ARNO*

Geek dilettante habitant une belle et grande propriété sur la Côte d’améthyste

  • https://lundi.am/Derider-le-desert-Chroniques-eparses-d-un-baby-boomer

    Un connaisseur plus averti de la galaxie post-situationniste ne peut non plus ignorer la brochure Théorie de la misère, misère de la théorie (1973) et la Chronique des secrets publics (1975). Quoiqu’écrite dans le jargon de l’époque, la Théorie de la misère identifiait justement ce qui faisait de la position situationniste une impasse, et une impasse solidaire de celle de la société existante. Tous ceux qui peignent les soixante-huitards en thuriféraires d’un hédonisme de pacotille ayant anticipé le consumérisme-de-l’individu-néolibéral n’ont de toute évidence pas lu cette brochure, car le soixante-huitard Denevert y saisit déjà comment « l’économie achevée du plaisir » et la « médiocrité générale » qui l’accompagne « vont empoisonner et rendre impossible chaque tentative d’une lutte révolutionnaire sérieuse ». C’est le mérite, entre bien d’autres, de la Chronique des secrets publics d’avoir diagnostiqué précocement comment Debord « se consacre moins à la théorie de la négation, qu’à entretenir une gloire personnelle qu’il s’est faite dans l’art du négatif, que la société intègre aujourd’hui comme un art périphérique et divertissant. »


  • Effet inattendu du réchauffement climatique à #Montpellier : hier on a aperçu notre premier spécimen de naturiste sur la plage des Maguelones. On a été obligé d’expliquer aux enfants que c’est pas normal sur cette plage : normalement il n’y en a pas en cette saison, l’année dernière par exemple c’était fin avril.


  • « Whiteness studies » : il était une fois les Blancs…

    L’historienne américaine Nell Irvin Painter publie une ambitieuse « Histoire des Blancs », qui montre que l’humanité s’est bien longtemps passée du concept de « races ». Née en Europe au XVIIIe siècle, l’idée de la supériorité des « Caucasiens » jouera un rôle central dans la construction de l’identité américaine.

    « Whiteness studies » : il était une fois les Blancs raconte que l’idée d’écrire une Histoire des Blancs lui est venue en lisant le New York Times, chez elle, à Princeton. Une photo montrait Grozny, la capitale tchétchène, rasée par les Russes. « Une question m’est alors venue : pourquoi appelle-t-on les Blancs américains les "Caucasiens" ? Ça n’a aucun sens. Autour de moi personne n’avait de réponse. Tous me disaient s’être déjà posé la question sans jamais oser demander… Un non-dit. » On est en 2000 et Nell Irvin Painter, historienne afroaméricaine jusqu’alors spécialisée dans l’histoire des Etats-Unis, se lance dans une longue recherche qui s’achèvera dix ans plus tard avec la parution, outre-Atlantique, de son livre The History of White People . Il vient d’être traduit et paraît ces jours-ci en France, aux éditions Max Milo.

    « La plus belle race d’hommes, la géorgienne »

    Sa quête la mène d’abord à Göttingen, en Allemagne, sur les traces du médecin Johann Friedrich Blumenbach (1752-1840), l’inventeur de la notion de « race caucasienne ». Ses caractéristiques : « La couleur blanche, les joues rosées, les cheveux bruns ou blonds, la tête presque sphérique », écrit le savant dans De l’unité du genre humain et de ses variétés . L’homme classe dans cette catégorie « tous les Européens, à l’exception des Lapons et des Finnois », et l’étend aux habitants du Gange et de l’Afrique du Nord. « J’ai donné à cette variété le nom du mont Caucase, parce que c’est dans son voisinage que se trouve la plus belle race d’hommes, la géorgienne », conclut Blumenbach.

    Nell Irvin Painter poursuit ensuite le fil de ses recherches en France, dans les salons de Mme de Stael qui publie en 1810 un livre à succès, De l’Allemagne . L’ouvrage popularise en France la manie qu’ont les savants allemands (ils ne seront bientôt plus les seuls) à classer les Européens entre différentes « races ». Mme de Stael en voit trois : la latine, la germanique et la slave. L’enquête de Painter la porte encore vers l’Angleterre de l’écrivain Thomas Carlyle, dont la théorie de la « race saxonne » traversera l’Atlantique et exerça une grande influence sur le poète et philosophe américain Emerson (1803-1882). Celui-ci, père de la philosophie américaine, abolitionniste convaincu, est aussi l’un de ceux qui a lié pour longtemps la figure de « l’Américain idéal » à celui de l’Anglais, parangon de beauté et de virilité. Son idéologie « anglo-saxoniste » marquera, selon Nell Irvin Painter, la conception de la « blanchité » américaine jusqu’au XXe siècle.

    Car pour le reste, l’histoire que retrace Nell Irvin Painter dans son livre est bien celle des Blancs d’Amérique. « Painter montre la construction endémique, aux Etats-Unis, de la question raciale, analyse l’historienne Sylvie Laurent, qui a coordonné le livre De quelle couleur sont les Blancs ? (La Découverte, 2013). Dès la fondation des Etats-Unis, les Américains se sont construits comme une nation blanche. Sa généalogie de la "race blanche" est un travail passionnant, même s’il n’est pas transposable à la situation française. »

