• Deep Learning, libéralisme et contrôle social – Mondes Sociaux
    https://sms.hypotheses.org/27637

    Depuis quelques années, les réseaux de neurones et les applications de deep learning qu’ils rendent possibles sont devenus nos béquilles, nos ombres, nos espions. Au cœur de l’intelligence artificielle, ils reconnaissent notre voix, nos amis dans les albums photos, détectent le piratage de notre carte bleue et conduiront bientôt nos voitures. Comment fonctionnent ces algorithmes magiques ? Une analyse de leur histoire et de leurs fondements montre leur connexion avec les théories économiques néo-libérales.

    Article de présentation de son livre par Pablo Jensen lui-même.

    #Pablo_Jensen #Deep_earnings

  • Dessins, histoires, chansons…Les actes de soin des enfants – Mondes Sociaux
    https://sms.hypotheses.org/27119

    Que font les enfants avec leurs dessins, leurs jeux, leurs chansons ? Quelle place donner à leurs créations ? Comment réparent-ils le monde en imaginant des scénarios alternatifs, en pratiquant le « soin imaginal » ?

    Le monde de l’enfance fait l’objet de travaux importants dans tous les domaines du savoir, sans être cantonné au développement cognitif. Anthropologue de la santé à l’Université Washington à Saint-Louis, Jean Hunleth se penche notamment sur les dessins d’enfants zambiens, dont les parents sont malades, atteints par le VIH ou la tuberculose. Elle montre que les enfants font un usage inédit de leurs dessins pour échapper aux situations présentées comme inéluctables.

    Jean Hunleth cite, entre autres, l’exemple de la petite Abby, une enfant de 10 ans dont la mère vient d’apprendre qu’elle est atteinte de tuberculose. Réunie autour d’elle, la famille élabore une stratégie pour faire face à cette annonce, sans les enfants. L’anthropologue trouve la petite Abby dans sa chambre, dessinant une marmite, un livre d’école, une bouteille de bière et une orange. Ces objets renvoient respectivement à sa volonté de faire à manger à sa mère, de continuer à aller à l’école, aux problèmes d’alcoolisme de son père et à un cadeau onéreux qu’elle adresse à sa mère.

    Si l’enfant est consciente des limites de son contrôle sur la situation, elle cherche néanmoins à participer au soin de son parent, même exclue des décisions. L’anthropologue mentionne également un atelier théâtral qu’elle avait organisé, où des enfants d’une zone pauvre (Lusaka) devaient s’imaginer soigner une personne malade. Leurs saynètes révèlent la parfaite conscience des enfants de la situation sanitaire en Zambie, où le personnel soignant manque et où les patients sont renvoyés chez eux avec de simples médicaments.

    Comment qualifier ces actes ? Jean Hunleth forge le concept de « soin imaginal » pour en rendre compte. Elle désigne ainsi la capacité des enfants à mobiliser des ressources (dessins, comptines, jeux, etc.) pour agir sur le monde, le pointer du doigt, faire bouger les lignes grâce à des êtres situés entre le réel et l’imaginaire, qui permettent de communiquer avec les adultes.

    https://www.youtube.com/watch?v=v5TRqHKVnQ8

    #soin #enfants #imaginaire #thérapie #art #dessin

  • La logistique face aux impulsions numériques – Mondes Sociaux
    https://sms.hypotheses.org/26971

    Les employeurs et agences d’intérim du secteur expriment leurs peines à recruter et à fidéliser leur main d’œuvre dans les métiers de l’entreposage et de la manutention, où se conjuguent des conditions de travail difficiles et une précarité d’emploi. D’après ces recruteurs, les faibles niveaux de rémunération, les perspectives de carrière très limitées et la sinistralité importante (avec une fréquence et une gravité des accidents plus élevées que la moyenne) du secteur constituent des freins pour les candidats. Ces derniers doivent par ailleurs composer avec la nécessité d’obtenir un ou plusieurs Certificats d’aptitude à la conduite en sécurité – CACES – leur permettant de se servir de transpalettes à conducteur ou de charriots élévateurs, pour ensuite aller travailler dans des lieux bien souvent éloignés en périphérie et peu desservis par les transports en commun.

    Idée  : améliore les salaires et les conditions de travail.
    De rien  !

  • Comment sont anonymisés les sujets d’enquête ? – Mondes Sociaux
    https://sms.hypotheses.org/26141

    Si cette volonté de singularisation semble présider au choix du prénom, l’enquête révèle que les enquêtés recevant un prénom sont surtout des membres des classes populaires ou des enfants. Car seule une partie du monde social enquêté reçoit des prénoms : les « petits ». Faites une enquête dans les cabinets ministériels, et vos enquêtés ne seront pas Emmanuel, Pierre et Jean-Claude ; ils seront indexés autrement, souvent par la fonction, le titre, la profession, ou encore la place dans la structure. Faites une enquête auprès d’intermittents du spectacle ou de femmes sans papier, et vous trouverez Camille et Fatou.

