Une nouvelle affaire Trump : le scandale des diamants belges | Mediapart
▻https://www.mediapart.fr/journal/international/140826/une-nouvelle-affaire-trump-le-scandale-des-diamants-belges
Une nouvelle affaire Trump : le scandale des diamants belges | Mediapart
▻https://www.mediapart.fr/journal/international/140826/une-nouvelle-affaire-trump-le-scandale-des-diamants-belges
Aux États-Unis, l’économie est dopée à l’intelligence artificielle | Mediapart
▻https://www.mediapart.fr/journal/international/070826/aux-etats-unis-l-economie-est-dopee-l-intelligence-artificielle
Il faut donc bien saisir que la consommation états-unienne est structurée autour de rentes qui capturent une grande partie des revenus des ménages, lesquels sont donc en permanence sous pression, y compris lorsque les salaires réels semblent augmenter.
Or, depuis un an, ce n’est plus le cas. Depuis 2021, les États-Unis ont changé de régime d’inflation. Entre mars 2011 et mars 2021, le pays n’avait connu que huit mois d’inflation annuelle au-dessus de 3 %, soit 5,6 % de l’ensemble. Mais entre mars 2021 et juin 2026, cette proportion est passée à 74,1 %.
Entre juin 2014 et juin 2020, le niveau général des prix à la consommation a augmenté de 8,4 %, tandis qu’entre juin 2020 et juin 2026, il a bondi de 29,4 %. Et sur ces mêmes six dernières années, l’indice des salaires du secteur privé a augmenté de 26,1 %. La perte cumulée de niveau de vie est donc sévère, avant même que passe la capture des dépenses contraintes.
À plus court terme, la reprise de l’inflation a rongé les revenus des États-Uniens. Entre janvier et juin 2026, le revenu disponible brut a ainsi reculé de 0,52 %, selon le BEA, et n’a progressé que de 0,27 % sur un an. Bien sûr, la guerre contre l’Iran a fait repartir à la hausse les prix, mais l’IA joue aussi un rôle dans l’élévation générale du niveau des prix parce qu’elle mobilise une grande partie des ressources en matières premières et en puces.
Alors que, selon les données de la Réserve fédérale, les inégalités de patrimoine ont atteint un nouveau plus-haut au premier trimestre 2026, les faillites personnelles ne cessent de grimper. En mars, elles étaient en hausse de 15,3 % sur un an. C’est logique : les dépenses contraintes augmentent plus vite que les revenus et obligent les ménages à avoir recours à de la dette à court terme, sans espoir de pouvoir compter sur des entrées futures d’argent.
À cela s’ajoute le fait que les filets de sécurité sociale, déjà faibles, sont détricotés par l’administration Trump. Les hôpitaux signalaient ainsi, fin juillet, un nombre inédit de patientes et patients non assurés et largement non solvables, à la suite des coupes réalisées dans le système Obamacare. À présent, c’est la menace de renchérir les achats de médicaments pour les plus pauvres qui inquiète. Bref, la situation en bas de l’échelle sociale est préoccupante.
Pourquoi #Ceuta est au cœur d’une crise migratoire permanente
L’ESSENTIEL
- Plus de 40 000 personnes sont entrées en 24 heures à Ceuta, enclave espagnole située sur la côte marocaine.
- Cette crise mêle enjeux migratoires, tensions diplomatiques et rivalités géopolitiques.
- La réponse doit concilier contrôle des frontières, État de droit et protection des #droits_humains.
***
Depuis le 31 juillet 2026, Ceuta est confrontée à une crise frontalière d’une ampleur sans précédent. Selon les premières estimations des forces de sécurité, plus de 40 000 personnes seraient entrées dans l’enclave espagnole en l’espace de 24 heures. Certaines sources ont avancé provisoirement le chiffre de 49 000, mais aucun bilan officiel consolidé n’a encore été publié, et cette estimation a été retirée sans explication publique du site du Département de la sécurité nationale.
Au moment où nous écrivons ces lignes, au moins 41 personnes ont trouvé la mort, noyées en tentant de contourner à la nage la digue frontalière.
Le nombre d’arrivées est particulièrement difficile à absorber pour une ville qui compte environ 83 600 habitants. Les capacités d’accueil de Ceuta étaient déjà saturées avant cette nouvelle vague d’entrées. Après l’arrivée d’environ 1 500 personnes au cours de la semaine précédente, les structures destinées aux mineurs non accompagnés fonctionnaient, selon le président de la ville autonome, à 2 400 % de leur capacité. Il a qualifié la situation d’« urgence humanitaire et sociale absolue ».
Ceuta n’est pas seulement confrontée à une crise migratoire, mais à une crise multifactorielle où se conjuguent inégalités structurelles, tensions diplomatiques, dépendance de l’Europe à l’égard du Maroc, capacités d’accueil limitées et polarisation politique. Son analyse nécessite de croiser une perspective internationale — centrée sur l’externalisation du contrôle des frontières et les alliances géopolitiques — avec une approche interne, attentive aux conséquences sur l’État de droit, les services publics, la cohésion sociale ainsi que les discours politiques et médiatiques.
Facteurs externes : la dimension internationale de la crise
L’utilisation des mouvements migratoires comme instrument de pression politique ne relève pas d’une simple hypothèse. La politologue américaine Kelly M. Greenhill désigne par l’expression #coercive_engineered_migration (« migration coercitive orchestrée ») l’utilisation délibérée, ou la menace, de flux migratoires afin d’obtenir des concessions de la part d’autres États.
À Ceuta, cette dynamique doit être replacée dans une succession de crises frontalières observées depuis 2005, et ne pas être considérée comme un épisode isolé. En mai 2021, plus de 5 000 personnes étaient entrées dans la ville après un assouplissement des contrôles marocains, en pleine crise diplomatique provoquée par l’accueil en Espagne de Brahim Ghali, chef du Front Polisario.
Cette capacité de pression est renforcée par l’#externalisation de la politique migratoire européenne, qui a transféré une partie du contrôle des frontières à des pays tiers comme le Maroc. Dans le même temps, la présentation de ces arrivées comme une menace pour la sécurité alimente le processus de « #sécurisation », qui tend à privilégier la protection de l’État au détriment de la sécurité et des droits des personnes migrantes elles-mêmes (2017).
Le Parlement européen a d’ailleurs condamné explicitement en juin 2021 l’utilisation par le Maroc du contrôle des frontières, de la migration et, en particulier, des mineurs non accompagnés comme moyen de pression politique contre l’Espagne. Le Barcelona Centre for International Affairs (CIDOB) a qualifié cet épisode de cas emblématique de weaponisation of migration (« instrumentalisation de la migration »), c’est-à-dire l’utilisation de personnes migrantes comme instruments de coercition entre États.
Si, en 2021, la pression exercée par le Maroc avait été expliquée par l’accueil du chef du #Front_Polisario, #Brahim_Ghali, dans un hôpital de Logroño, il ne faut pas oublier que la rupture des relations diplomatiques entre le Maroc et l’Algérie cette même année avait entraîné la fermeture du gazoduc Maghreb-Europe, privant le royaume chérifien d’une source de revenus et d’un levier d’influence.
En 2026, le contexte immédiat est différent, même si plusieurs développements diplomatiques récents sont susceptibles d’avoir contrarié Rabat. Le 20 juillet, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a ainsi effectué une visite officielle en #Algérie et annoncé la tenue d’une réunion bilatérale de haut niveau à l’automne. Le gouvernement espagnol a de nouveau qualifié l’Algérie, principal rival régional du Maroc, de « partenaire stratégique » et de « nation amie ».
Le 23 juillet, la commission de la Justice du Congrès des députés a approuvé le texte d’une proposition de loi visant à faciliter l’accès à la nationalité espagnole pour les Sahraouis nés sous administration espagnole. Le texte doit encore être adopté par le Parlement.
La concomitance de cette initiative avec le rapprochement diplomatique entre l’Espagne et l’Algérie, ainsi qu’avec la crise frontalière, a alimenté l’hypothèse selon laquelle Rabat chercherait à rappeler le coût que pourrait avoir, à ses yeux, toute décision espagnole contraire à ses intérêts concernant le #Sahara_occidental.
Dépendance au Maroc
L’externalisation du contrôle migratoire a fait du Maroc un partenaire indispensable, mais aussi une source de dépendance. En 2023, la Commission européenne a consacré 152 millions d’euros au renforcement de la gestion des frontières marocaines. Cette délégation de compétences confère à Rabat une capacité d’influence sur la coopération migratoire.
Cette dépendance est d’autant plus problématique que la capacité à contenir les départs ne garantit pas la fiabilité démocratique du partenaire. L’ONG américaine Freedom House, dont la mission est de promouvoir la démocratie et les droits humains dans le monde, classe le Maroc parmi les pays « partiellement libres », avec un score de 37 sur 100, et souligne la prédominance politique et économique de la monarchie.
L’ONG internationale indépendante Human Rights Watch, qui enquête sur les atteintes aux droits humains dans plus de 90 pays, relève dans son rapport 2026 une intensification de la répression contre les journalistes, les militants et les défenseurs des droits humains, ainsi que des poursuites visant les personnes qui défendent l’indépendance du Sahara occidental. Les autorités ont notamment recours à des accusations de diffamation, de diffusion de fausses informations, d’offense aux institutions ou d’atteinte à la monarchie pour restreindre l’espace de la critique politique.
Ce contexte conduit à poser une question délicate : jusqu’à quel point l’Europe peut-elle présenter comme un garant fiable de ses frontières un régime qui restreint durablement la liberté de la presse, réprime la dissidence et utilise sa coopération internationale pour renforcer sa position sur le Sahara occidental ?
L’alignement Maroc–Israël–États-Unis
L’axe Maroc–Israël–États-Unis s’est consolidé en 2020 avec la normalisation des relations entre Rabat et Tel-Aviv et la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté revendiquée par le Maroc sur le Sahara occidental. Il s’est encore renforcé en 2021 avec la signature d’un mémorandum de coopération militaire. Cet alignement contraste avec la dégradation des relations entre l’Espagne et Israël, ainsi qu’avec les tensions croissantes entre Madrid et Washington.
La crise de Ceuta a mis ces tensions en lumière. L’ambassadeur israélien auprès des Nations unies a remis en cause la souveraineté espagnole sur la ville, tandis que la Maison-Blanche a imputé la responsabilité de la crise aux politiques « mondialistes » et « d’extrême gauche » du gouvernement espagnol.
Ces déclarations témoignent d’une #instrumentalisation diplomatique de la crise et d’une convergence rhétorique à l’égard de l’Espagne, mais elles ne constituent pas une preuve de l’existence d’une action coordonnée visant à faciliter l’ouverture de la frontière.
Facteurs internes : droit, capacités institutionnelles et fabrique de la peur
L’arrêt rendu par la Cour suprême le 8 juillet n’interdit pas à proprement parler les « #refoulements_à_chaud » des migrants tentant d’entrer à la nage à Ceuta et Melilla. Il écarte en revanche le recours à la procédure exceptionnelle de « #rejet_à_la_frontière » pour les personnes interceptées en mer, au motif qu’elles n’ont pas franchi un dispositif matériel de contrôle, comme la clôture frontalière.
Cette décision a toutefois fait l’objet d’une interprétation simplifiée largement relayée au Maroc, ce qui a pu encourager les traversées en faisant naître l’idée que les personnes arrivant à la nage ne seraient pas renvoyées.
Pour le président du gouvernement espagnol, les réseaux de passeurs ont instrumentalisé cette décision de justice. L’arrêt a ainsi pu jouer un rôle de facteur facilitateur, sans pour autant expliquer à lui seul l’ampleur de la crise ni la réduction simultanée des contrôles frontaliers côté marocain.
La construction du récit de « l’invasion »
Les crises frontalières créent un contexte propice à la radicalisation du débat public. Une étude met en évidence un durcissement de la rhétorique politique et une banalisation des discours racistes. Lors de la crise de 2021, le parti d’extrême droite Vox a consacré plus de 70 % de ses publications à Ceuta et à la migration.
Une autre étude a montré que 80 % des messages haineux analysés portaient sur la confrontation politique, et non sur les causes ou les solutions aux enjeux migratoires.
Dans la crise actuelle, des expressions comme « invasion », « hommes en âge de combattre » ou « sicaires » participent à cette représentation des personnes migrantes comme une menace collective. Les #médias ne sont pas nécessairement à l’origine de ces discours, mais ils peuvent contribuer à les banaliser lorsqu’ils reprennent des cadrages alarmistes sans les contextualiser ni les mettre en perspective.
Les droits humains comme limite et comme réponse
Dans une crise de cette nature, les droits humains ne constituent pas un obstacle à la gestion des frontières, mais en fixent les limites juridiques et éthiques. La découverte de plus de 40 corps dans les eaux de Ceuta met en évidence le coût humain d’une politique qui fait de la frontière un espace de danger extrême.
L’Espagne a l’obligation de protéger les vies humaines, de garantir les opérations de sauvetage et d’examiner individuellement chaque situation, en portant une attention particulière aux mineurs, aux demandeurs d’asile et aux victimes de la traite des êtres humains.
Mais les principales victimes restent toujours les personnes migrantes elles-mêmes. Le Maroc peut les utiliser comme moyen de pression, les partis politiques comme argument électoral, et certains discours les réduire à une menace anonyme.
Tandis que les États se disputent influence et responsabilités, ces personnes risquent leur vie et s’exposent à l’absence de protection, aux #refoulements arbitraires et à leur #déshumanisation dans le débat public. La réponse ne devrait pas opposer les droits des habitants de Ceuta à ceux des personnes qui arrivent, mais veiller à ce que ces deux populations — et en particulier les plus vulnérables — ne continuent pas de payer le prix de stratégies politiques sur lesquelles elles n’ont aucune prise.
▻https://theconversation.com/pourquoi-ceuta-est-au-coeur-dune-crise-migratoire-permanente-288888
#migrations #réfugiés #Maroc #Espagne #assaut #frontières
Les migrants marocains de Ceuta, victimes des politiques migratoires européennes
Plusieurs dizaines de milliers de personnes seraient parvenues à entrer dans l’enclave espagnole au cours des derniers jours, et une trentaine d’entre elles ont déjà perdu la vie. Un nouvel épisode qui illustre toute la perversité de l’#externalisation de la gestion des frontières.
Une fois de plus, les frontières tuent. Une trentaine de personnes sont mortes en tentant de rejoindre Ceuta, une petite enclave espagnole située sur la côte nord de l’Afrique, depuis le Maroc. « Neuf corps ont été repêchés », a d’abord indiqué, jeudi 30 juillet, une porte-parole de la délégation du gouvernement espagnol dans ce territoire à l’Agence France-Presse (AFP), avant que le bilan ne soit revu à la hausse le matin du vendredi 31 juillet.
Les autorités espagnoles ont d’abord compté près de 1 500 personnes qui ont réussi à gagner Ceuta au cours des derniers jours. Mais Madrid affirmait vendredi matin que 49 000 personnes seraient entrées, selon de premières estimations. Le président de Ceuta, Juan Jesús Vivas Lara (Parti populaire, droite), a affirmé, lors d’une conférence de presse vendredi 31 juillet, que ce nombre s’élevait même à 60 000.
