pour rendre tout ça compatible et comparable.

      Pour terminer, notons que tous ces systèmes informatisés issus des DSI sont d’abord conçus comme des systèmes de gestion à finalité comptable : ils sont les supports de la tarification à l’acte. Il s’agit donc d’utiliser les données collectées pour des fins de recherche clinique complètement extérieures au système de gestion.

      Éternel problème de l’utilisation des #données_administratives

  • France : Des enfants subissent des contrôles de police abusifs et racistes | Human Rights Watch
    https://www.hrw.org/fr/news/2020/06/18/france-des-enfants-subissent-des-controles-de-police-abusifs-et-racistes

    (Paris) – La police française fait usage de ses vastes pouvoirs de contrôle et de fouille pour procéder à des contrôles discriminatoires et abusifs sur des garçons et des hommes noirs et arabes, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Il est crucial de limiter ces pouvoirs pour lutter contre des pratiques policières marquées par les préjugés, notamment le profilage racial ou ethnique, et pour restaurer les relations entre police et population.

    Le rapport de 44 pages, « ‘Ils nous parlent comme à des chiens’ : Contrôles de police abusifs en France », décrit des contrôles policiers sans fondement ciblant les minorités, y compris des enfants âgés de seulement dix ans, des adolescents et des adultes. Ces contrôles comprennent souvent une palpation corporelle intrusive et humiliante ainsi que la fouille des effets personnels. La plupart des contrôles ne sont jamais enregistrés, les policiers ne fournissent pas de documentation écrite, de même qu’ils expliquent rarement pourquoi les personnes sont contrôlées, et les mesures visant à accroître la responsabilisation se sont montrées inefficaces. Plusieurs des enfants et adultes interviewés pour cette recherche ont témoigné que les policiers avaient employé des injures racistes.
    202006eca_france_police_cover

    Télécharger le rapport complet en français
    https://www.hrw.org/sites/default/files/media_2020/06/france0620fr_web_0.pdf
    « Il est largement démontré que les contrôles d’identité en France, particulièrement du fait de leur impact discriminatoire, provoquent une fracture aigüe et profonde entre la police et la population, tout en n’ayant quasiment aucun effet en matière de prévention ou de détection de la criminalité », a déclaré Bénédicte Jeannerod, directrice France de Human Rights Watch. « Les autorités devraient cesser d’ignorer les appels au changement. »

  • Les modèles déboussolés pour prédire l’évolution de l’épidémie due au coronavirus, Nathaniel Herzberg, Chloé Hecketsweiler
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/05/26/les-modeles-deboussoles-pour-predire-l-evolution-de-l-epidemie-de-covid-19_6

    Les indicateurs ne montrent pas pour l’heure de deuxième vague épidémique, mais leur interprétation est complexe pour les spécialistes, qui doivent analyser une situation « dynamique ».
    Jour après jour, l’épidémie de Covid-19 perd du terrain mais est-elle pour autant derrière nous ? Voilà toute la question, alors que le gouvernement s’apprête à annoncer, dans les prochains jours, de nouveaux arbitrages pour le « chapitre II » du déconfinement, qui doit commencer le 2 juin. Pour y répondre, les épidémiologistes disposent de différents indicateurs mais, deux semaines seulement après la levée du confinement, leur interprétation est encore incertaine.



    INFOGRAPHIE LE MONDE

    Premier baromètre, le nombre quotidien d’admissions en réanimation. Il s’élevait à plus de 700 au pic de l’épidémie début avril ; il n’était plus que de 45 le 25 mai. Ce point bas était anticipé par les modèles, compte tenu du délai entre les nouvelles infections et l’arrivée en réanimation des cas les plus graves. « C’est le reflet des contaminations qui ont eu lieu à la toute fin du confinement ou au début du déconfinement. On ne voit pas de rebond mais cela ne signifie pas qu’il ne va rien se passer » , souligne Daniel Lévy-Bruhl, épidémiologiste à l’organisme de sécurité sanitaire Santé publique France (SPF). « Il faut faire comme si le risque était devant nous » , prévient-il.

    La moindre inflexion serait vite problématique là où l’épidémie a été la plus forte. En Ile-de-France, plus de 600 personnes sont toujours hospitalisées en réanimation, pour une capacité en routine de 1 200 lits. La marge de manœuvre est limitée alors que les hôpitaux ont commencé à réaffecter une partie des lits de réanimation aux services de chirurgie, dont l’activité avait été déprogrammée en urgence au mois de mars. « Les indicateurs sont au vert, mais les hôpitaux sont toujours sous tension , insiste Aurélien Rousseau, directeur de l’agence régionale (ARS) d’Ile-de-France. Nous sommes loin d’un retour à la normale. »

    Mise en place d’un second baromètre

    Pour être au plus près de la réalité, un second baromètre est en train d’être mis en place à partir des données de tests afin de comptabiliser tous les nouveaux cas. Depuis le 13 mai, toutes les personnes présentant des symptômes « évocateurs » de Covid-19 sont invitées à réaliser un test de dépistage RT-PCR, alors que ce test était jusque-là réservé aux patients graves. Les résultats sont enregistrés dans un fichier baptisé « SI-DEP » (système d’information de dépistage).

    L’analyse d’un second fichier, Contact Covid, doit permettre d’identifier et de suivre des chaînes de transmission jusqu’à ce qu’elles soient sous contrôle. Renseigné par les médecins et les enquêteurs de l’Assurance-maladie, il comprend l’identité des « patients zéro » − toutes les personnes dont le diagnostic a été confirmé par un test − ainsi que celle de leurs contacts familiaux, amicaux et professionnels.

    Ce traçage des contacts a pour objectif de repérer au plus vite les personnes contagieuses et de les isoler afin de ralentir la circulation du virus. « Si cette stratégie fonctionne, les nouveaux cas doivent faire parti des contacts connus » , souligne Daniel Lévy-Bruhl.

    Seule inconnue : la part des asymptomatiques, qui brouille le baromètre. « Jusqu’à ce qu’une personne dans la chaîne de transmission soit symptomatique, cette chaîne ne peut pas être identifiée, indique l’épidémiologiste. Même si seulement un cas sur trois est asymptomatique, cela complique le tracing. » Des foyers épidémiques, composés en majorité de personnes peu ou pas symptomatiques, pourraient ainsi passer sous le radar.

    Dispositif de dépistage renforcé

    Pour y remédier, dans plusieurs communes d’Ile-de-France, là où l’épidémie a frappé le plus durement − Clichy-sous-Bois, Saint-Denis, Gennevilliers, Sarcelles, Villiers-le-Bel et dans les 18e et 19e arrondissements de Paris −, un dispositif de dépistage renforcé a été mis en place.

