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  • Être une personne autiste dans le monde académique

    Une personne autiste est une personne connaissant un #développement_neurologique différent. Ce développement n’est ni meilleur ni pire que celui de la population « neurotypique », mais simplement différent. Selon les sources que je trouve (notamment l’OMS), l’autisme concernerait 1 % de la population mondiale, même si les difficultés de diagnostic tendaient à sous-estimer ce chiffre1. Ce n’est pas une maladie, un déficit, un trouble, ou un handicap. Cependant, la construction de la société étant calquée sur les besoins de la population majoritaire, cela peut induire quelques #décalages, à l’instar des personnes gauchères devant s’adapter dans un monde de personnes droitières 2. Ainsi, la principale difficulté des personnes autistes consiste à s’adapter constamment. C’est pourquoi je ne parle pas de #handicap, dans le sens où cela est contextuel : en changeant le contexte, les difficultés autistiques (d’adaptation) s’estompent.

    Une #adaptation et un décalage, pouvant conduire au #burn-out

    Si on devait donner une définition de l’autisme, il est caractérisé traditionnellement dans la littérature, et notamment au sein du DSM-53 comme 1) des difficultés dans la #communication et les #interactions_sociales  ; 2) des caractères intérêts restreints des centres d’intérêts  ; 3) des particularités sensorielles, en particulier une hyper ou ou hyposensibilité au bruit, à la lumière, etc. Cependant, il me semble nécessaire de déconstruire cette vision «  pathologisante  ». En effet, on le sait, les études médicales, qui relèvent de personnes humaines, font l’objet de biais, conscients ou inconscients, comme le montre l’histoire médicale4. Dans le cas de l’autisme, une partie de la recherche s’était lancée dans le biais d’étudier sous le prisme de #déficit, notamment en comparaison à une norme, celle des neurotypiques. Et en effet, en cherchant des déficits, on en trouvait, faisant un bais de confirmation, et permettant de justifier d’autres recherches en ce sens.

    Déficit de #communication ou incompréhension mutuelle ?

    Un exemple flagrant de cette «  approche déficitaire  » est celui de la communication. Les autistes sont souvent présentés comme ayant un déficit de communication. Or, c’est faux. Dans un article publié en 2012, Damian Milton5 montre le « problème de #double_empathie », c’est-à-dire une difficulté réciproque de compréhension entre autistes et neurotypiques, du fait de styles de communication et de #sociabilisation différents. Si on devait dresser une analogie, imaginons deux personnes, l’une parlant japonais et l’autre parlant italien, et dont chacune ignore tout de la langue de l’autre. Ces personnes vont essayer de communiquer, difficilement, et des quiproquos pourraient survenir, ce qui peut mener à des #incompréhensions. Elles viennent de milieux culturels distincts, ce qui entraine une différence dans leur mode de communication (la langue), mais aussi dans la manière d’agir (en parlant plus ou moins fort, en coupant ou non la parole, etc). Pourtant, cela ne viendrait pas à l’idée de dire que l’autre se retrouve en déficit de communication.

    L’exemple illustre une #communication_verbale, mais aussi la #communication_non_verbale. Si les personnes autistes ont des difficultés à comprendre le non-verbal, par exemple les expressions du visage de personnes neurotypiques, la réciproque s’applique aussi6,7. Ces études, et d’autres montrent que les personnes autistes avaient plus de facilité à comprendre les intentions d’autres personnes autistes. Elles mettaient particulièrement de l’avant leur capacité à capter des intentions implicites ou du non-verbal. De plus, elles montraient qu’elles excellaient davantage que des duos mixtes (autiste et non-autiste) dans cette tâche. De fait, la difficulté ne se situe pas dans la communication en tant que telle, ou du cliché du « manque d’empathie », mais dans l’#échange entre deux groupes ayant des modalités de communication différentes, avec une incompréhension mutuelle8. À titre d’exemple, si le « small talk » consiste à discuter de la pluie et du beau temps, il constitue un puissant fluidifiant social entre personnes neurotypiques. Cela peut toutefois s’avérer épuisant, ou contraire d’ennuyer, pour un cerveau autiste, qui prendra plus de plaisir à discuter en profondeur de sujets spécifiques9.

    Cependant, si on veut aller plus loin, du fait de la nécessité de s’adapter à un mode majoritaire de communication qui ne sont pas le sien, les personnes autistes ont développé une #capacité_d’adaptation importante, à travers une « # intellectualisation  », c’est-à-dire en analysant et en explicitant un mode de communication qui n’est pas le sien, ont poussé les autistes à une forme de «  #camouflage_social  »10, c’est-à-dire à un #masquage de comportements dans une logique d’adaptation 11 (cela n’est pas sans rappeler la métaphore théâtrale d’Ervin Goffman), au prix d’une #énergie_mentale importante.

    Une meilleure attention aux systèmes et #détails

    Comme évoqué en introduction, on doit concevoir l’autisme comme un développement différent, incluant aussi un certain nombre de « points forts » utiles dans une logique capitaliste et productiviste. Parmi elles, on trouve « l’ #hypersystémisation » 12, qui correspond à la capacité de faire attention aux détails, mais également aux schémas récurrents. Cela donne un avantage dans une prise de décision plus cohérentes13, en se basant sur des critères objectifs (caractéristiques techniques d’un objet par exemple), plutôt que des effets de contexte (une marque, etc.). Toute personne autiste ou connaissant une personne autiste connait cela, avec des comparaisons systématiques et poussées des caractéristiques d’un produit avant son achat par exemple.

    Cette attention aux détails permet également de proposer des procédés optimisés, puisque réfléchis dans les moindres détails. Cette attention aux détails, couplée à un « #hyperfocus », permet une concentration accrue, loin d’une concentration « rigide ». Elle permet de voir de nouvelles perspectives. C’est le cas de Temple Grandin, qui a s’est intéressée à la sensibilité des animaux, permettant d’améliorer conditions d’abattage des animaux14. Cela peut s’appliquer concrètement dans la correction d’un texte. Au lieu de simplement dire « revois ta copie », sans préciser ce qui peut poser problème et donc avec une forte composante implicite, une personne autiste va proposer, via une communication directe, d’indiquer les points de changement, gagnant en efficacité.

    Je pourrais également mentionner un autre avantage que présente cette approche hypersystémique se traduit par sensibilité face à l’#injustice. En effet, on peut voir l’injustice comme une incohérence dans un système, et elle génère un inconfort dans le cerveau autistique (augmentant le #cortisol). Du coup, ce dernier va devoir y remédier pour assurer le respect des règles. En corollaire, les personnes autistes se montrent, pour cette raison évoquée, plus honnêtes. Elles ont donc tendance à moins mentir, tricher ou camoufler une erreur15, et donc à mieux respecter les règles et les délais. Cela s’observe même si cela entraine parfois une franchise sans fioriture, énonçant simplement les faits16. Cette sensibilité à la #justice et à l’#équité revêt, à mon sens, une importance particulière, entre autres en terme d’#intégrité_professionnelle.

    Quand la machine s’emballe : le #burn-out_autistique

    Du fait du développement neuronal, le cerveau autiste est soumis à une #surcharge chronique (du fait de l’adaptation sociale permanente et de la #sensibilité aux détails même insignifiant de l’environnement), qui, bien qu’anodine pour la plupart des personnes neurotypiques, nécessite une quantité de ressources importantes pour le cerveau autiste. Par exemple, avec l’#hypersensibilité, l’environnement sensoriel quotidien (bruits de fond, odeurs, lumières, mouvements visuels…) peut constituer une agression continue pour le système nerveux17. Dans ce contexte, le cerveau va traiter avec une intensité égale ces informations (votre collègue vous parlant est traité de la même manière que le tic tac de l’horloge), mobilisant donc une énergie mentale importante. Les interactions sociales peuvent aussi s’avérer couteuses, comme nous l’avons évoqué précédemment, à travers un travail constant d’observation, d’analyse, et d’adaptation aux attentes sociales, cherchant à anticiper de manière permanente les réactions d’autrui. L’attention et le traitement aux détails peuvent constituer un atout. Cependant, ils consomment également beaucoup d’énergie mentale, même pour des tâches simples. Cette consommation d’énergie peut augmenter dans un contexte instable, multitâche ou bruyant, bref, où les détails s’accumulent.

    Ces microévènements mènent à une #hypervigilance_cognitive, que le cerveau va chercher à compenser (une exposition sensorielle, pour éviter les « faux pas sociaux »). Cela va mener à une réaction chimique18, en sécrétant de l’#adrénaline et du cortisol (les deux hormones du stress et de l’anxiété), qui servent à faire face à un danger. Dans un cerveau humain typique, une fois la menace écartée, le taux de ces hormones descend et le corps retrouve dans un état de repos. Dans un cerveau autistique, cette boucle de régulation fonctionne de façon plus sensible et est davantage sollicitée, restant dans un état de vigilance même lorsque la situation ne le justifie plus19. Afin de faire face à cette situation, les personnes autistes vont chercher à maitriser leur environnement, pour réduire la pression stressante. Elles peuvent réduire les stimulus sensoriels, pratiquer des « activités régulatrices » stabilisant le système nerveux et relançant la régulation (par exemple jouer de la musique ou s’adonner à d’autres loisirs), correspondant aux « intérêts et activités restreintes » de la définition du DSM. Si on veut prendre une métaphore, on peut penser qu’une barre d’énergie mentale existe. Cette quantité varie. Certains facteurs prennent de l’énergie (l’hypervigilance cognitive), qui ne pourra pas être allouée à autre chose, et d’autres facteurs aident à « recharger les batteries »20.

    Parfois, et pour différentes raisons, ce travail de régulation n’a pas lieu, par exemple à cause d’un contexte ne le permettant pas, avec des effets délétères sur la #santé_mentale. Le cerveau va alors progressivement s’intoxiquer avec un trop-plein de cortisol (qui se révèle être neurotoxique), qui, à grande quantité, agit sur le cerveau et attaque certaines structures clés (impact sur la mémoire, le sommeil, sur la régulation sensorielle et émotionnelle, impossibilité d’obtenir un repos régénérateur) : c’est le burn-out autistique 21. Ces effets incluent une incapacité fonctionnelle, c’est-à-dire qu’une personne souhaitant agir (contrairement à une dépression) n’a plus les moyens internes. Elle manque de ressources énergétiques, cognitives et biologiques. Le cerveau ne contrôle plus rien, car il est saturé, comme si un ordinateur se figeait, du fait d’une RAM utilisée complètement en raison du grand nombre de logiciels ouverts. Plus concrètement, cela se traduit par différents symptômes22 : une #fatigue significative sur le plan mental et physique, un #retrait dans les #relations_interpersonnelles principalement, mais également une réduction importante des capacités à avoir des #relations_sociales, des difficultés à mener des activités quotidiennes, une difficulté à maintenir le camouflage social, à se reposer, à contrôler ses #émotions et son adaptation à l’environnement sensoriel. Bref, une perte de fonctions exécutives. Le plus pernicieux dans ce phénomène est que cela est le fruit de micro-accumulations, et il est difficile de se rendre compte du phénomène, d’autant plus lorsqu’on a été habitué à compenser depuis l’enfance : à l’instar de la goutte d’eau faisant déborder le vase, c’est l’évènement de trop, même minime qui déclenchera ce burn out, et pour lequel on se rendra compte généralement que trop tard - si l’énergie mentale est présente pour arriver à conscientiser cela à temps. À l’instar d’un burn out professionnel, le seul moyen de s’en sortir est donc le #repos, en éliminant ces déclencheurs, afin de faire baisser le taux de cortisol dans le cerveau.

    La principale difficulté de l’autisme est donc de s’adapter constamment à un environnement, de manière consciente et énergivore, tout en ne s’épuisant pas au point d’arriver au bout des capacités physiologiques. De fait, si « handicap » de l’autisme est, c’est celle d’une gestion d’un #stress constant et plus ou moins diffus.

    Et le monde académique ?

    Lorsque l’on parle d’autisme et de travail, on pense rapidement à la #RQTH (reconnaissance de qualité de travailleur handicapé, un document ouvrant le droit à des aménagements de la part de l’employeur) et aménagement de postes de travail. Je ne souhaite pas forcément aborder par cette approche, parce qu’on évalue l’autisme d’une part que sous l’angle médical (une difficulté à pallier), et sous une approche individuelle («  adapter une personne au monde du travail  »). De même, les besoins de chaque autiste sont différents, même s’il existe de grandes tendances, et je ne pourrais pas être exhaustif. Comme j’essaye de démontrer dans mon billet, le problème se situe au niveau systémique23. On le sait, un aménagement fait pour un handicap peut profiter collectivement, d’où ma volonté de sortir d’une approche individualiste pour initier une réflexion en vue d’un changement global. À titre d’exemple, les bateaux des trottoirs (l’abaissement pour arriver au niveau de la route) servent tant aux personnes en fauteuil roulant qu’aux parents avec une poussette ; l’absence de musique dans les magasins (pour répondre aux difficultés sensorielles des personnes autistes) bénéficie au bien-être collectif ; la transcription d’une vidéo, servant aux personnes ne pouvant pas entendre ce média, bénéficie à tout le monde, par exemple pour lire en diagonale en quelques minutes les informations essentielles plutôt que regarder pendant des heures des vidéos de MOOC (cet exemple fonctionne également pour les messages vocaux) ; les logiciels de correction d’orthographe tant aux dyslexiques qu’à ceux apprenant le français et les personnes fatiguées faisant des fautes d’inattention.

    Ainsi, je vais vous donner quelques exemples d’éléments de vie courante dans la vie académique. Je montrerai comment un « décalage » peut s’avérer onéreux pour un cerveau autiste. Ensuite, je proposerai des pistes de réflexion pour réduire cet écart, et donc favoriser l’inclusion.

    Une série de #micro-agressions générant une fatigue générale

    Du point de vue de l’aménagement du poste de travail, l’aménagement s’effectue principalement sur le plan organisationnel. En effet, les aménagements, je parle de ce qui me concerne, diffèrent pour chaque personne, bien que je retrouve une similitude en discutant avec d’autres universitaires autistes. Concernant les aménagements matériels, je les ai déjà : casque antibruit, bouchons d’oreilles, lunettes de soleil, etc. Bref, ce ne sont pas des dépenses mirobolantes pour du matériel, que j’ai d’ailleurs payé de ma poche.