    Cette volonté a pour conséquence une théorie implicite de la domination : la domination ne s’exerce pas directement, dans le corps à corps, mais de fonction à individu. Par exemple, c’est « le manager » qui sanctionne « Josiane » ; c’est « le responsable de la maraude » qui incite « Dylan » à se soigner. Dans une séquence hiérarchique, le prénom, selon qu’il soit seul ou non, ou associé ou non au nom, à l’initiale, à la fonction… est confié aux plus petits d’entre nous.

  • L’aventure Seen This pour Mondes Sociaux, c’est terminé !
    Merci à vous tous qui nous avez suivis ici, mais nous cessons nos activités sur ce réseau pour vous proposer une meilleure expérience ailleurs ! On se retrouve sur notre site :
    https://sms.hypotheses.org

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  • Le repas, un enjeu quotidien des parents d’enfants avec autisme. Un article montre la réalité et la complexité d’une situation parentale partagée par des milliers de français 🍴👇 #autisme #santé #handicap #alimentation

    https://sms.hypotheses.org/25525

    Les parents et les particularités alimentaires des enfants autistes

    L’autisme, d’abord décrit comme une maladie rare il y a 70 ans, est à présent défini comme un Trouble du Spectre Autistique (TSA) regroupant des profils hétérogènes. Ces derniers sont caractérisés par des difficultés sur le plan de la communication sociale, la présence de comportements stéréotypés et d’intérêts restreints. D’autres troubles ou maladies peuvent être associés. La notion de spectre autistique (DSM-5, 2013) rend compte de la variabilité de l’intensité des troubles, de la diversité des trajectoires développementales et des retentissements dans la vie sociale. Cette perspective valorise une approche où les différences relèvent exclusivement du degré de sévérité des troubles. Après avoir été considéré comme une maladie, puis un handicap, l’autisme est de plus en plus perçu comme une différence ou un variant dans la « neurodiversité » humaine.

    Les « problèmes alimentaires » au sein de cette population font partie de la description pionnière de « l’autisme infantile précoce » réalisée par Léo Kanner en 1943. Mais il faut attendre les années 1990 pour que les chercheurs de différentes disciplines (nutrition, pédiatrie, psychologie, etc.) analysent la nature et/ou la fréquence de la problématique alimentaire (...)
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  • Longtemps, les femmes à la tête d’entreprises sont restées en marge de l’histoire des femmes et de l’histoire du travail. Et pourtant…
    #histoire #genre #économie

    https://sms.hypotheses.org/20387

    Femmes entrepreneures du XVIIIème siècle

    Des femmes à la tête d’entreprises aux XVIIIe siècle ? L’histoire est méconnue et pendant – trop – longtemps, les entrepreneures sont restées en marge des recherches en histoire des femmes ou en histoire du travail. Pourtant, elles n’étaient pas si marginales qu’on ne l’a d’abord cru.

    Henri Hauser déclarait déjà en 1897 : « C’est une opinion assez généralement répandue que l’emploi des femmes dans l’industrie est une invention des temps modernes. On se figure volontiers que les siècles passés ont laissé exclusivement la femme à son rôle d’épouse et de mère ; c’est, dit-on, le régime capitaliste, c’est la liberté du travail et la machine, qui ont créé ces types nouveaux : l’ouvrière, la patronne, la jeune apprentie. Mais l’histoire constate qu’elle n’est en accord ni avec les faits, ni avec les textes. »

    Il a pourtant fallu attendre les années 1970 et l’avènement progressif d’une « histoire des femmes », dans la droite lignes des women studies américaines, pour que les historiens s’intéressent à la réalité du travail féminin. Il fallu attendre vingt ans de plus pour que commence à émerger une réflexion sur l’entrepreneuriat féminin sous toutes ses formes. Quittant la rhétorique de l’exclusion juridique et économique, les chercheurs ont alors mis en évidence l’existence de stratégies féminines qui confirment l’écart entre la norme et la pratique. Les études de cas se sont enfin multipliées, rendues possibles par la mobilisation de sources nouvelles (correspondance, actes notariés…) (...)

  • Entre rentabilité et management musclé, les explications de Fabien Foureault sur les fonds d’investissement, ces organismes qui font surtout gagner les actionnaires 💰👇 #économie #entreprises #actionnaires

    https://sms.hypotheses.org/25422

    Lors d’une enquête sur l’expérience du chômage, mes collègues et moi rencontrons deux femmes ayant eu affaire, sans le savoir, à des fonds d’investissement. Les opérations mises en œuvre par ces fonds, caractéristiques du capitalisme financier, permettent d’orienter la gestion des entreprises vers la rentabilité du capital mais sont loin de constituer un jeu à somme positive.