    Toutes les personnes ayant des symptômes, même vagues, se voient proposer une consultation et un test. « Il y avait la crainte que cette approche soit stigmatisante, mais si on ne fait rien de différencié, on accepte les inégalités » , souligne Aurélien Rousseau, rappelant que la surmortalité liée au Covid-19 est très étroitement liée à des indicateurs socio-économiques défavorables.

    Les premiers résultats de ces campagnes ne seront publiés qu’en milieu de semaine, « mais la part des résultats positifs est au-dessus des 2 % à 3 % observés dans SI-DEP, indique Aurélien Rousseau. Même si la situation s’améliore, nous devons rester vigilants et nous assurer que nous ne ratons rien. »

    Dernier baromètre de l’épidémie, les modèles mathématiques utilisés pour évaluer la dynamique épidémique et l’efficacité des mesures de contrôle sont aussi dans un entre-deux. « Nous ne repartons pas de zéro mais les questions, comme les données dont nous disposons, changent » , estime Simon Cauchemez, modélisateur à l’Institut Pasteur et membre du conseil scientifique qui délivre ses expertises au gouvernement.

    Pour établir leur prévision, les épidémiologistes ont d’abord travaillé sur les données du Diamond Princess , ce navire de croisière immobilisé au large du Japon dont tous les passagers avaient été testés. Ils vont progressivement intégrer à leurs modèles d’autres jeux de données comme les résultats d’enquêtes de séroprévalence ou d’investigations épidémiologiques comme celle faite sur le Charles-de-Gaulle , où plus de 1 000 militaires sur les 1 700 que compte l’équipage ont été testés et étaient positifs. L’accès aux données de SI-DEP changera encore la donne, « en permettant d’obtenir un signal plus précoce s’il y a une reprise épidémique » , estime l’épidémiologiste, coauteur d’un article publié dans la revue Science, qui estime à 4,4 % la part de la population française déjà infectée.



    INFOGRAPHIE LE MONDE

    Changement de périmètre de la population testée

    L’une des difficultés réside dans le changement de périmètre de la population testée. « Ces données ne sont pas exhaustives car la population testée n’a cessé et ne cesse de changer à mesure que le dispositif monte en puissance. Impossible dans ces conditions de construire un modèle réactif » , souligne Samuel Alizon, modélisateur au CNRS.

    Passer d’un modèle s’appuyant sur des données « historiques » à un modèle « dynamique » est « une première » pour les épidémiologistes. « Habituellement, nos modèles servent à analyser la dynamique d’épidémies terminées. Là, c’est l’inverse, nous devons suivre une pandémie en cours. En sommes-nous capables et à quel horizon ? C’est une vraie question. Avec des enjeux sanitaires, bien sûr, mais aussi pour nous, chercheurs, des questions méthodologiques importantes » , explique l’épidémiologiste Pierre-Yves Boëlle, dont l’équipe collabore depuis le début de la pandémie avec l’Institut Pasteur pour offrir à Santé publique France un modèle optimal.

    Comment, par exemple, discerner un signal significatif d’un bruit (terme scientifique qui désigne une perturbation de l’information) ? « Il ne faut pas surréagir à un écart soudain, qui peut n’être que du bruit. Mais, à l’inverse, il faut détecter le plus vite possible un changement du signal qui marquerait l’inflexion de la courbe épidémique. »

    Avec toujours le même problème : la fiabilité des données. « En épidémiologie, les signaux ne sont pas toujours très bons. Tous les médecins ne fournissent pas les données demandées et elles ne sont pas toujours justes, mais au bout d’un certain temps, on sait les interpréter. Là, ce temps, nous ne l’avons pas, on doit construire les signaux tout en les interprétant. Et sans antériorité. »

    Autre question : saura t-on remonter les chaînes de contamination et tester les bonnes personnes ? « Nous poussions pour l’application StopCovid car elle offrait une information à la fois plus rapide et plus stable sur les contacts. Là, je ne sais pas ce que la solution retenue va donner , s’interroge Pierre-Yves Boëlle. Cela implique des moyens humains vraiment conséquents et des personnes formées. Mais on n’a pas beaucoup de temps pour tester cette organisation, voir si elle sait retrouver les cas, notamment asymptomatiques, être suffisamment réactive, et suffisamment fiable. Ce n’est plus du laboratoire, c’est de la vie réelle. »

    #épidémiologie #modèles_épidémiologiques #prévision

  • #Coronavirus : 150 000 nouveaux cas dans le monde en une journée, un record depuis le début de la pandémie

    Avec le #déconfinement, le monde est entré dans une « phase dangereuse », avertit l’OMS. Près de la moitié des nouveaux cas se trouvent sur le continent américain.

    Le Monde avec AFP Publié hier à 18h32, mis à jour à 05h45

    Suivre les chiffres de la #pandémie
    mise à jour le 19 juin 2020
    MONDE
    CAS CONFIRMÉS
    8,7 millions
    MORTS
    460 005
    FRANCE
    CAS CONFIRMÉS
    159 452
    MORTS
    29 617
    LES MORTS DANS LE MONDE
    pour 1 million d’habitants
    1. Belgique 848,8
    2. Royaume-Uni 639,9
    3. Espagne 606
    4. Italie 571,9
    5. Suède 496,2
    6. France 442,2
    7. Etats-Unis 364,1
    8. Pays-Bas 354
    9. Irlande 353,1
    10. Equateur 243,3

    Le monde est entré dans une « phase dangereuse » alors que de nombreux pays lèvent peu à peu leurs mesures de confinement ou de restriction à la mobilité, s’alarme l’Organisation mondiale de la santé (OMS), vendredi 19 juin.

    Quelque 150 000 nouveaux cas de #contamination par le #SARS-CoV-2 ont été dénombrés jeudi, ce qui constitue un record depuis le début de la pandémie, a souligné le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. « Près de la moitié des cas [proviennent] des Amériques », a-t-il précisé lors d’un point de presse par téléconférence.

    « Le monde est entré dans une phase nouvelle et dangereuse. Beaucoup de gens sont évidemment fatigués de rester chez eux. Les pays sont désireux de rouvrir leur société et leur économie », a-t-il déclaré. « Mais le #virus continue de se propager rapidement, il reste mortel et la plupart des personnes restent exposées », a-t-il insisté.

    Les Européens établiront en « milieu de semaine prochaine » une première liste d’une cinquantaine de pays hors Union européenne avec lesquels les frontières vont être rouvertes, selon Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’Etat aux affaires étrangères.

    L’Amérique latine, région où la mortalité est la plus forte
    La pandémie de Covid-19 a fait plus de 450 000 morts dans le monde depuis que la Chine a fait officiellement état de l’apparition de la maladie en décembre, selon un bilan établi par l’Agence France-Presse (AFP) à partir de sources officielles vendredi à 13 heures. Les Etats-Unis sont le pays le plus touché, avec 118 435 morts, suivis par le Brésil (47 748), le Royaume-Uni (42 288), l’Italie (34 514) et la France (29 603).