    Prenons une journée typique de travail. Le matin, je prends les transports en heure de pointe, et donc bondés. J’arrive au laboratoire, et je rejoins mon bureau, partagé avec d’autres. Je commence à faire mes lectures, là, quand une collègue arrive et discute avec mon cobureau, m’interrompant dans ma réflexion, et dont la reprise me demandera de l’énergie et de la concentration. J’essaie de me concentrer, mais un rayon de lumière qui gêne : je me lève pour fermer le volet. Je décide de faire une pause et je consulte mes courriels : je dois mettre à jour le site du colloque, en devant écrire telle ou telle indication pour les intervenants, je m’exécute. J’ai ensuite une réunion avec l’équipe de recherche, où nous discutons des prochaines étapes du projet de recherche. Vient l’heure de manger, et je discute (small talk) avec mes collègues. En début d’après-midi, je prépare mes candidatures aux postes de MCF, ma réflexion se porte sur les éléments importants devant être présentés. Ensuite, je dois aller donner cours, en amphi ou en TD. Finalement, je rentre, à nouveau en heure de pointe .

    Dans cet exemple, on voit une série de microdéclencheurs, bien qu’ils soient minimes, qui entament la « barre d’énergie mentale » et sont éprouvants une fois cumulés. Et comme l’indique Florence Demourant dans le podcast Atout et Handicap (https://webapp.audiomeans.fr/e/podcast-mania/atouts-and-handicap-82f6aabd), à la fin de la journée, personne nous félicitera pour avoir survécu jusque-là. Durant les phases de transport, les #stimulations_sensorielles (bruits, essayer de ne pas tomber dans le bus) et la #promiscuité (essayer de ne pas toucher les gens) sont d’autant de microdéclencheurs. Une fois arrivé au bureau, on voit une série d’interruptions, tant sonore (la discussion) que visuelle (l’arrivée d’une personne, le rayon de soleil). On voit également des interruptions dans le fil de pensée (discussions, courriels) dont la remise au travail consomme cette barre d’énergie. Une consommation de l’énergie mentale existe également en faisant un travail de sociabilisation (réunion, discussion de la pause). Finalement, la partie enseignement, est une partie éprouvante, car elle implique de nombreuses compétences : physique, comme parler de manière didactique pendant 1 h à 2 h devant des étudiants et rester intéressant, en assurant le « show » ; sensoriel, en gérant le brouhaha de l’amphithéâtre, de vigilance, pour voir les mains qui se lèvent ; social, en scrutant les visages pour comprendre l’ennui ou l’interrogation. Une fois le travail terminé, il faut pourtant continuer de vivre, et enchainer avec les activités de la vie quotidienne. Lorsque je pars en colloque ou sur le terrain, cela est démultiplié : je dois gérer la sortie de ma routine et de mes repères familiers (couteuse pour le cerveau autistique), la fatigue des transports et du voyage, les imprévus (ils surviennent souvent, notamment avec les retards de train), la concentration nécessaire pour écouter les conférences (la partie la plus intéressante !), puis sociabiliser (souvent en anglais, donc énergivore). Cette énergie mentale utilisée pour survivre à mon environnement, c’est d’autant qui ne sera pas consacrée pour réfléchir, analyser, rédiger : bref, réaliser mon travail pour lequel je suis payé.

    Gérer une barre d’énergie mentale au quotidien : des aménagements pour aider ?

    Tout l’enjeu de l’autisme consiste à gérer cette #barre_d’énergie. Il faut essayer de conserver suffisamment d’énergie pour les tâches « coûteuses ». L’adaptation du poste de travail peut se traduire par la mise en place d’un lieu calme, sans passage, sans distraction potentielle (sonnerie de téléphone, panneau « ne pas déranger »), avec un aménagement concernant l’intensité lumineuse (volets, etc.) par exemple24, se traduisant, de facto, par un bureau individuel. Dans un contexte de tension sur les ressources immobilières à l’université, cela n’est pas forcément envisageable (bien que pouvant imaginer des systèmes de rotation avec d’autres personnes en télétravail). Une alternative serait d’augmenter le recours au télétravail, ce qui permettrait de réduire les stimulations sensorielles et les interruptions, et qui est une pratique de plus en plus répandue depuis la pandémie de Covid (malgré un retour en arrière que l’on peut déployer), ainsi qu’à des horaires « souples » permettant d’éviter les heures de pointe25. Si cela semble évident dans le métier d’enseignant-chercheur, où la liberté d’organisation s’applique généralement, cela n’est pas forcément vrai : par exemple, au CNRS, le télétravail n’est autorisé qu’au bout de 6 mois de contrat, dans une limite de deux jours par semaine. Gageons que, sous la pression de la « génération Z » et de la prise en compte des problématiques organisationnelles (parentalité, etc.), on assiste à une transformation de la culture « présentéiste » pour aller vers plus de souplesse. Dans le cadre de déplacements, on peut considérer cela en mettant en place de « temps calmes » au sein du programme (et tant pis pour le repas de gala !), ou pour les organisateurs de colloques, la mise en place de « pièces de repos » sans stimulis sensoriels26. Cela peut aussi se traduire par l’organisation du travail au quotidien : par exemple, pour éviter le multitasking, épuisant tout le monde au passage, notamment par la multiplication des responsabilités dans le monde académique, j’organise mes journées « en bloc » cohérents, permettant de m’adonner à une tâche sans distraction. Je peux ainsi me consacrer pleinement sur telle ou telle tâche (rédiger, lire, faire de l’administratif ou préparer un cours), et cela me permet de m’organiser en fonction d’activités impondérables énergivores (enseigner, une grosse réunion, etc.), et en réduisant le coût mental de switcher entre différentes activités. Ce sont des aménagements simples, organisationnels, pouvant être utiles à tous, et pouvant être mis en place de manière abordable financièrement.

    Les implicites sociaux

    Concernant les implicites sociaux, le monde académique en est truffé, avec de nombreux non-dits, avec des codes que l’on se doit de maitriser. Désolé de mettre les pieds dans le plat, mais cela contribue, à mon sens, à entretenir un entre-soi. Il permet de distinguer ceux qui connaissent les codes des autres27 : cela va des éléments à mettre sur son CV analytique, la structure d’un article et la manière de répondre à un reviewer, aux stratégies de publication et de carrière. Au-là des éléments structurels de l’académique, l’université est bourrée d’implicites, allant sur certaines procédures administratives (pas forcément écrite, ou différente de ce qui est noté dans le règlement intérieur), certaines responsabilités non formalisées, les jeux de pouvoir au sein des laboratoires avec des conflits interpersonnels, etc. Si personne ne peut servir de mentorat, si aucun guide officiel n’existe (des guides officieux existent pour le CV analytique et les recrutements pour palier un manque), difficile de deviner les règles, et il est facile de voir ceux qui ont pu bénéficier de bons conseils des autres. Je pense qu’il est important d’expliciter ces règles implicites. Cela revient à une réflexion d’organisation systémique du monde académique. D’abord, cela permettrait d’aider les personnes autistes, mais aussi les personnes venant pas des milieux sociaux académiques (donc ceux qui ne sont pas des enfants de), et d’intégrer les enseignants-chercheurs internationaux (n’ayant pas forcément les codes de la culture académique française) en tenant en compte l’interculturalité. Car finalement, ce n’est rien de plus que l’explicitation des codes d’une culture, la culture universitaire, permettant un plus grand accès, cassant la reproduction sociale et une forme de mandarinat (ceux bénéficiant des conseils pertinents de ceux devant se « débrouiller »). De même, l’université est souvent présentée comme une organisation horizontale et «  entre pairs  » et avec une forte place à la discussion, mais est en réalité une organisation avec une hiérarchisation implicite très forte (entre ceux ayant ou non un doctorat, titulaire / contractuel, chercheurs /enseignants-chercheurs / personnel d’appui, recherche « fondamentale » ou recherche « appliquée », ceux sortant de certaines universités « prestigieuses » et ceux d’universités « de proximité », etc.)28, avec souvent des jeux de pouvoir (et d’égo), très importants, pouvant générer des tensions et impacter l’organisation collective d’un laboratoire de fait de mésententes, et conflits29. Là encore, une communication explicite (sans implicite, ni ambigüité ou sous-entendus), assertive et directe permettrait de fluidifier les rapports sociaux et de gagner du temps, tant pour les neurotypiques que pour les autres.

    Conclusion : un changement systémique ?

    Être une personne autiste, dans le monde académique30, n’est pas quelque chose de forcément aisé. Si ces aménagements sont envisageables, malgré un contexte de réduction de moyens du monde académique, je vois cependant un problème de fond : du fait de la pression croissante pour les postes, face à deux candidats avec des profils scientifiques et de compétences similaires, le choix se portera certainement vers la personne non autiste, car certainement perçu comme «  plus performant  ». Cela pose un problème majeur, car cela perpétue une vision stakhanoviste du fonctionnement académique, et plus globalement de notre société capitaliste contemporaine, où on voue un certain culte à la performance, où un « biais de survivant »31 s’observe, où restent ceux qui sont le mieux adaptés aux règles du jeu du système32.

    Pourtant, je pense qu’il est nécessaire de sortir d’une vision étroite de l’organisation du travail, pour apporter une plus grande souplesse et une plus grande adaptation33, et où, je pense, l’autisme est un véritable atout. En effet, en réglant les problèmes de communication, en rendant plus explicite l’implicite, cela permettrait non seulement d’aider les personnes autistes, mais également d’inclure une plus grande diversité sociale de personnes au sein de l’ESR, permettant de sortir d’un entre soi. L’hypersensibilité permet d’éprouver les limites du système. L’ESR connaît particulièrement ce phénomène, avec une dégradation des conditions de travail34 et les personnes neurotypiques peuvent aussi faire un burn-out : ainsi, les personnes autistes sont les canaris de la mine, permettant de lever une alerte sur des conditions pas forcément tenable à long terme d’un point de vue collectif. Nous devons admettre que l’on ne peut pas se montrer performant tout le temps, que l’on peut vivre des hauts et des bas, et qu’on peut s’adapter pour répondre à cette réalité physiologique : nous sommes des humains, pas des machines. À mon sens, nous devons absolument remettre de la #vulnérabilité au sein de nos organisations, au-delà de l’autisme et du handicap, en sortant de la performance absolue et en embrassant une véritable approche du #care. Enfin, si les intérêts restreints peuvent être reprochés aux personnes autistes, je pense que c’est, au contraire, c’est une force, donnant une capacité à être plus efficace, à voir des choses que d’autres ne voyant pas, à apprécier faire des tâches que d’autres rechignent. Ainsi, nous l’avons vu, pour certaines tâches, être autiste peut être un avantage, notamment dans des tâches d’analyse ou dans une volonté de rechercher le vrai, ce qui est quand même des compétences attendues en recherche… Ainsi, comme j’ai essayé de faire passer comme message dans ce billet, être autiste n’est pas un handicap, mais une autre manière de penser, et parfois de manière très (voir plus efficace) sur un certain nombre de points : ça serait un gâchis humain pour la recherche et le monde académique de ne pas tirer partie de cette force.

    Je pense qu’il est nécessaire, au delà d’un discours performatif convenu et plein de bon sentiments, d’intégrer réellement et concrètement au sein des organisations une certaine diversité. Cette diversité pourrait comprendre une diversité de neurodéveloppement, et de groupes sociaux, que cela soit d’origine sociale, culturelle, ou de diversité de genre et d’orientation sexuelle. Cela permettrait de multiplier les perspectives sur une même problématique, et d’apporter des solutions créatives, originales et pertinentes. Intégrer la diversité, en proposant ainsi des changements contextuels et systémiques, permettrait également de sortir de l’approche pathologisante et individuelle que l’on voit souvent au sein des « missions handicaps » des organisations ou de l’approche d’une « fausse visibilité », souvent symbolique et de façade, des politiques de diversité et d’inclusion35, en adoptant une approche plus politique et plus cohérente avec la visée d’émancipation collective dont se targue certains universitaires. Cela permettrait de proposer une perspective d’amélioration et d’inclusion collective, plutôt qu’une approche de compensation individuelle. Je pense que la prise en compte des besoins des personnes autistes, et des autres minorités qui doivent être inclus dans la recherche, permettrait d’initier des réflexions sur d’autres manières de faire de la recherche, tant dans l’organisation du travail, que des axes de recherche ou des méthodes d’enseignement36.

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    Pour aller plus loin

    Le dépliant « T’as pas l’air autiste » pour lutter contre quelques idées reçues.
    Comprendre l’autisme, Association francophone des femmes autistes, Thérapie autisme, avec un travail de vulgarisation d’articles scientifiques ;
    Guide de survie pour personne non autiste vivant avec une personne autiste par l’AFFA.
    L’émission radio « Le mythe du geek autiste », épisode 1 et épisode 2.
    Le projet Atypie Friendly visant à intégrer la neurodiversité (pas seulement l’autisme) à l’université. Voir également le pendant helvétique, avec Autism&Uni et à l’échelle européenne ;
    Violentomètre autistique ;
    L’émission Regards Autisme : les Irlandais en première ligne
    Le collectif « Universitaires autistes » permettant de partager des expériences entre pair⋅es concerné⋅es. Me contacter pour avoir le lien du Discord.