    Nadia travaillait dans une entreprise de télécommunication depuis vingt ans en tant que chef d’équipe, avant que celle-ci ne soit rachetée par un fonds d’investissement anglais, allié à un homme d’affaire français. Elle décrit la mise en place d’ « un management américain avec une hiérarchie vraiment très présente » et la perte d’adéquation avec les valeurs de l’entreprise. Comme l’entreprise est fusionnée avec une autre, des postes redondants sont supprimés et un plan de départ volontaire est mis en place, ce qu’accepte Nadia.

    Aissata travaillait depuis dix ans en tant que femme de chambre dans un hôtel parisien. Cet hôtel, appartenant à une marque familiale, est détenu par un groupe lui-même détenu par un fonds d’investissement américain et un français. Selon Aissata, la nouvelle direction désire que les salariés réalisent un plus grand nombre chambres (une vingtaine contre une dizaine auparavant) pour une rétribution bien moindre – ce qui représente une réduction du coût du travail, d’un seul coup, par deux. Pour Aissata et l’ensemble de ses collègues « ça n’a rien à voir » et elle part en rupture conventionnelle (...)

  • En raison de ses multiples dimensions, le populisme est difficile à pense. Ici, le regard de Pierre Rosanvallon (Collège de France) #politique #société #shs

    https://sms.hypotheses.org/25428

    De quoi le populisme est-il le nom ?

    De par la multiplicité de ses aspects, le populisme est particulièrement difficile à penser ou interpréter. En conséquence, les chercheurs qui l’étudient préfèrent souvent caractériser sociologiquement les électeurs populistes ou bien discuter ce dont il est le symptôme. Pierre Rosanvallon propose pour sa part de le comprendre comme une idéologie cohérente « qui offre une vision puissante et attractive de la démocratie, de la société et de l’économie ».

    À une époque où la pensée de gauche n’offre aucune perspective, adhérer aux discours populistes permet d’exprimer une colère et un ressentiment. Le populisme apparaît donc comme la solution aux désordres du présent, faisant de lui l’idéologie ascendante du XXIe siècle.

    Dans ce podcast, Pierre Rosanvallon dessine une approche à la fois historique, théorique et critique du phénomène, dont il est très difficile de parler au singulier. Ayant isolé la dynamique propre au populisme et l’ayant situé dans l’histoire des formes démocratiques, Rosanvallon propose in fine quelques pistes d’action, notamment de revenir à l’idée de la démocratie – par nature toujours en mouvement (...)

  • Comment et pourquoi Nogent s’est-elle appropriée l’image "positive" des guinguettes ? #territoires #communication #loisirs

    https://sms.hypotheses.org/25435

    Histoire d’une cité symbole des guinguettes : Nogent

    Les guinguettes autour de Paris : une image symbolique de la « Belle Époque », où se sont multipliés les lieux de loisirs populaires sur les bords de Marne, à Nogent, à Champigny, ou à Joinville. Filmés plus tard par Marcel Carné en 1929 (court-métrage « Nogent, eldorado populaire »), on y voyait les parisiens affluer par la ligne de chemin de fer de la Bastille et se répandre joyeusement dans les lieux de loisirs populaires au bord de l’eau.

    Le documentaire Nogent, des guinguettes au Grand Paris montre comment Nogent-sur-Marne s’est approprié cette image des guinguettes, mais aussi comment cette image a été façonnée. Une chanson populaire (Ah ! le petit vin blanc) devient l’hymne populaire des guinguettes de Nogent ; elle magnifie Nogent et associe la commune aux loisirs populaires des bords de Marne, à l’exclusion des autres communes, comme le souligne Vincent Villette, archiviste de la ville de Nogent-sur-Marne (...)

  • Les travaux de Guy Di Méo ont contribué à ancrer la géographie française dans la théorie et à la relier à d’autres disciplines (économie, sociologie, anthropologie...) #Université #SHS #géographie #territoires

    https://sms.hypotheses.org/25460

    Guy Di Méo, géographe, bâtisseur de théories et de laboratoires

    Selon la Société de Géographie, Guy Di Méo est une « figure centrale de la géographie française contemporaine » (2017). La réputation de ce spécialiste de la géographie sociale s’est essentiellement construite à partir des années 1990. Ses ouvrages théoriques et ses articles publiés dans des revues de géographie en France et à l’étranger ont contribué, avec les travaux d’autres géographes, à ancrer la discipline dans la théorie et à la relier à la philosophie, l’anthropologie, la sociologie et l’économie.

