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  • Anne-Claude Ambroise-Rendu, Histoire de la pédophilie, XIXe-XXIe siècle


    https://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=CLIO1_042_0244#

    À quelques exceptions près (dont la thèse de sociologie soutenue en 2012 par Guillaume Brie, à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense, Traitement social de la criminalité sexuelle pédophile. Rapports de pouvoir et lutte des représentations entre agents chargés du contrôle et condamnés), rares sont les auteur.e.s en sciences sociales à avoir interrogé les violences sexuelles sur mineurs. L’intensité des émotions qu’elles suscitent aujourd’hui rend tout propos distancié difficilement audible, dicible, voire même pensable. En publiant une histoire de la pédophilie du xix e siècle à nos jours, Anne-Claude Ambroise-Rendu propose une lecture éclairante de cette problématisation moderne des violences sexuelles sur mineurs. Moins à partir des pratiques que des discours qu’elles suscitent (saisis à travers la justice pénale, les évolutions législatives, les archives policières, les faits divers journalistiques ou, pour la période plus récente, les investissements philanthropiques), son ouvrage montre la formulation progressive d’un intolérable contemporain. Ainsi, entre histoire des émotions collectives, de l’enfance, de la criminalité ou de l’expertise juridico-médicale, Histoire de la pédophilie, xix e - xx e siècle donne à voir la fabrique d’un regard et d’une indignation.

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    Le livre s’organise en dix chapitres qui couvrent de manière chronologique et thématique près de deux siècles d’abus sexuels sur mineurs. Le parti-pris de l’auteure permet de saisir comment des institutions produisent une clinique de la pédophilie en spécifiant, isolant et condamnant les violences sexuelles commises sur les enfants. Sans pouvoir entrer ici dans le détail des chapitres, on peut retenir que ce processus, initié au xix e siècle, s’est formalisé sous l’impulsion conjointe de la justice criminelle et de la médecine. Si Michel Foucault est un peu rapidement critiqué en début d’ouvrage pour sa lecture d’un cas particulier (p. 33), on voit à quel point ses travaux irriguent l’analyse de l’auteure pour penser la production d’un nouveau regard et la naissance d’un discours expert sur une violence que l’on formalise progressivement comme particulière, au fur et à mesure que l’enfance et la sexualité deviennent des objets de savoir.

    Histoire de la pédophilie : XIXe-XXIe siècles - Anne-Claude Ambroise-Rendu - Google Books
    https://books.google.com/books/about/Histoire_de_la_p%C3%A9dophilie.html?hl=de&id=5HIeAwAAQBAJ
    https://books.google.de/books/content?id=5HIeAwAAQBAJ&printsec=frontcover&img=1&zoom=1&edge=curl&imgt

    Histoire de la pédophilie : XIXe-XXIe siècles
    von Anne-Claude Ambroise-Rendu

  • Topographie et représentation d’une centralité urbaine : la tour de l’Hôtel de Ville de Bruxelles
    Stéphane Demeter et Cecilia Paredes
    Dans Studia Bruxellae 2018/1 (N° 12), pages 255 à 271

    La carte centrée de Gilles vander Hecken se trouve insérée dans un codex conservé aujourd’hui à la Bodleian Library à Oxford (MS Oxford, Douce 373).

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    Il s’agit d’un volume de papier contenant 32 grands dessins manuscrits exceptionnellement complexes (Labyrinthi) en pleine page, constituant une encyclopédie condensée de la doctrine chrétienne de la fin du Moyen Âge, illustrée de dessins de style maniériste correspondant à la culture urbaine du début du XVIe siècle dans les anciens Pays-Bas : un chef-d’œuvre méconnu, impressionnant sur le plan artistique, témoignant de la culture religieuse augustinienne des monastères soniens, plus que séculaire et fortement connectée au patriciat bruxellois [26]
    [26]SCHEPERS K., Gielis vander Hecken and his Perplexing Guide…
    .

    Fig. 7 – Détail de la carte retournée à 180° montrant la section de ville comprise entre la Grand-Place (en bas) et la porte de Flandre (en haut) ; on peut y lire de haut en bas : De vlaemsche porte ad occidentem [la porte de Flandre], de vlaemsche steenwech [la rue de Flandre], Verlorencost [porte intermédiaire sur le Steenweg entre la porte de Flandre et la porte Sainte-Catherine], Ecclesia sancti Cornelii [chapelle de l’hôpital Saint-Corneille dans la rue de Flandre], Hierico [couvent de Notre-Dame à la Rose de Jéricho, dans l’actuelle rue du Vieux Marché au Grain], porta [porte Sainte-Catherine, à hauteur de l’actuelle place Sainte-Catherine], Ecclesia sancte Katherine [ancienne église Sainte-Catherine, rue Sainte-Catherine], Zena [la Senne], pons [le « pont des bateaux » à hauteur de l’actuelle rue des Poissonniers], de meerscapelle [chapelle des ouvriers du Quai, à hauteur de l’actuelle rue Marché-aux-Poulets].

    #cartographie

  • Syria’s Kurds and the Turkish border

    The news from Syria has been nothing but bad for several years now, but things have been particularly desperate in the last few days—since Turkish forces, with a green light from the American president, invaded the region of northern Syria that had been under autonomous Kurdish rule, as Rojava. (You can read an overview of the situation and what is at stake in this Guardian article: What is the situation in north-eastern Syria? —> https://www.theguardian.com/world/2019/oct/09/what-is-situation-north-eastern-syria-turkey-kurds)

    Although I mainly work on refugee history these days, earlier in my career I was a Syria specialist, and I spent a lot of time researching the history of the area that Turkey has just invaded. The demarcation of the Syrian-Turkish border in the 1920s and 30s was crucial to the constitution of state sovereignty on either side of it. Turkey and Syria were newly established states, though they were quite different: Turkey was ruled by a nationalist government that had successfully fought off multiple invasions, while Syria was only nominally independent under French colonial ‘supervision’. What I was really interested in, though, was how these interconnected processes shaped the political identities of the people living in what became the northern Syrian borderlands. A lot of them were Kurdish, and the border made them a minority in a new Syrian nation-state.

