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  • Les marches urbaines exploratoires de nuit : une critique socio-urbaine en situation | Cairn.info
    https://www.cairn.info/revue-sciences-du-design-2017-2-page-105.htm

    Pour cela, nous partons de l’hypothèse que la marche, en tant qu’expérimentation méthodologiquement cadrée, permettrait le renouvellement de la critique socio-urbaine systématisée en un espace-temps nocturne. Cette démarche méthodologique en marchant permettrait un regard in situ sur le monde urbain, une réflexivité critique articulant : la manière dont un espace-temps urbain est pensé au niveau de son aménagement ; conçu concrètement et promu ; géré et utilisé/vécu ; perçu par les usagers, en fonction de leurs attentes initiales. Il s’agit donc d’identifier les interactions entre la conception et l’aménagement des espaces-temps urbains, leur gestion, les usages et non-usages de ces espaces-temps et le discours sur ces espaces-temps, pour leur promotion et à propos de leur perception. Il nous faudra démontrer que cette articulation fructueuse permet une compréhension complexe de l’urbanité nocturne occidentale, en réinterrogeant les catégories analytiques usuelles – une ré-interrogation dynamique liée à une situation (une configuration espace-temps-action-altérité) et en prise avec cette situation.

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    Afin de mettre à l’épreuve cette hypothèse – construite de manière inductive suite à une enquête de terrain dans le cadre d’une thèse de doctorat de chacun des auteurs – nous avons tenté de mettre en place une méthodologie de marches urbaines exploratoires, c’est-à-dire, de traversées collectives nocturnes d’une diversité morphologique aux niveaux spatial et temporel. La ville de Paris a été choisie comme terrain d’étude, du fait de la connaissance des problématiques locales aux niveaux de la marchabilité [2] et de la nuit urbaine [3] ; une connaissance ethnographique préalable et nécessaire au bien-fondé de la méthodologie.

  • L’Ami du Peuple contre les « financiers qui mènent le monde ». | Cairn.info
    https://www.cairn.info/revue-archives-juives1-2006-2-page-96.htm

    Si l’on parcourt la presse quotidienne française de l’entre-deux-guerres, de L’Œuvre à La Croix ou L’Action Française, plutôt lus par l’élite, du Journal au Matin, journaux populaires à fort tirage, on constate la domination des thèmes conservateurs, où l’expression d’un antisémitisme xénophobe n’est pas rare [1]
    [1]Le rôle de la presse – mode d’information et de culture majeur…
    . Un seul titre important a cependant tenté de vulgariser et d’exploiter l’antisémitisme : L’Ami du Peuple de François Coty.

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    On considère habituellement que l’antisémitisme – en sommeil après l’affaire Dreyfus – aurait fait son retour en France à partir de 1933, avec le développement de la crise économique, l’arrivée des réfugiés juifs puis l’avènement, en 1936, du Front populaire [2]
    [2]Voir Ralph Schor, L’Antisémitisme en France pendant les années…
    . En réalité, dès le début de l’année 1932, la première campagne antisémite depuis bien longtemps voit le jour dans les colonnes de L’Ami du Peuple, journal tirant alors à un million d’exemplaires. Elle n’a pas encore la tonalité caractéristique des “guerres franco-françaises” des années 1930. Il s’agit là d’un antisémitisme à usage extérieur, dirigé contre les « financiers qui mènent le monde », une réaction irrationnelle à la crise économique mondiale qui frappe la France depuis quelques mois. L’antisémitisme diffusé ne s’appuie pas en effet sur une situation réelle – même fantasmée – ou un fait d’actualité ; c’est l’occasion d’observer le développement de mythes antisémites à l’état pur.

  • Vaccination : notes sur un mouvement [anti]social | Lignes de force
    https://lignesdeforce.wordpress.com/2021/07/22/vaccination-notes-sur-un-mouvement-antisocial

    De la même manière, l’analyse des slogans – ceux repris collectivement et ceux affichés individuellement (pancartes, chasubles ou badges) – est éclairante. Le slogan le plus communément scandé tient en un mot « Liberté ! » Je crois que certains libertaires s’y sont laissés prendre. Il n’y a pourtant là aucune commune mesure avec l’ancien « Anarchie Liberté ! », qui contrariait tant les bureaucrates gauchistes. Scandé seul, le mot « Liberté » est une coquille vide, dans laquelle viennent se lover à l’aise aussi bien des gens de droite, des militants néo-nazis et des électeurs de gauche. Souvenez-vous des manifestations de soutien à l’ école libre » (Tiens !) : ses protagonistes prétendaient incarner la liberté face à un gouvernement « socialo-communiste » porteur de valeurs moscoutaires… Aujourd’hui, croyez-vous que les milliers de personnes dont ce sont les premières manifestations de rue s’intéressent vraiment à la liberté de circuler » ? Ils ne pensent qu’à la leur, et se moquent que l’on externalise les frontières – et les camps d’internement – le plus loin possible de l’Europe. Ces gens ne sont pas méchants ! Simplement, leur rapport à la collectivité se limite à la déclaration d’impôt et aux élections. Le reste du temps, ils consomment de l’intoxication télévisée, et – pour celles et ceux qui préfèrent les versions customisées – des « réseaux sociaux ».

    La « liberté » qui sort de leurs bouches n’a rien à voir avec celle qui guide le peuple : c’est la liberté de l’interphone, de la voiture individuelle, et du smartphone.

    Ce que demande ce mouvement – à supposer qu’il s’agisse d’un « mouvement » et qu’il « demande » quoi que ce soit – c’est le moins d’État possible dans le maximum de providence possible. Par là il est inspiré, sans le savoir, par les libertariens américains ; néanmoins son libertarianisme est sévèrement reconfiguré par les habitudes prises durant 85 ans de sécurité sociale !

    Ce qui demeure du vieux fond anarcho-syndicaliste (dénaturé) dans ces mouvements d’opinion, c’est l’insatisfaction érigé en principe. Ce sont, autrement dit, des mouvements consuméristes. Si les vaccins tardent à être conçus, le gouvernement est un ramas d’incapables et les laboratoires pharmaceutiques des sangsues du peuple. Si les vaccins sont produits dans un temps record, le gouvernement est un ramas d’incapables, et les labos des apprentis sorciers. La même personne qui ignore que les premiers travaux sur l’ARN messager datent du début des années 1960, et refuse d’être le « cobaye » du vaccin contre le Covid, menacera de mort le cancérologue qui prétend lui interdire d’entrer dans le protocole d’un nouveau médicament…

    À la décharge (signez ici) du consommateur de santé publique (vieux style), il faut reconnaître que la vaccination pose de manière paradoxale et quasi inextricable le problème de l’intersection/contradiction entre le bénéfice individuel et le bénéfice collectif. En réalité, le vaccin n’est pas fait pour vous (individu), mais pour nous (collectivité). Tel « accident » vaccinal (et la crainte qu’il suscite) n’affecte aucunement l’intérêt, voire la nécessité, d’une vaccination générale.

    La question qui se pose aujourd’hui n’est en aucune façon de savoir si je souhaite ou si vous (individus) souhaitez vous faire vacciner ; si vous éprouvez des réticences ; si votre système de croyance (religieux ou antiscientifique) vous « interdit » de le faire. La seule question est de savoir si la collectivité peut s’en passer. Ou, pour ne pas reculer devant les nuances : si des motifs sérieux et rationnels permettent d’envisager une autre stratégie de protection de la population mondiale (on ne peut pas à la fois aller passer ses vacances aux Maldives et nier que la situation sanitaire aux Maldives nous concerne).

    La réponse à cette question – aujourd’hui – qu’on la formule brutalement ou avec toutes les circonlocutions imaginables est : Non.

    À partir de là, on peut râler, signer des pétitions, attendre le dernier moment – comme pour remplir sa déclaration d’impôt – mais il faudra bien se faire vacciner. Et non, votre opinion individuelle ne « compte pas ». Non pas parce le gouvernement est autoritaire (il l’est !) et oublie (il s’en moque !) qu’il est censé être à votre service (collectivité), mais parce que la santé publique s’évalue sur les grands nombres, lesquels sont extrêmement peu accueillants pour les particularités individuelles (ils les absorbent).

    Que le gouvernement attelé à cette tâche soit du genre de ceux qui, depuis des décennies, ont entrepris d’éradiquer la notion même de « santé publique », ont mis des comptables à la direction des hôpitaux et fermé des centaines de lits jugés peu rentables ne modifie absolument rien, ni à la question ni à la réponse.

    J’entends bien celles et ceux qui s’affirment à la fois vaccinné·e·s (ou sur le point de l’être) et hostiles à l’obligation vaccinale. Prenons un autre exemple. Diriez-vous : « Je suis entièrement d’accord pour dire que conduire fin saoul au-dessus de la vitesse maximale autorisée est un comportement criminel, mais je ne suis pas d’accord pour que ce comportement soit interdit ? » Non, bien sûr.