    L’Amérique latine et les Caraïbes sont, désormais, la région où la maladie tue le plus quotidiennement. C’est au Brésil que la pandémie progresse actuellement le plus vite : le pays le plus peuplé d’Amérique latine enregistre 1 032 913 contaminations après un record de 54 771 nouveaux cas en une journée. Le bilan va franchir dans les jours qui viennent le cap des 50 000 morts, après 48 954 décès vendredi suite à la prise en compte de 1 206 morts supplémentaires en 24 heures.

    Au Mexique – qui compte 20 394 décès pour plus de 170 000 cas déclarés –, les autorités de la capitale Mexico ont retardé d’une semaine la reprise d’activités économiques initialement prévues lundi, pour tenter de réduire le nombre de contaminations et faire baisser les hospitalisations. La mesure concerne les marchés, restaurants, centres commerciaux, hôtels et lieux de culte. Les usines automobiles, les mines, le bâtiment et la production de bière, qui ont repris le 1er juin, ne sont pas concernés.

    « Signaux d’alerte » en Italie
    En Italie, les autorités sanitaires ont appelé, vendredi, à la « prudence », après avoir observé des « signaux d’alerte liés à la transmission » du Covid-19. « Dans certaines parties du pays, la circulation du virus est encore importante », souligne dans son rapport hebdomadaire, pour la semaine du 8 au 14 juin, l’Institut supérieur de la santé (ISS).

    Le Latium, la région de la Rome, est ainsi en tête du classement des contagions et a dépassé celui de la Lombardie (Nord), épicentre de l’épidémie dans le pays, qui a fait officiellement fait plus de 34 500 morts. Cependant, « dans l’ensemble, le tableau général de la transmission et de l’impact de l’infection (…) en Italie reste peu critique ».

    Le Maroc enregistre une hausse record des contaminations
    Le Maroc a fait état vendredi de 539 nouveaux cas de contamination au Covid-19, soit le bilan quotidien le plus élevé dans le royaume depuis l’annonce du premier cas début mars. Ces cas « asymptomatiques », pour la plupart (457), ont été recensés « en milieu professionnel » dans la région de Rabat-Kénitra (ouest), a précisé le ministère de la santé. Selon la presse locale, il s’agit d’un foyer de contaminations découvert dans une usine de conditionnement de fraises près de la ville de Kénitra.

    Jusqu’ici, le pays, qui compte 35 millions d’habitants, enregistrait quotidiennement moins d’une centaine de cas en moyenne. Il apparaît relativement épargné avec moins de 10 000 contaminations au total et 213 morts officiellement recensées.

    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/06/19/150-000-nouveaux-cas-de-covid-19-dans-le-monde-en-une-journee-un-record-depu

  • Chômage : retour sur 40 ans de droits rognés pour les plus précaires | Alternatives Economiques
    https://www.alternatives-economiques.fr/chomage-retour-40-ans-de-droits-rognes-plus-precaires/00093071

    Depuis 1979, la logique assurantielle de l’Unédic s’est perdue en route, pénalisant les chômeurs les plus précaires. Une étude de l’Ires constate qu’ils sont beaucoup moins bien indemnisés qu’en 1979, alors que les salariés stables, eux, ont gardé quasiment les mêmes droits. Et la tendance pourrait s’aggraver avec la dernière réforme.

    Les trous dans le filet de protection sociale sont de plus en plus grands. Et les chômeurs, en particulier, ont du souci à se faire. Pour cause de confinement, seule une partie de la réforme de l’assurance chômage, imposée par décret par le gouvernement l’année dernière, a été mise en œuvre. Depuis novembre dernier, les conditions pour toucher une allocation ont été durcies https://www.alternatives-economiques.fr/assurance-chomage-une-reforme-sanglante/00090433 : il faut désormais avoir cotisé plus longtemps (six mois au lieu de quatre) sur une période plus courte (24 mois au lieu de 28) pour y être éligible.

    Autre nouveauté, les indemnités des chômeurs qui avaient les salaires les plus élevés sont désormais dégressives, c’est-à-dire qu’elles diminuent au bout du 7e mois. Là encore, la crise sanitaire a offert un léger sursis aux chômeurs et cette disposition a été suspendue pour le moment. Le deuxième volet de la réforme, qui devait entrer en vigueur le 1er avril, a de son côté été reporté au 1er septembre. C’est lui qui comporte les éléments les plus restrictifs : la formule de calcul des indemnités a été changée https://www.alternatives-economiques.fr/gouvernement-taxe-chomeurs/00089668 et pénalisera très fortement les travailleurs précaires, ceux qui font de nombreux allers-retours entre emploi et chômage.

    Des discussions sont en cours entre le gouvernement et les partenaires sociaux pour savoir si toutes les modalités de cette réforme seront maintenues ou non après la crise sanitaire. La ministre du Travail fera sans doute des concessions, mais il est peu probable qu’elle renonce complètement à cette réforme. Et ce sont les chômeurs les plus vulnérables qui en feront sans doute les frais https://www.alternatives-economiques.fr/oublies-de-pole-emploi/00092637. Ceux-là mêmes qui ont déjà subi les effets des précédentes réformes de l’assurance chômage.

    En effet, tous les demandeurs d’emploi ne sont pas égaux face au serrage de vis. Les droits des salariés qui se retrouvent au chômage après une longue période d’emploi ont été assez peu rognés par les multiples réformes de l’assurance chômage qui se sont succédé. On ne peut malheureusement pas en dire autant de ceux qui ont connu des périodes d’emploi en pointillé. Et ils sont de plus en plus nombreux…

    C’est ce que montre une récente étude http://www.ires.fr/index.php/etudes-recherches-ouvrages/etudes-des-organisations-syndicales/item/6177-quelle-evolution-des-droits-a-l-assurance-chomage-1979-2020 qui passe au crible 40 ans de réformes de l’assurance chômage. Ce travail, réalisé pour l’Institut de recherches économiques et sociales (Ires), et soutenu par la CGT, est intéressant à plus d’un titre. « Alors qu’on constate une réduction de la durée des contrats et une forte augmentation des recrutements en contrat de moins d’un mois, les règles d’indemnisation évoluent dans le sens d’une moindre couverture des salariés qui occupent ces types de contrat », constatent les sociologues Mathieu Grégoire et Claire Vivès, ainsi que l’économiste Jérôme Deyris. Démonstration en deux points.

    1/ Jamais aussi peu de chômeurs n’ont été indemnisés

    Officiellement, tout va bien. Fin septembre 2019, dernier chiffre connu, « 70,5 % des demandeurs d’emploi sont indemnisables » 1. C’est Pôle emploi qui le dit, à grand renfort de courbes opportunément orientées vers le haut depuis 2014. Ça tombe bien, 2014 c’est l’année de mise en œuvre de la dernière réforme de l’assurance chômage, celle qui a institué les droits dits « rechargeables »2.

