<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?>


<feed xmlns="http://www.w3.org/2005/Atom" xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0' >
	<title>#expériences_vécues - Seenthis</title>

	<link href="https://seenthis.net/tag/exp%C3%A9riences_v%C3%A9cues" />
        <id>https://seenthis.net/tag/exp%C3%A9riences_v%C3%A9cues</id>
        <updated>2026-08-25T19:32:21Z</updated>
        <link rel="self" href="https://seenthis.net/tag/exp%C3%A9riences_v%C3%A9cues/feed" />







	<entry>
	<id>urn:uuid:69581d84-5e1c-4300-aba5-103c0012d20a</id>
	<title>*Comment les cartes sont devenues des contre-pouvoirs pour redessiner le monde* &#10077;Luttes&#8230;</title>
	<author>
		<name>CDB_77  (@cdb_77)</name>
		<uri>https://seenthis.net/people/cdb_77</uri>
		<email>cdb_77@seenthis.net</email>
		
	</author>
	<published>2026-01-02T19:33:24Z</published>
	<updated>2026-01-02T19:33:24Z</updated>
	
	 <link href="https://seenthis.net/messages/1152404" />
	
	<link rel="edit" href="https://seenthis.net/api/messages/1152404"/>
	<summary>*Comment les #cartes sont devenues des #contre-pouvoirs pour redessiner le monde* 


❝Luttes écologistes, défense des libertés, mouvements féministes… Longtemps réservée aux puissants, la cartographie se réinvente sous l’impulsion de collectifs citoyens, de chercheurs, de journalistes et d’artistes. Un mouvement critique ancré dans une riche histoire théorique.

Des îlots de forêt sillonnés par des camions de rondins et cernés par des usines de papier et de pellets, d’où surgit un impressionnant crapaud sonneur à ventre jaune, une espèce protégée. C’est ainsi que des habitants de la Montagne limousine ont représenté « leur » massif forestier, à la croisée de la Corrèze, de la Creuse et de la Haute-Vienne.

Coéditée par IPNS, le journal d’information et de débat du plateau de Millevaches, et la maison d’édition associative A la criée, située à Nantes, la carte au format papier n’est pas destinée aux randonneurs ou aux touristes de passage. En mêlant #dessins et #récits, elle « vise à questionner les dynamiques forestières », explique #Frédéric_Barbe, géographe, artiste et membre de l’association, et donne à voir ce que les cartes institutionnelles ne montrent pas : l’industrialisation d’un territoire, la tristesse des riverains face aux coupes rases et leur volonté d’un autre avenir pour la #forêt.
La publication fait partie de la douzaine de « #cartes_de_résistance » produites en dix ans par l’éditeur, vendues à prix bas ou libre avec un certain succès. La conception est toujours collective, menée à l’initiative ou au plus près des habitants, avec le soutien d’un géographe et d’un graphiste. La première, celle de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), en février 2016, est épuisée après cinq tirages et plus de 20 000 exemplaires diffusés. Celle des Jeux olympiques de Paris, en partenariat avec le collectif local Saccage 2024, raconte le revers de la médaille des JO, les expulsions d’habitants à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et les morts d’ouvriers sur les chantiers du Grand Paris.
Ces productions rompent délibérément avec les conventions graphiques de la cartographie institutionnelle. « La carte n’est pas le #territoire, mais invite à le penser, affirme l’éditeur. C’est un outil d’#éducation_populaire, simple et pas cher, que l’on peut afficher au mur ou poser sur une table pour réfléchir ensemble à la façon dont on veut vivre sur cet espace. »
Un vent de rébellion souffle sur la cartographie, une discipline pourtant perçue comme technique et très codifiée. Un foisonnement d’initiatives et de réflexions a émergé depuis une quinzaine d’années, dont il est difficile de cerner les contours, tant il exprime une variété d’intentions, de méthodes et de productions. « Je travaille dans ce domaine depuis trente-cinq ans, et je n’arrive pas à suivre le rythme de toutes les initiatives », s’exclame #Philippe_Rekacewicz, chercheur associé au département des sciences sociales de l’université de Wageningue (Pays-Bas) et l’une des figures françaises de ce courant.

Pour la « #justice_spatiale »

Cet ex-journaliste au Monde diplomatique se réclame d’une pratique « radicale » de la discipline, d’autres préfèrent se dire « critiques », d’autres encore ont adopté le terme de « #contre-cartographie ». Ces démarches, à la croisée des sciences, des arts, de la politique et de militantisme social, partagent un socle commun, celui de vouloir renverser le #pouvoir_des_cartes et les mettre au service d’une forme de « justice spatiale ». Luttes écologistes et urbaines, défense des libertés et des droits humains, mouvements féministes… Associations et collectifs contestent les représentations institutionnelles, se réapproprient l’espace ou montrent des réalités jusque-là invisibilisées. Elles sont souvent soutenues par des cartographes reconnus, et s’inscrivent dans une riche réflexion théorique et un « dialogue ancien entre le champ académique et les pratiques sociales », constate #Irène_Hirt, professeure au département de géographie et environnement de l’université de Genève (Suisse).
De fait, ces pratiques contestataires trouvent leurs racines dans l’histoire même de la discipline. La géographe #Françoise_Bahoken, coautrice avec Nicolas Lambert de Cartographia. Comment les géographes (re)dessinent le monde (éditions Armand Colin, 2025), en date les prémices dès la fin du XIXe siècle, alors que la cartographie occidentale s’est imposée comme un modèle de scientificité, d’abord avec la précision des mesures, puis avec l’essor de la géographie quantitative liée à l’utilisation de données statistiques.

Dès les années 1880, le géographe allemand #Ernest_George_Ravenstein s’empare du recensement de la population britannique pour infirmer l’idée selon laquelle les populations migrantes se déplaceraient de façon anarchique. Un peu plus tard, le sociologue afro-américain W. E. B. #Du_Bois visualise, à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris de 1900, les « lignes de couleur » qui divisent la société américaine, démontrant, cartes et graphiques à l’appui, comment le racisme empêche toute égalité sociale.

Il faut cependant attendre les années 1960 pour que ces travaux commencent à se diffuser, grâce à deux figures respectées de la profession, les géographes #David_Harvey et #William_Bunge (1928-2013). Le premier crée un courant d’inspiration marxiste, désigné sous le nom de « #géographie_radicale », qui s’attache à analyser la façon dont le capitalisme modèle les #inégalités_spatiales. Le second décide, en 1968, de rompre avec l’approche quantitative lorsqu’il prend conscience de son rôle dans les politiques urbaines ségrégationnistes aux Etats-Unis.

Avec #Gwendolyn_Warren, leader militantiste des droits civiques de la communauté noire de Detroit (Michigan), William Bunge développe, dans cette ville ouvrière du nord des Etats-Unis, un projet de recherche géographique fondé sur l’enquête de terrain, embarquant dans l’aventure plusieurs centaines de jeunes habitants, femmes et hommes, du quartier noir de Fitzgerald. Pour Warren et Bunge, former les résidents à documenter les #logiques_spatiales, c’est démocratiser l’exercice du pouvoir. Ces « #expéditions_géographiques » conduiront à la publication d’un livre (Fitzgerald : Geography of a Revolution, Cambridge, 1971) sur les processus de paupérisation et d’exclusion du quartier.
Ce sont toutefois les travaux d’un historien, #John_Brian_Harley (1932-1991), qui, à la fin des années 1980, opèrent un tournant théorique majeur. Dans son article fondateur, « Deconstructing the Map » (Cartographica, 1989), il invite à lire les cartes non comme de simples reflets du réel, mais comme des constructions sociales, traversées par des #rapports_de_pouvoir. La carte est une construction située dans le temps et dans l’espace, affirme-t-il, dont « une grande part du pouvoir (…) est qu’elle opère sous le masque d’une science en apparence neutre. Elle cache et nie sa dimension sociale en même temps qu’elle la légitime ».

L’historien identifie un double pouvoir derrière l’outil : celui du cartographe ou de son commanditaire, qui décide de ce qui est représenté par le biais de choix multiples (projection, échelle, toponymes…), mais aussi un pouvoir interne, propre à la carte elle-même. Non seulement elle n’est pas neutre, mais elle est performative : elle agit sur nos #imaginaires et induit des #représentations. « Pour Harley, il faut absolument analyser d’un côté les intentions et les choix politiques de l’auteur, et de l’autre les usages, la façon dont la carte peut être instrumentalisée pour penser un territoire », souligne le géographe et chercheur au CNRS #Matthieu_Noucher.

Ces réflexions, ainsi que l’ambitieuse History of Cartography que John Brian Harley dirige avec David Woodward (Presse de l’université de Chicago) à la même époque – le premier volume est publié en 1987 –, provoquent un choc méthodologique durable. La mise en lumière des formats multiples des cartes non occidentales contribue à décentrer le regard et à éclairer la dimension partielle et politique de toute représentation spatiale.

Mythe de la #terre_vierge

Cette prise de conscience va inspirer de nombreuses études en sciences sociales, notamment sur le rôle central de la cartographie dans l’#histoire_coloniale. « Elles montrent que, du XVIIe au XIXe siècle, la carte a servi à créer le mythe de la #terra_nullius, la terre vierge inhabitée, pour justifier les #conquêtes_coloniales en accréditant l’idée de territoires vides d’hommes et de femmes », explique Matthieu Noucher. Le chercheur s’est attaché à analyser le « #blanc_des_cartes », voire leur « #blanchiment » lorsqu’il s’agit d’effacer les rares mentions de populations autochtones. Ainsi, en Guyane, une première carte française notifie, en 1732, la présence de « nations indiennes » sur le territoire, une formule remplacée trois décennies plus tard par la mention de « belles et très fertiles plaines que doit habiter la nouvelle colonie française ». Entre-temps, la France a perdu ses possessions canadiennes et a décidé de fonder une colonie de peuplement en Guyane.
L’approche critique ne se limite pas à questionner la carte comme représentation dominante. A partir des années 1970, l’outil lui-même est réinvesti par les communautés autochtones pour défendre leurs droits territoriaux face aux projets extractivistes. Pour les communautés locales d’Amérique du Sud, d’Asie, d’Afrique et d’Océanie, produire des cartes devient une stratégie de #résistance à l’industrialisation des terres, comme en Colombie-Britannique (Canada) contre la construction de pipelines de gaz et de pétrole. En 1995, la sociologue américaine #Nancy_Lee_Peluso forge le terme de « #contre-cartographie » pour désigner cette production destinée à contester les structures de pouvoir.

Ces « contre-cartes » interrogent aussi la dimension culturelle des #méthodes utilisées, et du même coup les frontières de la science occidentale. « La contre-cartographie invite en effet à une #décolonisation des savoirs géographiques qui ne se matérialisent pas tous sous forme d’images. Ils peuvent se transmettre par la parole, le chant, la danse, la sculpture ou les rêves, intimement liés aux pratiques et aux territoires de la chasse ou de la pêche, souligne Irène Hirt, qui a accompagné des communautés mapuche au Chili et innu au Québec dans la reconstitution de leur milieu de vie. Loin d’être vides comme le disent les cartes, ces terres sont pleines de toponymes, de lieux de rassemblement ou de sépultures, de sentiers de portage et de routes de migration humaine et non humaine. »

A l’aube des années 2000, la généralisation des outils numériques ouvre un nouveau chapitre. L’essor des techniques de la géomatique (systèmes d’information géographique – SIG –, GPS, télédétection, etc.) et l’accès à de larges bases de données transforment profondément la cartographie conventionnelle. La géovisualisation devient en quelques années l’alliée indispensable de l’organisation des territoires. « Avec l’arrivée de l’application cartographique Google Maps en 2005, on a vu ressurgir une forme de croyance aveugle dans l’objectivité des données, et dans leur capacité à livrer en temps réel une image exacte du territoire », constate Matthieu Noucher.

Les algorithmes et leur vision du monde

Cette rupture renouvelle radicalement les enjeux de pouvoir. « Pour prendre au sérieux la proposition de John Brian Harley, il faut désormais s’intéresser aux fonctionnements des #algorithmes, des #bases_de_données et des applications », prévient le géographe. Et comprendre comment ces programmes, loin d’être neutres, imposent eux aussi une vision du monde. L’auteur de Blancs des cartes et boîtes noires algorithmiques (CNRS Editions, 2023) analyse les choix et les silences de modèles économiques fondés sur la publicité, qui « conduisent à privilégier, par exemple, l’affichage des commerces et à ignorer les milieux vivants ».

Le « blanc des cartes », affirme Matthieu Noucher, prend un tout autre sens avec la personnalisation algorithmique et les bulles de filtre qui imposent désormais des réalités différentes selon le profil des utilisateurs, leur pays et leurs usages. Ainsi, Google Maps adapte son affichage en fonction du contexte politique et géographique du pays. « Depuis la décision de Donald Trump de remplacer l’appellation “golfe du Mexique” par “golfe d’Amérique”, un écolier américain ne voit plus la même carte qu’un élève mexicain », regrette le géographe.

Cette personnalisation enferme les individus dans des visions fragmentées de l’espace, où commerces, infrastructures et frontières symboliques sont hiérarchisés différemment pour chacun. Ce basculement marque une rupture : « En se substituant aux organismes nationaux et internationaux chargés de réguler les noms et les représentations des lieux, les grandes plateformes numériques imposent progressivement leurs propres logiques, souvent guidées par des intérêts économiques ou géopolitiques », alerte le chercheur. Alors que la carte constituait jusque-là un #bien_commun et un support partagé indispensable au débat démocratique, « elle tend désormais à devenir un objet individualisé, soumis à une postsouveraineté cartographique dominée par les géants du numérique, au risque d’éroder toute représentation collective de l’espace ».

Confrontées à ces évolutions, les approches critiques se sont, elles aussi, renouvelées. La démocratisation d’outils de plus en plus accessibles et participatifs a renforcé les pratiques alternatives. Lancé en 2004, le projet collaboratif de cartographie en ligne #OpenStreetMap, créé et mis à jour par des bénévoles du monde entier, et dont les données géographiques sont ouvertes à tous, reste « l’exemple le plus abouti de la contestation de la mainmise d’une multinationale comme #Google sur les représentations géographiques du monde », estime #Nicolas_Lambert, ingénieur en sciences de l’information géographique au CNRS. Ce spécialiste de la #géovisualisation a rejoint Migreurop en 2009, un réseau d’experts et d’une cinquantaine d’associations de défense des droits humains, qui « documente » et « dénonce » les effets des politiques migratoires européennes à travers la publication d’atlas « engagés ».