    #covid19 #vaccination

    • Si les vaccins tardent à être conçus, le gouvernement est un ramas d’incapables et les laboratoires pharmaceutiques des sangsues du peuple. Si les vaccins sont produits dans un temps record, le gouvernement est un ramas d’incapables, et les labos des apprentis sorciers. La même personne qui ignore que les premiers travaux sur l’ARN messager datent du début des années 1960, et refuse d’être le « cobaye » du vaccin contre le Covid, menacera de mort le cancérologue qui prétend lui interdire d’entrer dans le protocole d’un nouveau médicament…

    • J’entends bien celles et ceux qui s’affirment à la fois vaccinné·e·s (ou sur le point de l’être) et hostiles à l’obligation vaccinale. Prenons un autre exemple. Diriez-vous : « Je suis entièrement d’accord pour dire que conduire fin saoul au-dessus de la vitesse maximale autorisée est un comportement criminel, mais je ne suis pas d’accord pour que ce comportement soit interdit ? » Non, bien sûr.

    • Je n’avais pas encore eu le plaisir de lire un tel article... Merci pour ce fabuleux partage digne de l’envie de... ... ... partager ?
      J’ai pu lire des articles politiquement scientifique, d’autre politiquement médical, d’autre politiquement socials etc. Puisque désormais dans toutes sphères auxquels chacun puise des argument pour convaincre autrui tout est devenu politique, puisque chacun peut y trouver dans chaque sphère : tout... Et exactement son contraire !

      Mais je n’avais pas encore lu d’article qui ne soit juste que des jugement d’une personne qui semble autant blasé, qui se dit anarchiste en l’affichant publiquement bien en vue sur son « blooooog » et qui passe autant de temps à juste... critiquer autant des mouvement de protestation. Ca ne serait autant intellectuel, ça resterait juste rigolo.
      Les gilets jaunes ne sont que des bourgeois qui sans querelle politique autour du sujet du passe sanitaire ne se serait jamais retrouvé : oui, peut-être, je ne sais pas, et alors ? Mais bravo quand même pour l’encre.
      Peut-être même que le mariage pour tous ça le défrise cet anar hypocrite, puisque ça aussi ça ne le regarde peut-être pas ?
      Et les jugement sur les personnels infirmiers, trop malade ! Le gars il se sent humilié... Pauvre de lui... Peut-être est-il infirmier ou vraiment sur place pour réaliser les conséquences ? Pour vivre les conséquence ou les vit-il en grande difficultés uniquement caché derrière son écran et son « bloooooog ». Mais peut-être subit-ils les injonctions journalières de personnes responsables d’hôpitaux qui eux-mêmes n’ont certainement aucun intérêts à vacciner et faire vacciner en évitant de regarder les conséquences, ça ne serait pas nouveau !
      Peut-être as-t-il peur lui aussi pour sa carrière et en même temps peut-être que lui aussi il vit la culpabilité de vacciner ou de ne pas vouloir vacciner.
      Peut-être se sent-il lui aussi assailli d’informations et de contre informations avec lesquelles ils doit jongler pour prendre une décision qui met en danger la vie d’autre personne que la sienne, sans pouvoir respecter un seul engagement d’Hypocrate.

      Tout personne éclairées n’est pas au courant que l’ARN a démarré son développement en 60, d’ailleurs cet argument est juste un argument d’autorité qui ferme le dialogue... et ça changerait quoi au fait qu’aucun médecin ou scientifique ne peut aujourd’hui s’engager et confirmer qu’il n’y aura jamais aucunes séquelles d’un tel vaccin sur les vaccinés, et puis ça change quoi au fait qu’il ont pu confirmer que les vaccins mettent à mal les défenses immunitaires contre même les variants ce qui oblige donc les personnes s’étant fait vacciner à ne plus imaginer l’avenir sans vaccins.
      Mais oui sinon, c’est vrais les vaccins sont clairement efficaces, ils sauvent bien plus qu’ils ne tuent ou envoies en hospitalisation.

      C’est débat de société ou règne « les mieux pensants à la place des autres », comme c’est arrivé pleins de fois en France (manifestation pour la pilule en 72 et son opposition, mariage pour tous et son opposition, gilet jaune et son opposition, aéroport de NDDL et son opposition, sauvetage et accueil des réfugiés et son opposition etc. etc. etc.).

      Des instances multinationales (OMS et parlement euro) et des pays se sont exprimé contre l’obligation de vaccination comme quelque-chose d’opposé au vaccin, d’opposé à la liberté à l’égalité et à la fraternité, non les français penseront toujours mieux que les autres en bons hypocrite.

    • Sur l’épidémie de variole pendant la guerre de 1870 :
      https://www.cairn.info/revue-les-tribunes-de-la-sante1-2011-4-page-25.htm

      À noter qu’il s’agit d’une vaccination à l’ancienne, si je comprends bien inventée par Edward Jenner en 1796 (on inocule la variole des vaches, également appelée « vaccine », ce qui provoque l’immunisation contre la variole humaine). La vaccination plus moderne est découverte par Pasteur une dizaines d’années après cette affiche, l’histoire du gamin vacciné contrer la rage se déroulant en 1885.

    • Tout personne éclairées n’est pas au courant que l’ARN a démarré son développement en 60, d’ailleurs cet argument est juste un argument d’autorité qui ferme le dialogue...

      Ce n’est pas un argument d’autorité mais un fait.

      Des instances multinationales (OMS et parlement euro) et des pays se sont exprimé contre l’obligation de vaccination

      Ah là oui, c’est un argument d’autorité.

    • L’exemple d’incitation positive à la vaccination par La Commune de Paris (vaccinez-vous, vous pourrez manger et vous chauffer) était là
      https://seenthis.net/messages/922780#message922855
      et a pas mal circulé, assortie d’autres exemples de ce qu’auraient pu être des incitations positives qui soient pas de l’ordre du #risque autorisé (boites de nuit le 1er juillet, bars, restos, etc.) en dépit du savoir disponible.

  • Les buveuses de sang de la Villette


    À la fin du XIXe siècle, les femmes se boudinent dans des corsets qui entravent dangereusement la circulation, entrainent des palpitations et des syncopes... De plus, neurasthénie et anémie sont fréquentes à cette époque. Pour fortifier leur sang appauvri, les médecins préconisent une cure de fer. Et pour faire le plein de fer, quoi de mieux qu’un bon verre de sang ?

    Les Buveuses de Sang sont racontées dans « Les Oubliettes de l’Histoire » de Priscille Lamure, publié aux Editions du Trésor.
    https://www.facebook.com/Clementinepkhistoire/videos/-historiquementvo%CC%82treau-programme-les-buveuses-de-sang-de-la-villette-%C3%A0-la-fin-d/3999106053468494
    https://www.causette.fr/culture/livres/dans-les-oubliettes-de-lhistoire-le-livre-parfait-pour-vos-voyages-ou-pour-

    (pas encore écouté - arg c’est Stéphan Bern !)
    #sang #femmes #vampire #médecine #histoire #mode

    ps source image : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90450748.item

  • L’usage du dessin dans l’enquête de terrain en sciences sociales. État des lieux et perspectives depuis la géographie et l’anthropologie – Carnets de Terrain
    https://blogterrain.hypotheses.org/17017

    Alors que les méthodologies d’enquête en #sciences_sociales ne cessent de se renouveler et de se diversifier, Fabien Roussel et Émilie Guitard proposent dans ce billet-ressources en deux parties de faire le point sur la place accordée au #dessin par un nombre grandissant de chercheur.e.s, dans leur pratique de terrain et la dissémination de leurs recherches.

    avec tout plein de liens pour les mirettes comme cette couverture de TOPO la revue d’actu pour les moins de 20 ans et pour les autres.
    https://boutique.4revues.fr/topo-30


    Topo n°30, dessin de couverture Benoît Carbonnel

  • La « #cancel_culture » à l’assaut du #débat_public de #Renaud_Maes

    Il y a de cela quelques mois, un auteur proposa un texte à La Revue nouvelle, traitant d’un aspect particulier de la « décolonisation ». Deux spécialistes reconnus internationalement relurent cette proposition et la jugèrent trop caricaturale. À les suivre, sa publication ne contribuerait qu’à polariser le débat public, sans l’éclairer suffisamment sur des enjeux réels. Le processus se solda donc par un refus.

    La procédure de relecture des propositions par deux personnes bien informées vise à garantir la rigueur factuelle des articles que nous publions et d’éviter les simplifications abusives des problématiques dont ils traitent. Il s’agit de respecter l’engagement de La Revue nouvelle de refuser de donner des « leçons » sur les thèmes qu’elle aborde, et d’accompagner les lecteurs dans l’élaboration de leur point de vue autonome [1]
    [1]« Une revue intellectuelle dans le débat démocratique », aout…
    . Les relecteurs sont donc invités en amont à se focaliser sur la qualité de l’argumentation et en aval, leur évaluation est soigneusement analysée par la rédaction avant transmission à l’auteur. Si le moindre doute apparait, l’article fait l’objet d’un débat en comité de rédaction. En l’occurrence, il n’y avait aucun doute.

