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  • En Espagne, 655 rues rendent hommage au franquisme

    Alors que le gouvernement espagnol a publié mardi un projet de loi sur la mémoire du franquisme, Mediapart s’est penché sur le répertoire des rues d’Espagne : 68 d’entre elles portent encore le nom de Franco, et plusieurs centaines rendent hommage à la dictature.

    https://www.mediapart.fr/journal/international/150920/en-espagne-655-rues-rendent-hommage-au-franquisme#xtor=CS7-1047
    #toponymie #toponymie_politique #Espagne #noms_de_rue #Franco #Franquisme #hommage #mémoire

  • En défense de notre Droit à être informé.
    Et comment Trump a le pouvoir, sur le sol européen, d’enfermer et de torturer un journaliste.

    Une première journée d’audience délicate pour Julian Assange
    https://www.mediapart.fr/journal/international/070920/une-premiere-journee-d-audience-delicate-pour-julian-assange?userid=f71bb5

    Et la position d’Edwy Plenel ici : « Pour Julian Assange, en défense du journalisme »
    https://www.mediapart.fr/journal/international/240220/pour-julian-assange-en-defense-du-journalisme?userid=c1318958-c408-47e7-8c

    #Julian-Assange #Assange #Répression #Journalisme #Information #Torture #Civilisation #Occident

  • "Au Sahel, le spectre de la menace fantôme" + "L’armée française arme ses drones, mais le débat est confisqué" : 2 articles de Rémi Carayol sur Mediapart > Versions intégrales.
    https://www.mediapart.fr/journal/international/060920/au-sahel-le-spectre-de-la-menace-fantome

    Au Mali, où deux militaires français ont encore été tués, au Niger ou au Burkina Faso, les groupes djihadistes ont revu leurs pratiques en raison de la présence de drones armés par l’armée française. Mais la crainte de ce qui peut venir du ciel affecte aussi les populations civiles.

    https://www.mediapart.fr/journal/international/060920/l-armee-francaise-arme-ses-drones-mais-le-debat-est-confisque
    "Officiellement, un drone de l’armée française a frappé pour la première fois le 21 décembre 2019 au Mali. Depuis, cela ne s’arrête pas. Mais on ne connaît jamais les cibles visées, ni le bilan exact des frappes."

    "Au Sahel, le spectre de la menace fantôme - 6 sept. 2020 Par Rémi Carayol - Mediapart.fr"

    Au Mali, où deux militaires français ont encore été tués, au Niger ou au Burkina Faso, les groupes djihadistes ont revu leurs pratiques en raison de la présence de drones armés par l’armée française. Mais la crainte de ce qui peut venir du ciel affecte aussi les populations civiles.

    C’est la petite musique du moment : en dépit des nombreuses violences commises dans la région, y compris par les forces de sécurité alliées à l’armée française, et malgré le coup d’État qui a contraint le président malien à démissionner le 18 août, la France serait sur la bonne voie au Sahel.

    Responsables politiques et militaires se sont succédés ces derniers mois dans les médias pour assurer que depuis le sommet de Pau organisé en janvier dernier, « l’ennemi » djihadiste a subi de nombreuses défaites, que les résultats de l’opération Barkhane, qui mobilise 5 100 soldats, sont probants, et que les drones n’y sont pas pour rien. « Le choix d’armer les drones a ajouté aux moyens dont dispose Barkhane une capacité d’action d’opportunité, explique l’état-major. Au Sahel, ils permettent la saisie d’opportunités contre des groupes terroristes particulièrement fugaces. »

    De fait, et même si deux militaires français ont encore été tués samedi au Mali, les groupes djihadistes ont dû revoir leurs pratiques. Plusieurs sources locales affirment qu’ils se font plus discrets sur le terrain depuis qu’ils savent que des drones peuvent les frapper à tout moment. « Ils ne peuvent plus se regrouper par dizaines, voire par centaines comme avant, pour lancer des offensives, affirme un très bon connaisseur de ces groupes et du Mali. Ils craignent d’être repérés et frappés par des drones. »

    Mais cette psychose ne touche pas seulement les combattants armés. Les civils aussi en sont la proie. Au Mali, au Niger ou encore au Burkina Faso, la nouvelle donne n’a pas échappé aux habitants des zones dans lesquelles la France mène des opérations militaires : eux aussi savent que celle-ci dispose désormais de drones armés, capables de frapper à tout moment. « C’est inquiétant, indique le chef d’un village du centre du Mali ayant requis l’anonymat, comme l’ensemble des habitants de cette zone en partie contrôlée par les djihadistes. Les avions, on les entend venir. Mais les drones, on ne les voit pas, on ne les entend pas, on ne sait pas d’où ils sortent. Ils représentent une menace permanente. »

    Un spécialiste de cette région, qui s’y rend régulièrement dans le cadre de ses missions pour une ONG, a constaté cette crainte naissante. « La peur des populations a décuplé depuis l’utilisation des drones armés », affirme-t-il. Elle les a poussées à changer leurs habitudes. « Avant, lorsque les djihadistes venaient dans un village, au marché ou au puits, ils attiraient une foule de curieux. Maintenant, les civils les évitent, car ils savent que les drones peuvent frapper à tout moment. Mais les djihadistes en sont conscients et ils font en sorte d’être souvent au contact des populations dans le but de s’en servir comme de boucliers humains. »

    Autre nouveauté : « Avant, lorsqu’il y avait une frappe quelque part, les populations voisines s’y rendaient dans les heures qui suivaient afin d’enterrer les personnes tuées, selon la tradition. Elles n’avaient rien à craindre. Mais, aujourd’hui, elles n’y vont plus, de peur d’être elles aussi victimes des bombes françaises. Elles savent qu’un drone peut rester sur place après une frappe. »

    L’une d’elles a particulièrement marqué les esprits. Les 6 et 7 février, Barkhane a, selon un communiqué officiel, « conduit une opération d’opportunité à l’ouest du Gourma ayant abouti à la neutralisation d’une vingtaine de terroristes ainsi qu’à la destruction de plusieurs véhicules ». Cette opération « a mobilisé ses moyens aériens sur très court préavis », dont un drone. Or, selon plusieurs témoignages recueillis par Mediapart, la frappe du 7 février aurait tué de nombreux civils.

    Ce jour-là, des habitants de la zone se trouvaient à Fatawada, un campement nomade situé dans les environs de Gossi, et étaient sur le point d’aller récupérer les corps des djihadistes tués la veille (dans le but de procéder à leur inhumation) lorsqu’ils auraient été ciblés à leur tour par un drone. Certaines sources parlent de plusieurs dizaines de morts, parmi lesquels des femmes et des enfants.

    Difficile à vérifier dans cette zone inaccessible, l’information est relayée par de nombreuses sources locales et prise au sérieux par la mission des Nations unies au Mali (Minusma). Sollicité par Mediapart en mars dernier, l’état-major avait réfuté ces accusations.

    Selon une source onusienne, cette frappe a choqué les populations et leur aurait fait prendre conscience de la menace que font désormais peser les drones sur leurs propres vies. « La connaissance des drones est très fluctuante sur le terrain, mais les populations se savent “surveillées” », souligne cette source basée à Bamako.

    Jamais la question des conséquences sur les civils survolés par des drones n’a été abordée en France. Dans les rares rapports publics consacrés à l’armement des drones, seuls les aspects stratégique et éthique sont abordés, et seulement du point de vue français. Pourtant, le retour d’expérience des États-Unis en Afghanistan, au Pakistan et au Yémen a montré à quel point l’utilisation de drones armés pouvait être néfaste pour les populations civiles.

    Dans une étude publiée en avril 2016 par l’Oxford Research Group, intitulée « Drone Chic », trois chercheurs constatent que l’usage de drones armés au Pakistan et en Afghanistan a eu « des conséquences profondes » pour les populations au sol. Il a « changé les pratiques culturelles et provoqué des troubles psychologiques », notent-ils. Parmi ces troubles : anxiété, insomnie, paranoïa… Dans ces pays, un ciel bleu est synonyme de danger.

    Le philosophe Grégoire Chamayou, qui s’est intéressé de près à la question des drones tueurs américains dans un ouvrage remarqué (et très peu apprécié des militaires), Théorie du drone (La Fabrique éditions, 2013), note, en citant plusieurs études et reportages, que « les drones pétrifient. Ils produisent une terreur de masse, infligée à des populations entières. C’est cela, outre les morts et les blessés, les décombres, la colère et les deuils, l’effet d’une surveillance létale permanente : un enfermement psychique, dont le périmètre n’est plus défini par des grilles, des barrières ou des murs, mais par les cercles invisibles que tracent au-dessus des têtes les tournoiements sans fin de miradors volants ».

    Et de citer David Rohde, journaliste du New York Times qui fut kidnappé et détenu pendant sept mois au Waziristan en 2008. Celui-ci parle d’un « enfer sur terre » à cause des drones : « Le bourdonnement lointain du moteur sonne comme le rappel constant d’une mort imminente. »

    Ces conséquences ne sont pas seulement dommageables d’un point de vue moral. Elles interrogent quant à l’intérêt stratégique de procéder à ce type de frappes et sur leurs effets à long terme.

    Chamayou note que « la chasse à l’homme dronisée représente le triomphe, à la fois pratique et doctrinal, de l’antiterrorisme sur la contre-insurrection. Dans cette logique, le décompte des morts, la liste des trophées de chasse se substituent à l’évaluation stratégique des effets politiques de la violence armée ». Or, si les drones excellent à « pulvériser des corps à distance », ils sont « inaptes à gagner les “cœurs et les esprits” » – le b.a.-ba de toute stratégie contre-insurrectionnelle, qui est aussi une composante non négligeable de l’opération Barkhane.

    Alors que des militaires français tentent depuis plusieurs années, à travers des micro-projets (construction d’un puits ou d’un marché, don de matériel ou promulgation de soins gratuits, etc.), de « séduire » les populations sahéliennes dans le but de les faire basculer de leur côté, les frappes de drones pourraient aboutir à l’effet inverse.

    "L’armée française arme ses drones, mais le débat est confisqué – Médiapart – 6/9/2020 – Rémi Carayol"

    Officiellement, un drone de l’armée française a frappé pour la première fois le 21 décembre 2019 au Mali. Depuis, cela ne s’arrête pas. Mais on ne connaît jamais les cibles visées, ni le bilan exact des frappes.
    Au centre du Mali, dans les villages les plus reculés du Gourma, plus personne, y compris ceux qui sont dépourvus d’électricité et parfois de réseau téléphonique, ne l’ignore : les drones de l’armée française qui volent dans le ciel par jour de beau temps, invisibles à l’œil nu et inaudibles, ne se contentent plus de surveiller les allées et venues des combattants djihadistes ; désormais, ils frappent.
    Dans un silence de mort, sans que rien ne puisse alerter les populations au sol, ces engins pilotés depuis la base de Niamey, au Niger, lâchent des bombes de 250 kilos guidées par laser, des GBU-12, capables de tuer tout ce qui se trouve dans un rayon d’une dizaine de mètres autour de la cible. Précision : 9 mètres. Rayon d’action : 12,8 km.
    Mais qui, en France, s’en préoccupe ? Combien de Français savent que depuis plus de six mois, leur armée a rejoint le concert restreint des nations possédant des drones tueurs (on en compte une dizaine, parmi lesquelles les États-Unis, le Royaume-Uni, Israël, l’Arabie saoudite ou encore la Turquie), et qu’elle les utilise au Sahel au nom de la lutte antiterroriste ?
    La publicité, lors de l’annonce officielle de l’armement des drones le 19 décembre dernier, en pleine période de fêtes, a été minimale : un communiqué de la ministre des armées, Florence Parly, suivi de quelques articles sur le site du ministère et dans la presse spécialisée.
    Depuis, ça n’arrête pas : selon le journaliste Jean-Marc Tanguy, spécialiste des questions militaires, les avions de chasse et les drones déployés au Sahel auraient largué plus de GBU durant les quatre premiers mois de cette année que tout au long de l’année dernière, lorsque seule la chasse bombardait la zone. Mais on ne connaît jamais les cibles visées, ni le bilan exact de ces frappes, ni même l’identité de leurs victimes. Les drones tuent, mais on ne sait pas qui, ni pourquoi.