La différence de chiffres surprend et requiert pour l’heure de la prudence : « Il faut être très précautionneux. On nous parle de 1 500 personnes un jour et le lendemain de 50 000 personnes. C’est forcément très inédit et impressionnant, mais il y a toujours une exagération des chiffres sur les tentatives de passages et les passages [effectifs] », tempère Elsa Tyszler, enseignante-chercheuse à l’université Paris-8, qui suit de près l’enclave et les mouvements migratoires dans cette région.
Elle ajoute : « Il faut se méfier des chiffres, qui sont toujours manipulés à des fins politiques, de l’ordre de “l’invasion migratoire”, dans un îlot occidental qui serait “assiégé” par des migrants racialisés. C’est toute la rhétorique d’extrême droite qui accompagne les tentatives de passage à cet endroit depuis trente ans. »
Des drames humains qui se répètent
Les images qui circulent depuis le jeudi 30 juillet montrent de jeunes hommes et adolescents (en majorité), certains arrivant à la nage et grimpant sur les rochers pour se hisser à terre, parfois équipés de palmes et de bouées de sauvetage ; d’autres, tout sourire une fois leur destination atteinte, laissant échapper leur joie dans des cris non dissimulés ou des accolades.
La garde civile aurait rapidement été dépassée. Jeudi dans la soirée, le ministère de l’intérieur espagnol a annoncé l’envoi de l’armée pour « renforcer la garde civile » et « assurer la sécurité » à Ceuta, alors que plusieurs centaines d’autres personnes ont gagné le territoire en une journée. Quelques centaines de Marocains auraient aussi rejoint Melilla, une autre enclave espagnole.
« Le gouvernement d’Espagne est entièrement mobilisé pour donner une réponse immédiate à la situation à Ceuta, a fait savoir jeudi après-midi, sur le réseau social X, Pedro Sánchez, le premier ministre espagnol. Nous mobilisons toutes les ressources nécessaires, en travaillant avec les autorités marocaines et internationales. […] Je viens de transmettre [le message] au président [de l’enclave] Juan Jesús Vivas Lara. C’est le moment de construire des solutions, avec responsabilité et coopération. »
En visite sur place vendredi 31 juillet, le premier ministre a dénoncé « une attaque, une violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne ». Le président de Ceuta, qui a mis en avant une « crise migratoire extrêmement grave », a appelé à une « réponse immédiate, ferme et coordonnée », demandant au gouvernement de déclarer l’état d’urgence nationale.
« Il est temps de passer à l’action. Ceuta a besoin de plus de moyens, d’infrastructures, de coordination et de limites objectives à sa capacité d’accueil. Nous ne demandons pas de privilèges, mais une réponse juste, responsable et conforme à notre condition de frontière de l’Europe en Afrique », a-t-il écrit sur X jeudi 30 juillet après-midi. Selon lui, les personnes sont arrivées à un rythme de deux cents par jour en moyenne cette semaine. « Une urgence humanitaire et sociale absolue », a-t-il déploré.
Pour Ceuta comme pour Melilla, une telle situation de chaos, menant à de véritables drames humains, n’est pas nouvelle. En 2021, à Ceuta, près de 8 000 personnes étaient parvenues à rejoindre l’enclave – un chiffre alors inédit, et largement dépassé aujourd’hui. Le Maroc avait été accusé d’avoir fait pression sur l’Espagne dans le dossier sensible du Sahara occidental, en instrumentalisant les personnes migrantes et leur détresse.
En 2022, à Melilla cette fois, vingt-sept exilés subsahariens avaient perdu la vie (soixante-dix autres ont été portés disparus) alors qu’ils tentaient de gagner l’Espagne, toujours depuis le Maroc, dans un mouvement de foule provoqué alors que des centaines, voire des milliers de personnes tentaient le passage.
Le bal des instrumentalisations est ouvert
De manière très prévisible, les images ont vite été reprises sur les réseaux sociaux, par la droite et l’extrême droite, pour laisser croire à une « invasion migratoire ». Chacun et chacune y va de sa petite déclaration : la leader du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, parle d’« entrées massives et coordonnées de migrants en Espagne, encouragées par le gouvernement espagnol ».
Le patron du parti Les Républicains (LR), Bruno Retailleau, évoque quant à lui une « vague migratoire massive à Ceuta » et une « politique irresponsable du gouvernement socialiste espagnol », en référence à la campagne de régularisation des sans-papiers mise en œuvre en début d’année 2026 en Espagne.
En résumé, ce serait parce que Madrid régulariserait (sous de nombreux critères restrictifs, notamment la durée de séjour dans le pays) que plus d’un millier de migrants marocains auraient tenté de rejoindre Ceuta (plusieurs mois après l’annonce de ladite régularisation).
Le ministre de l’intérieur français, Laurent Nuñez, a annoncé sur X « renforcer sans attendre les contrôles à la frontière espagnole », répondant indirectement à une demande formulée par Marine Le Pen une heure plus tôt. « Par ailleurs, j’active la Force frontière d’intervention rapide pour des contrôles en profondeur », a-t-il ajouté, comme si la France était sous la menace de dangereux envahisseurs.
Côté italien, Giorgia Meloni n’a pas manqué de pointer une « immigration clandestine hors de contrôle [qui] représente une menace concrète pour la sécurité des frontières européennes », suggérant la suspension de l’espace Schengen avec l’Espagne ; alors même que Ceuta, comme Melilla, fonctionne comme une exception de la zone européenne de libre circulation et que des contrôles d’identité sont effectués pour les personnes qui entrent ou sortent du territoire…
Dans un autre style, Danny Danon, ambassadeur d’Israël aux Nations unies, a cherché à tacler l’Espagne, osant le parallèle entre la politique de colonisation d’Israël en Palestine et la guerre génocidaire menée à Gaza avec la situation de cette enclave.
« L’Espagne, qui ne manque jamais une occasion de faire la leçon à Israël, a déclaré l’état d’urgence à Ceuta à la suite de la crise liée à sa politique d’immigration. Peut-être qu’avant de continuer à nous faire la leçon, il serait temps qu’elle explique au monde pourquoi elle maintient encore des enclaves coloniales en Afrique », cingle-t-il.
Si l’on peut interroger le passé colonial espagnol, la comparaison est pour le moins osée. Une journaliste hispano-marocaine, Leyla Hamed, lui a répondu : « Je suis de Ceuta, et l’Espagne ne nous a jamais opprimés. Vous, maniaques génocidaires, n’avez pas le droit d’instrumentaliser notre identité ou de parler en notre nom. »
L’effet boomerang de l’externalisation
Dans ce flot de réactions, le Maroc semble avoir gardé le silence. Plusieurs observateurs et observatrices accusent le pays, en pleine célébration du vingt-septième anniversaire de l’intronisation du roi Mohammed VI, d’avoir sciemment réduit les effectifs au niveau de la frontière avec Ceuta en réponse à la visite de Pedro Sánchez en Algérie, le 20 juillet.
Mais tout le monde ou presque oublie de préciser la nature du « problème ». La crise n’est pas « migratoire », mais politique et humanitaire : dès lors que l’Union européenne choisit de donner les pleins pouvoirs à des États tiers pour gérer ses frontières contre rémunération, ces mêmes États n’ont parfois aucun scrupule à jouer avec des vies humaines pour servir leurs intérêts.
Par le biais de l’externalisation des politiques migratoires, « le Maroc a été le premier pays à accepter d’aider l’Espagne et l’UE à défendre ses frontières, à collaborer dans la lutte dite contre l’immigration irrégulière vers l’Europe » dès le début des années 1990, rappelle Elsa Tyszler.
Cela donne lieu à des « patrouilles de la marine marocaine dans les eaux du détroit de Gibraltar, pour protéger des frontières que, par ailleurs, le Maroc conteste », souligne-t-elle, expliquant que l’occupation de ces territoires par l’Espagne revient régulièrement dans le débat public. C’est tout le paradoxe. « Il y a toujours un jeu de vérité entre les deux pays. Les frontières de Ceuta et Melilla sont un théâtre de luttes diplomatiques. »
Beaucoup d’exemples viennent l’illustrer et « montrent que dès qu’il y a un différend entre le Maroc et l’Espagne, comme ce fut le cas pour le Sahara occidental en 2021, cela se concrétise par la métaphore du robinet », poursuit la chercheuse. Ici, « on peut penser que la visite de Pedro Sánchez en Algérie » a conduit à ce pic d’entrées exceptionnel à Ceuta. « Lorsque le pouvoir marocain n’est pas satisfait de ce que fait l’Espagne, il y a un mécanisme de vengeance », ajoute-t-elle.
Officiellement, les autorités des deux pays ne le diront pas et salueront leur collaboration commune. Si le Maroc ne s’est pas encore exprimé publiquement sur la situation à l’heure où nous écrivons ces lignes, le premier ministre espagnol s’est arrangé pour déclarer que le Maroc était un « allié » malgré le contexte.
« Le Maroc agit en sous-traitant de la gestion des frontières européennes et opère le contrôle migratoire, il manie donc la question migratoire en fonction de ses propres intérêts » lorsque bon lui semble, nuance Elsa Tyszler. C’est le retour de bâton d’une politique régulièrement dénoncée par les chercheurs et chercheuses ainsi que par les ONG internationales.
Une situation économique et sociale compliquée
Enfin, d’autres facteurs doivent être pris en compte, tels que l’enjeu racial et le racisme présent à cette frontière à la fois « très militarisée et sophistiquée », qui ont fait des migrants – les musulmans ou perçus comme tels et les personnes noires venues d’Afrique subsaharienne – la « figure de l’ennemi », en réaction aux différentes arrivées observées ces dernières décennies. Il y a aussi la colère de la jeunesse marocaine et le désespoir d’une partie de la population qui cherche à fuir son pays.
À ce propos, Khadija Anani, membre de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) et d’EuroMed Droits au Maroc, souligne la situation « très compliquée » au niveau économique et social : « La jeunesse est en détresse et ne voit pas de perspectives au Maroc. Près de 1 million et demi de jeunes âgés entre 14 et 24 ans ne font rien – ni études, ni formation, ni travail. »
Plus de 2 millions de Marocain·es vivent en dessous du seuil de pauvreté, poursuit-elle, regrettant que la priorité soit donnée à l’organisation de grands événements internationaux plutôt qu’à l’éducation, au travail, à la santé, au logement ou à la lutte contre la corruption. « Toutes ces thématiques sont négligées, c’est d’ailleurs pour ça que la “GenZ” est sortie dans la rue [en septembre 2025] et a revendiqué ses droits », explique Khadija Anani.
Dans le même temps, la liberté d’expression des citoyen·nes est régulièrement entravée. Le rappeur El Mahdi Lyoubi a été arrêté et se voit imposer un procès vendredi 31 juillet. Tout cela explique, selon la représentante associative, qu’autant de personnes aient tenté le passage de la frontière à Ceuta ces jours-ci.
Mais selon El País, des milliers de personnes rebroussent chemin vers le Maroc, faute de pouvoir être accueillies correctement dans l’enclave. Selon le ministère de l’intérieur espagnol, 25 000 personnes seraient déjà rentrées. Dans toute cette histoire, conclut Khadija Anani, « gardons en tête les dégâts humains, car le bilan des morts risque encore de s’alourdir ».
▻https://www.mediapart.fr/journal/international/310726/les-migrants-marocains-de-ceuta-victimes-des-politiques-migratoires-europe
#mourir_aux_frontières #morts_aux_frontières #chiffres #statistiques #afflux #invasion #Melilla #instrumentalisation #extrême_droite #racisme #jeunesse #jeunesse_marocaine
Drame de Ceuta : jusqu’où ira l’#indignité ?
Plus de 70 personnes officiellement décédées, sans doute plus de 130 selon les associations. De ce qui s’est passé à Ceuta ces derniers jours, on aimerait d’abord que l’on retienne cela : ces vies brisées, ces histoires, ces noms et ces visages. Mais comme bien souvent, la plupart des réactions et des polémiques effaceront cette dimension humaine. Alors il faut le redire, sans relâche, contre l’indifférence et la banalisation.
Au-delà de la situation historique et géographique spécifique de l’enclave espagnole de Ceuta sur le continent africain, au-delà de la crise sociale et des inégalités particulièrement prégnantes au Maroc, les événements de la semaine dernière sont venus une nouvelle fois rappeler comment les personnes migrantes peuvent être aujourd’hui l’objet de bien des instrumentalisations géopolitiques, une dimension renforcée par les logiques d’externalisation des politiques migratoires européennes ; et comment l’obsession de ces politiques pour la fermeture aux « indésirables » ne peut que conduire à de telles situations de tensions, de marchandage, tant rien ne peut faire complétement obstacle à l’espoir d’une autre vie pour celles et ceux qui sont prêts à tout pour partir.
Mais ce à quoi nous assistons autour du drame de Ceuta est surtout sidérant d’escalade dans l’indignité.
Escalade dans le degré de #mensonges et de #contre-vérités véhiculés par des responsables politiques, bien au-delà des rangs de l’extrême droite, par divers influenceurs et relais médiatiques : alimentation irraisonnée de l’existence d’un risque « d’arrivée massive » de personnes migrantes sur le continent européen, alors que l’enclave n’est pas dans l’espace Schengen et qu’il n’est pas possible de rejoindre l’Espagne sans contrôle ; prétendu lien avec la politique de régularisation conduite par le gouvernement espagnol, procédure qui n’est pourtant plus ouverte aujourd’hui, dont les critères ne pouvaient en aucun cas concerner les personnes arrivées à Ceuta ces derniers jours.
Escalade dans la mécanique, désormais si bien rodée, d’instrumentalisation au service de l’agenda politique de celles et ceux qui entretiennent les peurs pour vanter leurs propositions autoritaires et xénophobes : alimentation du fantasme de la « submersion », à coup d’images et de commentaires haineux ressassés jusqu’à la nausée, précipitation sur le terrain pour alimenter les paniques identitaires, dénonciation d’une « menace existentielle » … Un retournement d’analyse bien pathétique quand on pense aux vraies menaces existentielles (drames climatiques, conflits armés…) que nous vivons en cet été 2026…
Escalade enfin dans la surenchère répressive et sécuritaire qui a été la réponse de la plupart des pays européens : priorité au renforcement du contrôle des frontières, alors qu’il était bien impossible aux personnes migrantes arrivées à Ceuta de gagner facilement le continent européen ; aucune considération pour les questions humanitaires et le respect des droits fondamentaux. Et lundi 3 août, la lettre des 22 pays amenés par l’Italie et le Danemark, demandant de nouvelles mesures de contrôle et de fermeture, dénonçant la politique espagnole de régularisation, a été un nouveau signe plus qu’alarmant d’une dérive sans fin de l’Union européenne, sous l’impulsion d’une alliance droite et extrême droite qui la guide désormais sur les questions migratoires.
Jusqu’où cela va-t-il aller ? Après le pacte asile et migration en application depuis juin dernier, après le règlement retour et ses « hubs de retour » en dehors de l’UE, renforçant encore les logiques d’enfermement, d’expulsion, d’externalisation et d’atteintes aux droits, quelle va être la prochaine étape ?