    L’auteur de la proposition refusée répondit toutefois par un message à la rédaction — en mettant en copie quelques personnalités —, message dans lequel il suggérait qu’il était victime de la « cancel culture » et déplorait qu’elle puisse influencer jusqu’à La Revue nouvelle. C’était la première fois que nous étions confrontés à cette accusation, mais elle nous sembla grave : ce que l’auteur réclamait, finalement, ce n’était pas tant l’accès à une évaluation impartiale de son texte. Ce qu’il exigeait, c’était bel et bien un droit absolu à la publication, même si son article ne respectait pas la charte éditoriale de notre revue. Il ne contestait d’ailleurs pas les arguments des relecteurs, mais les accusait, publiquement et sans les connaitre, de parti pris idéologique. Et en adressant cette critique à une audience — certes limitée, mais dont il connaissait le poids symbolique —, il exerçait de fait une pression visant à contourner notre processus éditorial et, ce faisant, notre ligne éditoriale.

    Un rapide sondage auprès de rédactions de revues partenaires mit en évidence que plusieurs d’entre elles avaient déjà dû faire face à une telle accusation, parfois divulguée par mail envoyé à la cantonade, parfois lancée sur les réseaux sociaux et largement relayée.

    Cet épisode intervient dans un contexte qui voit les revues intellectuelles éprouver d’importantes difficultés à assurer leur financement, partout en Europe, même dans les pays où les populistes de droite n’ont pas pris le pouvoir. Elles dépendent presque toutes de subsides publics et, dans ce cadre, les accusations de cancelling peuvent avoir des effets délétères : les pouvoirs publics, effrayés par les rumeurs — même infondées —, pourraient rapidement couper les vivres aux revues.

    Une menace pèserait donc sur les revues… et questionne notre capacité à pouvoir maintenir une ligne éditoriale.

    https://www.cairn.info/revue-nouvelle-2021-4-page-2.htm

  • #Résurgence holocénique contre plantation anthropocénique

    La « soutenabilité » est le rêve de transmettre une #terre_habitable aux générations futures, humaines et non-humaines. Cet article soutient qu’une soutenabilité digne de ce nom exige la #résurgence d’un modèle multi-espèces, en résistance aux tendances de la #colonisation_capitaliste qui transforme tout en #plantations de #monoculture. Pour affronter les défis de l’Anthropocène, nous devons faire davantage attention aux #socialités qui se trament entre les espèces, socialités dont nous dépendons tous. Aussi longtemps que nous maintenons une séparation imperméable entre nous et tout ce qui n’est pas humain, nous faisons de la soutenabilité un concept cruel relevant de l’#esprit_de_clocher. Nous perdons de vue le tramage commun qui rend possible la vie sur Terre des #humains avec les #non-humains. De toutes façons, maintenir cette #séparation ne fonctionne pas : les efforts des investisseurs pour réduire tous les autres êtres au statut d’actifs ont généré de terrifiantes écologies, que je qualifie ici de #proliférations_anthropocéniques.

    https://www.cairn.info/revue-multitudes-2018-3-page-77.htm
    #soutenabilité #anthropocène #humain #non-humain #Anna_Tsing #écologie #extinction #prédation #matsutake

  • Colette Guillaumin. Penser la race et le sexe, hier et aujourd’hui | Cairn.info
    https://www.cairn.info/revue-cahiers-du-genre-2020-1-page-15.htm

    Annotations :

    Guillaumin, dès ses premières publications (1967, 1969), s’insurge contre l’idée de définir le #racisme par l’hostilité ou par la « négativité » : il peut aussi s’exprimer par des jugements dit « positifs » (grande puissance sexuelle, sens familial, etc.). La base du racisme doit être cherchée ailleurs : dans la naturalisation de certains groupes. Guillaumin démontre alors comment l’invention de la Nature doit être comprise comme la face mentale des rapports de domination. Dans ce premier ouvrage, Guillaumin met en évidence le « traitement analogue dont relèvent les diverses catégories aliénées et opprimées au nom d’un signe biologique irréversible, donc ‟racisées” » (...)

    #_Colette_Guillaumin #.articles_revues #féminismes

  • #eugénisme  L’histoire cachée de l’Université Stephanie Caminada et Nuria Tinnermann (Zürcher Studierendenzeitung)

    À Zurich, des recherches ont longtemps été menées sur « l’amélioration de la race blanche ». L’Université a du mal à accepter cette confrontation au passé.


    L’ancien recteur de l’Université de Zurich Alfred Ernst (avec un casque colonial) lors d’un « voyage d’études botaniques » dans l’archipel malais. Fotoalbum Studienreise Alfred Ernst, 1905-1906, Deutsche Marineexpedition 1907

    À l’Université de Zurich, des anthropologues, des médecins et des biologistes ont mené des recherches sur l’hygiène raciale et l’eugénisme. De nombreux scientifiques ont profité dans leurs recherches des structures de domination coloniales. Pascal Germann, historien de la médecine à l’Université de Berne, a concentré ses recherches en particulier sur l’Institut d’anthropologie de Zurich. « L’institut est devenu un centre de recherche raciale mondial au début du 20e siècle », déclare-t-il.

    Le recteur de l’université avait une mentalité eugénique
    L’institut s’est surtout fait connaître par ses méthodes et ses instruments de mesure, qui ont connu un succès mondial à l’exportation. Ces instruments pourraient être utilisés pour déterminer la taille du corps, la circonférence du crâne ou les angles du visage. « Ces mesures étaient souvent humiliantes, relève Pascal Germann. Les manuels d’étude, par exemple, exigeaient que les sujets d’examen soient complètement nus. » Le développement et l’essai de ces méthodes et instruments de mesure ont eu lieu dans les colonies européennes. Par exemple, en Nouvelle-Guinée allemande, où l’anthropologue zurichois Otto Schlaginhaufen était accompagné de soldats allemands lors de ses expéditions de mesure.

    Otto Schlaginhaufen a trouvé des alliés influents à l’Université de Zurich pour promouvoir la recherche en eugénisme. « Le botaniste Alfred Ernst, qui il est devenu recteur de l’université en 1928, a joué un rôle important », déclare Pascal Germann. Alfred Ernst a également mené des recherches dans les territoires coloniaux de l’Asie du Sud-Est, où il a bénéficié des infrastructures de l’impérialisme néerlandais.

    L’Université a proposé des cours d’études raciales jusqu’en 1979
    Alfred Ernst et Otto Schlaginhaufen ont été parmi les cofondateurs de la Fondation Julius Klaus en 1922. Lors de sa création, les actifs de la fondation étaient plus importants que le budget annuel de l’université. Les statuts stipulaient que des réformes d’hygiène raciale devaient être initiées pour « l’amélioration de la race blanche ». Selon Pascal Germann, cela illustre comment l’eugénisme universitaire était souvent lié à des « idées de racisme colonial ». Jusqu’à la modification des statuts en 1970, quatre autres recteurs de l’Université étaient membres de la Fondation Julius Klaus, qui existe encore aujourd’hui.

    L’Université de Zurich a proposé un cours d’études raciales jusqu’en 1979. « Cela m’a étonné qu’il n’y ait pratiquement pas eu de voix critiques à l’Université jusque dans les années 60 », dit Pascal Germann. Ce n’est qu’alors que l’acceptation des études raciales a commencé à s’effriter en Suisse. « Une véritable confrontation avec le sujet n’a débuté que dans les années 90. » Aujourd’hui, l’institut est très ouvert à l’idée de se confronter à sa propre histoire, mais les recherches sur l’implication coloniale des chercheurs zurichois ne font que commencer.


    Otto Schlaginhaufen (en haut à droite) lors d’une expédition de recherche scientifique. Schlaginhaufen, 1959

    Le pouvoir ne veut pas être remis en question
    Ne s’agit-il pas alors d’un oubli actif de sa propre histoire coloniale, c’est-à-dire d’une amnésie coloniale ? Pour le déterminer, il est important de comprendre comment fonctionnent les cultures de la mémoire. « Surtout parce que la mémoire a aussi beaucoup à voir avec le pouvoir », explique Ana Sobral, professeure de littérature mondiale au département d’anglais de l’Université de Zurich. Elle s’intéresse également au postcolonialisme, qui appelle à la reconstruction d’une histoire des « autres », car l’histoire enseignée en Occident est fortement déformée par les idées eurocentriques.