    En effet, de nombreuses populations sont sous-détectées, notamment les femmes, du fait d’une manifestation différente. Étant donné que l’autisme est un «  spectre  », avec différentes configurations possibles et donc différentes manifestations, cela rend également plus ardu la tâche. Voir cet article montrant les différences. ↩︎

    si vous saviez la difficulté à trouver des outils, pourtant simples, et à un prix correct adaptés aux gauchers : ouvre-boites, ciseaux, etc. ↩︎

    5ᵉ édition du « Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux », édité par l’Association américaine de psychiatrie. ↩︎

    Cette histoire nous apprend que le dosage de certains médicaments a été calibré pour une population d’hommes blancs adultes. On prend maintenant progressivement (enfin !) en compte les particularités des femmes et des populations non occidentales ↩︎

    MILTON, Damian E.M., 2012. On the ontological status of autism : the ‘double empathy problem’. Disability & Society [en ligne]. octobre 2012. Vol. 27, n° 6, pp. 883‑887. [Consulté le 30 juillet 2025]. DOI 10.1080/09687599.2012.710008. Disponible à l’adresse : http://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/09687599.2012.710008 ↩︎

    EDEY, Rosanna, COOK, Jennifer, BREWER, Rebecca, JOHNSON, Mark H., BIRD, Geoffrey et PRESS, Clare, 2016. Interaction takes two : Typical adults exhibit mind-blindness towards those with autism spectrum disorder. Journal of Abnormal Psychology [en ligne]. octobre 2016. Vol. 125, n° 7, pp. 879‑885. [Consulté le 30 juillet 2025]. DOI 10.1037/abn0000199. Disponible à l’adresse : https://doi.apa.org/doi/10.1037/abn0000199 ↩︎

    BREWER, Rebecca, BIOTTI, Federica, CATMUR, Caroline, PRESS, Clare, HAPPÉ, Francesca, COOK, Richard et BIRD, Geoffrey, 2016. Can Neurotypical Individuals Read Autistic Facial Expressions  ? Atypical Production of Emotional Facial Expressions in Autism Spectrum Disorders. Autism Research : Official Journal of the International Society for Autism Research. février 2016. Vol. 9, n° 2, pp. 262‑271. DOI 10.1002/aur.1508. ↩︎

    Si j’étais provocateur, je dirais : les neurotypiques ont-ils finalement des problèmes de communication, en ne comprenant pas les autistes ? Un exemple flagrant est qu’un neurotypique va généralement supposer la présence de sous-entendus. Croyez-moi, devoir reformuler chaque phrase pour éviter tout sous-entendu et toute mauvaise interprétation, alors qu’une compréhension littérale suffirait à saisir l’intention initiale du texte, est épuisant. ↩︎

    Et franchement, vous préférez encore une inième discussion sur votre week-end ou la météo, ou un séminaire improvisé sur tel ou tel concept pendant votre pause café  ? J’ai fait mon choix, et étant curieux, je préfère apprendre de nouvelles choses, avoir de nouvelles perspectives, initier de nouvelles lectures, plutôt que de savoir que votre activité du week-end. ↩︎

    Une relectrice, m’indique que ce travail de performation sociale s’inscrit également pour les personnes racisées, et d’autres groupes minorisées, voir notamment l’ouvrage Survivre au taf de Marie Dasylva (2022, éditions Daronnes). ↩︎

    Exemple : dans un contexte où je suis gênée, j’ai tendance à sourire, plus par gêne. Mais pour éviter qu’on pense que je me moque de quelqu’un, je dois réfréner ce sourire. ↩︎

    BARON-COHEN, Simon, ASHWIN, Emma, ASHWIN, Chris, TAVASSOLI, Teresa et CHAKRABARTI, Bhismadev, 2009. Talent in autism : hyper-systemizing, hyper-attention to detail and sensory hypersensitivity. Philosophical Transactions of the Royal Society of London. Series B, Biological Sciences. 27 mai 2009. Vol. 364, n° 1522, pp. 1377‑1383. DOI 10.1098/rstb.2008.0337. ↩︎

    FARMER, George D., BARON-COHEN, Simon et SKYLARK, William J., 2017. People With Autism Spectrum Conditions Make More Consistent Decisions. Psychological Science. août 2017. Vol. 28, n° 8, pp. 1067‑1076. DOI 10.1177/0956797617694867. ↩︎

    Certes, je conçois, améliorer les conditions d’abattage n’est pas forcément une bonne chose en soi, dans le sens, où, in fine, les animaux sont abattus pour être mangé, et où la vraie preuve d’humanité serait justement de les laisser vivre. Mais ceci est un autre débat. ↩︎

    Ce qui, malheureusement, pose un certain nombre de problèmes, avec une plus grande prévalence de cas de VSS. À titre d’exemple, 9 femmes autistes sur 10 sont victimes de VSS, contre 1 femme sur trois dans la population générale. ↩︎

    Ce qui peut parfois dérouter dans un contexte social de communication neurotypique où on va parfois chercher à euphémiser ou à recourir à «  des petits mensonges  » afin de fluidifier les relations sociales. ↩︎

    Cette vidéo illustre bien le phénomène. ↩︎

    DEMOURANT, Florence, [sans date]. Burn out autistique [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://www.therapie-autisme.com/_files/ugd/569338_e7ac5e29b8284d1b96996d4c0b64bd5d.pdf ↩︎

    Exemple : des personnes passant dans la rue en criant, c’est un shoot de cortisol. Une personne passant à l’improviste, un autre shoot. C’est rien, mais cumulé sur une journée, cela fait beaucoup. ↩︎

    On entend plus généralement parler de la « théorie des cuillères », mais dont je trouve moins parlante que la métaphore de la barre d’énergie, me faisant plus penser à un jeu vidéo. ↩︎

    RAYMAKER, Dora M., TEO, Alan R., STECKLER, Nicole A., LENTZ, Brandy, SCHARER, Mirah, DELOS SANTOS, Austin, KAPP, Steven K., HUNTER, Morrigan, JOYCE, Andee et NICOLAIDIS, Christina, 2020. “Having All of Your Internal Resources Exhausted Beyond Measure and Being Left with No Clean-Up Crew” : Defining Autistic Burnout. Autism in Adulthood. 1 juin 2020. Vol. 2, n° 2, pp. 132‑143. DOI 10.1089/aut.2019.0079. ↩︎

    HIGGINS, Julianne M, ARNOLD, Samuel Rc, WEISE, Janelle, PELLICANO, Elizabeth et TROLLOR, Julian N, 2021. Defining autistic burnout through experts by lived experience : Grounded Delphi method investigating #AutisticBurnout. Autism [en ligne]. novembre 2021. Vol. 25, n° 8, pp. 2356‑2369. [Consulté le 1 août 2025]. DOI 10.1177/13623613211019858. Disponible à l’adresse : https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/13623613211019858 ↩︎

    La critique n’est pas nouvelle : voir notamment Déconstruire le validisme académique : pour une accessibilité structurelle ↩︎

    C’est pourtant une recommandation standard : voir là, là, là ou là. ↩︎

    Cela peut sembler évident, mais ça ne l’est pas. ↩︎

    De quoi compléter le guide « Pour des colloques inclusifs » ? Cela consiste simplement à prévoir une salle en retrait, loin de l’agitation et du brouhaha du colloque, avec une lumière douce/tamisée au besoin (typiquement : les volets entrouverts). Wikimédia Belgique a initié quelques réflexions sur le sujet. ↩︎

    BOURDIEU, Pierre, 1979. La distinction : critique sociale du jugement. Paris : Éditions de Minuit. Le Sens commun. ISBN 9782707302755. ↩︎

    Voir Dans les coulisses de la science. Techniciens, petites mains et autres travailleurs invisibles de Françoise Waquet (CNRS Éditions, 2022) ou DUBOIS, Sébastien, 2016. La stratification dans le monde académique comme ordre statutaire  : une proposition wébérienne : Annales des Mines - Gérer et comprendre [en ligne]. 11 mars 2016. Vol. N° 123, n° 1, pp. 35‑45. [Consulté le 4 août 2025]. DOI 10.3917/geco1.123.0035. Disponible à l’adresse : https://www.cairn.info/revue-gerer-et-comprendre-2016-1-page-35.htm?ref=doi ; ↩︎

    Une illustration d’un propos direct et sans fioriture d’une personne autiste voyant un dysfonctionnement systémique, une incohérence entre l’énoncé et les faits, et cherchant à résoudre sans arrière pensé un problème. ↩︎

    Il manque des études concernant la part de personnes autistes dans l’ESR. J’ai le sentiment qu’il y a malgré tout une certaine neurodiversité, mais en absence d’étude pour quantifier, cela reste un ressenti. ↩︎

    Même si, avouons-le, dans ma position de jeune chercheur, diplômé du doctorat, je suis privilégié, ayant réussi à surmonter les difficultés durant mon parcours scolaire. Heureusement, ces dernières années, apparaissent des initiatives, à l’instar de Atypie Friendly, afin de rendre plus inclusive l’université. Voir également ce billet cet article, parlant du point de vue des étudiant⋅es : MICHAUD, Valérie et GOUPIL, Georgette, 2021. Trouble du spectre de l’autisme et études postsecondaires  : points de vue d’intervenants des services d’aide aux étudiants. Revue internationale de pédagogie de l’enseignement supérieur [en ligne]. 3 novembre 2021. Vol. 37, n° 3. [Consulté le 4 août 2025]. DOI 10.4000/ripes.3439. Disponible à l’adresse : https://journals.openedition.org/ripes/3439 . ↩︎

    Et s’il existe des postes pour travailleurs handicapés, avoir accès est un véritable parcours du combattant, encore plus difficile que le parcours «  classique  ». ↩︎

    Voir ce billet, reprenant ce constat : OIRY, Ewan, DELHOUME, Fran et CODELLO, Pénélope, 2025. Neurodivergence au travail, pourquoi une approche strictement médicale ne suffit pas. The Conversation [en ligne]. 3 février 2025. [Consulté le 4 août 2025]. Disponible à l’adresse : http://theconversation.com/neurodivergence-au-travail-pourquoi-une-approche-strictement-medica ↩︎

    À défaut de statistiques, voir Enseignants-chercheurs : un grand corps malade Dominique Glaymann (2025, éditions Le bord de l’eau) ou Comment l’université broie les jeunes chercheurs d’Adele Combes (2022, éditions Autrement) dressant un tableau édifiant de la situation. ↩︎

    Avec le risque de faire du tokénisme, c’est-à-dire que l’inclusion ne soit que symbolique, et pas une volonté réelle de diversification. ↩︎

    DUMONTEIL, Julie, 2022. Enseignants autistes  : l’aboutissement d’un parcours inclusif  ? Éducation et socialisation [en ligne]. 2022. Vol. 65. [Consulté le 4 août 2025]. DOI 10.4000/edso.20398. Disponible à l’adresse : https://journals.openedition.org/edso/20398 ↩︎

    https://justin.missaghiehponcet.eu/carnet/20250804.html

    #autisme #ESR #recherche #université

  • Dominique Vidal - C’ÉTAIT IL Y A 40 ANs | Facebook
    https://www.facebook.com/dominique.vidal.9/posts/c%C3%A9tait-il-y-a-40-ans/7739130916198552

    On m’a envoyé ça...

    Il y a 40 ans déjà, Gilles Deleuze dénonçait, dans son recueil de textes intitulé « Deux régimes de fous », la politique génocidaire des Israéliens à l’égard des Palestiniens :
    "D’un bout à l’autre, il s’agira de faire comme si le peuple palestinien, non seulement ne devait plus être, mais n’avait jamais été. Les conquérants étaient de ceux qui avaient subi eux-mêmes le plus grand génocide de l’histoire. De ce génocide, les sionistes avaient fait un mal absolu. Mais transformer le plus grand génocide de l’histoire en mal absolu, c’est une vision religieuse et mystique, ce n’est pas une vision historique. Elle n’arrête pas le mal ; au contraire, elle le propage, elle le fait retomber sur d’autres innocents, elle exige une réparation qui fait subir à ces autres une partie de ce que les juifs ont subi (l’expulsion, la mise en ghetto, la disparition comme peuple). Avec des moyens plus « froids » que le génocide, on veut aboutir au même résultat.
    Les USA et l’Europe devaient réparation aux juifs. Et cette réparation, ils la firent payer par un peuple dont le moins qu’on puisse dire est qu’il n’y était pour rien, singulièrement innocent de tout holocauste et n’en ayant même pas entendu parler. C’est là que le grotesque commence, aussi bien que la violence. Le sionisme, puis l’Etat d’Israël exigeront que les Palestiniens les reconnaissent en droit. Mais lui, l’Etat d’Israël, il ne cessera de nier le fait même d’un peuple palestinien. On ne parlera jamais de Palestiniens, mais d’Arabes de Palestine, comme s’ils s’étaient trouvés là par hasard ou par erreur. Et plus tard, on fera comme si les Palestiniens expulsés venaient du dehors, on ne parlera pas de la première guerre de résistance qu’ils ont menée tout seuls. On en fera les descendants d’Hitler, puisqu’ils ne reconnaissaient pas le droit d’Israël. Mais Israël se réserve le droit de nier leur existence de fait. C’est là que commence une fiction qui devait s’étendre de plus en plus, et peser sur tous ceux qui défendaient la cause palestinienne. Cette fiction, ce pari d’Israël, c’était de faire passer pour antisémites tous ceux qui contesteraient les conditions de fait et les actions de l’Etat sioniste. Cette opération trouve sa source dans la froide politique d’Israël à l’égard des Palestiniens.
    Israël n’a jamais caché son but, dès le début : faire le vide dans le territoire palestinien. Et bien mieux, faire comme si le territoire palestinien était vide, destiné depuis toujours aux sionistes. Il s’agissait bien de colonisation, mais pas au sens européen du XIX° siècle : on n’exploiterait pas les habitants du pays, on les ferait partir. Ceux qui resteraient, on n’en ferait pas une main-d’oeuvre dépendant du territoire, mais plutôt une main-d’oeuvre volante et détachée, comme si c’étaient des immigrés mis en ghetto. Dès le début, c’est l’achat des terres sous la condition qu’elles soient vides d’occupants, ou vidables. C’est un génocide, mais où l’extermination physique reste subordonnée à l’évacuation géographique : n’étant que des Arabes en général, les Palestiniens survivants doivent aller se fondre avec les autres Arabes. L’extermination physique, qu’elle soit ou non confiée à des mercenaires, est parfaitement présente. Mais ce n’est pas un génocide, dit-on, puisqu’elle n’est pas le « but final » : en effet, c’est un moyen parmi d’autres.
    La complicité des Etats-Unis avec Israël ne vient pas seulement de la puissance d’un lobby sioniste. Elias Sanbar a bien montré comment les Etats-Unis retrouvaient dans Israël un aspect de leur histoire : l’extermination des Indiens, qui, là aussi, ne fut qu’en partie directement physique. il s’agissait de faire le vide, et comme s’il n’y avait jamais eu d’Indiens, sauf dans des ghettos qui en feraient autant d’immigrés du dedans. A beaucoup d’égards, les Palestiniens sont les nouveaux Indiens, les Indiens d’Israël. L’analyse marxiste indique les deux mouvements complémentaires du capitalisme : s’imposer constamment des limites, à l’intérieur desquelles il aménage et exploite son propre système ; repousser toujours plus loin ces limites, les dépasser pour recommencer en plus grand ou en plus intense sa propre fondation. Repousser les limites, c’était l’acte du capitalisme américain, du rêve américain, repris par Israël et le rêve du Grand Israël sur territoire arabe, sur le dos des Arabes."