La réunion des ministres de l’Intérieur tenue ce mardi 4 aout, si elle n’a fait l’objet d’aucune véritable annonce nouvelle, tant les dispositifs de contrôle et de répression sont déjà présents, a néanmoins confirmé le registre de la menace et de l’obsession, notamment via les technologies de surveillance, du contrôle et de la fermeture.
Alors qu’en France comme dans d’autres pays européens s’ouvrent de cruciales séquences électorales risquant d’être autant de prétextes à de nouvelles instrumentalisations et surenchères, il y a urgence, sous peine de basculer demain dans un avenir encore plus cauchemardesque, à dénoncer sans faillir ces mécaniques toxiques. Et à opposer à l’incapacité aujourd’hui dramatique de l’Union européenne et de ses Etats à concevoir des politiques migratoires, hors du paradigme de la répression et de la logique de « la forteresse assiégée » servant principalement ses intérêts ; des politiques fondées sur le respect des droits humains, l’égalité de traitement, les coopérations d’égal à égal et les solidarités internationales. Les seules à même de pouvoir garantir notre avenir collectif, dans un monde où, plus que jamais, les migrations en seront demain le cœur battant.
▻https://www.lacimade.org/drame-de-ceuta-jusquou-ira-lindignite
Ceuta ou la consécration des politiques migratoires racistes et sécuritaires
Contrairement aux discours qui ont majoritairement circulé dans les médias ces dernières semaines, les événements survenus à Ceuta à partir du 30 juillet 2026 ne doivent pas être considérés comme une « crise migratoire » exceptionnelle, mais plutôt comme la conséquence prévisible d’un modèle de « gestion » des mouvements migratoires fondé sur la dissuasion, l’externalisation des frontières, la normalisation progressive de la #violence, et l’instrumentalisation des questions migratoires. La militarisation des frontières, la cruauté envers les personnes en migration, la violation du droit international, et l’#impunité institutionnelle organisée sont autant d’éléments qui démontrent chaque jour l’impasse des politiques et stratégies migratoires actuelles.
Entre le 30 et le 31 juillet, entre 40 000 personnes [1] (selon le Maroc) et 70 000 [2] (selon l’Espagne) auraient franchi depuis le Maroc, principalement par la mer, la frontière de Ceuta - résidu colonial européen sous contrôle espagnol situé sur le territoire marocain -, arrachant ainsi leur liberté de circulation. Entre 83 personnes (chiffre officiel) et 141 (chiffre des associations) seraient décédées ce faisant, et presque la majorité des personnes arrivées ont été renvoyées au Maroc en 48h, en violation du droit international (principe de non-refoulement), du droit européen (Pacte européen asile et migration), et de la législation espagnole (arrêt de la Cour suprême espagnole du 8 juillet 2026).
La fabrique de la « crise migratoire », stratégie récurrente des politiques européennes
Face à ce qui a été présenté comme une énième « crise migratoire », il convient de relativiser les chiffres. Les chiffres annoncés des arrivées dans l’enclave semblent conséquents au regard du confetti de 20 km2 (85 000 habitants) que constitue l’enclave de Ceuta. Mais ils sont en réalité dérisoires au regard de la population des 27 États membres de l’UE, qui compte plus de 450 millions d’habitant·es. Il y a en l’espèce un effet de zoom, amplifié dans ce cas précis par le fait que Ceuta, l’une des deux seules frontières terrestres entre le Maroc et l’Espagne (l’autre étant Melilla), se trouve sur le continent africain et ne fasse pas partie de l’espace Schengen.
A chaque fois que l’Europe a connu des épisodes d’arrivées importantes sur des territoires insulaires ou enclavés, a été utilisée la rhétorique de la « crise migratoire ». Cette formule permet de rejeter la responsabilité sur les personnes migrantes et de détourner l’attention des enjeux politiques et du système imposé par les anciennes puissances coloniales. Ce procédé a été utilisé régulièrement, à Lampedusa (Italie) en 2011 pendant les révolutions arabes et en 2023 lorsqu’entre 6000 et 13 000 personnes sont arrivées en quelques jours sur l’île, à Ceuta en 2021 lorsqu’environ 10 000 personnes sont entrées en deux jours dans l’enclave après un relâchement du contrôle frontalier marocain, ou encore à Melilla en 2005 ou 2022 lors de tentatives de franchissement de la barrière-frontière.
Lors de tous ces précédents, les personnes en quête de protection ou d’opportunités – et contraintes d’emprunter des voies alternatives en raison de la fermeture des frontières et des régimes de visa imposés - ont été brutalement réprimées par les forces de l’ordre, avant d’être sommairement renvoyées, en violation de leurs droits. Nombre d’entre elles ont de plus péri en Méditerranée, laissant des familles entières en deuil.
La même répression brutale a été déployée à Ceuta après le 30 juillet. Face à ce mouvement migratoire, le discours de l’Espagne a consisté à dénoncer une « violation de [son] intégrité territoriale par des réseaux criminels », pointant du doigt une instrumentalisation par des « mafias », qui auraient partagé des informations mensongères sur les réseaux sociaux - notamment une « interprétation extensive » de l’arrêt de la Cour suprême espagnole du 8 juillet 2026 [3] ou une ouverture de la frontière maroco-espagnole. En réponse à cette situation, l’Espagne a immédiatement déployé l’armée sur place pour venir en appui à la Guardia Civil, tandis que l’UE offrait le soutien de l’agence Frontex pour « reprendre le contrôle » des frontières européennes dites « menacées ».
Récupération politique tous azimuts
La récupération politique a été immédiate à l’échelle de l’UE. Les images des arrivées d’exilé·es à Ceuta diffusées en boucle ont immédiatement été exploitées et instrumentalisées par les droites européennes et les extrêmes droites, y compris au-delà de l’espace Schengen, pour construire un récit de « l’invasion ». Décrites comme un problème de sécurité publique, ces arrivées ont déclenché discours décomplexés de haine et protestations indignées, ainsi qu’une crise diplomatique qui a eu tôt fait d’éclipser la crise humanitaire.
Le prétendu « laxisme » du gouvernement espagnol a ainsi été pointé du doigt, du fait du processus de régularisation extraordinaire mis en place sur son territoire entre avril et juin 2026 [4]. Or, ce programme, qui répondait à des critères stricts – notamment celui d’être arrivé en Espagne avant le 1er janvier 2026 - est clos depuis le 30 juin 2026.
Qu’à cela ne tienne, l’Espagne est accusé d’avoir envoyé « un mauvais message » aux ressortissant·es des pays tiers, et d’avoir créé un « appel d’air » – mythe fantasmé largement relayé par l’extrême droite [5]. Cet argument fallacieux ne fut cependant pas retenu contre l’Italie un an plus tôt, lorsqu’en besoin de main d’œuvre, ce pays a lui-même émis un décret pour régulariser 500 000 personnes étrangères sur son territoire entre 2025 et 2028 [6]. Dans l’épisode Ceuta, il y a sans nul doute la volonté d’isoler et de décrédibiliser la politique migratoire de l’Espagne – rare pays européen qui dans certaines de ses pratiques et propos tenus à l’échelle nationale va à rebours des discours et politiques uniquement sécuritaires en matière migratoire. L’objectif est de contrer au plus vite la possibilité d’élargissement d’un narratif positif et inclusif sur les migrations face au discours anti-immigration qui prend de l’ampleur au niveau européen.
Nul ne peut cependant ignorer qu’en parallèle l’Espagne a mené ces dernières années une politique d’externalisation en Afrique de l’Ouest, bien loin de chercher à attirer les immigré-es : construction de centres de détention offshore, déploiement de la police espagnole et de la Guardia civil, et soutien de plusieurs millions d’euros aux forces de sécurité ouest-africaines pour le contrôle des migrations. Ces politiques d’externalisation ont notamment eu pour conséquence de faire de la route atlantique vers les îles Canaries l’une des plus meurtrières ces dernières années (avec 1300 décès à la mi-2026 [7]).
Les États membres voisins n’ont pas manqué d’appeler au renforcement des contrôles aux frontières externes de l’Union. Certains pays (Italie, Danemark) ont dans la foulée appelé à suspendre de l’espace Schengen une Espagne qui soi-disant ne jouerait pas le jeu du tout-sécuritaire et qui ne contrôlerait pas efficacement ses frontières. D’une part, cette suspension n’est pas prévue par les textes européens en vigueur, et d’autre part il est de notoriété publique que les enclaves de Ceuta et Melilla disposent d’un régime dérogatoire dans l’espace Schengen qui ne permet pas la libre circulation vers la péninsule espagnole du fait d’un double contrôle à l’entrée et à la sortie de l’enclave, qui fonctionne comme un sas fermé. Les pays européens voisins de l’Espagne se sont également empressés d’indiquer qu’ils allaient renforcer les contrôles aux frontières internes de l’Union... Alors même que huit États membres, dont la France et l’Italie, ont de fait rétabli totalement ou partiellement ces contrôles depuis 2015 [8]. .
Quant au Maroc, qui célébrait le 30 juillet les 27 ans de règne de Mohamed VI, il s’est tu pendant quatre jours avant de finalement renvoyer la balle vers l’Espagne, l’accusant de ne pas avoir anticipé les conséquences de l’arrêt de la Cour suprême espagnole du 8 juillet 2026 [9]…
L’instrumentalisation des exilé·es au profit d’enjeux géopolitiques, effet boomerang de l’externalisation
Malgré cela, l’Espagne s’est empressée de rappeler que le Maroc est avant tout un allié, tant il est un collaborateur zélé de la politique migratoire sécuritaire européenne. En effet, l’Espagne, pour entraver les mouvements migratoires à sa frontière, a besoin du Maroc qui sait le lui rappeler en différentes occasions. Ce dernier n’a jamais hésité à utiliser les exilé·es comme monnaie d’échange pour servir ses intérêts économiques ou politiques, peser dans le débat géopolitique, ou exprimer ses mécontentements, notamment face au rapprochement entre l’Espagne et l’Algérie [10], comme il l’a déjà fait par le passé (2021, 2023). Les pays partenaires de la politique d’externalisation de l’UE utilisent ainsi les mêmes armes que l’UE, à savoir le marchandage, pour se retourner occasionnellement contre elle. Cela a été le cas pour la Turquie avec la Grèce en mars 2020, le Maroc avec l’Espagne en mai 2021, et la Biélorussie avec la Pologne dès août 2021. Les exilé·es deviennent alors une monnaie d’échange : le marchandage se fait sur leur dos – voire sur leurs vies – dans tous les cas en violation de leurs droits. Car en déléguant la gestion des migrations à des pays tiers, souvent autoritaires, l’UE se défausse des conséquences de cette sous-traitance, et transforme les personnes qui souhaitent rejoindre son territoire en pions entre les mains de gouvernements qui disposent d’un levier de pression politique face à une Europe gangrenée par un racisme croissant, prête à tout pour maintenir les exilé·es loin de ses frontières.
Des violations massives des droits au nom de la protection des frontières européennes
Comme lors de précédents impliquant des arrivées dites « massives » dans l’Union, l’Espagne a procédé très rapidement (48h) au renvoi des personnes arrivées à Ceuta. Et ce en violation de leurs droits fondamentaux. En effet, les personnes interceptées à Ceuta auraient en principe dû faire l’objet du filtrage - prévu par le règlement éponyme du Pacte européen asile et migration entré en application en juin 2026 -, avant toute orientation vers une procédure d’asile ou de retour. Situation qui souligne que cet instrument est mort-né un mois et demi après son entrée en application... De plus, les personnes arrivées par la mer auraient dû - avant « remise » (refoulement) au Maroc - faire l’objet d’un examen individuel de leur situation en vertu de la récente jurisprudence de la Cour Suprême espagnole. Or, Pedro Sanchez a clairement indiqué que celle-ci ne s’appliquerait pas au cas d’espèce. Faut-il pourtant rappeler que nul ne peut faire l’objet d’un renvoi forcé sans avoir vu sa situation individuelle examinée, ou avoir pu déposer le cas échéant une demande de protection internationale en vertu du principe international de non-refoulement ?
Dans une surenchère sécuritaire, le ministère de l’Intérieur espagnol a par ailleurs annoncé le 1er août la mise en place d’une barrière pneumatique de 500 mètres de long en cours d’installation dans la mer pour empêcher les migrant·es de traverser à la nage entre le Maroc et Ceuta. Dans la volonté a priori de se « conformer » à la jurisprudence de la Cour Suprême espagnole évoquant la nécessité d’un « élément physique de contention » en mer pour pouvoir procéder à des « refus d’admission à la frontière ».
Les événements de Ceuta auront donc uniquement permis de justifier la doctrine ultra-sécuritaire de l’UE en matière migratoire, et de réaffirmer qu’elle est la seule politique possible.
A l’issue de cinq jours de crise diplomatique, après avoir été vilipendé par ses voisins européens, le président du gouvernement espagnol aura finalement reçu leur soutien pour sa gestion rapide de la crise politique et diplomatique [11], qui sera vite oubliée. Tout comme les personnes décédées pour avoir voulu exercer leur droit à la mobilité et braver les politiques migratoires européennes répressives, racistes et mortifères.
La #nécropolitique assumée de l’UE
Les évènements de Ceuta nous montrent, s’il le fallait encore, que les politiques migratoires répressives tuent. Et que l’externalisation des frontières, quel qu’en soit le coût humain et financier, est un pilier de ces politiques migratoires. La preuve en est les partenariats toujours en vigueur entre l’UE et des pays comme le Maroc, la Libye, la Tunisie, l’Égypte ou la Mauritanie, qui bafouent notoirement les droits de leurs citoyen·nes et des personnes exilées sur leur territoire.
Le renforcement des dispositifs de contrôle et de sécurité tout au long du parcours migratoire comme la complicité des pays d’origine ou de transit dans ce tout sécuritaire ont de lourdes conséquences. Du fait de la multiplication et de la technologisation des obstacles, la route pour l’Europe est devenue un véritable cimetière, et les morts et les blessés se comptent par milliers [12].
S’il n’existe pas encore de bilan en ce qui concerne l’épisode Ceuta, l’association marocaine des droits humains fait état d’au moins 140 décès. A ce jour, l’UE et les États partenaires qui endossent le rôle de gendarmes de l’Europe n’ont jamais assumé leur part de responsabilité dans ces tragédies, considérées comme des « dommages collatéraux » d’une stratégie de dissuasion dans laquelle la violence, en tant que moyen corrélé à l’objectif de non-accueil et de mise à distance, est érigée en norme [13]. Quid de l’identification de ces personnes ? Quid des enquêtes qui devront être menées pour établir vérité, justice et réparation pour les familles de ces victimes des politiques migratoires européennes ? Jusqu’à quand les autorités européennes éluderont ainsi leur part de responsabilité alors que ce sont elles qui ont coupé tout accès légal à l’Europe aux personnes en migration, et qui ont par conséquent failli à leur devoir de secours et de solidarité ? [14]
La militarisation des frontières n’empêche pas les mouvements migratoires
Ceuta nous montre également que si les entraves sur le parcours migratoire contraignent les exilé·es à utiliser des voies alternatives plus dangereuses, elles ne les dissuadent pas de franchir les frontières. Aucune barrière ne pourra étancher la soif d’émancipation et de liberté de circulation des populations, notamment du Sud global, injustement assignées à résidence dans un monde inégalitaire et ultra-connecté.