    As a historian, I don’t have privileged knowledge about current events, and I’m feeling pretty helpless and hopeless about them. But if it’s helpful for anyone reading this to get some background on how this part of the world came to be divided between Syria and Turkey, and what that meant for Kurds living there, with permission from the publishers I’m making some of the things I’ve written on the subject freely available.

    First, here is a PDF of a chapter of my book (2011) on ‘The border and the Kurds’ (https://singularthings.files.wordpress.com/2019/10/chapter-4.pdf). It explains the impact that the demarcation of the border had on Kurds across the new Syrian nation-state. Right through the 1920s and 30s, Syria’s borders didn’t have much meaningful physical presence on the ground. But increasingly, the border as a line between two state jurisdictions made it a meaningful presence in people’s lives (and in people’s minds) nonetheless. The drawing of Syria’s borders tended to make all Kurds in the country—whether they lived in the borderlands or in Damascus—into one ‘minority’ community.

    Second, my article ‘Refugees and the definition of Syria, 1920-1939’ (2017) (https://doi.org/10.1093/pastj/gtw048) argues that the arrival and settlement of refugees brought the geographical borders of Syria into much sharper definition, and accelerated the spread of effective state authority across its territory—as well as raising questions about whether Syrian national identity should be defined to include or exclude the incomers. Kurdish refugees from the new Turkish Republic were one of the three main groups of refugees entering Syria in this period, and the places that became Syrian included the areas that Kurds have governed autonomously for the last few years. The Turkish army’s invasion has prompted the Kurdish government to invite the Syrian regime back in.

    Finally, an older article in French, ‘Frontières et pouvoir d’Etat: La frontière turco-syrienne dans les années 1920 et 1930’ (2009) (https://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=VING&ID_NUMPUBLIE=VIN_103&ID_ARTICLE=VING_103_0091#), written with my colleague and friend Seda Altuğ, goes into more detail on the process of how the border was drawn on the ground, and what role it played in the constitution of state authority on both sides. For Turkey, a national frontier was being created, that needed defending against local populations that were viewed as a threat (especially Kurds and Armenians) as well as against French imperialism. On the Syrian side, where the border was both a Syrian national and French imperial frontier, the situation was more complicated.

    https://singularthings.wordpress.com/2019/10/15/syrias-kurds-and-the-turkish-border
    #Kurdistan #kurdistan_syrien #Syrie #Turquie #frontières #Kurdes #histoire
    signalé par @isskein

  • Évolutions et déterminants de la primo-nuptialité en République populaire de Chine : une perspective historique | Cairn.info
    https://www.cairn.info/revue-population-2019-3-page-219.htm?WT.tsrc=cairnEmailAlert&WT.mc_id=POPU_1

    Des évolutions importantes du mariage ont été observées au cours des dernières décennies aux États-Unis, dans une grande partie de l’Europe et dans certaines parties de l’Asie, notamment en matière de report du mariage et de diminution de sa prévalence (Raley, 2000 ; Kalmijn, 2007 ; Frejka et al., 2010). Dans ce contexte, la trajectoire d’évolution du mariage en Chine semble diverger des tendances internationales qui consistent à se marier moins et plus tard (Jones et al., 2011). L’âge au premier mariage en Chine a augmenté au cours des années 1970, puis des années 1990, sans que le report du mariage ne coïncide avec un déclin notable de sa prévalence (Cai et Wang, 2014). Malgré plus de trois décennies de développement socioéconomique rapide, le mariage en Chine contemporaine est encore considéré comme précoce et quasi universel (Ji et Yeung, 2014).

    Des études plus récentes ont cependant remis en question cette particularité et montrent au contraire un déclin progressif du mariage traditionnel en Chine (Yu et Xie, 2015 ; Piotrowski et al., 2016). Ces études se concentrent sur le retard au mariage engendré par les évolutions sociostructurelles, notamment l’élévation du niveau d’instruction et la participation accrue au marché du travail salarié depuis l’introduction des réformes économiques en 1978. Elles ont expliqué le recul du mariage universel en Chine par les préférences de genre en termes de choix du conjoint et noté la progression du célibat définitif chez les hommes peu éduqués des zones rurales et les femmes très instruites. De plus, la politique de l’enfant unique introduite en 1979 a pénalisé les hommes sur le marché matrimonial en créant une surpopulation masculine.

    La comparaison des études pose un certain nombre de questions clés de la littérature sur la formation du mariage en Chine. Comment le calendrier et la prévalence du mariage ont-ils évolué en Chine ? Les reculs de l’âge au mariage par le passé étaient-ils associés à un déclin de la prévalence du mariage ? Et, plus important encore, la hausse de l’âge au mariage au cours des dernières décennies doit-elle laisser présager une progression du non-mariage parmi les générations plus jeunes ? Quels sont les facteurs qui influent sur le calendrier et la probabilité du mariage en Chine ? Enfin, comment ces facteurs ont-ils évolué dans le temps ?

    #démographie #chine #mariage

  • De l’édition et de la diffusion - Comment faire circuler la recherche ?

    Une histoire de portail
    « Histoire Vivante » donne la parole cette semaine, non pas aux chercheurs, mais bien à ceux qui font circuler la recherche et ceci au travers dʹun portail dédié aux sciences humaines : « Cairn.info ». Avec nous : François Geze, PDG des Editions de la Découverte et Marc Minon Directeur de Cairn.info.

    https://www.rts.ch/play/radio/histoire-vivante/audio/de-ledition-et-de-la-diffusion-comment-faire-circuler-la-recherche-15?id=1062430

    5 émissions de 30mn, principalement sur cairn mais pas seulement.