Les initiatives de cartographie critique se développent aujourd’hui dans une grande diversité de contextes, d’échelles et de formes. Elles peuvent être individuelles ou collectives, concerner un quartier, un pays ou avoir une portée internationale, s’inscrire dans le cadre de travaux académiques, de luttes politiques ou d’enquêtes journalistiques, ou encore entremêler tout cela à la fois.
De nombreuses productions s’appuient sur des données statistiques, tandis que d’autres ont recours à des approches dites « sensibles », qui visent à réinscrire les #expériences_vécues au cœur des #représentations_spatiales. Cette cartographie fondée sur les #sens et les #émotions s’est développée à travers les marches exploratoires de femmes, créées dans les années 1990 au Canada, à Toronto et à Montréal, puis organisées en France depuis une dizaine d’années. Angoisse, peur, sentiment de sécurité ou de confort deviennent autant d’éléments traduits en symboles graphiques. En rendant visibles les expériences de l’#espace_public différenciées selon le #genre, ces marches ont fait de la carte un outil pour repenser l’aménagement urbain et lutter contre les violences, mais aussi un levier d’émancipation. « S’inscrire dans l’espace symbolique de la carte revient à se réapproprier l’espace, à forcer la reconnaissance de soi et à exister aux yeux des autres », se réjouit l’historienne Nepthys Zwer, autrice de Pour un spatio-féminisme. De l’espace à la carte (La Découverte, 2024).

« #Cartes_mentales » des émotions

Dans ce contexte, le recours à des modes d’expression créatifs (collage, dessin, broderie) facilite la participation de publics peu familiers des codes classiques. A Grenoble, des « rencontres cartographiques » entre migrants, chercheurs en sciences sociales et artistes, organisées dans les locaux de l’association Accueil Demandeurs d’asile, ont permis de collecter les récits de parcours migratoires par le dessin, la broderie et même la sculpture de l’argile à travers des « cartes mentales » des émotions, comme l’ont montré les travaux des géographes #Sarah_Mekdjian et #Anne-Laure_Amilhat-Szary.

Dans cette perspective, la #subjectivité de la démarche est clairement revendiquée. Mais ces approches soulèvent aussi des questions : que peuvent apporter ces représentations à des pratiques plus conventionnelles ? Quelle place leur accorder dans une discipline formalisée ?

« Parce qu’elle légitime et réhabilite les attachements et l’expérience empirique qu’ont les individus d’un territoire, la contre-cartographie est forcément subjective, comme toute carte d’ailleurs », souligne Nepthys Zwer. Elle se réclame d’un double héritage : celui de John Brian Harley, pour qui la carte n’est jamais neutre, et celui de la philosophe féministe américaine #Donna_Haraway, pour qui « toute #objectivité est toujours produite à partir d’un “#savoir_situé” ». Pour autant, « ces pratiques ne peuvent se réduire à un outil de lutte politique, prévient l’historienne. Elles font partie intégrante de la discipline qu’elles complètent et enrichissent, et doivent à ce titre être évaluées comme les autres ».

C’est aussi l’avis de Philippe Rekacewicz, qui a choisi de son côté d’abandonner le terme de « contre-cartographie », parce qu’il « peut être interprété comme s’opposant à la cartographie conventionnelle ». « Or, nous utilisons les mêmes règles, nos méthodes d’enquête et d’entretien sont celles de la géographie qualitative et des sciences humaines en général. Ce qui change, c’est l’#intention, la volonté de déconstruire le discours du pouvoir et de rendre visible ce qu’il ne souhaite pas montrer », explique-t-il.

Néanmoins, pour Françoise Bahoken, il faut différencier les cartes des « images et autres représentations de territoire ». « Certes, aucune représentation n’est objective par définition, mais la cartographie en tant que discipline scientifique s’appuie sur des théories et des méthodes, des dispositifs et des principes, et tend vers l’objectivité. Certaines approches ne sont pas scientifiques, ce qui ne veut pas dire qu’elles ne sont pas importantes, puisqu’elles permettent à des non-spécialistes de s’emparer des questions d’inégalité spatiale. »

Planisphères et contre-cartes

Longtemps marginal, le mouvement commence à se faire une place à l’université. « La cartographie critique fait l’objet de travaux académiques aujourd’hui largement reconnus et qui suscitent des vocations », affirme Nicolas Lambert. A l’université de Tours, un cursus de cartographie expérimentale a vu le jour au sein du département de géographie où des étudiants s’initient à des ateliers de #cartographie_sensible, tandis que d’autres universités comme Bordeaux et Grenoble proposent, elles aussi, des ateliers.

De son côté, l’approche critique numérique fait l’objet d’un intérêt croissant, avec la prise de conscience de la puissance et de l’opacité des boîtes noires algorithmiques et du besoin de méthodes pour analyser leur fonctionnement. L’Agence nationale de la recherche finance désormais des projets dans ce domaine. « Un vrai progrès », se réjouit Matthieu Noucher, qui anime un groupe de travail autour des approches critiques au sein du réseau Magis, principalement composé de géomaticiens, ces spécialistes des données et des systèmes d’information géographique, et premiers concepteurs de cartes. « Jusque-là, les acteurs de la cartographie critique et ceux de la production de cartes officielles ne se parlaient pas beaucoup. Le principal enjeu aujourd’hui est de faire dialoguer les points de vue pour enrichir les modes de représentation », souligne le géographe.

Le chercheur prépare, pour juin, à Bordeaux, une exposition à la croisée des arts et des sciences, qui fera dialoguer différentes représentations spatiales de la planète : des planisphères et des contre-cartes des Attikamek du Québec, des globes terrestres numériques à la manière de Google Earth et des sculptures de communautés autochtones kali’na de Guyane. Une autre façon de construire des ponts entre différentes visions du monde.❞