Au Maroc, la situation précaire (37 % de chômage chez les jeunes, pauvreté rampante, manque de perspectives), les refus de visas à répétition, et le fossé socio-économique qui sépare ce pays d’une Espagne située à 14km révoltent la jeune génération, qui clame que la liberté de circulation ne peut plus être réservée aux seul·es privilégié·es. Pour en finir avec la rupture de l’égalité des chances, au nom du principe d’égalité entre tou·te·s, et du principe d’émancipation, les personnes exilées se saisissent du droit à la mobilité qui leur est nié, rappelant que toute personne a le droit de quitter tout pays y compris le sien, et que ce droit est internationalement reconnu [15]. Et internationalement bafoué.
Loin de constituer un échec politique, les morts aux frontières, les renvois sommaires et les violations répétées des #droits_fondamentaux observés aux frontières de l’Europe sont devenus des caractéristiques structurelles d’un système dans lequel la migration est avant tout perçue comme une menace pour la sécurité plutôt que comme une réalité humaine. Le coût humain n’est pas fortuit : il est intrinsèque à un modèle qui privilégie l’exclusion plutôt que la protection, et la dissuasion plutôt que la solidarité.
Tant que la mobilité restera largement inaccessible, les personnes continueront de risquer leur vie à la recherche de sécurité, de dignité et d’opportunités. Aucun degré de militarisation des frontières ne peut éliminer la migration ; ces politiques ne peuvent que la rendre plus dangereuse. Une approche fondamentalement différente est donc nécessaire — une approche qui place les droits humains, l’égalité, la responsabilité internationale et la liberté de circulation au cœur des politiques migratoires.
▻https://migreurop.org/article3609.html
#racisme #militarisation_des_frontières
Ceuta, la frontiera coloniale che l’Europa usa per alimentare la paura
Oltre cinquantamila persone hanno tentato di raggiungere l’enclave spagnola in Marocco. Dietro la narrazione dell’«invasione» ci sono disoccupazione, crisi sociale, ricatti geopolitici e un sistema di esternalizzazione delle frontiere che produce morti, autoritarismo e propaganda. La destra europea, guidata da Meloni, ha scelto ancora una volta di rispondere con la militarizzazione e la chiusura.
Le immagini arrivate da Ceuta hanno fatto il giro del mondo. Migliaia di persone che nuotano attorno ai frangiflutti, giovani che attraversano il mare con una bottiglia di plastica come unico galleggiante, famiglie intere che tentano di raggiungere pochi metri di costa europea separati da una barriera di filo spinato, pattuglie della Guardia Civil, militari dispiegati nelle strade e decine di corpi recuperati in mare. Almeno cinquantasette persone sono morte annegate. Secondo il governo spagnolo, in poche ore oltre 50 mila persone avrebbero tentato di raggiungere l’enclave di Ceuta, mentre il ministero dell’Interno ha sostenuto che la quasi totalità sarebbe poi rientrata spontaneamente in Marocco, circostanza che molti osservatori ritengono difficilmente verificabile.
Come sempre accade quando le frontiere europee vengono attraversate da grandi movimenti di persone, il dibattito pubblico si è concentrato quasi esclusivamente sulla sicurezza. Le immagini sono state immediatamente trasformate nella rappresentazione plastica dell’ennesima «invasione». Le destre europee hanno parlato di assedio, di difesa della civiltà occidentale, di emergenza senza precedenti. Giorgia Meloni ha sospeso Schengen nei confronti della Spagna per i cittadini extraeuropei provenienti dal territorio spagnolo, Matteo Piantedosi ha convocato il Comitato Immigrazione e Frontiere, Antonio Tajani ha aperto uno scontro diplomatico con Madrid, mentre da Berlino Friedrich Merz, Alice Weidel, Manfred Weber e gran parte della destra continentale hanno chiesto respingimenti immediati, rafforzamento di Frontex e chiusura delle frontiere.
Ancora una volta, però, la politica ha preferito discutere di muri piuttosto che interrogarsi sulle ragioni che spingono decine di migliaia di persone a mettere in gioco la propria vita.
Per comprendere quanto accaduto bisogna anzitutto ricordare che Ceuta non è una qualunque città di frontiera. È una enclave spagnola di appena diciotto chilometri quadrati incastonata sulla costa marocchina. Insieme a Melilla rappresenta uno degli ultimi residui del colonialismo europeo nel continente africano. La Spagna considera entrambe parte integrante del proprio territorio nazionale; il Marocco continua invece a rivendicarle come territori da decolonizzare. Questa contraddizione storica non è un dettaglio geografico: è il cuore stesso della vicenda. Mentre in Europa si parla di difesa dei confini, si dimentica sistematicamente che quei confini sono stati tracciati dalla storia coloniale e che due città europee continuano a trovarsi sulla costa africana.
È difficile comprendere perché migliaia di giovani marocchini rischino la morte per raggiungere Ceuta se non si parte da questo dato. La domanda corretta non è perché vogliano entrare in Europa, ma perché un pezzo d’Europa continui a trovarsi in Africa e quale eredità abbia lasciato quella storia.
Le persone che hanno tentato l’attraversamento non sono mosse da una misteriosa pulsione migratoria. Arrivano soprattutto da Casablanca, Kenitra, El Jadida, Sétif e dalla stessa Fnideq, città frontaliera precipitata in una profonda crisi economica dopo la chiusura nel 2019 del cosiddetto «contrabbando di sussistenza», il commercio transfrontaliero che garantiva il reddito a migliaia di piccoli commercianti, lavoratori e famiglie. A questo si aggiungono un tasso di disoccupazione giovanile che supera il 29%, quasi tre milioni di giovani che non studiano e non lavorano e una diffusa sensazione di assenza di futuro che attraversa un’intera generazione marocchina.
È in questo contesto che sui social si è diffusa la falsa convinzione che la frontiera fosse stata aperta dopo una sentenza della Corte Suprema spagnola che aveva dichiarato illegittimi alcuni respingimenti immediati praticati negli anni precedenti. Migliaia di ragazzi si sono dati appuntamento a Fnideq e hanno tentato insieme l’attraversamento. Molti raccontano di essere stati convinti che una volta arrivati a Ceuta sarebbero stati accolti. Hanno trovato invece una città militarizzata, strutture di accoglienza già sature e una pressione crescente delle forze di polizia affinché tornassero indietro.
Ridurre tutto questo all’azione dei trafficanti di esseri umani significa ignorare la dimensione sociale e politica dell’esodo. Come ricorda la Croce Rossa, le persone non attraversano il mare perché sia facile farlo, ma perché la prospettiva di rimanere nel proprio paese appare ancora più insostenibile.
Naturalmente la crisi di Ceuta non può essere letta soltanto attraverso la condizione sociale del Marocco. Da anni Rabat utilizza il controllo delle frontiere come leva negoziale nei rapporti con l’Unione Europea. Era già accaduto nel 2021, quando la Spagna accolse per cure mediche Brahim Ghali, leader del Fronte Polisario, provocando un improvviso allentamento dei controlli marocchini e l’arrivo di migliaia di persone a Ceuta. Anche questa volta diversi osservatori collegano quanto accaduto al riavvicinamento diplomatico tra Madrid e Algeri e alle tensioni regionali sul Sahara Occidentale. Le stesse fonti della Guardia Civil hanno riferito che nelle prime ore le autorità marocchine avrebbero sostanzialmente lasciato aperta la frontiera, salvo poi intervenire con lacrimogeni, idranti e arresti quando la situazione è sfuggita di mano.
È il paradosso dell’esternalizzazione delle frontiere. Da oltre vent’anni l’Unione Europea delega il controllo migratorio a paesi come Marocco, Libia, Tunisia o Turchia, finanziandone gli apparati di sicurezza affinché blocchino le partenze. In questo modo Bruxelles ha rafforzato il potere negoziale di governi autoritari, che possono utilizzare i movimenti migratori come strumento di pressione diplomatica ogni volta che ritengono opportuno farlo. Più l’Europa esternalizza il controllo delle frontiere, più diventa ricattabile dai paesi cui affida questo compito.
Le riflessioni dello psicologo tunisino Wael Garnaoui aiutano a comprendere la profondità di questo processo. Secondo Garnaoui, la nascita dello spazio Schengen ha inaugurato una nuova forma di controllo postcoloniale della mobilità. Se il colonialismo governava direttamente i territori, la «Schengenizzazione» governa le persone attraverso la limitazione della libertà di movimento. Si produce così quello che definisce il «trauma dell’immobilità»: milioni di giovani crescono sapendo che il loro passaporto li condanna a non poter circolare liberamente, interiorizzando un senso di esclusione, umiliazione e impotenza che alimenta il desiderio di partire a qualsiasi costo. La mobilità diventa così non soltanto un progetto economico, ma una forma di liberazione individuale.
L’Europa continua invece a leggere tutto questo esclusivamente attraverso la lente dell’ordine pubblico. Le persone che aspirano alla libertà di movimento diventano masse indistinte da contenere. Le loro storie vengono cancellate e sostituite dalla categoria dell’«invasione».
È esattamente su questo terreno che la destra europea ha costruito la propria offensiva politica.
Le immagini di Ceuta sono diventate il pretesto per rilanciare la richiesta di sospendere Schengen, rafforzare Frontex, aumentare i respingimenti e irrigidire ulteriormente il nuovo Patto europeo su migrazione e asilo. Meloni ha colto immediatamente l’occasione per proporsi come punto di riferimento della destra continentale, trovando piena sintonia con l’AfD tedesca, con Vox in Spagna, con il governo danese e con gran parte del Partito Popolare Europeo. Perfino Donald Trump, Nigel Farage e il ministro israeliano Itamar Ben-Gvir sono intervenuti alimentando la medesima narrazione sull’«assedio» dell’Europa.
La crisi di Ceuta dimostra così come la questione migratoria sia ormai diventata uno dei principali terreni di competizione politica internazionale. Non importa se i numeri siano controversi o se gran parte delle persone sia già rientrata in Marocco. Non importa che molti dei migranti siano giovani senza lavoro, famiglie o minorenni. Ciò che conta è alimentare la percezione di una minaccia permanente.
La realtà è molto diversa.
Quelle migliaia di persone raccontano il fallimento di un modello economico incapace di offrire prospettive ai giovani del Nord Africa, ma raccontano anche il fallimento di un’Europa che continua a investire miliardi nella militarizzazione delle frontiere senza affrontare le cause profonde delle migrazioni. Guerre, diseguaglianze, rapporti economici neocoloniali, cambiamenti climatici e compressione delle opportunità di vita restano fuori dal dibattito pubblico.
Ceuta, allora, non è l’inizio di un’invasione. È il sintomo di una crisi molto più profonda.
Per quanto alte possano diventare le recinzioni, per quanto sofisticati siano i sistemi di sorveglianza, per quanto si rafforzino Frontex, gli accordi con i paesi terzi e i dispositivi di respingimento, milioni di persone continueranno a cercare una via d’uscita da condizioni di vita che percepiscono come senza futuro.
La libertà di movimento non nasce da un decreto, né può essere cancellata da una barriera di filo spinato. È una tensione storica che attraversa il nostro tempo. Ed è destinata a entrare sempre più in conflitto con una Fortezza Europa che continua a difendere privilegi costruiti anche attraverso secoli di dominio coloniale.
Ceuta ci pone dunque una domanda che nessuna propaganda securitaria può cancellare: non perché migliaia di marocchini abbiano cercato di raggiungere un’enclave europea in Africa, ma perché, dopo secoli di colonialismo, continuiamo a considerare scandaloso il movimento delle persone e naturale quello delle frontiere che il colonialismo ha lasciato in eredità.
▻https://www.osservatoriorepressione.info/ceuta-la-frontiera-coloniale-che-leuropa-usa-per-alimentar
#colonialisme #frontière_coloniale
A Ceuta, l’Europe a encouragé la violation des droits des migrants par l’Espagne
On pouvait croire qu’en adoptant le pacte de l’Union européenne (UE) sur la migration et l’asile, entré en application en juin 2026, les pays membres avaient enfin réussi à surmonter leurs dissensions en matière de gestion des mouvements migratoires. Rappelons que ce pacte était censé apaiser les tensions révélées par la crise migratoire de 2015, lorsqu’un million d’exilés, parmi lesquels un grand nombre fuyait la Syrie en guerre, ont afflué en Europe par l’Italie et la Grèce, déstabilisant fortement la coopération entre les Etats membres.
Après quatre ans d’âpres négociations, la présidente de la Commission européenne n’avait-elle pas salué « un énorme pas en avant pour l’Europe » ? Parmi les mesures adoptées, le pacte prévoit notamment un nouveau régime de réponse aux situations de crise, permettant, en cas d’afflux massif et exceptionnel de migrants dans un Etat de l’UE, le déclenchement d’un mécanisme de solidarité en faveur du pays concerné.
Pourtant, les réactions ayant, fin juillet, accueilli l’arrivée à la nage depuis les côtes marocaines de 72 000 personnes dans l’enclave espagnole de Ceuta – seul territoire européen, avec la ville de Melilla, sur le continent africain – ont pris l’exact contrepied des engagements contenus dans le pacte.
Si ceux-ci avaient été respectés, tous les Etats membres auraient dû s’organiser pour aider l’Espagne à traiter le cas des personnes qui venaient de franchir la frontière dans le respect des droits prévus par les lois européennes, et le cas échéant à se répartir l’accueil de celles qui pouvaient être éligibles à rester en Europe.
A contrepied de la « solidarité » européenne
C’est tout le contraire qui s’est passé : d’abord, la première ministre italienne d’extrême droite Giorgia Meloni s’est dite « prête à agir » pour empêcher une (improbable) vague migratoire en Italie, au besoin en excluant l’Espagne du système Schengen (ce qui est juridiquement impossible). Plusieurs responsables politiques, dont son homologue sociale-démocrate danoise, lui ont emboîté le pas en dénonçant l’incapacité de l’Espagne à protéger ses frontières.
La France, de son côté, a fait savoir qu’elle renforçait les contrôles à ses frontières avec l’Espagne – un affichage inutile puisque les étrangers qui se trouvent à Ceuta étant soumis à un régime spécifique qui les empêche de rejoindre l’Espagne continentale, il n’y avait aucun risque d’afflux aux frontières françaises.
Une réunion extraordinaire a été organisée le 4 août entre les ministres de l’intérieur des 27, pour conclure que « la migration nécessite une réponse européenne unie ». Mais cette réponse n’a été envisagée que sous l’angle d’un nécessaire renforcement des frontières. Et si les participants ont témoigné de leur solidarité avec l’Espagne, c’est pour saluer ses efforts rapides pour régler le problème à Ceuta et se féliciter que la plupart des personnes ayant franchi illégalement la frontière aient été renvoyées, sans conséquences pour les autres Etats membres.