    En France, parler de « Blancs » (plus encore qu’évoquer les « Noirs ») reste très polémique. Notamment parce que parler de « race » (une notion construite de toutes pièces et qui n’a rien de biologique), comme de couleur de peau, pourrait finir par leur donner une réalité qu’elles n’ont pas. Sans doute aussi parce qu’il est difficile pour un groupe majoritaire, les personnes perçues comme blanches, d’accepter qu’elles bénéficient de privilèges sans même s’en rendre compte… Les récents passages de Nell Irvin Painter à la radio ou à la télévision ont suscité des mails outrés d’auditeurs. « C’est touchant, ironise l’historienne américaine, lors d’un passage à Paris. Mais cette crispation face à ces questions passera. » Déjà, des chercheurs, comme Maxime Cervulle à l’université Paris-VIII, revendique la notion émergente de « blanchité » : « Alors que le terme "blancheur" renvoie à une simple propriété chromatique, parler de blanchité, c’est parler de la façon dont le fait de se dire ou d’être perçu comme blanc a été investi d’un rapport de pouvoir : l’idéologie raciste qui continue d’associer la blancheur de la peau à la pureté, la neutralité ou l’universalité. »

    « La question raciale, indissociable de la question sociale »

    Aux Etats-Unis, les whiteness studies se sont développées dès les années 80 et 90. Des départements d’université ou des maisons d’édition y sont consacrés. « Les années Reagan ont accouché de ce nouveau champ d’études, explique l’historien Pap Ndiaye, spécialiste des Etats-Unis et auteur de la Condition noire (Calmann-Lévy, 2008). Reagan s’est fait le porte-parole des Blancs "abandonnés" par le Parti démocrate… Un discours qu’on retrouve aujourd’hui avec Trump. Des historiens ont voulu étudier ce backlash conservateur. » L’historien David Roediger est l’un des premiers à travailler sur l’invention de la « race » blanche. En 1991, il publie The Wages of Whiteness . « Il a montré que la blanchité n’était pas un universel fixe et sans histoire. Et qu’on pouvait donc faire l’histoire des Blancs », note Pap Ndiaye. Roediger, marqué par le marxisme, relit la culture ouvrière au prisme de la « race ». « La question raciale est indissociable de la question sociale, confirme Pap Ndiaye. Les immigrés italiens aux Etats-unis ont été animalisés et victimes d’un racisme incroyable. Ils ne se sont "blanchis" qu’au fil de leur ascension sociale. Quand on est tout en bas de l’échelle, on n’est jamais totalement blanc. Les hiérarchies de races sont aussi des hiérarchies de classes. » Au fil des années, les whiteness studies ont diversifié leur approche s’ouvrant largement à la dimension du genre, et dépassant les frontières américaines pour tenter d’écrire une histoire transnationale des « races ».

    Pourtant, selon l’américaniste Sylvie Laurent, « les recherches sont sans doute aujourd’hui plus stimulantes parmi les working class studies ou les gender studies, que dans les départements de whiteness studies des universités ». « Au fond, dit-elle aussi, les chercheurs des whiteness studies se sont toujours appuyés sur les grands penseurs noirs, ceux qui ont été exclus du groupe des Blancs : le sociologue et militant pour les droits civiques W.E.B. DuBois (1868-1963) ou James Baldwin, qui a été un grand théoricien du "pourquoi les Blancs se pensent blancs". Aujourd’hui encore, ce n’est pas un hasard si cette vaste Histoire des Blancs est écrite par une femme noire, Nell Irvin Painter. »

    « Embrasser une histoire beaucoup plus large »

    Née en 1942, celle-ci a été parmi les premières femmes noires a devenir professeure d’histoire dans les facs américaines - elle a enseigné à Princeton. Elle a consacré un livre à la migration de Noirs vers le Kansas après la guerre de Sécession et a écrit une biographie reconnue de la féministe et abolitionniste Sojourner Truth. « Cette Histoire des Blancs je l’ai écrite en tant qu’historienne, pas en tant qu’afroaméricaine. Je suis noire, c’est un fait, mais "it’s not my job" », prévient-elle. Painter n’est pas issue des départements de whiteness studies et revendique un regard différent de celui de la plupart de ses collègues. « A travers leurs recherches, ils ont retracé leur généalogie : leurs grands-pères étaient juifs d’Europe de l’Est ou italiens… Ils commencent donc leur histoire des Blancs à la fin du XIXe siècle, le moment où leurs aïeux ont débarqué du bateau. Je voulais au contraire embrasser une histoire beaucoup plus large. »

    A tel point que Nell Irvin Painter fait démarrer son livre… dans l’Antiquité. Manière de démontrer à quel point le concept de « race » est récent. « Contrairement à ce que croient des gens très éduqués encore aujourd’hui, les Anciens ne pensaient pas en terme de race », insiste Nell Irvin Painter. Les Grecs distinguaient les hommes en fonction de leur lieu d’origine ou du climat de leur région. Les Romains pensaient en terme de degrés de civilisation. Les Blancs ne sont donc pas les illustres et exclusifs descendants des démocrates grecs. « C’est le XIXe siècle qui a "racialisé" l’Antiquité, précise l’historienne. Des historiens de l’art, comme Johann Joachim Winckelmann notamment, s’en sont servis pour glorifier les Européens blancs, cette fois dans une perspective esthétique : "Nous n’avons pas seulement le génie de gouverner les autres, nous avons également toujours été les plus beaux." Un tableau exposé au Boston Museum représente ainsi des Grecs beaux et blonds, dont même les montures sont blondes ! »

    L’humanité a donc passé le plus clair de son temps à se passer des « races ». « Celles-ci sont nées au XVIIIe siècle dans les travaux de savants qui cataloguaient le monde entier : les plantes, les oiseaux, les rochers, les abeilles… et bientôt les êtres humains, dit encore l’historienne Nell Irvin Painter. Leur visée n’était pas raciste, mais chauviniste plutôt. Ethnocentriste. »