    Concrètement, si un chômeur retrouve un emploi avant d’avoir épuisé ses droits, il ne les perd pas. S’il retourne ensuite au chômage, sa durée d’indemnisation sera plus longue. Un système jugé plus incitatif au retour à l’emploi que le mécanisme précédent. Et l’objectif de cette réforme était notamment d’améliorer la couverture des chômeurs précaires, autrement dit de leur permettre de bénéficier plus facilement d’une indemnité. Ce que semblent confirmer les statistiques de Pôle emploi.

    Sauf qu’« indemnisable » ne veut pas dire « indemnisé ». On peut être indemnisable et ne pas toucher d’allocation chômage. D’ailleurs, parmi les indemnisables, il y a de moins en moins d’indemnisés… Tout cela peut sembler un peu confus. Et il n’est pas exclu que ce soit voulu. Pourquoi ne pas simplement calculer la part des chômeurs indemnisés dans l’ensemble des chômeurs ? C’est ce que faisait la Dares, le service statistique du ministère du Travail, jusqu’en 2016.

    Mais depuis, changement de méthodologie : on compte désormais en plus des indemnisés ceux qui ont droit à une indemnité, mais ne l’ont pas touchée durant le mois, pour diverses raisons (activité réduite, différé d’indemnisation, délai d’attente, sanction, prise en charge par la Sécurité sociale...)3.

    Pour combler ce trou dans la raquette de la statistique publique, Mathieu Grégoire, Claire Vivès et Jérôme Deyris ont reconstitué une série inédite et calculé la part des chômeurs indemnisés depuis 1985. Résultat : loin des 70 % affichés par Pôle emploi quand il parle d’« indemnisables », c’est en fait à peine plus d’un chômeur sur deux qui est indemnisé, que ce soit par l’assurance chômage ou par l’Etat – qui distribue une allocation aux demandeurs d’emploi qui arrivent en fin de droits (ASS). Ce « taux de couverture » n’a jamais été aussi faible qu’en juin 2018, dégringolant à 49,5 %. Le précédent point bas (à 51,8 %) datait de septembre 1998. Depuis, il connaît un léger rebond lié à la baisse du nombre de chômeurs en 2018 et 2019.

    Cette couverture des chômeurs indemnisés a notamment baissé de plus de 20 % entre 2003 et 2019, alors même que la réforme des droits rechargeables de 2014 était censée l’améliorer. En cause, le développement de l’activité partielle notamment, c’est-à-dire des formes de chômage atypique, où l’on est inscrit à Pôle emploi tout en travaillant une partie du temps.

    Et si les frontières entre emploi et chômage sont devenues de plus en plus floues, c’est lié aux transformations du monde du travail sans aucun doute, mais aussi aux nouvelles règles de l’assurance chômage qui vont dans le même sens : « Cette évolution majeure du chômage que représentent ces "chômeurs qui travaillent" dépend à la fois de l’augmentation des "formes atypiques d’emploi" (c’est-à-dire des emplois qui s’éloignent de la norme de l’emploi en CDI à temps plein) et des politiques d’indemnisation incitant à la reprise d’un emploi pour un temps de travail ou une durée de contrat réduits », notent les auteurs.

    Dit autrement, l’assurance chômage n’est plus là simplement pour indemniser les chômeurs, elle doit aussi désormais les « activer », c’est-à-dire les inciter à reprendre un emploi, y compris si celui-ci est mal payé, quitte à le subventionner. « L’idée sous-jacente étant qu’un "petit" emploi (durée de contrat courte, salaire faible, etc.) vaut mieux que pas d’emploi du tout et que tout petit emploi est un "tremplin" vers un meilleur emploi », ajoutent-ils.

    Mais ces « politiques d’activation » sont ambiguës, car en même temps les gestionnaires de l’assurance chômage ne sont pas dupes : encourager à prendre des emplois courts ou mal rémunérés, c’est contribuer à dégrader la norme d’emploi. Et en parallèle, ils expriment la crainte d’enfermer les précaires dans la précarité s’ils leur offrent trop de droits. « Indemniser le chômage, mais pas trop, mais quand même assez : l’indemnisation des périodes en partie chômées et en partie travaillées est sans cesse sur une ligne de crête », résument les chercheurs. Et cette ambiguïté est clairement au détriment de ceux qui sont abonnés à ces emplois en pointillé.

    2/ La chute des droits des salariés à l’emploi discontinu

    C’est l’autre enseignement inédit de cette étude : l’assurance chômage obéit de moins en moins à une logique assurantielle, et de plus en plus à une logique contributive. En clair, ce n’est pas tant la situation actuelle qui compte – le fait d’être au chômage, c’est-à-dire la survenue du risque contre lequel on était assuré – que le passé d’emploi, ou dit autrement le fait d’avoir cotisé plus ou moins longtemps.

    « Affirmer un principe de contributivité c’est accorder de "petits" droits à ceux qui ont de petits emplois et de "gros" droits à ceux qui ont le plus d’emplois », précisent les auteurs. L’assurance chômage a désormais tendance à assurer une protection d’autant plus forte que l’emploi est continu, et d’autant moins forte que l’emploi est fragmenté et réduit dans sa durée. Ce qui n’a pas toujours été le cas.

    Pour le démonter, Mathieu Grégoire, Claire Vivès et Jérôme Deyris ont construit un simulateur capable de retracer l’évolution des droits pour des profils particuliers de salariés. Leur objectif était de mesurer l’effet des différentes réformes intervenues depuis 1979 pour différents types de parcours. Résultat, les salariés dits stables, ceux qui se retrouvent au chômage après une longue période d’emploi, ont gardé peu ou prou les mêmes droits depuis quarante ans, et ceci malgré le nombre impressionnant de réformes intervenues entre-temps.

    « Dans le cas banal d’un salarié au Smic qui perd son emploi et demeure quinze mois au chômage avant de trouver un autre emploi, l’indemnisation totale n’a, sur quarante ans, jamais varié de plus de 5 % à la hausse ou de 2,5 % à la baisse par rapport à 1979 », écrivent les auteurs.