Une réaction résumée par l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve dans Libération le 4 août pour qui « cette crise migratoire n’était pas une crise en Europe, mais une crise contenue au sein de l’enclave espagnole de Ceuta », qui a pu être résolue grâce à « l’attitude ferme, courageuse et déterminée des autorités espagnoles ». Circulez, il n’y a plus rien à voir à Ceuta…
Bilan tragique
Il y aurait pourtant à dire à propos de cet épisode. On a beaucoup parlé des possibles causes de ces arrivées, spectaculaires par leur mode opératoire et leur nombre : chantage exercé par les autorités marocaines accusées d’avoir sciemment laissé passer les exilés, « appel d’air » créé par la récente opération de régularisation des sans-papiers en Espagne, exploitation par des réseaux de passeurs d’une information erronée sur l’ouverture de la frontière à Ceuta… Mais quelle que soit l’origine de ces événements, il est nécessaire d’en faire le bilan, tragique à bien des égards.
Car il y a un bilan humain, d’abord : à ce jour, les autorités espagnoles dénombrent 72 personnes décédées, la plupart par noyade, quand les ONG, qui réclament une enquête, parlent de plus de 100 morts.
Pendant plusieurs jours, des milliers de personnes ont erré dans les rues de Ceuta, privées d’eau, de nourriture, de soins et d’accès à l’hygiène, alors que les dispositifs d’accueil étaient saturés et les associations d’aide aux migrants débordées. Deux semaines après la crise, plusieurs centaines de mineurs isolés étaient encore abandonnés à eux-mêmes, faute de place dans les structures supposées les prendre en charge. N’y avait-il pas là matière à ce que les partenaires de l’Espagne, au nom de la « solidarité », dépêchent en urgence des moyens logistiques et humains pour faire face à cette urgence humanitaire ?
Chasse à l’homme
Il faut aussi parler des conditions de « départ » des personnes qui sont retournées au Maroc, en très grand nombre, quelques jours après leur arrivée à Ceuta. Ceux qui se réjouissent de ce rapide règlement du problème ne disent rien de la façon dont les migrants ont été « accompagnés » jusqu’à la frontière par les militaires et les quelque 400 agents supplémentaires de la garde civile et de la police nationale envoyés en renfort par le gouvernement espagnol, ni de la chasse à l’homme qui a eu lieu dans l’enclave pour les contraindre à prendre le chemin du retour.
Pour effectuer ces renvois, les autorités espagnoles s’appuient sur des accords migratoires passés avec le Maroc, et sur une loi d’exception qui permet les « refoulements à chaud » depuis les enclaves de Ceuta et Melilla, sans examen individuel de situation ni prise en compte des éventuels besoins de protection. Des refoulements qui s’apparentent aux pushback prohibés par le droit européen. Les maigres garanties que cette loi contestable prévoit pour garder une apparence de conformité avec le respect du droit international et du droit d’asile – comme l’attention aux personnes vulnérables – ne semblent même pas, à Ceuta, avoir été respectées.
Il y a donc tout lieu de penser que de nombreuses violations des droits ont été commises à Ceuta, au mépris des règles européennes prévues pour faire face aux situations de crise. En laissant l’Espagne gérer seule les frontières de ses enclaves au Maroc, comme s’il s’agissait d’un enjeu national et non d’un symbole de la politique d’externalisation de l’UE, les gouvernements européens encouragent sciemment la perpétuation de ces violations.
▻https://www.alternatives-economiques.fr/a-ceuta-l-europe-a-encourage-la-violation-des-droits-des-mi
Perché lo sciacallaggio politico dopo i tragici fatti di Ceuta non va sottovalutato
Senza dedicare una riga di cordoglio alle decine di vittime tra chi è arrivato a nuoto a inizio agosto nell’enclave spagnola, larga parte della politica europea -Governo Meloni in testa- ha rappresentato una falsa situazione di spostamenti di “vasta scala” verso il resto dell’Ue, ignorando la geografia e il Regolamento Schengen. Un’operazione spregiudicata che ha l’obiettivo di demolire il principio della libera circolazione, già sospeso lungo 23 frontiere interne. L’analisi di #Gianfranco_Schiavone
“Le Parti contraenti prendono atto delle seguenti dichiarazioni formulate dal Regno di Spagna: 1) Dichiarazione relativa alle città di Ceuta e Melilla a) I controlli esistenti all’ingresso del territorio doganale della Comunità economica europea per le merci ed i viaggiatori in provenienza dalle città di Ceuta o Melilla continueranno ad essere esercitati in conformità alle disposizioni del protocollo n. 2 dell’atto di adesione della Spagna alle Comunità europee”.
Così si legge nell’atto finale dell’adesione del Regno di Spagna all’Aquis di Schengen del lontano 22 settembre 2000. Nei confronti delle due enclave spagnole in Africa, in ragione della loro posizione geografica del tutto particolare, vige da sempre una normativa ad hoc che prevede una restrizione all’ordinario regime di libera circolazione nell’Unione. Anche se non ogni passeggero è sempre sottoposto alla verifica di frontiera, i controlli rimangono frequenti e comunque in ogni momento possono essere applicati in modo generalizzato.
Basterebbe questa semplice osservazione, da sola, per comprendere la enormità e gravità dell’operazione di strumentalizzazione politica condotta dal governo italiano nel decidere il ripristino dei controlli alle frontiere interne (quindi marittime e aree) con l’intera Spagna. Quei controlli, invocati con stridulo strepito, esistevano già, a regime e in modo mirato a quell’area geografica.
Il Regolamento Schengen, come modificato dal Regolamento Ue 2024/1356, ha come obiettivo “la creazione di uno spazio in cui è assicurata la libera circolazione delle persone attraverso le frontiere interne è una delle principali conquiste dell’Unione”. Proprio per tutelare tale conquista storica, il Regolamento prevede che il ripristino dei controlli alle frontiere interne possa avvenire esclusivamente “in caso di minaccia grave per l’ordine pubblico o la sicurezza interna di uno Stato membro” (art. 25, par. 1).
La nozione di “minaccia grave” fa riferimento, oltre ad attentati o minacce di natura terroristica, a forme gravi di criminalità organizzata, a emergenze sanitarie di vasta portata anche a “una situazione eccezionale caratterizzata da spostamenti non autorizzati improvvisi e su vasta scala di cittadini di paesi terzi tra Stati membri, che mette a dura prova le risorse e le capacità complessive di autorità competenti ben preparate e che potrebbe mettere a rischio il funzionamento globale dello spazio senza controllo alle frontiere interne” (art. 25, par. 2).
Quanto avvenuto a Ceuta per le sue dimensioni e profili drammatici in termini di morti non può essere sottovalutato ma è privo di fondamento ritenere che si stia verificando una situazione di spostamenti di “vasta scala” dalla Spagna nel resto dell’Unione europea. All’esatto contrario, la crisi, intesa nel senso del flusso di ingresso, si è spenta del tutto poche ore dopo essere divampata.
Il governo italiano aveva però fretta di agire attaccando nuovamente il principio cardine della libera circolazione. Se avesse agito anche solo poche ore dopo quella spregiudicata operazione politica di attacco al governo spagnolo (che per tutti i partiti sovranisti europei è la bestia nera) sarebbe risultata infatti fuori tempo massimo.
Mentre la Commissione europea evaporava del tutto nel calore estivo, la corsa al tiro al bersaglio contro la Spagna non è stata solo italiana, ma ha coinvolto larga parte della politica dell’Unione con espressioni tra il penoso e il grottesco. Tra le peggiori quelle di Manfred Weber, capogruppo del Partito popolare europeo. “Le immagini devastanti sono la conseguenza diretta del fattore di attrazione della regolarizzazione di massa -ha sentenziato- raddoppiato dalla strumentalizzazione dell’immigrazione illegale”.
In modo ancor più netto di quanto avvenuto in altre simili circostanze, di fronte alla tragedia di Ceuta in nessuna dichiarazione ufficiale di nessun leader politico europeo c’è traccia alcuna di una manifestazione di cordoglio per le decine di vittime. Come ha ben richiamato l’arcivescovo metropolita di Palermo Corrado Lorefice e neopresidente della Fondazione Migrantes, non c’è stato “nessun rispetto, nessuna partecipazione, nessun dolore, nessun senso di umanità, nessuna spiegazione delle ragioni profonde. Solo l’allarme, del tutto infondato dal punto di vista giuridico, di un’invasione di fatto impossibile”. E ha giustamente concluso ricordando che “rifiutandosi di pensare e di agire secondo i propri principi e le proprie capacità l’Europa rischia di condannarsi a morte”.
La solidarietà rappresenta un principio giuridico fondante del progetto europeo e l’articolo 222 del Trattato sul funzionamento dell’Unione europea sancisce la cosiddetta “clausola di solidarietà” con queste parole: “L’Unione e gli Stati membri agiscono congiuntamente in uno spirito di solidarietà qualora uno Stato membro sia oggetto di un attacco terroristico o sia vittima di una calamità naturale o provocata dall’uomo”.
È l’esatto opposto dello sciacallaggio che si è scatenato contro la Spagna. Molti potrebbero obiettare che non c’è nulla da scandalizzarsi perché in fondo quello che è avvenuto è manifestazione, magari solo un po’ più accesa, dello scontro politico che caratterizza la normale vita democratica.
Rigetto questa tesi non già perché non sia consapevole che la politica non è esercizio di buone maniere, ma perché se banalizziamo quanto è accaduto finiamo per non vedere quella disgregazione dell’Europa che sta procedendo a gran passi e che Lorefice ha invece ben colto.
È impressionante l’elenco delle 23 frontiere interne nelle quali, a giugno 2026 risulta sospeso il principio della libera circolazione e sono stati ripristinati i controlli di frontiera: Austria-Slovacchia, Austria-Repubblica Ceca, Austria-Ungheria, Austria-Slovenia, Italia-Slovenia,Paesi Bassi-Belgio,Paesi Bassi-Germania, Svizzera-Francia, Norvegia-Danimarca, Norvegia-Germania, Norvegia-Svezia, Danimarca-Germania, Polonia-Germania, Polonia-Lituania, Germania-Francia, Germania-Lussemburgo, Germania-Belgio, Germania-Repubblica Ceca, Svezia-Danimarca, Francia-Spagna, Francia-Italia, Svezia-Finlandia, Svezia-Norvegia.
Nella larga parte dei casi il ripristino dei controlli è stato motivato in modo del tutto vago con una asserita necessità del controllo dei flussi migratori, in contrasto con quanto prevede lo stesso Regolamento Schengen che dispone invece che il ripristino del controllo alle frontiere interne può avvenire per il più breve tempo possibile, in casi eccezionali di minaccia grave per l’ordine pubblico o la sicurezza interna e precisa che “la migrazione e l’attraversamento delle frontiere esterne di un gran numero di cittadini di paesi terzi non dovrebbero in sé essere considerate una minaccia per l’ordine pubblico o la sicurezza interna” (considerando 26).
Di fronte alla larga e inaudita reazione che c’è stata verso la Spagna, è necessario non archiviare l’accaduto come una disgustosa parentesi, ma chiedersi con maggior rigore di quanto si sia fatto finora, chi in Europa vuole la fine dell’Europa stessa quale straordinario (anche se fragile e incompiuto) processo storico di costruzione di un’unione politica sovranazionale che “si fonda sui valori del rispetto della dignità umana, della libertà, della democrazia, dell’uguaglianza, dello Stato di diritto e del rispetto dei diritti umani, compresi i diritti delle persone appartenenti a minoranze” (Trattato di Lisbona del 13 dicembre 2007). E con quale mostro politico la si voglia sostituire.
▻https://altreconomia.it/perche-lo-sciacallaggio-politico-dopo-i-tragici-fatti-di-ceuta-non-va-s
#frontières_intérieures #Schengen #libre-circulation #espace_Schengen #instrumentalisation_politique #contrôles_frontaliers
Ceuta Is Europe’s Berlin Wall Moment — Run in Reverse
Like Berlin in 1989, Ceuta was an accident of history — but Europe’s response may entrench its walls.
With a little hindsight, the fall of the Berlin Wall in 1989 seems the event most comparable to what unfolded in Ceuta in late July, both in the events themselves and in their origins: a confluence of circumstances — unintended and unplanned — that produced a major geopolitical rupture capable of altering Europe’s trajectory.
Yet their consequences are likely to be diametrically opposed: on the one hand, the peaceful reunification of a continent amid the rapid spread of democracy; on the other, the reinforcement of the wall that already divides the two shores of the Mediterranean and the acceleration of Europe’s drift towards xenophobia and authoritarianism. Fortunately, however, the worst is never certain.
A convergence of circumstances
Almost four decades ago now, on 9 November 1989, Günter Schabowski, then the secretary of the Central Committee of the East German Communist Party responsible for media affairs, mistakenly announced at a press conference the immediate lifting of restrictions on East Germans’ travel abroad. That night, tens of thousands of them rushed towards the crossing points between West and East Berlin, strictly divided by a wall since August 1961. The East German border guards, overwhelmed and without official orders, eventually let the flood of people through. The Berlin Wall had fallen; the German Democratic Republic (GDR) would follow a few months later, along with the entire Eastern Bloc and, ultimately, the Soviet Union itself, dissolved in late 1991.
That unexpected event stunned Europeans — just as Ceuta has stunned them in recent days. No one had planned or intended it, even though it belonged, of course, to the long history of the gradual erosion of the GDR and the Eastern Bloc. Yet it changed the course of European history.
The same is very likely true of the events in Ceuta. At their root lies a ruling delivered by the Spanish Supreme Court on 29 June prohibiting “pushbacks” — the immediate return, without any assessment of their situation, of people reaching Ceuta by sea. The decision was widely shared and amplified on Moroccan social media, kindling disproportionate hopes among a young population with few prospects. At the end of July, the Moroccan security forces usually deployed in strength around Ceuta were mobilised instead for the Throne Day celebrations, which mark the anniversary of King Mohammed VI’s accession to the throne on 30 July, a public holiday in Morocco. This year the ceremony was held not in Rabat, the capital, but in M’diq and Tetouan, barely 25 kilometres from Ceuta, assembling the full spectrum of the Kingdom’s elite. Meanwhile, thanks to the holiday, a significant portion of Moroccan youth was flocking to the famous beaches adjacent to the Spanish enclave.
This convergence of circumstances triggered the mass movement the world then witnessed. The outnumbered and overwhelmed Moroccan security forces let the crowds pass. The Moroccan government took no emergency measures: there was simply no question of disturbing the King and the Moroccan establishment during the Throne Day celebrations, which were to proceed without disruption.
An unlikely manipulation
There has been much speculation that the Moroccan government encouraged young Moroccans to cross into Ceuta to punish Spain for Prime Minister Pedro Sánchez’s visit to rival Algeria on 20 July. In 2021, the Moroccan authorities had indeed claimed to have facilitated a similar incident after Spain admitted an ailing Polisario leader to one of its hospitals. But the damage inflicted on King Mohammed VI’s image, in Morocco and beyond, on the very day of the Throne Day celebrations makes such a hypothesis highly unlikely.
The possibility of interference by the United States or Israel has also been raised — countries eager for revenge on Sánchez, the European Union leader most hostile to the policies of Benjamin Netanyahu and Donald Trump in the Middle East. They have undeniably capitalised on the difficulties he has faced in Spain and elsewhere in Europe since the mass crossing into Ceuta. But no evidence of such interference has emerged, and none is needed to explain the events.