    Il est une autre idée - fausse - qui a pour longtemps suggéré une différence d’essence entre les Blancs et les Noirs, « creusant définitivement un abîme entre eux », écrit Painter. Etre noir, ce serait avoir été esclave ; être blanc, serait donc ne jamais l’avoir été. Or des Blancs, rappelle-t-elle, furent longtemps esclaves ou serfs : les Vikings ont massivement déplacé les peuples européens, et au XIe siècle, au moins un dixième de la population britannique a été réduit en esclavage. « P artout où il y a des gens pauvres, il y a de l’esclavage. Si nous le relions aujourd’hui aux Noirs, c’est parce que la traite africaine a coïncidé avec le moment où ont émergé les théories racialistes. Avant, il n’y avait pas le "langage racial" pour "légitimer" ce phénomène. C’est important de le dire : cela montre que l’esclavage n’est pas un problème racial, c’est un problème de droits humains. »

    « Discours embrouillés et changeants »

    Dernière idée que cette Histoire des Blancs met en charpie : il n’y a jamais eu une « race » blanche bien définie. Construction sociale et imaginaire comme toutes les races, la « blanchité » n’a jamais été stable, mais au contraire le fruit de « discours embrouillés et changeants », explique Nell Irvin Painter. Au XIXe siècle, les Saxons étaient censés être des Blancs supérieurs aux Celtes (ce qui expliquera en partie le racisme des Américains descendants des Anglais envers les Irlandais). « L’histoire des Blancs américains n’a pas de sens si on ne parle pas des vagues successives d’immigration aux Etats-Unis. » Progressivement, les Irlandais, les Italiens, les Juifs d’Europe de l’Est, les Grecs… intégreront et construiront l’identité américaine. C’est ce que Painter appelle les « élargissements » successifs de la figure de « l’Américain ». L’ère Obama, en est la dernière étape. « Qu’on ait la peau noire ou brune, pourvu qu’on soit riche, puissant ou beau, on a désormais accès aux atouts et privilèges de la blanchité », conclut Nell Irvin Painter.

    L’élection de Trump a représenté un point de bascule pour l’identité blanche, estime encore l’historienne : « Avant Trump, les Blancs se considéraient comme des individus. Les "races", les "communautés", c’était les autres : les Noirs, les Mexicains… Mais pendant sa campagne, le slogan "Make America great again" a été clairement entendu comme "Make America white again". Et les Blancs, même ceux qui n’étaient pas des suprémacistes, se sont découverts blancs. »

    Au fil de ses recherches, Painter a trouvé, bien sûr, l’origine du mot « caucasien ». Dans son cabinet d’anthropologue, Johann Friedrich Blumenbach, le savant de Göttingen, conservait des crânes. Il estimait que le plus « parfait » d’entre eux était celui d’une jeune fille géorgienne, une « caucasienne », qui fut violée et mourut d’une maladie vénérienne. Le terme « caucasien », qui devait devenir au fil des siècles le mot de ralliement de « Blancs » qui, dans le monde entier, se sentiront supérieurs, venait en fait d’une petite esclave sexuelle.

    Sonya Faure

    https://www.liberation.fr/debats/2019/02/24/whiteness-studies-il-etait-une-fois-les-blancs_1711379






  • Puisque c’est les vacances et que tu ne sais pas quoi faire avec tes niards, je te livre mon truc à moi que j’ai développé un peu par hasard, un peu par goût, et que j’aurais bien aimé qu’on me donne le truc plus tôt : avec les enfants, on dessine.

    Oui, je sais, évidemment que tes enfants ils dessinent déjà. Mais ce qu’on a trouvé, avec ma bande, c’est de se promener systématiquement avec des carnets et une trousse de crayons, à chaque fois qu’on va se promener. Parfois c’est juste pour se passer le temps quand on a une pause dans l’après-midi, mais le plus souvent c’est l’alibi de la visite.

    La règle number ouane, je pense, c’est que tu dois dessiner aussi. Si l’adulte, déjà, il fait son timide (« mais je sais pas dessiner »), je crois que c’est pas la peine. Avec les enfants, on dessine tous, on s’encourage, on se trouve des idées de dessins, des thèmes, et on rate et on réussit, mais ensemble.

    Ça a commencé un peu par hasard l’année dernière, aux soldes de février. Au supermarché, ils bradaient des carnets un peu rigolos, mais de bonne qualité, couverture rigide, format A5, avec un élastique de fermeture. Normalement vendus 9 euros, bradés à 1 euro pièce. J’en ai pris une dizaine, en me disant que ça ferait plaisir aux enfants.

    On a commencé timidement, un dimanche de mi-saison : on s’est fait un « safari-dessin » dans Montpellier, en commençant par notre rituel dimanche matin au Peyrou. Comme tu te doutes, un safari-dessin, c’est comme un safari-photo, mais avec des dessins. On a poursuivi en ville, la porte du Peyrou, la petite s’est mise à dessiner les lampadaires, ma bande ultra-concentrée. Idée géniale de ma grande (9 ans à l’époque) : une fois terminé son dessin sur la page de gauche, montrer et recueillir nos commentaires, et les écrire sur la page de droite. Ça a super-bien donné. Les petits s’y sont mis aussi, avec des pages de droite entièrement en phonétique (6 ans au moment du crime).

    Et puis après presque deux heures, un peu marre, alors fish-and-chips et direction le parc de jeux. C’est pratique les carnets et les crayons, ça coûte rien, et quand on en a assez on fait autre chose sans culpabiliser.