https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/01/02/comment-les-cartes-sont-devenues-des-contre-pouvoirs-pour-redessiner-le-monde_6660321_3232.html
#cartographie #visualisation #cartographie_radicale #cartographie_critique #pouvoir #performativité 
ping @visionscarto @reka 
via @karine4</summary>
	<content type="html"><![CDATA[<div class="destinataires"><a href='https://seenthis.net/people/visionscarto' title="visionscarto (@visionscarto)" data-login-auteur="visionscarto" data-id-auteur="3393">
		<img
    class="logo_24"
	alt="@visionscarto" src='https://seenthis.net/local/cache-gd2/f9/be37d1ca824ab91d1bf8ca4ceee84a.png?1773308011'
	srcset="local/cache-gd2/86/b12cf8f0dcf3e233f6fc4bf4766038.png?1773307956 2x"
>
	</a><a href='https://seenthis.net/people/reka' title="Phil Reka docs &amp; archives (@reka)" data-login-auteur="reka" data-id-auteur="16">
		<img
    class="logo_24"
	alt="@reka" src='https://seenthis.net/local/cache-gd2/0c/33c7f7e57fe6935c74fe72649d40d5.jpg?1773308025'
	srcset="local/cache-gd2/2e/b031487c449925a794d66acf9b2a62.jpg?1773307956 2x"
>
	</a><a href='https://seenthis.net/people/karine4' title="Karine Gatelier (@karine4)" data-login-auteur="karine4" data-id-auteur="8344">
		<img
    class="logo_24"
	alt="@karine4" src='https://seenthis.net/local/cache-gd2/18/341ce7c8e5e9230484956f64201c68.gif'
	srcset="local/cache-gd2/89/8cf63111982a4719d721b14b802968.gif 2x"
>
	</a></div><div lang="fr" dir="ltr"><p><strong>Comment les <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/cartes'>cartes</a></span> sont devenues des <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/contre-pouvoirs'>contre-pouvoirs</a></span> pour redessiner le monde</strong></p><blockquote lang="fr" dir="ltr"><p> Luttes écologistes, défense des libertés, mouvements féministes… Longtemps réservée aux puissants, la cartographie se réinvente sous l’impulsion de collectifs citoyens, de chercheurs, de journalistes et d’artistes. Un mouvement critique ancré dans une riche histoire théorique.</p><p>Des îlots de forêt sillonnés par des camions de rondins et cernés par des usines de papier et de pellets, d’où surgit un impressionnant crapaud sonneur à ventre jaune, une espèce protégée. C’est ainsi que des habitants de la Montagne limousine ont représenté &#171;&nbsp;leur&nbsp;&#187; massif forestier, à la croisée de la Corrèze, de la Creuse et de la Haute-Vienne.</p><p>Coéditée par IPNS, le journal d’information et de débat du plateau de Millevaches, et la maison d’édition associative A la criée, située à Nantes, la carte au format papier n’est pas destinée aux randonneurs ou aux touristes de passage. En mêlant <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/dessins'>dessins</a></span> et <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/r%C3%A9cits'>récits</a></span>, elle &#171;&nbsp;vise à questionner les dynamiques forestières&nbsp;&#187;, explique <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/fr%C3%A9d%C3%A9ric_barbe'>Frédéric_Barbe</a></span>, géographe, artiste et membre de l’association, et donne à voir ce que les cartes institutionnelles ne montrent pas&nbsp;: l’industrialisation d’un territoire, la tristesse des riverains face aux coupes rases et leur volonté d’un autre avenir pour la <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/for%C3%AAt'>forêt</a></span>.<br>La publication fait partie de la douzaine de &#171;&nbsp;<span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/cartes_de_r%C3%A9sistance'>cartes_de_résistance</a></span>&nbsp;&#187; produites en dix ans par l’éditeur, vendues à prix bas ou libre avec un certain succès. La conception est toujours collective, menée à l’initiative ou au plus près des habitants, avec le soutien d’un géographe et d’un graphiste. La première, celle de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), en février 2016, est épuisée après cinq tirages et plus de 20 000 exemplaires diffusés. Celle des Jeux olympiques de Paris, en partenariat avec le collectif local Saccage 2024, raconte le revers de la médaille des JO, les expulsions d’habitants à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et les morts d’ouvriers sur les chantiers du Grand Paris.<br>Ces productions rompent délibérément avec les conventions graphiques de la cartographie institutionnelle. &#171;&nbsp;La carte n’est pas le <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/territoire'>territoire</a></span>, mais invite à le penser, affirme l’éditeur. C’est un outil d’<span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/%C3%A9ducation_populaire'>éducation_populaire</a></span>, simple et pas cher, que l’on peut afficher au mur ou poser sur une table pour réfléchir ensemble à la façon dont on veut vivre sur cet espace.&nbsp;&#187;<br>Un vent de rébellion souffle sur la cartographie, une discipline pourtant perçue comme technique et très codifiée. Un foisonnement d’initiatives et de réflexions a émergé depuis une quinzaine d’années, dont il est difficile de cerner les contours, tant il exprime une variété d’intentions, de méthodes et de productions. &#171;&nbsp;Je travaille dans ce domaine depuis trente-cinq ans, et je n’arrive pas à suivre le rythme de toutes les initiatives&nbsp;&#187;, s’exclame <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/philippe_rekacewicz'>Philippe_Rekacewicz</a></span>, chercheur associé au département des sciences sociales de l’université de Wageningue (Pays-Bas) et l’une des figures françaises de ce courant.</p><p>Pour la &#171;&nbsp;<span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/justice_spatiale'>justice_spatiale</a></span>&nbsp;&#187;</p><p>Cet ex-journaliste au Monde diplomatique se réclame d’une pratique &#171;&nbsp;radicale&nbsp;&#187; de la discipline, d’autres préfèrent se dire &#171;&nbsp;critiques&nbsp;&#187;, d’autres encore ont adopté le terme de &#171;&nbsp;<span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/contre-cartographie'>contre-cartographie</a></span>&nbsp;&#187;. Ces démarches, à la croisée des sciences, des arts, de la politique et de militantisme social, partagent un socle commun, celui de vouloir renverser le <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/pouvoir_des_cartes'>pouvoir_des_cartes</a></span> et les mettre au service d’une forme de &#171;&nbsp;justice spatiale&nbsp;&#187;. Luttes écologistes et urbaines, défense des libertés et des droits humains, mouvements féministes… Associations et collectifs contestent les représentations institutionnelles, se réapproprient l’espace ou montrent des réalités jusque-là invisibilisées. Elles sont souvent soutenues par des cartographes reconnus, et s’inscrivent dans une riche réflexion théorique et un &#171;&nbsp;dialogue ancien entre le champ académique et les pratiques sociales&nbsp;&#187;, constate <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/ir%C3%A8ne_hirt'>Irène_Hirt</a></span>, professeure au département de géographie et environnement de l’université de Genève (Suisse).<br>De fait, ces pratiques contestataires trouvent leurs racines dans l’histoire même de la discipline. La géographe <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/fran%C3%A7oise_bahoken'>Françoise_Bahoken</a></span>, coautrice avec Nicolas Lambert de Cartographia. Comment les géographes (re)dessinent le monde (éditions Armand Colin, 2025), en date les prémices dès la fin du XIXe siècle, alors que la cartographie occidentale s’est imposée comme un modèle de scientificité, d’abord avec la précision des mesures, puis avec l’essor de la géographie quantitative liée à l’utilisation de données statistiques.</p><p>Dès les années 1880, le géographe allemand <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/ernest_george_ravenstein'>Ernest_George_Ravenstein</a></span> s’empare du recensement de la population britannique pour infirmer l’idée selon laquelle les populations migrantes se déplaceraient de façon anarchique. Un peu plus tard, le sociologue afro-américain W. E. B. <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/du_bois'>Du_Bois</a></span> visualise, à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris de 1900, les &#171;&nbsp;lignes de couleur&nbsp;&#187; qui divisent la société américaine, démontrant, cartes et graphiques à l’appui, comment le racisme empêche toute égalité sociale.</p><p>Il faut cependant attendre les années 1960 pour que ces travaux commencent à se diffuser, grâce à deux figures respectées de la profession, les géographes <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/david_harvey'>David_Harvey</a></span> et <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/william_bunge'>William_Bunge</a></span> (1928-2013). Le premier crée un courant d’inspiration marxiste, désigné sous le nom de &#171;&nbsp;<span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/g%C3%A9ographie_radicale'>géographie_radicale</a></span>&nbsp;&#187;, qui s’attache à analyser la façon dont le capitalisme modèle les <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/in%C3%A9galit%C3%A9s_spatiales'>inégalités_spatiales</a></span>. Le second décide, en 1968, de rompre avec l’approche quantitative lorsqu’il prend conscience de son rôle dans les politiques urbaines ségrégationnistes aux Etats-Unis.</p><p>Avec <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/gwendolyn_warren'>Gwendolyn_Warren</a></span>, leader militantiste des droits civiques de la communauté noire de Detroit (Michigan), William Bunge développe, dans cette ville ouvrière du nord des Etats-Unis, un projet de recherche géographique fondé sur l’enquête de terrain, embarquant dans l’aventure plusieurs centaines de jeunes habitants, femmes et hommes, du quartier noir de Fitzgerald. Pour Warren et Bunge, former les résidents à documenter les <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/logiques_spatiales'>logiques_spatiales</a></span>, c’est démocratiser l’exercice du pouvoir. Ces &#171;&nbsp;<span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/exp%C3%A9ditions_g%C3%A9ographiques'>expéditions_géographiques</a></span>&nbsp;&#187; conduiront à la publication d’un livre (Fitzgerald&nbsp;: Geography of a Revolution, Cambridge, 1971) sur les processus de paupérisation et d’exclusion du quartier.<br>Ce sont toutefois les travaux d’un historien, <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/john_brian_harley'>John_Brian_Harley</a></span> (1932-1991), qui, à la fin des années 1980, opèrent un tournant théorique majeur. Dans son article fondateur, &#171;&nbsp;Deconstructing the Map&nbsp;&#187; (Cartographica, 1989), il invite à lire les cartes non comme de simples reflets du réel, mais comme des constructions sociales, traversées par des <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/rapports_de_pouvoir'>rapports_de_pouvoir</a></span>. La carte est une construction située dans le temps et dans l’espace, affirme-t-il, dont &#171;&nbsp;une grande part du pouvoir (…) est qu’elle opère sous le masque d’une science en apparence neutre. Elle cache et nie sa dimension sociale en même temps qu’elle la légitime&nbsp;&#187;.</p><p>L’historien identifie un double pouvoir derrière l’outil&nbsp;: celui du cartographe ou de son commanditaire, qui décide de ce qui est représenté par le biais de choix multiples (projection, échelle, toponymes…), mais aussi un pouvoir interne, propre à la carte elle-même. Non seulement elle n’est pas neutre, mais elle est performative&nbsp;: elle agit sur nos <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/imaginaires'>imaginaires</a></span> et induit des <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/repr%C3%A9sentations'>représentations</a></span>. &#171;&nbsp;Pour Harley, il faut absolument analyser d’un côté les intentions et les choix politiques de l’auteur, et de l’autre les usages, la façon dont la carte peut être instrumentalisée pour penser un territoire&nbsp;&#187;, souligne le géographe et chercheur au CNRS <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/matthieu_noucher'>Matthieu_Noucher</a></span>.</p><p>Ces réflexions, ainsi que l’ambitieuse History of Cartography que John Brian Harley dirige avec David Woodward (Presse de l’université de Chicago) à la même époque – le premier volume est publié en 1987 –, provoquent un choc méthodologique durable. La mise en lumière des formats multiples des cartes non occidentales contribue à décentrer le regard et à éclairer la dimension partielle et politique de toute représentation spatiale.</p><p>Mythe de la <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/terre_vierge'>terre_vierge</a></span></p><p>Cette prise de conscience va inspirer de nombreuses études en sciences sociales, notamment sur le rôle central de la cartographie dans l’<span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/histoire_coloniale'>histoire_coloniale</a></span>. &#171;&nbsp;Elles montrent que, du XVIIe au XIXe siècle, la carte a servi à créer le mythe de la <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/terra_nullius'>terra_nullius</a></span>, la terre vierge inhabitée, pour justifier les <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/conqu%C3%AAtes_coloniales'>conquêtes_coloniales</a></span> en accréditant l’idée de territoires vides d’hommes et de femmes&nbsp;&#187;, explique Matthieu Noucher. Le chercheur s’est attaché à analyser le &#171;&nbsp;<span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/blanc_des_cartes'>blanc_des_cartes</a></span>&nbsp;&#187;, voire leur &#171;&nbsp;<span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/blanchiment'>blanchiment</a></span>&nbsp;&#187; lorsqu’il s’agit d’effacer les rares mentions de populations autochtones. Ainsi, en Guyane, une première carte française notifie, en 1732, la présence de &#171;&nbsp;nations indiennes&nbsp;&#187; sur le territoire, une formule remplacée trois décennies plus tard par la mention de &#171;&nbsp;belles et très fertiles plaines que doit habiter la nouvelle colonie française&nbsp;&#187;. Entre-temps, la France a perdu ses possessions canadiennes et a décidé de fonder une colonie de peuplement en Guyane.<br>L’approche critique ne se limite pas à questionner la carte comme représentation dominante. A partir des années 1970, l’outil lui-même est réinvesti par les communautés autochtones pour défendre leurs droits territoriaux face aux projets extractivistes. Pour les communautés locales d’Amérique du Sud, d’Asie, d’Afrique et d’Océanie, produire des cartes devient une stratégie de <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/r%C3%A9sistance'>résistance</a></span> à l’industrialisation des terres, comme en Colombie-Britannique (Canada) contre la construction de pipelines de gaz et de pétrole. En 1995, la sociologue américaine <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/nancy_lee_peluso'>Nancy_Lee_Peluso</a></span> forge le terme de &#171;&nbsp;<span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/contre-cartographie'>contre-cartographie</a></span>&nbsp;&#187; pour désigner cette production destinée à contester les structures de pouvoir.</p><p>Ces &#171;&nbsp;contre-cartes&nbsp;&#187; interrogent aussi la dimension culturelle des <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/m%C3%A9thodes'>méthodes</a></span> utilisées, et du même coup les frontières de la science occidentale. &#171;&nbsp;La contre-cartographie invite en effet à une <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/d%C3%A9colonisation'>décolonisation</a></span> des savoirs géographiques qui ne se matérialisent pas tous sous forme d’images. Ils peuvent se transmettre par la parole, le chant, la danse, la sculpture ou les rêves, intimement liés aux pratiques et aux territoires de la chasse ou de la pêche, souligne Irène Hirt, qui a accompagné des communautés mapuche au Chili et innu au Québec dans la reconstitution de leur milieu de vie. Loin d’être vides comme le disent les cartes, ces terres sont pleines de toponymes, de lieux de rassemblement ou de sépultures, de sentiers de portage et de routes de migration humaine et non humaine.&nbsp;&#187;</p><p>A l’aube des années 2000, la généralisation des outils numériques ouvre un nouveau chapitre. L’essor des techniques de la géomatique (systèmes d’information géographique – SIG –, GPS, télédétection, etc.) et l’accès à de larges bases de données transforment profondément la cartographie conventionnelle. La géovisualisation devient en quelques années l’alliée indispensable de l’organisation des territoires. &#171;&nbsp;Avec l’arrivée de l’application cartographique Google Maps en 2005, on a vu ressurgir une forme de croyance aveugle dans l’objectivité des données, et dans leur capacité à livrer en temps réel une image exacte du territoire&nbsp;&#187;, constate Matthieu Noucher.</p><p>Les algorithmes et leur vision du monde</p><p>Cette rupture renouvelle radicalement les enjeux de pouvoir. &#171;&nbsp;Pour prendre au sérieux la proposition de John Brian Harley, il faut désormais s’intéresser aux fonctionnements des <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/algorithmes'>algorithmes</a></span>, des <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/bases_de_donn%C3%A9es'>bases_de_données</a></span> et des applications&nbsp;&#187;, prévient le géographe. Et comprendre comment ces programmes, loin d’être neutres, imposent eux aussi une vision du monde. L’auteur de Blancs des cartes et boîtes noires algorithmiques (CNRS Editions, 2023) analyse les choix et les silences de modèles économiques fondés sur la publicité, qui &#171;&nbsp;conduisent à privilégier, par exemple, l’affichage des commerces et à ignorer les milieux vivants&nbsp;&#187;.</p><p>Le &#171;&nbsp;blanc des cartes&nbsp;&#187;, affirme Matthieu Noucher, prend un tout autre sens avec la personnalisation algorithmique et les bulles de filtre qui imposent désormais des réalités différentes selon le profil des utilisateurs, leur pays et leurs usages. Ainsi, Google Maps adapte son affichage en fonction du contexte politique et géographique du pays. &#171;&nbsp;Depuis la décision de Donald Trump de remplacer l’appellation &#8220;golfe du Mexique&#8221; par &#8220;golfe d’Amérique&#8221;, un écolier américain ne voit plus la même carte qu’un élève mexicain&nbsp;&#187;, regrette le géographe.</p><p>Cette personnalisation enferme les individus dans des visions fragmentées de l’espace, où commerces, infrastructures et frontières symboliques sont hiérarchisés différemment pour chacun. Ce basculement marque une rupture&nbsp;: &#171;&nbsp;En se substituant aux organismes nationaux et internationaux chargés de réguler les noms et les représentations des lieux, les grandes plateformes numériques imposent progressivement leurs propres logiques, souvent guidées par des intérêts économiques ou géopolitiques&nbsp;&#187;, alerte le chercheur. Alors que la carte constituait jusque-là un <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/bien_commun'>bien_commun</a></span> et un support partagé indispensable au débat démocratique, &#171;&nbsp;elle tend désormais à devenir un objet individualisé, soumis à une postsouveraineté cartographique dominée par les géants du numérique, au risque d’éroder toute représentation collective de l’espace&nbsp;&#187;.</p><p>Confrontées à ces évolutions, les approches critiques se sont, elles aussi, renouvelées. La démocratisation d’outils de plus en plus accessibles et participatifs a renforcé les pratiques alternatives. Lancé en 2004, le projet collaboratif de cartographie en ligne <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/openstreetmap'>OpenStreetMap</a></span>, créé et mis à jour par des bénévoles du monde entier, et dont les données géographiques sont ouvertes à tous, reste &#171;&nbsp;l’exemple le plus abouti de la contestation de la mainmise d’une multinationale comme <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/google'>Google</a></span> sur les représentations géographiques du monde&nbsp;&#187;, estime <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/nicolas_lambert'>Nicolas_Lambert</a></span>, ingénieur en sciences de l’information géographique au CNRS. Ce spécialiste de la <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/g%C3%A9ovisualisation'>géovisualisation</a></span> a rejoint Migreurop en 2009, un réseau d’experts et d’une cinquantaine d’associations de défense des droits humains, qui &#171;&nbsp;documente&nbsp;&#187; et &#171;&nbsp;dénonce&nbsp;&#187; les effets des politiques migratoires européennes à travers la publication d’atlas &#171;&nbsp;engagés&nbsp;&#187;.</p><p>Les initiatives de cartographie critique se développent aujourd’hui dans une grande diversité de contextes, d’échelles et de formes. Elles peuvent être individuelles ou collectives, concerner un quartier, un pays ou avoir une portée internationale, s’inscrire dans le cadre de travaux académiques, de luttes politiques ou d’enquêtes journalistiques, ou encore entremêler tout cela à la fois.<br>De nombreuses productions s’appuient sur des données statistiques, tandis que d’autres ont recours à des approches dites &#171;&nbsp;sensibles&nbsp;&#187;, qui visent à réinscrire les <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/exp%C3%A9riences_v%C3%A9cues'>expériences_vécues</a></span> au cœur des <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/repr%C3%A9sentations_spatiales'>représentations_spatiales</a></span>. Cette cartographie fondée sur les <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/sens'>sens</a></span> et les <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/%C3%A9motions'>émotions</a></span> s’est développée à travers les marches exploratoires de femmes, créées dans les années 1990 au Canada, à Toronto et à Montréal, puis organisées en France depuis une dizaine d’années. Angoisse, peur, sentiment de sécurité ou de confort deviennent autant d’éléments traduits en symboles graphiques. En rendant visibles les expériences de l’<span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/espace_public'>espace_public</a></span> différenciées selon le <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/genre'>genre</a></span>, ces marches ont fait de la carte un outil pour repenser l’aménagement urbain et lutter contre les violences, mais aussi un levier d’émancipation. &#171;&nbsp;S’inscrire dans l’espace symbolique de la carte revient à se réapproprier l’espace, à forcer la reconnaissance de soi et à exister aux yeux des autres&nbsp;&#187;, se réjouit l’historienne Nepthys Zwer, autrice de Pour un spatio-féminisme. De l’espace à la carte (La Découverte, 2024).</p><p>&#171;&nbsp;<span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/cartes_mentales'>Cartes_mentales</a></span>&nbsp;&#187; des émotions</p><p>Dans ce contexte, le recours à des modes d’expression créatifs (collage, dessin, broderie) facilite la participation de publics peu familiers des codes classiques. A Grenoble, des &#171;&nbsp;rencontres cartographiques&nbsp;&#187; entre migrants, chercheurs en sciences sociales et artistes, organisées dans les locaux de l’association Accueil Demandeurs d’asile, ont permis de collecter les récits de parcours migratoires par le dessin, la broderie et même la sculpture de l’argile à travers des &#171;&nbsp;cartes mentales&nbsp;&#187; des émotions, comme l’ont montré les travaux des géographes <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/sarah_mekdjian'>Sarah_Mekdjian</a></span> et <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/anne-laure_amilhat-szary'>Anne-Laure_Amilhat-Szary</a></span>.</p><p>Dans cette perspective, la <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/subjectivit%C3%A9'>subjectivité</a></span> de la démarche est clairement revendiquée. Mais ces approches soulèvent aussi des questions&nbsp;: que peuvent apporter ces représentations à des pratiques plus conventionnelles&nbsp;? Quelle place leur accorder dans une discipline formalisée&nbsp;?</p><p>&#171;&nbsp;Parce qu’elle légitime et réhabilite les attachements et l’expérience empirique qu’ont les individus d’un territoire, la contre-cartographie est forcément subjective, comme toute carte d’ailleurs&nbsp;&#187;, souligne Nepthys Zwer. Elle se réclame d’un double héritage&nbsp;: celui de John Brian Harley, pour qui la carte n’est jamais neutre, et celui de la philosophe féministe américaine <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/donna_haraway'>Donna_Haraway</a></span>, pour qui &#171;&nbsp;toute <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/objectivit%C3%A9'>objectivité</a></span> est toujours produite à partir d’un &#8220;<span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/savoir_situ%C3%A9'>savoir_situé</a></span>&#8221;&nbsp;&#187;. Pour autant, &#171;&nbsp;ces pratiques ne peuvent se réduire à un outil de lutte politique, prévient l’historienne. Elles font partie intégrante de la discipline qu’elles complètent et enrichissent, et doivent à ce titre être évaluées comme les autres&nbsp;&#187;.</p><p>C’est aussi l’avis de Philippe Rekacewicz, qui a choisi de son côté d’abandonner le terme de &#171;&nbsp;contre-cartographie&nbsp;&#187;, parce qu’il &#171;&nbsp;peut être interprété comme s’opposant à la cartographie conventionnelle&nbsp;&#187;. &#171;&nbsp;Or, nous utilisons les mêmes règles, nos méthodes d’enquête et d’entretien sont celles de la géographie qualitative et des sciences humaines en général. Ce qui change, c’est l’<span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/intention'>intention</a></span>, la volonté de déconstruire le discours du pouvoir et de rendre visible ce qu’il ne souhaite pas montrer&nbsp;&#187;, explique-t-il.</p><p>Néanmoins, pour Françoise Bahoken, il faut différencier les cartes des &#171;&nbsp;images et autres représentations de territoire&nbsp;&#187;. &#171;&nbsp;Certes, aucune représentation n’est objective par définition, mais la cartographie en tant que discipline scientifique s’appuie sur des théories et des méthodes, des dispositifs et des principes, et tend vers l’objectivité. Certaines approches ne sont pas scientifiques, ce qui ne veut pas dire qu’elles ne sont pas importantes, puisqu’elles permettent à des non-spécialistes de s’emparer des questions d’inégalité spatiale.&nbsp;&#187;</p><p>Planisphères et contre-cartes</p><p>Longtemps marginal, le mouvement commence à se faire une place à l’université. &#171;&nbsp;La cartographie critique fait l’objet de travaux académiques aujourd’hui largement reconnus et qui suscitent des vocations&nbsp;&#187;, affirme Nicolas Lambert. A l’université de Tours, un cursus de cartographie expérimentale a vu le jour au sein du département de géographie où des étudiants s’initient à des ateliers de <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/cartographie_sensible'>cartographie_sensible</a></span>, tandis que d’autres universités comme Bordeaux et Grenoble proposent, elles aussi, des ateliers.</p><p>De son côté, l’approche critique numérique fait l’objet d’un intérêt croissant, avec la prise de conscience de la puissance et de l’opacité des boîtes noires algorithmiques et du besoin de méthodes pour analyser leur fonctionnement. L’Agence nationale de la recherche finance désormais des projets dans ce domaine. &#171;&nbsp;Un vrai progrès&nbsp;&#187;, se réjouit Matthieu Noucher, qui anime un groupe de travail autour des approches critiques au sein du réseau Magis, principalement composé de géomaticiens, ces spécialistes des données et des systèmes d’information géographique, et premiers concepteurs de cartes. &#171;&nbsp;Jusque-là, les acteurs de la cartographie critique et ceux de la production de cartes officielles ne se parlaient pas beaucoup. Le principal enjeu aujourd’hui est de faire dialoguer les points de vue pour enrichir les modes de représentation&nbsp;&#187;, souligne le géographe.</p><p>Le chercheur prépare, pour juin, à Bordeaux, une exposition à la croisée des arts et des sciences, qui fera dialoguer différentes représentations spatiales de la planète&nbsp;: des planisphères et des contre-cartes des Attikamek du Québec, des globes terrestres numériques à la manière de Google Earth et des sculptures de communautés autochtones kali’na de Guyane. Une autre façon de construire des ponts entre différentes visions du monde. </p></blockquote><p><span class='lien_lien'><span class='lien_lien_total'><a href='https://seenthis.net/sites/7282461336008243113'>▻</a></span><a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/01/02/comment-les-cartes-sont-devenues-des-contre-pouvoirs-pour-redessiner-le-monde_6660321_3232.html" class='spip_out' title="Comment les cartes sont devenues des contre-pouvoirs pour redessiner le monde" hreflang="fr"><span class='lien_court'><span class='lien_protocol'>https://</span><span class='lien_racine'><span class='lien_host'><span class='lien_www'>www.</span>lemonde.fr</span>/</span><span class='lien_off'>idees/</span><span class='lien_off'>article/</span><span class='lien_off'>2026/</span><span class='lien_off'>01/</span><span class='lien_off'>02/</span><span class='lien_fin'><span class='lien_fin_coupee'>comment-les-cartes-sont-devenue</span><span class='lien_fin_cachee'>s-des-contre-pouvoirs-pour-redessiner-le-mond</span></span></span></a></span><br><span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/cartographie'>cartographie</a></span> <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/visualisation'>visualisation</a></span> <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/cartographie_radicale'>cartographie_radicale</a></span> <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/cartographie_critique'>cartographie_critique</a></span> <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/pouvoir'>pouvoir</a></span> <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/performativit%C3%A9'>performativité</a></span><br>ping <span class='lien_people'>@<a href='https://seenthis.net/people/visionscarto'>visionscarto</a></span> <span class='lien_people'>@<a href='https://seenthis.net/people/reka'>reka</a></span><br>via <span class='lien_people'>@<a href='https://seenthis.net/people/karine4'>karine4</a></span></p></div>]]></content>
	