    • La propagnde existe, mais elle est de plus en plus méconnaissable. Il y a une vielle blague qui anticipe ce développement.

      – Lors ce que Napoléon et Hitler se rencontrent en enfer le dictateur Allemand dit avec admiration à l’empereur : Avec votre génie militaire et mes chars on aurait gagné contre les Russes. Napoléon répond : Avec le génie de votre Goebbels le peuple francais n’aurait jamais appris qu’on a perdu !

      Voilà ce qui se passe avec les infos après l’introduction de l’intelligence artificielle omniprésente.

      #propagande #fake_news #intelligence_artificielle

    • La guerre des représentations est une forme de guerre non militaire. Elle désigne la phase de guerre symbolique, psychologique et subversive qui précède le combat sur le théâtre d’opérations. Pour justifier et légitimer les actions violentes, les injustices ou les atrocités qu’il est amené à commettre en situation de guerre, l’être humain a besoin d’assouplir sa conscience et de se déculpabiliser vis-à-vis de son propre système de valeurs. Chaque partie en présence mène d’abord une guerre de représentations, dans le cadre de laquelle les processus de mobilisation que sont les sentiments religieux et patriotiques, la culture, l’idéologie politique, les interprétations identitaires et historiques sont « réquisitionnés » au maximum afin de légitimer l’attaque pour les uns, la défense pour les autres.

      https://www.cairn.info/revue-geoeconomie-2009-4-page-119.htm

      #guerre_psychologique #désinformation
      #totalitarisme

  • Votre frigo est vide ? Alors, servez-vous ...

    #eat_the_rich

    Les 500 plus grandes fortunes de France en 2024 - Challenges
    https://www.challenges.fr/classements/fortune/2024

    Nos estimations recensent l’ensemble des actifs professionnels, cotés et non cotés. Pour les actifs cotés, le montant de la Fortune boursière est arrêté courant juin. Pour les actifs non cotés, nous procédons à une estimation rigoureuse de leur valorisation en épluchant entre autres les comptes et informations disponibles des entreprises et en surveillant la santé du secteur concerné. Ce classement concerne les Fortunes professionnelles françaises et ne prend donc pas en compte les biens personnels (biens immobiliers privés, voitures, œuvres d’art…).

    • https://fr.wikipedia.org/wiki/Deux_cents_familles

      Les deux cents familles est, en France, une des expressions symboliques parfois donnée sous la Troisième République « aux dynasties bourgeoises représentées dans de nombreux conseils d’administration de grandes sociétés industrielles, financières ou commerciales »1.

      Dans le contexte de la Grande Dépression économique des années 1930, d’une série de scandales financiers, de la critique du capitalisme, des luttes sociales et du mécontentement d’une partie de la population, l’expression deux cents familles — qui renvoie originellement aux 200 plus gros actionnaires (sur près de 40 000) qui constituaient l’Assemblée générale de la Banque de France — est popularisée par Édouard Daladier lors du 31e congrès du Parti radical-socialiste, tenu à Nantes en octobre 1934. Les deux cents familles joueraient un rôle dominant et tiendraient en main la majorité des leviers économiques de la France, contrôlant ainsi les destinées politiques du pays.

    • #oligarchie

      Le gouvernement oligarchique, comme l’a souligné Aristote, est une forme déviante de gouvernement. Les oligarques n’ont que faire de la compétence, de l’intelligence, de l’honnêteté, de la rationalité, de l’abnégation ou du bien commun. Ils corrompent, déforment et démantèlent les systèmes de pouvoir pour servir leurs intérêts immédiats, dilapidant l’avenir pour un gain personnel à court terme. «  Quand le détenteur unique de l’autorité, ou le petit nombre, ou la masse, gouvernent en vue de l’intérêt commun, ces constitutions sont nécessairement des constitutions correctes, tandis que les gouvernements qui ont en vue l’intérêt particulier soit d’un seul, soit du petit nombre, soit de la masse, sont des déviations des types précédents [1]
      [1]Aristote, La politique, Vrin, Paris, 1995, livre III, chap. 7,…
        », a écrit Aristote. Peter L. P. Simpson, professeur de lettres classiques à l’université de la ville de New York, qualifie ces déviations de «  sophistique des oligarques [2]
      [2]P. L. P. Simpson, «  A Corruption of Oligarchs  », dans D.…
        », signifiant par là qu’à partir du moment où le pouvoir est aux mains des oligarques, les réponses rationnelles, prudentes et réfléchies aux problèmes sociaux, économiques et politiques sont ignorées pour nourrir une avidité insatiable. Le stade final de toute civilisation est caractérisé par la sophistique des oligarques, qui ravagent la carcasse pourrissante de l’État.

      https://www.cairn.info/revue-ecologie-et-politique-2018-1-page-155.htm

    • INFOGRAPHIES. Déficit public : qui détient la dette publique française ?
      https://www.francetvinfo.fr/economie/budget/infographies-deficit-public-qui-detient-la-dette-publique-francaise_647

      Sur le site de l’Agence France Trésor, on trouve cependant une typologie des créanciers de la France. Selon ces données, recueillies par la Banque de France, 9,5% des titres de dette de la France sont détenus par des compagnies d’assurance françaises ; 7,7% par des établissements de crédit français ; 1,6% par des organismes de placement collectif en valeurs mobilières français ; 28% par des résidents français. Parmi ces 28%, on retrouve la Banque de France. Selon son rapport annuel 2023, celle-ci détient 609 milliards d’euros de titres de dette française, soit près de 20% de la dette de la France, qui a atteint 3 101,2 milliards au quatrième trimestre 2023. Pour le reste, les titres de dette de la France sont détenus à 53,2% par des non-résidents en France, sans plus de détails.

    • Classement des 500 plus grandes fortunes françaises : le nombre de milliardaires progresse et atteint un plafond inédit – Libération
      https://www.liberation.fr/economie/classement-des-500-plus-grandes-fortunes-francaises-le-nombre-de-milliard

      Selon le magazine « Challenges », qui publie ce jeudi 18 juillet son classement annuel, la fortune cumulée des 500 plus riches Français dépasse pour la première fois en 2024 les 1 200 milliards d’euros.

    • En fait, dans tout ce qui se raconte à ce propos, je crois bien qu’on a tendance à confondre deux notions : celle de la dette publique qui est le résultat d’un exercice comptable sur une année et celle de la dette souveraine qui se traduit par la possibilité de financement d’un état auprès d’opérateurs privés échappant à tout contrôle et toute régulation (les « marchés »).

      Le problème du statut de la dette publique pourrait n’être que théorique. Cependant, la crise actuelle nous plonge dans une dure réalité, surtout pour ce qui concerne la zone euro. Des dettes jugées excessives imposent des cures d’austérité qui affectent profondément beaucoup de citoyens. Au-delà de la détérioration des situations individuelles, ces politiques de rigueur s’avèrent récessives et freinent les mouvements de reprise économique.

      Le trouble face aux dettes publiques est accentué lorsqu’on adopte une perspective de long terme. En effet, en prenant l’ensemble des grands pays industrialisés adhérents au système de marché (le G7), on observe que le poids des dettes publiques par rapport au PIB suit une courbe en U au cours des soixante dernières années. En 1950, le ratio était d’environ 115 %, conséquence directe du conflit mondial. Ensuite, il a baissé régulièrement pour atteindre un minimum de 33 % en 1974 [1]
      [1]Ce profil des dettes des pays du G7 est repris du Global…
      . Depuis lors, ce ratio suit une pente ascendante qui le ramène pratiquement en 2010 au même niveau que celui de 1950. La crise qui éclate fin 2007 n’a fait qu’accélérer cette tendance. Pour la France, les chiffres sont passés de 20 % en 1980 à pratiquement 90 % aujourd’hui. Ainsi, le poids de la dette publique s’est allégé pendant les trente glorieuses caractérisées par l’existence d’un compromis social-démocrate. Pendant cette période, l’État était omniprésent et l’inflation accompagnait une croissance soutenue. Par contre, la dette s’est régulièrement alourdie depuis le renouveau du libéralisme. Cette doctrine, souvent qualifiée de néolibérale, est désormais dominante. Elle encourage le recul de l’État et la liberté des marchés au nom de la recherche d’une plus grande efficacité économique. C’est donc dans ce contexte doctrinal que les trente dernières années font apparaître une hausse des dettes accompagnée, il faut le souligner, d’un ralentissement général du rythme de la croissance économique et de l’inflation. Ainsi, au niveau de la seule observation, le poids des dettes souveraines du G7 semble moins lourd à porter lorsque celles-ci sont émises par des États qui revendiquent haut et fort leurs souverainetés sur la conduite de l’économie.

      Au-delà des débats sur le traitement actuel des dettes souveraines, il importe par conséquent de prendre un peu de recul. Nous commencerons par clarifier la notion de dette publique. Puis nous montrerons pour quelles raisons la gestion des dettes publiques sous l’emprise du néolibéralisme s’est traduite par une perte de souveraineté des États, notamment pour ce qui concerne la zone euro. Nous pourrons alors nous demander, sous forme de conclusion, comment un État peut reconquérir sa souveraineté en la matière.

      https://www.cairn.info/revue-l-europe-en-formation-2013-2-page-197.htm

      Article de 2013. Depuis, nous avons eu un banquier d’affaire aux manettes proclamé « Mozart de la finance » par tous ses séides, puis une crise économique liée à une pandémie (largement sous estimée) puis un conflit entre l’OTAN et la Russie (sur fond d’apocalypse nucléaire) puis une inflation voisinant les 30% (tous biens et services confondus), inflation liée à l’accaparement et à la spéculation sur les biens et les services restant disponibles.
      Sans compter les « nuisances » liées au dérèglement climatique.
      Toute cette tambouille étant en train d’être mijotée par des responsables politiques dont l’impéritie et l’incurie n’ont jamais été égalées depuis 1945 ...

  • Extrême-droite et producérisme

    Dans un ouvrage fondamental consacré aux droites radicales aux États-Unis, Chip Berlet et Matthew Lyons définissent le « producérisme » Le concept de producérisme est obtenu en francisant le terme anglais « producerism ». Nous préférons « producérisme » à « productivisme » ou « productionnisme » qui ont déjà d’autres significations comme « une des structures les plus élémentaires du récit populiste ». Le producérisme évoque l’existence « d’une classe moyenne noble et laborieuse constamment en conflit avec des parasites malveillants, paresseux et coupables au sommet et au pied de l’ordre social. Les personnages et les détails ont changé de façon répétée, ajoutent Berlet et Lyons, mais les grandes caractéristiques de cette conception des choses sont restées les mêmes pendant près de deux cents ans » C. Berlet et M. Lyons, Right-Wing Populism in America. Too close for comfort, New York, Guilford Press, 2000, pp. 348 et 349. On parle peu de producérisme en Europe et pourtant ce concept est potentiellement très utile pour décrire et qualifier des discours relevant de la démagogie, du populisme ou de l’extrême droite. Le producérisme renvoie premièrement et spécifiquement à l’idée du peuple qui produit. Le peuple des producteurs, c’est ceux qui sont à l’origine de la production de toutes les richesses de la nation. Les agriculteurs, les fermiers, les ouvriers, les artisans et l’ensemble des professions manuelles, c’est-à-dire tous ceux qui « vivent à la sueur de leur front », font partie du peuple producteur. Le producérisme se réfère ensuite à l’idée selon laquelle le peuple qui travaille est écrasé par un ensemble de « parasites » qui profitent du peuple et des fruits de son travail sans participer à la production des richesses en question. Il y a les « parasites d’en haut » et les « parasites d’en bas », les premiers correspondent aux « élites » c’est-à-dire aux banquiers, aux financiers, aux « mondialistes », aux bureaucrates, aux syndicalistes, aux intellectuels, aux académiques et à tous ces gens qui profitent du système sans travailler avec leur corps. Les parasites d’en bas, pour leur part, sont identifiés à une « clique » de paresseux qui profitent également de la situation. Ce sont les étrangers, les immigrés, les bénéficiaires de l’aide sociale, les « faux » chômeurs, mais aussi les « asociaux » en tous genres qui profitent également des ressources de l’État : les artistes, les homosexuels, les militants pour l’avortement, les féministes, les laïques… Le producérisme renvoie enfin à l’idée fondamentale selon laquelle il existe une solidarité, ou à défaut une sorte de connivence ou d’accord tacite, entre les « parasites » d’en haut et les « parasites » d’en bas pour spolier le peuple. Le discours producériste présente les parasites comme des alliés objectifs qui ne se connaissent pas mais qui ont des intérêts communs.

    https://www.revuepolitique.be/les-nouveaux-parasites

    Par exemple, au sein de la gauche par tradition et notamment par tradition marxiste l’antagonisme principal c’était capital-travail du coup il fallait permettre aux travailleurs de gagner des victoires face, au capital de ce point de vue là le Rassemblement National il joue sur un autre clivage que moi que j’ai beaucoup repéré également sur mon terrain qui est celui entre travailleurs et non-travailleurs et c’est et notamment avec le terme d’assisté, qui revient beaucoup.

    (...)