    D’autre part, les structures de pouvoir du colonialisme qui se perpétuent doivent être démasquées. La dissimulation de sa propre histoire coloniale est due au fait que les conditions économiques de cette époque n’ont pas simplement disparu. « Les injustices que nous voyons aujourd’hui viennent de la période coloniale et sont étroitement liées au capitalisme – il y a une énorme continuité », explique Ana Sobral. Même aujourd’hui, ce qui ne correspond pas à son récit est marginalisé. « Ceux qui sont puissants ne veulent pas être remis en question. »

    Oublier au lieu de remettre en état
    « Les universités sont en premier lieu concernées par leur propre préservation », estime Ana Sobral. C’est pourquoi les institutions ont tendance à ne pas poser certaines questions. Elles ont juste d’autres priorités, dit-elle, motivées par certaines notions de succès, comme les classements. « Quand on veut changer quelque chose, on se heurte toujours à un certain conservatisme. L’Université et l’École polytechnique fédérale de Zurich mettent l’accent sur l’innovation et l’ouverture. Mais en même temps, elles réagissent souvent avec une résistance à la critique qui ne leur convient pas pour le moment », explique Ana Sobral., qui estime que leurs fondations profondément enracinées les rendent passives et rigides.

    Mais critiquer uniquement les institutions et les tenir pour responsables serait trop réducteur. « La mémoire collective des nations tend également à mettre en valeur les moments de triomphe et à oublier les moments de honte. » C’est ainsi qu’en Suisse, par exemple, s’est enracinée l’image d’un pays neutre qui ne veut pas avoir été une puissance coloniale. « Mais la Suisse n’a jamais été neutre et elle a certainement bénéficié du colonialisme. » Pour changer, estime Ana Sobral, il faut une pression extérieure. Un exemple est le buste de l’eugéniste Auguste Forel, qui a été retiré en 2006 sous la pression des étudiants.

    Selon Ana Sobral, cependant, l’important ne se passe pas à l’Université, mais dans la société. Parce que le savoir universitaire ne se diffuse pas toujours. Le buste de Forel a disparu de l’entrée de l’université sans aucune contextualisation perçue par le public. Comme le souvenir de l’histoire de Forel, le poste d’Ana Sobral sera supprimé à la fin du semestre d’automne 2020. Cela réduira considérablement l’éventail des études post-coloniales proposées au département d’anglais également.

    Source : https://www.swissinfo.ch/fre/histoire_l-histoire-cach%C3%A9e-de-l-universit%C3%A9/46377608

    #eugénisme #racisme #stérilisation #histoire #documents #sciences #technologies #races #université #Suisse #institutions #colonialisme #colonisation #néo-colonialisme#post-colonialisme

  • #Marseille privatopia : les #enclaves_résidentielles à Marseille : logiques spatiales, formes et représentations

    Marseille : privatopia ?

    La forte multiplication des « #résidences_fermées_sécurisées » est une tendance observée dans les #villes européennes et françaises, après celles d’Amérique latine, des USA, d’Afrique du sud etc. En #France, elle a surtout été repérée et analysée en contextes péri-urbains (Ile de France, Côte d’Azur, banlieues de Toulouse et Montpellier). Partout où elle se développe, cette tendance est souvent attribuée aux inquiétudes des habitants pour la #sûreté, ou leur #qualité_de_vie, ainsi qu’à des #replis_sociaux, thèmes récurrents dans les médias et discours politiques. Elle est aussi liée au rôle d’une « offre » portée par les majors de l’immobilier. Mais elle est aussi soutenue indirectement, dans le contexte néolibéral, par des pouvoirs publics qui se déchargent ainsi de l’aménagement et de la gestion d’#espaces_de_proximité.

    Nous observons et analysons depuis 2007 cette prolifération des #fermetures à Marseille. Après un premier état des lieux (Dorier et al, 2010), nous avons mené une second #inventaire exhaustif en 2013-2014. Et depuis lors, nous menons une veille ciblée sur certains secteurs. Démarrée au début des années 90, la diffusion des #enclosures atteint des sommets à Marseille où elle n’a quasiment pas été régulée : des #marges et des #enclaves se construisent ainsi dès qu’on s’éloigne du centre historique (Dorier, Dario, 2016). Au point que la #fermeture des #espaces_résidentiels, de leurs #rues et espaces de plein air semble en train de devenir la norme (Dorier, Dario, 2018)

    Depuis 25 ans, Marseille n’a cessé de se cloisonner de plus en plus et ce processus est venu aggraver les #inégalités d’#accès_aux_équipements et aux « #aménités » urbaines. Le #parc bâti du centre ville paupérisé s’est dégradé jusqu’à l’effondrement et au risque de péril imminent de centaines d’immeubles, qui ont du être évacués en urgence depuis novembre 2018, comme on le voit sur la carte de droite (voir aussi page dédiée). Pendant ce temps, les quartiers du sud et de l’est, ainsi que les zones en rénovation, se sont transformées en mosaïques résidentielles clôturées, sous le double effet de la #promotion_immobilière et de ré-aménagements voulus par les associations de #copropriétaires. Ils dessinent des espaces pour classes moyennes à aisées, sous forme de #lotissements et d’#ensembles_immobiliers majoritairement fermés et sécurisés, chacun doté de ses propres espaces « communs » privés : parkings, voirie privée, jardins.

    Cette « #Privatopia » tourne d’abord le dos au centre historique, à ses ilots anciens décrépis où l’action publique s’est illustrée par son inefficience pendant des décennies. La fermeture se diffuse d’abord dans les zones favorisées, puis dans les périphéries ouvertes à l’urbanisation, enfin dans les zones de rénovation urbaine : la création de nouvelles résidences fermées est devenue un moyen pour valoriser des opérations immobilières et y attirer des classes moyennes, face aux copropriétés dégradées et aux ensembles HLM appauvris. Lorqu’un bailleur rénove un ensemble de logements sociaux, celui-ci est également « résidentialisé », même si, avec des années de recul sur cette pratique, on sait désormais que clôturer ne résoud pas les problèmes socio-économiques des quartiers, ni même les problèmes de sécurité. Au contraire, la fragmentation physique pourrait bien alimenter les tendances aux séparatismes sociaux en tous genres.

    D’après nos enquêtes, en dehors des formes d’entresoi spécifique de quartiers particulièrement aisés, comme la colline Périer, et ses « gated communities » surplombant la mer, la fermeture est d’abord fortement associée au « tout voiture » qui caractérise encore Marseille et à la concurrence pour le stationnement résidentiel : les premiers espaces à être clôturés sont les parkings. Elle est également liée à 25 années de désengagement croissant de la municipalité dans la gestion de proximité (propreté, entretien des espaces verts, sécurisation publique des rues) ainsi qu’un encouragement de l’urbanisation privée par des ventes de parcelles publiques ou des zones d’aménagement favorisant la promotion immobilière. La fermeture résidentielle traduit l’affirmation d’une économie résidentielle, le rôle des promoteurs, syndics, copropriétés étant crucial : la « sécurisation » (privée) est supposée faire augmenter la valeur marchande des biens immobiliers… Enfin, la fermeture traduit une accentuation des replis sociaux : à Marseille la clôture « a posteriori » de rues qui étaient auparavant ouvertes au passage représente 55% des cas observés.

    Certains espaces du 8ème, 9ème, 12ème , nord du 13ème arrondissements (Les Olives), caractéristiques de cette urbanisation privée, deviennent un assemblage désordonné de copropriétés et d’enclaves de moins en moins accessibles et traversantes. La fermeture se diffuse par mimétisme, les ensembles résidentiels forment des « agrégats », qui bloquent les circulations : une véritable situation de thrombose dans certains quartiers, anciens comme récents (les Olives, Ste Marthe). Le comble, c’est que dans ces quartiers, les plus favorisés, au cadre de vie « a priori » le plus agréable, les déplacements à pied ou en vélo tiennent désormais de l’exploit. Les détours imposés par les barrières qui enserrent chaque rue ou jardin privé de résidence obligent à prendre la voiture pour accompagner un enfant à l’école du coin, acheter le pain… La ville perd de plus en plus en cohérence, et, avec cette juxtaposition de résidences sécurisées certains quartier ressemblent plus à une mosaïque de co-propriétés qu’à… une ville. Cela a été mis en évidence et modélisé par la toute récente thèse de Julien Dario (2019), réalisée dans le cadre de ce projet.

    A Marseille, depuis 2007, nous avons opté pour une étude empirique, directe, sur le terrain. Nous pu ainsi vérifier l’hypothèse qu’aux initiatives spontanées de fermeture de rues et de lotissements a posteriori, longtemps après leur construction, s’ajoutent des stratégies nouvelles. Elles associent promotion privée et action publique, et sont destinées à faire évoluer le peuplement de quartiers de la ville, à travers la production de logement « de qualité » attirant des classes moyennes et supérieures. Promoteurs et décideurs semblent juger utile de les rassurer à travers la livraison d’ensembles qui sont quasiment tous fermés dès la construction … En 12 ans, de 2008 à 2020 une série d’études, de masters et thèses ont permis de décrire et quantifier ce processus, d’observer la progression d’une fragmentation urbaine qui s’accroît aux échelles fines et d’évaluer ses impacts.