    On a continué comme ça pépère depuis. J’ai toujours nos carnets (j’insiste : j’ai un carnet aussi, forcément, sinon c’est pas du jeu). Le plus souvent c’est pour combler une pause. Souvent tout de même c’est l’alibi de la promenade (« safari-dessin » donc). Et de temps en temps, c’est vraiment l’activité de la journée : par exemple, les dimanche où il pleut, à Montpellier c’est un peu mort, je propose « on va dessiner au musée Fabre ? », et figure-toi que mes petits, ça les botte d’aller au musée pour dessiner les statues. Des fois, on se pose sur un banc et on se dit des sujets (les sujets les plus cons sont les meilleurs), et en fonction du temps on fait une page façon bédé, ou juste un dessin pour illustrer, et ensuite on compare nos trouvailles en ricanant parce que c’est très con.

    Astuce du musée : il y a des gens tout nus et on voit leurs fesses, et ça ça les amuse beaucoup. Mon mecton est hyper-concentré, il peut dessiner la même statue pendant une bonne heure. La ch’tite, elle, va plus vite, il faut trouver des sujets. Une fois au milieu des Injalbert, elle commençait à gigoter mais avec les autres on n’avait pas terminé, je lui ai suggéré de dessiner les fesses des statues, ça l’a éclaté. Sinon, règle aussi dans les musées : on a le droit de s’étaler dans n’importe quelle position pour réussir à dessiner ce qu’on veut. S’il faut être assis tout droit en tailleur, c’est chiant.

    Un jour ma grande m’a dessiné en train de dessiner mon ch’tit et ma ch’tite qui étaient en train de dessiner un tableau de Bazille en train de peindre Sisley (lequel était peut-être en train de peindre la Macreuse qu’on peut voir dans la même salle…) au musée Fabre. Le concept qu’on s’est surtout bien marrés…

    Si tu veux, le but n’est pas tant de dessiner pour dessiner, même si je trouve ça très bien de s’entraîner à dessiner. Pour les enfants, je vois plein d’autres avantages…

    – D’abord on s’occupe intelligemment pour pas cher. N’est-ce pas que c’est bien de mettre les sous ailleurs. Et je trouve très sympa de s’habituer à faire des activités qui ne sont pas basées sur la pure consommation (ce qui était un aspect qui me pesait dans nos sorties à Paris).

    – Ce que j’aime beaucoup dans cette activité, c’est qu’on fait quelque chose ensemble, ou plutôt l’un·e à côté de l’autre, sans trop parler. Un peu comme regarder la mer sans parler avec un·e ami·e. Quand on dessine, on est ensemble, on le fait parce qu’on sait qu’on est ensemble, et on n’a pas besoin de bavarder ni pour s’occuper, ni pour « échanger ». (Ça n’empêche que c’est marrant et que souvent on rigole bruyamment après.) C’est aussi pour ça que l’adulte doit dessiner, à mon avis : pour que ce soit bien un instant de complicité.

    – Un avantage induit épatant : c’est un outil formidable pour les enfants pour discuter avec des adultes qu’ils rencontrent. On tombe sur un·e dessinateurice en dédicace, on visite une petite expo, etc. : alors on montre les carnets des enfants, et les artistes-adultes sont toujours super-sympas quand ils voient ça, délivrent des encouragements de professionnels, les plus sympas en profitent pour demander une dédicace aux enfants, je ne sais quoi, et tu as des petits de 6/10 ans qui interagissent de manière très créative avec des adultes qui ne sont pas en train de se forcer pour trouver quelque chose à dire à des petits gosses (tu sais, le genre « et tu es en quelle classe ? » pour essayer de faire mine de s’intéresser). Là, c’est assez systématique : « ah bon, vous dessinez ? Faites voir ? Ouah c’est super… », et hop des petits se retrouvent dans une conversation « d’égal à égal » avec un adulte lui-même plutôt content de la tournure de la discussion.

    – Et enfin ça nous donne une raison d’entrer dans les galeries quand on se promène, alors que sinon on n’oserait pas (et j’aurais peur que les enfants n’aient pas envie et s’ennuient : maintenant ils sont demandeurs). On a même visité plein d’ateliers d’artistes quand c’étaient les portes ouvertes, ils étaient ravis (et figure-toi : les artistes aussi, de voir des petits qui posent des questions et montrent leurs œuvres).

    Pour terminer : la grosse surprise c’est que les gamins adorent ça. Je n’imaginais pas qu’on pouvait aller régulièrement au musée le dimanche quand il pleut pour faire dessiner de jeunes gamins, et que ça les amuse autant. Quand j’en parle à d’autres adultes, j’ai trop souvent des réactions du genre « mais mes enfants ne savent pas dessiner » (alors ça, c’est faux et de toute façon on s’en fout), parfois « mais moi je sais pas dessiner » (alors ça, encore une fois, on s’en fout, c’est pas concours d’entrée aux Beaux-Arts, c’est un truc pour passer du temps en complicité avec les niards), et le plus souvent : « ça va pas leur plaire, c’est pas leur truc, ils aiment pas ça… », alors que pour le coup c’est le préjugé de l’adulte qui s’exprime – que j’ai constaté que, surprise surprise, c’est l’une des activités préférées des enfants.



  • Google says Nest’s secret microphone was ‘never intended to be a secret’ | TechCrunch
    https://techcrunch.com/2019/02/20/nest-secret-microphone

    When Google announced earlier this month that its Nest Secure would double-up as a Google Assistant, it sparked anger. Google hadn’t told anyone that the security hub had a microphone inside to begin with. There was no mention of the microphone on the initial list of tech specifications, nor was it mentioned after the company announced Google Assistant integration. (It’s there now.)

    After Google, which owns Nest, realized its customers didn’t like being deceived or having their privacy violated, the company swallowed its pride and admitted fault.