  • Infraction raciste (non) confirmée | Cairn.info
    https://www.cairn.info/revue-francaise-de-science-politique-2019-3-page-407.htm

    Cet article analyse le traitement judiciaire des infractions racistes et le phénomène de l’attrition, à partir d’une enquête sur 500 dossiers d’affaires racistes traitées entre 2006 et 2015 dans trois tribunaux correctionnels en France. Il montre qu’une combinaison de facteurs contribue à produire un taux élevé de classements sans suite pour infraction raciste non confirmée, fondé sur une hiérarchie des infractions et des types de racisme, une différence de traitement des victimes et des suspects (en fonction de l’âge, du sexe, de la classe sociale, de l’ethnicité, etc.), et une paradoxale surreprésentation des minoritaires parmi les suspects. Malgré les différences juridiques et institutionnelles entre la France et les États-Unis, les deux pays ont des catégories d’entendement administratives et sociales relativement similaires.

  • La charité et le volontariat comme thérapie de choc pour un grand remplacement des services publics. Acte 3 Carlos Perez - 17 Sep 2019 - Investigaction

    De plus en plus souvent, les missions de l’État providence sont perçues comme un fardeau qui entraîne des « dépenses publiques ». Ces dernières doivent être réduites drastiquement. Carlos Perez nous explique au contraire que ces dépenses sont un investissement qui augmente la plus-value d’une nation. Poursuivant sa réflexion sur la charité et le volontariat, il souligne l’importance d’un secteur non marchand qui échappe en grande partie à l’appétit des capitalistes. Et c’est bien là qu’est tout le problème… (IGA)


     
    Le volontariat en guise de salariat ou comment tirer nos acquis vers le bas en nous faisant croire le contraire. Attention aux réformes des philanthrocapitalistes, l’enfer chez ces gens-là est pavé de bonnes intentions. Ce n’est pas un hasard si la proportion de bénévoles aux États-Unis est la plus forte au monde. La « décence ordinaire » chère à Orwell et le don de soi seraient-ils plus prononcés dans ce pays que dans le reste du monde ? Bien sûr que non.

    Dans les pays anglo-saxons, le don de soi et la philanthropie ont une action bien plus pragmatique et surdéterminée politiquement. Leur mission est de servir de cache-sexe à la misère sociale. Pas besoin de citer Tocqueville et Hayek, adeptes de l’ordre spontané à l’inverse de Rousseau et son contrat social, pour comprendre à quel point la charité et le mécénat sont enracinés dans l’idéologie de l’élite de ces pays. La charité et le don de soi nourrissent les sentiments que se plaisent à éprouver les riches à l’égard des pauvres. Ils pallieraient efficacement, selon ces bourgeois, les actions de l’État.

    Bien qu’il a largement montré ses limites, ce mode de pensée est inscrit dans leurs Constitutions et s’est trouvé stimulé par tous les présidents des États-Unis, démocrates ou républicains. Chacun avec leurs spécificités, ils ont incité le mécénat et le volontariat contre l’État providence qui est une véritable menace pour les capitalistes et leurs représentants au pouvoir. Et ils ne se gênent pas pour le faire savoir.

    « Le service citoyen n’appartient à aucun parti, aucune idéologie. C’est une idée américaine à laquelle tout Américain peut souscrire », affirma le président Clinton lors de son discours d’investiture. Se retournant vers l’ancien président Bush, il ajouta alors déplorer le peu de précédents de ce genre dans l’histoire de l’Amérique.

    C’est pourtant vrai, ce qui nous réunit en tant que citoyens est plus important qu’une personne, un parti, une élection, une idéologie. 

    Les différents présidents des États-Unis ont toujours eu en commun de détester l’État providence. Que ce soit les républicains avec leur bénévolat privé ou les démocrates avec leur bénévolat public, ils ont intégré les associations de bénévoles dans leurs programmes de politiques sociales, de santé, de logement ou d’éducation. Il faut passer par des associations caritatives bénévoles ou volontaires pour finalement ne pas financer de véritables services publics ni rétribuer correctement des salariés pour assurer les missions. En somme, chez les capitalistes et plus particulièrement chez les Anglo-saxons, la charité et les colis alimentaires doivent remplacer une vraie politique d’équité et de droits sociaux.

    Réduire les dépenses publiques est un leitmotiv des capitalistes, quitte à répéter inlassablement les mêmes mensonges. Comme si la dépense dans les services sociaux, la santé, le logement ou l’éducation n’était pas un investissement dans le patrimoine utile et nécessaire qui augmente la plus-value d’une nation. Le but de la manœuvre de ces escrocs est de privatiser le bien commun, l’air, l’eau, les sols et les semences, le patrimoine public et immobilier, les routes, la santé, l’éducation… Bref, tout ce qui peut être commercialisé doit devenir la propriété de quelques multinationales. L’État doit rester subsidiaire, en dernier recours. Son rôle doit être ramené à quelques strictes fonctions régaliennes comme la police, l’armée ou la justice. Les services sociaux, eux, doivent être sous-traités à des bénévoles et des associations, tout en encourageant le mécénat privé.

    Voilà ce que nous disait déjà le mouvement du solidarisme initié en France par Jean-Jacques Rousseau dans son contrat social. L’escroquerie était déjà très claire pour les militants des droits sociaux et les pauvres au 18e siècle. « Pour l’essentiel, Bouglé et Fouillée opposent à la charité une éthique des droits : « L’absolue liberté de la charité est », dit Fouillée, « un préjugé religieux et moral qui vient d’une insuffisante analyse des droits ». C’est à ce titre qu’ils s’élèvent avec vigueur contre la charité chrétienne, son injustice, ses aspects culpabilisateurs, son moralisme. Bouglé insiste sur le fait que ce sont les « déshérités » eux-mêmes qui condamnent la charité « Les déshérités qui crient « À bas Ia charité » montrent une colère farouche contre cette pourriture chrétienne qui entretient l’injustice. »

    La bourgeoisie, cette classe de parasites et de prédateurs, veut nous faire croire que soutenir nos services sociaux est une gabegie qui va coûter beaucoup d’argent aux contribuables. C’est faux. C’est même tout le contraire qui se produit, les fonctionnaires sont responsables de la production de la valeur d’usage non lucrative éminemment utile à la collectivité. Le fonctionnaire ne produit pas de plus-value pour le capital marchand et pour les prédateurs, mais pour la société. La part des services non marchands augmente, ce qui est une très bonne chose, car tout n’est pas forcément à vendre. Et si la part des services marchands diminue, c’est tant mieux. Notre terre et nos vies ne sont pas à vendre.