	<link rel="related" href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/01/02/comment-les-cartes-sont-devenues-des-contre-pouvoirs-pour-redessiner-le-monde_6660321_3232.html" title="Comment les cartes sont devenues des contre-pouvoirs pour redessiner le monde" hreflang="fr"/>
	
	
	<category term="cartes" label="cartes" scheme="https://seenthis.net/tag/cartes"/>
	<category term="contre-pouvoirs" label="contre-pouvoirs" scheme="https://seenthis.net/tag/contre-pouvoirs"/>
	<category term="dessins" label="dessins" scheme="https://seenthis.net/tag/dessins"/>
	<category term="r&#233;cits" label="r&#233;cits" scheme="https://seenthis.net/tag/r%C3%A9cits"/>
	<category term="Fr&#233;d&#233;ric_Barbe" label="Fr&#233;d&#233;ric_Barbe" scheme="https://seenthis.net/tag/fr%C3%A9d%C3%A9ric_barbe"/>
	<category term="for&#234;t" label="for&#234;t" scheme="https://seenthis.net/tag/for%C3%AAt"/>
	<category term="cartes_de_r&#233;sistance" label="cartes_de_r&#233;sistance" scheme="https://seenthis.net/tag/cartes_de_r%C3%A9sistance"/>
	<category term="territoire" label="territoire" scheme="https://seenthis.net/tag/territoire"/>
	<category term="&#233;ducation_populaire" label="&#233;ducation_populaire" scheme="https://seenthis.net/tag/%C3%A9ducation_populaire"/>
	<category term="Philippe_Rekacewicz" label="Philippe_Rekacewicz" scheme="https://seenthis.net/tag/philippe_rekacewicz"/>
	<category term="justice_spatiale" label="justice_spatiale" scheme="https://seenthis.net/tag/justice_spatiale"/>
	<category term="contre-cartographie" label="contre-cartographie" scheme="https://seenthis.net/tag/contre-cartographie"/>
	<category term="pouvoir_des_cartes" label="pouvoir_des_cartes" scheme="https://seenthis.net/tag/pouvoir_des_cartes"/>
	<category term="Ir&#232;ne_Hirt" label="Ir&#232;ne_Hirt" scheme="https://seenthis.net/tag/ir%C3%A8ne_hirt"/>
	<category term="Fran&#231;oise_Bahoken" label="Fran&#231;oise_Bahoken" scheme="https://seenthis.net/tag/fran%C3%A7oise_bahoken"/>
	<category term="Ernest_George_Ravenstein" label="Ernest_George_Ravenstein" scheme="https://seenthis.net/tag/ernest_george_ravenstein"/>
	<category term="Du_Bois" label="Du_Bois" scheme="https://seenthis.net/tag/du_bois"/>
	<category term="David_Harvey" label="David_Harvey" scheme="https://seenthis.net/tag/david_harvey"/>
	<category term="William_Bunge" label="William_Bunge" scheme="https://seenthis.net/tag/william_bunge"/>
	<category term="g&#233;ographie_radicale" label="g&#233;ographie_radicale" scheme="https://seenthis.net/tag/g%C3%A9ographie_radicale"/>
	<category term="in&#233;galit&#233;s_spatiales" label="in&#233;galit&#233;s_spatiales" scheme="https://seenthis.net/tag/in%C3%A9galit%C3%A9s_spatiales"/>
	<category term="Gwendolyn_Warren" label="Gwendolyn_Warren" scheme="https://seenthis.net/tag/gwendolyn_warren"/>
	<category term="logiques_spatiales" label="logiques_spatiales" scheme="https://seenthis.net/tag/logiques_spatiales"/>
	<category term="exp&#233;ditions_g&#233;ographiques" label="exp&#233;ditions_g&#233;ographiques" scheme="https://seenthis.net/tag/exp%C3%A9ditions_g%C3%A9ographiques"/>
	<category term="John_Brian_Harley" label="John_Brian_Harley" scheme="https://seenthis.net/tag/john_brian_harley"/>
	<category term="rapports_de_pouvoir" label="rapports_de_pouvoir" scheme="https://seenthis.net/tag/rapports_de_pouvoir"/>
	<category term="imaginaires" label="imaginaires" scheme="https://seenthis.net/tag/imaginaires"/>
	<category term="repr&#233;sentations" label="repr&#233;sentations" scheme="https://seenthis.net/tag/repr%C3%A9sentations"/>
	<category term="Matthieu_Noucher" label="Matthieu_Noucher" scheme="https://seenthis.net/tag/matthieu_noucher"/>
	<category term="terre_vierge" label="terre_vierge" scheme="https://seenthis.net/tag/terre_vierge"/>
	<category term="histoire_coloniale" label="histoire_coloniale" scheme="https://seenthis.net/tag/histoire_coloniale"/>
	<category term="terra_nullius" label="terra_nullius" scheme="https://seenthis.net/tag/terra_nullius"/>
	<category term="conqu&#234;tes_coloniales" label="conqu&#234;tes_coloniales" scheme="https://seenthis.net/tag/conqu%C3%AAtes_coloniales"/>
	<category term="blanc_des_cartes" label="blanc_des_cartes" scheme="https://seenthis.net/tag/blanc_des_cartes"/>
	<category term="blanchiment" label="blanchiment" scheme="https://seenthis.net/tag/blanchiment"/>
	<category term="r&#233;sistance" label="r&#233;sistance" scheme="https://seenthis.net/tag/r%C3%A9sistance"/>
	<category term="Nancy_Lee_Peluso" label="Nancy_Lee_Peluso" scheme="https://seenthis.net/tag/nancy_lee_peluso"/>
	<category term="m&#233;thodes" label="m&#233;thodes" scheme="https://seenthis.net/tag/m%C3%A9thodes"/>
	<category term="d&#233;colonisation" label="d&#233;colonisation" scheme="https://seenthis.net/tag/d%C3%A9colonisation"/>
	<category term="algorithmes" label="algorithmes" scheme="https://seenthis.net/tag/algorithmes"/>
	<category term="bases_de_donn&#233;es" label="bases_de_donn&#233;es" scheme="https://seenthis.net/tag/bases_de_donn%C3%A9es"/>
	<category term="bien_commun" label="bien_commun" scheme="https://seenthis.net/tag/bien_commun"/>
	<category term="OpenStreetMap" label="OpenStreetMap" scheme="https://seenthis.net/tag/openstreetmap"/>
	<category term="Google" label="Google" scheme="https://seenthis.net/tag/google"/>
	<category term="Nicolas_Lambert" label="Nicolas_Lambert" scheme="https://seenthis.net/tag/nicolas_lambert"/>
	<category term="g&#233;ovisualisation" label="g&#233;ovisualisation" scheme="https://seenthis.net/tag/g%C3%A9ovisualisation"/>
	<category term="exp&#233;riences_v&#233;cues" label="exp&#233;riences_v&#233;cues" scheme="https://seenthis.net/tag/exp%C3%A9riences_v%C3%A9cues"/>
	<category term="repr&#233;sentations_spatiales" label="repr&#233;sentations_spatiales" scheme="https://seenthis.net/tag/repr%C3%A9sentations_spatiales"/>
	<category term="sens" label="sens" scheme="https://seenthis.net/tag/sens"/>
	<category term="&#233;motions" label="&#233;motions" scheme="https://seenthis.net/tag/%C3%A9motions"/>
	<category term="espace_public" label="espace_public" scheme="https://seenthis.net/tag/espace_public"/>
	<category term="genre" label="genre" scheme="https://seenthis.net/tag/genre"/>
	<category term="Cartes_mentales" label="Cartes_mentales" scheme="https://seenthis.net/tag/cartes_mentales"/>
	<category term="Sarah_Mekdjian" label="Sarah_Mekdjian" scheme="https://seenthis.net/tag/sarah_mekdjian"/>
	<category term="Anne-Laure_Amilhat-Szary" label="Anne-Laure_Amilhat-Szary" scheme="https://seenthis.net/tag/anne-laure_amilhat-szary"/>
	<category term="subjectivit&#233;" label="subjectivit&#233;" scheme="https://seenthis.net/tag/subjectivit%C3%A9"/>
	<category term="Donna_Haraway" label="Donna_Haraway" scheme="https://seenthis.net/tag/donna_haraway"/>
	<category term="objectivit&#233;" label="objectivit&#233;" scheme="https://seenthis.net/tag/objectivit%C3%A9"/>
	<category term="savoir_situ&#233;" label="savoir_situ&#233;" scheme="https://seenthis.net/tag/savoir_situ%C3%A9"/>
	<category term="intention" label="intention" scheme="https://seenthis.net/tag/intention"/>
	<category term="cartographie_sensible" label="cartographie_sensible" scheme="https://seenthis.net/tag/cartographie_sensible"/>
	<category term="cartographie" label="cartographie" scheme="https://seenthis.net/tag/cartographie"/>
	<category term="visualisation" label="visualisation" scheme="https://seenthis.net/tag/visualisation"/>
	<category term="cartographie_radicale" label="cartographie_radicale" scheme="https://seenthis.net/tag/cartographie_radicale"/>
	<category term="cartographie_critique" label="cartographie_critique" scheme="https://seenthis.net/tag/cartographie_critique"/>
	<category term="pouvoir" label="pouvoir" scheme="https://seenthis.net/tag/pouvoir"/>
	<category term="performativit&#233;" label="performativit&#233;" scheme="https://seenthis.net/tag/performativit%C3%A9"/>
</entry>

	<entry>
	<id>urn:uuid:68ab0dc6-b27c-430d-81ee-35dd455d2bb7</id>
	<title>*L'intersectionnalit&#233;, de quoi parle-t-on ?*</title>
	<author>
		<name>CDB_77  (@cdb_77)</name>
		<uri>https://seenthis.net/people/cdb_77</uri>
		<email>cdb_77@seenthis.net</email>
		
	</author>
	<published>2025-08-24T13:04:06Z</published>
	<updated>2025-08-24T15:08:42Z</updated>
	
	 <link href="https://seenthis.net/messages/1131355" />
	
	<link rel="edit" href="https://seenthis.net/api/messages/1131355"/>
	<summary><![CDATA[*L’#intersectionnalité, de quoi parle-t-on ?* 
https://pixelfed.zoo-logique.org/storage/m/_v2/578583396227231930/33cc9b949-339791/paf799OakjR4/n7CjiqIf27mO7CIbvN5QqVbCEM2lh8f2m0NDyie5.jpg
❝Le #concept d’« intersectionnalité » peut apporter un nouvel éclairage sur les multiples réalités étudiantes, en transformant les perceptions et la compréhension des enjeux actuels (Fauteux, 2017).

Au sens littéral, l’inter-sectionnalité constitue le point d’intersection des #appartenances_identitaires d’un individu. Il ne s’agit pas d’une addition des identités, mais de l’#entrecroisement ou de l’#imbrication des #catégories_sociales comme le genre, l’appartenance à un groupe racisé ou la classe (Harper et Kurtzman, 2014; Hill Collins et Bilge, 2020).

Une expérience indivisible

Selon la perspective intersectionnelle, les différentes réalités ne sont pas hiérarchisées entre elles : l’expérience d’une personne étudiante qui vit du racisme est aussi valide que celle qui vit de l’homophobie. De plus, alors que les actions antidiscriminatoires se concentrent souvent sur une seule discrimination (le sexisme vécu par des étudiantes, par exemple), une perspective intersectionnelle tient compte du fait que plusieurs formes de #discriminations (comme l’homophobie, le racisme, le sexisme) peuvent être vécues au même moment dans la vie d’une personne (Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, 2020).