The most likely cause of what happened in Ceuta, as on 9 November 1989, is a combination of circumstances — even if these, too, belong to a longer history: Morocco’s deep social crisis, marked by a large, educated youth deprived of prospects, and the mounting tensions stoked on the far shore of the Mediterranean by the “Fortress Europe” migration policy pursued by EU leaders.
There, however, the similarities between Ceuta and Berlin end. The Berlin Wall was built by a communist dictatorship in the service of the Soviet occupiers. The wall at Ceuta, though it bears a strong technical resemblance to the Iron Curtain of grim memory, was erected by us, western Europeans — who are supposed to be committed democrats and humanists.
Whereas East Germans had been eagerly awaited and hoped for over decades in Berlin and West Germany, young Moroccans are rejected outright and without appeal by a majority of Europeans, just like their brothers and sisters from the rest of Africa. And yet, in truth, their way of life, the cost of their labour, and their level of education differ little more from ours than did those of eastern Europeans after the fall of the Wall.
The reunification of Europe up to Russia’s borders had seemed a natural project, one that western Europeans embraced without difficulty — even though such a unified Europe had never in reality existed outside the short-lived empires of Napoleon Bonaparte and Adolf Hitler which nobody regrets.
The Mediterranean, by contrast, has bound together the peoples of its shores for millennia; yet any idea of rapprochement with the other side now strikes a majority of European Union residents as an existential threat graver even than those posed to Europe by Vladimir Putin and Donald Trump.
So much so that Europeans — in France and elsewhere — increasingly cast their votes for a racist and xenophobic far right that admires these autocrats and would join forces with them against all those whose skin is not white enough. Yet to escape the stranglehold of Trump and Putin, the future of democratic Europe will depend in no small part on its ability to find new allies in the southern Mediterranean.
Although the episode has had virtually no lasting impact on the number of migrants entering the European continent, the fear must be that the Ceuta affair — unlike the fall of the Berlin Wall — will accelerate Europe’s withdrawal into itself, sharpen the xenophobic and racist drift already at work, and push Europeans still further towards accepting the surrender of their democracy and freedoms. But the worst is not always certain: it will fall to the French people, in particular, to shoulder the heavy responsibility of deciding next year whether to put a decisive stop to this deadly trend.
▻https://www.socialeurope.eu/ceuta-is-europes-berlin-wall-moment-run-in-reverse
#manipulation
L’afflux de #migrants à #Ceuta s’est transformé en crise diplomatique intra-européenne
▻https://www.rfi.fr/fr/europe/20260731-l-afflux-de-migrants-%C3%A0-ceuta-s-est-transform%C3%A9-en-crise-diplom
Les migrants arrivés par dizaines de milliers à Ceuta en cette fin de semaine ont largement repris le chemin du #Maroc selon les autorités espagnoles, ce qui dessine une issue à la partie la plus urgente de la crise migratoire. Il reste qu’elle s’est largement transformée en crise diplomatique intra-européenne avec un certain retard à l’allumage des dirigeants des institutions de l’#UE.
Ce sont des motivations ouvertement électoralistes de gouvernements de droite qui ont poussé en tout premier Giorgia #Meloni, la présidente du Conseil italien, à demander la suspension de l’Espagne de l’espace #Schengen.
Le ministre espagnol des Affaires étrangères a eu beau dénoncer des propos « démagogiques », l’Italie a été suivie par la Finlande, par la Première ministre danoise et par le Premier ministre tchèque.
Afflux de migrants à Ceuta : l’Espagne face à une crise inédite et sous le feu de la droite mondiale
▻https://www.lemonde.fr/international/article/2026/08/01/afflux-de-migrants-a-ceuta-l-espagne-sous-le-feu-de-la-droite-reactionnaire-
Alors que la plupart des 50 000 personnes entrées jeudi 30 juillet dans l’enclave espagnole au Maroc sont déjà reparties, l’Italie de Giorgia Meloni veut suspendre l’Espagne de l’espace Schengen.
À Ceuta, « nous faisons face à une double instrumentalisation : du Maroc et de l’extrême droite »
▻https://www.mediapart.fr/journal/international/010826/ceuta-nous-faisons-face-une-double-instrumentalisation-du-maroc-et-de-l-ex
Pourquoi des dizaines de milliers de personnes ont tenté, en quelques heures, de traverser la frontière à Ceuta, entre le Maroc et l’Espagne ? Cette frontière est un levier classique de pression diplomatique pour le Maroc, rappelle Marie-Laure Basilien Gainche, professeure de droit public.
L’ancien pilote de chasse et youtubeur Pierre-Henri Chuet « Ate Chuet » mis en examen pour trahison. Il était en fait à la solde du Parti Communiste Chinois ! Mais on aurait pu s’en douter en visionnant ses vidéos d’ultra-gauche à la gloire des préavis de grève des pilotes de canadair... ( ▻https://seenthis.net/messages/1183587 )
Son complice @simplicissimus serait toujours en cavale.
▻https://france3-regions.franceinfo.fr/normandie/eure/un-ancien-pilote-de-chasse-et-youtubeur-normand-mis-en-ex
D’après des révélations de Mediapart en 2023, le militaire se serait rendu en Chine, en 2018 et 2019, sans l’autorisation de sa hiérarchie, et y aurait vendu des services pour former des militaires chinois lors de conférences.
Pierre-Henri Chuet assure n’avoir jamais divulgué de secret de la défense nationale. Il affirme que ses interventions portaient uniquement sur des aspects théoriques de l’aéronautique et étaient conformes à la réglementation.
Médiapart (paywall) : ▻https://www.mediapart.fr/journal/international/030423/les-discrets-mais-lucratifs-seminaires-d-un-pilote-de-chasse-francais-en-c
oui, j’ai vu passer dans la semaine
la rumeur courrait déjà depuis un bout de temps, il me semble, certains de ses « collègues » insinuaient des choses comme ça
son CV dit Marine nationale jusqu’en septembre 2018
le même CV dit qu’il était chez Air Canada à partir de novembre 2017 (en formation)
Le youtubeur Até Chuet mis en examen pour intelligence avec une puissance étrangère – BFMTV
▻https://www.youtube.com/shorts/_TV4Z9FY8Pc
Pierre-Henri Chuet, alias Até Chuet, suivi par un demi-million d’abonnés sur YouTube, a été mis en examen pour intelligence avec une puissance étrangère. Ancien pilote de chasse de l’armée française, il est soupçonné d’avoir livré des informations confidentielles à la Chine. Deux voyages dans le pays sont dans le collimateur des enquêteurs.
Milad Daqqa, l’enfant de la résistance | Mediapart
▻https://www.mediapart.fr/journal/international/160726/milad-daqqa-l-enfant-de-la-resistance
Milad Daqqa, l’enfant de la résistance
Depuis 2012, au moins 122 enfants palestiniens ont été conçus dans les territoires occupés à partir de sperme sorti en cachette des prisons israéliennes. C’est le cas de Milad, née en 2020 et fille de Walid Daqqa, mort en détention en 2024. Premier volet de notre série consacrée à ces naissances derrière les barreaux.
La Slovénie lâche brutalement la Palestine
Simon Rico | 5 juillet 2026 à 14h18 | Mediapart
▻https://www.mediapart.fr/journal/international/050726/la-slovenie-lache-brutalement-la-palestine
Depuis le retour au pouvoir du national-conservateur Janez Janša début juin, le pays d’Europe centrale s’est aligné sur Israël. Une rupture avec la coalition de centre-gauche précédente, qui entendait « donner l’exemple » au sein de l’UE contre les abus du gouvernement Nétanyahou.(...)
Colombie : l’extrême droite remporte de justesse la présidentielle
François Bougon | 22 juin 2026 | Mediapart
▻https://www.mediapart.fr/journal/international/220626/colombie-l-extreme-droite-remporte-de-justesse-la-presidentielle
Selon les résultats provisoires, Abelardo de la Espriella a devancé Iván Cepeda, dimanche 21 juin, au second tour de la présidentielle, de seulement 250 000 voix. La mobilisation de son camp n’a pas permis au candidat de gauche de rattraper son retard.
(...)
Le candidat de gauche a prévenu le futur président que son camp défendrait les « acquis sociaux » du gouvernement de Gustavo Petro. « Nous ne ferons pas marche arrière sur les droits », a-t-il affirmé, expliquant cependant être prêt au « dialogue et à la concertation, à condition qu’ils soient authentiques et respectueux et qu’ils se traduisent par des actes politiques ».
Les résultats du second tour, marqué par une participation record (63,6 %, soit 26,3 millions d’électeurs et d’électrices), ont confirmé la polarisation entre une gauche au pouvoir et une alliance de la droite et de l’extrême droite. Ils dessinent un paysage électoral semblable à celui qu’avait donné le référendum de 2016 sur l’accord de paix signé avec la guérilla des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie) : les régions côtières et frontalières se sont prononcées pour le candidat de gauche, le centre andin et l’Est pour de la Espriella.
Dimanche soir, évoquant l’international, Abelardo de la Espriella a assuré que, sous sa présidence, à partir du 7 août, la Colombie serait « un partenaire sérieux » et qu’elle allait « reprendre sa place parmi les nations libres ». Il va surtout s’assurer une place au sein de l’internationale réactionnaire sous l’égide de Donald Trump, qui l’a appelé pour le féliciter. (...)
▻https://x.com/MaxBlumenthal/status/2068922337613779124
The Bautista brothers are convicted fraudsters who own the private off-shore company that manages Colombia’s voting software
Their company botched Colombian elections in 2014 and 2022, when 400,000 votes for Petro’s party went missing
Before any official tally, Trump and Israel-backed De La Espriella only leads by 250,694 votes
Gustavo Petro @petrogustavo
12:59 AM · 22 juin 2026
▻https://x.com/petrogustavo/status/2068831260982571151
J’ai signalé que le logiciel des frères Bautista était vulnérable, conformément à l’arrêt du Conseil d’État de 2018, et qu’il devait être remplacé par un logiciel public.
J’ai demandé en temps utile un audit expert du logiciel des frères Bautista, mais le responsable du registre électoral ne l’a pas autorisé.
Or, nous disposons aujourd’hui de preuves d’un changement d’adresses IP sur plusieurs serveurs du bureau national d’enregistrement.
Cela signifie que le logiciel a été piraté et que des tiers ont saisi des données relatives aux bureaux de vote et aux postes de vote.
Le seul acteur au monde capable d’accomplir cela est l’État d’Israël.
Je transmettrai aux juges la liste précise des serveurs modifiés afin qu’ils procèdent à l’audit d’expertise du logiciel électoral qui n’a pas été réalisé, et ce, dans le cadre du processus de dépouillement lui-même.
Je demande un dépouillement de tous les bureaux de vote et un recomptage de tous les suffrages, accompagné d’une analyse des failles du logiciel électoral et des bureaux de vote qui ont été affectés.
Je demande à l’ensemble de la population de faire preuve de calme et de modération afin de permettre un dépouillement approfondi et rigoureux qui reflète la véritable décision des citoyens.
Je maintiens qu’avant de se laisser envahir par la haine, il est temps de rechercher un dialogue national entre les principaux courants politiques qui divisent en deux la société colombienne, quel que soit le résultat réel du dépouillement.
Que les élections ont été truquées c’est bien possible.
Mais affirmer « Le seul acteur au monde capable d’accomplir cela est l’État d’Israël. » est absurde. Comment savoir une chose pareil ? Quid des USA plutôt fortiches aussi ?
►https://lundi.am/Les-derniers-jours-de-l-humanite
Quelques réflexions d’Oreste Scalzone après les propos d’Erri De Luca sur le génocide à Gaza et le sionisme
[...]
Pour le dire avec un exemple factuel simple : ceux qui, le 25 avril dernier, à Milan, ont utilisé la Brigade juive comme cheval de Troie pour diffuser des images de propagande de Netanyahu et de sa [géo]politique, et ceux qui se livrent à des délires complotistes voyant le Mossad derrière tout, sont la tombe de toute raison du cerveau et du cœur.
Ali Samoudi : « Israël m’a emprisonné pour que j’arrête le journalisme »
Rachida El Azzouzi | 7 juin 2026 à 09h32 | Mediapart
▻https://www.mediapart.fr/journal/international/070626/ali-samoudi-israel-m-emprisonne-pour-que-j-arrete-le-journalisme
Jénine (Cisjordanie occupée).– Il est méconnaissable, nage dans son jean et sa chemise, le visage creusé, amaigri de 60 kilos. Et pourtant, tout Jénine le reconnaît. Pas un mètre sans qu’on l’arrête pour l’embrasser, le serrer contre soi, exploser de joie de le voir vivant, de retour.
Ali Samoudi, 59 ans, a passé un an dans les prisons israéliennes. Arrêté à son domicile le 29 avril 2025, incarcéré sans inculpation ni procès sous le régime de la détention administrative, il a été libéré le 30 avril 2026. Il ignore toujours pourquoi il s’est retrouvé derrière les barreaux, si ce n’est qu’il est journaliste. Et palestinien. « Pour Israël, cela suffit à faire de moi un coupable », dit-il, attablé dans un café de la ville qui l’a vu naître, au nord de la Cisjordanie occupée.
Depuis le 7 octobre 2023, 263 journalistes, principalement palestinien·nes, ont été tué·es, 174 blessé·es et, comme Ali Samoudi, plus d’une centaine ont été détenu·es par Israël, a compté le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), qui dénonce « la campagne la plus meurtrière jamais menée pour tuer et réduire au silence des journalistes ». Pour Ali Samoudi, cela ne fait aucun doute : « Israël m’a emprisonné pour me faire taire, pour que j’arrête le journalisme. Comme il a tué mes collègues à Gaza pour qu’ils cessent de documenter le génocide », accuse-t-il. (...)
Vertiges de l’#identification biométrique : le cas de l’#Inde à la loupe | Mediapart
▻https://www.mediapart.fr/journal/international/030626/vertiges-de-l-identification-biometrique-le-cas-de-l-inde-la-loupe
Un livre sidérant et inquiétant du sociologue Nicolas Belorgey montre comment l’identification #biométrique de la population indienne, censée initialement pallier les lacunes de l’#administration, est devenue un outil de #surveillance, voire de #répression. Entretien.
Ilan Pappé, historien : « Israël a toujours estimé qu’il devait dominer le monde arabe » | Mediapart
►https://www.mediapart.fr/journal/international/040526/ilan-pappe-historien-israel-toujours-estime-qu-il-devait-dominer-le-monde-
Pas encore lu mais Pappé est toujours stimulant...
Ilan Pappé, historien : « Israël a toujours estimé qu’il devait dominer le monde arabe »
Alors qu’Israël poursuit ses actions meurtrières dans la bande de Gaza, en Cisjordanie, au Liban et en Syrie, avec le soutien des gouvernements occidentaux, Ilan Pappé, historien israélien, publie en français un petit livre percutant, « Brève histoire du conflit israélo-palestinien ».