    Nos études se sont focalisées sur les fermetures massives des aires privilégiées (Colline Périer, Littoral Sud, Nord-Est avec la technopole de Chateau Gombert), et la transformation résidentielle de certains territoires périphériques en zones d’investissements immobiliers rentables, attirant des classes moyennes et supérieures (Littoral Nord, Sainte Marthe, grand centre ville/Euromed, franges du parc National des Calanques comme la ZAC de la Jarre). les résidences fermées deviennent ainsi un outil de plus value foncière… et de recompositions urbaines, valorisant toutes les zones ayant un attrait environnemental, tout en en restreignant l’accès.

    La diffusion d’un modèle

    Notre méthodologie a permis de prendre la mesure du phénomène à l’échelle d’une ville entière, et sur la durée, ce qui n’a pas été réalisé ailleurs en France. A deux reprises (2008-2009 et 2013-2014), la commune entière a été arpentée, chaque ensemble résidentiel fermé a été géolocalisé dans un SIG, inventorié, décrit, photographié, afin d’établir un corpus exhaustif : 1001 résidences ou lotissements étaient enclos en 2009, plus de 1550 en 2014. L’ensemble des clôtures ont été datées à partir d’enquête directe ou par photo-interprétation. Cette démarche est relatée dans deux rapports de recherche (Dorier et al., 2010 et 2014), 13 masters et une thèse (Dario, 2019).

    Le recours au SIG (Système d’information géographique) a permis de tracer leur histoire, en croisant les localisations avec des images aériennes anciennes, le cadastre, la chronologie des programmes immobiliers. En 2011 et 2012, la première étude du LPED est actualisée à travers plusieurs mémoires d’étudiants sous la direction d’E.Dorier et S.Bridier. Ceux-ci observent une accélération des dynamiques d’enclosures dans les quartiers sud (Dario J. 2010, Toth P.2012), leur multiplication et leur diffusion dans les quartiers nord (Balasc et Dolo 2011, Dolo 2012, Robillard 2012). La propagation se fait beaucoup par mimétisme : plus de la moitié des ensembles fermés sont collés les uns aux autres, par grappes, transformant la physionomie et les usages possibles de l’espace urbain et développant des « marges » urbaines cloisonnées. On peut le vérifier, à travers l’exemple d’une marge Nord-Est de Marseille, sur les franges ville-espaces péri-urbains Les Olives : une juxtaposition désordonnée de lotissements fermés.

    Nous avons aussi beaucoup observé, recueilli de nombreux témoignages auprès de résidents, de riverains, de syndics, d’agences, de techniciens de l’urbanisme… Nous avons séjourné dans plusieurs de ces résidences. Nous poursuivons la veille sur certains contextes sensibles à haut potentiel spéculatif immobilier, comme la frange du massif des calanques ou sainte Marthe, ou encore des espaces où les fermetures sont conflictuelles. Par des analyses d’archives, des enquêtes fines sur des contextes urbains, des entretiens avec acteurs et habitants, des analyses de périmètres de la politique de la ville, le suivi de conflits de voisinages nous avons ensuite analysé les facteurs historiques et les impacts associés à cette dynamique d’enclosures, les inégalités sociales, les impacts sur la circulation, les inégalités environnementale (D.Rouquier 2013, J.Dario, 2019 et la thèse en cours de P. Toth, consacrée aux 8ème et 9ème arrondissements).

    Au final, on met à jour une dynamique de transition libérale, individualiste et sécuritaire, associée au règne de la voiture dans la ville (beaucoup de clôtures ont au départ pour justification le seul parking), qui freine d’autres évolutions souhaitables (transition écologique, inclusion sociale). Si le phénomène se banalise, on constate aussi une complexité territoriale du processus et son épaisseur historique. Dans des contextes de fortes recompositions urbaines (spatiales, foncières, sociales, démographiques), et dans les périmètres de nouvellement urbain, la fermeture d’espaces résidentiels est utilisée comme outil de diversification de l’habitat et de mixité sociale. Le processus n’a pas partout les mêmes motifs ni les mêmes impacts socio-environnementaux. D’où l’intérêt d’approches qualitatives par observations sensibles, entretiens avec des acteurs et habitants, dépouillements d’archives historiques (histoires de rues).

    Les quartiers sud

    En observant le facteur de proximité dans la diffusion, ainsi que le potentiel de valorisation immobilière des terrains vacants ou susceptibles de l’être, plusieurs scénarios de prospective ont été mis au point par Julien Dario pour anticiper l’évolution des espaces susceptibles d’être fermés, transmis à la Ville dans le cadre d’un contrat, comme aide à la décision (Dario 2011, 2014 et 2019). Dans les quartiers sud, on est frappé par la perspective de 53% de taux d’évolution spontané probable de la fermeture dans les 8ème et 9ème arrondissements, si aucune intervention publique ne vient réguler la tendance. Les surfaces touchées par les enclosures (résidences et périmètres d’entreprises) déjà localement très importantes pourraient y atteindre le tiers de la surface totale urbanisée. Des études de cas à échelle fine ont permis d’anticiper plusieurs conflits liés à ces processus (progressifs ou brutaux) en lien avec des dynamiques sociale locales.

    Les cas des lotissements « Coin Joli » et « Barry » (analysés ici par J.Dario entre 2011 et 2019) montrent comment certains dispositifs informels préfigurant l’enclosure sont mis en place progressivement, informellement, parfois subrepticement : enrochements, systèmes physiques fixes contraignants (plots métalliques) permettant encore le passage prudent de deux roues et piétons ; panneaux de sens interdit « privés » et informels apposés à l’extrémité de certaines rues. On passe d’une délimitation par panneautage à une fermeture symbolique et partielle, avant d’évoluer vers l’enclosure, qui peut être conflictuelle en privant de passage les riverains, en réduisant les perméabilités urbaines.

    Les quartiers nord : diffusion des ensembles résidentiels fermés dans les contextes de rénovation urbaine

    Un fait remarquable est la diffusion des enclaves résidentielles fermées au cœur et en bordure des zones urbaines sensibles (ZUS) telles qu’elles ont été définies par l’Agence Nationale de la Rénovation Urbaine (ANRU). Bénéficiant de la TVA réduite, les promoteurs sont incités à y produire une nouvelle offre de logement privée, afin de permettre une diversification et l’installation de classes moyennes. Mais les enclosures, supposées rassurer les candidats à l’accession à la propriété, et maintenir un niveau de prix élevé ne favorisent pas les relations sociales … et nos études montrent qu’en fait de « mixité », apparaissent de nouvelles formes de fragmentations et même de tensions résidentielles (Dorier et al, 2010, 2012), qui s’accompagnent, par ailleurs de formes d’évitement fonctionnel (Audren, 2015, Audren Baby-Collin, Dorier 2016 , Audren, Dorier, Rouquier, 2019). Le secteur du Plan d’Aou dans le 15ème arrondissement de Marseille, où la restructuration résidentielle est achevée a été analysé à l’aide d’étudiants (Balasc et Dolo 2011). Dans ce secteur cohabitent des zones de logements HLM en fin de réhabilitation, des lotissements anciens qui se sont fermés ou sont en cours de fermeture, des projets immobiliers récents, conçus sécurisés. La juxtaposition de ces différents types d’habitats aux profils sociaux différenciés engendre plus une fragmentation qu’une mixité Fonctionnelle, malgré la proximité. Les interrelations sont faibles entre les ensembles et les espaces. (Dorier, Berry-Chikahoui et Bridier, 2012)

    une crise des urbanités

    Tandis que cette transformation des espaces de copropriétés et rues privées de Marseille se poursuit, des pans entiers de vieux quartiers populaires se délabrent. En 2019, notre cartographie de ces ensembles résidentiels privés fermés ainsi que des HLM « résidentialisés » et enclos (dans les projets de rénovation urbaine) tranche avec la géographie des constructions déclarées en péril et brutalement évacuées de leurs habitants, suite à l’effondrement de deux immeubles vétustes du quartier Noailles, près du Vieux port de Marseille. Notre carte révèle des politiques de l’habitat à plusieurs vitesses, où des décennies de laisser-faire public face à la ville privée s’expriment d’un côté par la dégradation du bâti, et de l’autre par la multiplication de formes de repli et d’entre soi urbain ayant des impacts sur les circulations et sur l’accès aux équipements. A ce stade, des rééquilibrages publics sont indispensables. Quelques initiatives publiques pour maintenir des traverses piétonnières ont été lancées dans certains quartiers très touchés, elles sont compliques par les évolutions législatives (qui facilitent la clôture des espaces privés) ainsi que par la dévolution de la compétence en matière de voirie à la Métropole. Rétablir des accès et servitudes de passage pour les piétons est compliqué dans les espaces privés : il faut passer par une DUP, puis par l’achat d’une bande de terrain par la collectivité pour tracer un cheminement piétonnier. Des interventions seraient possibles dans certains cas où les clôtures ont été posées sur des rues non privées, ou hors de la légalité. Mais la collectovité ne s’auto-saisit pas des cas d’infraction. Les actions au cas par cas risquent de ne pas suffire à endiguer cette véritable crise d’urbanité.