L’émergence d’une pensée intersectionnelle remonte au tournant du vingtième siècle, au moment où s’est révélée la complexité des systèmes d’oppression sur la population afro-américaine (Harper et Kurtzman, 2014). C’est toutefois au tournant des années 1990 que le terme « intersectionnalité » a été utilisé afin d’illustrer la situation des femmes afro-américaines et de mettre de l’avant le caractère indivisible de la personne et de son expérience, au fondement de l’interdépendance des catégories sociales (#genre, #classe, #handicap, etc.).

Au Québec, vingt ans plus tard, la notion d’intersectionnalité a été reprise pour rendre compte des différentes #expériences_vécues par les femmes (Bilge, 2009; Juteau, 2010) : une femme blanche scolarisée ne vit pas la même réalité qu’une femme immigrante, par exemple.

Un outil d’analyse des #inégalités

En plus d’être une théorie interdisciplinaire, l’intersectionnalité est un outil d’analyse (Lépinard et Mazouz, 2021) qui permet de mieux comprendre comment les #identités — le genre, la classe sociale, l’âge, l’origine ethnoculturelle, le handicap, etc. — se chevauchent et interagissent de manière simultanée pour produire et maintenir des inégalités (Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, 2020).

Une vision intersectionnelle envisage donc les inégalités comme étant le produit du #croisement de différentes situations sociales, de relations de pouvoir et d’expériences (ibid.).

---



L’approche intersectionnelle opère à deux niveaux :

 -   Microsocial: en interrogeant les effets des inégalités sur les vies individuelles, ainsi que les configurations uniques découlant de l’interaction des appartenances identitaires ;
 -   Macrosocial: en s’intéressant aux manières dont les systèmes de pouvoir, tels que les institutions économiques, religieuses et gouvernementales, les lois, les politiques ou encore les médias participent à la (re)production des inégalités (Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, 2020).

L’analyse intersectionnelle peut aller plus loin en prenant en compte quatre dimensions de la vie sociale :

–Organisationnelle, qui renvoie aux organisations sociales, politiques et économiques ;

–Intersubjective, qui fait référence aux relations interpersonnelles dans des situations formelles ou informelles ;

–Expérientielle, qui désigne l’expérience subjective des personnes, la manière dont elles se perçoivent et leurs attitudes avec les autres ;

–Représentationnelle, qui renvoie au cadre de référence à partir duquel les individus et les groupes se représentent eux-mêmes et le monde (ibid.).

---

La notion de « #privilège » (voir la figure La #roue de l’intersectionnalité) réfère quant à elle à un avantage octroyé à une personne ou à un groupe de personnes en fonction de l’identité ou du statut dans la société et la valeur qu’on lui donne (l’orientation sexuelle, la présence ou l’absence de handicap, l’appartenance à un groupe majoritaire ou minoritaire, etc.) (Collège Ahuntsic, 2022).

Une capacité d’agir

L’approche intersectionnelle présente un intérêt pour les équipes professionnelles et d’intervention des établissements d’enseignement supérieur en rendant visible « la diversité de l’ensemble du public cible de l’éducation inclusive » (Bauer et Borri-Anadon, 2021).

Sur le plan du sentiment d’appartenance, le partage des expériences contribue à relier et à tisser des solidarités (Fauteux, 2017). En effet, la perspective intersectionnelle inclut la capacité des personnes à se solidariser sur la base de leurs expériences identitaires et à développer des stratégies communes (Pagé, 2014). Cette capacité d’action mobilisatrice, malgré le poids des obstacles et des discriminations, est d’ailleurs au cœur des principes fondateurs de l’intersectionnalité : les femmes afro-américaines ont été des leaders de leurs communautés en créant des mouvements de reprise de pouvoir (Harper, 2013).

Références

Bauer, S. et Borri-Anadon, C. (2021). De la reconnaissance à l’invisibilisation : une modélisation des enjeux conceptuels de la diversité en éducation inclusive. Alterstice : revue internationale de la recherche interculturelle, 10(2), 45‑55.

Bilge, S. (2009). Théorisations féministes de l’intersectionnalité. Diogène, 225(1), 70‑88.

Collège Ahuntsic (2022). Portail (auto)éducatif EDI. Je te vois, je t’entends, je t’écoute.

Duckworth, S. (2020). Wheel of Power/Privilege [image en ligne]. Instagram.

Fauteux, J. (2017). Vers de nouvelles pratiques intersectionnelles : quand parcours migratoire se conjugue avec situation de handicap [mémoire de maitrise, Université de Sherbrooke]. Savoirs UdeS.

Harper, E. (2013). Ancrages théoriques entre l’intersectionnalité et les pratiques narratives en travail social. Dans E. Harper et H. Dorvil (dir.), Le travail social. Théories, méthodologies et pratiques (p. 47‑78). Presses de l’Université du Québec.

Harper, E. et Kurtzman, L. (2014). Intersectionnalité : regards théoriques et usages en recherche et en intervention féministes : présentation du dossier. Nouvelles pratiques sociales, 26(2), 15‑27.

Hill Collins, P. et Bilge, S. (2020). Intersectionality (2e éd.). Wiley.

Juteau, D. (2010). « Nous » les femmes : sur l’indissociable homogénéité et hétérogénéité de la catégorie. L’Homme & la Société, 176‑177(2‑3), 65‑81.

Lépinard, É. et Mazouz, S. (2021). Pour l’intersectionnalité. Éditions Anamosa.

Pagé, G. (2014). Sur l’indivisibilité de la justice sociale ou Pourquoi le mouvement féministe québécois ne peut faire l’économie d’une analyse intersectionnelle. Nouvelles pratiques sociales, 26(2), 200‑217.

Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (2020). L’intersectionnalité [vidéo].❞


https://oresquebec.ca/article-de-dossiers/notions-cles/lintersectionnalite-de-quoi-parle-t-on/

#infographie]]></summary>
	<content type="html"><![CDATA[<div><p><strong>L’<span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/intersectionnalit%C3%A9'>intersectionnalité</a></span>, de quoi parle-t-on&nbsp;?</strong><br><div class='seenthis_pics seenthis_pics_1'><a onclick='return false;' href='https://pixelfed.zoo-logique.org/storage/m/_v2/578583396227231930/33cc9b949-339791/paf799OakjR4/n7CjiqIf27mO7CIbvN5QqVbCEM2lh8f2m0NDyie5.jpg' class='display_box'><span class='image' style='padding-bottom:109.51871657754%'><img src='https://seenthis.net/local/cache-vignettes/L600xH657/n7CjiqIf27mO7CIb-ca7b7579-1e713.jpg' alt='' data-photo='https://pixelfed.zoo-logique.org/storage/m/_v2/578583396227231930/33cc9b949-339791/paf799OakjR4/n7CjiqIf27mO7CIbvN5QqVbCEM2lh8f2m0NDyie5.jpg' data-photo-h='1024' data-photo-w='935' /></span><span class="lien_court"><span class="lien_off"> https://pixelfed.zoo-logique.org/storage/m/_v2/578583396227231930/33cc9b949-339791/paf799OakjR4/n7CjiqIf27mO7CIbvN5QqVbCEM2lh8f2m0NDyie5.jpg </span></span></a></div></p><blockquote lang="fr" dir="ltr"><p> Le <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/concept'>concept</a></span> d’&#171;&nbsp;intersectionnalité&nbsp;&#187; peut apporter un nouvel éclairage sur les multiples réalités étudiantes, en transformant les perceptions et la compréhension des enjeux actuels (Fauteux, 2017).</p><p>Au sens littéral, l’inter-sectionnalité constitue le point d’intersection des <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/appartenances_identitaires'>appartenances_identitaires</a></span> d’un individu. Il ne s’agit pas d’une addition des identités, mais de l’<span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/entrecroisement'>entrecroisement</a></span> ou de l’<span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/imbrication'>imbrication</a></span> des <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/cat%C3%A9gories_sociales'>catégories_sociales</a></span> comme le genre, l’appartenance à un groupe racisé ou la classe (Harper et Kurtzman, 2014&nbsp;; Hill Collins et Bilge, 2020).</p><p>Une expérience indivisible</p><p>Selon la perspective intersectionnelle, les différentes réalités ne sont pas hiérarchisées entre elles&nbsp;: l’expérience d’une personne étudiante qui vit du racisme est aussi valide que celle qui vit de l’homophobie. De plus, alors que les actions antidiscriminatoires se concentrent souvent sur une seule discrimination (le sexisme vécu par des étudiantes, par exemple), une perspective intersectionnelle tient compte du fait que plusieurs formes de <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/discriminations'>discriminations</a></span> (comme l’homophobie, le racisme, le sexisme) peuvent être vécues au même moment dans la vie d’une personne (Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, 2020).</p><p>L’émergence d’une pensée intersectionnelle remonte au tournant du vingtième siècle, au moment où s’est révélée la complexité des systèmes d’oppression sur la population afro-américaine (Harper et Kurtzman, 2014). C’est toutefois au tournant des années 1990 que le terme &#171;&nbsp;intersectionnalité&nbsp;&#187; a été utilisé afin d’illustrer la situation des femmes afro-américaines et de mettre de l’avant le caractère indivisible de la personne et de son expérience, au fondement de l’interdépendance des catégories sociales (<span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/genre'>genre</a></span>, <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/classe'>classe</a></span>, <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/handicap'>handicap</a></span>, etc.).</p><p>Au Québec, vingt ans plus tard, la notion d’intersectionnalité a été reprise pour rendre compte des différentes <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/exp%C3%A9riences_v%C3%A9cues'>expériences_vécues</a></span> par les femmes (Bilge, 2009&nbsp;; Juteau, 2010)&nbsp;: une femme blanche scolarisée ne vit pas la même réalité qu’une femme immigrante, par exemple.</p><p>Un outil d’analyse des <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/in%C3%A9galit%C3%A9s'>inégalités</a></span></p><p>En plus d’être une théorie interdisciplinaire, l’intersectionnalité est un outil d’analyse (Lépinard et Mazouz, 2021) qui permet de mieux comprendre comment les <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/identit%C3%A9s'>identités</a></span> &mdash; le genre, la classe sociale, l’âge, l’origine ethnoculturelle, le handicap, etc. &mdash; se chevauchent et interagissent de manière simultanée pour produire et maintenir des inégalités (Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, 2020).</p><p>Une vision intersectionnelle envisage donc les inégalités comme étant le produit du <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/croisement'>croisement</a></span> de différentes situations sociales, de relations de pouvoir et d’expériences (ibid.).</p><p>–&mdash;</p><p>L’approche intersectionnelle opère à deux niveaux&nbsp;:</p><p> -   Microsocial&nbsp;: en interrogeant les effets des inégalités sur les vies individuelles, ainsi que les configurations uniques découlant de l’interaction des appartenances identitaires&nbsp;;<br> -   Macrosocial&nbsp;: en s’intéressant aux manières dont les systèmes de pouvoir, tels que les institutions économiques, religieuses et gouvernementales, les lois, les politiques ou encore les médias participent à la (re)production des inégalités (Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, 2020).</p><p>L’analyse intersectionnelle peut aller plus loin en prenant en compte quatre dimensions de la vie sociale&nbsp;:</p><p>–Organisationnelle, qui renvoie aux organisations sociales, politiques et économiques&nbsp;;</p><p>–Intersubjective, qui fait référence aux relations interpersonnelles dans des situations formelles ou informelles&nbsp;;</p><p>–Expérientielle, qui désigne l’expérience subjective des personnes, la manière dont elles se perçoivent et leurs attitudes avec les autres&nbsp;;</p><p>–Représentationnelle, qui renvoie au cadre de référence à partir duquel les individus et les groupes se représentent eux-mêmes et le monde (ibid.).</p><p>–&mdash;</p><p>La notion de &#171;&nbsp;<span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/privil%C3%A8ge'>privilège</a></span>&nbsp;&#187; (voir la figure La <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/roue'>roue</a></span> de l’intersectionnalité) réfère quant à elle à un avantage octroyé à une personne ou à un groupe de personnes en fonction de l’identité ou du statut dans la société et la valeur qu’on lui donne (l’orientation sexuelle, la présence ou l’absence de handicap, l’appartenance à un groupe majoritaire ou minoritaire, etc.) (Collège Ahuntsic, 2022).</p><p>Une capacité d’agir</p><p>L’approche intersectionnelle présente un intérêt pour les équipes professionnelles et d’intervention des établissements d’enseignement supérieur en rendant visible &#171;&nbsp;la diversité de l’ensemble du public cible de l’éducation inclusive&nbsp;&#187; (Bauer et Borri-Anadon, 2021).</p><p>Sur le plan du sentiment d’appartenance, le partage des expériences contribue à relier et à tisser des solidarités&nbsp;(Fauteux, 2017). En effet, la perspective intersectionnelle inclut la capacité des personnes à se solidariser sur la base de leurs expériences identitaires et à développer des stratégies communes (Pagé, 2014). Cette capacité d’action mobilisatrice, malgré le poids des obstacles et des discriminations, est d’ailleurs au cœur des principes fondateurs de l’intersectionnalité&nbsp;: les femmes afro-américaines ont été des leaders de leurs communautés en créant des mouvements de reprise de pouvoir (Harper, 2013).</p><p>Références</p><p>Bauer, S. et Borri-Anadon, C. (2021). De la reconnaissance à l’invisibilisation &nbsp;: une modélisation des enjeux conceptuels de la diversité en éducation inclusive. Alterstice &nbsp;: revue internationale de la recherche interculturelle, 10(2), 45‑55.</p><p>Bilge, S. (2009). Théorisations féministes de l’intersectionnalité. Diogène, 225(1), 70‑88.</p><p>Collège Ahuntsic (2022). Portail (auto)éducatif EDI. Je te vois, je t’entends, je t’écoute.</p><p>Duckworth, S. (2020). Wheel of Power/Privilege [image en ligne]. Instagram.</p><p>Fauteux, J. (2017). Vers de nouvelles pratiques intersectionnelles &nbsp;: quand parcours migratoire se conjugue avec situation de handicap [mémoire de maitrise, Université de Sherbrooke]. Savoirs UdeS.</p><p>Harper, E. (2013). Ancrages théoriques entre l’intersectionnalité et les pratiques narratives en travail social. Dans E. Harper et H. Dorvil (dir.), Le travail social. Théories, méthodologies et pratiques (p. 47‑78). Presses de l’Université du Québec.</p><p>Harper, E. et Kurtzman, L. (2014). Intersectionnalité &nbsp;: regards théoriques et usages en recherche et en intervention féministes &nbsp;: présentation du dossier. Nouvelles pratiques sociales, 26(2), 15‑27.</p><p>Hill Collins, P. et Bilge, S. (2020). Intersectionality (2e éd.). Wiley.</p><p>Juteau, D. (2010). &#171;&nbsp;Nous&nbsp;&#187; les femmes&nbsp;: sur l’indissociable homogénéité et hétérogénéité de la catégorie. L’Homme &amp; la Société, 176‑177(2‑3), 65‑81.</p><p>Lépinard, É. et Mazouz, S. (2021). Pour l’intersectionnalité. Éditions Anamosa.</p><p>Pagé, G. (2014). Sur l’indivisibilité de la justice sociale ou Pourquoi le mouvement féministe québécois ne peut faire l’économie d’une analyse intersectionnelle. Nouvelles pratiques sociales, 26(2), 200‑217.</p><p>Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (2020). L’intersectionnalité [vidéo]. </p></blockquote><p><span class='lien_lien'><span class='lien_lien_total'><a href='https://seenthis.net/sites/7282461336008193628'>▻</a></span><a href="https://oresquebec.ca/article-de-dossiers/notions-cles/lintersectionnalite-de-quoi-parle-t-on/" class='spip_out'><span class='lien_court'><span class='lien_protocol'>https://</span><span class='lien_racine'><span class='lien_host'>oresquebec.ca</span>/</span><span class='lien_off'>article-de-dossiers/</span><span class='lien_off'>notions-cles/</span><span class='lien_fin'><span class='lien_fin_coupee'>lintersectionnalite-de-quoi-</span><span class='lien_fin_cachee'>parle-t-on</span></span></span></a></span></p><p><span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/infographie'>infographie</a></span></p></div>]]></content>
	