    Auparavant, la géographie était fortement caractérisée comme une praxis. À ce titre, du moins pour les autres sciences sociales, elle était suspecte d’empirisme. Du côté des géographes, elle était encore souvent appréhendée comme une science de synthèse, comme un ensemble de discours pouvant masquer un double tropisme : d’un côté, l’attraction des sciences de la nature (la géologie, l’écologie…), de l’autre celle des sciences sociales (l’économie et la sociologie principalement). Quant au concept de « territoire », aujourd’hui incontournable en géographie, le moins qu’on puisse dire c’est qu’il était peu usité, toutes disciplines confondues, dans les années 1980. Guy Di Méo contribuera à en faire un concept central qui s’exportera au-delà de la géographie et du monde académique.

    Par ailleurs, en revendiquant son appartenance à la géographie sociale, branche de la géographie apparue dans les années 1960-1980, il a contribué à légitimer la dimension humaniste qui caractérise pour partie ce champ ; au point qu’aujourd’hui la géographie sociale peut apparaître comme une bannière derrière laquelle se placent nombre de géographes (...)

  • Retour sur les arrestations, les conditions de vie et de travail des camps, mais aussi sur la place du Goulag dans l’économie soviétique #histoire #travail #goulag

    https://sms.hypotheses.org/25252

    Goulag, mode d’emploi

    « L’archipel du Goulag » d’Alexandre Soljenitsyne et les « Récits de la Kolyma » de Chalamov ont contribué à faire connaître l’un des systèmes répressifs les plus meurtriers du XXe siècle. De 1920 à 1950, le Goulag, ou Direction Centrale des Camps, compta 20 millions de prisonniers, 6 millions de déportés, 4 millions de morts. Quand Joseph Staline proclamait que « la vie était devenue meilleure », un système concentrationnaire d’environ 400 camps voyait le jour sur le territoire soviétique. Hors norme, à la fois gigantesque et sans égal, il y emprisonna un soviétique sur six.

    Ces prisonniers – les zeks – étaient contraints de travailler jusqu’à l’épuisement dans le froid et le dénuement le plus total. Ils étaient condamnés à l’isolement, la peur et la faim au ventre. Au nom d’une volonté de développement économique, l’humiliation était permanente et leur existence en a longtemps été occultée à l’Est, et niée à l’Ouest.

    À travers différents exemples, Nicolas Werth rappelle les grands chantiers que furent le Canal Mer Blanche-Mer Baltique, la Voie morte. Il évoque les camps des îles Solovki, la Kolyma, Vorkouta et esquisse rapidement les portraits des bourreaux du Goulag que furent Dzerjinski, Iagoda, Iejov, Béria. Il rend hommage aux grands témoins persécutés tels que Soljenitsyne, Chalamov, Guinzbourg, Margolin, Rossi, Buber-Neumann et il n’oublie pas cependant toutes les victimes anonymes (...)

  • Adolescence et YouTube : comment les adolescentes se mettent-elles en scène et affirment leurs identités sur Internet ? #ados #internet #identités #genre

    https://sms.hypotheses.org/25339

    Mettre en scène l’identité de genre des adolescentes sur Youtube

    ’adolescence correspond au moment où les futurs adultes commencent à développer une identité propre, à affirmer leur genre. Dans notre société du numérique, cette affirmation identitaire se manifeste également au travers de vidéos mises en ligne sur YouTube. Les adolescentes s’y mettent en scène face à la caméra et s’adressent à un public de pairs féminins afin de créer le sentiment d’appartenance à un genre commun.

    Pour les étudier, la sociologue Claire Balleys s’est immergée dans le monde de ces vidéastes, cherchant à comprendre les formes de féminité mises en scène par les adolescentes. Ce faisant, elle tend à identifier les discours et gestes utilisées dans leurs vidéos, face à un public d’abonnés chargés indirectement de valider leur identité féminine. Elle a pour cela sélectionné et analysé 80 vidéos d’adolescentes, notamment les vidéos de type « je suis bizarre » et « Anti Boyfriend TAG ». Il s’agit de deux formats classiques sur YouTube et dans lesquels les vidéastes répondent à une liste de questions concernant les attentes dans le domaine amoureux.

    En analysant l’ensemble de ces vidéos, la chercheure montre que les adolescentes vidéastes répondent à de nombreux enjeux sociaux, liés au formatage, à la performance et aux exigences de la féminité. À travers la mise en scène de leur intimité, elles réussissent notamment à mobiliser autour d’elles un collectif féminin. Mais la sociologue montre également qu’en utilisant la dramatisation et en affirmant qu’elles se conforment malgré elles à des stéréotypes de genre (...)