    (observations menées conjointement à nos études sur le mal logement et des évacuations à Marseille).

    le projet ci-dessous a fait l’objet d’une exposition art-science, présentée à l’Espace Pouillon, campus centre Saint Charles de l’Université Marseille Privatopia 8-24 octobre 2020.

    Depuis 2014, une collaboration avec l’artiste peintre Anke Doberauer (photos et tableaux) a été rendue possible grâce à une résidence commune à la Fondation Camargo (2014). La jeune cinéaste Marie Noëlle Battaglia a également réalisé en 2020 un documentaire « En remontant les murs » inspiré par nos recherches, et en lien avec l’équipe (avant première le 18 octobre 2020, dans le cadre du festival Image de ville). Ces collaborations ont déjà donné lieu à des présentations croisées, comme celle du 3 avril 2019 organisée par le Goethe Institut à la Friche de la belle de mai, et pourraient déboucher sur une exposition et un ouvrage commun.

    Rapports de recherche-action :

    Dorier E. Dario J. Rouquier D. Bridier S. , (2014), Bilan scientifique de l’étude « Marseille, ville passante », Contrat de collaboration de recherche : « Développement urbain durable à Marseille » n°12/00718, 13 cartes, 18 croquis, 24 tableaux. juin 2014, 90 p.

    Dorier E. (dir), BERRY-CHIKHAOUI I., BRIDIER S., BABY-COLLIN V., AUDREN G., GARNIAUX J. (2010), La diffusion des ensembles résidentiels fermés à Marseille. Les urbanités d’une ville fragmentée, rapport de recherche au PUCA, Contrat de recherche D 0721 ( E.J. 07 00 905), 202 p, 35 cartes et croquis, 30 graphiques, 68 illustrations photographiques.

    Ces rapports ont donné lieu à de nombreuses restitutions publiques auprès des services de l’Urbanisme de la Ville, la Communauté urbaine, l’Agence d’Urbanisme (Agam), le département.

    Articles scientifiques :

    Dorier E. Dario J., 2018, « Gated communities in Marseille, urban fragmentation becoming the norm ? », L’Espace géographique, 2018/4 (Volume 47), p. 323-345. URL : https://www.cairn.info/journal-espace-geographique-2018-4-page-323.htm (traduction texte intégral ) texte intégral (ENG.) DORIER DARIO Espace geo anglais EG_474_0323

    Dorier E. Dario J., 2018, « Les espaces résidentiels fermés à Marseille, la fragmentation urbaine devient-elle une norme ? » l’Espace géographique, 2018-4 pp. 323-345.

    Dorier E., Dario J., 2016, « Des marges choisies et construites : les résidences fermées », in Grésillon E., Alexandre B., Sajaloli B. (cord.), 2016. La France des marges, Armand Colin, Paris, p. 213-224.

    Audren, G., Baby-Collin V. et Dorier, É. (2016) « Quelles mixités dans une ville fragmentée ? Dynamiques locales de l’espace scolaire marseillais. » in Lien social et politiques, n°77, Transformation sociale des quartiers urbains : mixité et nouveaux voisinages, p. 38-61 http://www.erudit.org/revue/lsp/2016/v/n77/1037901ar.pdf

    Audren, G., Dorier, É. et Rouquier, D., 2015, « Géographie de la fragmentation urbaine et territoire scolaire : effets des contextes locaux sur les pratiques scolaires à Marseille », Actes de colloque. Rennes, ESO, CREAD, Université de Rennes 2. Actes en ligne.

    Dorier E, Berry-Chickhaoui I, Bridier S ., 2012, Fermeture résidentielle et politiques urbaines, le cas marseillais. In Articulo– – Journal of Urban Research, n°8 (juillet 2012).

    Thèses

    Audren Gwenaelle (2015), Géographie de la fragmentation urbaine et territoires scolaires à Marseille, Université d’Aix Marseille, LPED. Sous la dir. d’Elisabeth Dorier et de V.Baby-Collin

    Dario Julien (2019) Géographie d’une ville fragmentée : morphogenèse, gouvernance des voies et impacts de la fermeture résidentielle à Marseille, Sous la dir. d’Elisabeth Dorier et de Sébastien Bridier. Telecharger ici la version complète. Cette thèse est lauréate du Grand prix de thèse sur la Ville 2020 PUCA/ APERAU/ Institut CDC pour la Recherche, Caisse des Dépôts

    Toth Palma (soutenance prévue 2021), Fragmentations versus urbanité(s) : vivre dans l’archipel des quartiers sud de Marseille Université d’Aix Marseille, LPED , Sous la direction de Elisabeth Dorier

    Posters scientifiques :

    Dario J. Rouquier D. et Dorier E., 2014, Les Ensembles résidentiels fermés à Marseille, in SIG 2014, Conférence francophone ESRI, 1-2 octobre 2014 – http://www.esrifrance.fr/iso_album/15_marseille.pdf

    Dario J. Rouquier D. et Dorier E, 2014, Marseille, fragmentation spatiale, fermeture résidentielle, LPED – Aix-Marseille Université, poster scientifique, Festival international de géographie de Saint Dié, oct 2014. https://www.reseau-canope.fr/fig-st-die/fileadmin/contenus/2014/conference_Elisabeth_Dorier_poster_LPED_1_Marseille.pdf

    Dario J. Rouquier D. et Dorier E., 2014, Marseille, Voies fermées, Ville passante, LPED – Aix-Marseille Université, poster. http://www.reseau-canope.fr/fig-st-die/fileadmin/contenus/2014/conference_Elisabeth_Dorier_poster_LPED_2_Marseille.pdf

    Contributions presse et médias

    Dorier E. Dario J. Audren G. aout 2017, collaboration avec le journal MARSACTU. 5 contributions à la série « Petites histoires de résidences fermées », collaboration journal MARSACTU / LPED, aout 2017. https://marsactu.fr/dossier/serie-petites-histoires-de-residences-fermees

    Dorier E. et Dario J. 23 aout 2017, interview par B.Gilles, [Petites histoires de résidences fermées] Les beaux quartiers fermés de la colline Périer, interview pr B.Gilles, MARSACTU, https://marsactu.fr/residences-fermees-dorier

    Dorier E. Dario J. 30 janv. 2017, interview par L.Castelly, MARSACTU : https://marsactu.fr/discussion-ouverte-residences-fermees

    Dorier E. , et Dario.J. 20 mars 2014, interview in MARSACTU , société : 29% de logements sont situes en residences fermees à Marseille

    Dorier E. Dario J., 4 oct 2013, « Hautes clôtures à Marseille », in Libération, le libé des géographes. (1 p, 1 carte) http://www.liberation.fr/societe/2013/10/03/hautes-clotures-a-marseille_936834
    Dorier E. , 7 avril 2013, « Le phénomène des résidences fermées est plus important à Marseille qu’ailleurs », Marsactu, talk quartiers, archi et urbanisme, http://www.marsactu.fr/archi-et-urbanisme/le-phenomene-des-residences-fermees-est-plus-important-a-marseille-quailleu

    Dorier E. Dario J., 10 fev 2013, « Fermetures éclair » in revue Esprit de Babel, Fermetures éclair

    télévision

    M6, Résidences fermées à Marseille – étude du LPED. Journal national, octobre 2013 : https://www.youtube.com/watch?v=hDM

    FR3, 19/20, Résidences fermées à Marseille – étude du LPED, 24 mai 2013, https://www.youtube.com/watch?v=o-O

    FR 5 (minutes 38 à 50) : « En toute sécurité », documentaire de B.Evenou, http://www.france5.fr/emission/en-t

    podcast radio

    Collaboration entre chercheurs et cinéaste, janvier 2021 : https://ecoleanthropocene.universite-lyon.fr/documenter-la-geographie-sociale-grand-entretien-a

    Collaboration entre chercheurs et artiste peintre, octobre 2020 : Sonographies marseillaises – Radio Grenouille et Manifesta 13 « Ce monde qui nous inspire #4 Marseille ville privée ? »

    https://urbanicites.hypotheses.org/688

    #sécurisation #privatisation #espace_public #classes_sociales #urban_matter #géographie_urbaine #TRUST #master_TRUST #immobilier #foncier #rénovation_urbaine #urbanisme #fragmentation_physique #inégalités #tout_voiture #voiture #automobile #stationnement_résidentiel #parkings #proximité #promotion_immobilière #urbanisation_privée #détours #barrières #mosaïque #
    #cartographie #visualisation

  • Attractivité et compétitivité des territoires : quelle est au juste l’attractivité économique d’une planète morte ?
    https://ricochets.cc/Attractivite-et-competitive-territoires-quelle-est-au-juste-l-attractivite

    Il faut être un territoire attractif pour les investisseurs, développer l’attractivité économique, ne pas taxer les entrepreneurs qui réussissent, soigner la compétitivité du pays et rechercher l’agilité... Le mantra capitaliste est décliné à toutes les sauces pour créer de la richesse pour les riches et de la Valeur pour le Capital accumulé auparavant, euh pardon ...pour créer des emplois et que les richesses ruissellent en très fines gouttelettes vivifiantes du haut de la pyramide vers les gueux du bas. (...) #Les_Articles

    / #Catastrophes_climatiques_et_destructions_écologiques, #La_civilisation,_la_civilisation_industrielle, Travail, emploi, entreprise..., Humour, ironie, (...)