    Cette opacité est le fil conducteur de l’histoire des drones en France : depuis que le débat sur leur armement est ouvert, tout est fait pour qu’il ne déborde pas sur l’espace public et reste confiné aux professionnels de la guerre.

    Alors délégué général pour l’armement, Laurent Collet-Billon avait annoncé la couleur en 2014 lors de son audition devant les sénateurs : « Une question majeure demeure : le second système de drone MALE [acronyme de « moyenne altitude longue endurance » – ndlr] doit-il être armable ou non ? N’ouvrons surtout pas le débat. L’important est de les obtenir vite. On verra le reste après ! »

    « Il s’agit d’une tradition bien française, il n’y a aucune transparence en ce qui concerne les sujets liés à la défense, et plus particulièrement les OPEX [opérations extérieures – ndlr], déplore Aymeric Elluin, responsable de plaidoyer Armes et Justice internationale au sein de la section française de l’ONG Amnesty International. On peut en débattre en petit comité, mais jamais devant l’ensemble des Français. Le Parlement n’a aucun pouvoir en la matière. Sur ce sujet, on a un siècle de retard par rapport à d’autres pays, notamment les États-Unis. »

    « Le fonctionnement de la France se rapproche de celui de la CIA, qui ne publie rien, et jamais ne confirme ou n’infirme une attaque », abonde Chris Woods dans un récent numéro de la revue XXI (no 46, hiver 2020). Cet ancien journaliste a créé Airwars, une plateforme qui recense toutes les attaques de drones armés et leurs victimes sur l’ensemble de la planète. Pour lui, « c’est un problème intrinsèque à l’armée française, qui demande une véritable prise de conscience ».

    C’est en 2013, après d’interminables tergiversations liées notamment à des divergences de vue entre l’armée de l’air et l’armée de terre, que la France s’équipe en drones MALE : des Reaper MQ-9 achetés aux États-Unis. Il s’agit alors de les envoyer au plus vite dans le ciel sahélien, où l’armée française se bat depuis le début de l’année. Et il n’est pas question de les armer – du moins pas publiquement.

    Les militaires y sont favorables, mais pas Jean-Yves Le Drian, l’inamovible ministre de la défense de François Hollande. « Il craignait des réactions négatives à gauche », estime un ancien de ses collaborateurs à l’hôtel de Brienne. Aucune étude ne le prouve, mais tout le monde est persuadé que l’emploi de drones armés est mal vu en France. L’exemple américain, médiatisé notamment par le film Good Kill, sorti en salles en 2015, et disséqué par le philosophe Grégoire Chamayou dans un ouvrage publié en 2013 (La Théorie du drone, La Fabrique éditions), fait figure d’épouvantail.

    Au fil des ans, les Américains ont fait du drone leur arme de prédilection. Leur armée mais aussi la CIA en possèdent des centaines, qui survolent en permanence les ciels de l’Afghanistan, du Pakistan, du Yémen et de la Somalie, et qui frappent très souvent, y compris des civils. Selon le Bureau of Investigative Journalism (BIJ), qui recense toutes les frappes de drones américains, entre 910 et 2 200 civils pourraient avoir été tués par des attaques de drones dans ces quatre pays ces quinze dernières années.

    En février 2013, un sénateur américain, Lindsey Graham, affirmait que les attaques de drones de la CIA avaient tué 4 700 personnes. « Parfois on frappe des personnes innocentes, ce que je déteste, mais nous sommes en guerre, et nous avons tué plusieurs hauts responsables d’Al-Qaïda », affirmait ce républicain. Airwars avance de son côté le chiffre de 2 214 civils tués en Syrie, en Irak, en Libye et en Somalie, par des engins américains, mais aussi turcs, saoudiens ou israéliens. Difficile dans ce contexte « d’employer une arme si décriée », admet Chris Woods, le fondateur de l’ONG.

    L’élection d’Emmanuel Macron en 2017 change tout. Quelques jours après son investiture, un rapport réalisé au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat ouvre la voie à l’armement des drones. Comme souvent au sein de cette commission, ses auteurs, Cédric Perrin et Gilbert Roger, recyclent tous les arguments avancés par les militaires. « C’est efficace, économique, et cela permet une meilleure protection des troupes », loue encore aujourd’hui Cédric Perrin, sénateur du Territoire de Belfort. Lors de leur enquête, ils ont auditionné la crème de l’armée et de l’industrie de guerre de la France : Safran, Airbus, Dassault… « On a aussi entendu Amnesty », ajoute le sénateur.

    « Avec un avion de chasse, on ne fait pas d’assassinat ciblé. Avec un drone, si »
    Mais personne n’est dupe : il s’agissait d’un plaidoyer sans équivoque en faveur de l’armement des drones. « Afin d’éviter de susciter des craintes infondées, notent les sénateurs, il convient, en premier lieu, de rappeler les points suivants : la France ne possède que quelques drones MALE (une douzaine à terme) et ce faible nombre interdit de facto d’opter pour la politique d’utilisation massive des drones armés qui est reprochée à certains pays [...] ; l’armée de l’air utilise les drones in situ et non à distance, ce qui relativise l’idée d’une guerre sans risques, à l’origine de nombreuses critiques ; tout comme pour les autres armes, l’utilisation des drones armés par nos forces se conformerait au droit international : respect des règles permettant l’entrée en conflit [...] et respect des règles du droit international humanitaire [...]. »

    La porte est ouverte, il suffit de la pousser. Quelques semaines plus tard, le 5 septembre 2017, à l’occasion de l’Université d’été de la défense organisée à Toulon, Florence Parly, qui estime que les enjeux « ont été parfaitement identifiés et expliqués » par les sénateurs Perrin et Roger, annonce sa décision d’armer les drones. « Les drones sont devenus des moyens incontournables dans les opérations que nous menons au Sahel », déclare-t-elle, tout en précisant que « les règles d’engagement pour les drones armés seront strictement identiques à celles que nous appliquons déjà ».

    Depuis lors, les militaires et les responsables politiques vendent le même « storytelling » : la France n’est pas les États-Unis, clament-ils, et l’on ne reproduira pas les excès constatés au Pakistan ou au Yémen. Selon le sénateur Perrin, l’armée française aurait des règles d’engagement plus rigoureuses et disposerait de meilleurs garde-fous – comme si l’armée américaine n’en avait pas.

    Plusieurs militaires contactés par Mediapart assurent que les règles d’engagement sont les mêmes pour un drone que pour un avion de chasse.

    Mais pour Aymeric Elluin, on oublie, en disant cela, de préciser que les caractéristiques du drone sont différentes de celles du Rafale : « Nous ne sommes pas opposés aux drones armés. Mais nous craignons des dérives. Avec un avion de chasse, on ne fait pas d’assassinat ciblé. Avec un drone, si. N’y a-t-il pas le risque, surtout au Sahel, de voir un glissement vers des pratiques inavouables qui ne respecteraient pas les règles des droits humains, comme des exécutions extrajudiciaires ? Le seul moyen d’éviter une dérive en la matière est de rendre transparentes la chaîne de responsabilité, les règles d’engagement et les enquêtes lorsqu’il y en a. »

    La France pratique depuis longtemps la peine de mort au Sahel – François Hollande ne s’en est jamais caché et Florence Parly ne l’a pas nié lorsque Amnesty l’a interrogée en novembre 2017 dans une correspondance privée.

    Une liste de « high value targets » (cibles de haute valeur) a été établie dès le début de l’opération Serval, menée au Mali entre 2013 et 2014, et ceux qui la composent, des chefs des différents groupes djihadistes, doivent être éliminés. De fait, plusieurs d’entre eux ont été tués ces dernières années, dont l’émir d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), Abdelmalek Droukdel, exécuté le 3 juin dernier au nord du Mali par des hommes au sol, et non par une frappe de drone.

    Présentés comme des succès militaires, ces assassinats ciblés n’en restent pas moins problématiques sur le plan éthique. Mais là aussi, les responsables politiques et militaires préfèrent ne pas en parler. Une étude consacrée aux « aspects juridiques et éthiques des frappes à distance sur cibles humaines stratégiques », et notamment au « niveau d’acceptabilité de ce type d’action », copubliée en mars 2014 par l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) et le ministère de la défense, avait pourtant abordé le sujet sous toutes ses coutures.

    On peut notamment y lire qu’aucune enquête d’opinion n’a été menée auprès de la population française au sujet des drones armés, pour deux raisons surprenantes : d’abord « parce qu’il n’est guère possible en six mois, avec des moyens réduits, de mener une telle enquête » ; ensuite parce que « le sujet est sans doute trop sensible pour prendre le risque d’aller recueillir les appréciations auprès d’un échantillon massif de citoyens sans déclencher des réactions éventuellement hostiles ».

    Autrement dit : les Français pourraient y être opposés et cela demanderait du temps et de l’argent, mieux vaut donc ne pas leur demander leur avis… Les auteurs de l’étude ont préféré plus confortablement enquêter auprès des « prescripteurs d’opinions » : partis politiques, journalistes spécialisés défense, responsables religieux et organisations de défense des droits humains. La plupart ont refusé de se prononcer.

    L’étude relevait tout de même un point important : « Même si la politique américaine est l’objet de la condamnation médiatique, il semble évident que les opérations que les forces armées françaises pourraient mener à l’avenir avec des outils similaires, risquent d’être assimilées à celles des États-Unis [...] et frappées du même opprobre si les armées ne mettent pas en place un certain nombre de mesures d’accompagnement de leur action. »

    Parmi ces mesures, l’étude, qui évoquait un besoin de transparence, proposait de renforcer le contrôle sur la prise de décision concernant l’utilisation de drones armés. Elle recommandait également de « prévoir une information du Parlement a posteriori et à huis clos, en prenant toutes les précautions requises en matière de discrétion ». Aucune de ces propositions n’a été adoptée.

    Le rapport du Sénat qui a ouvert la voie au ministère des armées pour armer les drones défendait lui aussi « la nécessité d’une certaine transparence ». Les sénateurs proposaient l’organisation d’un débat au Parlement sur la question – celui-ci n’a jamais eu lieu – et prônaient « une information régulière de la représentation nationale » – cela n’a jamais été fait.

    Afin de « prévenir certaines critiques infondées », ils jugeaient utile de « mettre en place des mesures de transparence », comme c’est le cas aux États-Unis et au Royaume-Uni. Ils enjoignaient aux autorités de « communiquer sur les frappes menées au cours de conflits », et, « en cas d’éventuel dommage collatéral d’ampleur causé par un drone armé », à « rendre publics les résultats des investigations menées » sur le terrain. « Un bilan des frappes, avec le nombre de combattants ennemis neutralisés et les éventuels dommages collatéraux, pourrait être périodiquement publié », détaillaient-ils.