Lettre ouverte à Jean-Noël Barrot
Rami Abou Jamous > 5 mai 2026 > Orient XXI
▻https://orientxxi.info/Lettre-ouverte-a-Jean-Noel-Barrot
Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI. Dans ce texte, il adresse une lettre ouverte au ministre français des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, après que ce dernier a repris une citation choquante de l’ancienne première ministre israélienne Golda Meir devant le Sénat.
(...)
au sujet de la citation de Golda Meir par JN Barrot
►https://www.mediapart.fr/journal/international/040526/ilan-pappe-historien-israel-toujours-estime-qu-il-devait-dominer-le-monde-
À propos du personnel politique occidental, le ministre français des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a cité la phrase attribuée à la première ministre israélienne Golda Meir – « Nous pouvons pardonner aux Palestiniens de tuer nos enfants, mais nous ne leur pardonnerons jamais de nous forcer à tuer les leurs » – à propos de la nouvelle loi israélienne sur la peine de mort pour les Palestiniens. Il voulait souligner que l’ethos de l’État d’Israël était humaniste. Que vous inspire cela ?
[Rires] J’ignorais cet épisode ! Mais votre ministre fait un contresens complet ! C’est l’interprétation la plus étrange que j’ai jamais vue de cette phrase, car elle ne montre pas l’humanisme d’Israël mais exactement le contraire. Golda Meir a dit cela à Haïfa, en 1948, après qu’Israël eut procédé au nettoyage ethnique de la ville. À un journaliste qui lui demandait : « Ne pensez-vous pas que ce que vous voyez ici ressemble aux pogroms perpétrés contre les juifs en Europe de l’Est ? », elle a répondu : « Oui, je suis très triste de voir cela, et nous ne pardonnerons jamais aux Palestiniens de nous avoir forcés à leur faire subir cela. »
C’est une phrase qui montre l’hypocrisie, la prétention à la vertu et l’incapacité des Israéliens à accepter que les Palestiniens soient des victimes, qui jugent que seul Israël peut être victime. C’est comme une personne qui en bat une autre très violemment, au point de presque la tuer et qui lui dit : « C’est de ta faute. Tu m’as tellement mis en colère que j’ai failli te tuer. Et je ne te pardonnerai jamais de m’avoir poussé à presque te tuer. » Je suis très surpris que votre ministre ait évoqué cela pour justifier une vision positive d’Israël.
La #protection_des_eaux européennes menacée au nom de la « #simplification »
La #Commission_européenne veut réviser la #directive de protection des eaux, une des pierres angulaires de la politique environnementale, pour faciliter l’ouverture de #mines. L’#industrie_extractive jubile. Les ONG et les #services_de_traitement_des_eaux fulminent.
Jeudi 16 avril, à Bruxelles, une petite dizaine de personnes sont rassemblées devant le bâtiment qui abrite la Commission européenne. Elles arborent des banderoles sur lesquelles des slogans dénoncent les #pollutions de l’eau liées à l’#extraction_minière. On trouve parmi elles des représentant·es d’ONG (WWF, Bureau européen de l’environnement) mais aussi des membres de communautés affectées par l’activité minière ou qui craignent de l’être.
Par exemple, Simon Isak Marainen. Sa tenue traditionnelle montre son appartenance au peuple autochtone des Samis, en Suède. S’il est venu jusqu’à Bruxelles, c’est pour exprimer son indignation face aux projets d’extraction qui se multiplient en #Laponie, dont celui du gisement de #terres_rares de #Per-Geijer et le projet d’extraction de #graphite #Vittangi_Anode.
Ces deux mines sont labellisées « #projets_stratégiques » par l’Union européenne (UE), qui vise davantage d’#autonomie vis-à-vis de la Chine pour l’approvisionnement en #matières_premières_critiques. Du point de vue de Simon Isak Marainen, « elles sont surtout une menace pour [le] mode de vie [des Samis], pour l’élevage de rennes et pour l’eau de toute la population de la région ».
Au même moment, à quelques dizaines de mètres, dans les locaux du Conseil de l’UE, la Commission briefe des fonctionnaires issu·es des vingt-sept États membres au sujet de la révision inattendue, et controversée, de la directive-cadre sur l’eau. « Cette Commission veut plaire à l’industrie, et cela fait bien longtemps que l’#industrie_minière pousse pour rouvrir la directive-cadre sur l’eau », témoigne un expert d’un État membre, sous couvert d’anonymat.
Cette directive, adoptée en 2000, est l’une des pierres fondatrices de l’acquis environnemental européen, dont l’objectif, contraignant pour les États membres, est d’atteindre un « bon état écologique et chimique » des eaux de surface et souterraines en 2027, dernier délai.
Autonomie contre #écologie
Les résultats sont loin d’être au rendez-vous : seules 39,5 % des masses d’eau européennes atteignent ce bon état écologique. La Commission, dans sa « Stratégie pour la résilience dans le domaine de l’eau », datée de juin 2025, rappelait pourtant le rôle de « boussole » de cette directive, pointant plutôt les errances des États membres dans sa bonne application.
Cette profession de foi n’a pourtant pas empêché la même Commission, quelques mois plus tard, le 2 décembre, de surprendre son monde, y compris ses propres services, en annonçant son intention de « réviser » le texte, afin de le « simplifier », en sautant la case de l’évaluation préalable. « Nous sommes profondément choqués de voir que la Commission semble répondre favorablement à l’industrie qui réclame littéralement un #droit_à_polluer », lance Sara Johansson, du Bureau européen de l’environnement.
« Nous ne demandons pas un “droit à polluer”, rétorque Rolf Kuby, directeur d’#Euromines, le lobby européen de l’industrie minière, mais des adaptations nécessaires pour répondre aux besoins sociétaux et accroître l’autonomie européenne. L’UE a besoin de mines pour réaliser sa #transition_climatique, pour son industrie de défense, sans dépendre intégralement de pays tiers. »
De fait, la Commission a lâché sa petite « bombe » au détour d’un paragraphe de son nouveau plan, #RESourceEU, destiné à « garantir l’approvisionnement européen en matières premières critiques », et donc à réduire les dépendances à l’égard de pays tiers. L’UE affiche un objectif : en 2030, elle devra puiser dans ses #sous-sols au moins 10 % des matières premières critiques qu’elle consomme, que l’on parle de graphite, de #lithium ou de terres rares.
Depuis des années, l’industrie minière a bien compris l’argumentaire qu’elle peut en tirer, et focalise son attention sur la directive-cadre sur l’eau, qu’elle considère comme un obstacle au déploiement de ses nouveaux projets. Sa cible, c’est « le #principe_de_non-détérioration », c’est-à-dire le cœur de la directive, au centre de nombreux contentieux.
Le risque du détricotage
Selon ce principe, les autorités doivent refuser l’octroi d’un « #permis_d’environnement » à tout projet qui dégraderait l’état d’un cours d’eau ou d’eaux souterraines. La notion a été consolidée devant la Cour de justice de l’Union européenne en 2015, avec l’#arrêt_Weser qui stipulait que la dégradation d’un seul élément de qualité de l’eau devait aboutir au rejet d’un projet. La directive prévoit des exemptions à ce principe, mais la #non-détérioration reste un « obstacle énorme », assène Rolf Kuby.
Les projets miniers, lorsqu’ils sont autorisés, le sont à l’issue d’un parcours de dix à quinze ans, comme l’a récemment souligné la Cour des comptes européenne. Euromines s’est trouvé des compagnons de route en formant avec dix-sept autres associations professionnelles, dont celle qui représente le secteur pétrolier et gazier (l’#IOGP), une coalition informelle au sujet des permis d’activité ciblant notamment la directive sur l’eau.
« Il est vrai qu’après l’arrêt Weser, la directive est devenue un puissant instrument pour bloquer des projets miniers, confirme Nick Voulvoulis, directeur adjoint au centre de politique environnementale de l’Imperial College, à Londres, spécialiste de l’eau. Et comme le bon état des eaux ne sera pas atteint en 2027, l’industrie y voit une occasion d’affaiblir la directive. Un tel affaiblissement irait à l’encontre des objectifs d’adaptation au changement climatique et de préservation de la biodiversité. Il créerait un précédent vers la #dérégulation d’autres activités ayant un #impact_environnemental. »
L’activité minière peut entraîner de multiples #pollutions, des #drainages_miniers_acides, des #contaminations aux #métaux_lourds, des rejets de #substances_chimiques. Cette possible recrudescence de pollutions locales inquiète au plus haut point les ONG mais aussi les services d’#eau_potable et d’#assainissement, réunis au sein d’#EurEau, car c’est à eux qu’incombe le traitement des eaux avant consommation.
Pour Sébastien Mouret, conseiller politique chez EurEau, « si on affaiblit le principe de non-détérioration, les conséquences seront dramatiques pour les écosystèmes et pour l’eau potable, qui deviendra plus difficile à traiter. Les coûts du traitement augmenteraient et seraient reportés sur le consommateur. On se situerait aux antipodes du principe “pollueur payeur”, inscrit dans la directive mais rarement appliqué ».
La Commission vient d’achever une rapide consultation publique au sujet de la révision à venir, dont les contours sont encore incertains. Contactée par Mediapart, une de ses porte-parole rappelle simplement que la commissaire suédoise en charge de l’environnement, Jessica Roswall, « a souligné les difficultés liées à la manière dont la directive est appliquée, en particulier en ce qui concerne les procédures d’octroi de permis pour des projets dans le secteur des matières premières critiques ».
Même si la Commission ne propose qu’une révision ciblée de la directive (par exemple pour les seuls projets stratégiques d’extraction de l’UE), le résultat final pourrait lui échapper. Le Conseil mais surtout le Parlement pourraient se lancer dans un détricotage du texte à grands coups d’amendements. Les industries de la chimie, de la #cosmétique, les entreprises pharmaceutiques réclament aussi des assouplissements. La proposition de modification de la Commission européenne est attendue avant les vacances d’été.
▻https://www.mediapart.fr/journal/international/300426/la-protection-des-eaux-europeennes-menacee-au-nom-de-la-simplification
#eau #UE #EU #union_européenne #extractivisme #environnement
L’entreprise FedEx accusée d’organiser en France le transit de composants militaires vers Israël
Yunnes Abzouz et Samia Dechir
21 avril 2026 à 20h24 | Mediapart
▻https://www.mediapart.fr/journal/international/210426/l-entreprise-fedex-accusee-d-organiser-en-france-le-transit-de-composants-
LundiLundi 20 avril, l’Union juive française pour la paix (UJFP) a déposé une plainte contre X pour complicité de crime de guerre, complicité de crime contre l’humanité et complicité de crime de génocide auprès du Parquet national antiterroriste (Pnat). Elle vise en réalité la filiale française de la société FedEx, accusée d’avoir organisé en France le transit de composants militaires destinés à équiper des avions de combat de l’armée israélienne.
Les faits présumés se sont déroulés entre le 1er avril et le 31 octobre 2025 sur la plateforme FedEx de l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle. L’UJFP affirme que 117 cargaisons ont transité sur le tarmac de l’aéroport parisien en provenance des États-Unis et à destination d’Israël, dont 93 étaient destinées à la base militaire israélienne de Nevatim.
La plainte s’appuie en grande partie sur un rapport publié le 7 avril par plusieurs organisations, dont People’s Embargo for Palestine et Urgence Palestine. Ses auteurs et autrices ont pu retracer le trajet de ces 117 expéditions passées par le tarmac parisien, mais aussi le contenu des colis. Certains contiennent des pièces mécaniques et aéronautiques dites à double usage, civil ou militaire, susceptibles d’équiper plusieurs types d’aéronefs.
« Il n’y a aucun monde où ça peut être à usage civil, assure Damia Taharraoui, avocate de l’UJFP. Il y a des douilles, des parachutes, à destination de bases militaires. Ce sont des pièces qui sont identifiées comme étant utiles dans [les avions de type] F-35, et aussi possiblement dans les F-15 et dans les F-16. »
Selon ce même rapport, d’autres cargaisons ont servi à transporter des composants plus spécifiquement destinés au F-35, l’un des avions de combat les plus performants au monde. L’armée israélienne, qui en possède une quarantaine, est la seule du Moyen-Orient à détenir ce type d’appareil de fabrication américaine.
Son rôle dans les opérations menées à Gaza après l’attaque du 7 octobre 2023, et notamment dans une frappe menée en juillet 2024 à Khan Younès, tuant quatre-vingt-dix Palestinien·nes, a été documenté à plusieurs reprises. « FedEx transporte des armes à travers la France en connaissance de cause, donc [l’entreprise] a une responsabilité. Elle est complice de crime de guerre et de crime contre l’humanité », dénonce Béatrice Orès, porte-parole de l’UJFP.
L’organisation suspecte aussi l’implication d’autres entreprises dans la chaîne logistique de ce circuit de transit. D’où le choix d’une plainte contre X, pour donner au parquet « la latitude de poursuivre plus largement, et d’enquêter sur la chaîne de responsabilités », confirme l’avocate de l’association. (...)
États-Unis : le héros du peuple latino César Chávez était un agresseur sexuel
▻https://www.mediapart.fr/journal/international/200326/etats-unis-le-heros-du-peuple-latino-cesar-chavez-etait-un-agresseur-sexue
Un ouvrier recouvre une fresque représentant César Chávez, au Santa Ana College en Californie, le 19 mars 2026. © Photo Jae C. Hong / AP / Sipa(...) aucune d’elles n’a osé parler publiquement de son vivant, et même après, pour ne pas nuire à la lutte en ternissant l’image de César Chávez. Sa compagne de lutte Dolores Huerta en a, elle-même, été victime. Au New York Times, elle a déclaré que César Chávez l’avait violée en 1966, alors qu’elle avait 36 ans, dans une voiture après l’avoir conduite dans un vignoble isolé en Californie.
Elle a expliqué au journal qu’elle ne l’avait pas dénoncé à la police « en raison de l’hostilité de celle-ci envers le mouvement, et parce qu’elle craignait que personne au sein du syndicat ne la croie ». Elle a également déclaré au New York Times « s’être sentie contrainte d’avoir des relations sexuelles avec lui dans une chambre d’hôtel lors d’un déplacement professionnel », toujours en Californie, six ans auparavant.
Elle a eu deux filles avec lui, après avoir tout fait pour cacher ses grossesses, et les a confiées à des familles pour qu’elles les élèvent. Dolores Huerta a eu quatre enfants avec son concubin qui était le propre frère de César Chávez, Richard. Au New York Times, celle qui fêtera ses 96 ans le 10 avril explique avoir dû lutter contre le machisme qui régnait au sein du syndicat.
Dans son texte, l’ancienne militante indique avoir gardé le secret aussi longtemps parce que « construire le mouvement et obtenir les droits des travailleurs agricoles était le travail de [sa] vie ». « Je ne me suis jamais identifiée comme une victime, écrit-elle, mais je comprends maintenant que je suis une survivante – de la violence, des agressions sexuelles, des hommes dominateurs qui me voyaient, avec d’autres femmes, comme leur propriété, ou comme des choses à contrôler. » « Mon silence se termine ici », conclut-elle.
#VSS
Chavez, Chomsky, l’Abbé Pierre... j’ose pas imaginer ce qu’on va nous révéler bientôt sur Jésus...
eueuh ! César Chávez, pas Hugo Chávez !