    Donc le producérisme, c’est-à-dire qu’en fait, une forme de valorisation des travailleurs actifs qui est opposée aux personnes qui soit ne travaillent pas, soit ne produisent pas de valeur économique intéressante qui va participer à l’économie. Les intellectuels, typiquement.

    https://www.sismique.fr/post/139-comprendre-les-%C3%A9lecteurs-d-extr%C3%AAme-droite-felicien-faury

    La rhétorique producériste mobilise la figure de l’Américain producteur et du fermier indépendant. Historiquement aux États-Unis, elle glorifie les « ruraux radicaux » (rural radicals) contre les « grands monopoles capitalistes » [16]

    (...)

    Le discours producériste ne récuse pas tant les gens pour ce qu’ils sont (racisme traditionnel) que pour ce qu’ils font, et il ne rejette pas tant l’égalité pour ce qu’elle représente mais pour les freins qu’elle peut potentiellement constituer à l’idéal méritocratique et à la juste répartition des richesses sur base du mérite et de la responsabilité. En d’autres termes, le producérisme glorifie les discriminations mais habilement, en fonction de critères qui ne sont pas interdits par la loi et qui à bien des égards sont même au cœur du libéralisme : le mérite, le courage, l’intelligence, la responsabilité, etc.

    https://www.cairn.info/revue-outre-terre2-2014-3-page-95.htm

    #extrême-droite

  • La Gleichschaltung de l’annuaire statistique allemand | Cairn.info
    Un cas de neutralité professionnelle
    Traduit par Baptiste Coulmont
    Zilsel 2017/1 (N° 1), pages 293 à 308

    https://www.cairn.info/revue-zilsel-2017-1-page-293.htm

    «  La #Gleischaltung de l’Annuaire statistique allemand  » est un court article du sociologue étasunien Everett C. Hughes (1897-1983) qui dévoile une facette peu connue de son travail. Dans ce texte ironique et mordant, Hughes y révèle notamment des talents de statisticien. Il est connu, principalement, pour ses travaux de sociologie du travail et ses enquêtes sur les relations interethniques. Il est souvent présenté, de manière résumée, comme l’un des sociologues ayant assuré, à l’Université de Chicago, la transmission des habitudes de recherche entre la période marquée par les fondateurs du département de sociologie, Robert P. Park et Ernest W. Burgess, et la génération des années soixante, Erving Goffman et Howard Becker.
    Le séjour allemand est un classique de la formation en sciences sociales, aux États-Unis, à la fin du 19e siècle. Les professeurs de Hughes à l’Université de Chicago avaient, pour certains d’entre eux, étudié dans les universités de la nouvelle nation bismarckienne. Le prestige allemand est toujours important dans l’entre-deux-guerres. Et quelques années après sa nomination à l’Université McGill de Montréal, Hughes passe l’année universitaire 1931-1932 à Cologne, en Allemagne. Impressionné par l’ascension des Nazis, il donnera à partir de 1933, à l’Université McGill, un cours de sociologie des mouvements sociaux consacré à l’étude du nazisme. David Riesman précise, dans un article nécrologique, que Hughes «  alerta ses étudiants de McGill contre les dangers que la doctrine nazie faisait implicitement courir à la civilisation  » 

    En 1948, il passe plusieurs mois dans la région de Francfort, alors sous administration américaine. Dès son retour à Chicago, où il enseigne depuis 1938, il propose un ouvrage sur «  les Allemands après le Nazisme  », qui sera refusé par les presses universitaires de Chicago. On peut en trouver des échos dans l’un de ses articles les plus célèbres, Good People and Dirty Work (1962). À l’aide de la notion de «  sale boulot  », il analyse les conditions de possibilité de l’entreprise d’extermination réalisée par des «  millions d’Allemands ordinaires  » 

    Il retournera à plusieurs reprises en Allemagne de l’Ouest comme professeur invité, après 1948. Cela permet de comprendre qu’en 1953, Hughes soit «  tombé  » sur un tableau perdu dans un Statistisches Jahrbuch für das Deutsche Reich qu’il n’avait apparemment aucune raison de consulter.
    Dans le texte qui suit, Hughes montre comment l’appareil statistique allemand passe d’un enregistrement de la croyance religieuse (déclarée) à l’inscription de la race (assignée). Il s’interroge en parallèle sur l’inertie professionnelle des statisticiens et la perte de leur autonomie, et plus généralement leur «  mise au pas  » au fur et à mesure de la solidification du Troisième Reich. Il s’agit à la fois d’une lecture fine des tableaux publiés par l’Office statistique allemand, de leur comparaison, et aussi d’une réflexion pointue sur les catégories utilisées. Le passage de la religion à la race crée en effet des êtres intermédiaires, des Mischlingen, «  demi-juifs  » en raison de la race d’un de leurs grands-parents 

    Celui ou celle qui s’essaiera à reproduire le geste de Hughes (les Annuaires statistiques du Reich sont numérisés et facilement accessibles) s’apercevra rapidement de la difficulté de la tâche. En toile de fond de cette étude, bien entendu, se trouve l’entreprise d’anéantissement total. Elle affleure, et Hughes en montre les prodromes  : diminution des mariages mixtes, émigration forcée, diminution des naissances, disparitions statistiques… qui auront des suites bien plus radicales. Ici, l’appareil statistique semble avant tout refléter l’action nazie  : les lois de Nuremberg interdisent en grande partie les contacts entre juifs et non-juifs. Mais – et Hughes ne l’aborde pas – l’on sait désormais que «  le recensement allemand de 1939 a été utilisé pour identifier les futures victimes de la Shoah  » [4]

    L’enregistrement statistique individuel a ainsi servi aux opérations de police, à repérer des individus selon certaines de leurs caractéristiques.
    Ces remarques historiographiques n’épuisent pas l’intérêt de ce petit article, qui peut être lu comme un modèle de lecture critique de la production statistique. Un modèle qui échappe à deux apories. Tout d’abord, nous sommes très loin d’un rejet naïf d’un chiffre qui serait nécessairement «  fasciste  » ou erroné car brimant les capacités d’expression individuelles du moi. Non  : Hughes manifeste certes une attention pointilleuse aux contraintes de production, à l’autonomie professionnelle des statisticiens, mais il vérifie aussi les calculs, il propose d’autres agrégats. Il est ensuite très éloigné des sociologues qui présentent et légitiment leur objet comme une «  boîte noire  » qu’il faudrait «  ouvrir  » (ce que seuls des experts sont autorisés à faire)  : non, les annuaires étaient publics, largement disponibles, et pour les lire, l’expertise est beaucoup moins utile que le temps de l’artisan sociologue.

  • Le « racisme systémique » : un conglomérat problématique | Daniel Sabbagh, dans Mouvements (2022/HS)
    https://www.cairn.info/revue-mouvements-2022-HS-page-56.htm

    En pratique, l’invocation systématique du « #racisme_systémique » tend à faire obstacle à sa nécessaire décomposition, à sa désagrégation qu’exige la mise au jour des mécanismes spécifiques conjointement générateurs des inégalités observées (Wimmer 2015). Distinguer ces mécanismes, évaluer l’ampleur de leurs effets respectifs et repérer précisément leurs modalités d’articulation et d’interaction dans un contexte délimité : tel devrait être le programme empirique des travaux sur le racisme (Wacquant 2022 : 185-187). C’est à cette condition que pourront éventuellement être identifiés des contre-mécanismes et des instruments d’action transformatrice intégrés à des politiques publiques relevant d’une stratégie de démantèlement de l’ordre racial potentiellement efficace. Au regard de cet objectif impérieux, la fixation verbale sur le « racisme systémique » est inadéquate et potentiellement néfaste.

  • Finkie toujours plus loin : aller dénoncer l’antisémitisme de LFI chez les anti-dreyfusards…
    https://x.com/ContreAttaque_/status/1803393686215987660

    Dans le gigantesque moment de confusion néofasciste actuel, Alain Finkielkraut, celui qui hurle à l’antisémitisme depuis des années contre les défenseurs de la Palestine, va tenir une conférence auprès du principal mouvement antisémite de France : l’Action Française.

    C’est là :
    https://www.actionfrancaise.net/evenement/alain-finkielkraut-au-cercle-de-flore

    • https://www.cairn.info/revue-historique-2006-3-page-695.htm

      C’est autour de la formule « la France aux Français » et dans les remous de l’affaire Dreyfus que le nationalisme d’AF est né. Le mouvement monarchiste des premières années mène une véritable « guerre » contre les Juifs et les valeurs qu’ils sont censés incarner. Ouvertement subversif, visant à l’union des Français au-delà de leurs différences politiques et sociales, l’antisémitisme d’AF est un racisme justifié par le comportement politique supposé néfaste des Juifs.

      Il est donc trompeur de prendre à la lettre les reconstructions opérées par Charles Maurras, comme le font les admirateurs du « Maître » mais aussi, parfois, des historiens abusés par sa dialectique. L’ « antisémitisme d’État » a été théorisé au moment de la période radicale et « révolutionnaire » de l’AF ; les atténuations ultérieures – les « Juifs bien nés », les « services rendus », etc. – qu’on lui associe généralement à tort ne sont pas encore à l’ordre du jour. L’ « antisémitisme d’État » n’est pas une doctrine plus « modérée » que l’antisémitisme dit « de peau » ; il infère simplement que l’État, lorsqu’il sera « restauré », réglera le « problème juif » par le haut. En ce sens, la rhétorique élaborée par Maurras dans les années 1911-1913 annonce ce qui s’est effectivement produit en 1940...

  • Collectif Pop-Art, coordonné par Marie-Hélène Bacqué et Jeanne Demoulin, 2021, Jeunes de quartier. Le pouvoir des mots, Caen, C&F éditions, 240 pages. | Cairn.info
    https://www.cairn.info/revue-espaces-et-societes-2023-1-page-220.htm

    Jeunes de quartiers est un ouvrage important, car il marque le tournant participatif dans la recherche urbaine. Créé en 2017, le collectif Pop-Art réunit l’ensemble des participants – jeunes, acteurs locaux (animateurs, etc.) et/ou chercheurs (surtout chercheuses) – à une recherche participative innovante, d’abord par sa durée (4 ans), ensuite et surtout, par les outils utilisés  : groupes de parole, ateliers d’écriture individuelle et collective, cartes mentales, photographies et films vidéo, etc. Son sous-titre – «  le pouvoir des mots  » – exprime bien l’objectif de l’ouvrage  : donner à entendre la parole de ces jeunes. Ce point est essentiel à la fois pour les jeunes et pour les destinataires de leurs paroles. Il est aussi en cohérence avec les outils qui ont été privilégiés. La recherche porte sur les «  jeunes de quartier  », expression qui a été préférée à celle de «  jeunes de banlieue  », réservée aux jeunes des quartiers prioritaires de la politique de la ville, trop facilement présumés délinquants.

    https://cfeditions.com/jdq

    #Jeunes_de_quartier

  • Collectif Pop-Art, coordonné par Marie-Hélène Bacqué et Jeanne Demoulin, 2021, Jeunes de quartier. Le pouvoir des mots, Caen, C&F éditions, 240 pages. | Cairn.info
    https://www.cairn.info/revue-espaces-et-societes-2023-1-page-220.htm

    Collectif Pop-Art, coordonné par Marie-Hélène Bacqué et Jeanne Demoulin, 2021, Jeunes de quartier. Le pouvoir des mots, Caen, C&F éditions, 240 pages.
    Maurice Blanc
    Dans Espaces et sociétés 2023/1 (n° 188), pages 220 à 221

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    Jeunes de quartiers est un ouvrage important, car il marque le tournant participatif dans la recherche urbaine. Créé en 2017, le collectif Pop-Art réunit l’ensemble des participants – jeunes, acteurs locaux (animateurs, etc.) et/ou chercheurs (surtout chercheuses) – à une recherche participative innovante, d’abord par sa durée (4 ans), ensuite et surtout, par les outils utilisés  : groupes de parole, ateliers d’écriture individuelle et collective, cartes mentales, photographies et films vidéo, etc. Son sous-titre – «  le pouvoir des mots  » – exprime bien l’objectif de l’ouvrage  : donner à entendre la parole de ces jeunes. Ce point est essentiel à la fois pour les jeunes et pour les destinataires de leurs paroles. Il est aussi en cohérence avec les outils qui ont été privilégiés. La recherche porte sur les «  jeunes de quartier  », expression qui a été préférée à celle de «  jeunes de banlieue  », réservée aux jeunes des quartiers prioritaires de la politique de la ville, trop facilement présumés délinquants.

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    Ici, il s’agit de jeunes vivant dans des quartiers populaires qui ne relèvent pas tous de la politique de la ville, dans Paris (18e arrondissement), dans la première couronne de la banlieue parisienne, mais aussi dans la seconde, plus «  rurale  ». Il y a des filles et des garçons, une fraction a fait des études supérieures, elle n’est pas la plus nombreuse, mais elle reste très attachée à son quartier. De nombreux jeunes viennent de familles d’immigration ancienne ou récente. La cohabitation pluriethnique s’impose, mais tous se plaignent du racisme de leurs voisins et surtout des institutions. L’islam est la religion majoritaire, mais l’ignorance est grande  : une jeune chrétienne s’est convertie à l’islam car, pour elle, à la différence du christianisme qui est très divisé, «  dans la religion musulmane, tout le monde a la même version  » (p. 183)  ! Tous parlent d’eux, de leur famille, de leur quartier, de leurs projets d’avenir et de leurs visions du monde. Celles et ceux qui ont la double nationalité la considèrent comme un atout et non comme un handicap.