    Or, depuis huit mois, le ministère des armées et l’état-major refusent de donner ces informations, même lorsqu’il y a une suspicion de victimes civiles, comme ce fut le cas au mois de février au Mali (lire ici l’enquête de Mediapart). Questionnée à de multiples reprises par Mediapart sur les circonstances dans lesquelles les drones français ont frappé au Sahel (lieu exact, contexte, cible, nombre de victimes, identité des victimes), l’institution militaire est restée muette.

    #Afrique #France #Sahel #Conflits #Drones_armés

  • Dans la guerre économique sino-américaine, TikTok pris en étau
    https://www.mediapart.fr/journal/international/250820/dans-la-guerre-economique-sino-americaine-tiktok-pris-en-etau

    L’affrontement entre l’administration Trump et le groupe chinois ByteDance auquel appartient le réseau social TikTok prend désormais un tour judiciaire. Alors que la guerre économique entre la Chine et les États-Unis bat son plein, le président américain a publié un décret le 6 août interdisant le téléchargement de l’application sous 45 jours. TikTok contre-attaque et annonce porter plainte. Quand on tape « Donald Trump » dans la barre de recherche du réseau social chinois au 800 millions d’utilisateurs, (...)

    #ByteDance #Microsoft #Oracle #TikTok #WeChat #manipulation #domination #données (...)

    ##élections

  • En Côte d’Ivoire, des marins pêcheurs dénoncent un « esclavagisme moderne » à bord de bateaux français et espagnols - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/international/190820/en-cote-d-ivoire-des-marins-pecheurs-denoncent-un-esclavagisme-moderne-bor

    Le #thon_en_boîte des marques #Saupiquet ou #Albacora a comme un arrière-goût de #racisme. Malgré la peur des représailles, des marins pêcheurs ivoiriens ont accepté de se livrer sur leur quotidien à bord de thoniers français et espagnols. Des injures racistes aux grossièretés – « Regarde-moi ce singe ! », « Sale nègre », « Hijo de puta », « Va chier ! » –, la vie en mer est devenue un cauchemar auquel ces travailleurs sans autre qualification ne peuvent échapper.

    Sans parler de la discrimination et des #inégalités. « À bord du bateau, les Blancs sont aux postes de commandement tandis que nous, les Noirs, sommes assignés aux tâches manuelles et physiques », déplore Constant*, qui travaille pour une compagnie du groupe Albacora (Espagne).

    « On fait tous les travaux difficiles, enchaîne un autre. Même ceux que le mécanicien devrait faire. Pendant ce temps, l’équipage blanc se repose et nous crie dessus. » Depuis sept ans, Alain* travaille sur des bateaux espagnols d’Albacora, pour des journées de travail allant de cinq à dix-neuf heures, sans pause.

    #pêche #agroalimentaire #esclavage

  • Clearview AI, le cauchemar de la reconnaissance faciale devient réalité - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/international/200820/clearview-ai-le-cauchemar-de-la-reconnaissance-faciale-devient-realite?ong

    Imaginée et financée par des personnalités de la droite américaine radicale, l’application de la société Clearview AI permet d’identifier une personne en comparant une photo à toutes celles, publiques, postées sur Internet. Alors que le logiciel était utilisé secrètement par des policiers et des entreprises, la société vient de signer un contrat avec les services américains de l’immigration.

    #paywall it haz begun @etraces

  • La crise du Liban est une crise du néolibéralisme | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/international/230720/la-crise-du-liban-est-une-crise-du-neoliberalisme?onglet=full


    Par Romaric Godin

    De fait, le Liban peut devenir une forme de cas d’école du genre. On se souvient que la particularité du néolibéralisme réside dans un État mis au service du capital, principalement financier. L’État libanais va être utilisé à cet effet comme peu d’autres. D’abord, dès 1991, le Parlement vote le transfert de la propriété de dizaines de milliers de petits propriétaires du centre de Beyrouth à un promoteur immobilier, Solidere, détenu par des investisseurs du monde arabe et des Libanais, dont Hariri. Ce type de transfert va se multiplier. Comme le souligne l’historien spécialiste du Liban à l’université de Liverpool Hannes Baumann, dans un texte de janvier 2019, le Conseil de développement et reconstruction, créé dans les années 1960 pour favoriser le rôle de l’État, est alors mis au service de ce développement immobilier. Progressivement, le centre historique de Beyrouth est rasé pour laisser place à de grands ensembles d’immobilier de luxe.

    Mais une telle stratégie ne pouvait fonctionner qu’avec une monnaie forte et stable. Les investisseurs étrangers ne viendraient pas placer leur fortune au Liban pour la perdre ensuite en dévaluations. Il fallait donc stabiliser la monnaie. À l’automne 1992, le gouvernement décide de donner à la banque centrale, la Banque du Liban (BDL), la charge unique de la stabilisation de la livre libanaise, avec pour ambition de l’ancrer à un taux de change stable par rapport au dollar. C’est chose faite en décembre 1997, où la valeur de la livre est fixée à 1 500 par dollar. Avec cet ancrage, les dirigeants libanais espèrent faire d’une pierre plusieurs coups : favoriser non seulement l’immobilier, mais aussi le secteur financier, et mettre fin à la vie chère en réduisant les prix à l’importation.

    Bref, c’est la stratégie classique du « ruissellement » qui est mise en œuvre au Liban. On espère que les investissements étrangers vont se traduire par des emplois et un développement plus large. Pour être bien sûr de ne pas effrayer les riches, on fait reposer la fiscalité sur la TVA, plus que sur un impôt progressif. En cela, le Liban ne fait pas exception à cette époque. C’est le choix de plusieurs pays émergents alors, tels que la Bulgarie, la Croatie, l’Albanie ou l’Équateur, par exemple. Autant de pays où le ruissellement se fait toujours attendre…

    Ce sera aussi le cas au Liban. Pendant une grosse dizaine d’années, le système tient tant bien que mal. Mais, comme le souligne Hannes Baumann, le capitalisme libanais prend de plus en plus une forme rentière qui est assez spécifique du néolibéralisme, mais a été poussée à des niveaux très élevés dans ce pays. Alors que le Libanais moyen n’avait guère les moyens ni d’investir, ni d’habiter dans les résidences luxueuses construites par centaines à Beyrouth, les plus riches, eux, profitaient pleinement des effets de la politique de la Banque du Liban.

    Les effets dévastateurs de la politique monétaire
    En effet, pour maintenir la parité de la livre libanaise, la BDL a cherché à attirer les réserves en devises de la diaspora libanaise, des plus riches et des investisseurs du Golfe avec de très généreux taux d’intérêts. Concrètement, la BDL empruntait effectivement les devises aux banques commerciales libanaises qui, elles, les récoltaient auprès des investisseurs avides de taux élevés. Cela permettait à la BDL de disposer de réserves pour financer le déficit courant du pays et, le cas échéant, défendre la monnaie. Mais ce système ne fonctionne que si le pays utilise effectivement sa stabilité monétaire pour financer son développement, réduire son déficit commercial et, in fine, pouvoir réduire les taux. Ce n’est pas du tout ce qui s’est produit au Liban.

    L’économiste Toufic Gaspard, de l’université du Sussex, a étudié de près, dans un article de 2017, cette politique monétaire de la BDL et en a montré la nocivité. Sur la période allant de 2011 à 2016, le taux payé pour les dépôts en dollars par la banque centrale était en moyenne supérieur de 5 points de pourcentage au taux interbancaire de référence, le Libor. « À tous points de vue, le taux d’intérêt de la BDL est très généreux », conclut-il. Selon lui, un taux allant de 2 à 2,5 % aurait permis d’attirer les dollars dans les caisses de la BDL.

    Le siège de la Banque du Liban (BdL) à Beyrouth. © DR
    Or cette générosité a de nombreuses conséquences négatives. D’abord, les banques commerciales préfèrent évidemment prêter leurs fonds à la généreuse BDL plutôt qu’à l’économie libanaise. Près des trois quarts des bilans des banques libanaises sont ainsi constitués de créances sur la BDL ou l’État. À l’inverse, il est donc très difficile de financer des investissements productifs au Liban. Dès lors, seuls les projets très rentables comme l’immobilier de luxe sont financés ; l’outil productif, lui, est resté inexistant.

    À quoi bon, au reste ? La stabilité de la livre offrait effectivement un pouvoir d’achat supérieur en importations aux Libanais par rapport à la plupart de leurs voisins. Pourquoi se lancer dans la construction d’une usine lorsqu’il est meilleur marché d’importer les biens que de les produire ? Pourquoi investir dans l’outil productif en devant s’endetter à des taux prohibitifs lorsque la BDL offre des taux fabuleux pour l’emploi de son argent ?

    Le pays a alors connu un effet d’éviction de sa structure productive vers la finance. Globalement, le Liban pouvait, avec cette monnaie forte, avoir l’illusion de vivre sur les importations. La balance des paiements affiche donc un déficit de près d’un quart du PIB, ce qui suppose un afflux de devises important et, partant, un maintien du système de monnaie forte et de taux élevés.

    Une petite classe moyenne a certes pu voir le jour dans les années 2000 dans ce système, formée de négociants d’import-export, de responsables du secteur du tourisme ou d’employés du secteur financier. Mais, globalement, la croissance libanaise a été profondément inégalitaire. Ce sont les détenteurs de la richesse financière qui ont profité de ces politiques.

    Les chiffres du World Inequality Database (WID) sur le pays sont sans appel. Entre 1990 et 2016, la part de la richesse nationale détenue par les 10 % les plus riches est passée de 52 % à 57,1 %, tandis que celle détenue par les 50 % les plus pauvres est passée de 12,9 % à 10,7 %. Désormais, la moitié de la population détient moins de richesse que les 0,1 % les plus riches, qui captent 11,1 % du revenu national. Le ruissellement a échoué, au Liban comme ailleurs.
    [...]
    Dans ces conditions, l’État libanais, en bon État néolibéral, est venu colmater, tant bien que mal, les brèches. L’emploi public est parvenu à assurer une certaine stabilité de la demande intérieure. Mais le Liban étant ce qu’il est, cet emplois public a, bien sûr, été souvent détourné à des fins communautaires pour « récompenser » des services politiques. Cela a sans doute gonflé la dépense publique et réduit l’efficacité de l’État. Cette corruption a aussi conduit à une préférence pour la dépense courante plutôt que pour l’investissement.

    Ainsi, Électricité du Liban (EdL), l’entreprise d’État qui gère le réseau électrique, est souvent présentée comme la preuve de la mauvaise gestion étatique. C’est indéniable. La corruption a gonflé les effectifs au détriment des investissements de maintenance. Mais le point essentiel est que l’État n’avait guère d’intérêt à développer les centres de production libanais et leur productivité puisque les importations étaient bon marché grâce à la monnaie forte.

    En réalité, ne voir dans la crise libanaise que le résultat d’un État trop présent et corrompu est un raccourci qui manque l’essentiel. L’État néolibéral est, par nature, au service des intérêts du capital, et sa fonction est souvent de pourvoir aux conséquences néfastes de cette politique par d’importants déficits publics. En l’espèce, l’immense déficit de l’État libanais de 9,6 % du PIB l’an passé, qui a conduit la dette publique à atteindre 155 % du PIB, s’explique non pas par une générosité immense de l’État providence libanais, mais par le modèle économique néolibéral.