    “The on-device microphone was never intended to be a secret and should have been listed in the tech specs,” said Google spokesperson Nicol Addison in an email to TechCrunch. “That was an error on our part. The microphone has never been on and is only activated when users specifically enable the option.”

    Business Insider first reported the news.

    Google said that security systems “often use microphones to provide features that rely on sound sensing and included the microphone so it could “potentially offer additional features to our users in the future, such as the ability to detect broken glass.”

    No doubt it’s a smart, if not terribly executed idea.

    You can forgive a company for not wanting to drop the ball on its own future product line-up announcements, but not disclosing the inclusion of a microphone in a device that sits in your home just looks bad. And it couldn’t come at a worst time for tech giants, as they try to clamber back any ounce of respect they have from privacy-conscious consumers.

    It makes you wonder how many other devices you have in your home — and out in the world — that could be used to spy on you.

    Just this week, Singapore Airlines landed itself in hot water after passengers discovered cameras embedded in the in-flight entertainment systems. The airline said in a tweet that the cameras were included as standard by the original manufacturer and that it has “no plans to enable or develop any features using the cameras.”

    No plans doesn’t mean “never.” And, just like the Nest device, the customer would have no way of knowing if it was in use anyway.

    #Google #Surveillance #Microphone #Nest


  • Vu le #film La Chute de l’empire américain de Denys Arcand (2018)

    Ouh là, déçu.

    – Je ne suis pas rentré dans la partie « polar/truands », que j’ai trouvée pas efficace. Je ne sais pas : ça oscille entre reprendre les codes du genre (on a une scène de torture assez pénible à voir) et faire du Denys Arcand sans doute plus prévisible avec des gens qui bavardent à tout bout de champ.

    – D’entrée : le personnage principal, j’ai eu envie de lui mettre des baffes dès la première scène. Le type « trop intelligent » (explicitement présenté comme ça dès la scène d’ouverture), mais dont les citations de philosophie ne dépassent jamais Platon. Du coup sa façon de balancer des citations de philo à tout bout de champs, sans jamais dépasser le niveau lycée, c’est assez chiant. Et le regard de chien contrarié dans absolument toutes les scènes, c’est pas possible.

    – Le gros argument du film, de ce que j’ai entendu d’une interview d’Arcand, c’est la critique de la société du « tout fric ». Donc beaucoup de considérations sur les inégalités, les injustices organisées par le gouvernement pour enrichir les riches. OK sympa. Sauf que c’est pas intéressant. Là encore le niveau, c’est élève de seconde qui découvre le capitalisme. Et que du coup c’est tellement superficiel que ça pourrait tout aussi bien mener à n’importe quelle conclusion politique – gauche radicale, sociale-démocratie, gilets jaunes ou poujadisme… (En ajoutant que toutes les considérations/aphorismes un tant soit peu originaux, ils étaient passés dans l’interview d’Arcand à la radio. Un peu comme une bande annonce qui t’aurait déjà montré les seuls moments un peu sympas du film.)

    – Et puis bon, le coup du jeune couple « prof de philo au regard de chien battu » et « call girl de luxe », c’est éprouvant. L’idée qu’en 2019, on se farcisse le cliché : lui est super-réservé, mais la prostituée lui taille une pipe en souriant alors il tombe amoureux parce qu’elle est trop belle pour lui, et comme lui il est supérieurement intelligent elle tombe amoureuse et, au bout d’un certain temps, elle lui annonce qu’il aura plus besoin de payer pour le sexe, arg non ça me semble pas possible un tel anachronisme. (Surtout dans un film avec un alibi progressiste.)

    Alors comme la dernière fois que j’ai vu un film de Denys Arcand, ça devait être il y a une trentaine d’année, je ne sais pas si c’est normal d’être déçu. Je suppose que toi, Seenthis, tu pourras me dire que j’aurais dû m’y attendre.


  • HEY ! #4 au Musée de la Halle Saint Pierre
    http://madmegblog.blogspot.com/2019/02/hey-4-au-musee-de-la-halle-saint-pierre.html
    HEY ! modern art & pop culture 4
    OUVERTURE 23 MARS - CLÔTURE 2 AOUT 2019
    AU MUSÉE DE LA HALLE SAINT PIERRE, PARIS

    Dans le cadre de cette exposition collective, pour la première fois mon plus grand dessin, le Feast Of Fools, sera exposé ! Pour vous mettre l’eau à la bouche voici une photo de la préparation de l’expo (photo : @lecoincoin ).

    #shamless_autopromo #mad_meg



  • Montpellier : l’élu Djamel Boumaaz lourdement sanctionné dans l’affaire du « rainbow flag » midilibre.frhttps://www.midilibre.fr/2019/02/20/montpellier-lelu-djamel-boumaaz-lourdement-sanctionne-dans-laffaire-du-rai

    En mai 2016, le conseiller municipal ex-FN avait démâté puis partiellement enterré le drapeau arc-en-ciel, symbole de la communauté LGBT, hissé à côté de l’hôtel-de-ville. 

    A l’issue de l’audience devant le tribunal correctionnel il s’attendait à un éventuel rappel à la loi mais cet après-midi l’élu municipal ex-FN Djamel Boumaaz a été lourdement sanctionné à six mois de prison avec sursis et 5 ans d’inéligibilité dans l’affaire dite du « Rainbow flag ».



  • Envoyer un mail, ce sacerdoce (n-ième épisode) : nouveauté du jour, j’essaie d’expédier la version compilée d’une app iOS à mon partenaire de boulot (fichier « .ipa »), directement par mail parce que c’est pas gros, et pof, popup d’avertissement : Gmail me fait savoir que ça va plus se passer comme ça, sa « politique » en matière d’« attachments » m’interdit d’expédier ce dangereux type de fichier.