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    Le fond et la forme sont bien entendu liés, mais je les présente ici successivement. Ces jeunes ne sont pas très différents des autres, à la fois attachants et surprenants. Leur place dans la société se structure autour de couples d’oppositions  : fille et garçon, petit et grand, premier et dernier de la fratrie, etc. Tous sont très attachés à leur quartier, considéré comme une «  grande famille  », un «  petit village  » et même un «  refuge  ». Mais ils apprécient l’anonymat de la capitale pour leurs sorties. Le quartier est une sorte de «  tiers-lieu  » entre la famille et l’école. Le sport est très important pour être connu et reconnu, pour les garçons, mais aussi pour les filles. Certains ont des projets un peu fous, comme créer une entreprise de luxe ou s’installer à Dubaï. Mais la majorité est d’une grande lucidité et sait reconnaître ses erreurs de jeunesse, le rêve débouchant sur un projet plus réaliste. Par exemple, après avoir rêvé de devenir une star du football, des jeunes sont devenus animateurs sportifs. Tous ont également un sens aigu des solidarités familiales et de voisinage, tout en étant critiques, et oscillent entre attraction et répulsion. Tous tiennent à la solidarité qui leur a été enseignée avec l’islam, mais ils, et surtout elles, aimeraient bien que leurs parents s’ouvrent à l’égalité entre les hommes et les femmes et ne leur imposent plus de mariage forcé. Tous expriment un fort désir d’engagement dans la cité, tout en craignant la «  récupération  » par la municipalité ou par les partis politiques. L’expression de Jacques Ion, «  l’engagement post-it  », n’est pas utilisée, mais correspond bien à leur démarche. Peut-être parce que la question de la santé n’était pas un problème majeur en 2017, elle est peu présente dans cet ouvrage.

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    Avec le collectif Pop-Art, Marie-Hélène Bacqué et Jeanne Demoulin s’affirment ainsi comme les pionnières du véritable «  tournant participatif  » dans la recherche urbaine et, plus largement, en sciences humaines et sociales. La contribution des participants dans la production et l’analyse des données est réelle et reconnue. Ce collectif innove aussi en matière de diffusion des résultats à la communauté scientifique, aux autres jeunes et au grand public. Espérons que d’autres suivront leur exemple.

    Mis en ligne sur Cairn.info le 25/04/2023
    https://doi.org/10.3917/esp.188.0220

    #Jeunes_de_quartier

  • Folle dans mon genre | Anne Querrien
    https://www.cairn.info/revue-multitudes-2024-1-page-139.htm

    Nous sommes tous censés être normaux, et personne ne l’est vraiment. Les circonstances se chargent d’entraîner certains dans l’abîme, dans l’enfermement. Les autres disent qu’iel était déjà comme cela avant, légèrement, il y avait des signes prémonitoires. La barrière entre fou et non fou se construit. Les médicaments, les médecins, vont remplacer le moral par le chimique. Cela ira mieux. Cela permettra de vivre ensemble. Le manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux, DSM, viendra à leur secours pour prescrire les médicaments presque automatiquement.

    7 « Schizophrène affectif » : n’est calmé, « contenu », que par l’association des médicaments contre la schizophrénie et contre la psychose maniaco-dépressive. Effets secondaires cardiaques importants. Petites natures s’abstenir. Crises répétitives certaines. Genre plutôt masculin, mais pas toujours. Ont des problèmes d’attachement trop importants à leur maman. « Psychose de la protestation », dit un historien de la psychiatrie (Metzl), qui observe qu’on appelle et qu’on enferme comme « schizophrènes » les hommes noirs qui luttent pour les droits civiques.

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    « Si l’homme n’est pas fou c’est qu’il n’est rien. Le problème c’est de savoir comment il soigne sa folie. Si vous n’êtes pas folle, comment voulez-vous que quelqu’un soit amoureux de vous ? Pas même vous, vous comprenez. Ce qui ne veut pas dire que si vous ne savez pas être folle alors on va vous foutre à l’hôpital psychiatrique, parce que les fous qu’on met dans les hôpitaux psychiatriques, c’est des types qui ratent leur folie. »
    (Tosquelles)

    #folie #normalité

  • Le mitard : « Un dispositif aussi inhumain que contre-productif » | Ambre Couvin
    https://www.bondyblog.fr/societe/le-mitard-un-dispositif-aussi-inhumain-que-contre-productif

    Dans un récent rapport, l’Observatoire International des Prisons (OIP) préconise la suppression des cellules disciplinaires, plus connues sous le nom de mitard. Cette revendication est ancienne, mais peine à être entendue tant elle est au centre du système répressif des prisons. Source : Bondy Blog

  • Au delà des JO 2024 : une nécessaire critique radicale de l’idéologie du sport
    https://ricochets.cc/Au-dela-des-JO-2024-une-necessaire-critique-radicale-de-l-ideologie-du-spo

    On voit ici et là des critiques et contestations des JO, mais plus rares sont les critiques du sport lui-même, de l’idéologie sportive. Pour la plupart des civilisés, le sport, c’est sacré, neutre, naturel, bénéfique, donc incritiquable. Seules les pires compétitions lucratives avec dopages seraient gênantes. Et puis le sport c’est du joli spectacle, c’est populaire (ou élitiste), ça crée des emplois et de l’argent, alors pourquoi critiquer le sport ?! Le sport, bien que parfaitement (...) #Les_Articles

    / Tourisme, sports & loisirs

    #Tourisme,sports&_loisirs
    https://www.lechiffon.fr/entretien-avec-jean-marie-brohm-presque-plus-personne-ne-critique-lideolog
    https://livresz.fr/auteurs/livres-jean-marie-brohm
    https://www.monde-diplomatique.fr/2004/06/BROHM/11262
    https://blogs.mediapart.fr/denis-collin/blog/020413/un-article-de-jean-marie-brohm-le-spectacle-sportif-une-alienation-d
    https://didiersaillier.com/le-sport-et-le-totalitarisme
    https://www.cairn.info/revue-movement-and-sport-sciences-2018-2-page-5.htm

  • La Guerre des Demoiselles ou l’insurrection du Tiers-Langage | Cairn.info
    https://www.cairn.info/revue-multitudes-2015-3-page-112.htm

    et aussi https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_des_Demoiselles

    La guerre des Demoiselles est une rébellion ayant lieu en Ariège de 1829 à 1832, et se prolongeant de façon moins intense jusqu’en 1872. Elle est une réaction au Code forestier de 1827. C’est le mouvement de contestation le plus connu parmi ceux qui se développent dans les Pyrénées au xixe siècle.

    Guerre des demoiselles 1829 à 1832
    #paysans #Ariège #révolte

    Tout ça parce que je recherche des infos sur les femmes représentées dans la fresque de Ariz du Pont des Demoiselles à Toulouse. J’ai eu beau arrêter les passantes pour les questionner, personne ne sait.

  • Introduction. Au-delà de l’idéologie californienne | Cairn.info
    https://www.cairn.info/revue-teque-2024-1-page-9.htm

    Les cinquante dernières années ont été marquées par la promesse suivant laquelle l’informatique permettra dans un futur proche de créer une société d’individus égaux et émancipés.L’idéal pastoral, communaliste, d’une société harmonieuse inter-espèces, à petite échelle et en marge de l’État, aura trouvé une matrice précoce dans le poème Tous surveillés par des machines d’amour et de grâce du hippie Richard Brautigan. Ce texte est cité par l’historien de l’internet Fred Turner dans son livre important Aux sources de l’utopie numérique, comme l’emblème d’un certain état d’esprit de la contre-culture de la baie de San Francisco. En hommage, l’un des premiers clubs d’informatique autonomes de la région est baptisé Loving Grace Cybernetics. À travers la référence à ce poème, c’est l’esprit des premiers colons qui rencontre la soif de liberté et d’épanouissement personnel de nerds en recherche d’alternative à la bureaucratie, qu’elle vienne des entreprises ou de l’État. Cet état d’esprit marque durablement la région. On le retrouve dans le magazine en forme de kit de survie pour les néoruraux The Whole Earth Catalog, dans la communauté de bricoleurs d’ordinateurs personnels réunis dans le Homebrew Computer Club (un lieu mythique de l’émergence d’Apple), puis dans la liste de diffusion électronique The WELL (considérée comme l’une des premières « communautés virtuelles »). Comment ne pas succomber à la vision élégiaque d’un cerf flânant en paix dans une forêt cybernétique ? Qui pourrait être contre une « harmonie mutuellement programmée »

    #Fred_Turner #Utopie_numérique #Teque

  • 1. De si vieilles promesses | Cairn.info
    https://www.cairn.info/revue-teque-2024-1-page-29.htm

    L’ouvrage de Fred Turner, Aux sources de l’utopie numérique. De la contre-culture à la cyberculture (2010), a fourni un étayage empirique aux thèses de L’idéologie californienne, à partir du récit de la trajectoire de Stewart Brand : au premier abord, le fondateur de The Whole Earth Catalog, The WELL et du Global Business Network constitue le cas parfait du hippie devenu yuppie. Mais à y regarder de plus près, ce que montre Turner, c’est que celui-ci est avant tout un homme de réseaux — qui s’étendent d’ailleurs sur les deux côtes des États-Unis d’Amérique, et pas seulement en Californie. Sa curiosité et son activisme toujours à la frontière de différents milieux — ingénieur·es, designer·es, entrepreneur·euses, consultant·es des think tanks naissants et politicien·ennes — sont allés de pair avec une démarche qui ressemble à ce que les sociologues appellent un « entrepreneur de cause ». En l’occurrence, il s’agissait de promouvoir la démocratisation des outils techniques comme source d’émancipation et d’autonomie. Cette position a son intérêt sur le moment. La croyance dans le pouvoir de transformation du « faire » et l’attention au potentiel des technologies à l’échelle locale paraît apporter un contrepoint bienvenu à la pensée critique dominante (centrée sur la démystification économique et culturelle) et vis-à-vis des spiritualités new age. D’un autre côté, avec son flou sur les questions politiques majeures à une échelle plus systémique, elle a pu se glisser dans une logique capitaliste à laquelle elle avait d’abord paru s’opposer…

    #Fred_Turner #Utopie_numérique #Teque

  • Karl Marx ou la perversion du socialisme - 16. Que reste-t-il ?
    https://www.partage-noir.fr/karl-marx-ou-la-perversion-du-socialisme-16-que-reste-t-il

    Piètre « aboutissement », après quoi il ne reste plus qu’à tirer l’échelle. A moins d’avoir le courage de reconnaître que tout l’appareil scientifique du marxisme n’est qu’un camouflage compliqué derrière lequel se dissimule un jugement moralisateur dont on ne peut dire qu’il soit faux, mais qui risque en tout cas de passer pour primaire. N’est-ce pas du reste ce que le grand Mao Tsê-Toung (paix à son corps embaumé) aurait laissé entendre, en disant : Le marxisme comporte de multiples (...) #27_-_Karl_Marx_ou_la_perversion_du_socialisme_-_Alexandre_Marc

    / #Volonté_Anarchiste

    • Retour sur les critiques anarchistes du marxisme

      Poser la question de la pertinence contemporaine des critiques anarchistes du marxisme, c’est peut-être d’abord se demander ce que nous pouvons en faire à une époque comme la nôtre. Il n’aura échappé à personne que nous vivons au XXIe siècle. Ce que E. Hobsbawm appelle le « court XXe siècle », et qui a commencé avec la Première guerre mondiale avant de s’achever avec la dislocation de l’empire dit soviétique autour de 1990, est étroitement lié aux aventures et surtout aux mésaventures du marxisme puisque cette période correspond exactement à ce qu’a duré le premier régime politique à s’être réclamé explicitement de Marx. Or l’analyse économique, sociale et politique ainsi que le type d’émancipation promus par le marxisme sont ressortis de cette période, à tort ou à raison, durablement discrédités. De sorte que se demander quelle est l’actualité des critiques anarchistes du marxisme, c’est aussi se demander si ces critiques ne risquent pas de partager le sort de ce dernier. La promotion du marxisme, au cours du xxe siècle, au rang de doctrine officielle, de doctrine d’État a, dans les faits, conduit pour lui à une double défaite : transformé en doctrine d’État et de parti, ce qui a conduit à une profonde altération de son contenu et de sa visée émancipatrice, il a partagé le sort des États et des mouvements politiques auquel il avait été associé. Pour les anarchistes, qui furent les premiers à la combattre, cette évolution pourrait bien s’apparenter à une amère victoire ...

      ... On peut, pour commencer, et en revisitant à grands traits l’histoire des rapports entre marxisme et anarchisme, montrer, d’une part, que l’attitude de rejet de Marx chez la plupart des anarchistes contemporains, si elle n’est pas toujours raisonnable, a néanmoins ses raisons historiques et, d’autre part, qu’au rebours de l’ignorance réciproque dans laquelle marxisme et anarchisme sont largement demeurés l’un vis-à-vis de l’autre, il a existé des tentatives théoriques et pratiques de penser à la fois une appropriation anarchiste de Marx et une appropriation marxiste de l’anarchisme.

      L’anarchisme comme anti-marxisme

      Si l’on cherche d’abord les raisons historiques pour lesquelles anarchisme et marxisme sont en grande partie demeurés dans une forme d’ignorance mutuelle, et les raisons de la méconnaissance réciproque qu’entretiennent aujourd’hui la plupart des militants et des théoriciens de ces deux courants, un retour aux origines s’impose.
      L’anarchisme est originellement un anti-marxisme. L’acte de naissance historique de l’anarchisme en tant que mouvement est la scission intervenue au sein de l’Association Internationale des Travailleurs (que l’on a coutume de désigner comme la Première Internationale), à l’issue de ce qu’il est convenu d’appeler le conflit entre Marx et Bakounine – bien que ce conflit n’ait fait qu’incarner un conflit plus profond au sein du mouvement ouvrier naissant autour de la question de la politique et de l’organisation et que, bien souvent, Bakounine n’ait fait que formuler des critiques qui avaient été élaborées collectivement .

      Le motif de ce conflit, tel qu’il se donne à voir dans les textes où Bakounine critique Marx, est en effet le suivant : Bakounine, qui ne connaît de Marx que sa personne (qu’il goûte assez peu) et le Manifeste communiste, attribue à Marx l’intention de faire de l’Internationale une sorte de regroupement de partis politiques participant aux luttes électorales et ayant pour but de conquérir par ce biais le pouvoir au sein des nations où existe un système représentatif, ce qui impliquerait une feuille de route assez claire pour les prolétaires des différents pays : parvenir à un régime représentatif, conquérir le suffrage universel, s’organiser en parti, gagner les élections. C’est ainsi qu’il interprète la politique des socialistes allemands et l’idée, exprimée dans le Manifeste, selon laquelle la classe ouvrière doit se rendre maîtresse de l’appareil d’État pour le faire fonctionner à son profit, faire disparaître les oppositions de classe par l’extinction de la bourgeoisie en tant que classe, avant finalement de disparaître – puisque la raison d’être de l’État n’est rien d’autre que la perpétuation de la domination de classe, une société sans classes (c’est-à-dire en l’occurrence qui n’est plus régie par la division entre propriétaires des moyens de production et propriétaires de leur seule force de travail) serait une société sans État.