    Les grands perdants sont les salariés précaires. Et parmi eux, particulièrement ceux qui alternent régulièrement les périodes de chômage et d’emploi. « Par exemple, un salarié à l’emploi discontinu alternant un mois d’emploi et deux mois de chômage a, durant les années 2000 et 2010 une indemnisation variant entre 50 et 60 % de son niveau de 1979. Dans les années 1990 son indemnisation était nulle. Avec les règles de 2019, elle chute en dessous de 40 % du niveau de 1979. »

    Ceux qui ont eu un emploi stable avant d’être au chômage et d’enchaîner ensuite les emplois précaires sont un peu moins pénalisés. « Les salariés ayant connu des périodes d’emploi stables cumulent pendant celles-ci des droits qui permettent ensuite d’atténuer les effets de la discontinuité. A l’inverse, les allocataires qui connaissent des trajectoires strictement discontinues n’ont pas généré ces droits susceptibles de les protéger et peuvent même parfois se trouver "prisonniers" de petits droits. »

    Et de conclure : « Toutes les simulations montrent ainsi une inversion de logique qui s’opère entre les plus précaires et les plus stables. Pour ces derniers, davantage de chômage signifie davantage d’indemnisation. Pour les premiers, c’est l’inverse : davantage de chômage se traduit par moins d’indemnisation. Pour les plus stables, c’est encore une logique de revenu de remplacement qui domine. Pour les plus précaires, c’est au contraire une fonction de prime à l’emploi qui devient prééminente. »

    Si la réforme de 2019 devait être appliquée en intégralité, les auteurs prédisent une « accentuation radicale » de ces tendances déjà à l’œuvre. La nouvelle règle de calcul du montant des allocations, qui doit être appliquée en septembre prochain, est particulièrement pénalisante pour les salariés à l’emploi discontinu. https://www.alternatives-economiques.fr/chomage-paie-t-plus-travail/00088190

    Avant la réforme, le montant de l’allocation chômage était calculé par rapport à un salaire journalier de référence (SJR) et non pas à partir d’un revenu mensuel. Pour établir une indemnité mensuelle, l’assurance chômage multipliait par 30 (jours) une allocation journalière brute qui correspondait à 80 % de ce qu’avait perçu la personne par jour en travaillant. En gros, on divisait les rémunérations perçues les douze derniers mois par le nombre de jours travaillés sur la même période.

    Après la réforme, le mode de calcul change : on prend la somme des rémunérations perçues sur deux ans (et non plus un an) et on la divise par le nombre de jours travaillés (comme précédemment) et de jours chômés, ce qui est nouveau. Concrètement, si le demandeur d’emploi a connu des périodes chômées les deux dernières années, le montant de son allocation va diminuer, même s’il pourra la percevoir plus longtemps.

    Au total, les salariés à l’emploi discontinu seront perdants, comme le montre le simulateur des auteurs : « Certes, nous observons une plus grande continuité des droits liée à un allongement de la durée d’indemnisation pour certaines configurations (…) mais cette meilleure couverture dans la durée est très loin de compenser l’effondrement des montants perçus, contrairement à ce que le gouvernement avançait. »

    Autre effet mis en valeur par cette étude : la réforme devrait rendre plus compliqué le cumul entre une allocation et un salaire. Résultat, de nombreux allocataires auparavant indemnisés dans le cadre de l’activité réduite pourront ne plus l’être. De quoi faire baisser encore la part des chômeurs indemnisés. Mais on ne le verra pas, car le ministère du Travail ne calcule plus ce chiffre…

    1. Chiffre qui concerne les catégories A, B et C. Cette part est de 68,5 % pour l’ensemble des chômeurs inscrits à Pôle emploi, c’est-à-dire avec les catégories D et E en plus.

    2. Entrés en vigueur en octobre 2014, les droits rechargeables permettaient à un chômeur indemnisé qui retrouve un emploi, même de courte durée, de ne pas perdre le bénéfice de ses anciens droits acquis. Il n’a pas à se réinscrire, ni à faire recalculer ses droits. Il n’a pas à sortir du système d’assurance chômage et à repartir de zéro. Pour en bénéficier, il fallait avoir travaillé au moins 150 heures (soit un mois) pendant la période d‘indemnisation, mais cette borne est passée à 180 jours, soit six mois depuis le 1er novembre. Autant dire que ce droit devient virtuel, surtout pour celles et ceux qui ont de petites durées d’indemnisation.

    3. L’Unédic et Pôle emploi ne publient plus le taux de chômeurs indemnisés, comme avant, mais seulement leur nombre absolu et la part des chômeurs indemnisés parmi les chômeurs indemnisables. Et ces chiffres sont nettement moins promus qu’avant. Charge à l’utilisateur de la statistique publique de refaire lui-même le calcul pour obtenir ce taux. Fin février 2020, sur 6,6 millions d’inscrits à Pôle emploi, 3,7 millions étaient « indemnisables » dont 3 millions réellement « indemnisés ».

    https://seenthis.net/messages/859288
    https://seenthis.net/messages/858232

    Les canons sont rouillés. La catégorie « #chômeur_atypique » (non dite dans ce rapport) émerge, 45 après celle d’#emploi_atypique.

    #travail #salariat #histoire_sociale #revenu #économie #précarisation #emploi #droit_au_chômage #Chômage #chômeurs #travailleurs_précaires #chômage_atypique #emploi_discontinu #intermittents_de_l'emploi #droits_sociaux #indemnisation_du_chômage #prime_à_l'emploi #activation_des_dépenses_passives #Unedic #chômeurs_en_activité_à_temps_réduit

  • « Le Nigeria est mieux préparé que nous aux épidémies » , Entretien avec l’historien Guillaume Lachenal, 20 avril 2020
    https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/200420/le-nigeria-est-mieux-prepare-que-nous-aux-epidemies?onglet=full

    Leçons à tirer des façons dont le Sud fait face aux épidémies, approche sécuritaire des virus, relations entre le médical et le politique, logiques sous-jacentes à la « médecine de tri »…

    Guillaume Lachenal est historien des sciences, chercheur au Medialab de Sciences-Po. Ses principales recherches portent sur l’histoire et l’anthropologie des épidémies, de la médecine et de la santé publique dans les contextes coloniaux et post-coloniaux d’Afrique. Il a notamment publié Le Médicament qui devait sauver l’Afrique (La Découverte, 2014, traduction anglaise The Lomidine files, Johns Hopkins University Press, 2017) et Le Médecin qui voulut être roi (Seuil, 2017).

    Qu’est-ce que les épidémies vécues récemment par les pays du Sud peuvent nous apprendre sur ce qui se passe aujourd’hui ?

    Guillaume Lachenal : Comme le disaient déjà les anthropologues Jean et John Comaroff, la théorie sociale vient désormais du Sud, parce que les pays du Sud ont expérimenté, avec vingt ou vingt-cinq ans d’avance, les politiques d’austérité sous des formes radicales. Le néolibéralisme précoce s’est déployé au Sud, notamment dans les politiques de santé. Il est à l’arrière-plan des épidémies de sida et d’Ebola.