	<link rel="related" href="https://oresquebec.ca/article-de-dossiers/notions-cles/lintersectionnalite-de-quoi-parle-t-on" hreflang="fr"/>
	
	<link rel="related" href="https://pixelfed.zoo-logique.org/storage/m/_v2/578583396227231930/33cc9b949-339791/paf799OakjR4/n7CjiqIf27mO7CIbvN5QqVbCEM2lh8f2m0NDyie5.jpg" hreflang="fr"/>
	
	
	<category term="infographie" label="infographie" scheme="https://seenthis.net/tag/infographie"/>
	<category term="privil&#232;ge" label="privil&#232;ge" scheme="https://seenthis.net/tag/privil%C3%A8ge"/>
	<category term="roue" label="roue" scheme="https://seenthis.net/tag/roue"/>
	<category term="croisement" label="croisement" scheme="https://seenthis.net/tag/croisement"/>
	<category term="identit&#233;s" label="identit&#233;s" scheme="https://seenthis.net/tag/identit%C3%A9s"/>
	<category term="exp&#233;riences_v&#233;cues" label="exp&#233;riences_v&#233;cues" scheme="https://seenthis.net/tag/exp%C3%A9riences_v%C3%A9cues"/>
	<category term="in&#233;galit&#233;s" label="in&#233;galit&#233;s" scheme="https://seenthis.net/tag/in%C3%A9galit%C3%A9s"/>
	<category term="handicap" label="handicap" scheme="https://seenthis.net/tag/handicap"/>
	<category term="genre" label="genre" scheme="https://seenthis.net/tag/genre"/>
	<category term="classe" label="classe" scheme="https://seenthis.net/tag/classe"/>
	<category term="imbrication" label="imbrication" scheme="https://seenthis.net/tag/imbrication"/>
	<category term="cat&#233;gories_sociales" label="cat&#233;gories_sociales" scheme="https://seenthis.net/tag/cat%C3%A9gories_sociales"/>
	<category term="discriminations" label="discriminations" scheme="https://seenthis.net/tag/discriminations"/>
	<category term="appartenances_identitaires" label="appartenances_identitaires" scheme="https://seenthis.net/tag/appartenances_identitaires"/>
	<category term="entrecroisement" label="entrecroisement" scheme="https://seenthis.net/tag/entrecroisement"/>
	<category term="intersectionnalit&#233;" label="intersectionnalit&#233;" scheme="https://seenthis.net/tag/intersectionnalit%C3%A9"/>
	<category term="concept" label="concept" scheme="https://seenthis.net/tag/concept"/>
</entry>

	<entry>
	<id>urn:uuid:67514cee-258c-4f0f-bbc0-678c5470607c</id>
	<title>*&#034;Le travail de m&#233;moire est une &#233;tape fondamentale dans la reconstruction de soi.&#034;* &#10077;Ren&#233;e&#8230;</title>
	<author>
		<name>CDB_77  (@cdb_77)</name>
		<uri>https://seenthis.net/people/cdb_77</uri>
		<email>cdb_77@seenthis.net</email>
		
	</author>
	<published>2024-12-05T06:49:18Z</published>
	<updated>2024-12-05T06:49:18Z</updated>
	
	 <link href="https://seenthis.net/messages/1086176" />
	
	<link rel="edit" href="https://seenthis.net/api/messages/1086176"/>
	<summary>*"Le travail de mémoire est une étape fondamentale dans la reconstruction de soi."* 



❝Renée Dickason, professeure en civilisation et histoire contemporaine à l'Université Rennes 2, porte le projet aLPHa, lauréat en février 2023 de l'appel émergence TISSAGE. Ce financement va permettre de franchir une première étape dans l'impulsion d'un projet de création de #Mémorial vivant virtuel des survivant·es de viol(ence)s, sous le patronage du Pr. Dr. #Denis_Mukwege, prix Nobel de la Paix et Docteur Honoris Causa de l’Université Rennes 2.


Votre projet, aLPHa, est lauréat de l'appel émergence TISSAGE (https://www.univ-rennes.fr/saps-tissage). C'est le premier jalon d'un projet plus vaste de création de « Mémorial vivant virtuel des survivant·es de viol(ence)s », sous le patronage du Pr. Dr. Denis Mukwege, prix Nobel de la Paix. De quoi s’agit-il précisément ?

Renée Dickason. Notre projet porte sur une réalité sociale lourde : les viols et les #violences faites aux femmes, aux enfants, aux vulnérables, abordés à travers les #témoignages de survivant·e·s (terme de Denis Mukwege) dans des situations de #guerres, de #conflits et de #paix.

Face à ce problème de société prégnant, aux enjeux multiples, nous avons souhaité développer un agir collectif qui fasse société en nous concentrant sur la #libération_des_paroles, le #recueil des #mots substantialisant les #maux et la nécessaire #mise_en_mémoire de ces témoignages dans l’écriture d’une histoire singulière, plurielle et tout à la fois universelle.

C’est dans ce cadre que nous avons déposé une réponse à l’appel à projets « émergence » de recherches participatives TISSAGE (Triptyque Science Société pour Agir Ensemble) : le projet aLPHa, qui a été retenu par le jury. Suite à la signature d’une convention bipartite, il est prévu que nous bénéficions d’un accompagnement financier d’amorçage d’un montant de 3 000 euros.

aLPHa s’inscrit dans une dynamique globale autour de la lutte contre les #violences_genrées, en particulier celles à l’encontre des femmes, quel que soit le contexte culturel, géopolitique, social ou sociétal considéré, le phénomène étant universel.

aLPHa a été imaginé comme un laboratoire co-partenarial d’expérimentations à ciel ouvert, qui constitue, en effet, un premier jalon, assez modeste car naissant, mais utile pour impulser un projet d’une envergure plus large qui nécessitera des financements pérennes, celui de la création progressive d’un Mémorial vivant virtuel des survivant·e·s de viol(ence)s, sous le patronage du Pr. Dr. Denis Mukwege, prix Nobel de la Paix et Docteur Honoris Causa de l’Université Rennes 2 (octobre 2022).

Dans le cadre du projet aLPHa, nous espérons tisser des liens, recueillir des soutiens et ouvrir nos collaborations à des acteurs locaux et régionaux de la société civile, à des associations sur les droits humains et/ou qui interviennent à différents stades de la #réparation, de la #reconstruction ou de l’#accompagnement des #victimes / survivant·e·s de viol(ence)s, ou encore à des entreprises responsables et sincères, des responsables du secteur privé sur le territoire breton et des élus locaux…

Phénomènes malheureusement universels, les violences sexuelles sont des expériences banalisées et souvent réduites au silence. Elles présentent des similarités malgré la pluralité des contextes où elles ont lieu. Dans le cadre d’aLPHa, nous allons entamer une série d’entretiens de survivant·e·s, réfugié·e·s, exilé·e·s, migrant·e·s, accompagné·e·s et suivi·e·s dans différentes structures, à Rennes. Nous allons aussi organiser, avec plusieurs membres fondateurs de notre projet, un « atelier témoignages » avec des survivant·e·s congolaises et certain·e·s de celles et ceux qui les aident et les accompagnent.

En prolongement, et dans un autre périmètre que celui du projet aLPHa, le recueil de témoignages se fera aussi sur les lieux des exactions ou dans des zones de tension ou dans des structures de prise en soins, de formation ou de réinsertion, dans un but cathartique individuel et collectif, et avec une visée de reconstruction personnelle et/ou historique des faits. Tous ces aspects sont à l’étude avec des collègues médecins et psychologues, dont l’expertise permettra de se prémunir des risques (non souhaités, à l’évidence) de re-traumatisations des victimes.

Colliger des témoignages de survivant·e·s déplacé·e·s dans leur pays, des survivant·e·s ayant vécu ou vivant dans des camps et/ou recueilli·e·s dans des centres d’accueil ou de réinsertion nécessite des partenariats multiples, qui vont s’engager en parallèle et dans la poursuite d’aLPHa. Nous avons, à cet égard, commencé à établir des conventions de recherche entre l’Université Rennes 2 et des centres en République Démocratique du Congo et au Kenya. Cette dimension du projet est soutenue et sera cofinancée par plusieurs laboratoires de l’Université Rennes 2 (ACE, ERIMIT, LIDILE, LP3C, Tempora).
Pourquoi est-il important de mettre en mémoire la parole des survivant·es ? Comment cette mémorialisation se construit-elle ?

R. D. Pour les victimes, les survivant·e·s de violences sexuelles (excision, viol, esclavage…), celles qui font face à des contextes de conflits notamment, il s’agit de chercher à s’échapper en s’engageant sur les chemins de l’exil et à s’extraire du trauma(tisme) ; ceci alors que viennent s’entretisser plusieurs trajectoires de violences et de vulnérabilités. Le poids du trauma(tisme) est alourdi par la souffrance psychique surajoutée qui découle de prises en soins parcellaires, de handicaps cumulés, ou encore du déracinement, de l’arrachement, voire de l’errance culturels… une pluralité de facteurs renforçant le silence, l’impossible communicabilité autour des expériences vécues.

Il nous est apparu, après plusieurs échanges avec des personnes ayant subi des violences sexuelles et après plusieurs rencontres et discussions avec le Professeur Docteur Denis Mukwege, que le travail de mémoire est une étape fondamentale dans la reconstruction de soi, que ce soit de manière individuelle ou collective.

Mettre en mémoire la #parole des survivant·e·s est donc une étape nécessaire qui s’ajoute à d’autres mécanismes et préoccupations qui caractérisent, par exemple, la #justice_transitionnelle et les initiatives déployées dans la quête d’une #vérité_réparatrice, le plus souvent essentiellement basée sur la reconnaissance des exactions, des violations des #droits_humains.

La #mémorialisation se construit en plusieurs phases : dévoilement, collecte, partage, puis analyse des témoignages.

Étape indispensable pour contribuer à la fabrique de l’Histoire face aux omerta multiples, la mise en mots des maux, la « re-visibilisation » d’une histoire invisibilisée, occultée, la libération d’une parole enfouie, cachée, parfois interdite, prolongent un cheminement personnel thérapeutique.

Vous l’avez compris, une partie de notre projet global réside dans la collecte mais aussi dans la création d’« archives vivantes », où les témoignages de rescapé·e·s, de survivant·e·s (toujours en vie, et c’est un point d’importance !) auront une place centrale. Quatre mots-clés sous-tendent toutes leurs trajectoires : trauma(tisme), réparation, reconstruction, mémoire.

La mise en mémoire, la mémorialisation des expériences vécues des victimes, survivant·e·s de violences sexuelles dans le contexte d’une histoire « en train de s’écrire » seront croisées avec le regard des chercheurs impliqués.

En révélant leur #vérité_subjective, les victimes qui témoignent seront actives dans leur processus de reconstruction et dans la mise en récit d’une histoire à la fois intime, personnelle et commune. Livrant leur #vécu et celui de leurs semblables, ces #personnes-histoires-témoins contribueront, ipso facto, outre à reprendre #confiance en elles-mêmes, à faire évoluer les mentalités et les regards portés sur les survivant·e·s et les violences. Ceci d’autant que ces témoignages auront vocation à être accessibles, à terme, à un public élargi, à travers le Mémorial vivant virtuel des survivant·e·s de viol(ence)s.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi votre recherche est interdisciplinaire et participative ?

R. D. Nous sommes un groupe d’universitaires, de psychologues et de médecins, venant de divers horizons disciplinaires et de différents secteurs. Nos travaux, par essence, interdisciplinaires (histoire et civilisation, anthropologie, littérature, psychologie, traductologie, médecine…) ont une finalité réflexive et éducative. Notre but est de contribuer à assurer la transmission, la bascule vers une dynamique collective de mise en partage et en expression des #expériences_vécues, afin de construire une #transition_sociale pleinement partagée, vertueuse et inclusive.

Nos intérêts communs convergent autour d’objectifs à visée transformationnelle, des objectifs de responsabilité sociale et de développement durable tels qu’identifiés par l’ONU, des objectifs centrés sur le respect de la dignité et des droits humains, la lutte contre les violences genrées, la bonne santé et le bien-être, l’égalité de traitement et de prises en soins, une éducation de qualité, une paix responsable et pérenne.

La nature de nos objets de recherche nous amène à nous pencher sur les interactions entre sciences et société et sur les interactions avec le tissu socio-économique et culturel, la société civile, tant pour essaimer les résultats de nos travaux que pour éveiller à certaines réalités troublantes et nécessitant une prise de conscience citoyenne, première étape dans la résolution des problèmes. Cette dimension participative est, d’ailleurs, centrale au projet aLPHa.

Soucieux de faire évoluer les regards, les comportements et les mentalités relatifs aux questions complexes des violences sexuelles, conformément aux termes de la Charte des sciences et recherches participatives en France, nous sommes toujours sensibles à la possibilité d’ouvrir de nouveaux horizons réflexifs, de développer diverses formes de production de connaissances scientifiques, que ce soit par le truchement des arts ou par le relai d’espaces de paroles ponctuels et/ou de rencontres plus systématiques ou grâce à des collaborations entre la communauté scientifique et la société civile, telles que définies par l’UNESCO ou par le Comité économique et social européen.

Autre précision, nos travaux sont régis par une charte éthique. Les données personnelles collectées nécessitent, en effet, une vigilance particulière du fait de leur caractère sensible, voire intime, afin de protéger la vie privée des survivant·e·s et de recueillir leur consentement et leur accord informé.