      La contestation de cette thèse politique de Marx va conduire chez Bakounine à la contestation d’une thèse qui est de l’ordre la philosophie de l’histoire, à laquelle la première s’articule, selon laquelle l’histoire est guidée par le développement nécessaire du mode de production capitaliste vers l’aiguisement des luttes de classes et la concentration de plus en plus forte du capital, qui rend à la fois plus nécessaire et plus aisé le renversement de la domination de la bourgeoisie. À ce qu’il considère comme une approbation de la nécessité historique, Bakounine oppose l’idée selon laquelle, quand bien même les conditions de production et de reproduction de la vie humaine seraient déterminantes dans le développement de l’humanité, certaines des causes secondaires, comme l’État, peuvent acquérir une importance plus grande. C’est ce qui sous-tend, philosophiquement, la fameuse proposition sur l’abolition de l’héritage défendue par Bakounine au congrès de Bâle de l’AIT en 1869, et combattue par Marx et ses amis : ce droit peut bien n’être que le reflet juridique d’un fait économique, il n’en a pas moins une importance déterminante dans le maintien de ce dernier.

      La critique adressée par Bakounine à la conception marxienne de l’histoire est donc double. D’une part, cette conception minorerait excessivement le rôle du facteur politique dans la marche de l’histoire. D’autre part, Marx sanctifierait la marche de l’histoire. Or, pour Bakounine, qu’il y ait des tendances centralisatrices dans l’histoire ne signifie pas du tout que ces tendances soient objectivement révolutionnaires ; que la genèse du mode de production capitaliste et la centralisation étatique qui l’accompagne soient des tendances historiques fortes ne signifie pas pour autant qu’il faudrait les approuver, et quand bien même elles auraient un caractère inéluctable, on aurait raison de se révolter contre elles en tant qu’elles marquent un progrès dans l’assujettissement des êtres humains. Dans cet esprit, le fait de résister à la mise en place de l’usine, ou à l’introduction de machines dans le processus de production, peut être interprété comme une forme de réaction de la part de tenants d’un mode de production en voie de disparition. Mais si l’on rompt avec la téléologie historique lourde qui est celle du marxisme, on peut aussi l’interpréter comme une défense de la liberté contre une forme inédite et redoutable d’oppression (et aussi comme une défense réussie des intérêts des ouvriers du secteur concerné). Il n’y a rien d’étonnant à ce que ce soit parmi les libertaires qu’on ait pu trouver des auteurs pour réhabiliter le mouvement luddite, que l’historiographie marxiste considérait comme rétrograde parce qu’il s’opposait au progrès technique, à la mise en place de grandes concentrations industrielles, et in fine à la possibilité d’organiser en masse la classe ouvrière.

      S’agissant du statut de la politique, Bakounine considère que la saisie du pouvoir d’État par une organisation révolutionnaire inspiré par le programme (présumé) de Marx conduirait à l’émergence d’une nouvelle classe qui administrerait la capital arraché des mains de la bourgeoisie et opprimerait à son tour à la fois la classe ouvrière et la paysannerie – c’est souvent ce que l’on désigne, par une formule problématique, comme l’« analyse prophétique » par Bakounine de la nécessaire dégénérescence de l’État ouvrier. À cette position politique qu’il attribue à Marx, Bakounine oppose l’idée selon laquelle l’Internationale n’est pas un regroupement de partis ayant vocation à prendre le pouvoir par les urnes, mais un organe de systématisation et d’affirmation concrète de la solidarité objective, économique, qui lie le monde ouvrier. Au sein de cette organisation, explique encore Bakounine, il est naturel, et nécessaire, que différentes options politiques s’expriment, que ce soit celle de Marx, celle des amis de Blanqui (le coup d’État opéré par une petite minorité d’hommes décidés) ou celle de ce qu’il nomme le parti anarchique (l’insurrection généralisée qui anéantit l’État immédiatement, c’est-à-dire non pas instantanément, mais sans médiation), mais aucune des trois ne doit jamais devenir la position politique officielle de l’organisation, sous peine que celle-ci ne dégénère en un embryon d’État 

      On a là une critique de la séparation du politique et un idéal de résorption du politique dans l’économique qui seront repris, développés et transcrits en acte par le syndicalisme révolutionnaire à la fin du siècle et au début du suivant. Avec conséquence, Bakounine s’oppose également à toute forme de centralisation au sein de l’Internationale. Attribuant à Marx le projet de vouloir constituer le Conseil général de l’organisation en une sorte de directoire central, il prône la libre fédération des sections de l’organisation et la réduction de son organe central à un simple bureau de statistiques et de correspondance. C’est sur ce point (et non sur un programme anarchiste) que la plupart des sections de l’Internationale s’opposeront au Conseil général et quitteront l’organisation après l’exclusion de Bakounine au congrès de La Haye de 1872.

      La pertinence contemporaine d’une critique

      Pour résumer, le conflit politique qui donne naissance historiquement à l’anarchisme lègue à ce dernier une triple critique dont il s’agit d’interroger la pertinence actuelle. En premier lieu, une critique de la politique, celle-ci étant entendue comme une activité menée par des spécialistes et orientée vers la conquête du pouvoir par le biais des élections, à quoi est opposée une antipolitique (et non un apolitisme comme Marx et ses amis tendront à le prétendre), c’est-à-dire une activité relative à l’État, mais qui vise sa disparition. En second lieu, une critique des organisations comme source possible d’une nouvelle oppression, d’une nouvelle centralisation, d’une nouvelle bureaucratie, critique qui connaîtra un prolongement immédiat dans le syndicalisme révolutionnaire et chez les premiers auteurs qui souligneront la confiscation de la démocratie par les partis politiques.

      Enfin, une critique de l’ordre de la philosophie de l’histoire en tant qu’est refusée à celle-ci tout télos qui l’orienterait, critique qui permet de comprendre pourquoi l’anarchisme, historiquement, n’a pas seulement survécu à ses défaites, mais les a transformées en légendes – la Commune, Makhno, l’Espagne libertaire, etc. Ces critiques ne sont encore qu’esquissées chez Bakounine. S’agissant des organisations, sa position est plus complexe que ce qu’il dit de l’Internationale, puisqu’il est en même temps un grand amateur de sociétés secrètes, qu’il dote de règlements interminables, règlements qui sont loin de constituer l’esquisse d’une société débarrassée de toute forme de domination.

      Quant à la philosophie de l’histoire, Bakounine adhère dans l’ensemble à la conception matérialiste de l’histoire telle qu’elle se donne à lire dans le Manifeste, il en rejette simplement le mécanisme grossier, sans rejeter une certaine téléologie. S’agissant de la politique, le conflit entre Marx et Bakounine donne lieu à un curieux chiasme, où l’auteur qui est censé minorer le rôle des facteurs politiques dans l’histoire se voit accusé de faire de la saisie du pouvoir d’État l’objectif essentiel, et où l’auteur qui insiste sur le rôle des facteurs politiques et juridiques dans le développement du mode de production capitaliste (par exemple au travers de l’héritage) tourne le dos à toute activité politique séparée ou spécifique.

      À ces trois critiques, il faut ajouter une quatrième, qui fut d’abord propre à Bakounine en raison de son intérêt pour les pays n’ayant pas développé d’industrie. Comme une partie du marxisme après lui, Bakounine pointe chez Marx une identification de la classe ouvrière à une classe révolutionnaire par essence, ce qui conduit à rejeter comme potentiellement contre-révolutionnaires des éléments de la population comme le Lumpenproletariat, la petite paysannerie ou les jeunes déclassés. Lorsqu’il cherche à penser les conditions d’une révolution dans des pays où l’industrie et la classe ouvrière en sont encore à leurs balbutiements (Russie, mais aussi Italie), Bakounine n’emprunte pas la voie qui consisterait à dire que ces pays doivent d’abord se doter d’une classe ouvrière disciplinée par l’industrie pour pouvoir envisager une révolution sociale, il souligne plutôt le rôle qui revient aux masses paysannes et à la jeunesse, voire à ce qui est décrié par Marx comme Lumpenproletariat. On retrouvera, plus près de nous, chez Pierre Bourdieu, une analyse convergente du potentiel révolutionnaire que recèle l’existence d’« intellectuels prolétaroïdes » qui ne sont pas parvenus à trouver leur place dans un champ déterminé et que « tout […] incline à mettre au service de l’indignation et de la révolte populaires leurs capacités d’explicitation et de systématisation ».

      Ces différentes critiques sont aussi intéressantes parce qu’elles entrent en résonance avec d’autres décentrements qui ont marqué l’époque contemporaine, en particulier lorsqu’il s’est agi de revisiter le problème de l’État. Il existe une parenté entre les critiques du marxisme formulées historiquement par les anarchistes et celles qui ont pu être présentées par des auteurs aussi différents que Michel Foucault et Pierre Bourdieu, notamment dans leur enseignement au Collège de France, lorsqu’ils ont eu respectivement à aborder la question de l’État. On peut également signaler les prolongements qu’a trouvés la critique anarchiste d’une certaine philosophie marxiste de l’histoire chez les anthropologues libertaires Pierre Clastres et David Graeber .

      Bien entendu, il faut apporter à cette présentation des critiques anarchistes de Marx plusieurs nuances. Tout d’abord, la position qui est attribuée par Bakounine et ses amis à Marx est fortement simplificatrice, et semble souvent s’appliquer aux conceptions des lassaliens et anticiper ce que sera le marxisme de la Deuxième Internationale. Sur la question politique, Marx a sans doute une position plus complexe, qui consiste à prendre en considération l’évolution propre à chaque pays, prônant dans certains cas l’organisation de la classe ouvrière en un parti destiné à prendre pacifiquement le pouvoir, mais n’excluant pas ailleurs que surviennent des révolutions. Surtout, Marx a oscillé, notamment au moment de la Commune de Paris, sur la question de la saisie du pouvoir d’État par le prolétariat : tout en continuant à suivre les efforts des socialistes allemands pour s’unir en un parti unique, Marx fait l’éloge des prolétaires parisiens qui ont compris que la classe ouvrière, dit-il corrigeant la formule du Manifeste, ne doit pas se contenter de prendre les pouvoirs de l’État tels qu’ils existent pour les faire fonctionner à son profit, mais doit immédiatement les détruire. S’agissant de l’organisation, Marx ne méprise absolument pas les formes d’organisation fondées sur la solidarité économique, il estime même qu’elles sont le lieu d’une préfiguration de la société sans classe, l’endroit où les prolétaires peuvent faire l’expérience d’un auto- gouvernement. Enfin, si lorsqu’il formule de grandes tendances historiques, ou quelque chose comme des lois de l’histoire (typiquement dans l’avant-dernier chapitre du livre I du Capital à propos de la tendance historique de l’accumulation capitaliste), il est difficile de ne pas considérer chez lui une forme de téléologie historique, mais il en va souvent autrement dans les analyses qu’il propose de conjonctures historiques particulières. Ces nuances sont à la fois importantes et dérisoires : dérisoires parce qu’elles seront souvent gommées par les versions dominantes du marxisme, mais importantes parce que c’est précisément sur elles que pourront s’appuyer certains auteurs et militants pour proposer un rapprochement entre marxisme et anarchisme.

      Il faut ensuite souligner que cette hostilité réciproque entre partisans de Marx et partisans de Bakounine, même si elle était nourrie de méconnaissance réciproque, n’allait pas jusqu’à l’ignorance, bien au contraire. Bakounine considérait, par exemple, que l’on pouvait ratifier la critique de l’économie politique contenue dans Le Capital comme une véritable critique scientifique (qu’il avait d’ailleurs commencé à traduire en russe). On peut d’ailleurs signaler que le premier grand vulgarisateur de l’ouvrage était un ami de Bakounine, le militant italien Carlo Cafiero, dont l’abrégé du Capital s’attira les éloges de Marx et d’Engels. Par la suite, les anarchistes ont pu s’approprier la critique marxienne de l’économie politique comme ils s’appropriaient d’autres connaissances scientifiques utiles pour la propagande et la lutte. Bien entendu, cela implique de considérer qu’il est possible de séparer chez Marx le bon grain de l’économie politique de l’ivraie de la politique et de la philosophie de l’histoire, ce qui n’a rien d’évident.

      Enfin, il importe de mentionner les rapprochements qui ont pu être tentés dans l’histoire entre marxisme et anarchisme. Maximilien Rubel, éditeur en français de Marx dans la Bibliothèque de la Pléiade, n’a pas hésité à voir en Marx un « théoricien de l’anarchisme », en insistant notamment sur les écrits suscités chez lui par la Commune de Paris. Daniel Guérin, écrivain et militant communiste libertaire, a pour sa part appelé d’une manière réitérée à une appropriation anarchiste du marxisme. Il faut toutefois souligner que ce furent là des cas assez isolés, au point que certains auteurs marxistes, qui parvenaient à des conclusions proches du communisme anarchiste, se sont toujours refusé à le reconnaître. Il faut enfin faire un sort particulier aux situationnistes qui, dans les années 1960, proposèrent un dépassement original de ce qu’ils considéraient comme les unilatéralités respectives du marxisme et de l’anarchisme.