    Du coup j’expédie avec mon autre compte mail, celui qui ne passe pas par Google. (En attendant que cet autre service me bloque aussi mon message, ou tout simplement que tous mes fichiers IPA soient interceptés par le compte de mon correspondant.)



  • « …travaille depuis des semaines… »

    Des députés veulent que l’antisionisme soit reconnu comme un délit au même titre que l’antisémitisme
    https://www.francetvinfo.fr/culture/alain-finkielkraut/des-deputes-veulent-que-l-antisionisme-soit-reconnu-comme-un-delit-au-m

    Des députés de tous bords proposeront, mardi 19 février, une résolution ou une proposition de loi pour que l’antisionisme soit reconnu comme un délit au même titre que l’antisémitisme, selon les informations recueillies par franceinfo lundi 18 février.

    « La haine d’Israël est une nouvelle façon de haïr les juifs »

    Ce « groupe d’études » travaille depuis des semaines sur le sujet. Son président, le député LREM de Paris Sylvain Maillard, estime que « la haine d’Israël est une nouvelle façon de haïr les juifs ». « On peut critiquer le gouvernement d’Israël, mais pas remettre en cause l’existence même de cet Etat. Personne ne remet en question l’existence de l’Etat français ou de l’Etat Allemand », explique-t-il.

    Et en conclusion de l’article, un comportement typiquement antisémite qui consiste à considérer les français juifs comme des ressortissants d’un pays étranger :

    Ils rendront leur décision mardi après-midi, avant le discours d’Emmanuel Macron au dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) mercredi soir.


  • Dans cette histoire de Ligue des merdeux, il y a un aspect qui me pose problème, et j’ai un peu de mal à le formuler. D’autant qu’il ne faudrait pas minorer la souffrance des victimes, l’aspect ordurier des meutes de mecs, et la connerie intrinsèque des rédactions de journalistes.

    Mais bon, au risque de mal exprimer mon idée, je me lance…

    L’aspect qui me gêne, c’est qu’on ne formule pas, en plus de tout ce qui se dit de très bien par ailleurs, le fait qu’on est sur des réseaux sociaux utilisés par de jeunes professionnels faisant leur personal branding. Ce qui est l’aspect qui me fait le plus chier sur les réseaux sociaux, sur lequel j’ai travaillé pour limiter ce personal branding en concevant Seenthis (notamment : présentation des « réponses » au même niveau que les messages du locuteur initial, et petit triangle indiquant qu’un lien a déjà été partagé par quelqu’un d’autre), et raison pour laquelle je pense que militer ou faire de la politique sur ces réseaux est une immense perte de temps.

    Alors évidemment, les comportements de meute et de harcèlement sont dégueulasses, mais en même temps je les vois comme une conséquence assez inévitable de ces réseaux dont la raison d’être est de se représenter en avatar publicitaire de soi-même. On y souffre en permanence, on y scanne la moindre remarque négative, parce que déjà initialement on est dans l’hyper-contrôle de l’image que l’on projette de soi.

    Je peine à le formuler correctement, mais il me semble que, s’il faut effectivement dénoncer la virilité toxique, la déshumanisation des dominé·es, la sélection toute particulière des écoles de journalisme, que sais-je encore, il faudrait aussi s’interroger sur ces formes de réseaux sociaux, entièrement tourné vers l’auto-promotion personnelle et professionnelle, où donc les enjeux sont devenus énormes pour chaque participant (en terme d’image de soi et aussi de carrière), alors même que ces formes ne sont pas les seules et qu’il faudrait s’interroger sur leur pertinence, à la fois en termes d’intérêt pour la collectivité, d’intérêt pour les militants politiques, mais aussi en terme de développement personnel.

    Parce que la version extrême de ces conneries, c’est de devenir une starlette du selfie sur Instagram. Pour moi, le personal branding des jeunes journalistes et militants sur Twitter et/ou Facebook, ce n’est jamais bien loin de cette logique. Où la moindre remarque négative devient une atteinte primordiale à ton image ; je doute que quiconque soit réellement préparé à cela, et je pense qu’il faudrait aussi savoir si, outre le comportement spécifique toxique des meutes de jeunes mecs, on n’est pas dans un modèle de réseau social où chacun adopte un comportement toxique, par la mise en place d’une publicité personnelle permanente, qui a accentué les effets de ces agressions.

    • Touchée par la justesse de ce que tu décris.
      J’ai volontairement flingué un compte facebook très suivi pour ça : une sensation assez malsaine de pouvoir « influencer ». Alors que je cherche juste à informer, à faire passer des des nuances, à montrer d’autres façons de voir...
      Et puis dans pouvoir influencer, il y a « pouvoir », et ça, au moment où nous tentions de questionner des choix faits par certaines personnes « influentes » quand à l’avenir de la zad et visibiliser leur prise de pouvoir, il a bien fallu que je m’y confronte. Ça fait toujours mal (puis du bien) de vérifier que si on ne résout pas en soi l’aspect « faire partie du problème », il est difficile d’envisager de faire partie de la solution...
      Pour ce qui me concerne, il me reste encore beaucoup beaucoup à apprendre sur le sujet, piégeant, de l’ego et du besoin de plaire, merci infiniment à toi de nous le rappeler par ce texte : il existe des outils et des réflexions pour éviter l’esprit de meute.
      <3