Dans ce projet de recueil et de mise en lumière de témoignages de survivant·es – qui n'est pas sans évoquer le travail journalistique –, qu'est-ce que l'expertise des chercheur·ses vient apporter ?

R. D. Question vaste et très intéressante qui soulève une réflexion complexe quant à la porosité des apports du travail des journalistes d’investigation, ici, face à celui des chercheurs toutes disciplines confondues… Outre le fait que les missions des uns et des autres évoluent, les attentes que l’on peut avoir d’un article rédigé par un journaliste diffèrent de celles que suscite la contribution d’un chercheur… le dialogue entre le journaliste et le chercheur enrichit indéniablement les débats et aide à faire avancer nos pensées… Le travail journalistique peut ainsi venir en complément de celui du chercheur et surtout aider à la diffusion des résultats.

Au gré des registres abordés, de la maïeutique discursive mobilisée, des mots à appréhender, de la finesse des ressentis exprimés et de la nature des maux à guérir, la recherche au sens large du terme est protéiforme. Le travail journalistique permet, en somme de « prendre le pouls » des sujets porteurs de sens, investis par les chercheurs et/ou la société civile, de donner à voir et de questionner la diversité des perspectives dans la modalité du traitement des sujets.

Pour faire simple, et de manière générale, dans ce type de problématique sanitaire, humanitaire, humaniste, sociétale, des correspondances peuvent se faire jour entre travail journalistique d’investigation et travail de recherche. Cela passe, par exemple, par des  méthodes d’observation, de recueil de données, de conduite d’enquêtes... Par contre, les modalités d’analyse et de diffusion diffèrent. Sensibiliser, documenter, analyser, informer, alerter font certes partie du travail du chercheur, mais sa focale n’est pas la même que celle du journaliste. Ceci d’autant que la posture du chercheur, son approche, ne sont pas les mêmes selon le champ d’expertise. L’ampleur des dispositifs mis en œuvre est aussi à souligner car si le chercheur peut travailler seul, généralement, ses résultats sont ceux d’un travail d’équipe et le travail mené s’inscrit dans le temps long. Ce temps long de la recherche est, à l’évidence, un marqueur de nos réflexions de recherche autour de la mémorialisation.

Dans une démarche de recueil et de mise en lumière de témoignages de survivant·e·s, victimes de trauma(tisme)s, des précautions s’imposent. Il s’agit pour nous de conduire des entretiens en équipe interdisciplinaire comprenant la présence de médecins et de psychologues. Au-delà de la transmission d’informations, d’analyses et de connaissances, les recherches, se nourrissant de croisements disciplinaires multiples, peuvent ouvrir des horizons et être vecteurs d’innovation grâce aux propositions/préconisations émergeant du travail mené.

Enfin, le travail de recherche se nourrit de la confrontation à l’expertise d’autres chercheurs, d’autres cadres analytiques. Dans cette perspective, les échanges lors de divers types de manifestations scientifiques (séminaires, colloques...) ainsi que la mise en dialogue par écrits interposés (publication d’articles, de monographies) contribuent à nourrir le perfectionnement des outils d’analyse et à renouveler les questionnements. Un autre niveau est celui des productions à destination d’un public élargi (vulgarisation, « traduction » du travail de recherche par les journalistes) qui, par les allers-et-retours générés, viennent alimenter la réflexion sur la pertinence, la justesse de la démarche de recherche.
Au-delà de sa dimension de recherche, votre projet ambitionne de proposer à l'avenir une formation aux survivant·es de violences. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

R. D. Notre projet global, au-delà d’aLPHa donc et en complément du Mémorial, ambitionne de proposer à l’avenir une formation aux survivant·e·s de violences, une formation à visée holistique (la perspective holistique est, d’ailleurs, au cœur du modèle Panzi

de Denis Mukwege). Selon les financements que nous pourrons réunir, il nous semble important de donner à ces victimes, ces témoins, ces survivant·e·s, des outils pratiques pouvant les aider à évoluer dans leur parcours personnel, à différents stades, dans leur cheminement, leur reconstruction et leur permettre de se prendre en charge, de faire entendre leur voix, de co-construire leur histoire individuelle et collective, d’écrire une histoire des survivant·e·s de violences, de faire évoluer les mentalités et les comportements…

En d’autres termes, l’idée ici est d’encourager et d’outiller les survivant·e·s, de leur donner des clés pour développer un empowerment et un leadership au féminin.

Face à l’empire du silence, il s’agirait de leur donner la chance, que certains ont voulu briser…

… de se relever

… de reprendre confiance en elles/eux

… de s’émanciper

… de faire entendre leur voix

… d’affirmer leur place dans la société

… de devenir des leaders de demain

…et ainsi pour citer Denis Mukwege, « de changer le cours de l’Histoire ».❞

https://nouvelles.univ-rennes2.fr/article/travail-memoire-est-etape-fondamentale-dans-reconstruction-soi-que-ce-soit-maniere
#viols #violence #survivants #VSS