    D’un côté, pour ne pas effrayer les capitaux étrangers, on a limité les recettes fiscales en renonçant à tout impôt sur les revenus du capital et en frappant d’abord les petits revenus et la consommation. De l’autre, pour assurer la stabilité monétaire, on a dû consentir des taux d’intérêts très élevés pour financer le déficit. L’effet « boule de neige » de ces taux, qui veut que lorsque l’on emprunte à des taux trop élevés on doive emprunter plus au fil du temps, a été redoutable pour le Liban. Le service de la dette compte alors pour 9,5 % du PIB en 2019…

    #néolibéralisme #finances #banques #Liban #corruption

    Pour ma part, je pense que mettre l’endettement et la corruption d’EDL sous l’étiquette du néolibéralisme, alors même que tout a été fait pour ne pas privatiser cette entreprise est assez paradoxal. Mais c’est un peu une discussion de détail. La question n’est pas celle de l’étiquette, n’en déplaise à mes collègues universitaires : cet article propose une analyse convaincante de la crise économique libanaise

  • En Grèce, la gauche convalescente pâtit encore de l’échec de Syriza
    3 AOÛT 2020 PAR ELISA PERRIGUEUR

    Le parti conservateur Nouvelle Démocratie est en position de force. Face à sa politique de plus en plus ferme et à l’ordre néolibéral qu’il met en place à l’issue de la première phase de la crise sanitaire, la gauche a du mal à être entendue.

    Athènes (#Grèce).– #Athènes, fin juillet 2020. Les manifestations sont désormais restreintes, comme le prévoit la loi tout juste adoptée au Parlement. Le gouvernement jugeait que les rassemblements paralysaient l’activité des commerçants, déjà rendue difficile par le #Covid-19. En cette période estivale, les #réfugiés des camps d’identification dits « hotspots » ne sont pas libres de leurs mouvements, car le ministère de l’immigration limite toujours leurs déplacements, officiellement « par mesure de précaution » en raison du virus.

    Deux mois après la fin du #confinement, la droite Nouvelle Démocratie (ND) applique sans obstacle sa politique conservatrice sous le sceau de la loi et l’ordre. Le faible impact sanitaire du coronavirus sert son entreprise. Le parti est plébiscité pour sa bonne gestion au début de la pandémie. 

    En face, l’opposition de #gauche parlementaire, composée de #Syriza, la principale force, des communistes du KKE et des altermondialistes du parti #MeRA_25, critique le manque d’action sociale et les faibles moyens alloués à l’hôpital public durant le confinement. Mais elle a visiblement bien du mal à se faire entendre. 

    « La Grèce vit actuellement dans un espace de non-idée à gauche, constate Filippa Chatzistavrou, politiste de l’université d’Athènes. Le premier ministre Kyriakos Mitsotakis intervient dans l’urgence dans cette crise. Il joue un rôle de pompier globalement apprécié par la société. » Quant aux difficultés de la gauche, elles sont plus anciennes que la pandémie, ajoute-t-elle. « C’est l’échec de Syriza qui a fait perdre espoir à beaucoup de citoyens. » 

    Pour comprendre la désillusion de l’électorat de la gauche grecque, il faut remonter à la « capitulation idéologique », selon l’expression de ses partisans amers. Elle a eu lieu le 13 juillet 2015, lorsque l’ancien premier ministre de gauche radicale Alexis #Tsipras a signé le troisième #mémorandum. Selon le parti Syriza, il s’agissait d’éviter une sortie de la zone #euro

    Les électeurs séduits par son programme anti-#austérité, issus du centre, de l’extrême gauche, voire du mouvement anarchiste, ont alors subi un #choc. Beaucoup parlent toujours de « trahison ». D’autant que quelques jours plus tôt, le 5 juillet 2015, 61,3 % des électeurs avaient exprimé leur refus aux mesures d’austérité des créanciers lors d’un référendum. Sur les murs d’Athènes, quelques tags défraîchis « Oxi » (« Non », en grec) rappellent encore aujourd’hui cette séquence intense pour la gauche grecque. 

    « Je n’étais pas d’accord avec ce mémorandum même si on ne connaît pas les dessous des négociations, il y avait beaucoup de pressions de la part des médias, de l’UE… Le tout sur fond de crise des réfugiés [qui venaient en nombre depuis la Turquie –ndlr]… », se souvient Nikolaos Kourampas, 49 ans, géologue qui partage sa vie entre la Grèce et l’Écosse. Il vote encore Syriza, mais « sans grande conviction ».

    La sanction est tombée cinq ans après le référendum lors des législatives anticipées de juillet 2019, auxquelles seulement 58 % des inscrits ont participé. Syriza a été devancé de huit points par la droite ND qui a obtenu 39,8 % des suffrages. Syriza a remplacé l’ex-parti socialiste Pasok comme principale force d’opposition de gauche au Parlement. L’historique mouvement socialiste s’est, lui, fondu dans une coalition centriste baptisée Kinal.

    « Les électeurs de gauche attendaient de Syriza qu’il revendique une véritable idéologie contre ce système d’austérité, qu’il propose une politique alternative dépassant les ordres néolibéraux des créanciers internationaux, ce que le parti n’a pas fait. Aujourd’hui, ces personnes, traumatisées, ont perdu confiance et ne s’intéressent plus à l’activité parlementaire », décrypte Seraphim Seferiades, directeur d’un laboratoire de recherches sur les politiques contestataires à l’université Panteion, à Athènes. 

    Syriza paie toujours son retournement lors du #référendum de 2015, estime aussi l’Athénien Ramin Bakhtiari, 35 ans, salarié d’une organisation internationale d’aide aux migrants. Lui a voté pour le parti de gauche en 2019, « uniquement pour tenter de barrer la route à la ND, ultralibérale, qui veut transformer la Grèce en hôtel », résume-t-il. Ce dernier apprécie la « ligne sociale » du parti, qui durant son mandat a mis en place une aide humanitaire pour les plus démunis, augmenté le salaire minimum, etc. « Mais il se voulait parti antisystème en 2015, il est devenu un parti systémique », regrette-t-il.

    Syriza s’est en effet transformé au contact du pouvoir entre 2015 et 2019, constate la politiste Filippa Chatzistavrou. « Mais au lieu de renforcer sa présence dans les syndicats [puissants en Grèce – ndlr] ou au niveau local, le mouvement a préféré constituer un cercle de fidèles autour d’Alexis Tsipras et passer à une organisation verticale. »

    Syriza défend désormais sa position de poids au Parlement. « Élu avec 31 % des suffrages, le parti s’est établi comme la force dominante des politiques de gauche et progressiste en Grèce, insiste son porte-parole Alexis Charitsis. Néanmoins, nous sommes ouverts aux critiques. Nous répondons à ceux qui disent à Syriza de “faire plus” avec notre programme déterminé “Restons debout”. » Lancé à la fin du confinement, ce dernier privilégie l’action sociale. 

    Syriza propose entre autres « des aides sans conditions aux entreprises, particulièrement les PME, le soutien financier aux indépendants et aux scientifiques, un salaire minimum pour les plus vulnérables », détaille Alexis Charitsis. « La période actuelle d’instabilité, de désespoir et d’austérité n’est pas le résultat de la pandémie mais de la politique gouvernementale consistant à prioriser les intérêts des oligarques et des grandes sociétés. »

    Mais dans l’hémicycle, aucune alliance ne semble possible face à une droite majoritaire. Le parti communiste #KKE, auquel quelques déçus de Syriza ont donné leur voix en juillet 2019, estime qu’« une grande partie du peuple grec est aux limites de la survie », dénonce l’eurodéputé communiste Lefteris Nikolaou-Alavanos. « Le résultat d’une gestion du gouvernement grec, avec l’accord des partis politiques bourgeois tels que Syriza, Pasok ou Kinal », ajoute-t-il.

    Ce parti post-stalinien à la culture très militante, qui continuer à placer la lutte des classes au cœur de sa politique, a toujours fait cavalier seul. Le KKE stagne au Parlement avec des scores allant de 5 à 8 % des voix depuis le milieu des années 1990.

    D’autres déçus de Syriza ont donné leur bulletin au jeune parti de gauche radicale MeRA25. Mais son leader, Yanis #Varoufakis, divise. Les critiques jugent l’ancien ministre des finances de Syriza trop « narcissique » ou « provocateur ».

    Dimitri*, trentenaire athénien, admire celui « qui a tenté de négocier un accord juste en 2015 alors que les autres membres de Syriza étaient paniqués [au cours des réunions tendues de l’Eurogroupe pour trouver une solution à la crise de la dette, comme l’ont montré (écouter ici) les enregistrements « Varoufakis Leaks » diffusés sur Mediapart]. » Et d’ajouter : « MeRA25 a un programme clair en cas de prise de pouvoir. »

    Parmi ses propositions figurent la réduction de la TVA de 24 % à 15 ou 18 %, la création d’une taxe spéciale pour les banques ou les étrangers ayant investi dans l’immobilier pour obtenir un « golden visa » [permettant à des ressortissants non européens de s’établir et voyager dans l’UE – ndlr]. 

    En dépit d’une offre politique peu inspirante, la société civile est prête à bouger. Les violences policières de plus en plus visibles, le traitement controversé des réfugiés, les projets jugés anti-écologiques du gouvernement alimentent une résistance sociale. Elle se manifeste chez des mouvements autonomes, des initiatives anarchistes ou anticapitalistes ou de partis extra-parlementaires, à l’origine de manifestations récentes. 

    « Pendant le confinement, nous avons organisé des actions contre le fascisme, en faveur de l’hôpital, plusieurs collectes pour les réfugiés », assure Petros Constantinou, l’un des membres du front extra-parlementaire Antarsya, qui rassemble des organisations trotskistes et anticapitalistes. Ses quelques milliers d’adhérents, favorables entre autres au « Grexit » et à l’effacement de la dette, tentent d’être de toutes ces luttes contre le pouvoir. 

    « Malheureusement, cette gauche extra-parlementaire milite aujourd’hui dans un registre de résistance en proposant des solutions maximalistes [comme la sortie de l’euro ou de l’Otan – ndlr] difficilement applicables dans la conjoncture actuelle, estime la politiste Filippa Chatzistavrou. Ce contre-système attire les jeunes politisés mais n’est qu’un canal de colère. » 

    Ces résistances pourraient permettre à la gauche radicale de se renouveler, pense au contraire l’expert Seraphim Seferiades. « Je ne serai pas surpris qu’un processus de formation d’une force politique composée de plusieurs groupes soit en cours à l’extérieur de l’hémicycle, dit-il. C’est le même schéma qui avait mené dans les années 2000 à la formation de la coalition Syriza. » Ce processus, qui avait pris de court les partis traditionnels, avait abouti en 2015 à l’accession au pouvoir du parti de gauche radicale.

    https://www.mediapart.fr/journal/international/030820/en-grece-la-gauche-convalescente-patit-encore-de-l-echec-de-syriza

  • Israël, Etat d’apartheid ?
    1 AOÛT 2020 PAR RENÉ BACKMANN

    L’organisation israélienne de défense des droits humains Yesh Din a analysé le régime d’occupation imposé par #Israël en #Cisjordanie à la lumière des définitions de l’#apartheid fournies par les Nations unies et la Cour pénale internationale. Conclusion : le crime contre l’humanité d’apartheid est perpétré en Cisjordanie. Les auteurs du crime sont israéliens et les victimes sont les #Palestiniens.

    L’État d’Israël est-il un régime d’apartheid ? Depuis des décennies l’accusation a été portée, avec une intensité et une fréquence croissantes, contre le pouvoir israélien en raison de la forme d’administration arbitraire et brutale imposée à la Cisjordanie et à ses habitants, du traitement discriminatoire réservé à ses citoyens palestiniens, du contrôle total exercé sur Jérusalem-Est, de son comportement avec les Bédouins du Negev, ou de la nature même du sionisme, comme concept et mouvement.