    • Sans vouloir enlevé du mérite à ton idée génial de seenthis, il y aussi d’autres outils que tweeter qui ont été utilisé. L’affaire de la ligue du lol en cache d’autres. Il y a par exemple le groupe « radio, bière, foot » du huffington post qui était un newsgroup et qui ne passait pas sur tweeter, mais par mail. Les femmes, personnes racisées et certains homos (surtout certaines, et plutot cis) y ont subit des discriminations, on leur donnait de fausses infos pour leur faire raté des réunions ou arrivé en retard sans les infos, et on se faisait tourner des montage photos racistes, sexistes, putophobes... Cette fois ci c’était pas du harcelement en meute via les réseaux, mais des humiliations entre collegues mecs qui se font des blagues à base de porno pour évincé les femmes, leur faire baisser leurs salaire, leur faire obstacle professionnelement, un peu comme ca se passe habituellement un peu partout et qui fait que les femmes sont effacées, harcelées, sous payées.... Le réseau social type tweeter, facebook ont l’inconveignant de décuplé l’effet de masse du harcelement mais ils ont l’avantage de laisser des traces pour retrouver les harceleurs comme on le voie ici.

    • Toute communication adressée non anonymement implique d’autant plus d’auto-censure qu’elle atteint des inconnus. Cette dernière rend nécessaire une analyse (« tourner 7 fois sa langue... ») propice à diverses formes de calculs (se soucier d’autopromotion, donc de complaire et de ne pas se faire d’ennemi...) menant à du groupthink. ¿’ ValK. a raison, nuancer réduit le risque. Toutefois rien ne nous y invite (peu de lecteurs peuvent/veulent « investir » de leur temps afin de lire un propos nuancé (un « pavé »), limitation de la taille d’une intervention (280 caractères de Twitter)...). D’autre part la pérennité des interventions a facilité voire permis les récentes mises en accusation de "LOL"istes, or nombre de vecteurs proposent à présent de publier une intervention éphémère (« snaps » Snapchat et autres « stories »), ce qui ouvre les vannes de ce genre de LOL en cela que constituer une preuve devient plus difficile et coûteux, et que cette évanescence même n’invite pas à investir lors de la rédaction, donc à ménager les lecteurs comme les tiers, à nuancer...

    • Je partage largement tes remarques !

      Je pense qu’il faudrait aussi les prolonger avec un regard critique sur le fonctionnement des entreprises qui valorisent cette capacité de personal branding comme une compétence, comme une capacité à être dans l’époque...

      Je me souvient d’un truc un peu caricatural de la boite qui était derrière OWNI et qui dans son profile pour recruter des gens mettait « forte présence en ligne » il suffisait d’être « présent », pas de savoir ce que tu racontais ou ce que tu faisais.


  • Ce titre ! A Montpellier, 134 vigiles ont protégé commerçants et clients lors de la manifestation des gilets jaunes - France 3 Occitanie
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/herault/montpellier/montpellier-134-vigiles-ont-protege-commercants-clients

    Ah, ils ont « protégé » ?

    Je vais te le dire autrement : ce samedi je ne suis pas allé au centre-ville, en partie parce que justement je trouve extrêmement inquiétant de voir des miliciens en chemises noires, avec des brassards rouges, à chaque coin de rue. Et je déteste que mes enfants s’habituent à l’idée que des miliciens seraient là pour les « protéger » de gens qui manifestent. Et, non, ça ne me « rassure » pas, comme ambiance pré-fasciste.

    Madame et les enfants sont tout de même allés au cinéma, et comme chaque semaine mes enfants ont trouvé les manifestants en jaune sympas et attentionnés, et ont bouffé un peu de gaz lacrymogène tirés par - comme tu sais - ces professionnels de la sécurité-avec-des-casques.


  • Montpellier : le premier opéra en chansigne
    https://e-metropolitain.fr/2019/02/15/montpellier-premier-opera-chansigne

    https://vimeo.com/35707147

    La semaine prochaine, l’œuvre Don Pasquale sera entièrement bilingue. Les interprètes en LSF Katia Abbou et Vincent Bexiga proposeront une traduction simultanée sur scène, en adaptant l’opéra de Donizetti au chansigne.Le chansigne est une expression artistique reposant sur la langue des signes et la danse et qui permet d’exprimer le chant et la musique à un public sourd et malentendant.



  • La question de la place des hommes dans le débat féministe
    http://ladyniniane.tumblr.com/post/182824567318/la-question-de-la-place-des-hommes-dans-le-d%C3%A9bat

    Les membres de la ligue du LOL étaient aussi, publiquement, de fervents féministes (libéraux). Tout ça m’a faite repenser à ce texte que j’avais dans mes brouillons, au moment du débat sur la non-mixité, et que je n’avais jamais fini.

    Je ne suis pas favorable à la non-mixité en tant que principe politique ou en tant qu’argument de communication. En revanche, je n’y suis pas du tout opposée quand il s’agit de groupes de parole. Concernant le féminisme spécifiquement, je pense que les hommes qui veulent s’y investir doivent pouvoir le faire. En revanche il y a des comportements dans la socialisation des hommes qui peuvent les rendre singulièrement pénibles. Voilà comment je le comprends, en me mettant dans la peau d’un homme qui pourrait être le condensé de ce que j’ai observé :

    1. Mes opinions sont

    a. Uniques > J’ai eu cette idée, elle ne me semble pas appliquée dans votre mouvement donc c’est probablement que vous ne l’avez pas eue. Quand j’exprime mon idée, je ne le fais pas sous forme de question (type « est-ce que vous avez déjà pensé à ? » et j’attends une réponse) mais sous forme d’affirmation, voire de préconisation (type : plutôt que « … » vous devriez faire « … »)

    b. Rationnelles > Mon opinion est la voix de la raison, je vois les choses de manière distanciée parce que je ne suis pas une femme. Dans l’expression, cela donne beaucoup d’appels à la raison vs l’émotion. Plutôt que de me questionner sur ce qui sous-tend mon opinion, je vais demander à mes interlocutrices de me prouver que leur opinion n’est pas irrationnelle.