    #Travail,_emploi,_entreprise... #Humour,_ironie,_satire...
    https://www.cairn.info/revue-mondes-en-developpement-2010-1-page-27.htm
    https://fb.watch/5c0SQa6Yp-
    https://www.eterritoire.fr/blog/2014/11/29/la-france-qui-reste-attractive-quelques-exemples-a-suivre
    https://www.insee.fr/fr/statistiques/1281062
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/04/29/la-pollution-chimique-gagne-l-ensemble-des-oceans_6078512_3244.html
    https://reporterre.net/Record-de-CO2-dans-l-air-vers-un-retour-en-arriere-de-15-millions-d-anne
    https://www.liberation.fr/environnement/la-foret-amazonienne-bresilienne-emet-desormais-plus-de-co2-quelle-nen-ab
    https://reporterre.net/Le-changement-climatique-a-modifie-l-axe-de-rotation-de-la-Terre
    https://lespunaises.info/2021/04/30/la-fonte-des-220-000-glaciers-du-monde-saccelere

  • Ce que furent les « années de plomb » en Italie, par Toni Negri (Le Monde diplomatique, août 1998)
    https://www.monde-diplomatique.fr/1998/08/NEGRI/3918

    Parler des années 70 dans l’histoire italienne, c’est parler du présent. Non seulement parce que les conséquences des politiques répressives d’alors perdurent — les lois spéciales n’ont pas été abrogées, deux cents personnes au moins sont encore incarcérées et autant en exil (1). Non seulement parce que la désagrégation du système politique d’après-guerre, réduit en miettes par la chute du mur de Berlin, avait atteint des limites insoutenables. Mais aussi, et surtout, parce que le traumatisme social (et psychologique) de cette décennie n’a encore été ni refoulé ni cicatrisé.

    Les années 70 sont présentes parce qu’elles ont posé à l’Italie le problème de la représentation démocratique dans la transformation des modes sociaux de production, ce nœud central des sociétés capitalistes avancées qui n’est pas encore dénoué. En Italie, la présentation de ce nœud de problèmes a pris à ce moment-là une tournure tragique.

    Toutes les forces politiques impliquées dans ce drame ont été vaincues. Deux auteurs, plus que d’autres, ont témoigné sur cette tragédie radicale : d’un côté Leonardo Sciascia (2), de l’autre Rossana Rossanda (3). Le premier assurait la chronique des événements en soulignant combien la crise tenait du labyrinthe, la seconde relatait chaque jour, sans jamais se désengager, l’impuissance désespérée des protagonistes à trouver une issue.

    « Les années de plomb » : un « passé qui ne passe pas » | Cairn.info
    https://www.cairn.info/journal-mouvements-2003-3-page-196.htm

    on ne peut comprendre « les années de plomb », sur lesquelles se focalisent la grande majorité de la littérature et des commentaires, sans référence aux mouvements de contestation qui débutent en 1967. Il y a en effet continuité entre les deux événements, non seulement humaine – environ un quart des militants de 1968 ont poursuivi leur engagement dans un groupe armé – mais aussi idéologique et pratique. L’enchevêtrement des luttes légales, semi-légales, totalement illégales, mais aussi des violences dites de masse, spontanées, d’avant-garde, clandestines est réel. Il faudra attendre plusieurs années avant qu’une distinction claire entre groupes d’extrême gauche acceptant le principe du recours à la violence et groupes armés clandestins apparaisse. La première « génération terroriste » (qui termine sa trajectoire autour de 1977) a fait ses armes politiques dans le mouvement étudiant et souvent dans les groupes extra-parlementaires. Les actions des uns et des autres ne divergent guère dans un premier temps ; la distinction s’établit progressivement par effet de seuil et ensuite par étiquetage dans le cadre de la vaste entreprise de contre-mobilisation engagée à partir de la fin des années soixante-dix [2].

  • Michael Hardt et Antonio Negri : empire [1] | Cairn.info
    https://www.cairn.info/revue-les-etudes-philosophiques-2002-4-page-549.htm

    Cette révolution des régimes d’autorité et de production donnerait naissance à un nouvel ordre politique, social, économique, juridique et culturel que Negri et Hardt nomment « Empire », en le distinguant soigneusement de la forme (moderne) de l’impérialisme et en le rapprochant du type d’organisation de la Rome impériale et notamment de son dispositif de gouvernement mixte tel qu’analysé par Polybe. Mais le nouvel Empire, qui serait, selon une thèse originale de Negri (cf. aussi Le Pouvoir constituant), déjà porté en germe dans la première Constitution des États-Unis, constitue bien une forme historique sans précédent à la fois par l’issue qu’il donne aux désirs et revendications de liberté, de créativité, de coopération, etc., de la « multitude » et par la puissance inédite de l’appareil biopolitique de contrôle qu’il met en place (gestion de l’information, traitement des corps et des affects, déterritorialisation des flux, etc.), permettant d’assurer non seulement la perpétuation mais un renforcement considérable de la domination capitaliste.

  • Webinaire 42 / À l’épreuve des murs : géographies de la sécurisation au Caire

    Durant la révolution​ égyptienne​, la lutte pour l’occupation des espaces urbains a été un enjeu majeur aussi bien pour les contestataires révolutionnaires que pour les forces de l’ordre et le régime autoritaire. À partir de 2013, ce dernier a renforcé la #répression des opposants politiques et la #sécurisation​ des rues du Caire​ à travers un dispositif législatif et matériel composé d’#infrastructures_militaires (murs, #checkpoints, etc.), mais également de #politiques_sécuritaires et d’aménagements urbains. Dans ce webinaire, #Laura_Monfleur, analysera comment ces dispositifs sécuritaires remettent en cause la dimension politique des espaces urbains, effaçant en même temps la #mémoire révolutionnaire dans le centre-ville cairote.

    https://www.youtube.com/watch?v=_h8Ty92hDb8


    #conférence #murs #Caire #Le_Caire #Egypte #géographie_urbaine #urbanisme #murs_intra-urbains #frontières #révolution #printemps_arabes #printemps_arabe #séparation #sécurisation #répression #ligne_de_front #front #espace_public #partition #fortification #espace #zone-tampon #risques #barbelés #militarisation #art_et_politique #appropriation #portes

    Une #carte :


    #cartographie #visualisation

    Quelques captures d’écran tirées de la conférence :

    Des #graffitis :


    #street-art #art_de_rue #trompe_l'oeil #fresques

    Lors de la #parade_des_momies :


    –-> #Parade_dorée_des_Pharaons :

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Parade_dor%C3%A9e_des_Pharaons

    @cede :

    Dans ce webinaire, #Laura_Monfleur, analysera comment ces dispositifs sécuritaires remettent en cause la dimension politique des espaces urbains, effaçant en même temps la #mémoire révolutionnaire dans le centre-ville cairote

    #traces #invisibilisation #in/visibilité

    • ‪À l’épreuve des murs. Sécurisation et pratiques politiques dans le centre-ville du Caire postrévolutionnaire (2014-2015)‪

      La révolution égyptienne de 2011 s’est caractérisée par une lutte pour l’appropriation de l’espace public. Elle a été analysée comme une démocratie en actes où les révolutionnaires se sont réappropriés par leurs pratiques et leurs stratégies un espace trop longtemps sécurisé par le gouvernement de Moubarak. Cet article vise à étudier en contre-point les stratégies territoriales de l’État pour le contrôle des espaces publics depuis 2011 et en particulier depuis 2013 avec le renforcement de la répression envers les Frères musulmans et l’arrivée au pouvoir des militaires. Ces stratégies sont mises en évidence dans le cas du centre-ville, épicentre de la révolution mais aussi de la représentation et de l’exercice du pouvoir politique. Elles se caractérisent par des pratiques de cantonnement des manifestations et par l’instauration de barrières et de checkpoints dans le centre-ville du Caire, constituant un véritable dispositif territorialisé et planifié de contrôle des rassemblements publics et des revendications politiques. Cet article vise donc également à analyser les conséquences de ce contrôle sur les pratiques politiques des opposants au régime à l’échelle locale du centre-ville du Caire à travers la restitution d’observations et d’entretiens menés entre 2014 et 2015.