      Fondamentalement, le débat théorique occasionné par le conflit entre anarchisme et marxisme a légué aux mouvements de lutte contre la domination un projet problématique : celui de l’auto-émancipation. Pour cette raison, il importe d’apercevoir que la pertinence des critiques anarchistes du marxisme dépasse largement le contexte immédiat dans lequel ces critiques ont été énoncées. Qu’il s’agisse d’identifier le sujet révolutionnaire, de comprendre les conditions sous lesquelles une société débarrassée de l’État est possible ou de parer aux reproductions de la domination au sein même de ces moyens d’émancipation que sont censées constituer les organisations, les problèmes pointés par ces critiques sont encore les nôtres.

      https://www.cairn.info/revue-actuel-marx-2013-2-page-173.htm

  • Zionism Killed the Jewish-Muslim World -An interview with Ariella Aïsha Azoulay
    https://jacobin.com/2024/04/zionism-palestinian-jews-imperialism-history


    Jews in the town of Buqei’a, Palestine, circa 1930. (Keren Kayemet Leyisrael via Wikimedia Commons)

    11.4.2024 interview by Linda Xheza - In an interview with Jacobin, filmmaker and academic Ariella Aïsha Azoulay traces how Western powers’ exploitation of Zionism led not just to the ethnic cleansing of Palestine but to the demise of Jewish communities across the Middle East.

    Born in Israel, Ariella Aïsha Azoulay, a filmmaker, curator, and academic, rejects the identity of Israeli. Before becoming an Israeli at age nineteen, her mother was simply a Palestinian Jew. For much of history, there was nothing unusual in this combination of words. In Palestine, a Jewish minority lived peacefully alongside the Muslim majority for centuries.

    This changed with the Zionist movement and the foundation of Israel. The ethnic cleansing of Jews from Europe would lead, thanks to European Zionists, not only to that of Muslims from Palestine but of Jews from the rest of the Middle East, with nearly a million fleeing as a result of the 1948 Arab-Israeli War, many to Israel.

    In an interview with Jacobin, Azoulay contextualizes Israel’s genocide in Gaza in the long history of European and US imperialism. Azoulay is a professor of comparative literature at Brown and the author of Potential History: Unlearning Imperialism (Verso, 2019).

    Linda Xheza

    You identify as a Palestinian Jew. Could you tell us more about this? To many people these words stand in opposition.

    Ariella Aïsha Azoulay

    That these terms are understood as mutually exclusive, or in opposition, as you suggest, is a symptom of two centuries of violence. In a lapse of a few generations, diverse Jews who lived all over the world have been deprived of their various attachments to land, languages, communities, occupations, and forms of sharing the world.

    The question that should preoccupy us is not how to make sense of the supposed impossibility of Palestinian-Jewish identity but rather the reverse: How it is that the fabricated identity known as Israeli became recognized by many across the globe after the creation of the state in 1948 as an ordinary one? Not only does this identity obscure the history and memory of diverse communities and forms of Jewish life, but it also obscures the history and memory of what Europe did to the Jews in Europe and in Africa and Asia in its colonial projects.

    Israel has a shared interest with those imperial powers to obscure the fact that “the state of Israel was not created for the salvation of the Jews; it was created for the salvation of the Western interests,” as James Baldwin wrote in 1979 in his “Open Letter to the Born Again.” In his letter, Baldwin lucidly compares the Euro-American colonial project for the Jews with the US project for blacks in Liberia: “The white Americans responsible for sending black slaves to Liberia (where they are still slaving for the Firestone Rubber Plantation) did not do this to set them free. They despised them, and they wanted to get rid of them.”

    Prior to the proclamation of the State of Israel and its immediate recognition by the imperial powers, Palestinian-Jewish identity was one of many that existed in Palestine. The term “Palestinian” was not yet connotated with racialized meaning. My maternal ancestors, who were expelled from Spain in the late fifteenth century, ended up in Palestine before the Euro-Zionist movement began its actions there and before the movement gradually began conflating assisting Jews in response to antisemitic attacks in Europe with the imposition of a European-modeled project of colonization for Jews to partake in — a project not only construed as one of Jewish liberation but predicated upon European crusade against Arabs. Decolonization requires recovering the plural identities that once existed in Palestine and other places in the Ottoman Empire, notably ones whereby Jews and Muslims coexisted.

    Linda Xheza

    In your most recent film, The World Like a Jewel in the Hand, you discuss the destruction of a shared Muslim-Jewish world. You foreground a call by Jews who, in the late 1940s, rejected the European Zionist campaign and urged their fellow Jews to resist the destruction of Palestine. Given the recent destruction of lives, infrastructure, and monuments in Gaza, do you think it is still possible for Jews and Muslims to reclaim their shared world?

    Ariella Aïsha Azoulay

    First, the historical part. Zionists have sought to forever erase this call by anti-Zionist Jews from our memories. These Jewish elders were part of a Jewish-Muslim world, and they didn’t want to depart from it. They warned against the danger Zionism posed to Jews like them across this world that existed between North Africa and the Middle East, including in Palestine.

    We must recall that until the end of World War II, Zionism was a marginal and unimportant movement among Jewish peoples around the world. Hence, until that time, our elders didn’t even have to oppose Zionism; they could simply ignore it. It was only after World War II, when the surviving Jews in Europe — who were mostly not Zionists prior to the war — had almost nowhere to go, that Euro-American imperial powers seized the opportunity to support the Zionist project. For them, it was a viable alternative to having Jews remain in Europe or migrate to the United States, and they used the international organs they created to accelerate its realization.

    In so doing, they propagated the lie that their actions constituted a Jewish liberation project, while, in actuality, this project perpetuated the eradication of diverse Jewish communities far beyond Europe. And even worse, Jewish liberation was leveraged as a license and reason to destroy Palestine. This could not have been pursued without a growing number of Jews becoming Europe’s mercenaries: Jews who had migrated to Palestine while fleeing from or after surviving genocide in Europe, the Palestinian Jews who predated the arrival of the Zionists, and those Jews who were lured to come to Palestine or left with no other choice but to depart from the Muslim-Jewish world since Israel was established, with a clear agenda, to be an anti-Muslim and anti-Arab state — all were encouraged by Europe and European Zionists to see Arabs and Muslims as their enemies.

    We should not forget that Muslims and Arabs were never the enemies of the Jews and, moreover, that many of these Jews living in the majority-Muslim world were themselves Arabs. It is only with the creation of the State of Israel that these two categories — Jews and Arabs — became mutually exclusive.

    The destruction of this Jewish-Muslim world following World War II enabled the invention of a Judeo-Christian tradition, which would become, from that moment on, a reality, since Jews no longer lived outside of the Christian Western world. The survival of a Jewish regime in Israel required more settlers, and thus Jews of the Muslim-Jewish world were forced to leave to become part of this ethnostate. Detached and deprived of their rich and diverse histories, they could be socialized to this role assigned to them by Europe — mercenaries of this settler-colonial regime to restore Western power in the Middle East.

    Understanding this historical context doesn’t reduce the Zionist perpetrators’ responsibility for the crimes they committed against Palestinians over the decades; rather, it reminds one of Europe’s role in the destruction and extermination of Jewish communities mainly, but not only, in Europe, and its role in handing over Palestine to the Zionists, the alleged representatives of the survivors of this genocide who formed a Western post for these same European actors in the Middle East.

    Paradoxically, the only place in the world where Jews and Arabs — most of whom are Muslims — share the same piece of land today is between the river and the sea. But since 1948, this place has been defined by genocidal violence. The urgent questions now are how to stop the genocide and how to halt the introduction of more arms to this area.

    In Eichmann in Jerusalem, Hannah Arendt describes the contradictory sentiments felt by Jewish survivors of the Holocaust during the years they spent in camps for displaced persons in Europe. On the one hand, she said, the last thing they could imagine was to live once again with the perpetrators; on the other hand, she said, the thing they wanted most was to return to their places. It should not surprise us that after this genocide in Gaza, Palestinians may not be able to imagine sharing a world with their perpetrators, the Israelis. However, is that a proof that this world, where Arabs and Zionist Jews found themselves together, should also be destroyed to rebuild Palestine out of the ashes? It is only under the Euro-American imperial political imagination that a tragedy on the scale of World War II and the Holocaust could have ended with such brutal solutions as partitions, population transfers, ethno-independence, and the destruction of worlds.

    We, on a global scale, have an obligation to claim what I’ve called the right not to be a perpetrator and exercise it in any possible way. Dockworkers who refuse to ship arms to Israel, students who commit themselves to hunger strikes to pressure their universities to divest, Jews who disrupt with their communities and families and reclaim their ancestral rights to be and speak as anti-Zionists, protesters who occupy state buildings and train stations and risk being arrested — they are all motivated by this right even if they do not articulate it in these terms. They understand the role their governments, and more broadly the regimes under which they are governed as citizens, play in the perpetuation of this genocide, and they understand, as the common slogan says, that it is done in their name.

    Linda Xheza

    Those calling for a cease-fire are also Jewish. But even Jewish voices are being silenced. In Germany, for example, the work of well-established Jewish artists has been canceled. Do you think there is an interest in reinforcing a dominant narrative that has been in place since 1948 by the West and the State of Israel while suppressing Jewish voices that oppose the violence perpetrated in their name?

    Ariella Aïsha Azoulay

    It is true that Jewish voices are being silenced, but this is hardly anything new. Jewish voices were silenced immediately after World War II, when the survivors were left with no choice but to stay for years in deracinated camps. During that time, properties looted from their communities, rather than being either restituted to the places in Europe from where they were spoiled, were split by the National Library in Jerusalem and the Library of Congress in Washington like trophies. And not only was the collective trauma of the survivors — and us, their descendants — not attended to, we were silenced through this lie of a liberation project premised on a Zionist narrative of liberation through the colonization of Palestine, which would in turn provide Euro-American powers with another colony to service their imperial interests.

    The exceptionalization of the suffering of the Jews was not a Jewish discursive project but a Western one, part of the exceptionalization of the genocidal violence of the Nazis. In the grand narrative of Western triumph over this ultimate force of evil, the State of Israel became an emblem of Western fortitude and marked the endurance of the Euro-American imperial project. Within this grand narrative, Jews were forced to transform from traumatized survivors into perpetrators. Jews from all over the world were sent to win a demographic battle, without which the Israeli regime could not last. The second and third generations born to this project were born with no histories or memories of their anti-Zionist or non-Zionist ancestors, let alone memories of the other worlds of which their ancestors were part. What’s more, they were totally dissociated from the history of what Palestine used to be and from its destruction. Thus, they were easy prey for a nation-state marketed by the Zionists and Euro-American powers as the culmination of Jewish liberation.

    The Nakba, in this sense, was not only a genocidal campaign against Palestinians but also, at the same time, one against Jews, upon whom Europe forced another “solution” after the final one. Without the massive imperial powers’ funding and arms, the mass killing in Gaza would have ceased after a short while, and the Israelis would have to ask themselves what they were doing, how they arrived to this point, and would be forced to reckon with October 7 and ask themselves why it happened and how to achieve a sustainable life for everyone between the river and the sea.

    Jewish voices in places like Germany or France continue to be the first to be silenced in order to maintain both the Zionist colony and the fabricated cohesiveness of one Jewish people who could be represented by forces that sustain the Euro-American project of white supremacy. No more. The genocidal nature of the Israeli regime is exposed and can no longer be hidden from anyone.

    Linda Xheza

    Do you think there is still a possibility of hope for the Palestinians, and for the rest of us who want to claim a world to share with others?

    Ariella Aïsha Azoulay

    If there is no hope for Palestinians, there is no hope for any of us. The battle of Palestine exceeds Palestine, and the many who protest all around the world know it.

    • Je suis preneur pour des précisions sur les erreurs dans le texte.

      Cette histoire est un processus qu’on ne peut comprendre qu’en remontant jusqu’à la reconquista.

      cf. JUIFS D’AFRIQUE DU NORD ET EXPULSÉS D’ESPAGNE APRÈS 1492 on JSTOR
      https://www.jstor.org/stable/23671572

      Je ne suis pas spécialiste de la question alors j’ai noté l’article comme plein d’autres texte intéressants. D’ailleurs ce qui peut paraître comme situation insupportable aux uns peut bien se rapprocher d’un contexte justifiable ou idéal aux autres. Dans la cas présent on peut sans doute retenir qu’il y eu cohabitation entre juifs et musulmans en Afrique du nord et quelle était souvent plus supportable pour les juifs que la situation en Europe où on chassait les sorcières et pendait les prêteurs juifs quand on n’avait pas envie de les rembourser.

    • Je ne dis pas qu’il y a des erreurs dans ce texte -que j’avais également retenu pour son intérêt- mais qu’il élude la position minoritaire et dominée des Juifs dans les états musulmans, et les humiliations et conflits subis, qui ne découlent pas, compris indirectement des méfaits, bien plus terribles en effet, des états catholiques européens (il y a décidément plusieurs manières d’être occidentalo-centré)

      Que tu conclues en renvoyant les Juifs d’Europe au maniement et à la possessions de l’argent est éloquent. (il serait temps de situer avec précision_La question juive_ (1843) de Marx dans son parcours intellectuel et politique ; voir Rubel, Bensaïd).

      Les Juifs d’Europe ont dès le VIeme siècle interdiction de travailler la terre (chrétienne), tandis que les dhimmis juifs subissent celle, moins lourde, de monter à cheval et se voient eux-aussi, à l’occasion, imposer des vêtements distinctifs, comme ce fut le cas, à l’occasion là-aussi, en Europe.
      L’interdiction de travailler la terre c’est l’interdiction d’assurer sa subsistance sans en passer par l’argent comme moyen d’échange, de vendre le fruit d’un autre travail qu’agricole.

      Minoritaire, les Juifs ne l’étaient pas assez pour être tous impliqués dans des activités financière, bien loin de là ! On en trouve en Europe au fil des siècles, des floppées, une grande majorité, dans des métiers artisanaux et de petit commerce, sans lien avec « la finance », et bien souvent pauvres, voire très pauvres.

      La naissance d’une légende : Juifs et finance dans l’imaginaire bordelais du XVIIe siècle
      https://laviedesidees.fr/Les-Juifs-du-Moyen-Age-une

      Les juifs dans le Paris du vêtement et de la mode (avec une longue liste de métiers pratiqués, y compris hors textile)
      https://www.cairn.info/revue-archives-juives1-2006-2-page-4.htm

      #Juifs #Juifs-arabes