ping @karine4 @_kg_ @cede</summary>
	<content type="html"><![CDATA[<div class="destinataires"><a href='https://seenthis.net/people/karine4' title="Karine Gatelier (@karine4)" data-login-auteur="karine4" data-id-auteur="8344">
		<img
    class="logo_24"
	alt="@karine4" src='https://seenthis.net/local/cache-gd2/18/341ce7c8e5e9230484956f64201c68.gif'
	srcset="local/cache-gd2/89/8cf63111982a4719d721b14b802968.gif 2x"
>
	</a><a href='https://seenthis.net/people/_kg_' title="-KG- (@_kg_)" data-login-auteur="_kg_" data-id-auteur="7327">
		<img
    class="logo_24"
	alt="@_kg_" src='https://seenthis.net/local/cache-gd2/ac/08c9cb3bbdf43aa6d21c8622e7450c.jpg?1786810788'
	srcset="local/cache-gd2/3a/06055e0e8b59c502666e2ec1bd95c5.jpg?1786810788 2x"
>
	</a><a href='https://seenthis.net/people/cede' title="CéDé (@cede)" data-login-auteur="cede" data-id-auteur="8670">
		<img
    class="logo_24"
	alt="@cede" src='https://seenthis.net/local/cache-gd2/53/96f1abba17f178b1e612d7a81838c3.gif'
	srcset="local/cache-gd2/e1/640e495f52cb389360f1563116e6c3.gif 2x"
>
	</a></div><div lang="fr" dir="ltr"><p><strong>"Le travail de mémoire est une étape fondamentale dans la reconstruction de soi."</strong></p><blockquote lang="fr" dir="ltr"><p> Renée Dickason, professeure en civilisation et histoire contemporaine à l’Université Rennes 2, porte le projet aLPHa, lauréat en février 2023 de l’appel émergence TISSAGE. Ce financement va permettre de franchir une première étape dans l’impulsion d’un projet de création de <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/m%C3%A9morial'>Mémorial</a></span> vivant virtuel des survivant·es de viol(ence)s, sous le patronage du Pr. Dr. <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/denis_mukwege'>Denis_Mukwege</a></span>, prix Nobel de la Paix et Docteur Honoris Causa de l’Université Rennes 2.</p><p>Votre projet, aLPHa, est lauréat de l’appel émergence TISSAGE (<span class='lien_lien'><span class='lien_lien_total'><a href='https://seenthis.net/sites/7282461336008087118'>▻</a></span><a href="https://www.univ-rennes.fr/saps-tissage" class='spip_out' title="Le projet TISSAGE « TrIptyque Science Société pour AGir Ensemble »" hreflang="fr"><span class='lien_court'><span class='lien_protocol'>https://</span><span class='lien_racine'><span class='lien_host'><span class='lien_www'>www.</span>univ-rennes.fr</span>/</span><span class='lien_fin'>saps-tissage</span></span></a></span>). C’est le premier jalon d’un projet plus vaste de création de &#171;&nbsp;Mémorial vivant virtuel des survivant·es de viol(ence)s&nbsp;&#187;, sous le patronage du Pr. Dr. Denis Mukwege, prix Nobel de la Paix. De quoi s’agit-il précisément&nbsp;?</p><p>Renée Dickason. Notre projet porte sur une réalité sociale lourde&nbsp;: les viols et les <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/violences'>violences</a></span> faites aux femmes, aux enfants, aux vulnérables, abordés à travers les <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/t%C3%A9moignages'>témoignages</a></span> de survivant·e·s (terme de Denis Mukwege) dans des situations de <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/guerres'>guerres</a></span>, de <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/conflits'>conflits</a></span> et de <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/paix'>paix</a></span>.</p><p>Face à ce problème de société prégnant, aux enjeux multiples, nous avons souhaité développer un agir collectif qui fasse société en nous concentrant sur la <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/lib%C3%A9ration_des_paroles'>libération_des_paroles</a></span>, le <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/recueil'>recueil</a></span> des <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/mots'>mots</a></span> substantialisant les <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/maux'>maux</a></span> et la nécessaire <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/mise_en_m%C3%A9moire'>mise_en_mémoire</a></span> de ces témoignages dans l’écriture d’une histoire singulière, plurielle et tout à la fois universelle.</p><p>C’est dans ce cadre que nous avons déposé une réponse à l’appel à projets &#171;&nbsp;émergence&nbsp;&#187; de recherches participatives TISSAGE (Triptyque Science Société pour Agir Ensemble)&nbsp;: le projet aLPHa, qui a été retenu par le jury. Suite à la signature d’une convention bipartite, il est prévu que nous bénéficions d’un accompagnement financier d’amorçage d’un montant de 3 000 euros.</p><p>aLPHa s’inscrit dans une dynamique globale autour de la lutte contre les <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/violences_genr%C3%A9es'>violences_genrées</a></span>, en particulier celles à l’encontre des femmes, quel que soit le contexte culturel, géopolitique, social ou sociétal considéré, le phénomène étant universel.</p><p>aLPHa a été imaginé comme un laboratoire co-partenarial d’expérimentations à ciel ouvert, qui constitue, en effet, un premier jalon, assez modeste car naissant, mais utile pour impulser un projet d’une envergure plus large qui nécessitera des financements pérennes, celui de la création progressive d’un Mémorial vivant virtuel des survivant·e·s de viol(ence)s, sous le patronage du Pr. Dr. Denis Mukwege, prix Nobel de la Paix et Docteur Honoris Causa de l’Université Rennes 2 (octobre 2022).</p><p>Dans le cadre du projet aLPHa, nous espérons tisser des liens, recueillir des soutiens et ouvrir nos collaborations à des acteurs locaux et régionaux de la société civile, à des associations sur les droits humains et/ou qui interviennent à différents stades de la <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/r%C3%A9paration'>réparation</a></span>, de la <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/reconstruction'>reconstruction</a></span> ou de l’<span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/accompagnement'>accompagnement</a></span> des <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/victimes'>victimes</a></span> / survivant·e·s de viol(ence)s, ou encore à des entreprises responsables et sincères, des responsables du secteur privé sur le territoire breton et des élus locaux…</p><p>Phénomènes malheureusement universels, les violences sexuelles sont des expériences banalisées et souvent réduites au silence. Elles présentent des similarités malgré la pluralité des contextes où elles ont lieu. Dans le cadre d’aLPHa, nous allons entamer une série d’entretiens de survivant·e·s, réfugié·e·s, exilé·e·s, migrant·e·s, accompagné·e·s et suivi·e·s dans différentes structures, à Rennes. Nous allons aussi organiser, avec plusieurs membres fondateurs de notre projet, un &#171;&nbsp;atelier témoignages&nbsp;&#187; avec des survivant·e·s congolaises et certain·e·s de celles et ceux qui les aident et les accompagnent.</p><p>En prolongement, et dans un autre périmètre que celui du projet aLPHa, le recueil de témoignages se fera aussi sur les lieux des exactions ou dans des zones de tension ou dans des structures de prise en soins, de formation ou de réinsertion, dans un but cathartique individuel et collectif, et avec une visée de reconstruction personnelle et/ou historique des faits. Tous ces aspects sont à l’étude avec des collègues médecins et psychologues, dont l’expertise permettra de se prémunir des risques (non souhaités, à l’évidence) de re-traumatisations des victimes.</p><p>Colliger des témoignages de survivant·e·s déplacé·e·s dans leur pays, des survivant·e·s ayant vécu ou vivant dans des camps et/ou recueilli·e·s dans des centres d’accueil ou de réinsertion nécessite des partenariats multiples, qui vont s’engager en parallèle et dans la poursuite d’aLPHa. Nous avons, à cet égard, commencé à établir des conventions de recherche entre l’Université Rennes 2 et des centres en République Démocratique du Congo et au Kenya. Cette dimension du projet est soutenue et sera cofinancée par plusieurs laboratoires de l’Université Rennes 2 (ACE, ERIMIT, LIDILE, LP3C, Tempora).<br>Pourquoi est-il important de mettre en mémoire la parole des survivant·es&nbsp;? Comment cette mémorialisation se construit-elle&nbsp;?</p><p>R. D. Pour les victimes, les survivant·e·s de violences sexuelles (excision, viol, esclavage…), celles qui font face à des contextes de conflits notamment, il s’agit de chercher à s’échapper en s’engageant sur les chemins de l’exil et à s’extraire du trauma(tisme)&nbsp;; ceci alors que viennent s’entretisser plusieurs trajectoires de violences et de vulnérabilités. Le poids du trauma(tisme) est alourdi par la souffrance psychique surajoutée qui découle de prises en soins parcellaires, de handicaps cumulés, ou encore du déracinement, de l’arrachement, voire de l’errance culturels… une pluralité de facteurs renforçant le silence, l’impossible communicabilité autour des expériences vécues.</p><p>Il nous est apparu, après plusieurs échanges avec des personnes ayant subi des violences sexuelles et après plusieurs rencontres et discussions avec le Professeur Docteur Denis Mukwege, que le travail de mémoire est une étape fondamentale dans la reconstruction de soi, que ce soit de manière individuelle ou collective.</p><p>Mettre en mémoire la <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/parole'>parole</a></span> des survivant·e·s est donc une étape nécessaire qui s’ajoute à d’autres mécanismes et préoccupations qui caractérisent, par exemple, la <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/justice_transitionnelle'>justice_transitionnelle</a></span> et les initiatives déployées dans la quête d’une <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/v%C3%A9rit%C3%A9_r%C3%A9paratrice'>vérité_réparatrice</a></span>, le plus souvent essentiellement basée sur la reconnaissance des exactions, des violations des <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/droits_humains'>droits_humains</a></span>.</p><p>La <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/m%C3%A9morialisation'>mémorialisation</a></span> se construit en plusieurs phases&nbsp;: dévoilement, collecte, partage, puis analyse des témoignages.</p><p>Étape indispensable pour contribuer à la fabrique de l’Histoire face aux omerta multiples, la mise en mots des maux, la &#171;&nbsp;re-visibilisation&nbsp;&#187; d’une histoire invisibilisée, occultée, la libération d’une parole enfouie, cachée, parfois interdite, prolongent un cheminement personnel thérapeutique.</p><p>Vous l’avez compris, une partie de notre projet global réside dans la collecte mais aussi dans la création d’&#171;&nbsp;archives vivantes&nbsp;&#187;, où les témoignages de rescapé·e·s, de survivant·e·s (toujours en vie, et c’est un point d’importance&nbsp;!) auront une place centrale. Quatre mots-clés sous-tendent toutes leurs trajectoires&nbsp;: trauma(tisme), réparation, reconstruction, mémoire.</p><p>La mise en mémoire, la mémorialisation des expériences vécues des victimes, survivant·e·s de violences sexuelles dans le contexte d’une histoire &#171;&nbsp;en train de s’écrire&nbsp;&#187; seront croisées avec le regard des chercheurs impliqués.</p><p>En révélant leur <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/v%C3%A9rit%C3%A9_subjective'>vérité_subjective</a></span>, les victimes qui témoignent seront actives dans leur processus de reconstruction et dans la mise en récit d’une histoire à la fois intime, personnelle et commune. Livrant leur <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/v%C3%A9cu'>vécu</a></span> et celui de leurs semblables, ces <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/personnes-histoires-t%C3%A9moins'>personnes-histoires-témoins</a></span> contribueront, ipso facto, outre à reprendre <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/confiance'>confiance</a></span> en elles-mêmes, à faire évoluer les mentalités et les regards portés sur les survivant·e·s et les violences. Ceci d’autant que ces témoignages auront vocation à être accessibles, à terme, à un public élargi, à travers le Mémorial vivant virtuel des survivant·e·s de viol(ence)s.</p><p>Pouvez-vous nous expliquer en quoi votre recherche est interdisciplinaire et participative&nbsp;?</p><p>R. D. Nous sommes un groupe d’universitaires, de psychologues et de médecins, venant de divers horizons disciplinaires et de différents secteurs. Nos travaux, par essence, interdisciplinaires (histoire et civilisation, anthropologie, littérature, psychologie, traductologie, médecine…) ont une finalité réflexive et éducative. Notre but est de contribuer à assurer la transmission, la bascule vers une dynamique collective de mise en partage et en expression des <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/exp%C3%A9riences_v%C3%A9cues'>expériences_vécues</a></span>, afin de construire une <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/transition_sociale'>transition_sociale</a></span> pleinement partagée, vertueuse et inclusive.</p><p>Nos intérêts communs convergent autour d’objectifs à visée transformationnelle, des objectifs de responsabilité sociale et de développement durable tels qu’identifiés par l’ONU, des objectifs centrés sur le respect de la dignité et des droits humains, la lutte contre les violences genrées, la bonne santé et le bien-être, l’égalité de traitement et de prises en soins, une éducation de qualité, une paix responsable et pérenne.</p><p>La nature de nos objets de recherche nous amène à nous pencher sur les interactions entre sciences et société et sur les interactions avec le tissu socio-économique et culturel, la société civile, tant pour essaimer les résultats de nos travaux que pour éveiller à certaines réalités troublantes et nécessitant une prise de conscience citoyenne, première étape dans la résolution des problèmes. Cette dimension participative est, d’ailleurs, centrale au projet aLPHa.</p><p>Soucieux de faire évoluer les regards, les comportements et les mentalités relatifs aux questions complexes des violences sexuelles, conformément aux termes de la Charte des sciences et recherches participatives en France, nous sommes toujours sensibles à la possibilité d’ouvrir de nouveaux horizons réflexifs, de développer diverses formes de production de connaissances scientifiques, que ce soit par le truchement des arts ou par le relai d’espaces de paroles ponctuels et/ou de rencontres plus systématiques ou grâce à des collaborations entre la communauté scientifique et la société civile, telles que définies par l’UNESCO ou par le Comité économique et social européen.</p><p>Autre précision, nos travaux sont régis par une charte éthique. Les données personnelles collectées nécessitent, en effet, une vigilance particulière du fait de leur caractère sensible, voire intime, afin de protéger la vie privée des survivant·e·s et de recueillir leur consentement et leur accord informé.</p><p>Dans ce projet de recueil et de mise en lumière de témoignages de survivant·es – qui n’est pas sans évoquer le travail journalistique –, qu’est-ce que l’expertise des chercheur·ses vient apporter&nbsp;?</p><p>R. D. Question vaste et très intéressante qui soulève une réflexion complexe quant à la porosité des apports du travail des journalistes d’investigation, ici, face à celui des chercheurs toutes disciplines confondues… Outre le fait que les missions des uns et des autres évoluent, les attentes que l’on peut avoir d’un article rédigé par un journaliste diffèrent de celles que suscite la contribution d’un chercheur… le dialogue entre le journaliste et le chercheur enrichit indéniablement les débats et aide à faire avancer nos pensées… Le travail journalistique peut ainsi venir en complément de celui du chercheur et surtout aider à la diffusion des résultats.</p><p>Au gré des registres abordés, de la maïeutique discursive mobilisée, des mots à appréhender, de la finesse des ressentis exprimés et de la nature des maux à guérir, la recherche au sens large du terme est protéiforme. Le travail journalistique permet, en somme de &#171;&nbsp;prendre le pouls&nbsp;&#187; des sujets porteurs de sens, investis par les chercheurs et/ou la société civile, de donner à voir et de questionner la diversité des perspectives dans la modalité du traitement des sujets.</p><p>Pour faire simple, et de manière générale, dans ce type de problématique sanitaire, humanitaire, humaniste, sociétale, des correspondances peuvent se faire jour entre travail journalistique d’investigation et travail de recherche. Cela passe, par exemple, par des  méthodes d’observation, de recueil de données, de conduite d’enquêtes... Par contre, les modalités d’analyse et de diffusion diffèrent. Sensibiliser, documenter, analyser, informer, alerter font certes partie du travail du chercheur, mais sa focale n’est pas la même que celle du journaliste. Ceci d’autant que la posture du chercheur, son approche, ne sont pas les mêmes selon le champ d’expertise. L’ampleur des dispositifs mis en œuvre est aussi à souligner car si le chercheur peut travailler seul, généralement, ses résultats sont ceux d’un travail d’équipe et le travail mené s’inscrit dans le temps long. Ce temps long de la recherche est, à l’évidence, un marqueur de nos réflexions de recherche autour de la mémorialisation.</p><p>Dans une démarche de recueil et de mise en lumière de témoignages de survivant·e·s, victimes de trauma(tisme)s, des précautions s’imposent. Il s’agit pour nous de conduire des entretiens en équipe interdisciplinaire comprenant la présence de médecins et de psychologues. Au-delà de la transmission d’informations, d’analyses et de connaissances, les recherches, se nourrissant de croisements disciplinaires multiples, peuvent ouvrir des horizons et être vecteurs d’innovation grâce aux propositions/préconisations émergeant du travail mené.</p><p>Enfin, le travail de recherche se nourrit de la confrontation à l’expertise d’autres chercheurs, d’autres cadres analytiques. Dans cette perspective, les échanges lors de divers types de manifestations scientifiques (séminaires, colloques...) ainsi que la mise en dialogue par écrits interposés (publication d’articles, de monographies) contribuent à nourrir le perfectionnement des outils d’analyse et à renouveler les questionnements. Un autre niveau est celui des productions à destination d’un public élargi (vulgarisation, &#171;&nbsp;traduction&nbsp;&#187; du travail de recherche par les journalistes) qui, par les allers-et-retours générés, viennent alimenter la réflexion sur la pertinence, la justesse de la démarche de recherche.<br>Au-delà de sa dimension de recherche, votre projet ambitionne de proposer à l’avenir une formation aux survivant·es de violences. Pouvez-vous nous en dire quelques mots&nbsp;?</p><p>R. D. Notre projet global, au-delà d’aLPHa donc et en complément du Mémorial, ambitionne de proposer à l’avenir une formation aux survivant·e·s de violences, une formation à visée holistique (la perspective holistique est, d’ailleurs, au cœur du modèle Panzi</p><p>de Denis Mukwege). Selon les financements que nous pourrons réunir, il nous semble important de donner à ces victimes, ces témoins, ces survivant·e·s, des outils pratiques pouvant les aider à évoluer dans leur parcours personnel, à différents stades, dans leur cheminement, leur reconstruction et leur permettre de se prendre en charge, de faire entendre leur voix, de co-construire leur histoire individuelle et collective, d’écrire une histoire des survivant·e·s de violences, de faire évoluer les mentalités et les comportements…</p><p>En d’autres termes, l’idée ici est d’encourager et d’outiller les survivant·e·s, de leur donner des clés pour développer un empowerment et un leadership au féminin.</p><p>Face à l’empire du silence, il s’agirait de leur donner la chance, que certains ont voulu briser…</p><p>… de se relever</p><p>… de reprendre confiance en elles/eux</p><p>… de s’émanciper</p><p>… de faire entendre leur voix</p><p>… d’affirmer leur place dans la société</p><p>… de devenir des leaders de demain</p><p>…et ainsi pour citer Denis Mukwege, &#171;&nbsp;de changer le cours de l’Histoire&nbsp;&#187;. </p></blockquote><p><span class='lien_lien'><span class='lien_lien_total'><a href='https://seenthis.net/sites/7282461336008087120'>▻</a></span><a href="https://nouvelles.univ-rennes2.fr/article/travail-memoire-est-etape-fondamentale-dans-reconstruction-soi-que-ce-soit-maniere" class='spip_out' title="'Le travail de mémoire est une étape fondamentale dans la reconstruction de soi.'" hreflang="fr"><span class='lien_court'><span class='lien_protocol'>https://</span><span class='lien_racine'><span class='lien_host'>nouvelles.univ-rennes2.fr</span>/</span><span class='lien_off'>article/</span><span class='lien_fin'><span class='lien_fin_coupee'>travail-memoire-</span><span class='lien_fin_cachee'>est-etape-fondamentale-dans-reconstruction-so</span></span></span></a></span><br><span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/viols'>viols</a></span> <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/violence'>violence</a></span> <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/survivants'>survivants</a></span> <span class='lien_tag'>#<a href='https://seenthis.net/tag/vss'>VSS</a></span></p><p>ping <span class='lien_people'>@<a href='https://seenthis.net/people/karine4'>karine4</a></span> <span class='lien_people'>@<a href='https://seenthis.net/people/_kg_'>_kg_</a></span> <span class='lien_people'>@<a href='https://seenthis.net/people/cede'>cede</a></span></p></div>]]></content>
	
	<link rel="related" href="https://www.univ-rennes.fr/saps-tissage" title="Le projet TISSAGE &#171; TrIptyque Science Soci&#233;t&#233; pour AGir Ensemble &#187;" hreflang="fr"/>
	
	<link rel="related" href="https://nouvelles.univ-rennes2.fr/article/travail-memoire-est-etape-fondamentale-dans-reconstruction-soi-que-ce-soit-maniere" title="&#171; Le travail de m&#233;moire est une &#233;tape fondamentale dans la reconstruction de soi. &#187;" hreflang="fr"/>
	
	
	<category term="M&#233;morial" label="M&#233;morial" scheme="https://seenthis.net/tag/m%C3%A9morial"/>
	<category term="Denis_Mukwege" label="Denis_Mukwege" scheme="https://seenthis.net/tag/denis_mukwege"/>
	<category term="violences" label="violences" scheme="https://seenthis.net/tag/violences"/>
	<category term="t&#233;moignages" label="t&#233;moignages" scheme="https://seenthis.net/tag/t%C3%A9moignages"/>
	<category term="guerres" label="guerres" scheme="https://seenthis.net/tag/guerres"/>
	<category term="conflits" label="conflits" scheme="https://seenthis.net/tag/conflits"/>
	<category term="paix" label="paix" scheme="https://seenthis.net/tag/paix"/>
	<category term="lib&#233;ration_des_paroles" label="lib&#233;ration_des_paroles" scheme="https://seenthis.net/tag/lib%C3%A9ration_des_paroles"/>
	<category term="recueil" label="recueil" scheme="https://seenthis.net/tag/recueil"/>
	<category term="mots" label="mots" scheme="https://seenthis.net/tag/mots"/>
	<category term="maux" label="maux" scheme="https://seenthis.net/tag/maux"/>
	<category term="mise_en_m&#233;moire" label="mise_en_m&#233;moire" scheme="https://seenthis.net/tag/mise_en_m%C3%A9moire"/>
	<category term="violences_genr&#233;es" label="violences_genr&#233;es" scheme="https://seenthis.net/tag/violences_genr%C3%A9es"/>
	<category term="r&#233;paration" label="r&#233;paration" scheme="https://seenthis.net/tag/r%C3%A9paration"/>
	<category term="reconstruction" label="reconstruction" scheme="https://seenthis.net/tag/reconstruction"/>
	<category term="accompagnement" label="accompagnement" scheme="https://seenthis.net/tag/accompagnement"/>
	<category term="victimes" label="victimes" scheme="https://seenthis.net/tag/victimes"/>
	<category term="parole" label="parole" scheme="https://seenthis.net/tag/parole"/>
	<category term="justice_transitionnelle" label="justice_transitionnelle" scheme="https://seenthis.net/tag/justice_transitionnelle"/>
	<category term="v&#233;rit&#233;_r&#233;paratrice" label="v&#233;rit&#233;_r&#233;paratrice" scheme="https://seenthis.net/tag/v%C3%A9rit%C3%A9_r%C3%A9paratrice"/>
	<category term="droits_humains" label="droits_humains" scheme="https://seenthis.net/tag/droits_humains"/>
	<category term="m&#233;morialisation" label="m&#233;morialisation" scheme="https://seenthis.net/tag/m%C3%A9morialisation"/>
	<category term="v&#233;rit&#233;_subjective" label="v&#233;rit&#233;_subjective" scheme="https://seenthis.net/tag/v%C3%A9rit%C3%A9_subjective"/>
	<category term="v&#233;cu" label="v&#233;cu" scheme="https://seenthis.net/tag/v%C3%A9cu"/>
	<category term="personnes-histoires-t&#233;moins" label="personnes-histoires-t&#233;moins" scheme="https://seenthis.net/tag/personnes-histoires-t%C3%A9moins"/>
	<category term="confiance" label="confiance" scheme="https://seenthis.net/tag/confiance"/>
	<category term="exp&#233;riences_v&#233;cues" label="exp&#233;riences_v&#233;cues" scheme="https://seenthis.net/tag/exp%C3%A9riences_v%C3%A9cues"/>
	<category term="transition_sociale" label="transition_sociale" scheme="https://seenthis.net/tag/transition_sociale"/>
	<category term="viols" label="viols" scheme="https://seenthis.net/tag/viols"/>
	<category term="violence" label="violence" scheme="https://seenthis.net/tag/violence"/>
	<category term="survivants" label="survivants" scheme="https://seenthis.net/tag/survivants"/>
	<category term="VSS" label="VSS" scheme="https://seenthis.net/tag/vss"/>
</entry>

</feed>