    c. Justes > Comme mon opinion est rationnelle, elle est de fait juste, même si elle ne se base sur aucune recherche. Si une femme me contredit, je vais donc lui demander de faire le travail de recherche à ma place, et de manière extrêmement approfondie. Je ne fais moi-même aucun travail, mon ressenti se suffit à lui-même.

    d. Importantes > Face à un public que je considère inconsciemment comme mon inférieur, je suis convaincu que mon opinion est importante et doit être écoutée en priorité. Je m’attends à des félicitations ou au moins à des remerciements. Si je n’en reçois pas, je ressens un fort sentiment d’injustice.

    e. Attendues > Je suis inconsciemment persuadé que le public auquel je m’adresse est en demande de leadership, du mien par exemple, et que le mouvement n’attend que mes idées. Si ce n’est pas le cas, si mes contributions ne sont pas immédiatement mises en valeur, je ne vois pas l’intérêt de ma participation.
    2. Poser des questions, admettre mon ignorance d’un sujet :

    a. Si je considère mon interlocuteur comme un égal / un inférieur > Je suis incapable de participer à une discussion si je n’ai pas le sentiment de mener le débat. Face à une personne qui connait mieux le sujet que moi, je vais utiliser la technique de « l’avocat du diable » pour la mettre en position de se justifier.

    b. C’est humiliant > Si je ne mène pas la discussion et qu’on contredit mon point de vue, je suis mis dans une situation de passivité, de réception, qui m’est instinctivement insupportable et je vais avoir l’instinct de contre-attaquer.

    c. Si je considère mon interlocuteur comme mon supérieur > J’accepte l’humiliation temporaire, voire je me mets dans une position de disciple, de suiveur. Dans ce cas, je perds tout esprit critique

    d. Cela va à l’encontre de ma socialisation > Avec mes amis garçons, nous ne savons pas discuter sans débattre, je suis très habitué à la joute verbale et j’ai la conviction que ce qui est important dans un débat, c’est surtout de le gagner, même si je dois pour cela verser dans l’outrance. Avec des femmes, s’ajoute une dimension inconsciente : si je ne domine pas, je perds en virilité, je suis humilié.

    3.J’ai le sentiment que la contradiction est

    a. Une violence > Inconsciemment, je considère qu’une femme qui me dit non me fait violence, quel que soit le contexte de son refus. Je vais avoir énormément de mal à reconnaître mes torts.

    b. Une forme de condescendance : Si elle me contredit, elle doit y mettre les formes et s’excuser de le faire, car ce n’est pas sa place, elle ne devrait pas se sentir le droit de me contredire. Si une femme me contredit fermement, elle m’humilie. En revanche, un désaccord avec un autre homme est simplement un débat.

    c. Irrationnelle > Je considère que mon ressenti fait loi, et que je n’ai pas à le prouver vu qu’il est forcément rationnel. Le sien est en revanche irrationnel et décrédibilise son opinion. Si elle se met en colère, je considère que son opinion ne vaut rien. La colère d’un homme en revanche, assoit la légitimité de son opinion.

    4. Quand on critique les hommes en tant que groupe

    a. On doit explicitement m’absoudre de toute responsabilité > Puisque je participe à cette discussion, je suis différent des autres, et aucun de mes comportements ne contribue au problème. Me le faire remarquer est une humiliation (voir plus haut) et je dois contre-attaquer.

    b. Je me sens obligé d’être « l’avocat du diable » > Même si on m’absous, je vais policer le langage de mes interlocuteurs et essayer de toujours recentrer le débat sur « les hommes bien ». Je rends cette discussion intenable mais je ne m’en rends pas compte, pour moi, je suis juste l’élément rationnel qui permet à la discussion de rester dans de saines limites (les miennes).

    Petite note pour terminer, cette manière de réagir n’est pas spécifique aux hommes, même s’ils la partagent tous ou presque face à des femmes. Elle trouve son origine dans une hiérarchie sociale inconsciente, et dans la manière dont on a intégré les rapports de classe, quelles qu’elles soient. On la retrouve évidemment dans les discussions entre deux classes sociales (prenez la liste et regarder un bourgeois parler des gilets jaunes par exemple) et aussi entre deux classes “raciales” par exemple.

    Si on doit déconstruire quelque chose, c’est justement cet inconscient hiérarchisé. Et je m’inclus là-dedans ! Personne n’est imperméable à sa culture, à sa socialisation. Je crois que la solution à ce problème, c’est avant tout l’écoute, et savoir se mettre en position de réception. Un peu comme en franc-maçonnerie où en tant que novice on met un an avant de pouvoir contribuer.


  • À la brocante dimanche dernier, je découvre qu’il existe des décavaillonneuses :

    Oh, ça doit servir à décavailloner… Dont on m’explique que :

    Décavaillonner c’est travailler le sol entre les pieds de vigne. La décavaillonneuse retourne le cavaillon qui est au pied des souches afin d’éliminer les adventices à la sortie de l’hiver.

    Et d’ailleurs, la SARL Egretier t’offre 10 minutes d’images de sa décavaillonneuse en pleine action, spectacle assez hypnotisant si tu veux mon avis :
    https://www.youtube.com/watch?v=mJnXIAyHHyQ

    Et donc tout ça vient de Cavaillon, et donc de l’#occitan Cavalhon.

    #sérendipité et #merci_arno, parce que maintenant tu vas avoir l’air moins bête si quelqu’un utilise le mot « décavaillonneuse » lors d’un dîner en ville.