    La construction, à partir du début des années 2000, du mur et du grillage baptisés « barrière de sécurité » par le gouvernement israélien, mais instaurant une véritable séparation de fait entre colons israéliens et Palestiniens, a été, dans la construction de ce réquisitoire, une étape majeure. Car elle a fourni des arguments de poids à ceux – militants des droits humains, juristes, journalistes, politiciens israéliens et palestiniens – qui dénonçaient, derrière le renforcement continu de la colonisation, la dérive incontrôlable vers une politique d’apartheid. Un apartheid à double effet, pourrait-on même dire car le mur et la barrière séparent globalement les Israéliens des Palestiniens, mais aussi, en plusieurs points, comme à l’est de Jérusalem par exemple, des Palestiniens d’autres Palestiniens, otages des méandres coloniaux du mur/barrière.

    Et la promesse récente d’annexion d’une partie au moins de la Cisjordanie, avancée par Benjamin Netanyahou avec le soutien de Donald Trump – même si elle est, pour le moment, en panne – a provoqué une nouvelle salve de soupçons et d’accusations. Zulat, un nouveau groupe de recherches qui milite pour « l’égalité et les droits de l’homme », vient de publier un rapport de 34 pages affirmant qu’il ne s’agirait pas seulement, dans ce cas, d’annexion mais d’apartheid. Le document, fruit des réflexions d’une demi-douzaine de juristes, universitaires et diplomates, démontre notamment comment, en sept étapes, le premier ministre israélien entend « mettre en œuvre un plan qui transformera l’État d’Israël démocratique en État d’apartheid ».

    Caricature rhétorique ? Anticipation polémique ? Hallucination idéologique ? Pour tenter d’en finir avec le procès en radicalisme subjectif fait aux dénonciateurs de la dérive « sud-africaine » du gouvernement israélien, l’ONG israélienne Yesh Din (« Il y a une justice ») a confié à un groupe d’experts – avocats, politologues, magistrats –, comprenant notamment un ancien procureur général de l’État, la mission de vérifier si le crime d’apartheid, tel qu’il est désormais défini par le droit international, est perpétré par Israël.

    Yesh Din était on ne peut mieux armée pour entreprendre cette étude. Depuis 2005, cette discrète ONG, patronnée par des personnalités aussi éminentes et respectables que le dramaturge Joshua Sobol, le sculpteur Dani Karavan ou l’universitaire récemment décédé Zeev Sternhell, fournit une assistance juridique aux Palestiniens, dont les droits sont violés par les autorités israéliennes ou des citoyens israéliens. Le résultat des recherches de Yesh Din, un rapport de 58 pages, a été publié en juin sous le titre : « L’occupation israélienne de la Cisjordanie et le crime d’apartheid : avis juridique. » 

    Riches des enseignements rassemblés en 15 ans sur le terrain par les volontaires, juristes et chercheurs de Yesh Din, les experts ont analysé la nature du régime militaire en Cisjordanie, ainsi que les lois, pratiques et politiques mises en œuvre dans les territoires occupés par l’armée.

    Ils ont ainsi examiné en détail l’entreprise de colonisation, les expropriations massives – souvent sous des prétextes de sécurité –, le détournement des ressources au bénéfice des colons et au détriment des résidents palestiniens, et l’existence du système juridique dual instauré dans le territoire – une loi s’appliquant aux Israéliens, une autre aux Palestiniens. Avec, en tête deux questions majeures : 1) l’occupation explique-t-elle, à elle seule, ce qui se passe en Cisjordanie et ce qu’Israël y a créé, ou une autre construction légale s’y ajoute-t-elle ? 2) L’État d’Israël a-t-il institué un régime d’apartheid en Cisjordanie et si c’est le cas, le crime d’apartheid y est-il commis ?

    Car, rappellent les auteurs du document, l’apartheid, après avoir été l’idéologie d’un régime mis en place en un lieu précis – l’Afrique du Sud – à un moment précis du XXe siècle, « est aujourd’hui une forme particulière de crime contre l’humanité, qui correspond à une définition précise. Et bien que son origine soit historiquement liée au régime raciste d’Afrique du Sud, c’est désormais un concept juridique indépendant qui peut exister sans être fondé sur une idéologie raciste ».

    Pour le droit international, il existe aujourd’hui, en fait, deux définitions de l’apartheid. Celle de la Convention internationale des Nations unies adoptée en novembre 1973 et entrée en vigueur en juillet 1976 ; et celle du Statut de Rome, entré en vigueur en juillet 2002, qui crée la Cour pénale internationale et considère l’apartheid comme l’un des dix crimes contre l’humanité relevant de sa compétence. Les deux textes diffèrent sur certains points mais s’accordent sur une base commune, selon laquelle on entend par crime d’apartheid « des actes inhumains commis dans le cadre d’un régime institutionnalisé d’oppression systématique et de domination d’un groupe racial sur tout autre groupe racial ou tous les groupes raciaux et dans l’intention de maintenir ce régime ».

    Plus détaillée que le Statut de Rome, la Convention de l’ONU énumère ensuite neuf « actes inhumains » qui caractérisent le crime d’apartheid. Parmi ces « actes inhumains » figure notamment le fait de « prendre des mesures, législatives ou autres, destinées à empêcher un groupe racial ou plusieurs groupes raciaux de participer à la vie politique, sociale, économique et culturelle du pays et créer délibérément des conditions faisant obstacle au plein développement du groupe ou des groupes considérés, en particulier en privant les membres d’un groupe racial ou de plusieurs groupes raciaux des libertés et droits fondamentaux de l’homme, notamment le droit au travail, le droit de former des syndicats reconnus, le droit à l’éducation, le droit de quitter son pays et d’y revenir, le droit à une nationalité, le droit de circuler librement et de choisir sa résidence, le droit à la liberté d’opinion et d’expression et le droit à la liberté de réunion et d’association pacifiques ».

    Compte tenu des définitions de l’apartheid admises par le droit international, et des « actes inhumains » qui le caractérisent, le crime d’apartheid est-il commis en Cisjordanie, au regard des institutions, règlementations, législations et pratiques instaurées par Israël dans les territoires qu’il occupe et colonise ?

    Pour répondre à cette interrogation centrale, l’auteur du rapport, l’avocat Michael Sfard, et les cinq experts qui ont contribué à cette étude juridique ont d’abord longuement analysé l’histoire de l’apartheid et les éléments qui caractérisent ce crime, avant de passer au crible du droit international la vie quotidienne des Palestiniens telle qu’elle a été observée, au fil du temps, par les volontaires de Yesh Din. Rigoureuse et documentée, cette enquête occupe plus de la moitié du document.

    Le crime d’apartheid est perpétré en Cisjordanie

    Composante majeure de la situation d’apartheid, la présence, dans le même espace géographique, de deux groupes nationaux est évidente en Cisjordanie, où coexistent des Juifs israéliens et des Palestiniens, les seconds constituant 86 % de la population totale. Mais la situation locale est particulière, notent les auteurs du rapport, car, à « la domination et l’oppression » de l’occupation militaire, s’ajoute la présence d’une importante population de colons. Ce qui, indiscutablement, constitue « un élément du crime d’apartheid ». D’autant que l’inégalité des statuts civiques et politiques des uns et des autres est patente.

    « L’une des communautés, soulignent les auteurs du document, est constituée de civils vivant sous occupation, sous l’autorité de militaires et soumis à des lois dont ils ne peuvent en rien influencer la création. L’autre est constituée de citoyens du pays occupant. La première n’a aucun droit civique, la seconde a tous ses droits civiques et dispose de toute l’influence politique dont bénéficient les citoyens d’une démocratie. L’une est politiquement invisible tandis que l’autre jouit d’un grand pouvoir politique. »

    Le statut des Palestiniens, dans ce système, est d’autant plus pesant qu’ils sont gouvernés par des militaires en vertu d’un régime juridique qui cumule la réglementation militaire israélienne et les législations jordanienne, britannique et ottomane, le tout subordonné, au moins en théorie, à la législation internationale régissant l’occupation militaire. Le régime des colons israéliens qui vivent parmi eux est en revanche totalement civil, fondé sur les lois adoptées par le Parlement israélien qu’ils élisent et où ils peuvent se faire élire.

    Autre trait caractéristique de la « séparation » entre Israéliens et Palestiniens en Cisjordanie : elle est fondée sur un régime de permis qui ne s’applique qu’aux Palestiniens. Aucun Palestinien ne peut entrer dans une zone où existe une présence israélienne – civile ou militaire – sans raison précise et, surtout, sans disposer d’un permis spécial délivré – ou non – par « l’administration civile » israélienne, c’est-à-dire par la branche de l’armée qui gère l’occupation.

    A l’origine, il s’agissait d’interdire l’entrée des Palestiniens dans les colonies, puis dans l’espace qui les entoure, appelé « zone de sécurité spéciale ». Par la suite, après la construction du mur/barrière, lorsque des centaines de kilomètres carrés de terres palestiniennes se sont retrouvés isolés entre le mur et la « Ligne verte », qui définit le contour de la Cisjordanie, le régime des permis a été étendu à cette « zone de jonction ».

    Et les Palestiniens qui se sont retrouvés séparés de leurs terres agricoles par le mur doivent disposer d’un permis pour entretenir leurs terres ou veiller sur leurs vergers, alors que n’importe quel israélien juif ou touriste étranger peut y accéder librement. Selon une étude conduite par le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), auprès de 67 communautés palestiniennes, 18 % seulement des agriculteurs qui cultivent des terres dans la « zone de jonction » ont obtenu le permis nécessaire pour continuer leur travail.

    À ce régime de permis s’ajoute, pour souligner encore la séparation entre Israéliens et Palestiniens, un réseau compliqué de routes spécifiques, baptisé par les militaires israéliens « dérivations » ou « routes de contournement ». Assigné aux seuls véhicules palestiniens et beaucoup moins bien entretenu que le réseau réservé aux colons, cet enchevêtrement de routes secondaires tortueuses oblige les Palestiniens à de longs détours jalonnés de tunnels – lorsqu’ils croisent une route principale réservée aux Israéliens –, mais il permet aux colons de circuler sans jamais rencontrer les véhicules portant les plaques blanches et vertes délivrées par l’Autorité palestinienne.

    Peinture murale reprenant le cri d’Edvard Munch sur le mur séparant la Cisjordanie © Artur Widak / NurPhoto / NurPhoto via AFP
    Comme le statut civique, la forme de citoyenneté, le régime des permis ou la séparation des réseaux routiers, la disposition de la terre, la pratique des expropriations et l’accès comparé des deux groupes nationaux aux « terres d’État » constituent, aux yeux des experts de Yesh Din, des marqueurs caractéristiques de la discrimination dont l’examen s’avère éloquent. Car « l’administration civile » en fait, depuis des décennies, un usage aussi arbitraire que récurrent.
    Invoquant une interprétation controversée de la « loi de la terre » ottomane de 1858, qui déclare « terres d’État » les terres agricoles qui n’ont pas été cultivées de manière continue, « l’administration civile » a déclaré entre 1978 et 1992 « terres d’État » près de 30 % de la superficie de la Cisjordanie – hors Jérusalem-Est. La majeure partie de ces terres, utilisées à l’origine par les Palestiniens pour y élever leur cheptel et développer leurs villages, ont été – et sont encore – affectées à la construction et à l’extension continue des colonies.