    Dans l’économie aujourd’hui, le tiers du PIB est produit en dehors de la pratique capitaliste. La fonction publique et ses services sociaux, c’est une autre façon de produire de la valeur. Pour le dire autrement, les fonctionnaires sont les producteurs de la monnaie qu’on leur paie, ils produisent l’impôt qui les finance. Les fonctionnaires socialisent déjà 45% du salaire, mais plus de 800 milliards d’euros, soit 40% du PIB relève d’une production non capitaliste[1]. En gros, les 40% du PIB relèvent d’une production de valeur d’usage non lucrative produite par les fonctionnaires dans le cadre des services publics et de la sécurité sociale. Ces travailleurs ne sont pas productifs pour le capital, mais ils sont productifs pour le public, le paiement est collectif et validé socialement.

    « Face à cette offensive qui vise à détricoter par tous les bouts le manteau collectif qui protège la société, tous les intellectuels dignes de ce nom devraient joindre leurs forces pour expliquer que les travailleurs dans les services non marchands sont productifs », relève l’économiste Jean-Marie Harribey[2]. » Eux, qui fournissent éducation publique, santé publique, services municipaux, services dans les associations à but non lucratif, etc. produisent des choses utiles que l’on peut qualifier de valeurs d’usage. Mais ils produisent aussi de la valeur économique, qui est monétaire, bien que non marchande, et qui n’est pas un prélèvement sur la production marchande. On peut le démontrer logiquement. La part du non marchand par rapport au marchand dans la production totale augmente tendanciellement grosso modo depuis la Seconde Guerre mondiale. L’idée même qu’une part déclinante puisse financer une part croissante est un non-sens. Que faut-il en déduire ? Lesdits prélèvements obligatoires sont effectués sur un PIB déjà augmenté du fruit de l’activité non marchande, et non pas sur le seul produit marchand. »

    « Les impôts et cotisations sociales sont le prix collectif, socialisé, des services non marchands. Ils jouent le même rôle que les prix des marchandises achetées et payées individuellement. La différence est que, dans un cas, la validation de l’existence et du paiement collectif de services non marchands passe par une décision politique collective démocratique (pour des besoins sociaux à satisfaire), et que, dans l’autre cas, la validation sociale passe par le marché (pour des besoins solvables, bien que tous ne le soient pas). »

    La contribution des fonctionnaires à l’économie n’est absolument plus à mettre en doute, sauf pour les réformateurs qui s’aperçoivent du danger qui pourrait se généraliser à tous les secteurs. La peur de perdre des parts de profits lucratifs est la hantise des classes capitalistes et la généralisation d’un système non lucratif comme celui de la fonction publique est à tout prix ce qu’il faut éviter pour ces réformateurs.

    Les fonctionnaires et leur caisse de cotisation sociale, cette grande invention révolutionnaire de la classe ouvrière, ne ponctionne pas par le profit ni par la rémunération capitaliste de la force de travail, ces deux institutions rapaces du capitalisme. Ils les remplacent pour financer une croissance non capitaliste. La collectivité investit dans ces fonctionnaires pour générer de la valeur d’usage utile socialement. Voilà la bonne façon, juste, honnête et véritablement révolutionnaire, d’appréhender cette question. Les fonctionnaires créent une valeur d’usage non lucrative socialement utile et autrement productive. C’est indispensable à l’émancipation des classes populaires en diminuant très fortement la croissance des inégalités sociales d’un pays.

    Vouloir à tout prix remplacer les services sociaux par de la charité, c’est-à-dire un droit collectif par une aumône individuelle et des colis alimentaires ; limiter et contraindre l’État aux seuls services régaliens en limitant le financement des services sociaux au strict minimum… C’est le propos que se sont assigné les capitalistes qui souhaitent d’une certaine manière le retour d’un État féodal et font de Germinal leur programme social. 
     
    [1] https://www.cairn.info/revue-mouvements-2013-1-page-60.htm
    [2] https://www.liberation.fr/futurs/2013/10/28/les-fonctionnaires-createurs-de-richesse_942937

    Source : https://www.investigaction.net/fr/la-charite-et-le-volontariat-comme-therapie-de-choc-pour-un-grand-re

    #services_publics #privatisation #service_public #travail #surveillance #santé #femmes #économie #police #politique #éducation #droits_sociaux_-_santé_-_services_publics #eau #charity_business #guerre_aux_pauvres #pauvreté #fiscalité #sécurité_sociale #charité

  • Bienvenue au lycée professionnel (2/4) : Un monde du travail en miniature
    https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/bienvenue-au-lycee-professionnel-24-un-monde-du-travail-en-miniature
    LSD, la série documentaire par Perrine Kervran - france culture

    En 1986, pendant la loi « 2 laquais » je ne sais plus très bien où j’étais mais pas dans la rue. Déjà en 85, j’étouffais et je suis parti droper dans le sud , en Ariège. Un vrai vent de liberté, j’en avais besoin car encore marqué par l’apprentissage, l’armée me déclarait inapte, réformé P4 alors que je n’avais pas encore gobé mon premier acide. Comme quoi, inutile de s’imbiber de Lysergik Säure Diethylamid pour jouer au crétin.

    2 liens de cette émission :
    Le travail, l’école et la production des normes de genre. Filles et garçons en apprentissage (en France) Prisca Kergoat
    https://www.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feministes-2014-1-page-16.htm

    Les Lascars du LEP électronique 1986
    https://www.youtube.com/watch?v=n28JP8Nfjp4

    « Les lascars du LEP électronique » est un film sur le mouvement étudiant et lycéen contre le projet de loi Devaquet de 1986. Ce film a été réalisé à la fin de cette année 86 par un groupe de lycéens qui développe alors une critique du mouvement auquel ils ont eux-mêmes participés : critique de l’insuffisance des revendications étudiantes, critique des orgas politiques, avec une critique sociale plus globale.