      https://www.cairn.info/revue-egypte-monde-arabe-2017-2-page-39.htm?contenu=resume

  • La République, la rue et l’urne | Cairn.info
    https://www.cairn.info/revue-pouvoirs-2006-1-page-31.htm

    l’interprétation de la fondation de la République comme apparition révolutionnaire du peuple dans la rue place les républicains au pouvoir dans une situation ambiguë, l’avènement de la République n’épuisant pas les mouvements populaires de contestation et de revendication. D’une part, cette interprétation donne la preuve de l’origine immanente du pouvoir républicain, célébrée dans ses rites et discours, lui conférant ainsi une justification de première force. Mais, d’autre part, elle met le pouvoir dans une situation de dette vis-à-vis de la rue révolutionnaire, et l’empêche donc de réprimer indistinctement toutes les occupations de la rue sans risquer de perdre une partie du potentiel légitimateur du rappel de ses origines.
    La rue illégitime

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    Au moment de la mise en place de l’État républicain au xixe siècle, la rue n’existe pas encore comme catégorie politique différenciée. L’investissement non autorisé de l’espace public par la population est perçu par les pouvoirs publics comme pouvant relever de deux catégories : de la protestation socio-économique, par exemple contre le prix du grain ou une personnalité honnie, ou bien de la subversion révolutionnaire. La frontière est évidemment floue, et la répression des mouvements réclamant « du travail et du pain » est présentée comme une mesure nécessaire pour garantir le maintien de l’ordre social tout entier. La révolution de février 1848 modifie profondément cet état de fait : la réussite inattendue des révolutionnaires parisiens réveille le souvenir tout proche de l’imposture de 1830, la confiscation de la Révolution par la monarchie libérale, et les répressions féroces qui en ont résulté. La vigilance et l’effervescence démocratique sont préférées à la délégation sans condition, et la rue devient le lieu d’un rapport particulier au pouvoir : lieu de soutien au régime, mais aussi de surveillance et d’expression directe des revendications.

  • Sans le streaming, la vie serait une erreur (Pour une nouvelle éthique de la musique).
    https://www.franceculture.fr/musique/sans-le-streaming-la-vie-serait-une-erreur

    Un discours techno-critique, ou techno-déterministe, tend à critiquer l’influence des algorithmes dans l’écoute de la musique des plateformes. L’auditeur aurait perdu « la main » et serait dépendant de choix qui lui échappent. Cette critique, que l’on peut lire ou entendre fréquemment, et qui est parfois répétée par des commentateurs qui n’utilisent pas les plateformes ou en connaissent mal le fonctionnement, ne semble pas confirmée par la pratique des abonnés en streaming. L’analyse des nouvelles cultures algorithmiques montre au contraire que l’auditeur, selon ses compétences ou son contexte d’écoute, n’abandonne jamais complètement le contrôle de son expérience musicale aux algorithmes.

    Voir cette étude : https://www.cairn.info/revue-reseaux-2019-1-page-17.htm

  • Misère du philologisme (la méthode à Martin), Le Moine Bleu
    http://lemoinebleu.blogspot.com/2021/04/misere-du-philologisme-la-methode-martin.html

    « Bien que Heidegger ait parfaitement perçu le moment rationaliste, éclairé chez Aristote, il cherche, dans des proportions qu’on a du mal à se représenter, à le rendre présentable. Avant de passer à Aristote, je crois qu’il me faut encore vous dire quelques mots critiques à propos de cette lecture. J’aimerais le faire, même si en procédant ainsi je m’engage dans une interprétation très précise, parce que je crois que ce genre de choses se révèle mieux dans les détails concrets qu’au niveau des propositions générales. Il s’agit donc ici d’une interprétation de la première phrase de la Métaphysique d’Aristote. Je ne m’intéresse qu’à cette phrase. Je vais l’écrire en grec au tableau. Je suis bien conscient que beaucoup d’entre vous ne connaissent pas le grec, mais il n’y a pas d’autres façons de procéder. Je vais vous expliquer tout ce que vous avez besoin de savoir pour la comprendre. Cette phrase est la suivante :
    Πάντες ἄνθρωποι τοῦ εἰδέναι ὀρέγονται φύσει ( Métaphysique Α1, 980a21).
    D’après les traductions courantes, cela signifie : "Tous les hommes désirent par nature savoir." Dans la traduction la plus récente, il est écrit : "Tous les hommes s’efforcent naturellement avec ardeur de savoir". Cette phrase est citée dans Être et Temps de Heidegger de la façon suivante (retenez bien, s’il vous plaît, la traduction courante : Tous les hommes désirent par nature et avec ardeur savoir). Heidegger dit - avec précaution, puisqu’il ne présente pas cette phrase comme une citation : "Le traité qui se trouve en tête du recueil qu’Aristote a consacré à l’ontologie commence par la phrase : Πάντες ἄνθρωποι τοῦ εἰδέναι ὀρέγονται φύσει. Dans l’être de l’homme réside essentiellement le souci de voir" (traduction française : E. Martineau, Authentica, 1985). Je n’ai pas l’intention de ridiculiser cette traduction à cause de sa préciosité, car donner à un texte étranger un côté affecté et étrange peut aussi avoir une fonction très salutaire. En procédant ainsi, Heidegger oppose une résistance au style brillant dans lequel on restitue les textes grecs dans notre langue moderne, car il existe bien une telle tradition entre l’Antiquité et nous. Mais son interprétation ne produit pas un effet de distanciation salutaire : elle se contente de passer à côté du texte. Quand il dit, par exemple, "dans l’être de l’homme", il met l’homme au singulier et suppose ce faisant une priorité de l’essence de l’homme, c’est-à-dire une sorte d’ontologie anthropologique, dont il est question thématiquement [sous-entendu : à titre de thème seulement, de thème non-développé conceptuellement-note du MB] pour la première fois chez Aristote. Aristote ne dit jamais "l’homme" ou "l’être-là" ou "l’existence". Il dit "tous les hommes", "les hommes" et non "l’homme isolé". Ensuite, "εἰδέναι" signifie tout simplement "savoir" et "ἄνθρωποι τοῦ εἰδέναι ὀρέγονται" , "les hommes désirent savoir". Maintenant, il est juste, comme j’ai eu l’occasion de vous l’indiquer, que cet "εἰδέναι" contient la racine -ιδ qui figure aussi dans ιδεα et caractérise cette relation sensible qu’est la vue. Mais dans son interprétation, Heidegger refuse de tenir compte de l’histoire d’une langue qui, partie des représentations sensibles et pleines associées à l’origine aux mots, les a peu à peu conceptuellement sublimées. Il en est allé de la langue grecque comme de la nôtre. Il ne peut y avoir aucun doute : au degré d’évolution où était parvenue la langue à l’époque d’Aristote, "εἰδέναι" voulait déjà dire "savoir" au sens d’une conscience émancipée de la présence sensible. Mais puisque, dans un geste destiné à le rendre présentable, on suppose constituée chez lui une ontologie qui ne s’y trouve qu’à titre de thème, l’être ou les essences ― peu importe le nom qu’on leur donne ― doivent être physiquement présents devant les yeux de la conscience comme une chose existant en soi. Voilà pourquoi Heidegger retraduit cet "εἰδέναι" par sa racine, une racine faisant référence à la présence sensible, alors que, au degré d’évolution où était arrivée la langue à l’époque d’Aristote, "εἰδέναι" avait déjà complètement perdu cette signification.

    #philosophie #ontologie #Martin_Heidegger #Adorno

    • c’est chelou parce que personne ne peut piffrer Hilgeugeu mais tout le monde s’en sert. L’utilisation du mot « dispositif » par exemple. Le pire dans le genre ça doit Foucault non ?

      Marcel Détienne dans « les grecs et nous » p.103 :

      Il faut rappeler pourquoi le champ entier du politique reste absent des analyses de Heidegger et de ses émules en « dépassement de la métaphysique ». Il y a va d’une étymologie, celle de polis. Un beau jour de séminaire, Heidegger a dit et puis écrit que le mot polis vient de polein , « une forme ancienne du verbe être ». Etymologie entièrement gratuite : polis n’a pas de « vrai sens » plausible et vérifiable. Ces informations scolaire n’avaient pas lieu de retarder l’envol de la pensée : la cité, la polis , fondée sur le verbe « être » soi-même, désigne d’évidence le lieu du dévoilement total de l’Etre. Elle ne peut donc rien avoir de commun avec « le politique » au sens trivial de to politikon en grec ou en quoi que ce soit. Exit le politique.