    On découvre aujourd’hui le besoin d’une grille de compréhension qui parte des questions de pénurie, de rareté, de rupture de stocks qui se trouvent être au cœur de l’anthropologie de la santé dans les pays du Sud. On parle aujourd’hui beaucoup de mondialisation, de flux et de la façon dont le virus a épousé ces mouvements, mais observée d’Afrique et des pays du Sud, la mondialisation est une histoire qui ressemble à ce qu’on voit aujourd’hui : des frontières fermées, des avions qu’on ne peut pas prendre, des mobilités impossibles.
    Jusqu’au début des années 2000, en Afrique, l’épidémie de sida, c’est une histoire de médicaments qu’on n’arrive pas à obtenir, qu’on fait passer dans des valises au marché noir… Durant la grande épidémie d’Ebola de 2014, les structures de santé ont été dépassées pour des raisons matérielles élémentaires : manque de personnel, pénurie de matériel…

    Il existe donc, au Sud, tout un corpus d’expériences riche d’enseignements, comme le soulignait récemment l’historien Jean-Paul Gaudillière. Comme Ebola, le Covid est à maints égards une maladie du soin, qui touche en premier lieu les structures de santé, mais aussi les relations de prises en charge domestiques. Surtout, le Sud nous montre comment on a voulu mobiliser une approche sécuritaire des épidémies, au moment même où on négligeait les systèmes de santé.

    Toute l’histoire de la santé publique dans ces pays rappelle pourtant qu’il ne suffit pas d’applications pour monitorer le virus et de drones pour envoyer les médicaments ; que ces modes de gouvernement sont de peu d’efficacité face à une épidémie. On peut tenter de transposer, ici, cette critique d’une gouvernementalité spectaculaire qui produit seulement une fiction de préparation.

    Il y a trois ans, la conférence de Munich sur la sécurité avait été inaugurée par Bill Gates qui affirmait que la menace principale pour le monde était de nature épidémique et pas sécuritaire. Depuis quinze ans, tous les livres blancs de la Défense mettent les épidémies tout en haut de l’agenda. Et nous sommes pourtant dépassés quand elle arrive. Cette contradiction n’est en réalité qu’apparente. Parce que nous avons en réalité confié cette question sanitaire à une logique de start-up, d’innovation et de philanthropie, dans laquelle la politique sécuritaire des États consiste d’abord à mettre en scène sa capacité à intervenir, à simuler son aptitude à gouverner, mais sans véritable moyen de le faire.

    L’anthropologue et médecin Paul Farmer, qui avait été notamment l’envoyé spécial des Nations unies à Haïti après le séisme en 2009, rappelait à propos du fiasco de la réponse à Ebola, en 2014, que la réponse à une épidémie, c’est avant tout « staff and stuff » , des gens et des choses. La France se prend aujourd’hui en pleine figure le manque de masques, de matériels et de tests, et expose ainsi l’hiatus profond entre un débat public expliquant qu’il faut tester davantage, se protéger davantage, et la matérialité de la situation, avec le manque de réactifs, l’incapacité de produire suffisamment de masques, mais aussi l’absence de personnels de santé publique capables de faire le suivi des cas.

    Actuellement, ce n’est pas d’idées, de stratégies, de perspectives critiques que l’on manque… On manque de choses. Les questions les plus intéressantes aujourd’hui sont logistiques et il est sans doute plus intéressant de parler à un brancardier de l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis ou à un livreur de Franprix qu’à n’importe quel chercheur. La question centrale, aujourd’hui, c’est l’épidémiologie sociale : comment le virus s’engouffre dans les failles de nos sociétés : les inégalités, les conditions de vie, les différences d’exposition du fait du travail, et toutes les comorbidités qui aggravent la maladie, comme on le voit avec les disparités raciales aux États-Unis, ou le cas de la Seine-Saint-Denis, ici.

    Avec une certaine ironie, on constate que des pays comme le Cameroun ou le Nigeria sont mieux préparés car ils disposent de ce qu’on appelle des agents de santé communautaire ( Community Health Workers ) qui sont des gens peu formés – ce ne sont pas des infirmiers – mais qui sont des sortes d’aides-soignants de santé publique, qui s’occupent des campagnes de vaccination, mais aussi de surveillance épidémiologique, et qui s’avèrent très utiles pour faire le suivi des cas, et des contacts des personnes infectées. C’est un savoir social que ne peut faire la police ou un smartphone.

    Au moment d’Ebola, quelques cas se sont déclarés à Lagos, au Nigeria, et on a craint le pire dans une métropole comme celle-ci, avec un virus aussi mortel. Mais en réalité, le pays a pu s’appuyer sur ces personnes très bien implantées dans les quartiers et les communautés, qui devaient déjà faire face à une épidémie de polio, et ont donc su tracer les contacts, isoler les malades, et réussi à éteindre l’épidémie. Cette success story africaine rappelle que la principale réponse aux épidémies est une réponse humaine, qu’on a complètement négligée ici, où personne ne viendra frapper à notre porte, et où rares sont les quartiers organisés en « communautés ».

    Vous avez coordonné, en 2014, une publication sur la « médecine de tri », dont on saisit aujourd’hui l’ampleur. Pourquoi jugez-vous qu’il s’agit du paradigme de la médecine de notre temps ?

    Ces pratiques de tri qu’on découvre aujourd’hui dans le débat public sont routinières en médecine. Elles sont violentes pour les soignants, difficiles éthiquement, insupportables philosophiquement, mais elles sont aussi nécessaires. On ne peut pas bien soigner les gens sans choisir où faire porter ses efforts. Et ces pratiques de tri sur critères médicaux sont aussi un moyen de traiter les gens de manière égalitaire, au sens où ce ne sera pas seulement celui qui paie le plus qui aura le droit à un ventilateur par exemple.
    Cela dit, ce tri se fait parce qu’il existe un écart entre des ressources rares et les besoins des patients. Or, cette rareté peut aussi être produite, en raison par exemple de la politique d’austérité qui frappe les systèmes de santé. Il est donc important d’avoir un débat sur la production de cette rareté, par exemple au sujet de la réduction du nombre de lits. Mais ce qui produit de la rareté, c’est aussi l’innovation médicale en tant que telle. La dialyse, le respirateur, la réanimation soulèvent de nouvelles questions d’accès et de tri, qui ne se posent pas dans de nombreux pays du Sud où quasiment personne n’y a accès.

    Comment définissez-vous la « santé globale » ? Et pourquoi dites-vous qu’il s’agit du « stade Dubaï » de la santé publique, en faisant référence à la façon dont le sociologue Mike Davis faisait de Dubaï l’emblème du capitalisme avancé ?

    Depuis le milieu des années 1990, les questions de sécurité sanitaire et de biosécurité ont pris de plus en plus de place sur l’agenda. Les réponses très verticales à des épidémies comme celle de VIH ont été motivées avant tout par des préoccupations sécuritaires, notamment d’un point de vue américain, avec l’idée qu’il ne fallait pas les laisser hors de contrôle.

    Ce tournant sécuritaire a coïncidé avec un tournant néolibéral, notamment dans le Sud, où on a contraint les États à diminuer les dépenses de santé publique, et à avoir recours à la philanthropie, ou à développer des infrastructures privées. Lors de mes enquêtes en Afrique par exemple, j’ai pu constater que la santé publique n’était plus qu’un souvenir, dont les personnes âgées parlaient souvent avec nostalgie, comme d’une époque où on pouvait obtenir des médicaments et se faire soigner gratuitement. À partir de la fin des années 1990, tout devient payant et on passe à une approche beaucoup plus minimaliste et sécuritaire de l’intervention de l’État en matière de santé.