    + de texte sous la video
    #enseignement_professionnel #apprentissage #travail #critique_du_travail #lutte_des_classes

  • L’#Open_science au prisme de la #Commission_européenne

    Appuyée par diverses politiques publiques, la notion de science ouverte mobilise aujourd’hui de nombreuses initiatives visant à promouvoir de nouvelles pratiques, de nouveaux enjeux pour la recherche et la société en ouvrant très rarement le débat public de façon plus contradictoire sur ces conceptions, sur les visions et les représentations qui y sont associées.Un récent numéro de la Revue française des sciences de l’information et de la communication (Chartron & Schöpfel 2017) a rassemblé différentes contributions utiles pour ces débats. L’article d’Anne Clio et Sartita Albagi (2017) a tracé des repères généalogiques sur ce mouvement, relatant les pratiques pionnières de Jean-Claude Bradley, chimiste de l’Université de Drexel, initiant des “carnets de laboratoire publics” dans les années 1990. Bradley peut être considéré comme un initiateur d’une certaine science ouverte, il avait la conviction qu’il fallait, autant que possible, mettre toutes les recherches à la disposition du public,..…

    https://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=ES_041_0177
    #édition_scientifique #UE #EU #Union_européenne #open_source

    • La notion de Science Ouverte dans l’Espace européen de la recherche

      Cet article analyse les prescriptions européennes en matière d’Open Science et évalue la mesure dans laquelle celles-ci contribuent à résoudre la contradiction qui leur préexiste entre les prescrits qui, au sein de l’Espace européen de la recherche, encouragent les chercheurs à ouvrir la démarche scientifique et les produits de la recherche à des parties prenantes extérieures, et ceux qui incitent à fonder les indicateurs de performance en matière de recherche sur les articles de revue savante internationale. A cet égard, la combinaison de la publication en #OA avec l’archivage d’une diversité de produits de la recherche sur des répertoires OA s’avère préférable au basculement unilatéral dans la voie dorée de l’OA, par le biais de « big deals » avec les #Majors.

      https://journals.openedition.org/rfsic/3241

  • Une défense de l’avortement | Cairn.info
    https://www.cairn.info/revue-raisons-politiques-2003-4-page-3.htm

    Une bonne part de l’opposition à l’avortement se fonde sur la prémisse suivant laquelle le fœtus est un être humain, une personne dès l’instant de sa conception. Je ne crois pas que les argumentations qui défendent cette prémisse soient satisfaisantes. Prenons par exemple la plus commune. On nous demande de remarquer que le développement d’un être humain de la conception à l’enfance, en passant par sa naissance, est continu. On ajoute ensuite que tracer une frontière ou choisir un point dans ce développement et affirmer : « Avant ce point, la chose n’est pas une personne, après ce point, elle en est une », relève d’un choix arbitraire, pour lequel aucune bonne raison ne peut être trouvée dans la nature des choses. On conclut alors que le fœtus est une personne dès l’instant de sa conception ou, du moins, que nous ferions mieux de dire qu’il en est une. Mais cette conclusion ne découle pas des prémisses avancées. On peut dire la même chose de la transformation du gland en chêne, et il ne s’ensuit pas que les glands sont des chênes ou que nous ferions mieux de dire qu’ils en sont. Les argumentations de ce genre sont souvent qualifiées d’argumentations de la « pente savonneuse » - l’expression s’explicite sans doute d’elle-même - et il est étonnant que les adversaires de l’avortement leur accordent tant d’importance et qu’ils les utilisent de manière non critique.

  • Information_bien_public.

    information_bien_public.pdf
    https://www.kirchen.ch/ecouter-entendre/actualite/IMG/information_bien_public.pdf

    De nombreuses personnes et communautés
    estiment pourtant que participer à
    l’information et au savoir, et à leur diffusi
    on par la communication, reste de l’ordre du
    besoin existentiel comme la nourriture, les
    vêtements, le logement, l’éducation et les
    soins élémentaires de santé. Elles se f
    ondent sur la Déclaration universelle des
    droits humains pour réaffirmer que le droi
    t à l’information est un droit fondamental.
    L’article 19 affirme que « tout individu a droit
    à la liberté d’opinion et d’expression, ce
    qui implique le droit de ne pas être inquiét
    é pour ses opinions et celui de chercher,
    de recevoir et de répandre, sans considérat
    ion de frontières, les informations et les
    idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »
    A l’évidence, le respect de ce droit fondamental n’est pas encore entré partout
    dans les mœurs. Il suffit de penser au contrô
    le exercé en Chine par les autorités sur
    Internet et à l’enregistrement des usagers
    et des informations qu’ils ont transmises
    sur la Toile. Les fréquentes censures
    de la presse ordonnées par des autorités
    gouvernementales, les interdictions de récept
    ion par satellite ou les restrictions à
    l’encontre de journaux reviennent quasiment à
    empêcher les activités de ces médias.
    L’accès général à l’information et à la communication est également entravé par le
    flux unilatéral d’informations du Nord au Sud.

    LA PRIVATISATION DE L’INFORMATION
    PAR LA PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE
    Michel VIVANT*
    Résumé

    L’information est une « notion fuyante ». Si l’on retient l’idée de message, qui postule sa communicabilité, le terme évoque la substance. C’est, dans l’univers du droit d’auteur, le fond par opposition à la forme. S’agissant de brevets, si le titulaire des droits est le seul à pouvoir exploiter l’invention brevetée, c’est en
    contrepartie de la divulgation qu’il fait de son invention : accès réservé contre accès intellectuel ouvert à tous. Alors, la privatisation de l’information est-elle une
    question pertinente ? C’est à cette interrogation qu’il sera tenté de répondre, par une réflexion menée en dehors des canons. Seront analysées les pratiques qui conduisent
    (ou risquent de conduire) à une monopolisation de l’information, étant donné qu’il faille souvent raisonner plus en termes de « réservation », voire
    d’« immobilisation » de l’information qu’en termes de propriété. Le raisonnement se fera en trois temps : tout d’abord, c’est le détournement des mécanismes légaux
    qui sera considéré, lorsque c’est la prise de distance avec la norme légale qui conduit subrepticement à une telle monopolisation. C’est ensuite un pur et simple
    contournement de ces mécanismes légaux qui pourra tendre vers ce résultat et qui sera étudié. Enfin, il faudra se demander si ce n’est pas l’oubli radical des
    mécanismes légaux, de leur économie, de leur philosophie qui pourrait bien être le moyen le plus accompli de parvenir, sans que cela soit dit, à cette monopolisation de
    l’information.