@simplicissimus ah oui merci pour la correction
Série : L’Adriatique menacé d’un « devenir-Dubaï »
La famille Trump a jeté son dévolu sur l’île de Sazan et la péninsule de Karaburum, en Albanie, tandis que le magnat émirati Mohamed Ali Alabbar développe des projets dans ce pays, ainsi qu’au Monténégro voisin. La côte orientale de l’Adriatique va-t-elle devenir un Dubaï méditerranéen ? Le voyage commence à Ulcinj au Monténégro et se poursuit sur le port de Durres en Albanie.
▻https://www.mediapart.fr/journal/international/230226/au-montenegro-des-affairistes-des-emirats-et-de-la-region-menacent-de-defi
▻https://www.mediapart.fr/journal/international/250226/de-la-famille-trump-aux-hommes-d-affaires-emiratis-l-albanie-brade-son-ter
#albanie
Dubaï sous les bombes, la fin des illusions | Mediapart
▻https://www.mediapart.fr/journal/international/030326/dubai-sous-les-bombes-la-fin-des-illusions
Capitale du capitalisme autoritaire du XXIe siècle, la ville émiratie s’est réveillée d’un rêve insensé, dans lequel elle pouvait être une zone où règne le déni des crises qui frappent le monde. Car la violence intrinsèque à ce rêve se retourne désormais contre elle.
Romaric Godin 3 mars 2026 à 16h34
#paywall :-)
C’est grosso modo un des textes qui m’ont donné cette impression :
▻https://seenthis.net/messages/1160608
Parce que je doute qu’il serait bienvenu d’écrire exactement la même chose sur Tel Aviv (qui est, pourtant, nettement plus responsable de la situation présente que Dubaï).
Et parce que « une zone où règne le déni des crises », je trouve ça extrêmement pénible. Tu es dans « une zone », alors c’est un peu bien fait pour ta gueule ? Mais moi j’habite à 15 km d’une mer qui est depuis des années devenue un épouvantable cimetière pour migrants, mes impôts financent Frontex et ses braves miliciens qui pratiquent le "push back" pour noyer les indésirables, mes impôts financent la sous-traitance de la chasse aux migrants en Afrique du Nord (où le "push back" consiste à aller faire mourir les gens en plein milieu du désert), et plus généralement c’est la prédation des ressources naturelles de la planète entière qui permet à mon pays d’avoir autant de gentils milliardaires. Sans parler des ventes d’armes par "ma zone", dont certaines permettent de massacrer des écolières gazaouis et iraniennes. J’ai du mal à imaginer que je n’habite pas moi-même dans « une zone où règne le déni des crises ».
J’imagine qu’on devrait maintenant écrire savamment que les tours jumelles du 11 septembre, c’est « la violence intrinsèque à ce rêve qui se retourne désormais contre elle », ou qu’on ait des considérations similaires sur les attentats à Paris. En glisser des petits phrases subtiles sur « les influenceurs et les influenceuses » telles que :
Et ce drone, comme la panique des célébrités, influenceurs et influenceuses du monde occidental installées dans ces monarchies du Golfe, leur paradis terrestre, en est la confirmation.
Pourquoi on ne trouve pas de réactions officielles de la Chine et de la Russie sur nos réseaux ?
Je trouve ça en espagnol sur mon fil Mastodon... ce qui m’a incité à effectuer une recherche... qui fait chou blanc. Je dis pas que l’info n’existe pas. Je dis que pour le moment, personne ne semble y trouver le moindre intérêt.
China exige fin de los ataques contra Irán - teleSUR
▻https://www.telesurtv.net/china-exige-fin-de-los-ataques-contra-iran
La portavoz china Mao Ning llama a cesar de inmediato la agresión de EE.UU. e Israel contra Irán y a retomar negociaciones sobre el programa nuclear persa, destacando el respeto de China al uso pacífico de la energía nuclear.
Ah, je trouve aussi ça, hier :
La Chine, soutien du régime iranien et principal acheteur de son pétrole, exprime sa colère après les attaques américaines et israéliennes
▻https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/02/frappes-contre-l-iran-un-camouflet-pour-la-chine-soutien-du-regime-et-princi
Pékin, qui consommait 80 % du pétrole exporté par Téhéran, a protesté verbalement contre l’attaque, mais ne s’est pas impliquée au-delà.
Et puis ça... Finalement, on te dit que la Chine s’en fout...
« Xi Jinping n’a aucun état d’âme » : pourquoi la Chine préserve ses relations avec les Etats-Unis malgré les frappes en Iran
▻https://www.challenges.fr/monde/xi-jinping-na-aucun-etat-dame-pourquoi-la-chine-preserve-ses-relations-av
La Chine a condamné les frappes américaines et israéliennes contre son partenaire iranien. Mais le pays doit également composer avec la nécessité de ménager la fragile détente avec les Etats-Unis, alors que les deux puissances devraient prolonger leur trêve commerciale lors d’un sommet prévu à Pékin ces prochaines semaines.
Et pour la Russie, c’est plus compliqué de trouver quoi que ce soit de concret et récent...
Me semblait avoir vu passer le point de vue stratégique de la chine dans un papier de Mediapart
▻https://www.mediapart.fr/journal/international/030326/la-liberation-du-peuple-iranien-reste-tres-loin-des-priorites-de-l-adminis (03/03/2026, peut-être à vérifier)
▻https://www.mediapart.fr/journal/international/180126/face-la-crise-iranienne-pekin-se-contente-d-un-soutien-de-facade (18/01/2026)
INFO RADIO FRANCE. Un diplomate français cité dans les « fichiers Epstein » : le Quai d’Orsay se dit « prêt à enquêter »
▻https://www.franceinfo.fr/monde/usa/affaire-jeffrey-epstein/info-radio-france-un-diplomate-francais-cite-dans-les-fichiers-epstein-le
Le 13 avril 2016, Cynthia Tobiano, directrice financière du groupe bancaire Edmond de Rothschild, fait suivre à Jeffrey Epstein un lien vers un article intitulé “Un scandale de pédophilie étouffé par le Quai d’Orsay”(Nouvelle fenêtre). Article qu’il transfère aussitôt à Fabrice Aidan sans aucun commentaire.
Le papier reprend des informations publiées dans le livre de Vincent Jauvert “La face cachée du Quai d’Orsay” (Robert Laffont, 2016). Le journaliste y explique qu’en 2013, le FBI a monté une opération anti-pédophilie et identifié parmi les prédateurs un jeune diplomate détaché du ministère des Affaires étrangères au siège des Nations Unis à New York. Il ne cite pas son nom. L’homme aurait été immédiatement renvoyé par le Secrétaire Général de l’ONU à l’époque, Ban Ki-Moon. Joint par la cellule investigation de Radio France, une source gouvernementale confirme que le diplomate visé par une enquête du FBI est bien Fabrice Aidan. "La priorité du ministre des affaires étrangères et de son inspection générale est de comprendre pourquoi cette information s’est perdue. Les représentants de la France aux Etats-Unis à l’époque vont être interrogés" ajoute cette source.
Fabrice Aidan est alors l’assistant de Terj Rod-Larsen, l’envoyé spécial pour la mise en œuvre de la résolution 1559 sur le Liban par le Conseil de sécurité de l’ONU.
Et selon Rima Hassan :
Le diplomate Fabrice #Aidan est Franco-israélien
• Décembre 1998 - mars 2000 il effectue son service militaire en Israël
C’est charmant, ça, de charger un type qui a fait son service militaire en Israël de la mise en œuvre d’une résolution de l’ONU au Liban…
Rod-Larsen était également proche d’Epstein, et sa femme a démissionné le 8 février :
Selon les médias norvégiens, Jeffrey Epstein, qui s’est suicidé en prison en 2019, a légué une somme de 10 millions de dollars aux deux enfants de Mme Juul et de son mari, le diplomate Terje Rod-Larsen, qui avait lui aussi participé aux négociations des accords d’Oslo.
Affaire Epstein : le siège de la banque Edmond de Rothschild à Paris perquisitionné dans le cadre de l’enquête ouverte par le PNF pour « corruption »
franceinfo- Radio France - Publié le 24/03/2026
L’enquête vise notamment le diplomate français Fabrice Aidan, cité dans les dossiers Epstein lorsqu’il était détaché par la France aux Nations unies. Il a travaillé dans la banque avant de rejoindre le groupe énergétique Engie, qui a mis fin à ses fonctions. (...)
# Affaire_Epstein
La DGSI avait alerté la justice sur Fabrice Aidan, le diplomate sous influence de Jeffrey Epstein
Fabrice Arfi et Ellen Salvi | 22 février 2026 | Mediapart
▻https://www.mediapart.fr/journal/international/220226/la-dgsi-avait-alerte-la-justice-sur-fabrice-aidan-le-diplomate-sous-influe
(...) Né le 9 décembre 1975, Fabrice Aidan est diplômé de l’École des hautes études commerciales. Il a aujourd’hui le statut de secrétaire des affaires étrangères principal au sein du Quai d’Orsay. Il a intégré le ministère en avril 2000, après avoir fait son service national à Tel-Aviv, en Israël, les deux années précédentes.
Le diplomate a d’abord évolué au sein de la représentation permanente de la France au siège de l’ONU, avant d’être directement détaché auprès de l’organisation internationale. Il y a travaillé, entre 2007 et 2013, aux côtés de l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU, le Norvégien Terje Roed-Larsen, un autre proche de Jeffrey Epstein, désormais sous enquête dans son pays pour des soupçons de corruption par le célèbre criminel sexuel.
C’est précisément en avril 2013 que Fabrice Aidan a précipitamment quitté New York à cause de l’enquête criminelle du FBI le ciblant. Comme Mediapart l’a déjà rapporté, son rapatriement à Paris a été décidé après l’alerte du FBI dont la France a été destinataire à l’ONU. L’ambassadeur de France alors en poste, Gérard Araud, avait pu consulter un rapport faisant état, selon son témoignage, de consultations habituelles de sites pédocriminels.
« Je lui ai dit ce que j’avais lu dans le rapport. J’ai eu l’impression qu’il ne se rendait pas compte de la gravité des faits », avait raconté Gérard Araud à Mediapart. D’après nos informations, les enquêteurs de l’ONU avaient quant à eux pu saisir l’ordinateur du diplomate français, dans lequel des fichiers avaient également été découverts. (...)
Israël avance vers l’annexion formelle de la Cisjordanie
▻https://www.mediapart.fr/journal/international/090226/israel-avance-vers-l-annexion-formelle-de-la-cisjordanie
De manière générale, le cabinet de sécurité a justifié l’extension d’un contrôle israélien sur les zones A et B administrées par l’Autorité palestinienne au nom des « infractions liées à l’eau », des « atteintes aux sites archéologiques » et de la lutte contre « les nuisances environnementales polluant l’ensemble de la région ».
Les mesures annoncées sont un énième coup de canif dans les accords d’Oslo, qu’Israël a depuis longtemps cessé de respecter. « Nous allons continuer à enterrer l’idée d’un État palestinien », s’est vanté Bezalel Smotrich. Le président palestinien, Mahmoud Abbas, a demandé une intervention immédiate des États-Unis et du Conseil de sécurité des Nations unies, dénonçant la confiscation des terres palestiniennes et « une tentative israélienne évidente de légaliser l’expansion de la colonisation ». Le Hamas a invité les Palestinien·nes à « intensifier la confrontation avec l’occupation et ses colons ».
Jusqu’à présent, « l’apartheid israélien s’inscrivait dans un système bureaucratique très sophistiqué », explique un responsable au sein de l’Institut palestinien pour la diplomatie publique (PIPD) : « Cela prenait du temps pour exproprier les Palestiniens. » Ces derniers pouvaient alors espérer gagner quelques années face aux expulsions, en multipliant les recours auprès de la justice israélienne – même si l’issue ne leur était quasiment jamais favorable, la Cour suprême étant l’un des instruments de défense de l’apartheid israélien. « Aujourd’hui, on n’a plus le temps. On assiste à l’accélération des processus législatifs et bureaucratiques permettant à n’importe quel colon de pouvoir s’installer très facilement en Cisjordanie », poursuit cette source du PIPD.
Impunité israélienne
Dans un communiqué commun, l’Arabie saoudite, la Jordanie, le Qatar, le Pakistan, l’Indonésie, l’Égypte, la Turquie et jusqu’à l’allié arabe d’ordinaire le plus complaisant avec Israël, les Émirats arabes unis, ont condamné les mesures du cabinet annoncées dimanche soir. L’Union européenne a dénoncé « un autre pas dans la mauvaise direction ». Israël intensifie pourtant sa colonisation sans entrave.
En octobre, la Knesset, le Parlement israélien, a voté en première lecture un texte ouvrant la voie à l’annexion de la Cisjordanie. L’ONU rapportait en décembre une « nette augmentation » des projets de construction de logements israéliens en Cisjordanie, avec des plans pour « près de 47 390 unités de logements avancés, approuvés ou présentés » en 2025, contre une moyenne de 12 800 par an entre 2017 et 2022 – avant l’arrivée au pouvoir de l’actuelle coalition.
À Jérusalem-Est, annexée illégalement par Israël en 1980, une trentaine de familles palestiniennes, soit près de 175 personnes, sont menacées d’expulsion dans le quartier de Silwan, au pied de la vieille ville, rappelle l’ONG anticolonisation Ir Amim. L’organisation parle d’un « point de bascule » pour ce quartier, dans un contexte de « violations meurtrières du cessez-le-feu qui continuent à Gaza [et] d’augmentation de la violence des colons, [de] la saisie des terres et [de] l’expansion des colonies sur le territoire palestinien occupé ». Huit familles ont déjà été chassées de chez elles à Silwan et leurs maisons immédiatement investies par des colons israéliens.
Face au génocide à Gaza et alors que plus d’un millier de Palestinien·nes ont été tué·es en Cisjordanie par l’armée ou les colons depuis le 7-Octobre, les pays européens, dont la France, ont émis des sanctions ne ciblant que quelques colons, masquant la réalité d’une violence d’État. L’Union européenne est pourtant le principal partenaire commercial d’Israël.
« La dissonance cognitive et la totale déconnexion entre les discours diplomatiques ou les solutions politiques proposées et la réalité sur le terrain sont de plus en plus claires, observe le responsable du PIPD. Israël accélère l’annexion mais la communauté internationale se focalise sur la réforme de l’Autorité palestinienne. »
Même si les « tactiques » des autorités israéliennes diffèrent selon les territoires visés – Gaza et la Cisjordanie, dont Jérusalem-Est –, l’objectif reste le même, poursuit cette source : « remplacer la population palestinienne ».
Dans l’enclave du Sud, le blocus puis le génocide ont poussé les plus aisés et les classes intellectuelles à fuir une vie devenue impossible. Le phénomène se répète en Cisjordanie : les raids de l’armée, les arrestations, les routes bloquées et le chômage qui explose, les attaques de colons qui vident certaines zones de leurs habitant·es palestinien·nes, ont rendu le quotidien insupportable, et les plus chanceux et chanceuses émigrent. Une annexion de jure devrait amplifier cette violence et cette expansion coloniales – et, en face, accélérer la disparition d’une société palestinienne riche et diverse sur ses territoires.