    Ce moment qu’on désigne comme celui de « Global Health » , de santé mondiale, est caractérisé, dans le Sud, à la fois par un retrait des États et par un boom du financement global, assuré en particulier par la fondation Gates et les grandes banques de développement dont la banque mondiale, qui mettent en place des infrastructures de santé, le plus souvent avec des partenariats public-privé.

    Pour le dire schématiquement, vous avez des dispensaires qui tombent en ruine et des hôpitaux champignons tout neufs qui poussent parfois juste à côté, construits par les Indiens ou les Chinois, et financés par les banques de développement. Pour les habitants, ces institutions sont le plus souvent des mirages, parce qu’ils sont payants, ou, au sens propre, parce que construire un hôpital, même en envoyant des médecins indiens comme on l’a vu par exemple au Congo, n’est pas très utile quand on manque d’eau, d’électricité, de médicaments…
    D’où la référence à Mike Davis. Ces infrastructures sont des coquilles de verre impressionnantes mais qui demeurent des énigmes pour les habitants, et favorisent toute une épidémiologie populaire qui s’interroge sur ce qu’on a pris ici pour financer cela là, sur l’économie extractive qui a permis la construction de tel ou tel hôpital.

    Cette épidémiologie populaire désigne la façon dont les populations confrontées à des épidémies de type VIH-sida ou Ebola les inscrivent dans des économies politiques globales et des formes vernaculaires de compréhension, et relient les épidémies à des interrogations sur le sens de la maladie.

    C’est comme cela qu’on entend que le sida a été envoyé par tel politicien soucieux de se venger de tel ou tel village, ou Ebola par MSF pour pouvoir prélever des organes sur les cadavres… C’est aussi comme ça qu’on relie telle maladie, comme l’ulcère de Buruli, avec une transformation du paysage, avec tel ou tel changement environnemental. Évidemment tout n’est pas vrai, loin de là, mais dire que l’Afrique est dégradée par une économie extractive, c’est banalement exact.

    L’utopie du docteur David, que vous avez étudiée dans Le Médecin qui voulut être roi , d’un monde dont l’organisation serait entièrement déterminée par la médecine est-elle en train de se réaliser ?

    L’histoire coloniale est riche d’enseignements car on y voit des médecins coloniaux qui, à l’instar du docteur David, peuvent enfin vivre leur rêve d’avoir les rênes du pouvoir et d’appliquer leur science à toute la société. Pendant la guerre, le docteur David possède ainsi un pouvoir absolu sur toute une partie du Cameroun. Il profite de ses pleins pouvoirs en tant que médecin pour lutter contre les épidémies. Mais ce qui est instructif, c’est qu’il découvre son impuissance et il n’arrive pas à changer grand-chose au destin des maladies, car il ne comprend pas la société locale, car il n’a pas tous les leviers d’action qu’il croit posséder en ayant pourtant à la fois la science médicale et le pouvoir politique.
    Il peut être intéressant de jouer du parallèle, car l’utopie qui donnerait tout le pouvoir aux médecins, et travaille toute la santé publique et la biopolitique, n’a jamais été vraiment mise en place, mais demeure à l’état de rêve et de projet politiques – Foucault parlait du « rêve politique de la peste » . Ce qu’on traverse en ce moment, c’est à la fois l’apparence d’une toute-puissance biopolitique, mais aussi l’impuissance fondamentale de tout cela, parce que la réalité ne coïncide pas avec le projet. Ce n’est pas parce que les citoyens ne respectent pas le confinement, au contraire, mais parce que les autorités, notamment municipales, improvisent et imposent une théorie du confinement qui est loin d’être fondée sur une preuve épidémiologique.

    Les derniers arrêtés municipaux, c’est le Gendarme de Saint-Tropez derrière les joggeurs ! Rien ne dit aujourd’hui que le virus s’est beaucoup transmis dans les parcs, et une approche de santé publique rationnelle, qui arbitrerait coûts, sur la santé mentale et les enfants notamment, et bénéfices, imposerait plutôt de les rouvrir au plus vite, avec des règles adaptées – comme en Allemagne par exemple. Comme à l’époque coloniale, on a plutôt l’impression d’une biopolitique qui ne calcule pas grand-chose, et dont la priorité reste en fait d’éprouver sa capacité à maintenir l’ordre.

    Dans un texte publié mi-février, vous affirmiez à propos de l’épidémie qui débutait alors, qu’il s’agissait d’un « phénomène sans message » et qu’il fallait « se méfier de cette volonté d’interpréter ce que le coronavirus “révèle” » . Vous situez-vous toujours sur cette position deux mois plus tard ?

    Je maintiens cette position d’hygiène mentale et d’hygiène publique qui me paraît importante. Sans vouloir jeter la pierre à quiconque, toute une industrie du commentaire s’est mise en place et on se demande aujourd’hui ce que le coronavirus ne « révèle » pas.

    En tant qu’enseignant qui se trouvait être en train de faire un cours sur l’histoire des épidémies lorsque celle-ci est apparue, je me méfiais de l’ennui qu’on peut ressentir à enseigner cette histoire si on s’en tient aux invariants : le commencement anodin, le déni, la panique, l’impuissance, les digues morales qui sautent, les tentatives plus ou moins rationnelles pour comprendre et contrôler, et puis la vague qui se retire avec ses blessures…

    Dans ce contexte, la pensée de l’écrivain Susan Sontag a été ma boussole, en tout cas une position qu’il me semble nécessaire de considérer : il est possible que tout cela n’ait pas de sens. La chercheuse Paula Treichler avait, dans un article célèbre, évoqué « l’épidémie de significations » autour du sida. On se trouve dans une configuration similaire, avec tout un tas de théories du complot, le raoultisme, mais aussi des interprétations savantes qui ne font guère avancer les choses. Il me paraît ainsi intéressant de relever l’homologie entre les théories du complot et celles qui attribuent cela à Macron, à Buzyn ou à telle ou telle multinationale, et qui ont en commun d’exiger qu’il y ait une faute humaine à l’origine de ce qui arrive.
    Ce sont des choses qu’on a beaucoup vues dans des pays du Sud qui n’ont jamais cessé de connaître des épidémies secouant la société, qu’il s’agisse du sida en Haïti et en Afrique ou du virus Ebola. Ces théories jugées complotistes ne sont pas forcément irrationnelles ou inintéressantes politiquement. Pendant la dernière épidémie d’Ebola au Kivu congolais, on a accusé le pouvoir central, l’OMS ou certains politiciens locaux d’être derrière l’épidémie pour profiter de « l’Ebola business ».