    Le capitalisme informationnel : modes d’analyse et de régulation.
    http://paigrain.debatpublic.net/docs/pha-tn-capinfo.pdf
    Les biens communs de l’information et leur gouvernance
    Philippe Aigrain.
    https://paigrain.debatpublic.net/docs/pha-venezia-291005.pdf

    Les biens communs informationnels (notez le pluriel)
    ne deviennent pas des espaces de consensus.
    Ils sont au contraire des espaces politiques par essence,
    traversés en permanence de conflits, de négociations, de mécanismes de pouvoir. Leur existence même repose sur des infrastructures qui cachent souvent en leur sein des ressources rares ou inégalement réparties, et donc ne relèvent pas d’un statut de biens communs mais constituent des biens publics sociaux. J’en citerai deux, les
    moteurs de recherche et les langues. Si vous avez écouté hier Christophe Bruno, je n’aurai pas pas de mal à vous convaincre qu’à la fois la fonction de moteur de recherche et les langues (y compris le lexique) constituent des ressources qui peuvent être le vecteur de l’introduction ou de la réintroduction de modes de propriété, de contrôle et
    de marchandisation. Mais il existe également
    une politique des langues et des cultures sur Interne
    t à une échelle bien plus générale. Toutes les
    langues n’y partent pas sur la même ligne, les plus m
    enacées étant celles de taille intermédiaire qui
    n’assurent ni fonction de lingua franca globale ou rég
    ionale, ni fonction d’affirmation identitaire forte
    d’un espace limité.

    BIENS COMMUNS. Toute « chose » ou entité immatérielle à laquelle on a décidé de donner un statut de propriété commune, de la faire appartenir à tous, parce qu’elle n’appartient à personne. Dans le sens moderne, la propriété commune est universelle, elle est cel
    le de l’humanité. Dans le sens ancien, il s’agissait souvent de la propriété d’une communauté restreinte. À ne pas confondre avec les biens publics dans
    le sens d’objets d’une propriété publique (gérée par des institutions publiques).
    BIENS COMMUNS INFORMATIONNELS. Bien communs qui peuventêtre créés, échangés et manipulés sous forme d’information, et dont les outils de création et le traitement sont souvent eux-mêmes informationnels (logiciels). Il peut s’agir de données, de connaissances, de
    créations dans tous les médias, d’idées, de logiciels. Les biens com-muns informationnels sont des biens publics parfaits au sens économique, contrairement aux biens communs physiques, qui gardenttoujours une part de rivalité ou d’excluabilité.
    Glossaire de
    Cause commune : l’information entre bien commun et
    propriété, Editions Fayard, 2005.
    http://www.causecommune.org

  • Intersectionality, illustrated. | Ententa’s Magic
    https://ententasmagic.wordpress.com/2013/04/14/intersectionality-illustrated

    #intersectionnalité #cartographie #visualisation #data_feminism

    Cartographies des marges : intersectionnalité, politique de l’identité et violences contre les femmes de couleur | Cairn.info
    https://www.cairn.info/revue-cahiers-du-genre-2005-2-page-51.htm

    Kimberlé Williams Crenshaw et Oristelle Bonis
    Dans Cahiers du Genre 2005/2 (n° 39)

  • Contester une institution dans le cas d’une mobilisation improbable : la « #grève_des_loyers » dans les foyers #Sonacotra dans les années 1970 | Cairn.info
    https://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=SOCO_065_0055

    Annotations :

    Si une grande partie des militants rencontrés sont aujourd’hui amers, en dépit du « désordre » que la « grève des loyers » a provoqué ­ les pertes financières, par exemple, s’élèvent de 1975 à 1979 à plus de 100 millions de francs pour la Sonacotra 2f[20] Il faut souligner tout d’abord combien la nature même de la mobilisation comporte des aspects juridiques déterminants : la revendication du statut de locataire, par exemple, qui émerge dès l’année 1975, suppose une connaissance très fine du contrat de résidence établi entre l’occupant et la Sonacotra 2f[37][37] La voie juridique est celle déjà empruntée dans le.... Avant même l’expansion de la #lutte, en 1972, les (...)

    #.articles_revues #Sociologie #logement #immigration #-1970~

  • #Données_fantômes : ce qui n’est pas compté et qui compte

    La #discrimination par la collecte de données et la #catégorisation_informatique.

    Certaines données sont collectées, d’autres sont manquantes. Qu’est-ce qui préside à ce choix ? L’artiste et chercheuse nigérienne-américaine #Mimi_Onuoha interroge les façons dont les individus sont catégorisés. Elle s’attache à mettre en évidence que la #collecte, l’#enregistrement et l’#archivage des données sont liés aux questions de #contrôle et de #pouvoir.

    Le travail de Mimi Onuoha autour des « #banques_de_données_manquantes » éclaire la discrimination et la #violence algorithmique qui est infligée aux #queers, aux #migrants et aux #minorités, souvent exclus et mal représentés par les systèmes de #décision_automatique. Alors que les algorithmes sont de plus en plus utilisés dans l’élaboration des politiques civiques, sociales et culturelles, il devient crucial de réfléchir de manière critique aux politiques qui façonnent nos infrastructures numériques.

    https://gaite-lyrique.net/article/donnees-fantomes-ce-qui-nest-pas-compte-et-qui-compte
    #données #bases_de_données #invisibilité #catégorisation #inclus #exclus #exclusion #algorithmes
    signalé par @fil

    • –-> même si il ne s’agit pas de systèmes de décisions automatiques, cela me fait penser la différence de traitement des #corps des personnes en exil quand ces corps sont en vie ou quand ils ne le sont plus.
      Alors qu’on compte, surveille, contrôle les corps en vie, personne ne se préoccupe de faire de même avec les #morts.