    Les auteurs du rapport de Yesh Din constatent que d’après les documents qu’ils ont consultés, seulement 0,24 % des « terres d’État » ont été allouées depuis 1967 à des « entités palestiniennes », alors que plus de 99,26 % ont été attribuées à l’Organisation sioniste mondiale qui développe des colonies, à des colonies déjà existantes, à des ministères israéliens ou à de grandes entreprises israéliennes.

    À ces expropriations ordonnées et exécutées par l’État israélien s’ajoutent, soulignent les auteurs du rapport, les « appropriations violentes » pratiquées par les colons. « Même si cette violence n’est pas perpétrée par le régime, notent les experts, l’aveuglement volontaire des autorités, l’absence de toute volonté de faire respecter la loi et la légitimation rétroactive par les autorités de la présence des colons sur les terres qu’ils viennent de s’approprier illégalement ne laissent pas d’autre choix que de tenir le régime pour responsable. » Selon une étude de Yesh Din réalisée en janvier 2019, près de 30 « avant-postes » investis par des colons avaient été rétroactivement autorisés et 70 autres étaient en voie de « régularisation ».
    « En plus de ces discriminations en matière de droits et d’usage des ressources, le régime d’occupation utilise diverses mesures, dont certaines sont draconiennes, pour éliminer toute forme de résistance, même lorsqu’elle est non violente, constate le rapport. Des ordres militaires limitent les protestations non violentes et interdisent manifestations, réunions publiques et cortèges. Le régime militaire s’appuie systématiquement sur la détention administrative et la criminalisation des associations politiques pour empêcher toute opposition. Toutes les principales organisations politiques palestiniennes, y compris le Fatah et l’OLP avec lesquels le gouvernement israélien a conclu des accords, ont été déclarées associations interdites ou organisations terroristes, et des milliers de Palestiniens ont été emprisonnés pour leur appartenance à ces organisations, même s’ils n’ont participé à aucune action violente. »

    Ajoutée au déni de toute expression et représentation démocratique lié au statut spécifique des Palestiniens de Cisjordanie, et à la négation de toute liberté de résidence et de mouvement, cette criminalisation de toute opposition, même non violente, confirme que la préservation, la protection du régime imposé par l’occupant est l’une des caractéristiques majeures des institutions mises en place et consolidées par Israël. « Les changements que les gouvernements israéliens ont infligés à la Cisjordanie ont été si profonds, les efforts accomplis pour renforcer l’emprise israélienne sur la région et affaiblir les Palestiniens si intenses, constatent les experts de Yesh Dini, que l’évidence, accumulée au fil des ans, de l’intention israélienne de maintenir son contrôle permanent sur la région est solide, au point d’être sans équivoque, manifeste et probante. » Or, cette « intention de maintenir le régime institutionnalisé d’oppression » est l’un des critères qui définissent le crime d’apartheid pour le Statut de Rome.

    « Oui, nous » : le titre choisi par les auteurs du rapport pour leur conclusion répond clairement à la double question, teintée d’incrédulité, qui ouvrait leur document : « Apartheid ? Nous ? » « C’est une constatation difficile à faire, écrit le rédacteur du rapport, mais la conclusion de cet avis est que le crime contre l’humanité d’apartheid est perpétré en Cisjordanie. Les auteurs du crime sont israéliens et les victimes sont les Palestiniens. L’annexion rampante qui se poursuit, sans parler de l’annexion officielle d’une partie de la Cisjordanie, par une législation qui y appliquerait la loi et l’administration d’Israël, est un amalgame des deux régimes. Ce qui pourrait renforcer l’accusation, déjà entendue, selon laquelle le crime d’apartheid n’est pas commis seulement en Cisjordanie. Et que le régime israélien, dans sa totalité, est un régime d’apartheid. Qu’Israël est un État d’apartheid. C’est lamentable et honteux. Et même si tous les Israéliens ne sont pas coupables de ce crime, nous en sommes tous responsables. C’est le devoir de tous et de chacun d’agir résolument pour mettre un terme à la perpétration de ce crime. »

    https://www.mediapart.fr/journal/international/010820/israel-etat-d-apartheid?onglet=full

  • Athènes veut des touristes, mais pas de migrants

    La crise sanitaire a permis à Athènes de réformer discrètement la politique d’asile, plus sévère envers les réfugiés. La société civile, anesthésiée après plusieurs mois de confinement, a peu réagi aux mesures, préoccupée par l’avenir économique du pays.

    Athènes (Grèce).– Mohammed Sherif, sa sœur et ses trois neveux se sont habitués au bruit des voitures qui résonne dans leur chambre exiguë. Mais bientôt ces Syriens devront quitter cet immeuble situé aux abords d’un boulevard athénien où s’alignent hauts édifices sans charme, sièges d’entreprises et tours de verre.

    Lorsque le confinement a paralysé la Grèce mi-mars, la famille, originaire de Deir ez-Zor, s’est en effet vu notifier « soudainement, par courrier », son expulsion d’ici fin juillet du logement social qu’elle occupe. « Nous n’avons pas d’argent. Nous allons probablement acheter une tente à 15 euros et la planter dans le coin », lâche, amer, l’homme de 27 ans.

    Comme eux, ils sont près de 11 000 réfugiés pourvus du droit de séjour en Grèce à devoir libérer les appartements financés par la Commission européenne et gérés par le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR). Les hébergements seront attribués à des demandeurs d’asile bloqués dans la trentaine de camps de migrants du pays.

    Le système d’asile grec est congestionné. Premier pays d’entrée pour ceux qui veulent rejoindre l’Europe, la Grèce doit gérer 120 000 demandes d’asile et les migrants restent coincés dans des camps parfois surpeuplés, le temps que leur requête soit traitée.

    Car les hébergements sociaux qui pourraient désengorger les structures manquent. Le gouvernement conservateur de Kyriakos Mitsotakis pense avoir trouvé la solution : réduire la durée de passage dans ces lieux, à un mois au lieu de six auparavant. Les organisations de défense des migrants dénoncent, elles, une mesure « dangereuse ».

    Une bonne partie de ces réfugiés, souvent vulnérables et atteints de pathologies, y restaient des mois, parfois des années. Comme la famille Sherif, qui y a passé deux ans et demi. La sœur de Mohammed, aveugle, est totalement dépendante de lui. Ils risquent de se retrouver à la rue, alerte Alkima Alushi, travailleuse sociale chez Arsis, qui octroie les hébergements sociaux, en coordination avec le HCR. D’autant plus qu’« aucun particulier grec ne veut louer son logement à des migrants », précise-t-elle.

    Alkima Alushi a essuyé 60 refus de propriétaires lorsqu’elle a tenté de reloger ces familles. « C’est illégal mais personne ne peut rien dire. Les propriétaires disent qu’ils n’ont pas assez d’argent, alors qu’ils ont des aides d’État [souvent des allocations pour des pathologies ou pour vulnérabilité – ndlr] », insiste-t-elle.

    Le gouvernement les renvoie vers le nouveau programme baptisé « Helios » (« soleil » en grec), géré par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Mais il ne compte que 3 500 places disponibles.

    « Nous sommes isolés. On ne nous pousse pas à apprendre le grec, on ne nous aide pas à chercher un emploi, comme c’est le cas en Allemagne », estime le Syrien Mohammed Sherif, qui n’aspire qu’à se rendre dans ce pays, « où il y a du travail dans les usines ». L’ancien étudiant en droit n’a travaillé que quatre mois depuis son arrivée en 2018 comme jardinier.

    Avant la pandémie, les milliers de réfugiés présents en Grèce avaient en effet déjà des difficultés à trouver un emploi, en raison de la crise. Ceux qui ne parlaient pas grec pouvaient essayer d’être embauchés pour les récoltes de fruits et légumes, sans être déclarés et dans des conditions précaires dénoncées par les ONG. Ceux qui le parlaient espéraient un poste de traducteur ou un emploi saisonnier sur les îles.

    Mais, aujourd’hui, la crise post-Covid-19 précipite la Grèce dans une récession profonde – le Fonds monétaire international prévoit un recul de 10 % du produit intérieur brut (PIB) – et 22 % de la population pourrait se retrouver au chômage.

    Et des organisations comme Arsis sont censées mettre à exécution les nouvelles directives. « Nous ne sommes pas la police, s’énerve la travailleuse sociale Alkima Alushi. Depuis le début de son mandat [en juillet 2019], ce gouvernement essaye de changer notre philosophie : nous sommes travailleurs sociaux, nous sommes là pour aider ces personnes. Mais ces autorités ne veulent pas respecter les droits de l’homme, en mettant ainsi les gens dehors. »

    Cette mesure s’inscrit dans une politique d’exclusion bien plus large, conforme à la réforme du droit d’asile adoptée en novembre, qui prévoit notamment la création de camps de migrants fermés, la réduction des possibilités de faire appel à la suite d’un refus d’asile, l’élargissement de la liste des pays tiers jugés « sûrs », etc. Il s’agit d’envoyer « un message clair » : « Ceux qui savent qu’ils ne peuvent pas obtenir l’asile et entreprendront de venir pour rester dans notre pays seront renvoyés dans leur pays et perdront l’argent investi dans leur voyage », déclarait en novembre le premier ministre Kyriakos Mitsotakis.

    À la fin février 2020, les tensions à la frontière gréco-turque – Ankara ayant annoncé vouloir laisser les migrants rejoindre l’Europe – ont permis à Athènes d’assumer davantage cette logique de durcissement. Au nom de la « protection des frontières », l’armée a été envoyée en renfort. Diverses organisations ont dénoncé des « push back », des renvois de migrants et de réfugiés.

    Elles dénoncent un « deux poids, deux mesures » discriminatoire : d’un côté on déconfine en espérant le retour des touristes, de l’autre on réprime les migrants. Par des communiqués discrets, le ministère de l’immigration a prolongé à plusieurs reprises, au nom de la lutte contre le Covid-19, leurs restrictions de mouvement dans plusieurs camps, au moins jusqu’au 2 août. Pourtant, la majorité des camps n’ont officiellement pas eu de cas détectés.

    L’opinion publique est restée plutôt silencieuse. « Les Grecs sont avant tout préoccupés par l’avenir économique du pays, qui ne s’est pas encore relevé de dix ans d’austérité », note Filippa Chatzistavrou, chercheuse à l’université d’Athènes.

    L’Union européenne, qui a fourni depuis 2015 2,7 milliards d’euros d’aides à la Grèce pour gérer la question migratoire, se fait également discrète. « La Grèce est un État souverain et gère elle-même les conséquences de cette pandémie », a répondu Adalbert Jahnz, porte-parole de la Commission européenne sur les questions de migration.

    Dina Varvaramatou, directrice de l’association Praksis, qui vient en aide aux personnes démunies à Athènes, met pourtant en avant la responsabilité européenne, qui remonte, souligne-t-elle, à l’accord controversé de 2016 entre l’UE et la Turquie pour empêcher les arrivées de réfugiés en Europe. « Cette politique dure est visible dans le pays car nous sommes le premier pays d’arrivée [pour les migrants en Europe – ndlr], et ce gouvernement assume totalement ses positions, décrypte la responsable. La logique est celle du “Stay out, get out” [“restez éloignés, partez” en anglais – ndlr] : on empêche les migrants d’entrer dans le pays et on décourage ceux qui souhaitent s’intégrer, on leur rend la vie difficile. »

    À la frontière maritime avec la Turquie, marine et garde-côtes patrouillent en permanence. Le 30 juin, Athènes a annoncé que le projet de construction d’une barrière flottante de 2,7 kilomètres censée dissuader les migrants au large de Lesbos était entré dans sa phase finale. En cet été 2020, les touristes sont invités à se prélasser sur les plages du pays, les migrants priés de ne pas venir les déranger.

    https://www.mediapart.fr/journal/international/010820/athenes-veut-des-touristes-mais-pas-de-migrants?xtor=CS7-1047
    #tourisme #migrations #Athènes #Grèce #désirables #indésirables #réfugiés

  • Twelve anti-Netanyahu protesters arrested at thousands-strong rally outside PM’s residence
    Nir Hasson, Josh Breiner, Bar Peleg, Noa Shpigel, Hagar Shezaf | Aug. 2, 2020 | 8:15 AM | Haaretz.com
    https://www.haaretz.com/israel-news/.premium-thousands-of-anti-netanyahu-protesters-to-rally-in-jerusalem-junct

    Police arrested 12 people as thousands gathered Saturday evening outside Prime Minister Benjamin Netanyahu’s official residence in Jerusalem, his private home in Caesarea and junctions throughout the country in the latest wave of protests calling for his resignation.