    Des enquêtes journalistiques menées depuis, comme celle d’Emmanuel Freudenthal, ont effectivement montré l’ampleur de la structure de corruption mise en place autour de la réponse Ebola au Kivu, même si cela ne veut pas dire qu’elle avait été provoquée. L’épidémiologie populaire, comme on la désigne en anthropologie de la santé, est porteuse de diagnostics sociaux et politiques qui sont souvent au moins aussi intéressants que certains discours de sciences sociales qui cherchent à mettre du sens là où il n’y en a pas toujours.

    Le stade Dubaï de la santé publique
    La santé globale en Afrique entre passé et futur
    Guillaume Lachenal
    Dans Revue Tiers Monde 2013/3 (n°215), pages 53 à 71
    https://www.cairn.info/revue-tiers-monde-2013-3-page-53.htm

    Sans gendarme de Saint-tropez : Security agents killed more Nigerians in two weeks than Coronavirus
    https://seenthis.net/messages/845017

    Articles cités :

    Covid-19 et santé globale : la fin du grand partage ?, Jean-Paul Gaudillière
    https://aoc.media/analyse/2020/04/02/covid-19-et-sante-globale-la-fin-du-grand-partage
    est sous#paywall...

    Donner sens au sida, Guillaume Lachenal
    https://journals.openedition.org/gss/2867

    Bill Gates, « l’homme le plus généreux du monde », ne l’est pas tant que cela
    https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/110519/bill-gates-l-homme-le-plus-genereux-du-monde-ne-l-est-pas-tant-que-cela?on

    En RDC, la Riposte de l’OMS rattrapée par l’« Ebola business »
    https://www.liberation.fr/planete/2020/02/04/en-rdc-la-riposte-de-l-oms-rattrapee-par-l-ebola-business_1776970

    #Sud #histoire_des_sciences #anthropologie #Paul_Farmer #épidémies #santé_publique #tournant_sécuritaire #médecine #austérité #pénurie #maladie_du_soin #médecine_de_tri #médecin #sytèmes_de_santé #États #simulation #staff_and_stuff #épidémiologie_sociale #épidémiologie_populaire #agents_de_santé_communautaire #savoir_social #rareté #production_de_la_rareté #innovation_médicale #science #biopolitique #maintien_de_l'ordre #santé_communautaire #Nigeria #Afrique #politique_du_soin

  • L’illusion dangereuse de l’égalité devant l’épidémie - Didier Fassin - Santé publique (2019-2020) - Collège de France
    https://www.college-de-france.fr/site/didier-fassin/L-illusion-dangereuse-de-legalite-devant-lepidemie.htm

    La première disparité concerne les milieux socialement défavorisés dont les types de logement et les conditions de travail rendent malaisé le respect des consignes de prévention, dont l’accès au dépistage s’avère souvent plus difficile et qui doivent plus fréquemment renoncer à des soins. Cette disparité touche surtout les quartiers populaires, les grands ensembles d’habitat social et les campements plus ou moins licites des gens du voyage. Il s’agit d’inégalités auxquelles s’ajoute une double injustice : en se contentant d’incriminer leur comportement, on leur impute le risque plus élevé auquel ils sont exposés, phénomène bien connu consistant à blâmer les victimes ; et dans le cadre de l’état d’urgence, on les soumet à des mesures de contrôle plus répressives que ce n’est le cas pour le reste de la population.

    #crise_sanitaire #inégalité #contrôle #stigmatisation

  • "Une génération est en train de moisir de désespoir à Moria, nous lançons une sonnette d’alarme." / Campagne de financement participatif en soutien au collectif RAD MUSIQUE (île de Lesvos, camp de réfugiés de Moria, Grèce)

    En 2018, j’ai créé le groupe RAD MUSIQUE sur l’Île de Lesvos. Il s’agit d’une activité culturelle en soutien aux demandeurs d’asile qui attendent sur l’île. L’activité est tournée autour de la danse et de la musique et s’adresse autant aux réfugiés qu’au Grecs. Elle est menée en collaboration avec les organismes qui sur place travaillent déjà dans différents domaines humanitaires en faveur des demandeurs d’asile.

    Hélas, les difficultés, à l’heure actuelle, sont immenses.
    Personne n’ignore que dans le camp de Moria, prévu pour recevoir, provisoirement, quelques milliers de personnes, plus de vingt mille personnes sont installées durablement dans des conditions inhumaines, dans la « jungle » des champs d’oliviers.
    Personne n’ignore les violences récentes liées à la fatigue des Grecs et des demandeurs d’asile, les uns et les autres voudraient bien que les demandeurs d’asile puissent déposer leur demande dans d’autres pays d’Europe que la Grèce, les uns et les autres voudraient bien que l’île ne soit pas une prison.
    Là-dessus, la pandémie mondiale du covid-19 vient nous fragiliser davantage.
    Le gouvernement grec vient de décider de ne plus verser la petite aide d’état due aux demandeurs d’asile, afin d’éviter les allers retours des personnes du camp à la ville. 

    La situation n’a jamais été aussi précaire ni violente. 

    Les soins médicaux, par exemple, sont inaccessibles, par manque de services sanitaires suffisants pour la population en attente ici, de multiples femmes seules avec enfants et jeunes gens hommes vulnérables se trouvent rejetés de leur requêtes d’asile.
    Plus que jamais, notre projet culturel, autour de la musique et de la danse nous semble utile, nous permettant de faire du lien et de donner de l’espoir.

    Mais cela n’est pas tout.
    J’ai décidé de bien identifier les difficultés que les membres du groupe RAD MUSIQUE rencontrent dans leur vie quotidienne, dans le Camp de l’enfer, Moria, et de les aider concrètement à dépasser les difficultés immenses que la suspension des aides provoquent.

    Le groupe RAD MUSIQUE évolue sans appui financier et ne peut plus, seul, répondre aux besoins de ses membres, démoralisés par les rejets de leur demande d’asile et par la peur devant la pandémie mondiale de Covid19, dans un environnement où le système de santé est si précaire.

    En ma qualité d’initiateur du groupe RAD MUSIQUE, et témoin des difficultés vécues à Moria, je sollicite votre secours.Vos contributions et donations nous parviendront à cœur et bras ouverts, et permettront aux membres de notre groupe et à leurs familles, toutes communautés confondues, à faire face aux urgences.

    Une génération est en train de moisir de désespoir à Moria, nous lançons une sonnette d’alarme.

    https://www.lepotsolidaire.fr/pot/3vgwjpsy

     

  • Spain to implement universal basic income in the country in response to Covid-19 crisis.

    “But the government’s broader ambition is that basic income becomes an instrument ‘that stays forever, that becomes a structural instrument, a permanent instrument.”

    https://www.bloomberg.com/news/articles/2020-04-05/spanish-government-aims-to-roll-out-basic-income-soon

    #revenu #revenu_universel #revenu_garanti #garantisme #espagne #covid19 #coronavirus