      Là-dessus, un numéro de Plein Droit :
      Homicides aux #frontières

      Depuis des dizaines d’années, des migrant·e·s meurent aux frontières de l’Europe. On peut s’étonner de la différence de traitement réservé aux vivants et aux morts. Pour les premiers, les technologies les plus avancées pour identifier et garantir la traçabilité des nouveaux arrivants.
      Pour les seconds, le silence et l’anonymat. Objet anthropologique par excellence pour appréhender une société donnée, la mort pose d’autres questions dès lors qu’elle touche des personnes qui n’en sont pas membres.


      https://www.cairn.info/revue-plein-droit-2016-2-p-6.htm

  • L’origine géographique des migrants par la méthode patronymique | Cairn.info
    https://www.cairn.info/revue-espace-geographique-2007-3-page-251.htm

    La redistribution spatiale des populations observée au début du xxe siècle trouve son origine, d’une façon maintenant bien étudiée, dans la révolution industrielle et le dépeuplement des campagnes entamés au siècle précédent. La croissance urbaine corrélative en est la manifestation la plus visible et sa dynamique a déjà fait l’objet d’études attentives, en particulier à partir de l’exploitation du fichier des communes urbaines constitué à l’INED (Pumain, 1982, Guérin-Pace, 1993). Les bouleversements provoqués par la Première Guerre mondiale ont également pu favoriser de multiples réajustements de populations dans l’espace, bien que, comme le pense Jean Pitié à propos de « l’effroyable saignée consentie entre 1914 et 1918 » (Pitié, 1987), « l’exode apparaît comme doué d’une vie propre, transcendante, dont les rythmes ne sont pas modifiés par les cataclysmes qui secouent le corps social ». Enfin, de nombreuses monographies ou histoires individuelles, recensées par J. Pitié (1987) ou décrites par D. Courgeau (1993) permettent de mieux comprendre les déterminants à l’origine du processus d’émigration, région par région et de période à période. En revanche, peu de statistiques renseignent avec précision et à l’échelle de la France sur les origines complexes, proches ou lointaines, des flux migratoires s’opérant, au début du xxe siècle, depuis les zones rurales et les petites ou moyennes communes vers les grandes agglomérations et centres régionaux. Pierre Merlin donne bien un descriptif des changements d’effectif des zones rurales et des zones urbaines au cours du temps et du rôle joué par la distance entre zone rurale et zone urbaine, mais il reste des incertitudes sur les véritables origines géographiques de ces migrants s’installant dans les villes (Merlin, Henin et al., 1971).

    #france #diversité #migrations

  • Au sujet de l’islamo gauchisme

    Le pourrissement rouge et vert | Cairn.info
    https://www.cairn.info/revue-l-homme-et-la-societe-2009-4-page-63.htm

    La représentation de l’ennemi est une technique de combat. La légitimation de la guerre intérieure désigne généralement une alliance entre les révolutionnaires et les étrangers. La doctrine française de la guerre contre-révolutionnaire, conçue durant les guerres coloniales d’Indochine et d’Algérie, a été organisée autour de la représentation d’un « pourrissement rouge et vert », désignant l’alliance des communistes et des colonisés. Cette double coloration, par le corps et par le camp, a accompagné le passage de techniques de guerre dans le domaine policier et permis de gérer une manifestation de colonisés comme une opération de défense en contexte de guerre totale.

    À la fin des années 1950, dans l’armée puis à la tête de la préfecture de police de Paris, un usage systématique de la métaphore médico-chirurgicale s’était imposé pour justifier l’éradication de la « la subversion islamo-communiste à l’intérieur du corps national ». Cette technique discursive a permis de légitimer la mise en œuvre de pratiques de guerre contre des civils et des nationaux comme une méthode proprement éthique et scientifique, nécessaire, urgente et indispensable pour assurer la survie du « monde libre ». On peut interroger le rôle que jouent des dispositifs imaginaires comme les métaphores et les couleurs dans la traduction de doctrines de guerre en pratiques de contrôle.

    I. La subversion rouge et verte
    L’armée française a connu une véritable transformation doctrinale à la sortie de la seconde guerre mondiale, dans le cadre de la guerre froide et sur le terrain des guerres coloniales. De hauts gradés influents comme le colonnel André Beaufre ou le général Jean De Lattre ont développé et réussi à imposer dans le champ de la production de contrôle, une réflexion sur la « guerre totale » face au communisme et sur la nécessité de mettre en œuvre une « défense globale » pour assurer la « survie de la nation » dans ce contexte. Leur argumentation a été organisée autour de la désignation d’une menace rouge à l’intérieur et à l’extérieur du territoire, permanente et mortelle. Le « monde communiste » était ainsi présenté comme l’instigateur de la plupart des désordres intérieurs, des grèves de 1947 à la Toussaint rouge, en passant par les soulèvements de Madagascar. L’articulation des menaces rouge et verte pour la coloration symbolique de l’ennemi intérieur fut généralisée dans ce contexte.