    Some 10,000 people protested near the prime minister’s official residence in Jerusalem and began marching toward the city center.

    The protest and march were approved by the Israel Police, saying they will not tolerate any disturbances of the public order. Last week, five protesters were injured after being attacked by far-right counter demonstrators.

    The police have also been accused of using excessive force against peaceful protesters, deploying riot control units in large numbers, as well as undercover officers, mounted units and water cannons.

    The protest went on until after midnight, with several clashes erupting at around 1:30 A.M. after police forcibly removed protesters who remained in the area. A group of anti-government protesters refused to clear the area, chanting “An entire generation demands a future,” while sitting on the ground.

    Hundreds also gathered outside Netanyahu’s private residence in Caesarea, under heavy police presence. One protester, a resident of the luxurious suburban town, called on Netanyahu to “Stay in Caesarea, we’d love to have you here. But you must vacate the official residence in Balfour.”

    Former Knesset member for the Zionist Union Yael Cohen Paran was present at the protest in Caesarea. “This week we have seen incitement, incitement against organizers of the Crime Minister movement ... This, of all things, has brought everyone out of their houses, out of their indifference.” Paran added, “The people sitting in the Knesset don’t care. I was there. This is a disconnected government, they care only about themselves and need to go home. Our camp needs to renew itself, elections are coming soon.”

    Across the country, thousands of activists representing the anti-corruption “Black Flag” movement congregated on some 260 of the country’s largest bridges and junctions for the sixth consecutive Saturday. Large police forces were deployed at all protest sites. Four men were detained near the southern towns of Ashkelon and Sderot for harassing and spitting on demonstrators. One was detained after throwing a stone at protesters in Haifa. Protesters in Tel Aviv said they were pepper sprayed by two people on a motorcycle.

    Police have opened an investigation into reports of a car attempting to ram into protesters at a junction in Rehovot. According to two eyewitnesses, two women with a child in the back seat drove up on the sidewalk, turned around and attempted to ram into people again. “She cursed us, calling us loser leftists and threw bottles at as. She had a look of hatred in her eyes,” Ehud Geiger, who was protesting at the intersection said. “She can’t say she just drifted out of her lane, she had two tires up on the sidewalk."

    Dana Miles, an activist for the the left-wing NGO Peace Now, said that Israelis must stand up against incitement. “This government-endorsed incitement terrifies me as someone who grew up here and knows exactly what it could lead to. It is our responsibility to stop a leadership that defends violence on the streets.”

    Gali Shorer from Kibbutz Shefayim told Haaretz that this is her first time attending an anti-Netanyahu protest. “Suddenly it hit me in the gut: Where are we going? What kind of reality are my kids growing up to? I don’t know where this will lead, but I’m hoping that something different can happen here.”

    Meanwhile, hundreds of protesters gathered at Charles Clore Park in Tel Aviv to protest the government’s failure to manage the economic fallout from the coronavirus crisis. Despite the police having only permitted a protest at the park, several dozens began marching through the city.

    Yafa Ben Porat, 83, said this was her first time protesting "because all week I’ve been hurting over what the Knesset and lawmakers were doing. They’re liars, they’re frauds, Bibi [Netanyahu] has an empire in Caesarea, everyone needs to get up and join the protest ... We should be getting the money, not the parasites.”

    Ronit, who lives in central Israel, brought her daughter and other relatives with her to the protest. She said: “I’ve brought the next generation with me to make sure that our rights are preserved also for the next generation. They should have a government that serves them and not the other way around.”

    Dozens of people associated with Sheffi Paz, a far-right, anti-asylum seekers activist, arrived at the private residence of Supreme Court President Esther Hayut. They protested the High Court’s refusal to forbid the protests surrounding Netanyahu’s official residence following a petition by some the area’s residents.

    Sheffi Paz was later arrested for allegedly spray-painting graffiti on near Hayut’s house.

    Police Jerusalem District commander Doron Yedid left the protest after it became known that Jerusalem Affairs Minister Rafi Peretz tested positive for the coronaviorus. The two had met last week.

    The Jerusalem protests have been taking place regularly for over a month near the prime minister’s residence, which has become the epicenter of the protest movement.

    On Thursday, 14 members of the so-called La Familia, an extremist organization of fans of the Beitar Jerusalem soccer team, were arrested at an anti-Netanyahu protest on suspicion of attacking demonstrators. The detainees were released on Friday morning.

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    nir hasson
    @nirhasson
    מאות על קינג ג’ורג’. "צדק לסלומון, צדק לאיאד". בכיכר עדיין אלפים רבים.
    https://twitter.com/nirhasson/status/1289656967993028608
    (Des centaines sur le roi George. « Justice pour Salomon, justice pour Iyad ». Il y en a encore plusieurs milliers sur la place.)

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    Guy Ben-Aharon
    @gbenaharon
    "Iyad is everyone’s child" #BibiGoHome #jerusalem #ביביתתפטר #protest #justiceforiyad
    https://twitter.com/gbenaharon/status/1289616880378888192
    "Iyad est l’enfant de tous" #BibiGoHome#jerusalem#ביביתתפטר#protest#justiceforiyad
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    Ayman Odeh
    @AyOdeh
    לקחתי הפסקה של שעה מחגיגות חג הקורבן כדי להפגין בבלפור. להעיף את נתניהו ואת הדרך הגזענית ומושחתת שהוא מייצג זה הצעד הראשון בתיקון העמוק שנדרש פה.
    https://twitter.com/AyOdeh/status/1289622786814513152
    (J’ai pris une heure sur les célébrations de la Fête de l’Aïd pour manifester à Balfour. Renverser Netanyahu et la voie raciste et corrompue qu’il représente est la première étape du profond changement requis ici.)

    #Israelmanif

  • L’idée d’en finir avec le monopole des Gafa chemine aux Etats-Unis
    https://www.mediapart.fr/journal/international/300720/l-idee-d-en-finir-avec-le-monopole-des-gafa-chemine-aux-etats-unis

    Auditionnés mercredi par des membres du Congrès, les responsables de Google, Amazon, Facebook et Apple ont passé un mauvais moment. Les autorités, qui avaient renoncé à utiliser les lois antitrust, se disent prêtes à les moderniser pour contrer la puissance des géants du numérique et casser leur monopole. Pendant cinq heures et demie, les quatre présidents des Gafa (Google, Amazon, Facebook, Apple) ont commencé à prendre la mesure des menaces qui pèsent sur leur empire. Eux qui étaient, il y a peu (...)

    #Alphabet #Apple #Google #Amazon #Facebook #YouTube #algorithme #domination #bénéfices #microtargeting #profiling (...)

    ##publicité

  • L’huile de palme est devenue omniprésente dans le diesel européen - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/international/230720/l-huile-de-palme-est-devenue-omnipresente-dans-le-diesel-europeen

    « Le diesel européen utilise cent fois plus d’huile de palme que les 40 milliards de gâteaux Oreo consommés chaque année. » Le 2 juillet dernier, la fédération Transport et Environnement, qui regroupe plus de 50 ONG européennes œuvrant pour limiter l’impact des transports sur le réchauffement climatique, publiait ce rapport, dont le titre peut faire sourire. Mais derrière l’accroche, les chiffres sont stupéfiants.

    Au niveau européen, l’utilisation de l’huile de palme a atteint cette année un record : elle a augmenté de 7 %, pour atteindre 4,5 millions de tonnes. Un chiffre à mettre en parallèle avec la baisse historique de son usage dans l’alimentation, le secteur traditionnellement le plus gourmand, qui n’en a consommé « que » 2,8 millions de tonnes cette année.

    La France produit chaque année 900 000 tonnes d’huile de palme et a connu en 2019 une augmentation de sa production de 30 000 tonnes. Selon l’association écologiste Canopée, « cette hausse s’explique par l’entrée en fonctionnement partiel de la bioraffinerie de La Mède, appartenant au groupe Total ». Une raffinerie qui ne remplirait pas ses engagements environnementaux, selon Greenpeace, puisque Total importe de l’huile de palme vendue par Apical, « un grand exportateur indonésien pointé du doigt pour ses manquements en matière de lutte contre la déforestation ».

    75 % de la production française finit dans les moteurs diesels, soit 700 000 tonnes. « C’est grâce à des rapports comme celui-là, grâce au travail des associations que l’on se rend compte de la place totalement démesurée de la voiture dans nos sociétés », ajoute Sylvain Angerand. « Lorsqu’on parle d’huile de palme, immédiatement deux lumières s’allument : Nutella et orangs-outans, se désole-t-il, alors que depuis des années, c’est la voiture diesel qui en consomme le plus. »

    Le rapport contribue enfin à combattre l’idée selon laquelle les biocarburants seraient respectueux de l’environnement. Ils seraient au contraire trois fois pires pour le climat et émettraient plus de 80 % de CO2 en plus que les énergies fossiles.

    Lien vers https://www.transportenvironment.org/press/100-times-more-palm-oil-eu-diesel-all-oreo-cookies-world

    #huile_de_palme #déforestation #Indonésie #Malaisie

    (Je viens de m’abonner à Mediapart maintenant que je suis riche.)

  • Israël : l’armée prise en flagrant délit de vol du patrimoine culturel palestinien
    21 juillet 2020 Par René Backmann | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/international/210720/israel-l-armee-prise-en-flagrant-delit-de-vol-du-patrimoine-culturel-pales

    Des militaires israéliens ont volé lundi un vestige byzantin dans un village palestinien en expliquant qu’ils le restituaient à ses légitimes propriétaires : une colonie. Les archives démontrent leur mensonge mais seront-ils punis un jour ?

  • Exploitation de la main-d’œuvre immigrée : un système cautionné par la PAC - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/international/170720/exploitation-de-la-main-d-oeuvre-immigree-un-systeme-cautionne-par-la-pac?

    est l’un des aspects les plus concrets de l’absence d’« Europe sociale ». La politique agricole commune (PAC), plus gros portefeuille d’argent public européen avec 34,5 % du budget communautaire, ne dit pas un mot sur les conditions de travail ni les conditions d’emploi du secteur. Les 58 milliards d’euros de subventions annuelles sont distribués indépendamment du respect du droit du travail, et les exploitations agricoles qui enfreignent la législation sociale de leur pays bénéficient de ces aides financées par les contribuables européens sans jamais être inquiétées.