  • "Transmettre" #Sondage BVA pour l’APEL et La Croix

    En gros, « fais ce que je te dis et pas ce que je fais » ou « mon gosse, ce bisounours »…

    La transmission s’inscrit en premier lieu dans la continuité : les parents souhaitent transmettre à leurs enfants les valeurs qu’ils ont reçues
    L’autonomie et la bienveillance figurent à la fois parmi les valeurs que les parents ont les plus reçues et parmi les valeurs qu’ils souhaitent le plus transmettre. Plus d’un parent sur deux a indiqué avoir eu une éducation marquée par les valeurs d’autonomie (58%) et la bienveillance (55%). Ils sont également nombreux à vouloir transmettre à leurs enfants ces deux valeurs (65% et 61%). L’autonomie apparait comme une valeur particulièrement présente au sein des catégories socio-professionnelles supérieures. Les cadres, les chefs d’entreprise et les professions intermédiaires sont à la fois plus nombreux à indiquer avoir reçu cette valeur (62%) et à souhaiter la transmettre (70%).
    Les valeurs qui pour les parents dominent aujourd’hui sont profondément en dissonance avec celles qu’ils souhaitent transmettre

    Pour les parents, le pouvoir (52%) et la réussite (51%) sont les deux valeurs dominantes. Pour autant, le pouvoir est la dernière valeur citée (7%) parmi celles que les parents veulent transmettre à leurs enfants. L’hédonisme est considéré comme une valeur forte aujourd’hui par ¼ des parents (23%) mais seulement 11% d’entre eux souhaitent la transmettre à leurs enfants. A l’inverse, la bienveillance est peu considérée comme dominante par les parents (20%, 6e valeur citée) mais figure parmi les valeurs qu’ils souhaitent le plus transmettre à leurs enfants.

    #nos_valeurs

  • Identités professionnelles, ethnicité et racisme à l’hôpital : l’exemple de services de gériatrie | Cairn.info
    https://www.cairn.info/revue-gerontologie-et-societe1-2011-4-page-49.htm

    La « diversité » ethnoculturelle est une réalité structurante de l’institution hospitalière en France au moins pour trois raisons. En premier lieu, l’hôpital public comme privé ne choisit pas les populations qu’il soigne. Dans une société de fait multiculturelle, cela concerne donc la patientèle. Ensuite, même dans un pays supposément aveugle aux catégories de l’ethnicité et de la « race » comme la France, l’institution hospitalière fonctionne avec son idéologie, son jeu de normes et de valeurs qui ne sont pas toujours celles valables dans le reste de la société : la logique qui prédomine dans les négociations autour des identités à l’hôpital est avant tout une logique qui lui est spécifique. Cela signifie qu’il n’est pas possible de réduire à l’espace normatif d’une philosophie publique nationale – le républicanisme à la française – les règles et les valeurs qui encadrent la « diversité » à l’hôpital. Enfin, en troisième lieu, la diversité ethnoculturelle est devenue une réalité de plus en plus importante dans la composition sociologique du personnel. Même s’il existe des spécificités d’emploi de certaines populations dans la fonction publique hospitalière – l’exemple du personnel paramédical originaire des Dom-Tom – la diversité des membres de l’institution concerne également de nouvelles générations de professionnels issus de l’immigration postcoloniale.
    2

    Nous proposons d’aborder ici ce triple aspect de la « diversité » à l’hôpital en analysant certaines des négociations qui ont lieu au sein de services de gériatrie. Inscrite dans une approche sociologique pragmatique [1]
    [1] Notamment : Luc Boltanski, Laurent Thévenot, De la...
    , notre analyse repose sur une étude empirique de deux ans réalisée dans quatre établissements hospitaliers de la région parisienne.
    3

    Notre article a un double objectif. Il s’agit d’abord de proposer une analyse de la « diversité » à partir d’un questionnement sur la construction des identités sociales en contexte hospitalier. Nous proposons une série d’hypothèses sur la structure des négociations qui conduisent les membres de l’institution à trouver des compromis à propos des identités professionnelles, de la place de leur institution dans le reste de la société, et de la représentation de populations perçues comme minoritaires dans la composition du personnel institutionnel.
    4

    En même temps, l’institution hospitalière n’est pas un espace institutionnel uniforme. Sa structure organisationnelle est fortement hiérarchisée, elle repose sur une division très forte du travail professionnel, notamment entre médicaux et paramédicaux. Surtout, l’institution est organisée en espaces très différenciés qui mettent en œuvre des pratiques et des techniques professionnelles et prennent en charge des usagers très différents. Notre second objectif est donc de nous concentrer sur l’un de ces espaces professionnels pour tester les hypothèses générales que nous faisons sur la place des identités dans les négociations institutionnelles : les services de gériatrie. Cela va nous permettre d’illustrer un aspect peu abordé par la littérature, celui de patients âgés « blancs » soignés par un personnel « noir » ou « immigré » – un espace social de reflux de catégories ethniques, raciales et de comportements racistes que les membres de l’institution doivent gérer au quotidien.

  • Les connexions maritimes de la Corée du Nord. Recompositions territoriales dans la péninsule Coréenne et dynamiques régionales en Asie du Nord-Est | Cairn.info
    https://www.cairn.info/revue-espace-geographique-2008-3-page-208.htm

    Les connexions maritimes de la Corée du Nord. Recompositions territoriales dans la péninsule Coréenne et dynamiques régionales en Asie du Nord-Est
    parCésar Ducruet

    Erasmus University Rotterdam

    ducruet.at.few.eur.nl
    etValérie Gelézeau

    École des hautes études en sciences sociales

    gelezeau.at.ehess.fr
    etStanislas Roussin

    Seric Corée

    roussin.at.seric-coree.com

  • Anarchisme, libertarisme et environnementalisme  : la pensée anti-autoritaire et la quête de sociétés auto-organisées.
    https://www.cairn.info/revue-ecologie-et-politique1-2011-1-page-145.htm

    Peu de mouvements intellectuels peuvent se targuer d’avoir joué un rôle aussi important dans le développement et la formation de la pensée environnementaliste moderne que la tradition anarchiste et libertaire qui parcourt la pensée sociale et politique. Les généralisations sur les racines idéologiques communes d’une politique aussi hétérogène et divisée que l’environnementalisme sont bien entendu risquées. Pourtant, lorsque l’on se penche sur quelques mouvements marqués par la pensée radicale écologiste (le naturalisme philosophique, la défense de la décentralisation économique, politique et technologique ou la volonté d’établir une société durable grâce à des institutions participatives), l’esprit de l’anarchisme classique apparaît en première place de ce débat. On remarque en effet qu’à diverses occasions au cours des deux derniers siècles, bon nombre des idées structurantes des courants les plus radicaux de l’écologie politique contemporaine ont été introduites et développées par des personnalités qui se seraient définies elles-mêmes comme «  anarchistes  » ou «  libertaires  ».