    #PAC #dumping_social #migration #travail_dissimulé #écologie

    • "Avec trente-cinq ans de politique agricole derrière lui, celui qui était jusqu’à l’année dernière conseiller PAC des Verts au Parlement européen, l’Allemand Hannes Lorenzen, ne se remémore pas avoir vu une quelconque discussion au Parlement sur le droit du travail en agriculture. « Les conditions de travail des employés dans l’agriculture, notamment dans le maraîchage en Espagne, en Italie, en Grèce, ainsi que dans les abattoirs, n’ont jamais été soulevées comme un problème à résoudre. Dans les débats au Parlement, les groupes majoritaires proches du lobby agricole ont accepté des salaires de dumping partout où il y avait des besoins de main-d’œuvre. La PAC a laissé faire, et c’est une grande erreur des institutions européennes de n’avoir pas pris en compte cette situation pendant des dizaines d’années. »

  • Brad Parscale, le sorcier numérique de Trump
    https://www.mediapart.fr/journal/international/190720/brad-parscale-le-sorcier-numerique-de-trump

    Donald Trump, en chute dans les sondages depuis le printemps 2020 après sa gestion catastrophique de la pandémie, s’est séparé de son directeur de campagne Brad Parscale quatre mois avant l’élection de novembre. Au centre du système Trump, il a été celui qui a tout misé sur le numérique et la puissance de Facebook dans la campagne présidentielle de 2016. Ironie de l’histoire, c’est sur Facebook et non pas sur Twitter, victime d’un piratage massif, que Trump a d’abord annoncé le remplacement de Parscale. (...)

    #CambridgeAnalytica/Emerdata #Google #Facebook #Twitter #algorithme #manipulation #technologisme #données #élections #BigData #GAFAM #microtargeting (...)

    ##CambridgeAnalytica/Emerdata ##profiling

  • En Turquie, les nouveaux pouvoirs dévolus aux « chemises brunes » d’Erdogan inquiètent
    https://www.mediapart.fr/journal/international/260620/en-turquie-les-nouveaux-pouvoirs-devolus-aux-chemises-brunes-d-erdogan-inq

    Le Parlement turc a récemment donné aux « veilleurs de quartier », un corps d’auxiliaires de police remis au goût du jour par le président Erdogan, le droit de procéder à des arrestations, d’empêcher les manifestations et de faire usage de leur arme. Le faible niveau de formation des agents et le flou de la nouvelle loi font redouter des dérapages et une utilisation partisane de cette unité. Istanbul (Turquie).– On les croise le soir, par petits groupes, dans les allées des parcs et dans les rues des (...)

    #milice #surveillance #extrême-droite

  • Annexion de la vallée du Jourdain : les problèmes s’accumulent pour Netanyahou
    25 juin 2020 Par René Backmann | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/international/230620/annexion-de-la-vallee-du-jourdain-netanyahou-au-point-de-non-retour-0?ongl

    À moins d’une semaine de la date annoncée par Israël pour l’annexion de la vallée du Jourdain, le gouvernement israélien, l’administration Trump et les organisations de colons ne sont toujours pas d’accord sur les modalités. Pour les Palestiniens, cela serait le point de non-retour. (...)

  • Zeev Sternhell, historien du fascisme et militant pour la paix, est mort
    21/06/2020 (mis à jour à 07:59) Par Frédéric Métézeau
    https://www.franceculture.fr/histoire/zeev-sternhell-historien-du-fascisme-et-militant-pour-la-paix-est-mort

    Le célèbre historien et intellectuel israélien Zeev Sternhell s’est éteint à Jérusalem. Il avait 85 ans, dans le coma après une intervention chirurgicale. Ses travaux historiques et ses prises de position politiques, à gauche et pour la paix, lui ont apporté autant de notoriété que de critiques.

  • Enfants migrants enfermés : la grande #hypocrisie

    La France condamnée six fois depuis 2012

    En dépit de cette Convention, l’UE n’interdit pas la rétention des enfants. La directive « retour » de 2008 l’autorise comme « dernier ressort quand aucune autre #mesure_coercitive n’est possible pour mener à bien la procédure de #retour », nous précise le commissaire européen chargé de la migration. « L’Europe a toujours eu pour priorité la protection des enfants en migrations », explique Dimítris Avramópoulos. Seulement, la Commission européenne semble avoir un objectif plus important : garantir les expulsions. « Une interdiction absolue ne permettrait pas aux États membres d’assurer pleinement les procédures de retour, affirme le commissaire, car cela permettrait la fuite des personnes et donc l’annulation des expulsions. » De là à dire que la Commission propose de retenir les enfants pour mieux expulser les parents, il n’y a qu’un pas.

    Toutefois, rares sont les États de l’UE à assumer publiquement. Des enfants derrière les barreaux, c’est rarement bon pour l’image. L’immense majorité d’entre eux cachent la réalité derrière les noms fleuris qu’ils inventent pour désigner les prisons où sont enfermés des milliers de mineurs en Europe (seuls ou avec leurs parents). En #Norvège, comme l’a déjà raconté Mediapart, le gouvernement les a baptisées « #unité_familiale » ; en #Hongrie, ce sont les « #zones_de_transit » ; en #Italie, les « #hotspots » ; en #Grèce, « les #zones_sécurisées ». Autant d’euphémismes que de pays européens. Ces endroits privatifs de liberté n’ont parfois pas de nom, comme en #Allemagne où on les désigne comme « les #procédures_aéroports ». Une manière pour « les États de déguiser le fait qu’il s’agit de détention », juge Manfred Nowak.

    Certains d’entre eux frisent carrément le #déni. L’Allemagne considère par exemple qu’elle ne détient pas d’enfants. Et pourtant, comme Investigate Europe a pu le constater, il existe bien une zone fermée à l’#aéroport de #Berlin dont les murs sont bardés de dessins réalisés par les enfants demandeurs d’asile et/ou en phase d’expulsion. Étant donné que les familles sont libres de grimper dans un avion et de quitter le pays quand elles le souhaitent, il ne s’agit pas de détention, défend Berlin. Même logique pour le gouvernement hongrois qui enferme les mineurs dans les zones de transit à la frontière. Comme ils sont libres de repartir dans l’autre sens, on ne peut parler à proprement parler de #prison, répète l’exécutif dans ses prises de parole publiques.

    L’#invisibilisation ne s’arrête pas là. Le nombre d’enfants enfermés est l’un des rares phénomènes que l’UE ne chiffre pas. Il s’agit pourtant, d’après notre estimation, de plusieurs milliers de mineurs (au moins). Le phénomène serait même en augmentation en Europe « depuis que les États membres ont commencé à rétablir les contrôles aux frontières et à prendre des mesures plus dures, y compris dans des pays où la détention des enfants avait été totalement abandonnée au profit de méthodes alternatives », constate Tsvetomira Bidart, chargée des questions de migrations pour l’Unicef.

    En dépit de son insistance, même l’agence spécialisée des Nations unies n’est pas parvenue à se procurer des statistiques précises sur le nombre d’enfants enfermés dans l’UE. Et pour cause, précise Bidart, « la réglementation européenne n’impose pas de fournir ces statistiques ». Qui plus est, certains États membres procéderaient « à des détentions illégales d’enfants » et donc – logique – ne les comptabiliseraient pas. Quoi qu’il en soit, il existe un véritable chiffre noir et jusqu’à aujourd’hui, aucune volonté politique de sortir ces enfants de l’ombre où on les a placés. « Publier des statistiques de qualité, conclut l’experte, c’est la clef de la visibilité. »

    Le gouvernement français semble, lui, tenir des statistiques, seulement il rechigne à fournir ses chiffres à la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), comme nous l’a révélé la juriste responsable du suivi de la France auprès de la juridiction internationale. Chantal Gallant intervient une fois que le pays est condamné en s’assurant que les autorités prennent bien des mesures pour que les violations des droits humains ne se reproduisent pas. La France étant le pays de l’UE le plus condamné concernant les conditions de détention des mineurs migrants, elle a du pain sur la planche. Déjà six fois depuis 2012… Si l’on en croit la juriste, les dernières données fournies par la #France dateraient de 2016. Quatre ans. D’après elle, la Cour les a réclamées à plusieurs reprises, sans que ses interlocuteurs français – le ministère des affaires étrangères et la représentation française au Conseil de l’Europe – ne donnent suite.

    Chantal Gallant confesse toutefois « qu’elle a mis de côté le dossier » depuis août 2018, car ses interlocuteurs lui avaient certifié que la France allait limiter la rétention des mineurs en #CRA (ces centres où sont enfermés les sans-papiers en vue de leur expulsion) à 5 jours, au moment du débat sur la loi « asile et immigration » de Gérard Collomb. Cela n’a pas été fait, bien au contraire : le Parlement a décidé alors de doubler la durée de rétention maximale, y compris des familles avec enfants (il n’y a jamais de mineurs isolés), la faisant passer de 45 à 90 jours, son record historique. Une durée parmi les plus importantes d’Europe (l’Angleterre est à 24 heures, la Hongrie n’en a pas) et une violation probable de la Convention européenne des droits de l’homme. « Ce que je peux dire, c’est que la durée de 90 jours ne me semble pas en conformité avec la jurisprudence de la Cour, précise Chantal Gallant. Nous considérons qu’au-delà de 7 jours de rétention, le traumatisme créé chez l’enfant est difficile à réparer. »

    La situation est-elle en train de changer ? Le 3 juin, le député Florent Boudié (LREM) a été désigné rapporteur d’une proposition de loi sur le sujet, en gestation depuis deux ans, véritable arlésienne de l’Assemblée nationale. En janvier, l’assistante du parlementaire nous faisait encore part d’« un problème d’écriture sur cette question délicate »… Alors que de nombreux élus de la majorité poussaient pour plafonner la rétention des mineurs à 48 heures, la version déposée le 12 mai reste scotchée à cinq jours tout de même. Et son examen, envisagé un temps pour le 10 juin en commission des lois, n’est toujours pas inscrit à l’ordre du jour officiel. « La reprogrammation est prévue pour l’automne dans la “niche” LREM », promet désormais Florent Boudié.

    En l’état, elle ne vaudrait pas pour le département français de #Mayotte, visé par un régime dérogatoire « compte tenu du contexte de fortes tensions sociales, économiques et sanitaires ». Surtout, elle ne concerne que les centres de rétention et non les zones d’attente. Les enfants comme Aïcha, Ahmad et Mehdi pourront toujours être enfermés jusqu’à 20 jours consécutifs en violation des conventions internationales signées par la France.

    À l’heure où nous écrivions ces lignes (avant le confinement lié au Covid-19), les deux orphelins marocains avaient été confiés par le juge des enfants à l’Aide sociale à l’enfance. « Le jour où on nous a libérés, j’étais si content que j’ai failli partir en oubliant mes affaires ! », s’esclaffait Mehdi, assis à la terrasse du café. Comme la plupart des mineurs isolés âgés de plus de 15 ans, ils ont été placés dans un hôtel du centre de Marseille avec un carnet de Ticket-Restaurant en poche. La moitié des six mineurs sauvés du conteneur logés au même endroit, eux, ont disparu dans la nature, selon leurs avocates. Ont-ils fugué pour rejoindre des proches ? Ont-ils fait de mauvaises rencontres dans les rues de la Cité phocéenne ? Personne ne sait ni ne semble s’en préoccuper.

    Mehdi et Ahmad, eux, n’ont aucune intention de mettre les voiles. Les deux orphelins de Melilla n’ont qu’une hâte : reprendre le chemin de l’école, l’un pour devenir plombier, l’autre coiffeur. Ils ne sont qu’au début du chemin mais, pour l’heure, ils veulent croire que « la belle vie » commence enfin.

    https://www.mediapart.fr/journal/international/180620/enfants-migrants-enfermes-la-grande-hypocrisie?page_article=2
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